MALFORMATIONS DE L'ŒSOPHAGE
une ou deux exceptions, les enfants ont toujours paru extérieurement bien développés ; leur poids, noté un certain nombre de fois, atteint 2,500 grammes, 3 kilogrammes, 3,500 grammes et même davantage.
Le premier symptôme de l'affection apparaît lorsque l'enfant prend le sein. Il le fait d'abord avec l'entrain commun à presque tous les nouveau-nés; mais au bout de peu d'instants il s'interrompt; puis, quelques minutes après, il rejette par régurgitation le lait qu'il vient de prendre, avec ou sans efforts de vomissements, souvent avec les signes d'une violente suffocation : accès de toux, congestion et teinte violacée de la face, expulsion de mucosités. Le calme revenu, on remet l'enfant au sein ; il tette de nouveau, mais il ne tarde pas à s'interrompre pour rejeter le lait avec les mêmes efforts et la même suffocation. Si on essaye de faire boire le petit sujet avec la cuiller, le spectacle précédent se reproduit invariablement. Durant le premier et le second jour, l'enfant évacue du méconium ; puis il rend encore quelque chose, et finalement la fonction intestinale est supprimée.
L'examen de la bouche ne faisant découvrir rien d'anormal, la persistance de la régurgitation du lait et de tous les liquides avalés, régurgitation qui se reproduit constamment de la même manière quelques instants après la déglutition, éveille l'attention et donne d'emblée l'idée d'une imperforation de l'œsophage ou d'un obstacle quelconque sur le trajet de cet organe. Cette opinion est encore renforcée par la constatation notée par Yincent, à savoir que le lait est rejeté sans aucune modification, sans être caillé, par exemple, comme celui qui s'est imprégné de suc gastrique dans l'estomac.
La preuve de l'imperforation est fournie par l'exploration directe. La sonde œsophagienne s'arrête à douze centimètres environ du bord alvéolaire; elle vient buter contre un obstacle fixe et insurmontable; le diagnostic d'imperforation de l'œsophage est dès lors établi, et il explique pourquoi le
lait avalé ne descend pas au delà du cul-de-sac qui arrête la sonde.
Toutes les tentatives faites pour secourir l'enfant restant impuissantes, on a eu recours dans quelques cas à des lavements de bouillon. Pour être réel, le bénéfice n'en est pas moins fort minime. L'enfant maigrit rapidement et ne tarde pas à succomber. La mort arrive d'habitude du premier au quatrième jour, quelquefois beaucoup plus tard. Certains sujets ont résisté jusqu'au septième jour (deux cas), huitième jour (un cas), neuvième jour (un cas), onzième jour (un cas), douzième jour (deux cas). A l'autopsie, on trouve l'estomac et l'intestin grêle vides de substances alimentaires et distendus par des gaz. Le gros intestin peut contenir une certaine quantité de méconium.
La lésion essentielle siège sur l'œsophage, ainsi que le faisait prévoir l'impossibilité de la déglutition. L§ pharynx se termine à deux ou trois centimètres au-dessous du cartilage cricoïde par un cul-de-sac simple, ou plus souvent par une légère dilatation au-dessous de laquelle le conduit est interrompu. Il est remarquable qu'en aucun cas l'anomalie ne siège plus bas, et la terminaison du cul-de-sac pharyngien à une très petite distance au-dessous du larynx est un fait qui jusqu'ici nous a paru constant.
Au contraire, si l'on procède à l'examen de l'œsophage à partir du cardia, on rencontre diverses dispositions. L'estomac peut être fermé au niveau ou immédiatement au-dessus du cardia. Il y a alors absence complète d'œsophage (L. Cooper, Warner, Mellor, Mondière) ; c'est le cas le plus rare. Ordinairement l'œsophage existe avec un calibre normal depuis le cardia jusqu'à la bifurcation de la trachée. Il remonte même souvent un peu sur la face postérieure de ce dernier organe, en sorte que la distance qui le sépare du cul-de-sac pharyngien est peu considérable (3 à 6 centimètres en moyenne). L'œsophage contracte alors une adhérence avec le canal tra-