VII. — Abcès lie l'anus
I 81 hommes ! 12 femmes
51 incisés, 30 non opérés 9 — 3 —
La septicité des excréments explique la fréquence des phlegmons de l'anus. Pendant les efforts de la défécation les matières fécales durcies excorient la muqueuse, surtout
lorsque celle-ci est gonflée par des hémorrhoïdes, et ouvrent la porte àTintroduction des microbes et desgazseptiques. Telle est la principale cause de rinflammation suppurative. D'autres fois c'est une excoriation par un corps étranger quelconque, c'est un traumatisme de la région anale. J'ai observé des abcès de Tanus à la suite d'un coup de pied (1 cas), d'une chute sur le siège (1 cas), de l'équitation (l cas).
Sur mes 93 cas d'abcès de l'anus, 10 étaient de nature tuberculeuse. Si l'anus est un lieu d'élection pour les abcès tuberculeux, je pense que cela tient aux bacilles charriés par les matières fécales, bacilles qui s'inoculent souvent à une muqueuse très vulnérable.
Je veux signaler encore la malpropreté, les érythemes et les eczémas comme causes des phlegmons de l'anus. La preuve en est que les hommes du peuple, qui ne prennent aucun soin de leur personne, en sont beaucoup plus souvent affectés que les femmes plus attentives aux habitudes de propreté.
Les substances septiques sont si abondantes dans la région anale et s'absorbent ordinairement à une dose si considérable que rinflammation devient rapidement suppurative. En fait, c'est presque toujours à l'état d'abcès (sauf 3 cas) que les phlegmons de Tanus se sont présentés dans mon service, et si l'abcès s'était ouvert spontanément, avant l'entrée du malade, j'avais alVaire k une flstule (voy. chapitre IX).
19 fois, l'abcès était sous-muqucux, de petit volume, et occupait une portion de la marge de l'anus.
65 fois, l'abcès était plus profond, déveloi)i)é au milieu des fibres du sphincter.
9 fois, l'abcès était volumineux, situé au-dessus du sphincter, et décollait les tissus soit vers la fesse, soit vers le périnée.
La douleur est si vivo pendant la marche, pendiMit In slation assise, pendant la défécation, que les malades sont obligés de rester couchés et n'osent pas aller k la ganlo robe.
p. — Tome II. '^
18 RÉGION ANO-RECTALB
Le pus est toujours extrêmement fiHide, et chez 3 malade la muqueuse et la peau étaient gangrenées.
Quelquefois, mais rarement, le phlegmon peut s résoudre sous Tinfluenee du repos, des bains, des applica tions émollicntes et antiseptiques. Je n*ai observé que 3 ca de guérison sans suppuration.
Lorsque Tabcès existe, il faut l'ouvrir sans larder. 27 foi: Tintorvention n'a pas été assez hâtive, et le pus avai rompu la peau amincie qui Temprisonnait. 60 fois Taboèî fut incisé. Pour cette incision je me suis presque toujourî servi du bistouri, 4 fois seulement du thermocautère, lors que la peau était gangrenée ou très décollée. 3 malades ne furent pas opérés, parce qu'ils étaient affectés d'une tuberculose pulmonaire très- avancée.
Une fois l'abcès ouvert, spontanément ou artificiellement, ii faut déterger complètement son foyer par une irrigation d'eau phéniquée forte et faire des pansements antiseptiques. C'est le meilleur moyen d'éviter une fistule consécutive. Malgré ces soins, chez 8 malades, la fistule s'est établie et on a dû l'opérer plus tard.
Sur 87 abcès traités, il y a donc eu 79 guérisons et 8 terminaisons par fistule à l'anus.
La durée du traitement a été, en moyenne, de onze jours pour les abcès incisés, de quatorze jours pour les abcès ouverts sp'ontanémeni, et de vingt et un jours pour les abcès terminés par fistule.
Comme résultat ôloigûé, je n'ai observé que 1 cas d'incontinence incomplète des matières fécales, après une incision au thermocautère d'un abcès gangreneux chez une femme âgée de soixante et onze ans ; et 1 cas de récidive de Tabcès,
Vlll. — Abcès de Cespace ùchio-rectal.
.^ \ 4 hommes : 3 opérés, 1 traité ) ^
^0 ^^^ ] 6 femmes : 6 ^^ - i ^ '"O''^-
Parmi les abcès profonds développés dans le tissu cellu-
laire quienlouro le rectum, je n'ai pas en Toccasion d'observer d'aiUrcs abcès que ceux de Tespace iscliio-rcctal.
Leurs causes paraissaient être les mêmes que celles des abcès de Tanus. Cependant je dois faire remarquer qu'à l'inverse de ces derniers, ils ont été plus fréquents chez les femmes que chez les hommes. Une de mes malades accusait le traumatisme des premières approches du mariage.
Ils avaient pris naissance dans l'espace triangulaire qui est situé entre le releveur de Tanus et la face interne de rischion. Ils avaient envahi tout cet espace et étaient venus faire saillie sur l'un des cotés de Tanus. 4 fois !e pus avait décollé toute la partie inférieure du rectum. Chez 1 malade, la cavité de l'abcès mesurait plus de dix centimètres de hauteur.
L'étendue du phlegmon et la résorption pulride expliquent l'intensité de la réaction fébrile. 2 fois une plaque de gangrène s'était formée au voisinage de l'anus.
En introduisant le doigt dans le rectum, on sentait, sur l'un des côtés de cet organe, une saillie élastique, très douloureuse à la pression. En comprimant cette saillie entre le doigt situé dans le rectum et les doigts appliqués sur le pourtour de i'anus, il m'a été quelquefois facile de produire la fluctuation.
Le pronostic est sérieux. Après l'évacuation du pus, une grande cavité subsiste entre la paroi mobile du rectum et la paroi rigide du bassin ; non seulement cette cavité a peu de tendance à s'oblitérer, mais encore la suppuration est entretenue par les matières fécales et les gaz qui souillent toute la région. De là des fistules interminables, des poussées inflammatoires fréquentes, des alternatives de rémission et de recrudescence fébrile, la formation de nouveaux abcès.
Il importe beaucoup d'ouvrir ces abcès de bonne heure. Je pratique l'incision sur la marge de l'anus, afin de ménager le mieux possible le sphincter. Des lavages du foyer, avec une solution phéniquée forte, répétés fréquemment, des pansements avec des mèches de gaze iodoformée, peuvent amener peu à peu la cicatrisation de l'abcès. Mais, en
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oulrCj il faiil ijuelniiefois sectionner le reeluiii qui forme la paroi interne de l'abcès.
Clicz mes 10 malades, l'abcès fut incisé 9 fois, et 1 fois il s'ouvrit spontanément avant l'intervention.
L'incision marginale, suivie de lavages et de pansements antiseptiques, suffit pour amener la guérison chez 5 de mes malades. Une sixième malade, enceinte de liuit mois, et dont l'abcès communiquait avec le rectum par un oi'iticc liaut placé; ne l'ut pas guérie, et je ne poussai pas plus loin l'intervenlion chirurgicale en raison de sa grossesse avancée.
CLez 3malade.sil fallut compléicr l'incision marginale par l'incision du rectum. Ces 3 malades guérirent, mais 2 d'entre eux eurent une incontinence des matières fécales liquides et des gaz.
La durée moyenne du traitement après l'incision marginale a été de vingt-deux jours ; elle a été de cinquante-trois jours après l'incision recLale combinée à l'incision marginale.
On peut plus tard, par un avivement et une suture, reméf dier à l'incontinence fécale ; mais je n'ai pas eu l'occasion \ de faire cette opération dans ma pratique hospitalière.