XIII. — Prolapsus
\ 24 non opérés 0 mort.
/ 26 opérés (comprenant il opérations.) 2 —
Le relâchement des ligaments, surtout le relâchement des ligaments utéro-sacrés, est la cause essentielle ùuprolapsus de l'utérus. On voit par là quel rôle étiologique prépondérant joue la grossesse, qui a pour conséquence physiologique de distendre ces ligaments et de les laisser relâchés après la parturition. Ceux-ci participent, il est vrai, ainsi que tous les lissus péri-utérins, au travail de retrait qui caractérise l'involution de l'utérus. Mais si les femmes se lèvent, marchent et se soumettent à des fatigues trop tôt après l'accouchement, les liens suspenseurs, qui n'ont pas encore eu le temps de revenir à leurs dimensions normales, ne peuvent plus soutenir un utérus resté volumineux et qui tend à tomber par son propre poids. Toutes mes malades, sauf 1 (Obs. 174), avaient eu une ou plusieurs grossesses, et quelquefois le nombre, des grossesses avait été de cinq, de sept, de dix.
J'ai signalé, au Chapitre des élargissements de la vulve, (p. 158), qu'un périnée déchiré, qui ne soutient plus la paroi antérieure du vagin, est une cause prédisposante au prolapsus de l'utérus. J'ai aussi mentionné (p. 455) l'influence
UTÉRUS
que peut avoir sur ce déplacement l'allongement bypertrophique du col.
La station debout, la marche prolongée, les efforts, la toux fréquente, sont autant de causes qui déterminent un prolapsus, en imminence de se produire, ou qui le complètent, lorsqu'il existait déjà.
Chez 3 malades, le prolapsus s'est formé loutà coup, à |a suite d'un violent effort, par un mécanisme analogue à et lui de l'irruption brusque d'une hernie intestinale (obs. 171).
Le prolapsus commence souvent chez les jeunes femmes, et dans tous les cas, à l'époque de la vie où les femmes deviennent mères. Il se complète ensuite dans la vieillesse. De 20 à 30 ans j'ai observé 12 prolapsus. De 31 à 40 7 De 41 à 50 — 11 —
Au-dessus de 51 — 20 —
30 fois le prolapsus était incomplet, l'utérus étant abaissé vers la vulve, mais son col ne dépassant pas le niveau des grandes lèvres.
20 fois le prolapsus était complet, c'est-à-dire que l'utérus, ayant entraîné et retourné le vagin, pendait entre les cuisses, comme une grosse tumeur montrant à sa partie inférieure le col utérin et son orifice (obs. 169 et 172).
Les prolapsus complets comportaient toujours une cystocèle et un élargissement pathologique de la vulve, soit par déchirure antérieure, soit par effondrement du périnée. Chez 2 malades, il y avait en même temps rectocèle.
Les 30 prolapsus incomplets se compliquaient, 8 fois, d'une cystocèle, 2 fois, d'une reclocèle, 2 fois, d'une cystocèle et en même temps d'une reclocèle, 5 fois, d'une déchirure du périnée.
Enfin 5 fois le col de l'utérus prolabé présentait un allongement hypertrophique.
La fréquence de ces complications fait que le prolapsus utérin est une affection complexe, dont la guérison impose des opérations multiples.
Je veux signaler encore 2 cas de toux quinleuse persistante et 1 cas de délire des persécutions, qui n'était proba-r
blementpas sans relation avec la malformation génitale.
La réduction du prolapsus est, en général, très facile. Il suffit de refouler doucement l'utérus et le vagin inversé vers la cavité pelvienne pour les voir franchir l'orifice vulvaire, qui est toujours élargi, et reprendre leurs rapports normaux. Beaucoup de femmes savent faire cette manœuvre pour rentrer un prolapsus qui les gêne. Chez 1 malade, dont l'utérus et le vagin s'étaient tuméfiés après leur sortie de la vulve, la réduction ne se faisai t pas sans difficulté.
La réduction d'un prolapsus complet se maintient quelquefois tant que la malade reste couchée, mais dès qu'elle se met debout, l'utérus retombe entraînant le vagin, la vessie et la paroi antérieure du rectum.
Douleurs dans le bas-ventre, pesanteur sur le périnée, tiraillements douloureux dans les reins, envies fréquentes d'uriner, appréhensions des efforts qui augmentent les douleurs et la sensation de poids, tels ont été les troubles fonctionnels des prolapsus incomplets. Indépendamment de ces troubles, les prolapsus complets, soumis aux frottements des cuisses, des vêtements et autres corps ambiants, présentaient des inflammations érytbémateuses et des indurations de la muqueuse vaginale inversée, des ulcérations du col s'étendant quelquefois à distance sur les points les plus exposés aux contacts irritants. Une femme affligée d'un prolapsus complet avait une rétention d'urine, et ne pouvait satisfaire à la miction qu'après la réduction du déplacement.
J'ai opéré 26 malades par des méthodes diverses :
1 par la suture de la paroi antérieure à la paroi postérieure du vagin (opération deLefort). La barrière cicatricielle se relâcha peu à peu, le prolapsus se reproduisit, et il fallut recourir à un pessaire. J'ai vu pareil échec chez une femme opérée par un de mes collègues des hôpitaux (obs. 172).
2 par la colporrhaphie antérieure, le prolapsus étant incomplet et s'accompagnant d'une cystocèle très marquée. 1 amélioration; 1 échec (obs. 54).
7 par la colpopérinéorrhaphie, 7 guérisons. Toutes les
UTÉRUS
malades souffraient d'un prolapsus incomplet, l'utérus étant mal soutenu par un périnée déchiré.
3 par la colporrhaphie antérieure et la colpopérinéorrhaphie, faites, 2 fois, en une seule séance, 1 fois, en deux séances. 2 guérisons et 1 échec qui nécessita une nouvelle colporrhaphie antérieure, suivie de guérison (obs. 61).
4 par l'amputation du col, complétée, 1 fois, par la périnéorrhaphie, 3 fois, par la colporrhaphie antérieure et la colpopérinéorrhaphie. Ces opérations diverses furent exécutées soit en une, soit en deux ou trois séances. 4 guérisons.
6 par l'ablation de l'utérus complètement prolaléhors de la vulve. L'hystérectomie totale, qui est, dans ces cas, très i facile, devrait toujours donner une guérison radicale. Il n'en . a rien été : 2 fois seulement les opérées guérirent d'emblée (obs. 169); mais 2 fois, la vulve restant élargie après la. suppression de l'utérus, il fallut faire une périnéorrhaphie consécutive (obs. 470 et 171) ; et, 1 fois, les parois vaginales continuant à se prolaber, trois opérations successives de colporrhaphie antérieure, de colpopérinéorrhaphie et de périnéorrhaphie, furent indispensables pour conduire la malade à la guérison (obs. 62V La sixième opérée mourut rapidement d'une péritonite par perforation intestinale consécutive à l'hystérectomie (obs. 172).
3 par hystéropexie. 1 opérée mourut de péritonite (obs. 175); chez les 2 autres, il fallut encore rétréeir la vulve par des opérations accessoires (obs. 173 et obs. 174)
Ces opérations multiples (13 sur l'utérus, <:8 sur le vagin et la vulve) étaient commandées par la diversité des déplacements; non seulement il fallait agir sur l'utérus, mais aussi sur le conduit vaginal élargi et prolabé. Elles indiquent combien la cure radicale des prolapsus utérins est difficile.
Les hystéropexies et les hystérectomies, qui ne s'adressent qu'à l'utérus, ont presque toujours besoin d'être complétées par des colporrhaphies et des périnéorrhaphies. Les opérations limitées au vagin et à la vulve ne sont ordinairement pas euratives, mais propres à empêcher les
progrès d'un prolapsus commençant ou à rendre possible l'usage d'un pessaire, qui maintiendra la réduction de l'utérus.
24 malades ne furent pas opérées, les unes se contentant de pallier à leur infirmité par un pessaire, les autres présentant quelque contrindication à l'intervention. Ces contrindications furenl l'âge avancé (9 eas); lagrossesse (1 cas), un accouchement ou un avortement récent (3 cas), la tuberculose pulmonaire et le catarrhe bronchique (2 cas), la folie (1 cas).
10 fois, les malades se trouvèrent bien de l'anneau-pessaire élastique de Dumontpallier, et la malade qui était enceinte, en obtint de grands avantages pour l'évolution de sa grossesse, depuis le deuxième mois jusqu'après le cinquième mois, où il ne devint plus nécessaire. 5 fois l'anneau pessaire sortant spontanément ou ne maintenant pas l'utérus, un appareil avec releveur intra-utérin (releveur Borgniet) fut plus utile. Les autres malades préférèrent un simple bandage avec pelote périnéale.
11 ne faut pas oublier cependant que les pessaires produisent de la leucorrhée, et quelquefois des inflammations, des ulcérations, des douleurs. Une femme de quaranlc-six ans, venue dans le service en mars 1897, avait le vagin ulcéré par un très gros pessaire en gomme qu'on avait placé pour maintenir un prolapsus, et qu'elle ne pouvait plus retirer. Elle avait des écoulements fétides et de la fièvre. L'extraction de ce pessaire fut très laborieuse, et la fourchette fut un peu déchirée pendant l'opération.
Ods. 169. — Prolapsus complet de V utérus ; hysléreclomie vaginale totale ; guérisovt . — D... (Augustine), âgée de 48 ans, est admise le 4juillet 1892. Depuisl'àge de quinze ans, elle a été réglée très régulièrement, mais abondamment, pendant une semaine environ.
A l'âge de trente ans, elle a eu un accouchementtrèspénible, qui a nécessité l'emploi du forceps. Son périnée a été déchiré et n'a pas été restauré. Elle s'aperçut bientôtaprès d'unegène
UTÉRUS
et d'une pesanteur dans le ventre, surtout dans la position assise.
Il y a trois ans, étant venue s'établir à Paris comme concierge, elle fut soumise à diverses fatigues. Dans le courant de l'hiver dernier, l'utérus vint faire saillie au dehors.
Actuellement le prolapsus de l'utérus et du vagin est complet. On voit, entre les cuisses, le vagin retourné comme un i doigt de gant et le col utérin hypertrophié avec son ouverture rouge et ulcérée. Une ulcération se voit encore au-dessous de l'ouverture cervicale. Il y a aussi un certain degré de rectocèle.
M. Polaillon propose de faire l'ablation de l'utérus, qui est acceptée par la malade.
Le 9 juillet. Chloroformisation. La malade est sondée, et le vagin, qui a déjà été nettoyé les jours précédents, est lavé avec • une solution de sublimé au millième. L'utérus étant abaissé et : attiré en avant, M. Polaillon incise, d'abord, le cul-de-sac anté- • rieur, après introduction dans la vessie d'une sonde qui sert : de guide. A mesure que les vaisseaux sont ouverts par la dis- • section, des pinces à forcipressure sout placées. Après l'ouver- • ture du cul-de-sac antérieur, le bistouri est porté en arriére i pour ouvrir le cul-de-sac postérieur. Au dessus de ce cul-desac, on rencontre une tumeur dure, indépendante de l'utérus. . Est-ce un fibrome ou un kyste de l'ovaire? L'ablation de cette • tumeur, qui estadhérente, compliquerait beaucoup l'opération ; : on se décide à la laisser en place. Le col étant bien libéré de chaque côté, une pince à crémaillère saisit chacun des ligaments larges. Ceux-ci sont ensuite liés avec un fort fil de soie.
L'utérus est alors complètement séparé. Un lavage est pra- • tiqué avec le liquide à péritoine ordinaire. Nettoyage avec : des éponges phéniquées. Des sutures à la soie réunissent la lèvre antérieure à la lèvre postérieure de l'incision vaginale. Toutefois on laisse libre la partie médiane, où une petite bande de gaze iodoformée est introduite.
Le vagin réduit est bourré de tampons de gaze iodoformée disposés en queue de cerf-volant. Sur la vulve, compresse au sublimé, ouate hydrophile. Glace sur le ventre.
L'opération a duré cinquante-cinq minutes, depuis le début de la chloroformisation jusqu'à la fin du pansement.
Les suites furent compliquées par un épanchement de sang au-dessus de la suture du vagin. Un liquide sanguinolent d'odeur fétide s'écoula le long de la mèche iodoformée.
Le 15. Ayant enlevé les fils de la suture vaginale, plusieurs caillots firent irruption. Un lavage abondant, renouvelé les jours suivants, fit cesser tous les accidents.
Le 18. Légère pleurésie à droite.
Le 31 août. Exeat. Le vagin reste bien réduit, sans tendance à se prolaber, comme cela arrive souvent après l'hystérectomie vaginale simple. J'attribue ce résultât aux adhérences péritonéales, qui se sont établies à la partie supérieure du vagin, à la suite de l'épanchement sanguin sus-vaginal et de l'inflammation qui en a été la conséquence.
Obs. 170. — Prolapsus complet avec allongement hypertrophique du col; hystérectomie totale complétée par une périnéorrhaphie; guérison. — B... (Louise), âgée de 51 ans, sans profession, entre le 23 avril 1895, pour un prolapsus complet de l'utérus et du vagin. Le col, qui n'est pas ulcéré, est atteint d'allongement hypertrophique. La cavité utérine mesure onze centimètres dans toute sa hauteur. La vulve est considérablement élargie. Les règles n'existent plus.
Le 29. Hystérectomie vaginale totale. Ligature des ligaments larges avec des fils de soie. Réduction du vagin. Mais l'ablation de l'utérus est insuffisante pour maintenir le vagin, il faudra encore rétrécir la vulve.
Le 3 mai. Périnéorrhaphie très complète.
Le 30. Exeat. La vulve est très rétrécie. Le vagin ne tend plus à faire hernie. Si plus tard cet accident se produisait, un anneau-pessaire maintiendrait très facilement les parties.
Obs. 171. — Prolapsus complet de Vutêrus récidivé après une hystèropexie et une périnéorrhaphie ; hystérectomie vaginale totale, complétée par une colpo-périnéorrhaphie ; guérison. — La nommée M... (Marie), âgée de 47 ans, domestique, n'offre rien d'intéressant dans ses antécédents personnels et héréditaires.
l TÉRUS
Elle a eu trois accouchements naturels. Sa sauté a été exceL leute, jusqu'au 27 juiu 18S9. A cette époque, en soulevant une marmite de cuivre pleine d'eau, elle ressentit uue vive douleur et s'aperçut, le lendemain, d'une chute incomplète de la matrice. Elle entra aussitôt à l'hôpital Saint-Louis, où lui fit une hystéropexie. Elle en sortit dans le courant d'août.
Mais la chute de matrice s'étant reproduite, elle revint à Saint-Louis le 15 juillet 1890. On lui fit une périnéorrhapie, dont le résultat ne fut pas favorable.
Le 14 avril 1891, elle est admis3 dans le service de M.Polaillon, à la Pitié.
Dés que la malacte se tient debout, marche ou fait le moindre effort, la matrice tombe entre les cuisses. Le prolapsus se réduit facilement, mais ne peut êtrecontenu ni par un pessaire, ni par une opération palliative, telle que la périnéorrhapie où le cloisonnement du vagin. Comme la malade a quarante-sept ans et que l'utérus n'est plus un organe utile, M. Polaillon penséque son ablation guérira radicalement le prolapsus.
Le 21. La malade étant endormie par le chloroforme, M. Polaillon attire le col de l'utérus et incise le vagin autour de lui. Il poursuit la dissection du col jusqu'à ouvrir le péritoine en avant et en arrière du corps. En exerçant une traction sur l'utérus, les ligaments larges se tendent comme deux cordons latéraux, et sont saisis entre les mors de deux pinces à crémaillère. Les ligaments étant coupés en dedans des pinces, l'utérus se trouve complètement détaché.
Toute l'opération s'est faite entre les cuisses de la malade. Elle a été rapide, très simple, sans perte de sang. Les pinces sont laissées à demeure et refoulée avec le vagin dans la cavité pelvienne. Le vagin une fois réduit est tamponné avec de la gaze iodoformée.
Les vomissements chloroformiques ont été nombreux et abondants. Une heure après l'opération, la patiente était as.-ez agitée. Mais l'agitation s'est assez vite calmée, et les douleurs n'ont pas été violentes. Urine normale, mais le cathétérisme doit être recommencé plusieurs fois avant de réussir. Glace sur le ventre, Champagne glacé.
Le 22 avril. T. 37°,2; P. 90. Le faciès est bon. L'opérée est
calme. Elle souffre un peu du ventre. Elle a rendu des gaz. Elle n'urine pas seule. Soif vive. Bière. Champagne, Lait. Glace sur le ventre. Injection de morphine. T. s., 37°, 4; P. 98.
Le 23. Ablation des pinces. Lavage au sublimé de l'entrée du vagin. T., 37°,2; P., 102. Diarrhée fétide dans la journée.
Le 24. T. m., 37°, 4 ; P., 84. La diarrhée s'est arrêtée vers une heure du malin. Depuis lors état excellent.
Tous lesjours on retire quelques tampons, et l'on fait un lavage au sublimé d'abord, puis à l'eau boriqnée.
Le 5 mai. L'opérée rentre dans la salle commune. Elle va très bien ; mais la vulve reste largement ouverte, et il est indispensable de compléter l'opération par une périnéorrhaphie.
Le 13. Chloroformisation. Colpo-périnéorrhaphie par le procédé habituel.
Le 17 juin. M.. (Marie) va en convalescence au Vésinet. Les douleurs et les phénomènes pathologiques dans le petit bassin ont disparu. La malade a notablement repris ses forces et son embonpoint. La vulve est très bien reconstituée, ainsi que le plancher périnéal, dont la suture a été du premier coup aussi complète que possible. La fourchette vulvaire est rétablie. On constate seulement un peu de cystocèle et une perte incons' ciente de quelques gouttes d'urine.
Le 10 juillet, la cystocèle tendant à augmenter, je place un anneau pessaire élastique qui maintient très bien les parties.
Obs. 172. — Prolapsus complet de tuièrus ; hytèrectomie vaginale; perforation intestinale consécutive; cov gestion 'pulmonaire ; mort. — M... (Marguerite), âgée de 30 ans, journalière, n'a jamais eu de maladies. Bien réglée des l'âj;e de quinze ans; mais, depuis trois ans, les règles ont disparu. Un accouchement naturel, il y a près de sept ans. A sa suite la malade a ressenti, dans le bas-ventre, un affaiblissement et une pesanteur, qui la gênaient pour marcher. Peu à peu la station debout, devint impossible. Bientôt le prolapsus de l'utérus s'établit définitivement. La malade songea alors à se faire soigner. Sa situation l'inquiétait beaucoup. Non seulement elle ne voyait plus ses régies depuis trois ans, mais
486 UTÉRUS
encore elle avait des troubles de la miction, caractérisés paf une émission d'urine fort irrégulicre et fort paresseuse. L'issue de l'urine se faisait suivant une direction oblique de bas en haut, et d'arrière en avant.
Elle entra dans un service hospitalier de province, où on lui fit le cloisonnement du vagin par le procédé de Lefort. L'opération apporta, d'abord, quelque amélioration, mais le prolapsus ne tarda pas à se reformer et redevint aussi volumineux qu'auparavant.
Figure 43. — Prolapsus complet de l'utérus.
Enfin elle se décida à venir à l'hôpital de la Pitié, le 26 novembre 1891.
On constate, entre les cuisses, un prolapsus qui a le volume d'une tête de fœtus à terme et la forme dune poire à grosse extrémité inférieure (Fig. 43). On trouve, en haut et en avant, le méat urinaire, faisant saillie au-dessous du clitoris.
Une sonde introduite dans cet orifice se dirige en bas et en avant, faisant voir que la vessie participe à la chute de l'utérus. La vessie est toute entière contenue dans la partie antérieure du prolapsus. L'orifice du museau de tanche est situé à la partie postérieure et inférieure de la tumeur. Le col, légèrement effacé, laisse voir très nettement le contour de l'insertion vaginale. Le reste de l'utérus est coiffé par le vagin retourné comme un doigt de gant. Sur le bord latéral gauche de la tumeur on remarque une bride charnue, quiestle vestige de l'opération du cloisonnement.
Le rectum n'a pas suivi le vagin dans son déplacement, et ses rapports sont normaux.
La muqueuse du prolapsus a un aspect desséché etparcheraiué. Plusieurs ulcérations occupent les parties qui avoisinent le col.
Le prolapsus n'était que partiellement réductible. Dès qu'on cessait de le refouler, il se reproduisait immédiatement.
Le 5 décembre. Chloroformisation. L hystôrectomie de l'utérus prolabé ne présente aucune difficulté. Derrière l'utérus on trouve plusieurs petits kystes, qui sont enlevés. Les ligaments larges sont liés avec des fils de soie. L'incision du vagin est suturée. Puis le vagin est réduit et bourré de tampons de gaze iodoformée, qui maintiennent sa réduction.
Dans la journée, la malade est prise de plusieurs quintes de toux, dont les efforts expulsent les tampons vaginaux et font ressortir tout le vagin.
Le 6. Le vagin est réduit et maintenu par un nouveau tamponnement et par un bandage en T assez serré.
Dans l'après-midi, toux, et fièvre. T., 40°, 1 ; P., 144.
Dans la nuit, agitation, délire.
Le 7. Etat asphyxique. La malade présente fous les signes d'une broncho-pneumonie. Pas de signes de péritonite. Elle urine spontanément et rend des gaz. Elle meurt à midi. Nous pensons qu'elle a succombé à une inflammation pulmonaire.
Autopsie. Les anses intestinales sont distendues par des gaz, non vascularisées. Pas de péritonite généralisée. Pas d'épanchement. Mais, dans le petit bassin, un peu de matières fécales, liquides et jaunâtres. En essayant de retirer les anses
ISS
t I KHI S
intestinales qui plongent dans le petit bassin, on constate qu'elles adhèrent entre elles, d'une part, et avec l'ovaire gauche, d'autre part. On remarque, en outre, qu'au niveau de l'adhérence à l'ovaire gauche existe une petite perforation de l'intestin, due vraisemblement à l'ouverture dans ce conduit d'une suppuration de l'ovaire. Cette perforation semble s'être produite après l'opération, lorsque les efforts de la toux ont expulsé le vagin et les intestins hors de la vulve. La coupe de la trompe gauche montre qu'elle est le siège d'une inflammation.
Du côté droit, au niveau des annexes, existent plusieurs kystes, à paroi fort mince, multiloculaires, et renfermant un liquide citrin.
Les deux poumons sont très congestionnés.
Rien dans les autres organes.
Obs. 173. — Prolapsus incomplet di l'utérus; col porrhaphie antérieure et pérméorrhaphie insuffisantes a maintenir le déplacement ; hyslëropexie ; guérison complète constatée longtemps après. — L... (Augustine), âgée de 24 ans, cuisinière, se présente le 25 juillet 1890, pour un prolapsus incomplet de l'utérus, avec procidence des parois vaginales. Le périnée a été déchiré pendant un accouchement antérieur. Le museau de tanche vient affleurer les grandes lèvres quand la malade fait un effort.
Le 1er août. Col porrhaphie antérieure contre la cystocèle. Le 1er septembre. Pèrinéorrhaphie.
Le 2 octobre. Exeat. Le résultat immédiat de ces deux opérations est très bon. Le périnée est parfaitement restauré et soutient bien l'utérus.
Mais Augustine L... est obligée, par son état, de se tenir longtemps debout, de faire des courses, de porter des fardeaux. Peu à peu l'utérus descend et sort entre les lèvres. Les accidents, qui accompagnent le prolapsus, se prononcent.
Le 5 novembre 1892. Je pratique l'hystéropexie et l'ablation de l'ovaire et de la trompe gauche qui est malade, et, contre mon habitude, je me sers de fils de soie pour fixer l'utérus à la paroi.
Le 19 avril 1893, l'utérus restait parfaitement fixé, mais il y avait une fistule à la partie inférieure de la cicatrice abdominale. Cette fistule, qui donnait seulement quelques gouttes de pus. s'était formée peu de temps après l'hystéropexie. Elle était probablement entretenue par un fil de la suture profonde. La santé de l'opérée était d'ailleurs très bonne et les périodes menstruelles arrivaient régulièrement.
Le 8 septembre. Elle vint m'apporter un gros fil de soie, qui était sorti par sa fistule. C'était un des fils de la suture utérine. Pour ne pas s'exposer à un pareil accident, il vaut beaucoup mieux se servir de fils d'argent, fixés sur la paroi abdominale, et qu'on retire du quinzième au vingtième jour, lorsque les adhérences de l'utérus sont bien établies.
Le 10 janvier 1895, l'utérus était toujours bien fixé en antéversion. Le périnée restait solide et était tout à fait normal.
Le 5 janvier 1898. Le résultat de l'hystéropexio se maintient complètement. Une petite hernie s'est formée au niveau de la cicatrice. Elle est grosse comme une noix et gène la malade.
Le 8, Je pratique la cure radicale de cette hernie. Le 29. Exeat.
Obs. 174. — Prolapsus complet de l'utérus survenu sans accouchement antérieur; hystéropexie complétée par une colpopérinéorrhaphie. — G... (Julia), âgée de 26 ans, cultivatrice, est entrée à l'Hôtel-Dieu le 12janvier 1897.
Sa mère est morte d'une tumeur ; c'est le seul renseignement qu'elle puisse fournir. Son père est bien portant. Elle a cinq frères et sœurs également bien portants.
Elle a été réglée vers seize ou dix-sept ans, et depuis lors ses règles ont toujours été normales, régulières. Elle est habituellement très constipée, et a de l'anémie. Ellen'ajamais eu découche ni de fausse couche. Elle vit à la campagne, et fait beaucoup d'efforts, portant des fardeaux et se livrant aux travaux de la culture.
Le début du prolapsus a été très insidieux. En 1895, il y a par conséquent deux ans, la malade, gênée pour marcher et