MALFORMATIONS DE L'OREILLE EXTERNE ET DE L'OREILLE MOYENNE
Le canal auditif est un vestige normal de la partie supérieure de la première fente branchiale : la trompe d'Eustache et la caisse du tympan appartiennent à la portion muqueuse de cette fente; le conduit auditif externe dépend de la portion cutanée. La membrane du tympan intermédiaire à ces deux portions est formée par la mince membrane d'union, dont His a démontré la présence entre les arcs branchiaux, qui empêche les fentes branchiales d'être complètes et de faire communiquer la cavité pharyngienne avec le dehors. Le pavillon de l'oreille naît par une série de bourgeons marginaux qui s'élèvent autour de l'extrémité supérieure de la fente : trois en avant et en haut : 1° bourgeon dû tragus, 2° et 3° bourgeons de l'hélix; — trois en arrière et en bas : 4° bourgeon de l'anthélix, 5" bourgeon de l'antitragus, 6° bourgeon du lobule.
Le développement embryonnaire de l'oreille moyenne et de l'oreille externe fait comprendre pourquoi ces organes prennent si souvent part aux malformations qui affectent l'appareil branchial ; et s'il arrive que l'oreille soit atteinte d'un vice de conformation congénital à l'exclusion de tout autre organe, nous allons montrer qu'on observe aussi fréquemment des faits plus complexes dans lesquels plusieurs altérations diversement localisées sur l'oreille et ailleurs se trouvent réunies chez un même sujet.
Nous ne nous arrêterons pas longuement sur les malformations de l'oreille moyenne ; ce qu'on en sait se réduit à une description morphologique des lésions, description presque toujours incomplète en ce qui concerne l'état des organes profonds. Les autopsies d'un petit nombre de nouveau-nés gravement atteints ont cependant démontré la possibilité de lésions sérieuses du côté de la caisse du tympan et de la trompe d'Eustache.
Les déformations les plus apparentes sont celles du pavillon de l'oreille; elles se montrent à tous les degrés. Bien qu'il ^ ait peu de chose à dire des pavillons de grandeur exagérée, nous citerons avec Triquet' le cas du docteur di Martino, qui fut conduit à réséquer, dans un but esthétique, un large segment de chacun des pavillons chez un jeune Napolitain de famille distinguée, vivement affecté du développement disproportionné de ces organes. Pareille opération a été rarement pratiquée.
Ce sont des vices de conformation par défaut qu'on rencontre d'habitude. Au degré le plus léger, le pavillon, de grandeur naturelle, est replié sur lui-même: l'hélix et l'anthélix se rabattent sur la conque et voilent le méat auditif. D'autres fois le pavillon est plus ou moins rudimentaire; il est représenté par une saillie informe irrégulièrement mamelonnée, ne laissant plus reconnaîtr"ê aucune partie distincte ; le lobule et la racine de la conque sont les portions le plus souvent conservées. Il est des cas où la situation de l'oreille externe est à peine indiquée par une irrégularité de la peau et par des masses dures, cartilagineuses, qu'on sent au toucher.
Le conduit auditif est presque toujours déformé en même temps que le pavillon. La réciproque n'est pas toujours vraie. Nous avons vu le méat complètement oblitéré chez des enfants dont le pavillon avait son apparence normale. Munro^ rapporte l'histoire, intéressante à cet égard, d'une petite fille chez la-
1. Triquet, Leçons cliniques sur les maladies de l'oreille, 2^ partie, p. 238-239.