‹ AfricainesChapitre 12 sur 21 · II · texte numérisé non relu

II

Voici maintenant quelques généralités concernant la race Mandingue, l'une des deux races principales du Soudan français.

Les Mandingues sont polygames; comme les Musulmans, auxquels ils ont sans doute emprunté cet usage, ils peuvent avoir jusqu’à quatre femmes légitimes et un nombre illimité de concubines.

Lorsqu’un Mandingue veut se marier, il envoie au père de la jeune fille qu’il recherche dix kolas blancs; si le père accepte, il renvoie un cadeau semblable; s’il refuse, il répond par un kola rouge.

Le jeune homme, une fois agréé, donne alors un certain nombre de cauries, ainsi que des poulets destinés au repas de noces; il peut, à partir de ce moment, emmener sa femme, mais auparavant le père lui réclame la dot, dont le prix varie généralement entre 3o,ooo et 40,000 cauries {y 5 à 100 francs). Une petite fête, accompagnée de danses et de chants, termine cette cérémonie.

Il est rare que la dot soit payée comptant ; ordinairement, le mari n’en donne qu'une partie et s’engage à payer le reste plus tard. S’il est mécontent de la femme, il peut divorcer en la renvoyant à sa famille, à laquelle il réclame

tirailleurs, des enfants de la même patrie, du même village, dont elles avaient été séparées par les horreurs de la guerre.

On devine quel fut le sort de la plupart de ces captives, victimes de cet état perpétuel de luttes qui désolait ces malheureuses contrées. Courtisées par les tirailleurs qui, dans l’ivresse de la victoire, avaient acquis cette allure dégagée, cet air crâne qui, par tout pays, rend le troupier irrésistible, elles s’éprirent bientôt de leurs vainqueurs et devinrent leurs épouses. C’était le meilleur sort qui pût leur échoir, car, sans famille, ne sachant que devenir, le seul fait d’avoir été captives les exposait à être de nouveau réduites en esclavage par le premier indigène venu, dès qu’elles renonceraient à la protection de la colonne ou des postes.’

(Colonel Frey).

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la dot qu’il a payée. Dans un seul cas la femme peut conserver la dot : c’est lorsque, dans les quinze premiers jours qui suivent sa célébration, le mariage n’a pas été consommé.

Quand une femme meurt son mari hérite de ses biens; si c’est le mari qui est décédé, sa fortune et ses femmes passent à ses frères, ou, à leur défaut, à ses fils.

Les enfants des épouses légitimes et des concubines sont à peu près traités de même ; mais, lors du décès du père, les premiers seuls héritent.

Les vieillards sont respectés et honorés.

Chez ces différents peuples, la femme ne joue qu’un rôle infime et son influence est presque nulle.

Elle n’est qu’une sorte de bête de somme, chargée des travaux les plus grossiers, de la culture des champs, de la cuisine, de la préparation du mil et de la confection du fil de coton.

Il arrive cependant, lorsque la femme est intelligente, qu’elle prenne un certain ascendant sur son mari.

Les mères sont, au contraire, très considérées par les fils, qui vont souvent leur demander conseil, même en de graves circonstances, et les traitent avec les plus grands égards.

Jusqu’à leur nubilité, les enfants des deux sexes sont nus ou à peu près.

Nous emprunterons ici au docteur André Rançon, qui visita la Haute- Gambie, de curieuses remarques :

Parlant des Conaguiés, population voisine des Mandingues, il dit :

La famille y est constituée comme chez les peuples de race mandingue : l’enfant appartient à son père, qui peut en disposer comme bon lui semble. La parenté suit la ligne masculine et collatérale, et les héritages se transmettent de même, aussi bien dans la vie politique que dans la famille.

Nous ne croyons point, dit le docteur Rançon, que l’amour existe, à proprement parler, chez ce peuple. Le mariage n’est, pour ainsi dire, qu’un véritable accouplement plutôt qu’un mariage dans le sens exact du mot.

Le baiser y est inconnu.

Par exemple ces peuples primitifs, qui vivent dans un état de nudité presque complet, sont excessivement pudibonds. Il est en effet à remarquer

que le sentiment de la pudeur existe, chez ces peuples qui n’ont qu’un vêtement rudimentaire, à un degré bien plus élevé que chez les peuples civilisés, qui éprouvent le besoin de ne rien laisser voir en dehors de leur figure et de leurs mains.

C’est que, chez les premiers, tout est naturel, rien n’est convenu.

On ne leur enseigne pas cette absurdité qu'il est des parties de notre corps honteuses à montrer et qu’il faut mettre à l’abri de tous les regards. Et pourquoi ? Simplement pour obéir à un usage suranné et stupide.

Se conformer à des habitudes de l’espèce, observer ces conventions dont l’ensemble forme la civilisation, c'est avoir de la pudeur.

Pour nous ce sentiment est inné chez l’homme, et ceux qui en ont fait une vertu sont précisément ces déséquilibrés dont l’esprit est hanté par des passions honteuses et qui, là où il n’y a rien que de très naturel, croient devoir, pour les besoins de leur cause, voir autre chose que ce qui y est réellement.

Chez les peuples primitifs l’homme n’a rien à apprendre, le livre de la nature est grand ouvert à ses yeux. Chez nous, au contraire, la curiosité est d’autant plus excitée qu’on essaie davantage de lui cacher ce que la nature a départi à chacun de nous. C’est cette curiosité, bien légitime d’ailleurs, que l’on regarde comme la véritable violation des lois de la pudeur.

La meilleure preuve que nous en pourrions donner, continue le docteur Rançon, c’est que chez les Coniaguiés par exemple, les divers vices contre nature, qui sont si communs chez nous, sont absolument inconnus.

Les quelques rares individus qui s’y adonnent sont regardés plutôt comme des fous que comme des coupables.

Nous aurons l’occasion, quand nous parlerons de nos propres observations au Congo, de confirmer entièrement ces remarques du docteur Rançon.

Contrairement à ce qui se passe chez certains peuples, l’acte du mariage, au Coniaguié, n’a jamais lieu en public. Quand un mari dit à une de ses femmes de venir dans sa case pendant la nuit, celle-ci doit y pénétrer sans être vue de qui que ce soit.

Elle quitte son mari de la même façon, dès que l’acte a été consommé, et tous les deux poussent alors les cris les plus discordants.

En toute circonstance, l’acte est toujours consommé au fond de la case, dans la plus complète obscurité, et jamais en public ni en plein jour.

La communauté des femmes n’existe pas. Par contre tous les hommes sont polygames.

Il n’y a pas non plus de cérémonie propre pour les mariages.

Quand un homme veut se marier il se contente de demander la jeune fille au père.

En aucune circonstance la femme n’est consultée.

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Le mariage est surtout endogamique ; rarement se marie-t-on en dehors de la tribu.

En cas dhmpuissance constatée du mari, ou d’adultère de la femme, les conjoints divorcent d’un commun accord.

En cas de divorce les enfants restent presque toujours avec la mère, du moins jusqu’à la puberté.

Si le mari vient à mourir, les veuves sont recueillies par son frère cadet, qui doit les nourrir et qui peut les épouser.

La prostitution est absolument inconnue chez les Coniaguiés.

Le docteur Rançon nous rapporte encore les détails d’un mariage chez les Malinkés, qui sont de race mandingue.

Le voyageur français s’excuse d’abord de ce que, dans la description qu’il va faire, il entrera dans des détails qui paraîtront peutêtre scabreux pour certains esprits enclins à voir le mal là où il n’y a rien que de très naturel.

L’ethnologie n’admet pas de réticence, ne souffre pas de sous-entendus.

C’est une science de visées absolument exactes qui ne s’appuie que sur des faits; quels qu’ils soient on ne saurait les passer sous silence. Honni soit qui mal y pense!

Lorsque tout est arrangé à propos d'un mariage, c’est-à-dire lorsque fiancé et beaupère sont d’accord sur la dot à payer par le premier, et que cette dot est versée en totalité ou en partie, on fixe le jour où la jeune fille sera livrée à son époux, où le mariage sera consommé.

L’époux fait alors construire dans sa concession la case où habitera désormais sa jeune femme. S’il ne possède pas assez de captifs pour ce travail, il l’exécute lui-même, avec l’aide de ses amis.

La fiancée n’est jamais consultée sur le choix de son époux.

Dans tout cela elle n’est qu’une marchandise et rien de plus, marchandise qui a sa plus ou moins grande valeur. La journée qui précède le mariage est

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occupée, tout entière, à lui faire, une dernière fois, sa coiffure de jeune fille, et à la parer.

Ce sont toujours les femmes de cordonniers et de forgerons qui, moyennant une modique redevance, se chargent de ce soin.

Les amies de la jeune fille se rendent, dès l'aurore, dans sa case et ne la quitteront plus que lorsqu’elle entrera dans la maison de son mari. '

La coiffure de la fiancée est, comparée à celle des femmes mariées, d’une remarquable simplicité. Les cheveux sont divisés en trois masses à peu près égales, deux sur les tempes, l’une dans la nuque.

Ces masses sont disposées chacune en quatre ou cinq tresses à l’extrémité desquelles on attache une boule d’ambre, ou quelques perles ou encore une pièce de monnaie.

Généralement il existe au sommet de la tête une tresse plus longue que les autres, au bout de laquelle est fixé également un ornement quelconque.

Le tout est fortement enduit de beurre ordinaire ou de beurre de Karité.

Quand la fiancée a été ainsi coiffée le tam-tam commence sur la place principale. Le fiancé y doit assister et danser. Il est accompagné par ses amis et ses parents. Sa future femme n’y paraît pas. Vers neuf heures du soir, tamtam en tête, tous se dirigent vers la case de la jeune fille, qui, à l’approche du cortège, sort de sa demeure et prend place avec ses amies derrière les musiciens.

La noce, pour employer notre terminologie, est alors disposée dans l’ordre suivant : en tête le tam-tam faisant fureur, immédiatement suivi des jeunes filles qui chantent à tue-tête en frappant des mains.

Enfin le marié vient le dernier, entouré de ses amis.

On se rend ainsi à la case nuptiale dans laquelle l’épouse pénètre la première; le lit nuptial est préparé ; une natte, et par dessus un pagne blanc.

Dans la case, outre les époux se trouve une troisième personne, une vieille captive, en général, de celles devant lesquelles on n’a pas besoin de se gêner.

Elle est là pour constater que chacun des conjoints fait bien son devoir.

Dès que les deux époux sont entrés dans la case, les chants et le tam-tam se taisent complètement; chacun fait silence.

Quand tout est consommé et que les traces sanglantes du sacrifice sont bien marquées sur le pagne blanc, le mari le remet à la vieille captive, et celle-ci va le montrer aux amis et parents du marié qui attendent devant la case.

Alors, les chants reprennent de plus belle, le tam-tam retentit avec frénésie, on brûle force poudre.

Tout ce vacarme continue pendant la nuit entière jusqu’au lever du soleil.

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