ÉTUDE CLINIQUE DES LYMPHANGIOMES DE LA FACE
Les tumeurs congénitales lymphangiectasiques se présentent avec les mêmes caractères généraux sur toutes les régions de la' face où nous venons de les examiner. Sans doute il y a des différences dans le tableau clinique et surtout dans les signes physiques de la tumeur. Mais ces différences tiennent à la disposition anatorhique de la région où l'affection se localise, et nullement à sa nature. L'hypertrophie congénitale, en
effet, aune physionomie propre aux paupières, aux lèvres, à la langue, et elle y entraîne des troubles fonctionnels spéciaux ; mais elle n'en est pas moins partout essentiellement la même. La congénitalité apparaît avec évidence à la langue et aux lèvres : sur le premier de ces organes, l'augmentation de volume est le plus souvent frappante à la naissance ; sur la lèvre inférieure, le fait est moins net dans quelques observations, comme celle de Dhoste, oii, pendant l'enfance, la lèvre était seulement un peu plus volumineuse. La même obscurité entoure encore davantage l'origine du lyphangiome palpébral; là, il est exceptionnel que l'affection se soit montrée évidente à la naissance (Beck, Walsberg) ; elle parait presque toujours acquise, et on l'a attribuée à des circonstances extérieures, surtout au traumatisme. On pourrait invoquer pour le lymphangiome le mode d'évolution propre à d'autres tumeurs manifestement congénitales et qui cependant ne deviennent apparentes que dans un âge assez avancé, comme la plupart des kystes dermoïdes ; mais ces vues, appliquées aux hypertrophies congénitales, seraient tout à fait hypothétiques. On n'a, du reste, pas besoin de réclamer l'appui des faits douteux, car les exemples de lymphangiomes congénitaux sont plus que suffisants pour établir que la congénitalité est la règle.
L'hérédité ne paraît jouer aucun rôle; on l'a recherchée un grand nombre de fois sans résultat probant. L'affection est donc propre au sujet' affecté, et elle ne lui est pas transmise par succession directe ou indirecte. C'est du moins ce qui découle de l'enseignement des faits.
Les hypertrophies congénitales de la face constituent presque toujours des masses dures, élastiques, irréductibles et peu dépressibles. Leurs limites, quoique assez nettes en certains points, comme à la lèvre supérieure, ne sont jamais aussi fixes que celles que l'on assigne aux tumeurs bénignes, comme le fibrome et les kystes uniloculaires. Ces productions, en effet, même lorsqu'elles paraissent le mieux circonscrites, ne sont
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jamais encapsulées. Le lymphangiome se continue par sa périphérie avec les tissus sains, sans séparation, sans membrane isolante ; durant son accroissement, ce caractère n'est pas modifié. Le lymphangiome palpébral s'étend lentement vers la joue lorsqu'il est abandonné à sa marche naturelle. Celui des lèvres accuse la même tendance , mais à un moindre degré. L'affection reste en général limitée aux lèvres ou même à une portion de ces organes. Le fait de Dolbeau est fort remarquable en ce sens que l'altération s'arrêtait exactement sur le sillon labio-génien ; mais le sujet était un enfant. Le malade dont le cas est rapporté par Dhoste, un adulte, avait la lèvre inférieure atteinte en totalité; la lèvre supérieure commençait à se prendre. Sur un de nos sujets, la joue et les deux lèvres étaient prises presque en entier (Y. fig. 65). A la langue, le lymphangiome est en général limité à une portion de cet organe. Les faits de Weisseret de PassauerJ que Yirchow* considère comme des cas de macroglossie compliquée d'hypertrophie de la joue, du nez, de la tempe, etc., se rapportent à un type pathologique voisin, mais différent, h l'hypertrophie unilatérale. Une coïncidence beaucoup plus importante est celle de la macroglossie ou lymphangiome caverneux lingual avec les kystes séreux ou lymphangiomes kystiques du cou. Nous en rapportons un exemple d'autant plus remarquable que les deux états se continuent et qu'on passe directement de l'un à l'autre (Y. obs. LXXXIII). Ce fait sert à démontrer l'identité de nature et d'origine de ces deux groupes morbides.
L'accroissement des lymphangiomes faciaux est très lent et semble procéder par poussées correspondant à certains âges. Dans les premiers temps qui suivent la naissance, la macroglossie se développe souvent avec rapidité; la langue, contenue d'abord dans la bouche, ne tarde pas à faire issue à l'extérieur. En quelques mois, quelques années, le prolapsus atteint