TA
Figure 5b. — Tracé de la température moyenne, des températures maxima et des températures minima prises, à dater de l'ovariotomic, chez 24 opérées nvec pédicule abandonné.
quent par un peu de septicémie passagère venant du pédicule, du péritoine ou de l'incision, ou par une constipation trop prolongée, ou par une apparition des règles, ou par quelque malaise accidentel. Les abaissements de la tempé-
i rature tiennent à la diète et au repos absolu.
Quant aux ovariotomies compliquées, la plupart avec pédicule extérieur, la durée moyenne de leur guérison fut de cinquante et un jours. Le tracé de la température montre
i que la suppuration du pédicule ou de la marsupialisation détermine un léger mouvement fébrile (fig. 59). J'ai revu beaucoup de mes opérées, presque toutes bien
1 portantes. Celles qui avaient été ovariotomisées des deux côtés, n'avaient plus leurs règles. Quelques-unes avaient
» acquis de l'embonpoint, et avaient ces sueurs et ces bouffées
TltOMI'KS ET OVA1HKS
de chaleur bien connues, Les autres étaient réglées et n'éprouvaient aucun trouble sexuel. 4 devinrent enceintes, et, parmi elles, 3 accouchèrentà terme ; la quatrième fit une fausse couche.
Figure 59. — Tracé de la température moj'enne et des températures extrêmes : A, chez 20 ovnriotomisées avec pédicule externe; B, chez fi opérées avec marsupialisatioa.
3 opérées conservèrent pendant quelques mois une fistule ou niveau de la cicatrice, et chez 1 d'elle, cette fistule, se ferma après l'élimination d'un fil de la suture.
10 opérées virent la cicatrice abdominale céder peu à peu, et une hernie ou une éventration s'établir au bout de quelques années. Laplupartde cesfemmes portaient uneceinlure abdominale. 2 se soumirent à la cure radicale. En outre, j'ai opéré 7 femmes pour des éventrations consécutives à des ovariotomies faites par mes collègues des hôpitaux. L'éventration est donc un accident fréquent, que les sutures les plus perfectionnées ne parviennent pas toujoursà éviter.
Chez 9 opérées j'ai constaté des douleurs persistantes dans le ventre, dont la cause m'a paru être des adhérences ou une névralgie du moignon pédiculaire. En effet, la douleur était exaspérée lorsque, par le loucher vaginal, le doigt venait presser sur un corps dur, placé àcôté de l'utérus, au niveau de la cicatrice du pédicule ovarien. Ces douleurs, qui n'ont jamais été d'une intensité bien grande, paraissent s'amoindrir et disparaître à la longue.
D'autres fois, les douleurs tiennent à une tumeur qui récidive. J'ai dit qu'on rencontraitdansles kystes de l'ovaire des cellules épithéliales du caractère le plus malin; mais toutes ces proliférations étant radicalement enlevées par l'ovariotomie, les opérées sont à l'abri d une repullulation, dans l'immense majorité des cas. 11 m'est arrivé cependant d'observer 3 productions cancéreuses dans le ventre après 3 ovariotomies à pédicule abandonné (obs. 231, n0s 1 et 2), et 3 cancers de la cicatrice chez des opérées dont le pédicule avait été fixé, 2 fois, à l'extérieur (obs. 232) et, 1 fois, abandonné. On doit conclure de ces faits que les kystes de l'ovaire, comme les verrues cutanées, les nasvi, les psoriasis des muqueuses, peuvent à la longue devenir malins. La seclion du pédicule est, exceptionnellement, unecausedeprolifération des éléments épithéliaux et d'ensemencement de ces éléments dans le péritoine et dans les lèvres de l'incision abdominale.
Enfin, s'il n'a pas été rare de voir les deux ovaires affectés de kyste en même temps , et les malades subir une ovariotomie double (16 cas), je n'ai rencontré que 2 cas, où les ovaires aient été atteints de kyste successivement. L'une de mes malades subit sa seconde ovariotomie au bout d'un an, l'autre au bout de quatre ans.
31 femmes n'ont pas été opérées pour des raisons diverses : 6 refusèrent l'ovariotomie, 17 n'avaient qu'un kyste de petites dimensions, non gênant, et sortirent du service en iattendant que l'indication opératoire se dessinât. 8 souffraient de quelque maladies intercurrente ou n'étaient plus opérables. 3 d'entre elles moururent dans le service (obs. 250, 251 et 252).
TUOMI'KS ET 0VA1HKS
Obs. 223 (1). Kysie multiloculain- avec une grande cavité simulant un kyste uniloculaire ; ovariolomie ; pédicule rentré' , guérison. — P... (Elisabeth), âgée de 47 ans, religieuse vouée à renseignement, est admise à l'Hôtel-Uieu le 29 février 1896.
Aucun passé pathologique, si ce n'est de l'anémie. A l'époque de la ménopause, il y a cinq ans, le ventre commença à grossir, . en causant des sensations de pesanteur incommode. Cet t accroissement s'est accusé depuis trois ans, et surtout dans la i dernière année. En même temps, la miction devint difficile;; il y eut des alternatives de constipation et de selles régulières, . des douleurs dans le ventre et dans les reins, do l'essoufflement au moindre effort, delà perte d'appétit et de l'amaigrissement. Néanmoins l'état général restait encore satisfaisant.
Les urines troubles, un peu purulentes, ne contiennent ni i sucre, ni albumine. Pas d'œdème des membres inférieurs.
L'abdomen a une forme sphérique, et la cicatrice ombilicale • est très écartée du pubis. On peut évaluer son volume à celui ; d'une grossesse gémellaire à terme,
A la palpation, on ala sensation d'une tumeur lisse, sans • bosselure, fluctuante, mobile, mate à la partie antérieure, sonore à la partie supérieure et sur les côtés. Les zones desonorité et de matité varient avec le décubitus latéral ou dorsal.
Il semble donc n'y avoir pas ou peu d'adhérences. D'ailleurs la malade, à aucun moment de l'évolution de sa tumeur, n'a accusé de douleurs véritables, pouvant faire croire à une inflammation péritonéale.
L'examen du ventre n'a pu être complété par le toucher vaginal. Mais les signes étaient suffisants pour diagnostiquer un kyste uniloculaire de l'ovaire, ou un kyste multiloculaire avec développement énorme d'une des cavités, qui masquerait toutes les autres poches.
La malade est baignée, et préparée à l'opération par un purgatif.
Le 4 mars. La chloroformisatian est facile. Incision do
(1) De mes 131 ovariotomies suivies de guérison je ne publie que le? observations qui m'ont paru les plus intéressantes. En revanche. }e publie tous les cas de mort in extenso ou en abrégé.
dix centimètres. Le kyste se présente. Il est ponctionné. Issue d'un liquide claire. A mesure que le liquide s'écoule, j'attire la paroi kystique hors de l'incision. La tumeur contient à sa base quelques kystes, les uns gros comme le poing, les autres comme un œuf, comme une noix. Plusieurs se crevèrent en les attirant en dehors. Le pédicule est lamelliforme. Il est lié avec un fil de catgut, et rentré dans le ventre. Suture du péritoine, suture des muscles, suture de l'aponévrose et de la peau.
Figure 60. — Grande poche kystique fer duc pour montrer un grand nombre de kystes secondaires développés à sa base (dessin par M. A. de Lapeyrouse).
Le kyste présente à sa base, au-dessus du pédicule, un gâteau formé par des kystes secondaires, de grosseurs diverses. Ces kystes secondaires se voient à l'extérieur de la tumeur, et font saillie dans la cavité du kyste principal (fig.60). Il.semble que l'ovaire se soit hypertrophié, et que ses vésicules «le de Graaf aient acquis des dimensions gigantesques. L'une délies dépassant toutes les autres formait presque toute la
628 TROMPÉS ET OVAIRES
tumeur. La trompe est saino ainsi que son pavillon. Elle se montre comme un cordon allongé à la surface du kyste.
Dans la journée, douleurs dans les reins et dans le dos.. Plusieurs vomissements. T. s., 37°,2; P., 102; Resp.,20.
Le 5. T. 37°,6 ; P., 96 ; Resp.,20. Nuit assez calme. Plusieurs* vomissements muqueux. Faciès bon. L'opérée se plaint vivement du dos. Elle urine seule; ne rend pas de gaz. Soif vive.. Glace sur le ventre. Champagne. Lavement avec 0 gr. 30 sulfate de quinine. 1 gr. 50 de chloral et X gouttes de laudanum. .
Le 6. T. 37",2; P., 90; Resp. 20. Elle ne vomit plus. Elle ai bien dormi après son lavement. Elle ne souffre plus dans \et dos. Elle rend des gaz, et urine seule. On continue le lavementill au sulfate de quinine et au chloral.
Les jours suivants, rien à signaler. Le rétablissement suit! son cours habituel.
Le 30. Sortie guérie.
Obs. 224. — Kyste multilocidaive de V ovaire ; ovarv>lomie\\ pédicule abandonné ; guèrison. — La nommée B... (Jeanne),, âgée de 44 ans, ménagère, entre à l'Hôtel-Dieu, le28 mars 1897. .
Elle a été réglée normalement depuis l'âge de quinze ans jusqu'à trente ans. A cette époque, elle eut un premier enfant, ett quinze mois après, un second enfant. Les accouchements furent naturels. Les règles ne parurent pas, non seulement' pendant l'allaitement du second enfant, mais encore pendant cinq ans. A trente-six ans, elles revinrent d'une manière trés^l irrégulière, restant quelquefois six mois sans se montrer. . Depuis lors, la santé de Jeanne B... a décliné, et elle a eu plusieurs bronchites.
Six mois après le deuxième accouchement, un médecin i reconnut qu'elle avait une tumeur abdominale, et porta le diagnostic de fibrome utérin. Cette tumeur grossit peu à peu, et causa quelques métrorrhagies. Elle fut traitée sans succès par les courants électriques.
Le ventre est gros comme pour une grossesse à terme. Il est facile de reconnaître que ce volume est dû à une tumeur sphérique, dure, légèrement bosselée, mate à la percussion, et entourée d'une zone de sonorité à sa partie supé-
rieure et dans les flancs. Le toucher vaginal fait sentir que l'utérus est refoulé en avant. Avec l'hystéromètre je constate que sa cavité n'est pas augmentée. Toute la masse est assez mobile. La dureté et l'absence de fluctuation sont les seules raisons, qui pourraient faire croire à un fibrome. Ce serait, dans tous les cas, un fibrome sous-péritonéal pédicule. Mais je penche plutôt vers l'idée d'un kyste multiloculaire.
La malade n'avait jamais eu de péritonite franche, seulement quelques douleurs plus ou moins persistantes. Il était donc bien difficile de savoir si la tumeur avait contracté des adhérences. Or l'opération montra que des adhérences assez fâcheuses existaient.
La veille eti'avant- veille, la malade fut préparée à l'ovariotomie par un bain, une copieuse purgatiou, des injections pour aseptiser le vagin.
Le 31. La chloroformisation se fait normalement. Incision depuis lepubis jusqu'à deux travers de doigt au-dessous de l'ombilic. Le kyste se présente, et je l'extrais du ventre. En haut, une adhérence avec l'épiploon forme un gros cordon tordu sur lui-même. A gauche et en bas, l'intestin passe en écharpe devant le kyste et lui adhère dans l'étendue de douze à quinze centimètres. L'épiploon est coupé entre deux pinces, puis lié avec catgut. L'adhérence intestinale est décollée, et la plaie, qui en résulte du côté de l'intestin, saigne assez abondamment, Il faut lier une artérioleà sa surface. Le pédicule, qui appartient au ligament large gauche, est mince, lamelliforme. Il est lié en X avec un gros fil de catgut et abandonné. Lavage du péritoine, Suture du péritoine avec un surjet en fil de catgut. Suture du plan aponévrotique et de la peau avec des crins.
Dans la journée, douleurs, beaucoup de vomissements aqueux et verdâtres. Une petite syncope.
T. s., 37°,4, P., 80;Resp., 18.
La nuit est calme, encore avec des vomissements.
Le 1er avril. T., 37°,2; P., 82; Resp.,18. Son faciès est animé, bon. Elle n'urine pas et ne rend pas de gaz. Soif. Les vomissements ont cessé depuis le matin.
Glace sur le ventre. Champagne. Lavement avec 0 gr. 25 sulfate de quinine, 1 gr. 50 chloral.
030 TUOMI'ES ET OVAIRES
Le 2. T., 87°. 4; P., 86; Resp. 20. La nuit a été très bonne. Apparition d'un écoulement do régies. On peut prévoir que la guérison se fera sans encombre.
Le 22. Guérison. Exeat.
Le 17 juin. La cicatrice est très solide. L'utérus est petit, mobile. Les culs-de-sac sont souples et libres. Les règles n sont pas revenues depuis l'opération. Les fonctions génitales se font bien. Mais l'opérée se plaint d'avoir des bouffées de chaleur et des transpirations abondantes. Elle a engraissé, sans se sentir moins forte. Elle a la face colorée, et toutes les apparences d'une santé florissante.
La tumeur a le volume d'une grossesse à terme et présente, à la coupe, le type d'un kyste multiloculaire (fig. 61).
Fgure 61. — Type de kyste multiloculaire (Dessin par M. Dobrovitch).
Obs. 225.— Kystes mulliluculaires végétants des deux ovaires; un peu d'ascite symptomatique; ovariotomie double; ligature perdue des deux pédicules; guérison. — T... (Marie), 43 ans, tfomestique, entrée le 20 novembre 1800, a eu deux couche? naturelles et a toujours été bien réglée. Dans ses antécédents
de famille, on relève que son père et une sœur sont morts de la poitrine.
La tumeur abdominale a débuté, il y a un an, sans douleur, saDS interruption des régies, sans malaise d'aucune sorte. La malade a seulement un peu maigri.
A la palpation, on sent, dans la fosse iliaque gauche, une tumeur rénitente, mobile, à grand axe dirigé en haut et à gauche, présentant une longueur de quinze centimètres et une hauteur de huit centimètres. Dans la fosse iliaque droite, une seconde tumeur présente les mêmes caractères de rénitence et de mobilité, et a près de huit centimètres dans tous les sens.
Le toucher vaginal trouve, dans le cul-de-sac postérieur, une tumeur, probablement dépendante des deux autres. Le col n'est pas dévié. La cavité utérine, mesurée à l'hystéromètre, a neuf centimètres de profondeur. Cystocèle assez prononcée ayant produit plusieurs fois de la dysurie.
Le 0 décembre. Ghloroformisation. A l'ouverture du péritoine, il s'écoule une petite quantité de liquide ascitique. Une tumeur se présente entre les lèvres de l'incision, qui est un peu agrandie avec les ciseaux. Extraction facile d'une première tumeur présentant environ le volume d'une tête d'enfant. Après avoir serré le pédicule entre les mors de deux pinces, section et ablation du kyste. Extraction d'une seconde tumeur située dans le flanc gauche, semblable à celle de droite, mais plus petite, grosse comme une tête de fœtus à terme. Pince sur le pédiculeet séparation de la tumeur au-dessus de la pince.
Les pédicules des deux tumeurs sont liés avec de forts fils de soie et abandonnés dans l'abdomen.
Le péritoine pariétal est parsemé de quelques granulations probablement de même nature que les végétations qui surmontent les kystes. Lavage du péritoine.
Quatre sutures profondes avec fil d'argent. Sutures superficielles avec crins de Florence. Pansement de Lister. Réveil facile.
La tumeur droite a une forme irrégulière. Elle est composée par l'agglomération d'un nombre assez considérable de
632 TROMPES ET OVAIBES
kystes de volume variable. Sa forme est allongée. Elle mesure environ vingt centimètres dans son plus grand diamètre et dix centimètres dans son plus petit. Entre les différentes bosselures des kystes, surtout vers le pédicule, s'implantent plusieurs végétations en choux-fleurs (lig. 62).
Figure 62. — Deux kystes multiloculaires avec des végétations (quart de
grandeur naturelle).
La tumeur gauche ressemble en tous points à la précédente. Elle n'en diffère que par sa forme plus régulièrement arrondie, et par ses dimensions moindres. Ses différents diamètres sont environ de douze à quinze centimètres. Elle aussi parsemée de végétations.
Les suites de l'opération sont très simples. Les fils de la suture sont enlevés peu à peu entre le huitième et le quinzième jour.
Le 6 janvier 1891. L'opérée sort guérie.
Obs. 226. — Kyste avec une grande cavité principale et des cavités secondaires dont V une contient des dents et des cheveux ; ovariotomie; pédicule perdu ; guérison. — L... (Estelle), 48 ans, ménagère, entrée le 24 avril 1894, n'a pas d'antécédent morbide. Elle a eu deux accouchements naturels. Après la ménopause, qui arriva à quarante-six ans, le kyste débuta par
AFFECTIONS ORGANIQUES Oôà
une métrorrhagie très abondante, qui se.renouvela une seule fois. Puis le ventre se tuméfia, devint douloureux. Dyspnée. Miction très fréquente.
Tumeur volumineuse médiane, remontant à un travers de doigt au-dessus de l'ombilic, mate et se terminant par une ligne de matité concave en bas, fluctuante, plongeant dans le petit bassin.
Le 28 avril. Une ponction donne quatre litres d'un liquide jaunâtre un peu louche. Par le toucher vaginal on sent les culs-de-sac latéraux libres. Dans le cul-de-sac antérieur, rien. Dans le cul-de-sac postérieur, saillie de la tumeur, qui est douloureuse à la pression. Il est difficile de dire si cette tumeur fait corps, ou non, avec l'utérus.
Le 2 mai. Chloroformisation facile d'abord ; mais, après l'incision abdominale, la malade ne respire plus et, pendant deux ou irois minutes, teinte violacée de la face, petitesse du pouls, dilatation des pupilles, expulsion par l'anus de gaz et de quelques matières liquides. Des tractions rythmiques sur la langue rétablissent la respiration. L'opération est continuée. Incision depuis le pubis jusqu'à deux travers de doigt au-dessous de l'ombilic. Le kyste se présente. Sa face antérieure a contracté des adhérences molles avec la paroi abdominale. Ces adhérences sont détruites avec le doigt. Ponclion du kyste, qui est attiré au dehors à mesure qu'il se vide. Enfin tout le kyste est extrait. Le pédicule, qui est petit, est lié avec un fil de catgut. Je m'aperçois à ce moment que le pédicule repose sur une grosse tumeur rétro-péritonéale, qui occupe la fosse iliaque gauche et remonte dans le flanc gauche. Comme la malade est faible, je ne crois pas devoir faire des tentatives pour l'ablation de cette tumeur, dont j'ignore l'origine et la nature (hydronéphrose ou tumeur, du rein). 11 faudrait prolonger beaucoup l'opération et l'aggraver. Je ferme donc l'abdomen par la suture du péritoine avec du catgut et par la suture de la paroi avec des crins.
Le kyste enlevé est formé par une grande poche contenant huit ou dix litres de liquide clair, à teinte un peu laiteuse. Sa base est une masse solide avec quelques petits kystes, dans
iY.li
TROMPES ET OVAIHKS
lesquels il y a des dents implantées dans une alvéole et quelques cheveux. Le pédicule est très petit. La trompe est saine
(flg. 63).
Figure 63. — Kyste inultiloculaire dermoïdc contenaiit des cheveux et des dents (Dessin par M. Pope^co, externe du service).
A son réveil, la malade pousse des cris incohérenls, et ces cris se continuent pendant une partie de la journée.
Jusqu'au quatrième jour, l'opérée a des hoquets, le faciès grippé, des douleurs dans le ventre. Puis tout reprend une marche naturelle.
Le 14 juin. Guérison. Sortie.
Obs. 227. — Enorme épanchement de substance gélatineuse dans la cavité pèrilonéale à la suite de la rupture d'un kyste mxjxômateux ; ovariotomie; guérison. — K... (Suzanne), 60 ans, sans profession, admise le 18 avril 1895, n'a jamais eu d'enfants ni de fausse couche. Anémique, très nerveuse, faible, elle n'a jamais été bien réglée. Comme maladies antérieures,
elle signale deux péritonites. Rien à remarquer dans ses antécédents morbides héréditaires.
Il y a quatre mois, la maladie a débuté par des douleurs dans le ventre, avec arrêt presque complet des urines. Cellesci étaient rouges et donnaient un épais dépôt. Pas de coliques néphrétiques. En mars dernier, sensai ion d'un corps étranger, qui roulait dans le ventre de droite à gauche. Jusque-là le ventre n'avait pas des dimensions anormales. Mais tout à coup, quelques jours après l'apparition de la tumeur, le ventre s'est mis à grossir à vue d'œil et de plus en plus.
Actuellement Suzanne K... souffre peu. Elle a beaucoup maigri. Elle n'est plus réglée depuis cinq ans. Elle ades pertes blanches abondantes, mais pas de pertes de sang. Ses membres inférieurs ne sont pas œdématiés.
Le ventre est très volumineux, surtout dans la région sousombilicale, où il a pris une forme étalée, batracoïde. Il a une consistance élastique, rénitente, sans fluctuationnette. On croit sentir, dans la fosse iliaque droite et à l'hypogastre, une tumeur. Tout le ventre est mat, à l'exception de la région épigastrique et du flanc gauche. Si on fait coucher la malade sur le côté droit, le flanc gauche est sonore; si, au contraire, elle se couche sur le côté gauche, le liane droit reste mat. Une ponction avec un trocart assez fin n'a rien donné. Les culs-de-sac vaginaux sont libres. L'utérus est peu mobile, abaissé, et l'exploration bi-manuelle fait constater que les mouvements imprimés à la tumeur abdominale ne se transmettent pas nettement à l'utérus. L'hystéromètre ne pénétre pas. Le diagnostic est : kyste multiloculaire de l'ovaire.
Les poumons et le cœur sont en bon état. Il n'y a pas d'albuminurie ni de glycosurie. Malgré l'âge de la malade, l'ovariotomie est indiquée.
Le 26 avril. Chloroformisation facile, malgré quelque tendance à la syncope. Incision de douze à quinze centimètres. Je tombe sur un kyste rompu depuis un temps indéterminé, avec irruption dans le ventre d'une grande quantité de matière gélatineuse. Cette matière est jaunâtre, transparente, comme certaines conlitures en gelée, un peu filante. Elle remplit le ventre jusqu'au diaphragme. Elle s'est infiltrée entre
TROMPES ET OVAIRES
les anses intestinales. Je fais un premier lavage pour aider ; il l'évacuation de cette masse, que je ramasse à pleine main. lJI cavité abdominale étant en partie évacuée, je trouve le kyste<M dont je lie le pédicule avec un fil de catgut. Nouveau lavagçH dans le petit bassin. Je retire encore des masses énormes dôfl substance gélatineuse. Troisième lavage. Enfin je fixe le péJI dicule à la partie inf'érieurede l'incision et, autour de lui, jqfl place un tamponnement avec la gaze iodoformée. Suture défl la paroi abdominale. Bandage ouaté et glace en permanenceil sur le ventre.
Dans la journée, vers deux heures, deux frissons à dix mi-i nutes d'intervalles, claquement de dents et sueurs. Trois: vomissements. Une injection hypodermique de caféine et d'éther. La nuit est bonne, sans vomissement.
Le 27. T., 38°,2; P. 100; Resp. 24. Faciès pâle, assez bon.i Elle n'a plus vomi. Elle rend des gaz avec la sonde rectale.' Elle n'urine pas seule. Elle ne se plaint que des reins. Deuxa lavements avec 0,35 centigrammes de sulfate de quinine, 1 gramme chloral, 5 gouttes laudanum. Champagne, café.
Le 28. T., 38°,2; P., 102; Resp., 25. Faciès bon. Soif. Lavements ut supra.
Le 29. T., 37°, 8 ; P., 96 ; Resp., 22. La nuit a été bonne.;
Le pansement est imbibé de liquide sanguinolent. Je retirée une partie du tamponnement, et le pansement est changé.
L'opérée n'urine pas encore seule; mais elie rend des gaz. Café au lait. Bouillon. Champagne. Toujours glace sur le ! ventre. Lavement avec 0,25 centigrammmes de sulfate dej quinine.
Le 1er mai. T., 37°, 4; P., 102; Resp., 2Z. Langue un peu i sèche, amère. Deuxième pansement. Je retire tout le tampons intra-abdominal, et je lave la cavité qu'il laisse avec de l'eau aseptique. Mèche iodoformée dans cette cavité. Purgation avec de la limonade purgative.
Le 5 juin. L'opérée rentre chez elle, complètement guérie.
Obs. 228. — Deux faits de torsion du pédicule ; ovariotomies ; yuênsons. — 1°. P... (Lucie), 46 ans, portait, depuis quelques années, un kyste de l'ovaire, qui avait acquis le volume d'une
tète d'adulte, et qui n'occasionnait que de la gène. Mais six | jours avant l'entrée de la malade, le 6 novembre 1805, le ventre était devenu douloureux avec grand malaise général. La malade paraissait menacée de péritonite. Je me hâtai de la préparer à subir l'ovariotomie.
Le 11. Chloroformisation. Incision de six centimètres entre i le pubis et l'ombilic. Toute la face antérieure du kyste adhère i au péritoine de la paroi abdominale ; mais ces adhérences ( sont récentes, molles, et je les décolle avec le doigt. Le kyste ! a une couleur gris-noii àtre, comme s'il était en voie de sphacéle. Le péritoine est épaissi, rougeàtre, enflammé au niveau des adhérenses. 11 s'écoule une petite quantité de sérosité ascitique de couleur rougeàtre. Le kyste ponctionné avec ! un long trocart se vide d'un liquide séreux, teinté en ronge. Une fois vidé en partie, je l'attire au dehors. Sa partie supérieure adhère, dans une grande étendue, àl epiploon. Ces adhérences, qui sont solides, sont coupées entre deux pinces. L'une d'elles présente la forme d'un cordon tordu sur luimême.
Le kyste tient à l'utérus par un pédicule rond, tordu sur lui-même, volumineux comme l'index. Cette torsion du pédicule lui donne l'aspect d'un cordon ombilical. On peut évaluer le nombre des torsions à une vingtaine au moins. Ce pédicule est lié et abandonné. Lavage du péritoine. Puis suture de la paroi abdominale.
Le kyste appartenait à l'ovaire droit. Il était uniloculaire. Ses parois, épaisses d'un centimètre, infiltrées de sérosité, étaient sur le point de se gangréner.
Les suites de l'ovariotomie furent très simples.
Le :S0. Guérison et sortie de l'hôpital.
2°. M... (Marie), 33 ans, femme de chambre, entrée le 19 octobre 1896, fut opérée le 24 octobre. Je trouve un kyste tout noir, dont la ponction donne un liquide sanguinolent. En retirant le kyste, j'entraîne un gros ovaire ecchymosé et une trompe pleine de sang, étalée à la surface du kyste. Le pédicule, tordu plusieurs fois sur lui-même, a la forme d'un cordon gros comme le petit doigt. Il est lié et abandonné. Lavage du péritoine. Suture de l'incision abdominale en trois plans.