ATROPHIES PAR COMPRESSION DURANT LA PÉRIODE FŒTALE
Certaines anomalies par atrophie sont dues à une compression subie par le fœtus dans la cavité amniotique à une période assez avancée de la grossesse. On retrouve à la naissance et plus tard les empreintes évidentes de cette compression sur diverses régions du corps, et plus spécialement sur la tête.
Un enfant né depuis trente-six heures, présenté en 1888 à la consultation de l'hôpital Trousseau par une sage-femme, nous fournit un exemple remarquable de ces malformations tardives par compression. Il portait la tête très inclinée sur l'épaule gauche ; on pouvait la remettre dans l'attitude droite, mais elle reprenait d'elle-même ensuite son inclinaison à gauche. La joue gauche, en rapport avec l'épaule correspondante, était aplatie, moins saillante et moins volumineuse que celle du côté droit. Au contraire, le front était saillant à gauche et manifestement aplati à droite. Les deux pieds étaient déformés, le droit en varus, le gauche en valgus. Les deux membres inférieurs dans leur ensemble avaient une tendance anormale à se porter à gauche. En exagérant cette disposition de la tête et des extrémités inférieures à se dévier à gauche, on pouvait d'une part appliquer la joue gauche sur l'épaule gauche , d'autre part amener les deux pieds également vers l'épaule gauche au contact de la tête, et tout cela
sans grand effort. Ajoutons qu'une manœuvre semblable était
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impossible du côté opposé. L'enfant se trouvant ainsi enroulé sur le côté gauche comme un bâton dont on rapproche les deux bouts, il devenait manifeste que les malformations de la tête et des pieds étaient en corrélation directe et parfaite avec cette singulière attitude. L'aplatissement de la joue gauche et de la bosse frontale droite paraissait avoir été produit par une pression analogue à celle faite artificiellement avec la main
FiG. 50, — Malformations faciales par compression intra-utérine. Aplatissement de la joue droite. Déviation du nez vers le côté gauche. Ce sujet porte un kyste dermoïde de l'angle interne de l'orbite (V. obs. LXIV).
pour maintenir momentanément la tète de l'enfant appliquée sur l'épaule gauche.
Un second exemple d'atrophie du même ordre nous a été fourni par un enfant âgé de sept mois qui avait pour toute malformation un torticolis congénital (Y. obs. LXY). Sa tête était inclinée sur l'épaule droite sans renversement en arrière; le front et la face du côté gauche se trouvaient atrophiés. La région occipitale, au contraire, était plus développée à gauche. Ici ce n'était pas la joue droite, mais bien la région occipitale droite qui semblait avoir été appliquée sur l'épaule du même côté dans la cavité utérine, et les régions comprimées étaient le front et la face du côté gauche, c'est-à-dire du côté opposé au torticolis.
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Un autre sujet (obs. LXVIII) offrait des malformations beaucoup plus nombreuses et plus variées. On voyait d'abord, sur les parties saillantes du corps, des traces évidentes d'adhérences amniotiques. Le tronc était incurvé dans son ensemble sur le côté gauche; la tête, inclinée sur l'épaule gauche, présentait un aplatissement du côté droit; la bosse frontale droite était effacée. Les membres supérieurs et inférieurs avaient subi des déviations multiples (V. fig. 51).
G. BoreP a publié un fait analogue aux nôtres, mais plus complexe. Un enfant, qu'il a observé depuis la deuxième semaine jusqu'au huitième mois après la naissance, était né avec des malformations diverses, toutes en rapport avec un enroulement du fœtus sur le côté gauche. Les deux pieds étaient en varus équin : la moitié gauche du thorax, beaucoup moins développée en avant; l'avant-bras gauche, incurvé et atrophié ; enfin la main correspondante , déviée sur le bord radial. Les déformations de la tête rappelaient celles de notre second cas, mais à un degré plus grave. La tête, inclinée à gauche par raccourcissement du sterno-mastoïdien, offrait des altérations inverses de la face et du crâne. Toute la moitié gauche de la face, inclinée sur l'épaule, se trouvait considérablement atrophiée ; le pavillon de l'oreille était lui-même atrophié et irrégulier. Le crâne, au contraire, était plus développé à gauche, si bien que la demi-circonférence gauche de la tête mesurait 26 centimètres et demi, et la demi-circonférence droite 25 centimètres seulement. Cette déformation paraissait produite par une compression exercée suivant un axe oblique allant de la bosse pariétale droite à la moitié gauche de la face, de telle sorte que celle-ci se trouvait appliquée sur l'épaule correspondante. La grossesse avait été normale, ainsi que l'accouchement; un seul point mérite d'être signalé : la mère avait perçu tardivement les mouvements
1. G. Bore], Contribution à l'étude des asymétries du visage et de V hémiatrophie de la face: Rev. méd. de la Suisse romande, 1883, t. V, p. 13.
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actifs du fœtus. Borel a remarqué, comme nous l'avions observé nous-mêmes, combien il était facile d'infléchir l'enfant sur le côté gauche pendant les premiers mois après la naissance, et de reproduire ainsi l'attitude du fœtus dans le sein de la mère. Budin* a recueilli deux cas de déformation du fœtus par compression. Chez un enfant nouveau-né, la tête s'appliquait exactement sur l'épaule gauche : « La face latérale gauche de la tête avait, dans son ensemble, un aspect réniforme; la périphérie de cette déformation en forme de rein répondait à la périphérie du crâne, au vertex; la concavité était limitée en avant par le bord inférieur de la mâchoire et en arrière par l'occipital. Cette partie déprimée s'appliquait exactement sur la saillie de l'épaule. » Budin ne dit pas si cette déformation a persisté. Son second cas de compression fœtale ne se rapporte pas à des déformations crâniennes ; mais l'enfant avait deux mains et deux pieds bots; de plus, à la surface du tronc on voyait des dépressions singulières dans lesquelles venaient se mouler les extrémités inférieures lorsqu'on les fléchissait, ce qui se faisait avec la plus grande facilité; le nouveau-né succomba immédiatement après l'accouchement. Mais il fut facile de démontrer directement que les dépressions observées sur le thorax dataient d'une période antérieure au travail de l'accouchement : les cartilages costaux étaient déprimée comme les parties molles. Un autre fait vient encore à l'appui de la théorie de la compression utérine dans ce cas, La mère avait eu de l'hydrorrhée pendant les dernières semaines de la grossesse.
E. Barker^ a observé un enfant âgé de trois semaines qui présentait des malformations d'un aspect tel qu'elles paraissaient aussi pouvoir être rapportées à la compression intrautérine. L'accouchement avait été normal. Dès le moment
1. Budin, Obstétrique et GynécoLoriie, ^. 15 et 243; 1886 ; — Bull, de la Soc. anatom., 1872, p. 589 ; — Tarnier et Budiu, Traité d'accouchements, t. II, p. 294; 1886.
2, A.-E. Barker, Déficient development of the right half of the body, withoul paralysis exceptoftlie facial nerv : Clinical Soc. Trans., 1884, t. XVII, p. 223.
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de la naissance, la moitié droite du corps se trouvait moins développée que la gauche; l'oreille droite était rudimentaire, et le nerf facial droit, paralysé. L'auteur ajoute qu'il n'y avait pas d'écoulement d'oreille et que tous les autres nerfs parais-
FiG. 51. — Malformations diverses par compression intra-utérine. Incurvation du tronc sur le côté gauche. Tête inclinée en arrière et à gauche. Double pied botvarus. Double main bote. Dépressions cicatricielles multiples à la surface du corps (traces d'adhérences amniotiques) au-devant de l'acromion gauche, sur le côté cubital des poignets, au-devant du genou gauche, sur le pied gauche en dehors (V, obs. LXVIII).
saient intacts. Le tronc était fléchi sur le côté droit, l'enfant petit, mais bien portant.
Le sujet de l'observation LXIV est atteint d'un ensemble de difformités appartenant à un type différent, mais paraissant aussi résulter d'une compression intra-utérine. Un enfant nouveau-né présente un aplatissement de la moitié droite de la
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face; le nez est comme repoussé vers le côté gauche. De plus, on remarque une cyphose dorso- lombaire et un double pied bot varus. Si l'on met la tête en extension légère avec inclinaison sur l'épaule gauche et qu'ensuite on applique l'une des mains sur la joue droite, qui se trouve ainsi à l'extrémité supérieure du corps, tandis que l'autre main exerce une pression sur l'extrémité pelvienne, on simule la position à laquelle le fœtus a été soumis vraisemblablement d'une manière persistante dans la cavité utérine (Y. fig. 50 et obs. LXIY).
Ce n'est pas seulement chez les nouveau-nés qu'on observe Jes déformations du crâne par compression; elles peuvent persister indéfiniment : nous les avons retrouvées sur des sujets de six ans, de quatorze ans (obs. LXVI et LXYII).
Les faits précédents indiquent à n'en pas douter que la compression du fœtus s'est produite à la fin de la grossesse. Le développement complet de tous les organes, l'absence de toute autre malformation ainsi que le siège superficiel des altérations oii l'on reconnaît les empreintes des parties comprimées, sont autant de raisons en faveur d'un développement régulier d'abord, qui n'a été que tardivement troublé par la position anormale dans laquelle ont été placées certaines parties du fœtus.
D'autres observations établissent, au contraire, que la compression utérine peut déterminer des malformations véritables à une période plus précoce. C'est ainsi que Kocher * a eu l'occasion d'examiner un fœtus de trois mois présentant des traces de compression mécanique par défaut de liquide amniotique : les pieds et les mains étaient déformés , la tête inclinée en avant et de côté. Osiander a vu un enfant qui était né avec le menton enfoncé dans le thorax,. le dos voûté, les extrémités creusant aussi de profondes empreintes sur le thorax, des pieds bots et un crâne asymétrique. La compression du côté gauche, ou plutôt l'inflexion du tronc sur le côté