Traita des Kystes congénitaux
mentée de volume dans sa moitié latérale gauche, jusqu'au delà de la ligne médiane, en regard de l'aile du nez du côté droit. L'augmentation de volume commence au niveau de la commissure gauche. A partir de là, l'hypertrophie va en augmentant, pour atteindre son maximum au niveau de la narine droite. En ce point on peut estimer que la lèvre a trois fois le volume normal. Au delà, l'hypertrophie va en décroissant et s'arrête au point ci-dessus indiqué. Dans le sens vertical, la lèvre est plus longue qu'elle ne doit être.
L'augmentation de volume porte à la fois sur l'épaisseur et la longueur de la lèvre; celle-ci est plus large et plus longue dans la bouche, où elle forme un petit repli. L'examen des différentes parties montre que la peau n'a pas changé d'aspect. Au toucher elle est moins souple et plus épaisse que de l'autre côté. Cette épaisseur de la peau se révèle au niveau de son union avec la muqueuse buccale, où elle présente une consistance semi-cartilagineuse.
Du côté de la muqueuse buccale, on remarque une augmentation d'épaisseur et en même temps une moins grande souplesse sur les parties profondes. Cette muqueuse n'a presque pas changé de couleur; mais, plus que la peau, elle a augmenté de volume et présente une plus grande étendue que normalement. Elle forme un bourrelet qui fait saillie dans la cavité buccale, en passant sous l'arcade alvéolaire, dépourvue de dents. Il semble même que, par suite du prolapsus de la muqueuse, le sillon où elle se réfléchit soit moins haut que de l'autre côté.
Le frein de la lèvre supérieure est un peu hypertrophié. Quand on explore par la palpation cette lèvre épaissie, on n'y remarque pas de points plus durs les uns que les autres; on n'y rencontre pas non plus de glandes gonflées, qui ont en pareil cas l'aspect de grains de blé. On n'y trouve pas de tumeurs collectées et kystiques. La lèvre présente une consistance plus ferme dans son ensemble.
Il n'y a pas la moindre dilatation veineuse ou artérielle. La circulation n y paraît pas si active que normalement.
Cet état est absolument congénital; il a frappé les parents quand l'enfant est venu au monde. Il n'aurait pas augmenté depuis la naissance, sauf depuis quelquesjours.
Ce sujet ne porte pas sur le reste du corps d'autre difformité congénitale.
D'après la belle-sœur, qui conduit l'enfant, il n'y a pas d'affections congénitales dans la famille.
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Opération. — La lèvre étant relevée, on fait sur la muqueuse une première incision à environ trois millimètres de la peau allant d'une commissure vers l'autre, puis une seconde incision aboutissant aux mêmes extrémités et circonscrivant ainsi un quartier de la lèvre, qui est extirpé. Cautérisation au thermocautère pour favoriser la production du tissu fibreux. Les vaisseaux paraissent un peu dilatés. Le résultat définitif a été très satisfaisant.
Examen hhtologique. — Les coupes de la partie excisée, intéressant la muqueuse et les parties sous-jacentes, montrent les détails suivants : La muqueuse paraît tout à fait normale; il en est de même des faisceaux musculaires sectionnés dans diverses directions. Au milieu de ces faisceaux musculaires se voient des cavités de dimensions variables, les unes vides, les autres remplies plus ou moins par un reticulum fibrineux contenant quelques globules blancs et rouges. Un petit nombre de ces cavités sont volumineuses et présentent des bords dentelés et irréguliers; la plupart des autres sont plus petites et forment des fentes et des étoiles, et il est facile de trouver tous les intermédiaires entre ces diverses cavités et les véritablés espaces lymphatiques. La paroi conjonctive de ces cavités ne renferme pas de fibres lisses.
Les vaisseaux sanguins ne semblent pas dilatés ni plus volumineux qu'à l'état normal. Le tissu conjonctif présente en quelques points de petits foyers d'hyperplasie et de petits îlots d'éléments embryonnaires.
Obs. LXXXI. — Hypertrophie congénitale de la portion médiane de la lèvre supérieure études membres inférieurs. — Julien Gaphian, âgé de cinq semaines, est apporté à la consultation de l'hôpital Trousseau le 8 février 1888.
Lèvre. — La lèvre supérieure présente une hypertrophie partielle, symétrique, limitée à sa portion moyenne. Cette partie moyenne, plus épaisse, plus dense que les parties latérales, est hypertrophiée surtout vers le point où la lèvre est unie à la sous-cloison. En cet endroit la gouttière a disparu, la lèvre paraît plus haute et plus longue. L'hypertrophie s'enfonce un peu dans les narines. Rien à la lèvre inférieure.
Membres. — Le pied gauche est augmenté de volume , sa face dorsale est soulevée comme par un coussinet adipeux sur la ligne médiane entre la racine des orteils et l'interligne tibio-tarsien, si
bien que l'épaisseur du pied est doublée. La peau adhère à un tissu sous-jacent mou, élastique, se laissant déprimer sans garder l'empreinte du doigt, analogue en un mot au tissu de l'éléphantiasis.
Les orteils sont épaissis, volumineux, durs; ils semblent avoir été étranglés à leur base par un lien ayant déterminé un sillon profond. Le gros orteil peut servir de type de description pour les autres ; il est limité à sa base par un sillon profond demi-circonfé. renciel qui le sépare de la région dorsale du pied. A ce sillon succède un gros bourrelet faisant relief sur la face dorsale de la première et de la deuxième phalange, et un deuxième sillon transversal, profond, situé derrière un autre bourrelet qui s'étend jusqu'à la racine de l'ongle. A ce niveau est un troisième sillon profond, en avant duquel est un ongle rudimentaire, refoulé en arrière par le troisième bourrelet de l'extrémité de l'orteil.
La face plantaire est déformée et convexe au lieu d'être concave. De ce côté les orteils ont une configuration analogue à celle de la face dorsale ; la pulpe est épaissie, énorme. Tout l'orteil est plus gros, sans être augmenté de longueur.
Sur la face plantaire du gros orteil gauche, la peau a une apparence luisante et légèrement cicatricielle, comme s'il y avait eu là des adhérences ou des ulcérations guéries pendant la période intra-utérine.
Les sillons du cou-de-pied paraissent normaux.
A la jambe, rien à noter, sauf un léger épaississement de la peau.
Au niveau du creux poplité et à la cuisse, on voit des sillons demicirconférenciels, dont un paraît anormal ; de même à la fesse il y a deux sillons profonds, dont l'un, anormal, est parallèle au sillon du grand fessier.
Le membre inférieur droit est beaucoup plus légèrement atteint. Le pied est un peu hypertrophié; cette déformation est moins accentuée que du côté gauche. Les orteils présentent, à un moindre degré, l'apparence de ceux du pied gauche; la jambe et la cuisse sont normales.
Les mains et le reste des membres supérieurs sont sains.
L'enfant est d'ailleurs bien conformé. Son père et sa mère sont bien portants.
Obs. LXXXII. — Macroglossie congénitale unilatérale. — Manent (Robert), âgé de trois mois, est apporté à l'hôpital Trousseau en juillet 1890. Ni les parents ni les grands-parents n'ont eu aucune diffor-
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mité congénitale. Le père, coiffeur de son état, a fait son service militaire; il ne porte aucune trace de syphilis.
L'enfant est bien développé. Les fontanelles sont normales.
, Quand on l'examine de face, on voit que la langue, volumineuse, se présente à l'orifice buccal et proémine au dehors; cet organe est augmenté de volume en épaisseur et en longueur. Un examen plus détaillé montre qu'il est seulement tuméfié du côté gauche; l'hypertrophie s'étend à la moitié gauche delà langue, depuis sapointe jusqu'à sa base. Elle commence à peu près sur la ligne médiane et s'étend d'un côté depuis la pointe jusqu'à la base. De plus, la masse du tissu lingual est plus résistante au doigt dans la partie hypertrophiée.
, Quand l'enfant prend le biberon, la langue, trop volumineuse, le rejette à l'extérieur.
On ne trouve pas d'engorgement ganglionnaire du cou.
Obs. LXXXIIL — Hypertrophie du frein de la lèvre supérieure. -^- Ghez une fillette d'un an qu'on nous apporte, on constate un frein de la lèvre supérieure anormal par son volume ej par son siège ; lorsqu'on relève un peu la lèvre, il se présente sous l'aspect d'un très large bandeau triangulaire dont le sommet tronqué passe entre les deux incisives médianes pour s'insérer sur la muqueuse de la voûte.- L'écartement de ces deux incisives est" de près de deux millimètres. Le frein occupe cet intervalle tout entier et de là se porte en s'élargissant vers la lèvre, sur laquelle il s'insère près de son bord libre par une base large de près de deux centimètres. Au-dessus de ce frein il y a de chaque côté une espèce de cul-de-sac entre le maxillaire et le bord supérieur de la lèvre.
Nous avons détaché le sommet du frein de son insertion, et incisé les brides latérales jusqu'à la base de la lèvre. Le plaie losangique ainsi formée a été réunie par un fil de catgut, de manière à éviter que la soudure de la lèvre ne se reproduisît ; le résultat a été excellent.
Obs. LXXXIV. — Lymphangiome kystique de la région sus-hyoïdienne et du plancher de la bouche. Lymphangiectasie de la langue. — . Henriette Roussel, âgée de six jours, est apportée à l'hôpital Trousseau le 12 octobre 1887, salle Giraldès.
Cette enfant prend difficilement le sein, par suite de la présence d'une tumeur qui siège sur le plancher de la bouche et gêne les mouvements de la langue.
Dès le lendemain de la naissance la sage-femme, consultée sur ce que l'enfant ne tétait pas, constatait la pre'sence de la tumeur.
M. Gampenon, après examen du plancher de la bouche, pratique une incision avec les ciseaux sur la partie latérale de la tumeur qui fait saillie à ce niveau. Un peu de liquide citrin s'écoule lentement. Un stylet introduit par la plaie pénètre dans une cavité kystique qui paraît uniloculaire.
Le lendemain, l'orifice est maintenu ouvert par l'introduction d'un crayon de nitrate d'argent.
Pendant quelque temps la mère amène l'enfant tous les jours, et la persistance de la fistule est chaque fois constatée. Puis l'on cesse de revoir l'enfant durant un mois.
On l'apporte de nouveau le 16 novembre; son état est le suivant : lorsqu'il ouvre la bouche, on voit la langue soulevée par une tumeur arrondie, occupant le plancher. Cette tumeur vient toucher en avant la face postérieure du bord alvéolaire, dont elle est séparée par un sillon profond. En arrière, elle se développe aux dépens d'une grande partie de la face inférieure de la langue, dont la pointe, par suite de ce fait, est très peu développée. De chaque côté la tumeur arrive jusqu'aux arcades alvéolaires. En haut elle dépasse d'un demi-centimètre le niveau de ce bord; sa partie latérale droite parait plus saillante que la gauche. Le frein de la langue a disparu et est remplacé par un tractus médian vertical, de chaque côté duquel partent transversalement deux petites crêtes muqueuses répondant sans doute aux glandes sublinguales. Les orifices du canal de Warthon sont libres, la tumeur buccale dans son ensemble est transparente et recouverte par une muqueuse rose pâle.
A la région sus-hyoïdienne on sent du côté droit une saillie dure et volumineuse au niveau du siège de la glande sous-maxillaire, qui paraîtêtreun kyste multiloculaireen continuité aveclatumeur buccale.
La salive s'écoule de la bouche, et la nuit il y a menace de suffocation. L'enfant ne peut teter, on le nourrit à la cuiller.
Le 16 novembre, un séton est passé dans le côté gauche de la tumeur sublinguale et on incise largement sur le plancher buccal ; plusieurs loges sont ouvertes.
Le 19 novembre, on remarque que l'affaissement de la tumeur n'a pas eu lieu, malgré les incisions. On agrandit l'ouverture en dessous de la langue et on ouvre avec les ciseaux de nouvelles loges, qu'on excise en partie.
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Yers le milieu de janvier on obtient que l'enfant demeure à l'hôpital; mais il est extrêmement affaibli, et il meurt le 17 janvier 1888.
Autopsie. — La langue est épaisse, volumineuse et dure. La muqueuse présente à sa pointe une petite surface ulcérée, vascularisée, probablement par le fait du muguet, dont on voit encore des traces. Le tissu lingual est dense ; il y a un certain degré de glossite interstitielle.
Sur une coupe médiane antéro-postérieure, les deux tiers antérieurs de la langue présentent une infiltration plastique jaunâtre étendue de la face dorsale à la face inférieure. Cette surface infiltrée est résistante et d'un blanc gris uniforme dans l'ensemble. De plus^ il existe un semis de foyers blanc jaunâtre : ce sont de petits foyers purulents, variant de couleur, de dimension et de consistance.
Les plus petits ne dépassent pas une tête d'épingle, les plus gros atteignent à peu près le volume d'un grain de blé. Tandis que les petits sont parsemés dans le tissu musculaire de la langue, les gros se touchent, et cette disposition s'accentue de la face dorsale à la face inférieure. Sur la partie inférieure de la langue, les tissus sont ramollis; on y trouve des foyers qui se vident sous la pression du scalpel. Il résulte de cette disposition des foyers dans la langue que l'inflammation y a procédé de bas en haut.
En arrière, vers la base, le tissu musculaire de la langue est intact.
Dissection de la tumeur kystique. — Après l'enlèvement de la peau sur la région sus-hyoïdienne du côté droit, on tombe sur la tumeur, divisée en deux parties : l'une au-dessous et en arrière de la glande sous-maxillaire, l'autre au-dessus du muscle mylô-hyoïdien, qui la bride en bas et l'empêche de faire saillie du côté du cou. Ces deux portions se continuent l'une avec l'autre et se confondent en une seule masse, après la section du mylo-hyoïdien. L'ensemble de la tumeur se compose de vésicules agglomérées, transparentes et d'un volume variable; les plus grosses ont environ un centimètre et demi de diamètre, les plus petites ne dépassent pas une tête d'épingle. Le foyer de suppuration sublingual s'est propagé dans la partie inférieure de la tumeur; le pus occupe le tissu conjonctif interstitiel et une partie seulement des loges ; la plupart des vésicules kystiques sont restées transparentes.
Les veines sus-hyoïdiennes se ramifient sur la face externe de la tumeur, dont la face postérieure et interne est en contact avec les vaisseaux carotidiens.
OBSERVATIONS 67o
La glande sous-maxillaire, repoussée en arrière, est intacte et facile à isoler. Elle ne semble nullement altérée. Le canal de Wharton, suivi et isolé sur toute sa longueur, est parfaitement continu depuis la glande jusqu'à la cavité buccale. Sous la langue il est plongé dans une masse dure et infiltrée de pus dans laquelle le tissu cellulaire et la glande sublinguale se confondent.
On n'aperçoit pas de vésicules kystiques dans cette masse. Le prolongement de la tumeur kystique qui est au-dessus du mylohyoïdien est indépendant du foyer de suppuration. La dissection sépare très facilement ce qui appartient au kyste. En arrière de celui-ci, on voit quatre ou cinq ganglions tuméfiés, roses, sans connexion intime avec la tumeur, qui paraît ainsi indépendante soit des glandes salivaires, soit des ganglions lymphatiques.
Le contenu des vésicules kystiques est un liquide citrin, séreux, parfaitement transparent; la suppuration n'a pour ainsi dire pas envahi les petites loges.
Examen histologique. — Les coupes de la langue montrent les papilles et leur revêtement épithélial, qui sont le siège d'une infiltration de cellules lymphatiques assez abondantes, en sorte que la limite entre l'épithélium et le derme muqueux n'est pas partout parfaitement nette.
Il existe dans le tissu de la langue des espaces lymphatiques, triangulaires et polygonaux, très dilatés et abondants; ils sont bien apparents dans la partie superficielle du derme et s'élargissent dans l'épaisseur du tissu musculaire de la langue, en formant de véritables cavités kystiques. Il y a d'ailleurs tous les intermédiaires entre les fentes lymphatiques dilatées et les cavités kystiques. On trouve dans leur intérieur un détritus granuleux et des cellules lymphatiques souvent très abondantes. La partie médiane du segment excisé présente, principalement à sa partie profonde, une infiltration très prononcée d'éléments embryonnaires au, milieu du tissu conjonctif interstitiel. Les faisceaux musculaires striés sont en quelque sorte dissociés par les cellules jeunes qui remplissent également les cavités kystiques.
Obs. LXXXV. — Lympkangiome kystique du cou; hématolymphangiome. Adhérences avec les vaisseaux carotidiens et avec les ganglions lymphatiques profonds. — Gabrielle Bertrand, âgée de vingt-trois mois, est apportée à l'hôpital Trousseau pour un lymphangiome du
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cou dont le diagnostic est e'vident. L'affection a été reconnue à la naissance; elle est restée stationnaire jusque dans ces derniers mois; elle s'est accrue sensiblement depuis quelque temps.
La tumeur a le volume d'une pomme ; elle occupe la partie latérale gauche du cou vers le sommet du triangle sus-claviculaire. Elle est sous-aponévrotique et s'enfonce profondément, on n'en voit pas les limites ; elle n'est pas réductible et n'augmente pas de volume par les cris et les efforts. Elle est visiblement formée de plusieurs loges. Il y a un peu de transparence avec teinte bleue. L'extirpation est décidée.
Après avoir disséqué un lambeau cutané et mis à nu la face superficielle de la tumeur, on dissèque la partie profonde. Les loges s'enfoncent sous le sterno-mastoïdien ; on voit les vaisseaux carotidiens recouverts seulement par la paroi mince du kyste. En bas, un autre prolongement kystique s'étend jusqu'à la sous-clavière. Les loges kystiques qui tapissent les vaisseaux carotidiens recouvrent également plusieurs ganglions placés en avant des carotides. L'un de ces ganglions se présentait comme une petite verrue, proéminant dans une loge kystique et presque entièrement isolé dans cette loge; la paroi kystique le recouvrait. Un autre, plus gros, était dans le même cas. Ces ganglions ont été extirpés avec la tumeur.
Une loge kystique ouverte au cours de l'opération contenait un liquide noir comme du sang veineux. Nous avons pu croire un instant qu'une grosse cavité veineuse était ouverte; mais, la poche vidée, l'écoulement s'est arrêté. Les autres loges renfermaient un liquide séreux et très limpide. Un certain nombre de petites artérioles ont été liées. Drainage, pansement avec la gaze iodoformée. Dix jours plus tard, la plaie opératoire est complètement guérie. L'enfant a été revue, et on ne sent même plus d'engorgement profond. Description de la tumeur. — La tumeur extirpée se compose d'une loge principale à paroi lisse comme une membrane séreuse, d'aspect aréolaire, divisée en alvéoles multiples par des cloisons incomplètes, plus ou moins développées.
Le tissu conjonctif ambiant se compose principalement de tissu adipeux. On voit sur plusieurs points, par transparence, de petits pelotons adipeux, gros comme des grains de mil, former des saillies jaunâtres à la face interne de la poche kystique.
En un point la membrane kystique est adhérente à un muscle et présente à ce niveau une grande minceur.
Deux ganglions lymphatiques, du volume d'un haricot, sont attenants à la tumeur et proéminent à l'intérieur de la cavité.
On reconnaît à l'œil nu, sur les sections de la tumeur, de petits orifices (sorte d'état criblé) correspondant à la coupe de loges accessoires.
Examen histologique. — La paroi du kyste principal est formée de tissu fibreux et renferme des faisceaux conjonctifs denses avec des fibres élastiques; vers la superficie se voient des cellules plates assez nombreuses, formant plusieurs lits. Il y a aussi dans cette paroi des fibres musculaires lisses entre-croisées, en couche discontinue, manquant sur un grand nombre de points. Pelotons adipeux disséminés sous la paroi. Vaisseaux abondants, notamment dans les colonnes saillantes qui déterminent l'aspect aréolaire de la paroi.
Dans les interstices conjonctifs du muscle atteint par le kyste, on remarque des espaces dilatés, analogues à des fentes lymphatiques et ne contenant pas de sang (envahissement du muscle par les cavités kystiques).
Dans les travées conjonctives des ganglions, on voit aussi des espaces arrondis, les uns tout à fait vides, les autres contenant du sang; mais il est probable que le sang a été introduit par le traumatisme opératoire, car ces sortes de sinus n'ont pas la paroi d'une grosse veine; quelques-uns renferment des débris de tissu réticulé. Il est fort possible qu'il s'agisse là d'une communication entre le ganglion et les cavités kystiques.
Obs. LXXXVI. — Kyste congénital multiloculaire de la région 'paroiidienne du côté droit ' hématolymphangiome . — On vient nous consulter à l'hôpital pour un jeune garçon de onze ans et demi, qui porte à la région parotidienne, au-dessous et en arrière du lobule de l'oreille, et plus bas entre le bord postérieur du maxillaire et le sterno-mastoïdien, une tumeur lobulée du volume d'un petit œuf. Cette tumeur soulève la région du creux parotidien; elle remonte en haut jusqu'au conduit auditif, et empiète en arrière sur la face externe du sterno-mastoïdien; elle est constituée de deux lobes, que sépare un léger sillon. La peau glisse à sa surface sans aucune .trace d'adhérence ; le peaucier et l'aponévrose passent certainement aussi sur sa face externe; sa consistance est molle et spongieuse, et la pression la refoule sans la réduire. Cette pression fait apparaître en haut un petit lobule distinct qu'on ne sentait pas auparavant.
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Le doigt sent aussi derrière le lobule une saillie dure comme un ganglion, qui est probablement un prolongement de la tumeur; une autre petite masse dure se trouve à l'extrémité inférieure. Lorsque le malade penche la tète ou fait un effort en soufflant, la bouche et le nez étant fermés, la tumeur ne se tend pas et n'augmente pas de volume.
La peau a une teinte bleuâtre; à la surface même on ne voit pas trace de dilatation veineuse. Du côté du plancher buccal, on n'observe ni veinosités anormales ni aucun soulèvement. L'amygdale correspondante est saillante et un peu granuleuse.
La mère s'est aperçue, il y a quatre ans, de la présence de la tumeur, qui se présentait alors sous la forme d'une tache bleuâtre, large comme une lentille. La coloration bleuâtre a persisté.
Il y a trois ans, elle avait à peu près le même volume qu'aujourd'hui. A cette époque, l'enfant fut atteint d'un rhumatisme articulaire généralisé de forme assez grave. Pendant cette maladie, la tumeur s'effaça complètement ; elle reparut au bout d'un mois environ.
Cinq ponctions ont été faites. La première a retiré il y a six mois, en juillet 1887, un liquide sanguinolent; la deuxième a été pratiquée le 1" octobre suivant; la troisième, le 2 novembre; elle a retiré un liquide jaune rougeâtre. Les quatrième et cinquième datent des 2o et 28 décembre 1887; elles n'ont donné aucun résultat. A cette dernière date la tumeur avait pris un accroissement subit; en deux heures elle avait doublé de volume, et cela sans aucun mal de gorge, sans cause connue; il semble qu'il se soit fait une hémorragie.
Nous n'hésitons pas à reconnaître un lympharigiome multiloculaire : tous les caractères des kystes séreux y sont évidents. Mais, de plus , il y a des loges à contenu sanguin ou sanguinolent tout au moins, ainsi qu'en témoignent les ponctions. Nous conseillons l'extirpation de la tumeur; les parents n'ont pas voulu s'y résigner.
Obs. LXXXVn. — Kyste multiloculaire du cou, médian et sijmétrique, de la région sus-hyoïdienne, en fer à cheval. — Enfant âgé de neuf jours.
Le père de ce nouveau-né est bien portant, ainsi que trois autres enfants. La grossesse de la mère et son accouchement ont été normaux.
L'enfant porte une tumeur volumineuse occupant la partie supérieure du cou des deux côtés, limitée supérieurement par le maxil-
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laire. C'est une masse unique comme surajoutée au-dessous du maxillaire inférieur, semblant prolonger la face; il n'y a plus, en un mot, de région sous-hyoïdienne. Dans son ensemble, la tumeur revêt la forme d'un fer à cheval, et elle se compose de trois grandes bosselures, deux immédiatement à droite et à gauche de la ligne médiane au-dessous du menton, la troisième occupant la région parotidienne du côté droit et remontant sur la joue. ♦
Chacune de ces masses prise h part possède des caractères particuliers : La première à gauche de la ligne médiane est tendue, résistante, mobile sous la peau, sous-aponévrotique et profonde; elle arrive sous la muqueuse du plancher de la bouche, où le doigt la sent. Elle est composée de petites bosselures résistantes, non fluctuantes.
La deuxième, opposée à la précédente, ne paraît pas se continuer avec elle, et pourtant celte continutié existe dans la profondeur. Elle est tendue et formée de bosselures proéminentes, faisant relief sous la peau, adhérentes même, demi -transparentes et bleuâtres: autant de petits kystes conglomérés.
La troisième masse, occupant la région parotidienne droite, sem" ble être en continuité avec la deuxième ; elle est molle, flasque, fluctuante. Elle n'est pas réductible, mais est également profonde et formée de vésicules claires, comme transparentes.
Par suite de la présence des deux masses sus-hyoïdiennes, la langue est soulevée, refoulée sur la voûte palatine. La muqueuse du plancher est d'un centimètre au-dessus du rebord alvéolaire.