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CHAPITRE Y

LIPOMES CONGÉNITAUX

Les lipomes cong-énitaux ont des orig-ines multiples et très différentes. Une première variété provient de la transformation graisseuse des ang'iomes. On la reconnaît à certaines

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particularités de structure, et elle offre en clinique quelques caractères spéciaux rappelant son origine. Lorsqu'on examine une de ces tumeurs, on est frappé par l'importance de la vascularisation, et le microscope y montre d'habitude les dilatations capillaires de l'angiome. On observe l'affection à la naissance; cependant dans quelques cas la transformation lipomateuse des angiomes ne se fait que tardivement; on comprend dès lors que l'étude de cette variété soit liée à celle de l'angiome, et nous ne l'avons rappelée ici que pour montrer ce qu'il y a de spécial dans sa pathogénie.

Un second groupe de lipomes congénitaux comprend des tumeurs assez complexes oii la graisse, mélangée en proportions variables à des tissus divers, n'estpas toujours le tissu prépondérant et oii elle n'est pas non plus le tissu primitif. Les auteurs ont tour à tour placé ces tumeurs dans des cadres différents, celui des dermoïdes , celui des tératomes» Nous aurons l'occasion d'exprimer dans la suite notre avis à cet égard et de dire le rang qui nous parait leur convenir.

Les variétés anatomiques ordinaires du lipome se rencontrent chez le nouveau-né, et elles n'offrent à ce point de vue rien de spécial qui les distingue de celles de l'adulte. La marche de l'affection est souvent très différente et de nature à induire en erreur. D'autre part, un groupe assez considérable de lipomes des n-ouveau-nés ou des jeunes sujets se fait remarquer par une particularité qu'on ne rencontre pour ainsi dire pas chez l'adulte : nous voulons parler du siège de ces tumeurs à la surface des os et de leurs rapports avec le périoste, le tissu osseux ou les cavités du squelette.

Ces derniers caractères nous ont semblé suffisants pour faire une étude à part des lipomes congénitaux ostéo-périostiqiies non seulement du crâne, mais du rachis et des autres os. Gela nous conduit, il est vrai, à sortir de notre cadre; mais il nous a paru nécessaire de donner à cette étude un caractère plus général, que nous indiquait d'ailleurs le rapprochement des faits.

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Nous passerons donc en revue successivement les lipomes congénitaux ostéo-périostiques et les lipomes des parties molles.

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Région de la voûte du ci^âne. — Nous avons observé, chez une petite fille de dix mois, un lipome du volume d'une petite mandarine, appliqué sur le côté droit du front, au-dessus des sourcils (V. fig. 77). Cette tumeur avait attiré l'attention le jour même ou le lendemain de la naissance, et elle avait alors les dimensions d'une grosse noisette ; son orig-ine congénitale était donc certaine. Depuis, son accroissement ayant été très rapide, nous avons eu la pensée, lorsqu'on nous a présenté l'enfant, âgée de dix mois, qu'il s'agissait d'un sarcome. Extérieurement les contours de la tumeur étaient bien limités de tous les côtés. La peau n'était point altérée, mais elle ne glissait pas facilement à sa surface ; en quelques points elle lui adhérait manifestement. Un rebord osseux prononcé autour de la base du néoplasme indiquait dès l'abord les rapports intimes de sa face profonde avec le frontal; et, en effet, la tumeur n'offrait aucune mobilité et faisait corps avec le squelette. Quelques dépressions de la surface semblaient la décomposer en gros lobes, confondus par leur partie profonde. La consistance de ces gros noyaux et de la masse entière était assez ferme, mais peu élastique ; il n'y avait pas de trace de liquide. La tumeur n'était ni pulsatile ni réductible ; elle n'avait dé terminé jusqu'alors aucun trouble fonctionnel ; mais comme elle grossissait presqpe à vue d'œil, on en fit l'ablation, qui eut lieu sans aucune difficulté.

Au cours de l'opération on constata que la tumeur pénétrait dans le frontal. Dans une étendue , grande presque comme un écu de cinq francs, cet os présentait une surface ulcérée et des anfractuosités aréolaires remplies par le néoplasme. On dut gratter toute cette surface, et, malgré la crainte qu'on en avait, on ne constata pas de perforation de l'os; mais presque toute

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son épaisseur était envahie. On dut aussi gratter la face profonde de la peau.

L'étude hislologique de la pièce vint enlever toutes les appréhensions concernant larécidive, que l'examen macroscopique n'avait pas complètement dissipées ; elle ne révéla que du tissu

FiG. 77.

Lipome congénital de la région temporo-frontale.

adipeux avec fort peu de tissu cellulaire; c'était un lipome diffus à peu près pur.

La guérison de l'enfant eut lieu sans suppuration, et depuis trois ans elle s'est maintenue parfaite.

Les faits analogues sont rares ; cependant on trouve çà et là un certain nombre d'observations de lipomes périostiques dans diverses régions, et spécialement à la tète.

Bland Sutton^ mentionne une pièce du musée de Middlessex- Hospital constituée par un lipome situé au-dessous du muscle

■1. Bland Sutton, Fatty Tumor beneath occi-pito-frontalis : Medico-chir, Trari' sactions. 18S5, t. LXVIII, p. 301.

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occipilo-frontal. Mais cette simple note n'indique ni la région du crâne oii siégeait la tumeur, ni l'origine congénitale ou acquise. Un autre fait, dû à Sydney Jones', est raconté avec plus de détails. Un enfant de vingt mois portait une tumeur située sur la suture sagittale, s'avançant postérieurement jusqu'au niveau de la fontanelle occipito-pariétale, fluctuante, sauf à son pourtour, oii elle était plus consistante et complètement irréductible. Cette tumeur avait été aperçue dès l'âge de deux mois et avait alors le diamètre d'une bille; elle s'était accrue rapidement dans les derniers mois. Pendant l'opération, qui fut faite sans difficulté, on constata la présence d'adhérences avec le cuir chevelu et avec le péricrâne ; la tumeur était un lipome qui fut déposé au musée de l'hôpital Saint-Thomas; il pesait environ soixante-dix grammes. Il n'est fait aucune mention de caractères spéciaux concernant sa structure.

Heyfelder^ a observé un nouveau-né qui portait sur le front une tumeur molle, indolente, mobile en certains points et assez régulièrement circonscrite; elle ne présentait ni fluctuation ni pulsation, et elle avait le volume d'un œuf de poule. L'extirpation, pratiquée quinze jours après la naissance, permit de vérifier la nature delà tumeur. C'était un lipome jaune, lobule et entouré d'une membrane cellulaire ; il ne contenait aucune cavité kystique ; sa face profonde était adhérente au crâne. L'enfant mourut vingt-quatre heures après l'opération.

Nancrede' rapporte un cas de lipome congénital situé sous le muscle occipito-frontal. Sur quatre cas de lipome du front réunis par Fehleisen \ un était congénital..

1. Sydney Jones, Fatty Tumor from heneath the scalp : Trans. ofthe pathol. Soc. of London, 1881, t. XXXII, p. 243,

2. Heyfelder, De Lipomate et steatomate, Stuttgard, 1842, et Archives ge'n. de méd., 1842, série IV, t. I^', p. 264, cité par P. Broca, Traité des tumeurs, vol. III, p. 388.

3. Nancrede, Congénital fatty Tumor beneath occipito-frontal vmscle : Boston medic. and sur g. journal, 1883, p. 87; Philad. med. Times, 1883, p. 808.

4. Fehleisen, Ueber Lipome der Stirn : Congrès des me'decins allemands, session de Wurtzbourg, 1882, p. 131.

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Reclus* a présenté à la Société anatomique un lipome médian du front ; le malade auquel on l'avait enlevé affirmait qu'il était congénital, Duplay a observé un cas semblable.

Un enfant âgé de deux ans et demi, vu par Seerig, portait un lipome congénital de la région postérieure du crâne. Cette tumeur, grosse comme un pois au moment de la naissance, s'était accrue rapidement et était arrivée à recouvrir toute la partie postérieure de la tête en envahissant le cou et en s'avançant jusqu'aux oreilles. Fluctuante en certains points, un peu pulsatile vers sa base, elle n'adhérait intimement ni à la peau ni à la surface osseuse ; on la comparait à un sac de laine bien rembourré. L'enfant était, au reste, bien développé et intelligent. Seerig^ l'opéra; en quatre semaines, la plaie opératoire fut fermée. La tumeur se composait d'une masse blanche, lardacée, entourée d'une enveloppe celluleuse ; une portion était seule graisseuse. *

Heineke^ a enlevé à un jeune homme de dix-huit ans une tumeur de la région occipitale dont l'origine remontait à la première enfance. Elle avait le volume du poing et adhérait très étroitement à la partie inférieure de l'occipital. Cette adhérence, la forme de la tumeur et son siège, lui donnaient une assez grande ressemblance avec une encéphalocèle. L'opération démontra qu'il s'agissait d'un lipome placé sous l'épicrâne.

C'est habituellement sur l'homme adulte que l'on observe les lipomes sous-épicrâniens, et rien n'autorise à leur attribuer constamment une origine congénitale, xiussi n'y aurait-t-il qu'un intérêt secondaire pour notre sujet à en rappeler les caractères ; mais comme ils présentent une ressemblance extrême avec les kystes dermoïdes, il n'est pas inutile de chercher les moyens de les reconnaître.

1. Reclus, Bull, de la Soc. anatom., 1881, 4"= série, vol. VI, p. 192.

2. Seerig, cité par Grosch, Studien ûber das Lipom : Deutsche Zeitschr. f. Chir., 1887, p. 317.

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