V. — Kystes de l'ovaire
( 2 S ponctions palliatives 6 morls
214 cas < 160 opérés par l'ovariotomie 29 —
f 31 non opérés 3 —
L'étude de mes malades ne m'a rien appris sur l'étiologie des kystes de l'ovaire. Leurs causes'directes aussi bien que leurs causes indirectes restent ignorées. Si j'ai trouvé 2 fois plus de kystes chez les femmes mères que chez celles qui n'ont jamais conçu ou vivent dans le célibat, faut-il en conclure que la grossesse est unecause prédisposante? Non, puisque les premières sont beaucoup plus nombreuses que les secondes. Et, en raison de cette proportion plus grande des femmes qui ont eu des enfants, il semble que les femmes infécondes et les célibataires sont plus exposées aux kystes de l'ovaire.
Ils se rencontrent atout âge, dans la vieillesse aussi bien que dans la jeunesse. Mais ils sont plus communs à l'âge adulte :
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ans i'ai observé
10 kystes.
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-dessus de 66
Leur évolution a été tantôt rapide, tantôt lente, plus souvent rapide que lente. 9 malades avaient vu leur tumeur apparaître et grossir, au pointde réclamerune intervention, en moins de trois mois. En général, j'ai considéré l'évolution comme rapide, lorsqu'elle s'est accomplie en moins d'une année. Mais beaucoup de kystes ont mis deux, trois, quatre et jusqu'à dix ans avant d'acquérir leur maturité morbide. J'en ai observé 7, dont l'origine remontait à plus de dix ans ; 2 existaient depuis quinze ans, 1 depuis vingt ans et 1 autre depuis vingt-deux ans.
L'accroissement du kyste est plutôt irrégulièrement que régulièrement progressif. Après son apparition, il reste des semaines, des mois et des années sans s'accroître ; puis tout à coup, sans cause connue, il augmente de volume. Sa cavité ne se remplit donc pas d'une manière continue, mais par afflux successifs. Cette marche par saccades s'obsserve surtout pour les kystes, qui ont une longue existence. La ménopause produit quelquefois une poussée clans l'évolution kystique,
Entre les kystes les plus petits, du volume d'une cerise par exemple, et les kystes les plus gros, qui contiennent dix, quinze et vingt litres de liquide, j'ai observé tous les intermédiaires.
Les kystes de l'ovaire sont habituellement formés par plusieurs loges de diverses grandeurs, agglomérées les unes à côté des autres, ce sont les kystes multiloculaires (obs.
THOMI'ES ET OVAIHKS
224). Lorsqu' une de ces logcsprcnd un développeinenlexeessif, au détriment des loges voisines, le kyste est considéré comme uniloculaire (obs 223). Mais, en réalité, les kystes uniloculairespurs sont rares, parce qu'ils ont presque toujours pour base un gâteau, qui n'est autre chose que l'ovaire hypertrophié, dans lequel on trouve plusieurs cavités kystiques. En revanche, les kystes dits des ligaments larges, qui se développent clans le parovarium, offrent le Lypl parfait du kyste uniloculaire. Sur 99 kystes, examinés à ce point de vue, 52 étaient muitiloculaires, 47 uniloculairesj et, parmi ces derniers, 14 appartenaient au parovarium.
La ponction du kyste a donné un liquide tantôt clair comme de l'eau roche ou comme de la sérosité, tantôt grisâtre, rougeâtre, noirâtre, contenant du pus, de la cholestérine, du sang altéré, des grumeaux fibrineux. Lorsque ce liquide était fluide, la cavité kystique se vidait facilement efJ complètement. Mais si ce liquide était lilant, visqueux, épais, il s'écoulait mal par la canule. Il a quelquefois fallu l'aspirer pour obtenir une déplétion partielle de la poche kystique. Et; dans certains cas, sa consistance étant gélatineuse, l'évacuation a été impossible. Les diverses qualités du contenu des kystes peuvent donner des indications utiles au diagnostic, au pronostic et au traitement.
La paroi du kyste a présenté des états différents. Elle était tantôt mince, transparente, tantôt épaisse de plusieurs millimètres. Elle a été quelquefois assez friable pour se déchirer autour de la canule dutrocart et par une pression ou une traction même légère. Dans les kystes dermoïdes, sa face interne avait la texture d'un véritable derme avec revêtement épithélial, glandes sébacées, follicules pileux, même follicules dentaires et dents implantées dans une alvéole osseuse (obs. 226). D'autres fois la paroi kystique était parsemée de végétations en choux-fleurs qui faisaient saillie soit dans la cavité du kyste, soit clans la cavité péritonéale (obs. 225 et 231).
Quand on examine au microscope ces parois épaisses,; végétanles, on y trouve toutes les variétés de cellules qu'on
APFEQTIONS ORGANIQUES
rencontre dans les cancers les plus malins. Cependant ces kystes se comportent généralement comme des tumeurs bénignes, qui ne récidivent pas après leur ablation.
Chez les deux tiers de mes opérées, le kyste était nettement pédiculé; chez l'autre tiers, il était sessile. Quand il y avait un pédicule, celui-ci était plus ou moins long, plus ou moins épais; il avait souvent la forme d'une membrane de largeur variable.
Les vaisseaux sont contenus dans le pédicule, et quand la rotation du kyste sur lui-même produit le phénomène bizarre de la torsion du pédicule, phénomène que j'ai observé 4 fois (obs. 228, n0s 1 et 2), les vaisseaux sont comprimés jusqu'à être oblitérés, et le kyste se gangrène.
Le contact du kyste avec les parois abdominales, avec l'épiploon, avec l'intestin, détermine entre les séreuses des froissements, des irritations, qui sont cause d'inflammation péritonéale. Ces péritonites, ordinairement partielles, passent souvent inaperçues ou ne se traduisent que par quelques douleurs; mais elles laissent des adhérences comme trace de leur passage. Sur 141 kystes, 46 seulement étaient exempts d'adhérences, 68 adhéraient aux parois de l'abdomen, au bassin ou à l'épiploon, 26 présentaient, en outre, des adhérences plus ou moins étendues avec l'intestin . 1 adhérait à la vessie.
Enfin, les deux ovaires sont souvent affectés de kystes. Sur mes 160 ovariotomies, 16 fois un kyste existait des deux côtés et il me fallut faire une ovariotomie double (obs. 225; 229).
Les kystes de l'ovaire m'ont paru débuter aussi souvent par une tuméfaction indolente du ventre, que par une douleur ou un désordre menstruel précédant l'apparition de la tumeur abdominale. A mesure que le kyste grossit, sa forme arrondie ou bosselée, sa matitô, sa fluctuation et tous ses symptômes se caractérisent de plus en plus. Le ventre devient globuleux, saillant en avant, et les malades souffrent de troubles fonctionnels, qui dépendent de la compression des organes. C'est ainsi que la gêne de la circulation avait produit 32 fois l'œdème des membres inférieurs
TltOMIMCS ET OVA1UES
et l'ascite, et 12 fois des métrorrhagies peu abondantes, mais continues ; que la pression du kyste contre le pubis avait entravé la miction chez beaucoup de mes malades, el particulièrement chez 14 malades, qui avaient de la rétention, de l'incontinence des urines et même de l'anurie (obs. 223) •, que le refoulement du diaphragme avait eu pour conséquence la dyspnée -, que la pression sur l'estomac, l'intestin et le rectum avait été cause de vomissements presque incoercibles (8 cas), de dyspepsie et de constipation; que la distension des parois abdominales avait causé 6 hernies ombilicales.
Lorsque le kyste est volumineux, toutes les malades ont une sensation de plénitude dans le ventre, qui rend pénibles lesmouvementsetlamarche. Maisla plupart ne souffrentpas. Je n'ai trouvé que 42 kystes très douloureux, et ce n'étaient pas les kystes les plus volumineux. La douleur dépend soit de la production kystique elle-même, soit de la compression des plexus et des nerfs du bassin.
A mesure que le kyste prend de l'accroissement, la malade maigrit. Il semble qu'il se comporte comme un parasite, qui détourne à son profit la nutrition de l'économie. L'amaigrissement résulte encore des mauvaises digestions, des souffrances physiques et morales. La patiente arrive peu à peu à un état de maigreur qu'on appelle la cachexie ovarique. J'ai rencontré 21 fois cette cachexie, qu'il ne faut pas confondre avec la cachexie cancéreuse. La teinte de la peau était pâle, mais non jaunâtre. Les yeux restaient vifs, pleins de vie dans leurs orbites excavés. Les traits du visage étaient tirés et ne présentaient plus que les saillies osseuses. Les membres et le thorax avaient un aspect squelettique. En revanche le ventre faisait contraste par ses dimensions sphériques, quelquefois énormes.
Les malades sont exposées à la rupture du kyste (1 cas, obs. 241), au sphacèle du kyste par torsion de son pédicule (4 cas), à la péritonite généralisée (2 cas), à la phlébite des veines du bassin et des membres inférieurs (3 cas), aux eschares du sacrum par le décubitus prolongé (2 cas). Mais ces accidents sont assez rares. Il est à remarquer
aussi que les kystes ovariques ne s'accompagnent pas de fièvre, tà moins qu'ils ne s'enflamment et suppurent.
Parmi les états morbides qui compliquaient les kystes de mes malades, j'ai à signaler 5 cas d'albuminuries, 3 tuberculoses pulmonaires, 1 bronchite avec emphysème, 1 pleurésie, 2 carcinoses, 1 glycosurie, 1 démence sônile, 1 paralysie, 1 hystérie, 4 prolapsus utérin, 3 grossesses (obs. 229 et obs. 230, nos 1 et2). La plupart de ces complications contrindiquaient l'ovariotomie.
Une tumeur sous-ombilicale, lluctuante, mate à la perenssion, entourée d'une zone de sonorité à sa partie supérieure et sur ses côtés, sans accroissement de l'utérus mesuré à l'hystéromctre, sans développement de la vessie vidée par le cathétérisme, est certainement un kyste de l'ovaire. Mais le diagnostic ne se présente qu'exceptionnellement avec cette simplicité.
- Si le kyste est très distendu, si ses parois sont épaisses, s'il contient plusieurs cavités, la fluctuation manque ou est douteuse. Une ponction dissipera les incertitudes.
Si le'ventre est mat dans toutes ses parties, s'il n'y a pas de zone sonore, qui se déplace dans les différentes attitudes de la malade, a-t-on affaire à un énorme kyste qui occupe tout l'abdomen, ou à un kyste moins gros compliqué d'ascite, ou simplement à une ascite? Une ponction lèvera encore les cloutes. Elle donnera un liquide séreux dans le cas d'ascite, un liquide visqueux, filant, grisâtre ou brunâtre dans le cas de kyste. Mais si le liquide n'a pas les qualités tranchées de la sérosité péritonéale ou de la sécrétion kystique, le diagnostic se fait en observant ce qui se passe au moment où la canule est retirée : la petite plaie de la paroi continue à donner issue à une certaine quantité de liquide, dans le cas où ce liquide vient de lacayité péritonéale ; elle ne donne plus rien, si le liquide sort d'une poche kystique, puisque la plaie de la paroi kystique n'est plus en rapport avec la plaie de la paroi abdominale, à moins d'adhérences exceptionnelles entre l'une et l'autre paroi. En outre, les parois abdominales étant devenues flasques par l'évacuation du liquide ascitique, on peut re-
016 TROMPES ET OVAIRES
connaître aisément les zones de sonorité et de matité, sentir par la palpation la tumeur kystique, avoir la sensation de. glaçon que cette tumeur donne souvent.
Le diagnostic a encore pour but d'établir la nature dui kyste et l'existence des adhérences.
Un kyste sphérique, lisse, est probablement uniloculaire, un kyste bosselé, que la ponction vide incomplètement! est certainement multiloculaire.
Il n'est pas rare que le liquide évacué contienne quelques poils ou des cheveux, on en conclut que le kyste est dénature dermoïde. Quelquefois même l'extrémité de la canule frappe contre un corps dur, pierreux, qui n'est autre chose; qu'une dent. Un liquide limpide comme de l'eau de roche' indique un kyste du parovarium, ordinairement sans pédicule.
Rien n'est vague comme le diagnostic des adhérences.. On les soupçonne, lorsque le kyste existe depuis longtemps, , lorsque son évolution a été marquée par des douleurs et t par des poussées de péritonUe. L'immobilité de la tumeur,, sa sonorité en avant, sonorité produite par des ansesintestinales qui ne se déplacent pas, sont des raisons • pour croire aux adhérences. Même dans les cas les plus simples, on doit s'attendre à en trouver puisque des adhérences existaient dans les deux tiers de mes ovariotomies.
J'ai eu à rectifier quelques erreurs de diagnostic, des . reins flottants, des fîbro-myômes de l'utérus, des salpingites, des grossesses ayant été pris pour des kystes de l'ovaire ou inversement. J'ai déjà appelé l'attention sur les confusions déplorables qui sont commises entre la grossesse commençanteetles métrites, les métrorrhagies ou les fibromes utérins Les kystes de l'ovaire sont aussi l'occasion des mêmes méprises. 3 lois j'ai pratiqué la laparotomie, croyant que mon diagnostic de kyste était bien établi, et j'ai reconnu un utérus en état de gestation. la grossesse a continué chez 1 des opérées (obs. 229) ; les 2 autres firent des fausses couches et guérirent (obs. 230, nos 1 et 2). Deux erreurs moins funestes, et bien difficiles à éviter, furent
celles où j'ai pris pour un kyste de l'ovaire un kysle du rein (obs. 234), et une vessie diverticulaire (obs. 233).
Le pronostic des kystes de l'ovaire est grave, sinon dans le présent, du moins dans l'avenir. S'ils peuvent rester stationnâmes et quelquefois rétrocéder un peu, pendant une période plus ou moins longue, il arrive toujours un moment où ils reprennent leur marche. Finalement ils amènent la déchéance organique, la cachexie ovarique et la mort. Et avant ce terme fatal, que d'incommodités causées parle volume du ventre, que de troubles des fonctions, que de dangers d'inflammation du péritoine, de phlébite, de rupture du kyste, de torsion du pédicule ! En général, plus un kyste est ancien, plus l'intervention chirurgicale est sérieuse, parce que des adhérences se sont établies, parce que la tumeur, bénigne au début, peut avoir subi une dégénérescence. Tout commande donc d'opérer les kystes ovariens de bonne heure.
La ponction n'est qu'une opération palliative, destinée à procurer un soulagement transitoire, en évacuant plus ou moins complètement le contenu du kyste. Par exception elle peut être curative, dans les cas où le kyste est uniloculaire et contient un liquide clair comme de l'eau de roche. Quant à l'injection dans la poche kystique d'un liquide irritant, telle que teinture d'iode, solution de chlorure de zinc, etc., pour obtenir son oblitération par inflammation adhésive, c'est un procédé infidèle, dangereux, plus dangereux peut-être que l'ovariotomic, et justement abandonné.
J'ai pratiqué des ponctions palliatives chez 23 malades, qui ne me semblaient pas opérables ou qui ne voulaient pas se soumettre à l'ovariotomie. Et, dans 11 cas, où le liquide kystique se reproduisait rapidement, j'ai dû renouveler la ponction deux, trois, quatre et jusqu'à douze fois. Voici les résultats que ces ponctions m'ont donnés :
i malade m'a paru guérie après une seule ponction, c'està-dire qu'au bout de trois mois, aucune tumeur ne s'était reproduite.il s'agissait d'un kysle du parovarium, dont le contenu était comme de l'eau de roche.
TROMPES ET OVAIRES
L6 malades furent améliorées pour un temps plus ou moins long. Chez la plupart il fallut renouveler la ponction au bout de quelques semaines ou de quelques mois. L'une d'elles fut suivie pendant cinq ans et demi, et avait subi douze ponctions.
6 malades moururent d'épuisement et de cachexie ovarique (obs. 237, nos 1, 2 et 3) ou d'une affection intercur- • rente aggravée par cette cachexie (obs. 235, n08 1 et 2;, obs. 236).
Toutes mes ponctions ont été faites sur la ligne médiane, entre l'ombilic et le pubis, après avoir pris les précautions d'usage pour le lavage de la peau et l'asepsie du troeart. Je me suis toujours servi d'un troeart long de vingt centimètres environ et de petit calibre. La longueur de la canule empêche que son extrémité ne quitte la paroi du kyste pendant qu'il se désemplit. Son étroitesse donne plus de sécurité contre l'issue de ce liquide, au moment où on la retire. Si le liquide était visqueux, peu fluide, il était pompé par un aspirateur. Après la ponction je m'abstenais d'explorer l'abdomen, et je mettais la patiente au repos absolu,, afin d'empêcher l'épanchement du liquide qui reste toujours en certaine quantité dans le kyste. En général, le contenu des kystes est aseptique. Il est prudent toutefois d'empêcher, autant que possible, qu'il s'écoule clans le péritoine.
Les 16 malades, améliorées par la ponction, séjournèrent dans le service, en moyenne, un mois et demi. Les 6 malades, auxquelles la ponction n'adonné qu'un soulagement éphémère et douteux, restèrent dans le service, et succombèrent au bout de cinq mois en moyenne.
Non seulement la ponction offre un moyen de soulager les malades et d'éclairer le diagnostic, mais encore elle rend de grands services, comme acte préalable et comme acte complémentaire de l'ovariotomie. Afin de diminuer les dimensions d'un kyste très volumineux, d'éviter la déplétion trop brusque de la cavité abdominale et de permettre aux muscles de ses parois de revenir peu à peu sur eux-mêmes j'ai eu recours 60 fois à la déplétion anleopératoiiedu kysle par une ponction. Cette ponction préalable était faite sur
AFFECTIONS Oliii ANIQUES
(ilO
la ligne médiane, deux ou Irois jours avant la laparotomie. En outre, lorsque le kyste vient se présenter entre les lèvres de la plaie après l'ouverture du ventre, il est toujours utile de le ponctionner pour faciliter son extraction.
Si j'excepte les cas très rares où une simple ponction a pu avoir un effet curatif durable, le seul traitement radical dos kystes de l'ovaire est l'ovariotomie, opération tantôt facile et bénigne, tanlôt difficile et périlleuse. De sorte qu'on a raison de dire que rien ne se ressemble moins que (Unix ovariotomies, l'une simple, l'autre compliquée.
Quand l'ovariotomie est simple, l'incision abdominale découvre tout de suite un kyste libre d'adhérences ou n'ayant contracté que des adhérences celluleuses, faciles à décoller avec le doigt. Une ou plusieurs ponctions évacuent le contenu du kyste, qui est attiré au dehors, à mesure qu'il se désemplit. Une fois sorti de l'abdomen, son pédicule est saisi entre les mors d'une ou de deux pinces, puis, sectionné au-dessus de ces pinces. Le kyste étant enlevé, il ne reste plus qu'à lier solidement le pédicule avec deux fils de soie ou de catgut, entrecroisés en X, et, après avoir abandonné ce pédicule dans le ventre, à réunir l'incision abdominale par une double ou une triple suture. L'opération ne dure que quinze à vingt minutes, etne donne qu une perte sanguine insignifiante (obs. 223 et 224).
Les complications de l'ovariotomie tiennent aux adhérences, à l'absence de pédicule, à l'existence de kystes dans les deux ovaires.
Les adhérences solides et nombreuses aux parois du bassin et de l'abdomen, à Tépiploon, à l'intestin, à l'utérus, obligent à une longue et minutieuse dissection, exposent à la déchirure de l'intestin et à l'hémorrhagie. Malgré les ligatures, il faut quelquefois tamponner le péritoine pour arrêter un écoulement sanguin en nappe (obs. 246, n° 3).
Certains kystes qui manquent de pédicule, en particulier ceux des ligaments larges, peuvent quelquefois s'énucléer comme une tumeur développée au milieu des parties molles ; mais c'est un cas exceptionnel. Habituellement l'absence dû pédicule conduit à marsupialiser le kyste, c'est-à-dire à
620 THOMI'ES ET OVAïRBS
suturer sa partie profonde à l'incision abdominale (obs. 242, , n°s 1, 2 et 3) ou à soulever le fond du kyste avec des broches et à le pédiculiser par la constriction d'un cordon de caoutchouc, comme dans l'hystérectomie abdominale avec pédicule extérieur.
Si les deux ovaires sont affectés de kyste, fovariotomie double constitue une opération grave, surtout si la disposition des tumeurs nécessite l'ablation du corps de l'utérus -i (obs. 225; 229 et 231, n° 2).
Toutes ces complications, adhérences, absence de pédicule, kystes doubles, se combinent souvent entre elles, dej manière à allonger beaucoup la durée de l'opération, à augmenter le traumatisme du péritoine, à assombrir le pronostic de l'ovariotomie.
Mes résultats confirment la bénignité relative des ovariotomies simples et la gravité des ovariotomies complexes. .
Guérisons Morts
93 ovariotomies simples avec pédicule
abandonné m'ont donné 89 4
10 ovariotomies doubles avec pédicule
abandonné 8 2
47 ovariotomies compliquées dont 40 avec pédicule au dehors ou marsupiali-
sation 27 20 ,
6 ovariotomies doubles avec pédicule extérieur (ovaro-hystérectomie) 3 3
A ces 156 ovariotomies je dois ajouter 4 laparotomies pour des erreurs de diagnostic déjà signalées (obs. 230, nos 1 et 2; obs. 2XS ; obs. 234). Ces 4 opérations ont été suivies de guérison.
De toutes les causes de mort après l'ovariotomie. la plus fréquente est la péritonite généralisée septique. Sur mes 29 décès, je compte 18 péritonites : 3 nprès les 93 ovariotomies simples (obs. 238, nos 1, 2 et 3), 15 après les 63 ovariotomies compliquées (obs. 239, nos 1,2, 3 et 4; obs. 240; obs. 241 ; obs. 242, n,,s 1, 2 et 3 ; obs. 243, nuS 1, 2, 3, 4, 5 et 6).
AFFECTIONS OKGANIQUES
4 opérées succombèrent au choc (obs. 244, ri08 4, 2, 3 et 4).
1 eut une syncope mortelle après le lavage du péritoine (obs. 245).
3 moururent d'hémorrhagie (obs. 246, n°s 1, 2 et 3). 1, de congestion pulmonaire (obs. 247).
I de pyélo-néphrite suppurée (obs. 248).
1, d'affaiblissement progressif dû à la suppuration prolongée (obs. 249).
II n'est pas douteux que la péritonite tient, dans un grand nombre de cas, à une infection septique pendant l'opération. Ma statistique en donne la preuve : jusqu'à la fin de 1881, sur 7 ovariolomies simples j'ai eu 2 décès par péritonite septique (obs. 238, ncs 1 et 2). A cette époque j'opérais, à côté d'un grand service de médecine, dans une chambre où, malgré mes précautions, l'asepsie était très mauvaise. A partir de cette époque les conditions d'asepsie furent améliorées et. en 1886, un pavillon spécial fut mis à ma disposition. Aussi sur 86 ovariotomies simples, je n'eus plus qu'1 seul décès par péritonite (obs. 238, n° 3). La démonstration est moins évidente pour les ovariotomies compliquées, parce que la gravité et la durée du traumatisme opératoire intervient, quoiqu'on fasse, pour augmenter les conditions de l'infection septique : pendant les dix premières années de ma Statistique, j'ai eu 8 morts par péritonite sur 23 ovariotomies compliquées, 34,78 pour 100 (obs. 239, nos 1 et 2; obs. 240; obs. 242, n° 1 , obs. 243, n°s 1, 2, 3 el 4); pendant les dix dernières années, 7 morts sur 38 ovariotomies compliquées ou 18,42 pour 100 (obs. 239, n° 3 et 4 ; obs. 241 • obs. 242, n°s 2 et 3; obs. 243, n°s 5 et 6). La mortalité avait. diminué presque de moitié.
Mais il est loin de ma pensée de dire et de croire qu'avec une asepsie de plus en plus parfaite, la mortalité par péritonite généralisée septique deviendrait nulle. Il y a des malades qui portent en eux-mêmes la cause de Iïnflamma» lion péritonéale, par mauvais état du foie ou de l'intestin, par déchéance de l'économie, par intoxication septicémique, alcoolique, morphinique ou autre. C'est pourquoi, dans le
TlloMl'IOS 10 T D\ A !!!!•>
même milieu aseptique et avec les mêmes soins antiseptiques, certaines maladcscontractcnl une péritonite mortelle, tandis que d'autres en sont exemptes et guérissent.
Lorsque, pendant les ovariolomics, une grande quantité de sang s'est répandue dans le péritoine, lorsque surtout le contenu ou le pus du kyste, et quelquefois de l'urine et tics matières fécales, se sont épanchés dans le ventre, le lavage de la séreuse et des intestins avec un courant d'eau chaude aseptique, pour les débarrasser des caillots, du pus et, en général, de toutes les substances étrangères irritantes et fermentescibles, constitue un moyen héroïque pour éviter la péritonite. Le lavage du péritoine a certainement sauvé la vie à un très grand nombre d'opérées. Mais il faut savoir que ce lavage présente un danger spécial, que j'ai fait connaître àl'Académie de médecine (séance du 28aoûtl888),; c'est l'arrêt brusque de la respiration (obs. 245). Le contact del'eau chaude avec le péritoine et les viscères de la région sous-ombilicale n'est pas dangereux. Mais, lorsque l'eau chaude vient baigner la face inférieure du diaphragme ou les régions du plexus soléaire, elle peut produire une impression qui provoque, par action réflexe, l'arrêt de la respiration et la syncope. Cet arrêt de la respiration est analogue à celui que détermine une commotion ou une contusion sur la région ôpigastrique. Il faut donc, pendant le lavage duj péritoine, élever un peu la partie supérieure du tronc, afin d'éviter le reflux de l'eau du lavage vers les régions sus-ombilicales. Il faut, en outre, n'employer que de l'eau à la température normale du corps, afin qu'elle n'impressionne pas le péritoine d'une manière fâcheuse par sa température trop chaude ou trop froide.
Les moyens post-opératoires pour prévenir autant que possible la péritonite, vessie de glace en permanence sur le ventre, etc., sent les mêmes que ceux que j'ai indiqués à propos de l'hystérectomie abdominale (Voy. p. 334).
Les guérisons, au nombre de 131, n'ont été troublées que par de rares accidents. J'ai vu survenir, au niveau de l'incision, 2 petits abcès, 1 sphacèle peu étendu chez une albuminurique, 1 fistule stercorale qui se ferma spontané-
A PB EGTIO N S ORGANIQUES
ment. J'aieu à soigner 8 plilcgmalia alba dolens, 1 érysipèle de la face, 1 bronchite aiguë, 1 escliare au sacrum, 2 cas de délire maniaque passager, 1 cas de crises d'hystérie.
La guérison des ovariotomies simples se fit toujours par réunion immédiate. Lc^ opérées quittaient l'hôpital, ordinairement vingt-sept jours après leur opération.
Par le tracé de la température moyenne on peut juger combien les suites opératoires ont, en général, une marche régulière, (fig. 58). Les élévations de la température s'expli-
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