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LE HAUT-CONGO

Beaucoup des détails que nous venons de donner à propos de la Région des Chutes se retrouvent dans les mœurs féminines du Haut-Congo. Il deviendrait fasti dieux d’étudier chaque peuplade en particulier. Nous nous bornerons donc à rapporter les caractéristiques de ces peuplades au point de vue féminin.

Les races et les origines sont des plus diverses, d’où des tatouages, des costumes, des parures, des langages différents, tandis que le travail, les danses, offrent beaucoup d'analogies.

le rôle dans la tribu

Nous avons dit autre part qu’il existait deux sortes de tatouages ; les tatouages de race, les tatouages décoratifs ou de fantaisie.

La femme porte les race que l’homme ; ratifs diffèrent sou plus nombreux. Chez ventre, la croupe, raissent en sous les faits de pois alter des lignes depalmier.

répondent des époques blés: nubilité; second , troi allaitements;

mêmes tatouages de ses tatouages décovent et sont surtout certaines femmes le les cuisses dispat i è r è m e n t desseins lignes de

nant avec de feuilles Ces lignes parfois à m é m O r a mariage; premier, sième enfant ; fin des etc...

Ce sont les femmes qui procèdent elles-mêmes à ces inscriptions cutanées de leur biographie.

Il paraît que le frottement léger de la paume d’une main amoureuse sur le relief des tatouages du ventre détermine chez la femme un véritable spasme voluptueux.

Parmi les races du Haut-Fleuve on cite la beauté des femmes Bangalas et des Lolos. Ces dernières surtout, originaires des bassins du Lopori, de la Maringa et de la Boussira, ont une douceur de traits et une opulence de formes qu’envieraient bien des professional beauties ”. Le tatouage est caractéristique et laid : leur corps entier est couvert d’ampoules de un à deux centimètres de diamètre disposées en lignes parallèles.

Le costume se compose en général, là où il existe, d’une bande d’étoffe ceignant les reins et s’arrêtant à hauteur des cuisses. Dans la Boussira, j’eus l’occasion de voir des femmes habillées comme les Bakongo, de deux pans d’étoffe, un petit devant, un grand derrière.

Dans le Mowindou (Rouki) les femmes portent un pagne que je ne saurais mieux comparer qu’à une sangle en fibres, large de une à deux mains, portant derrière une grosse houppe rappelant à merveille la tournure de nos élégantes.

Dans rOubanghi, les femmes se fixent entre les jambes un morceau de feuille de palmier dépassant fortement en arrière.

De l’avis général c’est la femme Bangala qui porte le costume

Les ornements féminins se ressemblent partout : colliers massifs de laiton d'Europe, pesant lo et 12 kilos ; anneaux de poignets et de chevilles; spirales de laiton de la grosseur du doigt, entourant la jambe du cou-de-pied au genou ;

perles, coquillages fixés dans les cheveux ou formant des colliers et des ceintures.

Les femmes adorent porter une ou plusieurs sonnettes à leur ceinture. Plus ce carillon est bruyant, plus ces filles d’Ève sont satisfaites.

Coquilhat se demande pourtant si ce ne serait pas là un avertisseur d’infidélité.

Toutes les tribus se peignent plus ou moins. Le principal fard est toujours le n’goula (poudre rouge d’une espèce de santal); puis

le plus gracieux : son pagne est fait d’une corde de fibres de bambous, garnie de franges longues d’une trentaine de centimètres.

En superposant vingt et vingt-cinq de ces pagnes, la Bangala se fait un véritable tutu de bayadère, d’où émergent un buste souvent impeccable et des jambes aux fines attaches.

Dans plusieurs tribus, notamment chez les N'gombés,les femmes s’habillent de cinq ou six perles enfilées sur un bout de liane et essayant de cacher ce que chacun peut deviner ; le costume manque d’ampleur.

une sorte d’argile blanche dont elles se couvrent parfois complètement dans les enterrements; à l’Equateur on utilise les graines du rocou, donnant un vermillon très vif.

Les coiffures varient beaucoup et se complètent par des enfilades de perles ou de cauries; des épingles en fer, en cuivre, en ivoire; des plaques et des bandes en cuivre, surtout dans l’Oubanghi, où certaines coiffures de femmes demandent des semaines de travail patient. Les dessins ci-dessus, extraits de l’ouvrage du lieutenant Masui, en donnent bien l’idée.

Dans rOubanghi encore les femmes prolongent leur chevelure naturelle par des fibres très ténues, ce qui leur donne l’aspect de longues chevelures... Van Gèle, lors de son premier voyage dans l’Oubanghi-Doua, s’y était mépris.

Les hommes se parent également de ces étranges coiffures postiches, et la photographie que nous reproduisons ici est un document vraiment caractéristique.

Partout existent les deux catégories de femmes si souvent signalées déjà ; les femmes libres, les esclaves. Les femmes libres sont en petit nombre. Elles ne se distinguent guère des femmes esclaves pour le travail, les vêtements, la vie ordinaire; seulement elles sont unies d’une façon plus ou moins sanctionnelle à un époux libre qui ne peut les aliéner. Elles sont aux côtés de leur seigneur dans la plupart des assemblées, participent aux successions et peuvent devenir chefs de village et même de clan.

Ces reines sont assez rares. La plus célèbre était Gankabi de Moutchié (Kassaï), dont Stanley, dans Cinq années au Congo, parle longuement et complaisamment.

En i8gi, j’eus à traiter àTchoumbiri avec la reine du village rm'poumbou ; je ne pus la voir en personne pendant les négociations et dus m'entendre avec son représentant Mouléka.

L’arrangement conclu je fus admis à présenter mes hommages à la reine; elle était encore jeune et de figure agréable; mes hommages prirent la forme d’un collier de lo kilos.

Pendant que je suis à Tchoumbiri je rapporterai ce que Stanley, dans le Continent Mystérieux , dit des dames de ce district:

« Même pour nous, écrit-il, qui, pendant nos longs voyages, nous étions rassasiés de choses curieuses, les dames de Tchoumbiri méritaient d’étre vues. Beaucoup d’entre elles étaient jolies et bien faites, avaient la peau d’un brun superbe, et une gracieuse courbe d’épaules que je n’avais pas souvent rencontrée, En outre, esclaves de la mode, elles portaient des colliers de cuivre jaune d’une épaisseur énorme.

» Les six dixièmes des femmes avaient des carcans de deux pouces de diamètre, trois dixièmes en avaient de deux pouces et demi et les autres de trois pouces (7 centimètres 1/2). Ces lourds anneaux arrivaient jusqu’au menton et atteignaient presque l’extrémité des épaules. Que l’on se figure 3o livres d’airain soudées au cou d’une façon permanente! Ces femmes ainsi opprimées étaient les épouses favorites du roi ; et elles se réjouissaient de leur oppression.

» Je présume que sitôt que le roi de Tchoumbiri, qui est un négociant subtil et entreprenant, se procurait du fil de laiton, il le faisait fondre et forger en colliers pour ses femmes. Si les colliers n’étaient pas plus lourds, c’était probablement à cause de sa pauvreté. Il se vante auprès de moi de posséder “ quatre dizaines” d’épouses, ornées chacune à perpétuité d’un épais carcan.

» D’après un calcul approximatif j’estimai que ses femmes avaient au cou huit cents livres de cuivre; ses filles, au nombre de six, pouvaient en avoir cent vingt livres, et ses esclaves favorites environ deux cents livres. Qu’on y ajoute six livres de laiton pour les ornements des bras et des jambes de chacune de ses femmes et de ses filles, et l’on découvrira avec surprise que le roi de Tchoumbiri possède un fonds portatif de i,3g6 livres de cuivre.

» fe demandai au roi ce que devenait le collier quand la femme mourait. Il sourit, le madré coquin, et me regardant avec bienveillance, comme si cette question m’eut gagné son cœur, il se passa le doigt en travers de la gorge d’une manière significative. »

Les reines du Congo m’ont paru avoir un harem masculin, comme les chefs et les hommes libres ont leur sérail de concubines.

J’ai connu à l’Equateur une femme libre, riche, devenue veuve. Elle n’eut

garde de se remarier, mais elle jetait le mouchoir à tous les noirs museaux qui lui faisaient bonne impression. Et l’amour peut tenir ferme un cœur de négresse comme un cœur de blanche. Je n’en veux pour preuve que les duels de femmes de l’Equateur, lorsque l’enjeu de la bataille est un beau gars, vivement désiré.

Nous assistâmes à plusieurs de ces luttes, mais je ne saurais mieux faire que de citer Coquilhat :

« Les deux “ dames” se transportèrent, accompagnées d’un grand concours de peuple, sur un espace de terrain suffisamment libre et dur. On forma le cercle, et, à l’aide de leurs bois de lance, quelques notables se mirent en devoir d’empêcher les assistants d’intervenir. Sans un mot, les deux jeunes femmes, dont les membres étaient vigoureux, se ruèrent l’une sur l’autre, les mains ouvertes, le buste penché en avant.

» Leurs palmes tombant sur la chair ferme et huilée rendaient des sons mats; elles ne cherchaient pas à se frapper, mais bien à s’étreindre d’une façon particulière dont nous ne nous rendions pas encore bien compte. Ces froissements de muscles, ces mouvements violents firent tomber leurs courts vêtements, et ce fut dans leur triomphante nudité que ces belles Wangata continuèrent la lutte. L’admirable couleur bronzée de leurs membres luisants, que le soleil parsemait de reflets brillants sur les hanches rebondissantes, sur les cuisses tendues et les mollets remontés, faisait une vive opposition avec le sol blanchâtre. Une incessante vibration déplaçait les muscles et les mettait en valeur nouvelle, dévoilant des aspects imprévus.

» Des acclamations et des imprécations éclataient dans les deux partis que formait le public.

» L’objectif des lutteuses devenait visible; aux efforts qu’elles faisaient pour gagner de la main droite le bas du dos de l’adversaire, on aurait pu croire qu’il s’agissait de renouveler la rencontre de Gervaise avec Virginie dans V Assommoir de Zola. Ce n’était pas cela ; je ne sais comment définir l’opération qui devait caractériser la victoire. La main droite de chacune allongeait tant qu’elle pouvait son doigt médius. Enfin un cri d’orgueil sortit de la poitrine de la plus petite des antagonistes ; son doigt étendu avait trouvé le logement qu’il cherchait ; il s’y était replié en crochet, et, ancré en ce point d’appui, elle put d’un mouvement brusque faire basculer l’ennemie en avant et la jeter sur les genoux, la face près de terre. Maintenant la fille battue et honteuse s’exaspérait ; elle voulait mordre, égratigner. On sépara les combattantes : l’honneur était satisfait. ))

Chaque homme libre a généralement une première femme, maîtresse de maison â laquelle obéit le cercle des concubines. Ces dernières sont esclaves ;

jeunes elles ont été achetées par la fantaisie érotique de leur propriétaire ; mais il est rare qu’elles gardent longtemps le rôle de favorites ; bientôt elles sont mises au travail et désignées comme femmes d’un des hommes du chef.

L’homme libre renouvelle donc presque constamment l’élue de son désir et il y trouve grand avantage, car la négresse tombe vite fies poitrines les plus riches se flétrissent en quelques lunes et il est rare qu’une femme de vingt ans ait gardé de beaux seins : c’est la conséquence des durs travaux et d’une maternité précoce.

Après avoir pu être favorite l’esclave est mise au travail et il lui arrive d’être vendue, achetée, revendue dix fois comme une vulgaire bête de somme, trop heureuse quand elle ne finit pas sous le couteau du sacrificateur ou sous la dent de ses anciens adorateurs.

La seule union rappelant un peu notre mariage est l’union des hommes libres avec femmes libres ; l'impétrant offre au père de la belle un douaire variant avec sa propre richesse et la valeur de la prétendue, et comme nous l’avons vu jusqu’ici, il a alors droit au travail, à la fidélité et à la fécondité de la femme.

Les filles de chef sont presque toujours unies à des chefs d’autres villages, et souvent cette union est décidée alors que la femme est encore fillette : c’est une sorte d’alliance politique.

Tant qu’elle n’est pas mariée la femme libre dispose de son corps à son gré. Après mariage elle rentre dans les conditions de la femme esclave, c’est-à-dire qu’elle ne peut “ se déranger” qu’avec l’assentiment de son seigneur. Mais à ce point de vue les mœurs du Haut-Congo offrent une largeur de vue... considérable. Le mari ne s’estime pas du tout atteint dans sa dignité parce que ses femmes auraient éteint la passion d’un étranger; il demande seulement que ça lui rapporte profit.

Aussi voit-on les Bangalas débattre eux-mêmes le prix des faveurs de leurs épouses ; et quand un passager de distinction loge dans un village, le chef manque rarement de lui offrir le reste dont nous parlions au chapitre précédent.

Et souvent laisse-t-il l’étranger choisir lui-même parmi ses femmes et ses filles, la ou les houris qui se consacreront à lui cette nuit-là.

Rien n’est drôle comme ce qui se passe à l’arrivée d’un bateau s’installant pour une nuit au débarcadère d’un village Wangata ; après que le bois est fait et les vivres achetés, on voit arriver les belles de nuit, une grande natte en joncs sous le bras

L’accord n’est pas long à s’établir, surtout si les amoureux transis font miroiter l’appât d’une bouteille vide par exemple. Alors, auprès d’un feu qu’entourent cinq ou six camarades que la chose n'effarouche pas, un, deux, trois couples viennent s’étendre, bien enveloppés dans la natte en joncs, dont l’élasticité permet la production de silhouettes bizarres et suggestives. Il est bon de ne pas soulever ces nattes lorsqu’on se promène entre les feux du campement : la pudeur en pourrait s’alarmer.

Il arrive souvent que la bouteille vide appartienne à trois propriétaires; alors la femme passe à trois feux.

Il est remarquable qu’avec une telle conception de l’honneur des femmes et de leurs époux le commerce amoureux donne lieu à de véritables forfaits ; c’est que le nègre fait argent de tout.

Je trouve telle dame noire charmante; si je suis le plus fort, ou assez riche, pas de difficultés pour arriver à mes hns; mais si j’ai cherché à posséder l’objet de ma flamme sans avoir d’abord payé son propriétaire, gare à moi si je suis pris. Ce qui est bon à prendre est là-bas bon à garder et surtout à vendre. Ce même mari qui, moyennant deux miroirs de quatre sous, eût mit tout son sérail à ma disposition, profite alors de la situation.

Comment; s’écrie-t-il, vous avez commis l’épouvantable péché d’adultère! vous avez détourné du sentier de tous les devoirs la plus fidèle de mes épouses! Rien que la vente ne peut vous faire expier ce forfait !

Et vous voilà bel et bien amarré, puis vendu comme esclave, à moins que vous n’ayez les moyens de vous racheter. Ce n’est en réalité qu’un vol déguisé. La polygamie est la règle partout et le nombre de femmes d’un seul individu atteint parfois plusieurs centaines. La monogamie est le sort des esclaves, et encore, des favorisés; car tel puissant chef ayant deux cents femmes et un millier d’hommes laisse ces derniers livrés à eux-mêmes, et ne se fait pas faute de couper la tète à ceux dont l’audace a été assez grande pour chercher à fixer l’attention d’une de ses femmes. C’est là une des conditions sociales les plus épouvantables des tribus à esclaves de traite. De ce chef seul sont justifiées toutes les mesures prises par les civilisés pour réprimer les exactions de ces despotes noirs.

Et il est remarquable que, privés de femmes, ces primitifs ne soient pas tombés dans les excès monstrueux chers aux dégénérés de l’Orient.

Ces peuples qui courent nus, ou à peu près, ont somme toute une moralité plus haute que la nôtre ; les gestes indécents, les paroles obscènes sont extrêmement rares; et si leurs danses sont lascives souvent, et leurs chants érotiques, on dirait que c’est sans parti pris et sans recherche de raffinements perverses.

Les caresses des femmes sont nature et rien de plus.

La femme est prête à sacrifier à Vénus dès onze à douze ans.

Elle a été d’abord aux mains des vieilles

matrones expertes ou des malins féticheurs : son initiative lui sera moins douloureuse.

Lorsque ces jeunes femmes sont jolies il arrive que leur mari les traitent en favorites; au lieu du pagne d’étoffe ordinaire elles sont alors vêtues de deux dépouilles de chats sauvages, fixées l’une devant l’autre

Femmes à la rivière

derrière par une large ceinture de perles et de cauries (coquillages) ; elles portent en bandoulière un fétiche protecteur destiné à remplacer l’ancienne ceinture de chasteté. Malheur à celui qui porterait la main sur celle que protège une telle amulette : le fétiche lui soufflerait la mort !

Les favorites restent oisives ; toujours en toilette et parées de colliers, de bracelets, elles suivent leurs maîtres partout; c’est encore le meilleur moyen pour eux d’assurer leur fidélité.

Lorsqu’un esclave a acquis, par sa façon de servir, des droits à la bienveillance de son maître, celui-ci lui désigne généralement une femme.

Si l’homme en a les moyens il peut aussi louer une femme au mois, c’est à-dire par lunes.

On voit parfois trois ou quatre solides gaillards s’entendre pour louer une femme commune : chacun a son jour.

Et la femme ne se plaint pas.

Les enfants sont à son propriétaire.

Il n’est pas rare non plus de voir un mari qui n’a qu’une moitié, la louer deux jours sur trois !

En temps de guerre la femme est un butin très recherché, car elle représente une véritable richesse : les favorites, dont nous parlions tantôt, valent parfois i5, 20 esclaves mâles.

Les jolies filles de harem se paient jusqu’à 5oo francs, alors qu’un homme fait et vigoureux atteint à peine loo francs (Bas-Oubanghi). C’est pourquoi la naissance d'une fille est, en général, préférée à celle d’un garçon.

Aussi, en temps de guerre, les femmes sont-elles soigneusement cachées dans les retraites les plus profondes ! Cependant chaque expédition indigène est d’ordinaire accompagnée de quelques femmes et j’eus parfois plaisir à voir le courage souriant de ces amazones momentanées au milieu des combats.

Femme favorite du Haut-Oubanghi

Dans rOubanghi les femmes marchent avec les guerriers, mais à une certaine distance en arrière, et elles ne cessent de les exciter par leurs chants, leurs clameurs, leurs battements de mains. On dit qu’en cas de défaite elles repoussent toute approche jusqu’à ce que les vaincus aient pris leur revanche.

Ce que nous avons dit, au chapitre précédent, concernant les infirmités lunaires, la grossesse, l’accouchement, l’allaitement, le sevrage, serait à redire ici presque textuellement.

Certains aliments sont exclusivement réservés aux femmes pendant leurs grossesses, par exemple la petite banane chez les Mongos de la làpa (branche • supérieure de la Boussira).

A l'Equateur le poisson électrique est un aliment de femme. L’homme n’y touche jamais, pour ne pas perdre sa force, dit-il : sans doute, il connaît l'effet des commotions électriques de ce poisson, commotions assez violentes pour paralyser un membre pendant plusieurs semaines; le docteur Charbonnier, à Equateurcamp, eut à soigner un soldat ainsi atteint.

Pêcheuses dans les rapides de l Oubanghi

En compensation de ces mets qu’il abandonne aux seules femmes, le nègre du cœur de l’Afrique n’admet pas sa compagne aux repas anthropophages. La femme est un être trop inférieur pour participer aux festins dont quelque tête bouillie, quelque cuisse grillée, quelques marmites de tripailles humaines sont les plats de résistance. Le seul motif pour lequel les femmes ne participent pas aux orgies des cannibales paraît résider dans l’égoïsme de ceux-ci, gardant pour eux seuls un gibier de choix.

En 1888-89, le commandant Roget eut l’occasion, dans rArouwimi,de voir des femmes mangeant de la chair humaine, mais c’était dans un moment d’épouvantable disette survenue sur le passage de razzieurs arabes; aussi les cadavres étaient-ils fumés et boucanés sans en rien perdre!

Presque partout les enfants suivent la condition de leur mère, et la plupart des chefs voient dans leurs esclaves de véritables bêtes de reproduction dont ils

vendent les enfants à bénéfice. Il est des régions où l’on peut estimer qu’une moitié des enfants ne connaît ni père ni mère; c’est le cas du “ Balololand”, région soumise aux incursions de peuplades plus fortes venant razzier les villages et- emmenant presque toujours quelques femmes et beaucoup d’enfants; ces petits êtres n’ont parfois que 4 à 5 ans ; ils étaient libres chez eux ; des bêtes à face humaine sont venues qui leur ont tué père et mère, qui maintenant les emportent. Les pauvrets passent de main en main, de tribu en tribu, et grandissent à des centaines de lieues parfois de leurs villages ; les filles pourront un jour devenir les favorites d’un homme assez riche pour les acheter au moment

Pêcheuse du Haut-Oubanghi

où elles auront la beauté du diable; si elles sont jolies on les tatouera beaucoup; elles auront un moment de gloriole, tôt passé, puis subiront le sort commun; elles enfanteront, mais leurs enfants ne seront pas à elles; propriété du maître, celui-ci les vendra à sa guise.

Et pourtant ces mères noires savent aimer, et prouver leur attachement à leurs enfants. Je n’ai qu’à puiser dans mes souvenirs, les exemples me reviennent en foule.

A la fin de 1891 j’avais décidé le chef de Bokatoula, dans la Loulongo, à me confier son fils pour le mener jusqu’à Léopoldville. Le désespoir de la mère, au départ de son fils aimé, était navrant. En vain le vieux chef lui disait: « Aie confiance dans ce blanc qui a été bon pour nous; ne nous a-t-il pas traités en amis alors qu’il pouvait parler en maître? S’il avait le mauvais dessein de ne pas te ramener notre fils, pourquoi chercherait-il à te rassurer? Ne peut-il l’enlever de force, et toi, et moi-même et tous les nôtres? Cesse de pleurer, femme, notre aîné va faire un grand et beau voyage; il ira voir les villages que les blancs construisent partout et dont parlent nos légendes; et quand il reviendra heureux et content, il nous dira ces merveilles et il élèvera devant notre case, au milieu de nos grands palmiers, une maison comme celles qu’il aura vues chez nos amis blancs, afin qu’à leur passage dans cette rivière, ceux-ci viennent loger chez nous. »

Et la bonne vieille pleurait plus fort ; nous dûmes nous arracher à ses sanglots et à ses cris de désespoir.

Mais ainsi que le lui avait dit son mari, son fils revint, rapportant des présents de tout genre, car nous n’avions pas manqué de le combler et de lui recommander de dire à sa mère que les blancs avaient aussi, dans leur lointain pays, une mère aimée qui pleurait leur absence et qui aspirait à les revoir comme la vieille femme de Bokatoula avait aspiré à revoir son fils.

L’année suivante, je retournais dans la même rivière Loulongo, y rapatriant trente volontaires, retour du Kwango où ils avaient servi deux ans. Lorsque, vingt-quatre lunes auparavant, ils avaient été engagés, c’était la première fois qu’on leur parlait d’enrôlements de si longue durée avec la condition d'aller servir au loin.

Pourtant ils avaient fini par se décider. Mais quel désespoir chez les mères éplorées ! Sûrement elles ne les reverraient plus ! Ce blanc qui les emmenait, les conduisait à la mort ! Ou bien il les vendrait, ou bien il s’en servirait pour ses pratiques de sorcellerie !

Puis elles en avaient pris leur parti et, malgré les assurances qui leur étaient données à chaque occasion, elles demeuraient incrédules et pleuraient leurs fils perdus.

Et voici qu’un jour pourtant je les ramenais !..

Qui saurait dire l'explosion de joie délirante soulevant les villages ?

Autrement entourés par les habitants que beaucoup d’entre nous qui rentrent au foyer, nos licenciés passaient de mains en mains, et tous pleuraient et riaient à la fois.

Quel cœur n’eût débordé de larmes devant ces mères embrassant les genoux du blanc qui avait tenu sa parole, et grâce à qui ces primitifs connaissaient, pour la première fois, la joie du retour des aimés longtemps absents.

Et nous-mêmes, sentant que ce jour-là, ce cœur étroit des noirs venait de s’élargir pour abriter un amour maternel nouveau, plus grand, comparable aux sentiments de celles qui nous portèrent, nous-mêmes, dis-je, voulûmes manifester la part que nous prenions à la joie générale. Congé fut donné à tout mon monde ; perles, grelots, miroirs furent distribués généreusement; et nous oubliâmes notre souper, retenus au milieu des groupes qui dansèrent et se réjouirent toute la nuit.

Ces scènes sont aujourd’hui courantes dans le Congo tout entier ; le retour des contingents dont le terme est expiré est l’occasion de fêtes enthousiastes. Il faut voir arriver, par exemple, une canonnière ramenant des Bangalas ayant servi au loin. Depuis longtemps leur retour est connu et dès que les clameurs Sail oh ! ” Sail oh ! ” ont signalé le vapeur, des centaines de pirogues partent à toutes rames à sa rencontre et viennent acclamer les arrivants.

C’est à qui leur tendra la main, leur jettera quelque fruit, quelque morceau de poisson fumé ou d’antilope boucanée.

Les pirogues risquent de se faire couler pour lâcher d’aborder le steamer qui a dû ralentir, mais comment résister au plaisir d’enlever tout de suite l’être chéri et de devancer le débarquement du bateau !

Les marnas ” si vieilles, si ratatinées, sont venues dans les pirogues ; elles veulent leurs enfants tout de suite, pour les embrasser à pleine bouche ! Et devant ces museaux noirs qui se frottent et se lèchent, nos cœurs de blancs s’emplissent à la fois d’émotion et de tristesse...

Ah ! les noirs sont primitifs et par suite leurs instincts tiennent beaucoup de ceux des fauves !

Mais ils ont des cœurs d’homme et c’est notre tâche à nous, civilisés de toutes catégories, d’aller guider leur évolution et leur donner le bon exemple.

Ces traits d’attachement filial et maternel existent d’autant plus nombreux que l’influence du blanc est plus forte, et que, grâce à sa présence, une plus grande sécurité est venue aux noirs. Là où ces malheureux sont encore entièrement abandonnés à eux-mêmes, où l’homme n’est qu’un gibier de plus dans la forêt, le sentiment maternel est parfois moindre que celui des femelles d’animaux.

En août 1892 j’étais en reconnaissance dans la Boussira, branche supérieure du Mowindou (Rouki).

Attaqués par les indigènes de N’kila malgré nos efforts pour nouer des relations amicales, nous avions dû débarquer et engager le combat. Plusieurs prisonniers restèrent entre nos mains, dont deux femmes, l’une déjà vieille, l’autre, jeune encore, ayant un enfant à la mamelle.

Elles déclarèrent que les indigènes avaient cru pouvoir nous enlever, parce que notre vapeur était bien petit.

Je fis apporter des perles, des étoffes, des miroirs, et les remit aux prisonniers afin qu’ils s’en retournassent librement dire aux leurs que j’étais toujours prêt à conclure amitié, que je gardais la femme avec son enfant, mais pour la remettre immédiatement sans condition si les chefs acceptaient de venir me voir. Les prisonniers s’en allèrent, assurant que toute la population de N’kila n’allait pas manquer de venir nous acclamer.

Les voyant s’éloigner la femme qui nous restait, arrachant son enfant de son sein, se jeta devant moi ; «Prends mon enfant, disait-elle, fais-en ce que tu veux, mais laisse-moi partir. »

Une bête des forêts eut défendu ses petits; cette sauvagesse, par l’état de barbarie de sa race, avait moins de cœur et de courage.

Nous attendions la réponse à nos avances.

On nous cria textuellement : « Allez à la mort, vous et la femme que vous avez gardée ! »

Malgré tout je fis connaître à ces enragés que la femme et son enfant allaient leur être rendus, et que peut-être alors ils croiraient à nos bonnes intentions. Peine perdue. A peine la femme était-elle entre leurs mains que de nouveau nous étions assaillis.

Le monde civilisé ne se doit-il pas à ces populations arriérées qui ont besoin, avant tout, de sécurité. En la leur apportant, il leur révélera l’âme et l’humanité, à elles qui ne connaissent encore que l’instinct et la bête !

La présence des blancs a pour effet de réprimer la traite, et, en donnant plus de sécurité aux peuplades razziées elle diminue l’audace des razzieurs.

Elle oblige aussi certaines tribus à se moraliser.

Ainsi la facilité de se procurer des esclaves avait amené certains clans à faire de l’avortement presque une règle sociale. A Bolobo notamment, centre de commerçants conquérants très riches, on préférait ne faire de la femme esclave qu'une chair à plaisir et à travail, et maintenir la population par des achats d’esclaves chez les peuplades d’amont.

Seules les femmes libres avaient cliarge de ne pas laisser éteindre la race; les esclaves ne pouvaient enfanter.

La tribu restait ainsi plus mobile.

L’avortement paraît se pratiquer partout; je n’ai pu savoir par qui ni comment. Il est fort probable qu’il est le fait des féticheurs, et qu’on recourt à la vertu de plantes abortives.

On a recueilli des aiguilles employées pour ces manœuvres coupables.

j’eus l’occasion de constater un avortement près de Loukoungou, un autre à l’Equateur, et d’intervenir, en 1892, dans une affaire vraiment monstrueuse.

J’ai dit précédemment qu’à l’Equateur les femmes se louaient pour un temps plus ou moins long.

Un travailleur d’une mission protestante était sur le point de finir son terme d’engagement et de toucher de ce chef une somme assez forte.

Une femme du voisinage vint le circonvenir et obtenir qu’il la louât à son propriétaire.

Cette/emme était enceinte. Après deux mois environ de cohabitation, elle avorta brusquement, devint gravement malade et mourut.

Le propriétaire de la malheureuse et les siens s’emparèrent de l’homme de la mission, l’accusant d’avoir fait avorter la morte, et exigeant pour ce méfait tout son argent, après quoi il serait vendu.

L’accusé put heureusement recourir à moi et l’affaire fut instruite : c’était le maître de la femme lui-même qui avait fait avorter celle-ci, comptant en accuser l’autre et lui extorquer ainsi le salaire qu’il allait toucher. La femme étant morte, ce qui était pour son propriétaire une perte sensible, ce dernier n’avait rien trouvé de mieux, pour compenser cette perte, que d’amarrer le pauvre diable de la mission afin de le dépouiller, puis de le vendre. Il aurait fait un bénéfice !

L’affaire eut de tout autres suites.

Dans les enterrements les femmes jouent ici encore le rôle de pleureuses, et selon l’importance du mort un nombre plus ou moins grand de femmes esclaves sont sacrifiées et jetées dans la tombe.

Voici ce que dit Coquilhat, narrant l’enterrement du vieux Soka-Toungi, le roi fou des Wangata du bord de l’eau :

« Aussitôt une procession de ses femmes s’organise ; elles se sont dépouillées de leurs courts vêtements et y ont substitué quelques morceaux de feuilles de bananier, disposés de bizarre façon. Elles portent les objets ayant appartenu au défunt, bouteilles, gobelets, baguettes de laiton, et parcourent le village dans un va-et-vient continuel, accompagnant leurs chants plaintifs de déhanchements lascivement cadencés

» Pendant ce temps, les principaux du village s’emparent de la poudre du défunt, chargent leurs fusils et commencent une pétarade décousue et

prolongée. Le soir tous les gongs et les tambours sont réunis près de l’habitation du mort. On chante, on danse, on tire jusque bien avant dans la nuit

» Ge n’est que la préface du drame. En effet, nous apprenons que la famille en deuil achète dans les districts voisins des esclaves mâles pour les sacrifier. Six des femmes du défunt doivent compléter l’hécatombe. Van Gèle, très ému, fait de vives remontrances au sujet de ces préparatifs d’exécution. Elles sont accueillies avec le plus grand étonnement.

» — Chez vous où les chefs sont bien plus riches que les nôtres, vous devez certainement tuer beaucoup d'esclaves.

» Telle est la réponse de ces inconscients.

» Peut-il être question d'employer la force pour empêcher, quelques mois à peine après notre arrivée dans le pays, l'application de ces rites sanglantes qui constituent l’unique religion de ces peuples ignorants?

» Avec nos cinquante fusils à tir rapide nous aurions vite fait de disperser les quelques centaines d’habitants qui prennent part à la fête. Mais toute la contrée s’insurgerait contre nous et prendrait fait et cause pour ses coreligionnaires contre l’étranger sacrilège.

» En admettant que nous puissions vaincre cette confédération et nous procurer des vivres, le maximum de résultat obtenu serait l’abandon des villages situés dans nos environs et l’installation des fuyards à plusieurs lieues dans la forêt protectrice, où, sans aucun doute, ils reprendraient, hors d’atteinte, la pratique de leurs coutumes féroces,

» Dès lors, isolés de toute population, nous perdrions toute chance de gagner petit à petit de l’influence sur les mœurs des indigènes.

» Quelque horreur que nous inspire l'usage barbare des sacrifices humains, nous ne nous croyons pas en droit de compromettre l’avenir de notre œuvre par une pression intempestive; mais nous témoignons hautement notre répulsion. »

Van Gèle et Coquilhat sont obligés d’assister aux exécutions ; ils veulent se rendre compte de visu de la réalité des descriptions qui ont été faites à ce sujet et être à même d’avertir en toute certitude le monde civilisé de ces horreurs.

Chacun a frémi au récit émouvant de Coquilhat, montrant dans le cadre admirable de la végétation équatoriale, sous le joyeux soleil, les horribles apprêts du sacrifice avec les processions dansantes de femmes, le bourreau qui s’avance précédé de son épouse, la décollation, la ruade du peuple sur les corps décapités d’où le sang jaillit en fontaine

« A l’occasion de la mise en bière une femme est décapitée. Elle n’a pas, paraît-il, accepté son sort avec résignation; la scène a été d'autant plus atroce ; on n’a pas même respecté son sexe.

» L’enterrement définitif du chef a lieu dans la matinée suivante, en un coin mystérieux de forêt. Quatre victimes, toutes du sexe féminin, ont été étranglées sur la tombe; c’étaient une enfant de 4 ans, une fillette de 12 ans, une jeune fille, et une femme d’âge mûr. Leur tristesse était navrante, mais elles n’essayèrent aucun mouvement de révolte, dit Van Gèle, qui a vu accidentellement faire leur toilette. Ces malheureuses, une fois mortes, ont été jetées dans la fosse et, avec des étoffes, des fils de laiton et d’autres richesses, elles ont servi de litière au cercueil.

» Les massacres ne sont pas terminés. Un jour supplémentaire est consacré à un simulacre de guerre; tous les Wangata exécutent une danse de combat, puis se jettent sur l’ennemi, lequel est figuré par une femme. Mais la fête n’a pas présenté tout l’intérêt qu’elle aurait pu comporter, car la victime n’a pas usé de son droit d’essayer de fuir. Il n’y a pas eu de “chasse”; elle s’est laissé larder de coups de sagaies, sans faire un mouvement. Enfin, pour clore la série, une dernière femme a eu la tête tranchée.

» Il y avait eu neuf victimes pour un chef décédé! Quelle cause de dépopulation!

» Quand les indigènes se furent convaincus de la réalité de notre répulsion pour les sacrifices, ils nous prirent en pitié. Mais secrètement des femmes dirent à Van Gèle : “ Ma-bi ” — C’est mal. »

Tout ceci se passait à la fin de i883.

De même qu’alors Van Gèle et Coquilhat avertissaient le monde civilisé de ces horreurs, nous avons le devoir de lui dire à notre tour, comment aujourd’hui ces scènes horribles ont cessé partout au contact de nos établissements, de nos missions. Certes, elles se passent toujours dans les régions encore soustraites à notre action, mais chaque jour ces régions se resserrent et plus nombreux sont les misérables qui apprennent où ils peuvent trouver refuge et sécurité.

J’assistai à de multiples enterrements de chefs à l’Équateur; j'y étais convié non plus pour voir des sacrifices, mais pour constater que cette horrible pratique a disparu de par notre action.

Je dirai le dernier enterrement auquel j’assistai avant mon départ de l’Équateur.

Le samedi 27 mai i8g3, dans l’après-dîner, le fils du vieux N’goulou, chef Wangata, se présentait avec deux poules et des œufs,

« — Mon père vient de mourir, dit-il. Il est mort parce qu’une de ses femmes, ayant été “ courtisanner ” chez les N’ganda, ne lui a pas remis l’argent touché par elle et dont il devait donner une part à ses fétiches. Ceux-ci se sont vengés en lui soufflant la mort. »

« — A quand l’enterrement?))

U — A demain matin. «

(c — Et le cercueil est déjà confectionné? 5)

« — Le père de N’goulou fut enterré sans cercueil. Mon père, à son tour, n’en doit pas avoir. Il sera enseveli dans des nattes et des étoffes, et nous te prions de venir par toi-même constater que nous ne sacrifions pas d'esclave sur sa tombe. »

Le lendemain dimanche, les proches de N’goulou vinrent me chercher dans la matinée. Le défunt habitait l’extrémité des villages à vingt minutes de la station. Là étaient réunis tous les chefs causant et riant à leur aise. Les femmes vaquaient à leurs occupations comme si de rien n’était.

Dans une case enfumée, le corps, enveloppé de quelques brasses d’étoffe, était gardé par de vieilles pleureuses.

Un brancard fait de deux longs bâtons fut disposé près de la case dont un pan abattu brusquement livra passage au funèbre colis. A son apparition femmes et enfants s’enfuirent en tous sens en poussant des cris d’alarme. En un clin d’œil, N’goulou, ficelé sur son brancard, était sur les épaules de deux vigoureux moricauds et emporté à toutes jambes.

Un seul coup de feu avait été tiré.

Derrière le corps couraient le fils, deux hommes libres, deux esclaves et deux femmes dont l’une presque nue; les femmes portant une douzaine de sacs enfumés remplis de “ mo’n’ganga ” (amulettes), une vieille hache, des sonnettes indigènes et une bouteille.

La course ne se ralentit qu’à la sortie du village, et à ma grande satisfaction.

Les chefs n’avaient pas suivi.

Seuls nous pénétrons sous bois; après vingt minutes, tantôt accrochés aux lianes, tantôt mordus par des légions de fourmis, nous atteignons le cimetière. Celui-ci ne se trahit par aucun indice. On me montre quelques tombes; je ne vois rien que la brousse inculte.

N’goulou est déposé sur le sol et nos gens déblaient un coin de terre et commencent la fosse. La femme nue ne fait que rire et plaisanter; elle parle avec une voix de fausset contrastant singulièrement avec l’ampleur de toutes ses formes.

Quand la fosse a 60 centimètres de profondeur, on y met trois morceaux de bois sur lesquels le vieux et brave N’goulou va s’allonger pour toujours.

Au moment où on enlève le brancard pour mettre le cadavre dans sa fosse, N’goulou, mal attaché, glisse et se trouve sens dessus dessous, ce qui fait rire les femmes. Enfin le défunt est étendu sur sa dernière couche; on y place ses fétiches, sa hache et la bouteille qu’une femme lui brise préalablement sur la tête. Puis la fosse est remplie de bois mort afin qu’il puisse se chauffer en route.

Et le fils qui me donne cette explication me montre le ciel et murmure ; “Djakomba”!

Un peu de terre encore, que toute. la bande piétine, puis une liane en long sur la fosse. C’est tout.

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