Busch, cité par Rouge, ibid
Passavant opère un bec-de-liëvre à l'âge de neuf semaines chez un enfant affecté en même temps d'une division de la voûle palatine et du voile. Ces deux dernières lésions sont guéries un an plus tard. Langenbeck opère sans succès au huitième jour un enfant né avec un bec-de-lièvre compliqué de fissure palatine; il réussit, dans une seconde opération, à réunir les lèvres : neuf ans plus tard, les deux bords alvéolaires sont soudés en avant l'un à l'autre. Il ne reste plus que la fente palatine, qui n'a pas augmenté de largeur. La plupart des chirurgiens qui ont opéré un certain nombre de becs-de-lièvre avec fissure palatine ont observé, comme l'avait déjà fait Roux, le rétrécissement consécutif, sinon l'occlusion de la fissure palatine. Ce résultat secondaire de l'opération du becde-lièvre est d'autant plus heureux, comme le fait remarquer Rouge * (de Lausanne), qui cite les faits précédents, qu'en dehors dé tout traitement opératoire les fissures congénitales du palais s'élargissent le plus souvent avec l'âge. Après la suture des lèvres, le rapprochement des maxillaires se fait sous l'influence de la traction opérée par les parties molles.
La réunion des deux lèvres de la fissure s'est quelquefois aussi opérée spontanément chez des sujets qui n'avaient pas de bec-de-lièvre. Passavant en cite deux cas. Chez un enfant de Paris, né avec une fissure de la voûte et du voile, la soudure s'était faite spontanément sur toute la longueur; il ne restait qu'une bifidité de la luette. Le second fait se rapporte à un homme qui avait eu une sœur atteinte de gueule-de-loup,, et qui était affecté lui-même d'une fissuré de la portion osseuse du palais, fermée par les parties molles. On pouvait sentir avec le doigt la perte de substance de la voûte osseuse. L'auteur ajoute que le voile du palais s'était fermé avant ou très peu de temps après la naissance, en ne laissant qu'une petite bifidité de la luette. Cette observation est peu positive; on est autorisé à y voir un cas de malformation du palais ; mais rien
■ 1. Rouge, loco cit.
ne détermine exactement à quelle époque les deux moitiés soit de la voûte, soit du voile, se sont réunies. Trélat* a observé des faits plus complexes et plus démonstratifs : il a vu la guérison spontanée d'une fissure se produire après la naissance ; il a vu aussi une voûte palatine mince, mal développée, ■se perforer spontanément en dehors de toute affection ulcéreuse spéciale. Un homme de quarante-trois ans atteint d'une division congénitale du voile et de la voûte du palais, avait g'uéri spontanément de cette difformité en ne conservant qu'une légère bifidité de la luette. Chez ce malade, la cicatrice mince s'ulcéra, sous les yeux mêmes de Trélat, en dehors de l'influence syphilitique. Un enfant de trois semaines, dont le père avait la voûte palatine échancrée postérieurement, et dont une sœur était morte en bas âge avec une division palatine, présentait lui-même une bifidité de la luette ; la surface du voile était blanchâtre ; une perfora^on du diamètre d'un grain de blé s'y produisit spontanément.
Les cas de guérison spontanée d'une division du palais «ont, en somme, exceptionnels. Ils iie paraissent avoir aucun rapport direct avec certaines malformations congénitales de la voûte ou du voile sans fissure, comme un amincissement ou un épaississement de leur partie médiane ou comme une brièveté anormale de ces organes. Nous avons vu, chez un enfant atteint de bec-de-lièvre compliqué, une légère anomalie du voile caractérisée simplement par un épaississement linéaire médian, visible sur la lace inférieure de l'organe. Les cas d'amincissement et de brièveté anormale ne sont pas très rares, et nous avons déjà dit que les deux moitiés du voile divisé congénitalement sont souvent atrophiées aussi bien en longueur qu'en largeur. Passavant", qui a longue-
1. U. Trélat, Guérison et Formation des fentes -palatines congénitales avant et ■après la naissance : Progrès médical, 14 avril 1888, t. VII, p. 279.
2. Passavant, Sur les Moyens de faire disparaître le nasonnement de la voix •dans les fissures congénitales des portions osseuse et membraneuse de la voûte palatine; traduit par S. Duplay, Archives gén. de méd., 6^ série, 1865, t. V, p. 55.
ment insisté sur ce fait, a montré que c'était l'une des causes la principale selon lui, du nasonnement qui persiste après la staphylorrhaphie. Le même défaut de longueur peut être observé sur un voile normalement réuni sur la ligne médiane. C'est ce que Trélat ^ a remarqué sur une infirmière âgée de vingt et un ans qui parlait comme les sujets atteints de fissure palatine. La voûte palatine et le voile du palais réunis étaient raccourcis : des incisives à la luette il y avait une distance de 6 et demi à 7 centimètres; des incisives à la paroi postérieure du pharynx, une distance de 9 centimètres. Chez cette même jeune fille, le voile du palais, très aminci sur sa partie médiane, semblait formé seulement par l'adossement des muqueuses.
Ces divers degrés d'anomalies congénitales du palais rappellent ce que nous avons dit de certaines difformités des lèvres qui ont avec elles la plus grande analogie au point de vue pathogénique. Certains sujets naissent avec une lèvre supérieure complètement réunie, mais on voit une ligne irrégulière, comme cicatricielle, sur le trajet où se trouve la fente du bec-de-lièvre. Ce sont ces cas qui ont été considérés par quelques auteurs comme des guérisons spontanées intrautérines du bec-de-lièvre. En réalité, la réunion de la fente embryonnaire de 'la lèvre s'est faite irrégulièrement, mais on ne sait pas au juste s'il y a eu ou non retard dans le travail de soudure, de sorte que le terme de guérison spontanée du bec-de-lièvre n'est pas justifié. Les mêmes considérations s'appliquent au voile du palais. Lorsque cet organe est congénitalement raccourci dans sa longueur, aminci ou épaissi sur sa partie médiane, on est autorisé à conclure qu'il y a eu un trouble de développement de l'organe ; mais rien ne démontre précisément que ce développement ait été retardé. Les cas rares de guérison spontanée après la naissance peuvent seuls le faire supposer, sans le démontrer toutefois.