LE CONGO CONNU DES ANCIENS
La plus ancienne relation de voyage nous parlant du Royaume de Congo fut composée en par Philippe Pigafetta(italien)sur les Mémoires d'Édouard Lopez. On y trouve fort peu de renseignements féminins. Lopez parle des enfants sortis du mélange des Portugais et des nègres; il décrit les habits des femmes et signale les amazones de Monomotapa (?).
A propos des comtesses douairières de Sogno (au sud du Zaïre) Lopez dit qu’à la mort du comte, la comtesse douairière rentre, avec ses enfants, dans son ancien Etat, comme les reines de Congo, et devient une femme privée, sans autre privilège que celui du rang, qu’elle a toujours après la comtesse régnante. Il se trouve quelquefois trois ou quatre de ces douairières vivantes en même temps, soit que les femmes de ce pays y vivent plus longtemps que les hommes, soit parce que, ne pouvant épouser que le successeur de leur mari, elles demeurent veuves, sans jamais changer de condition. La loi qui les oblige à la continence est si rigoureuse que, sur la conviction du moindre désordre, elles seraient punies par le glaive ou par le feu.
Vers le même temps parut également la relation d’André Battel, de Leigh dans le comté d’Essex. Il conte nombre d’aventures mais ne signale rien à propos des femmes.
En 1680 fut publié à Lyon le récit des voyages faits au Congo en 1666 et 1667 par les capucins Michael Angelo de Gattina et Denis Carli de Piacenza (aujourd'hui Plaisance).
Ces deux missionnaires, avec quatorze autres capucins envoyés par la Congrégation romaine “ de Propaganda Fide ”, partirent en 1666 pour la mission de Congo. Leurs patentes contenaient des privilèges distingués; ils étaient autorisés à relever les fidèles de toute sorte d’irrégularités, excepté la bigamie et le meurtre prémédité; à relever du vœu de chasteté; à donner les dispenses du mariage au second et au troisième degré; à permettre aux païens convertis de conserver une de leurs femmes, etc.
Après avoir débarqué à Loanda, Angelo et Carli remontèrent en pinasse jusqu’à la frontière du royaume d’Angola, et s’engagèrent par terre vers les provinces de Sogno et de Bamba, au sud du Bas-Zaïre.
Dans cette région les femmes sortent le matin pour aller cultiver la terre. Elles portent sur le dos un panier, qui contient un pot de terre noire, nommé kiousou, avec un de leurs enfants. Le plus jeune est dans leurs bras, et suce les mamelles de sa mère sans aucun secours. Elles mènent le troisième parla main; souvent elles en portent un quatrième dans leur sein, car la plupart sont très fécondes. Si leurs enfants sont en plus grand nombre, les autres suivent par derrière; à moins qu’ils ne soient assez grands pour être abandonnés à euxmêmes. Les pères et les mères ne prennent point alors plus de soin d’eux que s’ils ne leur appartenaient pas.
Après quelques journées de marche le capucin Carli atteignit un village où on lui amena une jeune et belle fille nègre entièrement nue, qui n'avait point encore été baptisée. Il la fit couvrir de feuilles pour cacher sa nudité, en lui reprochant d’avoir différé si longtemps à demander le baptême. Elle s’excusa sur la vie qu’elle menait dans les champs, occupée pendant le jour à cultiver la terre et passant la nuit sous des arbres, comme plusieurs autres; Carli l’instruisit des principes de la religion romaine, la baptisa et lui donna le nom d’Anne. Après la cérémonie tous les habitants du village, hommes et femmes, surtout les jeunes garçons, qui s’appellent Moulèches, firent un cercle autour d’elle et se mirent à danser au son de leur musique, en criant dans leur langage : « Vive Anne! Vive Anne! » avec un bruit et une confusion si étranges que le missionnaire ne pouvait revenir de son étonnement.
Le jour suivant Carli continue sa route sur Bamba, ville située sur le chemin de Loanda à San-Salvador, et où Angelo l'avait précédé de quelques jours. A peine fut-il arrivé qu’un nègre vint lui faire des compliments de la part de la grande-duchesse de Bamba, et lui témoigner qu’elle souhaitait de le voir,
Carli rendit ses devoirs à la grande-duchesse le lendemain de son arrivée.
Ils convinrent ensemble, dans cette visite, de faire partir un nègre pour conseiller, de leur part, au grand-duc, de finir la guerre qu’il avait entreprise contre le comte de Sogno, en concluant une bonne trêve et en revenant dans ses Etats.
Carli étant tombé malade dut rentrer en Europe, par la voie des voiliers à cette époque, c’est-à-dire en allant d’abord toucher au Brésil. Il y avait à bord de son bâtiment 680 esclaves; les hommes étaient liés les uns aux autres, à fond de cale, dans la crainte de quelque soulèvement; les femmes et les enfants étaient entre les ponts, mais serrés de si près qu’il en sortait une odeur insupportable, Cependant on gardait un peu plus de ménagements pour les femmes grosses; elles étaient ensemble dans la grande cabine.
Merolla Jérôme de Sorrento, missionnaire-capucin, se rendit à son tour dans le royaume du Congo en 1682 et y arriva en i683.
Ce prêtre paraît, de par ses écrits, avoir été animé d’un esprit de crédulité que ni l’ignorance ni la chaleur d’un zèle aveugle ne sauraient justifier.
Aussi l’abbé Prévost (1748) répète-t-il, à diverses reprises, qu’il laisse au jugement du lecteur les faits merveilleux rapportés par Merolla, entre autres qu’un enfant vint au monde avec de la barbe et loutes ses dents; que l’on vit naître d’une seule couche un enfant noir et un blanc; qu’une négresse devint mère d’un enfant blanc.
De ces enfants blancs issus de nègres, il est question dans d’autres auteurs.
A propos de la province de Loango nous lisons dans V Histoire générale de tons les peuples du inonde (1741) :
« Quand il arrive que des noirs ont des enfants blancs, chose assez rare, le roi de Loango les fait instruire et élever dans la magie et dans le ministère des idoles. Ils ont le privilège de s’approprier ce qu’ils trouvent à leur bienséance, et le respect du peuple pour eux est si grand qu'on ne s’oppose point à leur volonté.
» Ces blancs, au reste, sont, selon Dapper, des espèces de ladres. Leur blancheur est fade et dénuée de ce mélange de rouge et de blanc que l’on appelle incarnat, qui paraît sur le visage des personnes saines. Ils ont aussi la vue extrêmement faible et voient beaucoup mieux de nuit que de jour. )>
— igô —
Nous avons personnellement, et à diverses reprises, observé de ces “ albinos ” nègres dans l’État indépendant du Congo.
Généralement leur corps est parsemé de plaques jaunâtres plus ou moins étendues.
Une seule fois, à Coquilhatville (Equateur), en i8g5, il nous fut donné de voir une jeune femme entièrement blanche, d’un blanc mat et terne, désagréable à l’œil ; les yeux étaient rouges et les cheveux crépus et roux; la peau rugueuse semblait comme affectée d’une éruption de boutons de chaleur.
Revenons à nos auteurs anciens.
En 1688 Mérolla arriva à l’île de Borna; à l’en croire les femmes accouraient au-devant de lui comme des folles, avec leurs enfants; mais le Mani ne lui permit point de les baptiser sans une permission expresse du seigneur de l’île. Ce prince lui fit préparer une maison près de la sienne, et le pria de baptiser une jeune femme qui était son esclave. Mais le missionnaire, apprenant qu’elle vivait avec lui dans un commerce libre, et ne lui voyant aucune disposition à se soumettre aux lois de l'Eglise, refusa constamment de lui donner le baptême. Le roi en fut très fâché.
Ayant quitté l’île de Borna pour repasser sur la rive Merolla se rend chez le roi du Congo qui tenait alors sa cour â Banza de Lemba. Il y apprit que le prédécesseur du roi actuel, le prince dom Antoine, avait donné la mort â sa femme, sous prétexte d’adultère, pour en épouser une autre qui était sa parente et dont il était amoureux depuis longtemps. Ce dom Antoine, ayant déclaré la guerre aux Portugais avait été tué dans une bataille sanglante. Merolla passa trois semaines â la cour du nouveau roi du Congo. Ce royaume fait rappeler â l’auteur une histoire mémorable qui lui avait été racontée par le père Thomas de Sestola, supérieur de la mission. Un missionnaire du même ordre proposa au roi du Congo de recevoir la foi chrétienne. Ce prince reconnut facilement la sainteté du christianisme. Il demanda le baptême avec empressement. Mais lorsqu’il était prêt â le recevoir il lui tomba dans l’esprit des idées fort étranges qui lui furent sans doute inspirées par le diable, dit l’auteur, et qu'il communiqua au missionnaire dans ces termes : « Mon père, avant que d’embrasser votre religion, je vous demande deux grâces, qu'il ne faut pas que vous me refusiez. La première de me donner la moitié de votre barbe, la seconde de m’accorder un successeur qui vienne de vous. Je ferai paraître devant vous toutes mes femmes et vous choisirez celle qui vous plaira le plus. Vous savez, continua-t-il, que nous sommes tous mortels. Si vous
venez à mourir ou si vous prenez la résolution de nous quitter, qui soutiendra la nouvelle religion que vous voulez établir parmi nous ? Que me servirait-il de recevoir une nouvelle loi si je n’ai pas l’espérance qu’elle puisse se maintenir? Laissez-moi donc un fils qui, possédant les rares qualités de son père, transmette ici votre doctrine à la postérité. » Le missionnaire, fort surpris de ces deux demandes, répondit, en souriant, qu’il ne pouvait accorder ni l’une ni l’autre. Mais ayant voulu savoir pourquoi le roi demandait la moitié de sa barbe, il apprit que le dessein de ce prince était de la conserver précieusement pour la montrer comme une relique du fondateur de la religion dans ses États. Et qui sait, ajoute Merolla, si la simplicité des nègres ne les eût pas portés quelque jour à l’adorer.
Dans le séjour que l’auteur fit à Lemba il tomba malade et se décida à repartir pour Loanda.
La Cour parut fort surprise d’un départ si précipité. Etant allé prendre congé de la reine-mère, Mérolla fut reçu à la porte de son appartement par deux de ses officiers. Comme il était nuit chaque chambre était éclairée par deux flambeaux, et gardée par un grand nombre de domestiques. Il trouva la reine assise avec sa fille sur un fort beau tapis. Cette princesse avait les épaules couvertes d’une pièce d’étoffe qui venait lui passer sous le bras, en forme de mantille, et le reste du corps enveloppé d’une espèce de chemise. Lorsqu'elle eut entendu le compliment du missionnaire elle prit un visage chagrin ; et s'appuyant les deux mains sur les côtés, elle lui demanda en colère ce que penserait le monde de lui voir quitter si brusquement la Cour de Congo, après s’être fait presser si longtemps pour y venir !
Non, non, dit-elle, ne comptez pas partir de si tôt ; je représenterai à mon fils que son honneur ne permet pas d’y consentir. Merolla lui répondit avec un sourire : « Si Votre Majesté m’a fait l’honneur de m’acheter, qu’Elle me fasse la grâce de m’apprendre à quel prix et dans quel marché, afin que je lui paye ma rançon, avec beaucoup de remerciements ; car je suis forcé de partir. »
Cette réponse, dit l’auteur, fit rire toute l’assemblée et la reine ellemême. La reine cessa de le presser. Elle se nommait Donna Potentiana.
Merolla observe que ce nom répondait fort bien à son caractère impérieux, et, qu’aimant à jouir de l’autorité, elle faisait profession d’une haine ouverte contre Donna Agnès et Donna Anna, deux autres femmes ambitieuses, qui avaient espéré de devenir reines en faisant couronner leurs maris.
Ces trois dames avaient répandu le feu de la discorde dans toutes les parties du royaume.
L’espérance d’obtenir des Portugais la couronne, qui était à Loanda, leur avait fait employer .toutes sortes de voies pour engager les missionnaires dans leurs intérêts. Il en avait coûté la vie à plusieurs capucins
Merolla quitte Lemba, regagne le Congo et se met en route vers la côte. Il arrive en face d’une île dont le Mani lui fait visite. En admirant la simplicité de l’auteur dans le récit suivant, dit l’abbé Prévost, il est difficile de prendre une idée fort avantageuse de ses lumières. Au moment de son arrivée, il avait commencé, dit-il, à baptiser plusieurs enfants, près d’une maison dont la maîtresse était malade. L’assemblée, qui était devenue nombreuse, ne pouvant manquer de causer quelque désordre sur le terrain de cette femme, où elle avait planté des citrouilles, elle sortit en fureur et poussa des cris épouvantables.
Le missionnaire, interrompu dans ses fonctions, lui fit un signe de son bâton dans la seule vue de l’engager au silence. Mais elle prit ce mouvement pour une menace; et dans le transport de sa rage elle saisit une bêche, dont elle se mit à creuser la terre autour de l’assemblée. Suivant l’auteur, c’est le premier soin des sorciers lorsqu'ils entreprennent leurs noires pratiques. Ensuite elle recommença ses cris avec un emportement extraordinaire. Merolla, qui n’avait point encore perdu l’attention nécessaire à son ministère, se contenta de recommencer de son bâton le signe qu’il avait déjà fait. Alors cette furieuse, perdant toute retenue, se mit â crier : « Quoi! un étranger osera ainsi traiter des habitants? Je serai chassée de ma maison par un hommeque je ne connais pasPNon! non! si je ne puis me venger par de bonnes voies, j’emploierai tout pour lui arracher l’âme du corps. » Elle disparut, dans quelque mauvaise, intention; et le missionnaire, ayant achevé de baptiser, congédia l’assemblée. Mais bientôt il vit revenir son ennemie, qui ne s’était éloignée un moment que pour appeler â son secours un jeune sorcier. Il était aisé, dit-il, de reconnaître leur parure. Ils avaient tous deux, autour de la tête, un mouchoir qui leur couvrait un œil. Dans cet état la sorcière jeta quelque regard fixe sur Mérolla, en prononçant des paroles. Ensuite elle se servit de ses ongles pour ouvrir un petit trou dans la terre. Ici le missionnaire, rappelant son courage, donna ordre â son interprête de s’écarter; et, disposé â braver toutes les puissances de l’enfer, il commença par défendre aux esprits malins de s’approcher de lui. Ce premier ordre n’empêcha point la femme de continuerses sortilèges. Mais, à la seconde conjuration, elle donna un grand soufflet au jeune sorcier son disciple, et lui commanda de la laisser seule. A la troisième, elle se retira elle-même, avec quelques gémissements. Cependant elle reparut le lendemain â la pointe du jour, et ses opérations diaboliques recommencèrent autour du missionnaire. Il ne douta point que son dessein ne fût de l’ensorceler, pour le faire mourir, et que ce ne fût dans cette vue qu’elle avait creusé la terre. La résolution qu’il prit, pour abréger les difficultés, fut de changer de place et de se rendre de grand matin chez leMani. Il n’ignorait pas, dit-il, que l’usage des sorciers, lorsqu’ils veulent faire périr quelqu’un, est de mettre dans le trou qu’ils ont creusé de leurs ongles, une
composition de certaines herbes, qui épuise par degrés les forces de leur ennemi, et qui le fait tomber enfin dans une langueur mortelle. Mais, après avoir rendu sa visite au Mani, il revint sur le bord de l’eau; et quel fut son chagrin d’y retrouver la sorcière! les rameurs n’étaient point encore arrivés. 11 prit le parti de s’asseoir pour les attendre. Son ennemie s’étendit à terre, vis-à-vis de lui, et recommença ses détestables opérations.
Quantité d’habitants, curieux de voir la fin de cette querelle, s’étaient cachés dans un champ de millet, d’où ils pouvaient observer toutes les circonstances. Enfin Mérolla, se recommandant au ciel, souffla doucement sur la sorcière et lui donna ordre, au nom de la très Sainte-Trinité et de la Sainte-Vierge, de se retirer. Elle se leva aussitôt, fit trois sauts, poussa autant 'de cris et disparut en un clin d’œil. Le mouvement de sa fuite parut si prompt que tous les spectateurs, pénétrés d’étonnement, jugèrent qu’il avait surpassé le pouvoir de la nature. Aussi ne tardèrent-ils pointa se montrer; et, poursuivant la sorcière avec des reproches et des injures, ils s’écrièrent tous d’une voix : « Le diable est vaincu ; qu’il emporte les sorciers et la sorcellerie... »
Ce récit, ajoute l’abbé Prévost, fournit la meilleure preuve que l’on puisse souhaiter de l’ignorance de Merolla et de sa superstition.
En 1700 le royaume de Congo fut visité par Jacques Barbot le Jeune (fils de Jacques et neveu de Jean Barbot). Dans son journal de voyage, rédigé de concert avec Jean Caseneuve, son contremaître, il rapporte que les habitants du Zaïre laissent le soin de toutes leurs affaires domestiques à leurs femmes, qui ne sont proprement que leurs esclaves. C’est elles qui sont non-seulement chargées des besognes les plus viles du ménage, mais encore qui doivent labourer et semer la terre dans la saison, serrer la moisson, cuire le pain et préparer à manger pour toute la famille. Pour les hommes, ils passent la plus grande partie du jour ensemble, à boire du vin de palme. Les femmes n’osent point paraître, à moîns qu’on ne les appelle, et, quand on leur fait cet honneur, elles entrent de la manière du monde la plus respectueuse, battant des mains avant que de prendre la tasse qu’on leur présente et qu’elles reçoivent à genoux. Dès qu’elles ont bu elles se retirent, à moins qu’on ne leur ordonne de rester.
Les femmes sont chastes lorsqu’elles sont mariées. S’il leur arrive de violer la foi conjugale l’époux qui a reçu l’affront est le maître de répudier la femme; et non seulement de lui ôter tout ce qu’il lui avait donné, mais encore d’obliger son galant à lui payer une amende. Leurs mariages se font sans beaucoup de cérémonies. Un jeune homme qui a de quoi acheter une maison et faire une espèce de tablier de toile de coton peint, ou de quelqu’autre matière, pour sa
maîtresse, n’a qu’à la demander à ses parents. Il est sûr de l’obtenir. Les nègres qui peuvent gagner un peu d’argent avec les blancs, font porter à leurs femmes, pour plus grand ornement, une sorte de chemise qui, leur couvrant le sein, descend jusque sur le tablier. Les épouses des nègres riches portent, aux bras et aux jambes, des anneaux de cuivre poli, dont il y en a pesant jusqu’à dix livres pièce. Ce singulier ornement rend leur marche lente, et lui donne un air d’affectation.
L’histoire générale de tous les peuples du monde, des abbés Banier et le Mascrier, éditée en 1741, consacre au Royaume Congo et à ses dépendances, l’intéressant chapitre suivant :
Le christianisme que les Portugais ont introduit dans le Congo n’a pu en bannir la polygamie.
Les nègres, tant les chrétiens que les idolâtres, y ont plusieurs femmes libres et, outre celà, des concubines esclaves. Ces femmes habitent séparément de leurs maris et la principale d’entre elles a la surintendance de la maison et sous elle une lieutenante.
Lorsque quelqu’une des femmes libres est soupçonnée d’infidélité le mari la répudie, sans que ni l’un ni l’autre s’en croient déshonorés ; même elle trouve ordinairement un mari, et sans difficulté.
Pour les concubines, qui sont des esclaves, on les achète fort jeunes. Quelquefois on achète d’avance le fruit d’une femme enceinte; etsi elle accouche d’un garçon, elle est obligée de fournir une fille à l’acheteur.
Enfin l’on s’y marie à l’épreuve, selon la coutume de quelques peuples de Guinée.
On assure aussi que ces peuples offrent généreusement une de leurs femmes aux amis et aux étrangers qui viennent les voir.
Entrons un peu plus dans le détail de ces coutumes.
Imrsque les filles donnent certains signes de maturité, on a soin de leur raser la tête, excepté au-dessus du front où on leur laisse une petite couronne. Alors les galants commencent sérieusement à penser à elles.
Si une fille perd la virginité avant que de commencer d’être attaquée de la maladie du sexe, on lui fait faire, avec son galant, ce que nous appellerions le Congrès (?) en présence du Roi et de la Cour.
Une femme est sujette de son mari; et s’il faut s’en rapporter aux relations, il paraît que la plus libre de toutes les femmes d’un noir, de Loango ou du Congo, est beaucoup moins libre que nos servantes.
Les femmes même des rois de ce pays-là vivent dans cet esclavage : il est
fort plaisant de trouver, dans Dapper, qu’elles doivent travailler pour gagner leur vie.
Ces femmes vivent en recluses et comme des religieuses, jusqu’à ce qu’il plaise au roi de faire choix d’une d’entre elles pour l’honorer de ses approches.
Au milieu de cette pluralité de femmes, les souverains et les particuliers sont jaloux. Pour ceux-ci, lorsqu’ils s’aperçoivent des irrégularités de leurs femmes, ils ont recours au divorce; mais les premiers punissent de mort l’infidèle; et leur jalousie va si loin, que celle de leurs femmes qui se trouve enceinte est toujours obligée de boire du suc de Vimbondo, pour donner des preuves de sa vertu.
Si malheureusement il lui arrive d’avoir le sort de quantité d’innocentes, il n’y a point de grâce à espérer. On la brûle; et le prétendu galant est enterré vif. Tel est donc le sort des concubines de ces souverains.
Mais à Loango la macoiinda jouit d’un beau privilège. C’est une des plus vieilles matrones du sérail, apparemment du prédécesseur du prince régnant, que l’on choisit pour être la régente du royaume ou, si l’on veut, l’inspectrice des actions du souverain.
Cette macounda, qui porte le titre de mère du Roi, peut avoir autant de galants qu’il lui plaît, et les admettre toutes les fois qu’elle le juge à propos.
La propre mère, les sœurs du Roi et toutes les négresses de la famille royale ont le même droit. De plus, bien loin de punir ces femmes quand elles manquent à la vertu conjugale, on châtie leur mari lorsqu’il porte à des maîtresses les subsides du mariage. C’est un grand malheur en ce pays-là que d’épouser une femme de sang royal.
Outre cela, la macounda règle les Conseils, et la conduite du prince, et donne la grâce aux criminels.
La principale épouse du Roi de Congo porte le titre de Dame des femmes, Mani-Mombanda. On lève pour elle un tribut fort singulier : la première nuit de son mariage le roi envoie mesurer les lits de tous ses sujets et les fait taxer à l’empan (mesure de la main).
Cette reine demeure dans un appartement du palais royal, avec ses demoiselles, qui passent librement les nuits dehors à se divertir avec le roi et avec ceux qui leur plaisent.
Une conduite de cette nature est due à la coquetterie de la Maîtresse, qui veut gagner leur complaisance. Aussi lorsqu’un galant ose se hasarder d’escalader les murailles du palais, et de s’introduire dans la chambre de la reine, elles ont assez de charité pour fermer les yeux et l’aider à se cacher. Car le roi n’entend pas raillerie là-dessus; et, s’il le savait, ce serait fait de la vie de ces adultères quand même le galant serait un Européen.
Non seulement il couche, comme nous venons de le dire, avec les demoiselles de la reine et toutes les femmes qui lui agréent, sans se mettre trop en peine des sermons de son confesseur; il fait même élever des jeunes filles auxquelles personne ne touche jusqu’à ce qu’il soit mort. Cela fait un furieux dépit à la Mani-Mombanda qui tâche, par toutes sortes d’artifices, de lui rendre la pareille.
Comme nous faisons fort peu d’attention au christianisme du Congo nous continuerons le détail des usages des nègres qui l’habitent dans l’état de mariage. Il est vrai qu’en se mariant ils suivent le rite de l’Eglise catholique; mais tout ce que nous venons de dire, et ce que nous dirons encore, prouve qu’ils ne pratiquent pas ce que ce rite ordonne.
Lorsque, de trois frères d’une même famille, il en meurt un, les deux autres se partagent ses concubines.
Un de ces deux meurt-il aussi, le dernier vivant les possède comme son bien ; et après lui celui qui hérite de la maison, quand même ce serait, dit-on, le propre fils du défunt.
A Loango les femmes servent aux hommes comme à nous les bœufs. Dans le mois de janvier toutes les femmes sont obligées de comparaître devant le palais du roi, pour aller ensemencer ses terres. Les hommes sont de la partie; ils y vont armés, non pour travailler, mais pour commander à leurs femmes et présider à leurs travaux. Du reste, ils passent leur temps à se divertir. C'est là un de ces climats maudits où la complaisance que nous avons pour le sexe est tout à fait inconnue. Il faut avouer que ces femmes sont bien à plaindre ! Peutêtre n’en jugent-elles pas de même !
Dapper nous apprend que quand les filles du Congo commencent à se lasser de leur état, elles vont se rendre dans un certain lieu obscur, parées et ajustées à la manière du pays, c’est-à-dire la peau bien graissée et bien vernie, beaucoup de rouge sur le visage et aux endroits du corps qui n’ont pas accoutumé d’être couverts. Elles séjournent à peu près un mois dans ce lieu sombre, et y font sans doute ce que l’auteur ne dit pas, et qu’il est permis de penser. Quoi qu’il en soit, elles y choisissent celui des jeunes hommes qui leur a le mieux prouvé de l’amour par ses services, et par une certaine assiduité assez ordinaire tant que l’on n'a pas le nom d’époux.
En cela les noirs diffèrent bien peu du reste des hommes.
A Angola une femme n’a point de commerce avec son mari jusqu’à ce que l’enfant qu’elle a mis au monde commence d’avoir des dents. Un autre usage, qui, de même que celui-là, est généralement pratiqué dans tous les pays barbares, comme il l’est encore chez les Juifs, est que le mari et la femme vivent séparés tant que celle-ci a ses purgations, La femme ne touche même à rien de ce que le mari mange, et n'habite ni dans la maison ni dans son lit, sans parler
des marques par lesquelles elle est obligée de se distinguer de celles qui sont en bon état. Entre autres elle porte une corde autour de la tête, tout le temps que la purgation dure.
La circoncision est en usage dans les pays dont nous parlons, si Ton ■excepte ceux qui ont reçu le christianisme.
A Angola, lorsqu'on aperçoit la première dent d’un enfant, on le pare du mieux qu'on peut ; et les parents et les amis le portent de maison en maison, chantant et dansant, afin d’attraper quelque chose pour lui.
Dans les pays qui sont encore idolâtres, lorsqu’un enfant vient au monde, on appelle le prêtre, afin qu’il lui impose quelques obligations particulières, qu’il faut peut-être regarder ou comme des préservatifs contre les accidents auxquels la vie de l’homme est exposée, ou comme des vœux et des devoirs par lesquels ces peuples croient se rendre leurs dieux favorables. Le prêtre aide à cette cro3mnce, si naturelle à la plus grande partie des hommes, et si favorable à tous ceux qui ont le caractère de Ministres de la Divinité. Il marmote donc quelques paroles, qui sont de la rubrique de l’art, et impose ensuite les obligations qui lui viennent dans l’esprit ; et ce qu’il a décidé vaut un miracle.
Passons aux cérémonies funèbres.
De tous les préjugés de ces peuples, dit l’auteur de la Bibliothèque universelle, il n’y en a point qui ait des suites plus déplorables que celui où ils sont généralement qu’il n’y a point de mort naturelle et que personne ne meurt que par les sortilèges de quelqu’un de ses ennemis.
Le sorcier, à ce qu’ils croient, ressuscite le mort et le transporte dans certains lieux déserts où il le fait travailler comme un esclave.
Il a soin de le nourrir de viandes qui ne sont point salées; car si le ressuscité venait à goûter du sel, il poursuivrait l’homicide à toute rigueur. Cette fausse opinion est cause que la mort d’un homme entraîne celle de plusieurs innocents. Ceux de Loango commencent par les sortilèges et les enchantements la recherche de la mort.
La sorcellerie consiste surtout à presser de toute sa force ses mains sur un couteau en présence du Ganga et de les bien frotter. En pressant et en frottant de cette manière on dit ; « Un tel est mort; on l’a enterré; est-il mort ensorcelé ? Ou ses mokisses (fétiches) lui ont-ils ôté la vie ? »
Si, en faisant cette interrogation, on n’est pas maître de ses mains, c’est une preuve infaillible qu’il y a du sortilège.
De cette question on passe à une autre; et la recherche finit toujours par Vmibondo (racine amère dont on fabrique le poison d’épreuve).
Ces peuples de Loango varient beaucoup dans leurs opinions sur le sort de
Pâme après cette vie. Ceux de la famille royale tiennent une espèce de métempsycose et s’imaginent que les âmes des défunts entrent dans le corps de ceux qui naissent dans leur famille. Plusieurs croient l’âme mortelle; beaucoup d’autres, et l’on peut regarder ceux-ci comme le plus grand nombre, croient que les âmes des morts deviennent des dieux tutélaires de leurs familles; et, suivant cette croyance, on leur élève de petites chapelles près du lieu où ils demeuraient; on va les y prier; on leur offre, au commencement du repas, de ce qu’on mange et de ce qu’on boit.
Chicocka (divinité) est le gardien des morts ; et sa statue de bois est placée près des tombeaux. Il empêche efficacement que les magaciens ne les enlèvent, ne les battent, ne les forcent de travailler, ne les envoient â la chasse ou â la pêche. Qui sait si le dieu gardien n’a pas mérité la confiance des nègres par un effet aussi naturel que celui qu’Horace reproche â son Priape de bois de figuier? Peut-être l’Europe nous fournirait-elle encore aujourd’hui les équivalents de pareils miracles.
Ces peuples enterrent leurs morts tout vêtus, et les pauvres demandent aux plus riches de quoi fournir aux dépenses des funérailles.
Il est défendu de pleurer pour la mort du roi de Congo, quoique pourtant on annonce cette mort par tout le pays au son d’un espèce de cor. Du reste les funérailles du prince se font â la façon des catholiques, mais les peuples qui ne le sont point du tout, ou qui ne le sont qu’extérieurement, suivent toujours les usages de leurs ancêtres. Ils enterrent avec le mort une partie de ses biens, des présents, des marchandises; usage si général dans l’idolâtrie ancienne et moderne qu’il serait inutile d’en alléguer ici des exemples,
A la mort d'un grand seigneur les amis, les chiens, les esclaves enchérissent infiniment sur l’extravagance du peuple. Outre les présents et les marchandises on lui donne des serviteurs pour le servir, des femmes pour se divertir avec elles; et celles-ci, ou forcées de le suivre en l’autre monde, ou prévenues par leurs prêtres, se disputent l’honneur d’être enterrées vives avec le défunt,
Loango a des usages au moins aussi extraordinaires. Les pleurs et les lamentations précèdent toujours les cérémonies funèbres. On porte le mort hors de chez lui; on danse autour du corps; et, en dansant, on pleure et on hurle. Les pleurs sont mêlés de questions que l’on fait gravement au défunt, pour savoir de lui s’il a décampé faute d'avoir assez â manger et â boire, etc. Mais le mort ne répond rien; et on suppose toujours qu'il lui a manqué quelque chose. Le concert funèbre et les questions durent quelques heures; après quoi l'on commence à rassembler tout ce que le mort doit emporter avec lui, et quand on a préparé tout ce bagage, on prend avec précipitation et le mort et ses effets, comme si l’on commettait un vol. Une partie de ces effets est destinée â être enterrée, l’autre est exposée sur des pieux autour du sépulcre : mais pour
prévenir l’envie de ceux qui voudraient voler, on découpe ou l’on déchire ce qui est ainsi exposé.
Le soir on recommence les pleurs, et on continue de cette manière le deuil tous les soirs pendant six semaines.
Plus on est distingué et plus il y a de façons dans ce deuil.
Les pleurs sont plus éclatants et le cortège plus nombreux, car on s’assemble de plusieurs villages. Les sortilèges et les charmes ont été employés avec tous les soins possibles pour sauver un Grand.
Ce n’est pas que le peuple ne travaille aussi de son mieux dans l’espérance de prolonger ses années ; mais là, comme ici, on s’attache à l’éclat de la grandeur, parce qu’elle a le moyen de récompenser. Il ne faut donc pas douter que les enchanteurs ne prodiguent les plus beaux secrets de leur art à ceux que le rang fait respecter.
On s’assemble autour du mort qui est couché ou assis. En ce dernier cas il est soutenu par quelqu’un de l’assemblée; mais quelquefois on lui met une bûche de bois sous chaque bras ; on vient le raser, lui couper les ongles, le laver, l’oindre, et le peindre de rouge. Ses proches sont assis près de lui, et les femmes, toujours faciles à émouvoir et toujours prêtes à pleurer, doivent exciter par leur agitation et leurs transports les regrets de l’assemblée. Elles dansent, ou plutôt elles courent à droite et à gauche comme si elles étaient forcenées : mais dans les intervalles de la passion elles chantent la louange du défunt, récitent ses faits, étalent sa généalogie. C’est là son oraison funèbre. Enfin on l’enterre avec une partie de son patrimoine, et ce que ses parents et amis ont apporté en contribution pour son établissement dans l’autre monde. Le lieu ordinaire de la sépulture de ces noirs porte le nom de Kienga. On y voit, sur le tombeau de chacun, son arc, ses flèches, son écuelle de bois, sa table, ou plutôt la calebasse dans laquelle il buvait, du tabac, des pipes, etc.
Les mêmes cérémonies se font pour le roi, mais avec plus de magniflcence. On orne le corps du défunt des ornements ordinaires de la dignité de ces princes noirs. Il est assis sur un siège dans un caveau particulier; et on voit autour de lui les représentations de terre et de bois de ceux qui l’ont servi pendant sa vie. Devant lui se voit aussi quelque batterie de cuisine, qui servait à la table de Sa Majesté, du linge, des vêtements, etc. On égorge quelques esclaves en sa faveur; et on les enterre auprès de lui, ou dans un caveau séparé, afin qu’ils aillent revivre là-bas avec leur prince; car c’est là l’idée qu’ils se font de la résurrection.
Autrefois on enterrait douze jeunes filles toute vivantes avec le roi de Congo. Ces filles s’offraient volontiers au service du monarque et se disputaient avec fureur la gloire d’être préférées.
Chacune voulait marcher la première, et prendre le pas sur ses compagnes. Elles s’équipaient du mieux qu’il leur était possible pour cette tragique cérémonie; et leurs parents leur fournissaient bonne provision de hardes et de tout ce que l’on croyait nécessaire dans l’autre monde. On assure que cette coutume est aujourd’hui abolie, comme contraire au christianisme, et qu’à présent une partie des honneurs funèbres se réduit seulement à boire et à manger, huit jours entiers, sur le tombeau du prince. On mêle avec ce repas des larmes et des regrets, auxquels on peut donner à juste titre le nom de pure cérémonie.
Voici une assez plaisante opinion des veuves du Congo. Elles s’imaginent que les âmes de leurs maris pourraient revenir loger dans les corps qu’elles occupaient pendant leur vie, si elles ne prenaient la précaution de les en tenir éloignées; ce qui empêcherait les pauvres veuves de prendre un second mari. Pour prévenir cet accident elles s’adressent à un de leurs prêtres qui les plonge plusieurs fois dans une eau courante, après quoi le retour du défunt n’est plus à craindre, et elles peuvent passer hardiment aux secondes noces.
Lorsqu’une femme est soupçonnée d’adultère, tout le village s’assemble; le GflK^a(féticheur) ayant invoqué son idole à haute voix et fait plusieurs grimaces, applique un fer chaud sur le bras ou sur la jambe de l’accusée, soutenant que si elle n’est pas coupable le feu ne la brûlera point.
Nous ferons un dernier et curieux emprunt à l’Histoire générale des abbés Banier et le Mascrier.
Si quelqu’un s’assied à côté d’un lit où couchent deux personnes de sexe différent, il est souillé, quand meme ces personnes seraient unies par un mariage légitime; le maître du logis doit avertir charitablement cet homme, afin qu’il aille se purifier.
On présente ses habits au feu, et celui qui fait la purification achève la cérémonie en prenant, de son petit doigt, celui de la main gauche de la personne qui s’est souillée. En se tenant de cette manière, et la main levée sur la tête, ils tournent tous deux. Alors le purificateur prend deux fers qu’il frappe trois ou quatre fois l’un contre l’autre; ensuite il souffle dans le creux de sa main, en fait autant dans celle de la personne qu’il purifie, et marmote, parmi toutes ses simagrées, une douzaine de paroles mystérieuses.
Avant de passer au Congo actuel nous terminerons ces recherches historiques par un mot sur les Jaggas, populations qui, d’après les auteurs cités, environnaient fort loin le Royaume de Congo à l’Est, et qui s'étaient rendues redoutables par leurs fréquentes invasions.
Ils avaient pourtant de terribles adversaires, dit Lopez,dans les amazones du Monomotapa, qui triomphent' des Jaggas par leur légèreté et leur adresse; sans compter que la crainte d’être dévorées, lorsqu’elles tombent entre les mains de ces barbares ennemis, redouble leur courage.
Battel, qui avait servi les Jaggas, parle d’un de leurs chefs, Kalandoula. Il était continuellement accompagné de vingt ou trente femmes, dont l’une portait son arc et ses flèches, et quatre autres les coupes ou les tasses dont il se servait pourboire. Elles se jetaient à genoux lorsqu’il buvait, elles battaient des maiiis et chantaient quelqu’air de leur musique.
Les femmes des Jaggas portent leurs cheveux avec de hauts toupets, entremêlés de coquilles. Elles s’enduisent le corps de musc. C’est une beauté, parmi elles, d’avoir quatre dents de moins, deux en haut et deux en bas.
Celles qui n’ont pas le courage de se les arracher sont si peu estimées qu’on ne veut ni manger ni boire avec elles. Leurs bras, leurs jambes, leurs cols sont chargés de colliers et d’anneaux.
Autour des reins elles portent un pagne de soie.
Elles sont fécondes; mais, dans leurs marches, les Jaggas ne souffrent pas qu’elles multiplient, et leurs enfants sont ensevelis dans le moment qu’ils voient le jour. Ainsi ces guerriers errants meurent ordinairement sans postérité. Ils apportent pour raison de cette conduite qu’ils ne veulent point être troublés par le soin d’élever des enfants, ni retardés dans leurs marches. Mais s’ils prennent quelque ville, ils conservent les garçons et les filles de douze ou treize ans, comme s’ils étaient nés d’eux ; tandis qu'ils tuent les pères et les mères pour les manger.