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LA FEMME ARABE

Gagnons vers le sud, vers l’Atlas, vers “El Areg”, la région des dunes.

C’est en deçà de cette barrière que nous allons trouver la femme arabe telle que l’Islamisme l’a faite, et sans qu’aucun contact extérieur ait encore pu l’influencer.

Ceux qui, les premiers, osèrent s’enfoncer dans l’intérieur pour reconnaître par eux-mêmes les choses que nous allons dire, ne le firent qu’au prix des plus grands dangers; plusieurs y laissèrent la vie.

De Lamothe a raconté comment ses compagnons et lui furent accueillis à Kairouan, la ville sacrée, à quelques 5o kilomètres à peine de la côte tunisienne.

(c Sur notre passage, dit ce voyageur, nous entendons des exclamations qu’il serait fort difficile, même avec une connaissance très imparfaite de la langue arabe, de prendre pour des compliments.

)) D’ailleurs, notre gavroche de guide algérien se fait un vrai plaisir de les

traduire à la femme de mon compagnon, dont la présence paraît exciter surtout la curiosité des Kairouani.

» — Couvre ta face effrontée! lui dit Fun,

» — Chiens, fils de chiens! nous appelle un autre.

» Un vieux fait mine de s'arracher son unique mèche de cheveux tressés, en s’écriant avec un désespoir d’un effet vraiment comique : «Me fallait-il donc vivre assez pour voir une infidèle non voilée souiller la ville sainte de sa présence! »

Le khalifa donna aux voyageurs l’explication de cette phrase.

La voyageuse était la première femme chrétienne qui se fût montrée sous son costume ordinaire dans les rues de Kairouan,

Jusqu’alors les dames — appartenant pour la plupart au corps consulaire — qui avaient voulu visiter la ville sainte, s’étaient déguisées en Mauresques.

Dans les premiers mois de 1881, deux anglaises, mistress Taylor, correspondante du Standard, et lady Bective ont pu à leur tour entrer à Kairouan en costumes européens.

Le précédent était créé.

Aujourd’hui le rail relie Kairouan à Sousse ; la ville sainte s’européannise !

Mais le rail n’a pas encore joint les grandes tentes, où va nous mener notre étude féminine.

Grâce à un intéressant travail de Louis Piesse, paru dans la Revue de l’Afrique française, nous allons voir la femme arabe de sa naissance à sa mort.

Ce sera souvent pas à pas, presque textuellement, que nous suivrons M. Piesse, dans ce que nous allons dire non de la femme musulmane en général, mais seulement de la femme arabe du nord de l’Afrique.

Commencement, milieu, fin de toute humanité ! Voyage tragique de l’utérus au sépulcre !

Chez nous, l’état civil a mission de tenir Fexact compte de ces événements majeurs de la vie.

En Afrique, nul besoin du genre n’a encore été ressenti.

Le mécanisme social est d’une simplicité primitive, parfois barbare.

On s’abandonne au Hasard, non pas comme à une force redoutable et mauvaise contre laquelle on ne pourrait lutter, mais parce qu’en leur instinct, ces peuples voient en lui comme l’organisateur suprême des incessants événements de notre existence ; et cet organisateur fatidique, tantôt favorable, tantôt funeste, on le sent équilibré ; et si j’osais, je dirais presque que les notions de la

Probabilité mathématique, cette Science du Hasard, les peuples primitifs les ont d’instinct : le calcul nous montre à nous que le Hasard n’est pas aveugle ; eux, dans l’application restreinte et hésitante de leur volonté, dans leur abandon aux ressources secrètes mais puissantes du Destin, sont d’accord avec toute notre Science.

C’est pourquoi l’Arabe accepte tout ce que lui réserve l’existence !

Lorsque lui naît un fils, il se réjouit sans restriction ; une fille est accueillie avec résignation. Pourtant les Arabes disent : “ Auprès de Dieu, maître du monde, une fille vaut un garçon. ”

Seulement, dans les douars de cette terre, le garçon est une augmentation de force de la tribu, qu’il ne quittera pas, dont il deviendra un des guerriers; tandis que la fille se mariera, et l’àge du mariage vient vite pour elle, et dès lors elle quittera famille, douar, tribu même pour suivre son mari, où qu’il aille.

Aussi pour un garçon on dit au père : “ Dieu a augmenté ton bien. ”

Pour une fille : “ Que tout soit heureux. ”

A ce dernier souhait, il arrive que le père réponde : “ Il m’est né une malédiction. '’

Il fait allusion, par ces mots, à ce que son futur beau-fils ne manquera pas de s’écrier plus tard : ‘ ‘ Fais ceci, fais cela, fille de un tel, que Dieu maudisse ! ”

Néanmoins, les fêtes de naissance sont les mêmes, qu’il s’agisse d’une fille ou d’un garçon ; car le Prophète a dit ; “ Filles et garçons sont des innocents, et la fête des anges doit être la même. ”

Naissance ei nnbilité. — Dès la naissance d’une fille, on lui met aux bras des talismans, pour la préserver des “ djenouns ”, qui sont les mauvais esprits.

Plus tard, les talismans se mettront au cou ; plus tard encore, l’enfant devenue grande, les talismans se porteront à la tête.

Laofête native prend place au septième jour après la naissance.

Parfois une femme distinguée du douar remplit vis-à-vis de la fillette le rôle de marraine et lui donne son nom.

Les noms de femmes arabes sont souvent des plus poétiques :

Aïcha, la vie ;

Djokar, la perle ;

Fatkina (nom de la fille du Prophète) ;

Khéroufa, l’agneau ;

Mcrycm, Marie ;

Nedjnia, l’étoile ;

Zohra, la fleur.

Les réjouissances comprennent des chants, des danses aux sons du “ guellal ” et de la flûte ; les guerriers font parler la poudre ; et l’on termine par un copieux festin où paraissent le mouton rôti, le kousskouss, les dattes, les raisins secs, le beurre, le lait...

Lorsque nous parlerons des peuplades congolaises, nous constaterons que la naissance d’une fille est préférée à celle d’un garçon, et nous verrons pourquoi ; qu'il nous suffise de signaler ici la curieuse divergence des opinions.

Tout en se montrant bonnes mères, les femmes arabes n’entourent pas leurs enfants d’autant de soins que les nôtres. Elles nourrissent elles-mêmes ; mais il arrive que les familles riches mettent leurs enfants en nourrice dans le Sahara. La classe moyenne ne recourt pas aux nourrices mercenaires : si la mère ne peut nourrir, c’est une parente, une amie, une voisine, qui, pour l’amour de Dieu, vient donner à têter à l’enfant.

On trouve le même usage au Congo.

La nourrice arabe reçoit le nom de “ seconde mère ” ; et, chose touchante, ce titre lui confère presque tous les droits de la mère utérine. Ainsi ses propres enfants sont frères et sœurs de lait du nourrisson, et le mariage entre ce dernier et sa nourrice, ou ses sœurs de lait, ou, si le nourrisson est une fille, avec ses frères de lait, est un inceste légal. (Piesse.)

Le berceau arabe est une corbeille suspendue à la traverse de la tente ; l’enfant y repose la nuit; le jour il est emmailloté et porté à califourchon sur le flanc maternel, maintenu dans le haïk, selon la constante coutume africaine. La femme vaque à tous ses travaux, son enfant sur le dos. Le moment du sevrage arrivé, la mère ou la nourrice se noircit le sein avec du charbon; le nourrisson se dégoûte ou s’effraie, et le sevrage est réalisé.

La durée de l’allaitement atteint jusqu’à deux ans ; vers les derniers mois on donne en même temps à l’enfant du lait de brebis, de vache ou de chamelle.

Ce dernier passe pour très fortifiant.

Dès qu’une fille est sevrée, on lui enseigne les soins de propreté et les ablutions complètes.

On lui perce les oreilles en. deux ou trois places; on maintient les trous

ouverts par des fils de soie ; plus tard seulement, quand elle sera adulte, on lui mettra des bijoux.

Tant que petiots, garçons et filles vivent de la même vie, se traînant sur les mains, se roulant dans la tente, apprenant vite à marcher, grandissant au milieu des chiens, des chèvres, des moutons, des chevaux et des bœufs.

On laisse la fillette courir pieds nus, en chemise.

C’est à qui la choiera, la dorlotera, trouvera bien tout ce qu’elle fait, tout ce qu’elle dit : “ Elle n’a pas de raison, laissez-lui sa liberté.”

C’est peut-être, dit Louis Piesse, le temps le plus heureux de sa vie.

On apprend à lire à très peu de jeunes filles et seulement dans les familles de Marabouts ou de savants renommés.

Dès que l’enfant peut parler, on lui apprend la prière, et tout d’abord celle qui prélude aux repas.

Plus tard l’enfant arrive à prier cinq fois par jour, comme les grandes personnes : au point du jour, à midi, à 3 heures, au crépuscule, au souper; chaque prière est précédée d’ablutions.

Quelle que soit sa classe, la jeune fille apprend à confectionner burnous, tentes, tapis, musettes et besaces pour les cavaliers ; dans les tentes pauvres, la jeune fille fait la cuisine.

A dix ans, les filles de grande tente sont voilées; les filles pauvres restent à visage découvert.

C’est vers cet âge aussi qu’on pratique le tatouage : aux poignets et aux jambes des dessins simulent de larges anneaux; au front, aux joues, au menton, ce sont des mouches ou des étoiles.

Le goût arabe adore ces dessins qui, prétend-on, font ressortir la blancheur de la peau.

Dans les tribus, l’opération du tatouage s’exécute d’ordinaire au j ouisolennel de la circoncision. Elle est faite par des artistes spéciaux et toujours en présence de la mère. On donne alors de grandes fêtes, et, si le père de l’enfant est riche, il fait tatouer à ses frais les filles pauvres.

On tatoue aussi les jeunes gens, et chaque tribu a, semble-t-il, sa marque particulière; c’est une sorte de cachet caractéristique ; un homme du Sud ou du Gharb peut mourir loin des siens, en pays étranger, on le reconnaîtra à son tatouage; sa tribu et sa famille seront prévenues.

Nous retrouverons chez les peuplades nègres de l’Afrique intertropicale la coutume du tatouage très développée, et nous en étudierons alors complètement les diverses significations.

Vers 14 à i5 ans, la jeune fille commence à observer le jeûne.

Elle ne mange avec son père et sa mère que s’il n’y a pas d’étranger.

Dans les fêtes et les cérémonies toujours .sa mère est à ses côtés.

On apprend aux filles la danse et la musique; pour les filles, l’unique instrument de musique est le “ bendir ”, sorte de tambour de basque, ou le “ touïba ” (tambourin).

De bonne heure, on rend la jeune fille coquette, et, bien que tous les enfants soient aimés, une jolie fille sera toujours la préférée.

Aux jours de fête on les farde de rouge, et on leur noircit les paupières au koheul (sulfure d’antimoine); enfin, les pieds et les mains sont teints au henné.

Durant qu’ainsi grandissent les filles arabes, les parents, pauvres comme riches, veillent jalousement à les conserver pures. Dans les grandes tentes surtout, elles n’entendent jamais de propos malséants.

La famille a tout intérêt à ce que la jeune fille reste pure jusqu’à son mariage, ainsi que nous le verrons tout à l’heure.

Dans les tribus, les filles riches, fiancées à 4 ou 5 ans, se marient vers l’âge de 10 à i5 ans; elles ont alors jeûné un ramadan ou deux, et doivent être assez

fortes pour s’occuper des devoirs de la tente, et assez grandes pour charger un chameau : ces conditions sont très expressément stipulées devant témoins.

Dans la classe pauvre le mariage est retardé.

Mais il ne faut point trop tarder, car une fille jolie, coquettement habillée et qui ne se marie point, est perdue de réputation.

Si une jeune fille devient par malheur enceinte avant son mariage, sa mère ou les femmes de ses frères ne manquent jamais de lui faire prendre des drogues, pour provoquer l’avortement; elles l’aident à cacher sa faute au père, qui pourrait la tuer.

Fiançailles et Mariage. — La jeune fille est donc arrivée à l’âge du mariage.

Les prétendants vont la rechercher et, pour répondre au vœu du poète musulman, ils choisiront pour compagne “ une femme grande, ni trop maigre ni trop grasse, les os bien couverts de chair ”.

Elle devra avoir :

« Les cheveux noirs comme les plumes de l’autruche mâle.

» Le front large; les sourcils fournis et arqués.

» Les yeux noirs comme la gazelle, s’allongeant vers les oreilles, semblables à une paire de pistolets chargés de poudre chaude et prêts à faire feu.

» Le nez droit et fin, les narines larges,

)) Les joues comme des bouquets de roses, la bouche étroite comme une bague.

)) Les dents comme des perles enchâssées dans du corail, les lèvres minces et vermeilles.

» Le cou blanc, long et fort à sa naissance, les épaules larges.

» La poitrine saillante, les seins durs et bien séparés.

)) Le ventre léger et bien arqué, les hanches larges et le nombril rentré.

« Les jambes et les bras bien dessinés, polis comme de l’argent mat.

)) Les mains et les pieds petits.

» L’haleine agréable, le sourire délicat.

)) Elle doit rire sobrement, ne pas marcher beaucoup, ne tracasser ni son mari, ni ses voisins, avoir la langue courte, rougir facilement, garder la maison et être de bon conseil.

)) Si tu rencontres cette femme, tu en deviendras fou. Si elle te quitte, tu en mourras. »

Quand un jeune Arabe a découvert pareil trésor, ou, pour mieux dire, trésor approchant, il envoie aux parents un de ses amis chargé de la demande en mariage.

Voient-ils le mariage d’un œil favorable, les parents s’accordent d’abord avec l’envoyé ; puis on mande le “ thaleb ” pour discuter légalement les clauses du contrat.

C’est devant le thaleb que se règle la dot à fournir par le mari, car, chez les Musulmans, le mari doit doter sa femme.

Cette dot varie suivant les circonstances.

En cas de répudiation, ainsi que nous le verrons plus loin, la dot doit être renouvelée par le mari.

C’est pourquoi les parents de la fille se réjouissent lorsqu’ils obtiennent pour celle-ci une dot considérable, espérant que l’importance du don empêchera le mari d’user de son droit de répudiation.

La femme ne reçoit de ses parents qu'un trousseau en rapport avec la situation de la famille.

Nous verrons, lorsque nous parlerons du Congo, que, pour les unions analogues au mariage, le mari remet au père de sa femme un douaire que ce

père doit restituer en cas de divorce, et nous éluciderons les motifs de celte opposition de coutumes.

Dans certaines tribus arabes, le mari s’engage quelquefois :

— A ne pas séparer sa femme de ses parents ;

— A ne jamais la frapper ;

— A ne pas épouser d’autres femmes de son vivant.

Toute infraction à ces engagements entraîne de droit le divorce.

Dans la région qui nous occupe et qu’on appelle improprement parfois le désert, le mariage est aussi un moyen d’alliance entre familles riches, puissantes et considérées.

C’est alors le père du jeune homme et cinq ou six de ses parents et amis, montés sur leurs plus beaux chevaux, vêtus de leurs plus riches atours, qui se rendent chez le chef de la tribu où vit la jeune fille.

Ils reçoivent l’habituel et hospitalier accueil.

“ Quel motif vous amène ? ”

“ Nous sommes venus contracter des alliances, nous unir pour les mauvais jours, hériter les uns des autres, et faire que nos tentes ne soient plus qu'une. En un mot, nous voulons pour mon fils une des filles de ta tribu, et nous te prions de faire réussir ce projet. »

Ainsi parle-t-on

Des présents sont offerts en même temps.

Ne sont-ils pas acceptés ? c’est que l’alliance ne peut se faire; le cheik se borne à répondre ; “ C’est une chose dans laquelle je ne veux pas entrer. "Tout est dit.

Si, au contraire, l’alliance est possible, il leur promet appui, et, sur le livre de Sidi Abdallah, il jure de faire réussir le projet.

On remonte à cheval pour se rendre chez le père de la jeune hile.

Le moment opportun venu, le cheik prend à part les parents et leur dit :

(c Ces gens ont couché hier chez moi ; ils sont venus pour contracter alliance avec nous. Ce sont des hommes de grande tente, renommés pour leur hospitalité ; ils savent manier le fusil et faire parler la poudre; ils appartiennent à une tribu puissante. Il faut nous les attacher en prévision des mauvais jours. «

D’habitude le père répond :

« Fais ce que tu voudras de ma fille. Tu es son père, son oncle, son “oukil”; son sort est entre tes mains. »

— « Tu as raison, reprend le cheik, c’est ma hile. Si la tente de ceux qui la demandent ne m’avait pas plu, je ne te les aurais pas proposés. Sois tranquille, ta hile n'ira point chercher l’eau et le bois, elle ne moudra point le blé. Elle aura son “ djahafa”, son nègre, sa négresse; elle sera considérée, jouira d’une large existence, aura des parures et des bijoux. Ces gens-là sont riches : demande-leur tout ce que tu voudras, nous leur mangerons beaucoup d’argent, sois tranquille ! »

— « Fais ce que tu voudras! » répond le père.

Le cheik revient alors à ses hôtes, en les engageant à se représenter dans sept ou huit jours.

Eux, pourtant, ne reviendront pas eux-mêmes; ils enverront leurs Marabouts.

Et les pourparlers recommenceront sans aboutir encore.

Alors viendront la mère du jeune homme, ses sœurs, trois ou quatre femmes, ahn de presser la conclusion de l’alliance.

Enfin, le cheik dit au père de la jeune hile : « N’en voilà-t-il pas assez? Tous les jours, ces gens-là sont chez nous; pour eux nous tuons des moutons, nous leur donnons du kousskouss, nous épuisons notre beurre, leurs chevaux mangent notre orge, ils nous ruinent. Ce qu'il y a de mieux à faire, c’est de

leur donner cette fille. Jamais elle ne montera à cheval, jamais elle ne prendra le fusil; ce n’est qu’une femme, donnons-la pour nous faire des amis.

Le consentement enfin obtenu, le cheik renvoie les femmes en leur disant :

« Vous avez notre dernier mot; retournez chez vous et soyez ici dans deux ou trois jours. »

Pour ces nouvelles visites, le Cadi accompagne le père et la mère du futur, ainsi que des cavaliers et des femmes.

Les conditions de la dot sont remises en discussion entre les deux pères de famille.

Une fois ces conditions débattues, on convient, par exemple, que le père du jeune homme donnera à celui de la jeune fille : cent douros, trois chameaux, cinquante moutons, un fusil monté en argent, deux paires d’anneaux de cheville en argent, pour la mère et la fille, deux paires de bracelets, deux^‘ bezima” ou boucles de haïk, une ceinture en soie, du corail, des boucles d'oreilles, un collier, un miroir, des étoffes, des peaux, etc.

Pas de contrat de mariage, mais la dot doit être fournie avant que la femme puisse être emmenée.

Le Cadi lit le “fatah ” aux assistants. Après quoi, cris de joie, coups de feu, distribution d’argent par le père de la future.

Telles sont les premières cérémonies des fiançailles. Somme toute, elles ont assez de rapports avec ce qui se passe chez nous, et nous retrouverons, d’autre part, au Congo, dans la région des cataractes inférieures, une partie des atermoiements qui ont caractérisé jusqu’ici les fiançailles-alliances chez les Arabes du nord de l’Afrique.

Huit ou dix jours se passent. Vient la nuit du Henna

Les mères, les sœurs, les parentes du futur se rendent, en musique, chez la fiancée, pour lui teindre en grande cérémonie les pieds et les mains, qu’on rougit au henné.

Avec une sorte de pâte au henné, on fixe sur son front une bague, sur chaque pied une pièce d’argent, dans les mains un sultani d’or.

Par cette étrange cérémonie, on espère que l’amour qu’inspirera la jeune femme sera fort comme l’amour de l’argent et de For, qui est si grand sur cette terre.

La cérémonie du “henna” se passe en l’appartement des femmes ; on mange des pâtisseries et l’on fait de la musique.

Au dehors fantasia et coups de fusil.

La nuit du “ henna ” achevée, le futur termine ses préparatifs et l’on fixe le jour où il ira chercher sa femme.

Au jour dit, à cheval, ayant, dans son escorte, de trente à quarante femmes à dos de chameaux, il gagne la tribu de la jeune fille.

La marche est une incessante fantasia.

Aux détonations qui annoncent son arrivée l’autre tribu monte à son tour à cheval et se porte à la rencontre de ses hôtes.

Le deux cortèges se confondent.

A la nuit tombante on se partage les étrangers.

Détail piquant : les femmes sont placées à part et surveillées par des nègres.

La fête et le tapage se prolongent.

Seul le futur n’y participe pas ; par respect et déférence pour son père, il s’est retiré à l’écart.

Le lendemain au “ fedjeur ” (point du jour), après la première prière, les parents des deux partis, assistés des cheiks, comptent la dot.

Le père de la future installe lui-même sa fille dans un atatouch palanquin fermé placé à dos de chameau ; il lui offre les bijoux d’adieu.

Elle part, accompagnée de sa mère et de ses sœurs.

Pendant la route, simulacre de guerre-: les guerriers de la tribu de la jeune fille poursuivent ceux qui l’emmènent, et la poudre, parle plus que jamais :

Vient le moment de la séparation ; le cortège s’arrête et l’on fait cercle autour des Marabouts, pour écouter les souhaits sacramentels :

(c Dieu fasse que votre visage rougisse de joie ? Vous êtes frères aujourd’hui, qu’il n’y ait plus que le bien entre vous ! Bannissez les vols, les représailles, et tenez-vous prêts à vous secourir mutuellement, de jour comme de nuit. «

Cette formule rappelle celle qui, dans l’Afrique centrale, accompagne les cérémonies de l’échange du sang, chez les peuplades fétichistes : c’est qu’en effet, dans les deux cas, il y a eu alliance.

Enfin l’on se sépare.

Tel est le “ Nhar el Refoudé ” le jour de l’enlèvement, ainsi qu’il se pratique dans les tentes.

Ce n’est plus aujourd’hui qu’un simulacre, dernier vestige de l’ancienne coutume du rapt. Jadis, et peut-être cela existe-t-il encore aujourd'hui en d’autres points de notre globe, le rapt était de règle chez de nombreuses peuplades; tout homme qui voulait une femme, devait s’en procurer une, par force ou par ruse, dans une tribu voisine ; il fallait ainsi faire preuve de courage et d’audace pour fonder une famille. Et telle était la force de cette coutume, aujourd’hui

abolie, que le simulacre garde encore de l’importance et qu’un époux se couvrirait de ridicule s’il ne paraissait pas avoir enlevé sa compagne.

Dans les villes le cérémonial est quelque peu différent.

Le futur envoie également des présents à la famille de la jeune fille, à sa fiancée, et en surplus de la dot stipulée, il fait remettre des vêtements et des bijoux.

De son côté, le père de la future se pique d’honneur et fait à sa fille des présents de valeur égale à ceux qu’elle vient de recevoir,

La dot ayant été comptée, la mère et les sœurs du jeune homme, leurs parents et leurs amis, vont chercher la jeune fille chez son frère et l’amènent en grande pompe dans sa nouvelle demeure.

Drapés en de longs vêtements, portant des lanternes multicolores, les assistants forment une longue procession que ferment les hautbois et les tambourins, obsédant de leur éternelle et courte phrase aigrelette.

Au milieu, dans une cage d’osier, à dos de mulet, la jeune femme, que l’on mène ainsi à son mari, selon la juste expression de Picard, en jeune volaille grasse.

Ainsi que nos processions d’Europe, ce cortège nuptial va lentement, en détours compliqués, afin de montrer sa pompe; des décharges de mousqueterie pétaradent.

De son côté, à l’heure de 1’ '' eucha ” (8 à g heures du soir), quand est dite la dernière prière de la journée, le mari revient à la maison, accompagné également d’un brillant cortège de musiciens et d’amis tirant des coups de fusil.

A l’entrée de l’appartement de sa femme, il trouve, de chaque côté du rideau qui le ferme, deux femmes appelées “ ouzirat”, qui l’arrêtent pour lui faire les recommandations de circonstance : « Allons, un tel, agis avec pru- » dence, c’est une enfant : ménage-la. Mais à quoi bon te dire tout cela? » N’es-tu pas d’une bonne famille et ne sais-tu pas te conduire ? Allons, entre » maintenant.

Et à la femme, avant de se retirer : a Vas Aïcha, ou Atouma, ne crains » rien ; tu as affaire à un homme sage, sois lui soumise, ouvre lui ton âme ; » c’est ton mari. »

Et le mari dévoile sa femme ; il la voit pour la première fois, ne sachant d’elle encore que ce qu’en ont rapporté sa mère, ses sœurs, ses autres femmes.

Il a le droit de la répudier à l’instant.

Et il va la posséder sur des tapis, des nattes et des coussins, tandis qu’au dehors la musique, soudain vivement scandée, précipite le rythme langoureux sur lequel se réglait la marche, et, grivoise, excite le mari à l’assaut.

Autrefois, rappelle Picard à qui nous empruntons ce récit, autrefois en pays flamand, le ménétrier, à cheval sur la crête du toit conjugal, ne jouait-il pas du violon ?

Au dehors, la foule attend ; des fusées de rires accueillent des gaudrioles. Elle attend. Quoi ? Que le nouvel époux vienne, triomphant, exhiber sur le seuil le blanc pantalon de sa femme, maculé, à son honneur de vierge, d’arabesques pourprées.

« Célébrez le nom d’Allah, le Très-Haut ! »

La preuve du sang, exigée dans les villes et dans le Tell, ne l’est point toujours dans le Sahara, où, dit M. Piesse, le relâchement des mœurs rend les maris moins exigeants.

Mais, généralement, la femme qui n’a pas fourni la preuve du sang est immédiatement renvoyée, et le mari se fait rembourser par la famille la dot qu’il a donnée et toutes ses dépenses.

C’est là une offense mortelle et on y regarde souvent à deux fois pour en venir à cette extrémité. On tâche alors de diminuer la dot et de sauver les apparences.

Une coutume bizarre dispense de cette épreuve les filles nées le Vendredi (nar djemâa).

La preuve du sang, nous la retrouverons chez presque toutes les peuplades nègres passées à l’Islamisme. C’est ainsi qu’à Lagos, la riche ville nègre de l’embouchure du Dhioliba(Niger), elle est encore en usage, malgré la présence, déjà plus que cinquantenaire, des missionnaires catholiques et protestants.

Chez les peuplades noires purement fétichistes, la preuve du sang n’est pas demandée, du moins à notre connaissance. Bien plus, nous dirons, en temps et lieu, que chez beaucoup de ces peuplades la jeune fille a été préparée chirurgicalement, si nous osons employer ce terme, aux premières approches de l’homme; et même, chez les fétichistes, le fait d’avoir été mère est une raison pour être recherchée comme compagne.

Mais revenons aux tentes arabes.

Sept jours après le “ Nhar el refoude ”, arrive le “ Nhar el hazame ”, jour de la ceinture.

C’est de nouveau grande fête; outre amis et parents, on invite les pauvres.

Les femmes parent la mariée; en grande cérémonie lui mettent la ceinture qu’elle ne devra plus quitter

Dès ce moment, le mariage est consacré : l’épousée a passé avec son mari sept nuits consécutives.

Sept nuits si la femme est vierge; trois seulement dans le cas contraire.

Le Coran permet d’avoir quatre femmes légitimes; le Musulman qui a plusieurs femmes doit partager également ses nuits entre toutes; il ne peut faire un présent à l’une sans en faire également aux autres.

Le Prophète a dit : « Vous ne pouvez, malgré tous vos efforts, avoir un » amour égal pour toutes vos femmes ; mais ne faites jamais pencher la balance » d’aucun côté, laissez-la en suspens. »

Quelques chefs fort riches ont autant de ménages que de femmes.

Outre leurs quatre femmes légitimes, les grands chefs possèdent de nombreuses concubines, dont le chiffre atteint les centaines; on dit même les milliers, ce qui paraît peu vraisemblable.

C’est au milieu d’elles que leurs maîtres, ou du moins beaucoup d’entre eux, passent la plus grande partie de leur temps.

Quand on connaît l’ignorance et les pratiques des femmes musulmanes qui composent ces harems, on ne peut s’étonner si l’intelligence, la santé et l'énergie s’étiolent en leur société.

On n’épouse généralement pas quatre femmes la même année.

On les prend l’une après l’autre, à une année d’intervalle, par exemple.

Puis, quand on vieillit, on divorce, et on finit quelquefois, à 5o ou 6o ans, par épouser une enfant de i5 ans!

Iside fel aameur Ou isahac el beseur.

« Elle allonge l’existence et raffermit la vue. »

Mais les sages disent aussi : « Vieillard, n’épouse pas une jeune fille quand bien même ses dents seraient des perles et ses joues des bouquets de rose. Elle mangerait ton bien et t’ensevelirait dans une natte. «

Il est peut-être bon de rappeler ici, pour l’un ou l’autre lecteur, que les femmes dont nous nous occupons sont faites à i5 ans, qu’elles ne peuvent nullement être comparées à nos gamines de cet âge, mais sont, au contraire, les équivalents de nos femmes de 20 ans.

La plupart des Arabes, les pauvres surtout, se contentent d’une seule femme, pour éviter — disent-ils — les dépenses, les embarras, les jalousies et les querelles.

Ces monogames font terriblement travailler leur unique femme.

Celle-ci est vite défigurée par les misères de l’esclavage domestique.

On la voit, demi-vêtue de lambeaux noircis et déchirés, flétrie, ridée, haie tante, se courber vers la terre qu’elle cultive, supporter les plus durs travaux, plier sous des fardeaux énormes.

L’amour ne fait qu’effleurer de ses ailes le cœur de ces femmes, bientôt déshéritées de toute grâce et de toute jeunesse.

A i5 ans, leur beauté rayonne; à 20 ans, elle décline; bientôt elles ont perdu tous les charmes délicats; leurs formes robustes prennent cet aspect de virilité, présage d’une rapide décadence; enfin, â 3o ans, commence pour elles la décrépitude.

Nul Balzac arabe n’a jamais exalté, n’exaltera jamais la femme de 3o ans.

Et cependant, à travers les ravages prématurés de la servitude, il est facile de reconnaître chez les Bédouines et chez les Berbères les grands traits qui distinguent une race vigoureuse et belle. Des voyageurs dignes de foi rapportent y avoir vu de très jeunes filles dont les plus belles statues de la Grèce offriraient seules le modèle... (N. Cotte.)

En un chapitre spécial nous allons revenir plus longuement sur la condition de la femme arabe après le mariage.

Disons encore ici que, les cérémonies du mariage terminées, la mère de la mariée reste environ un mois chez son gendre.

Elle s’en retourne alors chez elle, comblée de présents, et accompagnée d’une escorte de cavaliers.

Chez ces Arabes, la belle-mère n’est pas l’ennemi.

L’usage veut que sa fille, un mois ou deux écoulés, aille rendre visite à sa mère. Elle reçoit alors de son frère les mêmes présents que la mère avait reçu de son beau-fils.

La loi défend d’épouser sa belle-mère, sa bru, sa belle-sœur, et celle dont on a sucé le lait.

On ne peut non plus épouser une femme enceinte, si on n'est pas le père de l’enfant qu’elle porte dans son sein.

Après le mariage. — Les voyageurs écrivains qui nous racontent l’existence de la femme arabe ne s’accordent pas toujours entre eux.

Pour les uns, la vie des femmes musulmanes, sauf de rares exceptions, est faite d’abaissements. Dureté d’une part, de l’autre avilissement, insensibilité et dégradation, tel est le caractère général des rapports de l’homme avec la femme dans la société musulmane, où la plupart des maris ne régnent que par la grâce du bâton.

Ces voyageurs disent encore que, dans les villes, les femmes riches passent leur vie au fond de chambres humides et obscures, n’ayant d’autre souci que de se parer, de manger et de dormir. Toute culture intellectuelle leur est refusée.

L’amour maternel même ne viendrait pas illuminer ces âmes flétries ; dans leurs fils elles ne pourraient voir que des maîtres â servir, dans leurs filles que des victimes â engraisser pour le sacrifice. Le mieux pour elles serait de vivre sans penser; elles s’accoutumeraient d’ailleurs de bonne heure â végéter dans l’engourdissement du cœur et de l’esprit.

Celui qui les voit, écritM. Cotte, et qui s’apitoie sur leur sort, souffre plus en les contemplant qu’elles ne souffrent elles-mêmes dans toute leur vie, du sein de leur mère jusqu’au sein de la terre, où elles entrent sans avoir vécu, s’il est vrai que l’amour soit toute l’existence de la femme. La poésie s'enfuit â tire d’aile quand on pénètre dans la vie intérieure des femmes musulmanes. Si l’on veut reconnaître en elles ces êtres charmants que notre imagination a pu souvent rêver, il faut les voir avec les yeux de l’artiste, et encore dans un

lointain favorable, enveloppées dans les voiles qu’elles savent rouler autour d’elles avec tant de grâce.

D’autres voyageurs ont vu et nous présentent la femme arabe sous un autre aspect.

Parmi eux Louis Piesse paraît être un des mieux documenté.

C’est surtout dans ses écrits que nous allons puiser ce qui suit à propos de la femme des douars.

La femme arabe est bonne; elle aime son mari, ses enfants, sa famille; elle est charitable et, un jour par semaine, le vendredi, elle se consacre aux bonnes œuvres.

Sa conversation est agréable ; et dans les fêtes qu’elle égaie de ses chants, la femme arabe est charmante.

Elle a la direction des enfants, des troupeaux, du commerce.

Un homme ne donne pas une livre de beurre sans consulter sa femme; il ne se met pas en voyage, n’achète ou ne vend un cheval sans son avis.

Cette influence s’exerce surtout quand, au milieu des dissensions intestines qui divisent sans cesse les Arabes, il faut choisir son parti.

Il est sans exemple qu’une femme, dans ces circonstances, ait failli : ce serait pour elle une honte éternelle et la vie lui deviendrait impossible.

Non seulement elle pèse sur la détermination des enfants et du mari, mais souvent, dans les attaques dirigées contre la tribu, on l’a vue, courageuse, charger les armes des guerriers et même faire feu sur l’ennemi.

Aussi les femmes sont-elles, en temps de guerre, l’objet d’un culte respectueux, et on rougirait de les tuer ou de les dépouiller après lè combat.

Dans les grandes tentes surtout elles sont l’âme de la famille : elles inspirent les décisions de leurs maris qui les consultent toujours; et si elles intercèdent pour un prisonnier ou pour un misérable, il est rare qu’elles n’obtiennent pas sa grâce.

En parlant des femmes du Congo, nous verrons qu’elles accompagnent parfois les guerriers, mais que contrairement aux idées arabes, les femmes sont de bonne et précieuse prise, et qu’en temps de guerre, elles sont un objet de convoitise pour l’ennemi.

La femme arabe va prier dans les mosquées, aux heures qui lui sont réservées et pendant lesquelles les hommes n’y ont pas accès.

Aux enterrements, les femmes et les enfants poussent des cris de désespoir qui s’unissent aux lamentations des pleureuses à gages.

Les parentes du défunt montrent leur douleur en se couvrant le corps de vêtements sordides, en se noircissant la figure et les mains, en se déchirant le visage avec les ongles et en criant : « Ah! tu nous a abandonnées! Notre tente est perdue! Tu nous a laissées entre les mains de l’ennemi! » Les femmes s’embrassent avant de commencer ces chants funèbres.

Leur deuil dure quarante jours. Pendant ce temps, elles sont habillées de bleu ou de noir; elles ont ôté leurs bijoux pour les remplacer par des morceaux de cuir; pendant le deuil elles s’abstiennent d’aller au bain.

En temps ordinaire, elles visitent souvent les cimetières pour pleurer sur la tombe des morts chéris; elles y laissent fréquemment des aumônes en nature.

L’emploi de la journée diffère naturellement suivant les conditions.

Chez les riches les femmes ne se livrent à aucun travail; souvent elles vivent dans des tentes séparées, entourées d’esclaves et de servantes ; elles se couvrent de bijoux, de vêtements somptueux.

Elles prennent leurs repas en commun, mais ne mangent pas avec leurs maris.

Tel le sort des femmes riches.

Habituellement la femme des douars travaille beaucoup. C’est elle qui tisse l’étoffe de la tente, les sacs, les bâts de chameau, les couvertures de cheval, les lits, les coussins, les musettes, les filets, les cordes, etc.

Elle tanne les peaux de chèvres, de moutons, d’antilopes...

Quelquefois elle garde les troupeaux aux pâturages.

Elle va au bois, â l’eau, à l’herbe; elle soigne les chevaux, les selle, les desselle, les entrave; charge et décharge les bêtes de somme lorsqu’on change de campement ; le mari n’a qu’â monter â cheval, la femme le suiQâ pied.

Toutefois le mari ne peut la forcer â l’accompagner dans un voyage de plus de trois journées.

Nous avons dit précédemment combien les Arabes font travailler leurs femmes; nous n’y reviendrons pas.

A ces caractéristiques de l’existence des femmes arabes, Louis Piesse ajoute des détails qui paraissent contredire ce qu’il a rapporté en premier lieu.

(c Mariées ou non — écrit-il — riches ou pauvres, les femmes arabes, quel que soit leur rang, sont tellement libres dans leur langage, tellement cyniques dans leurs gestes, qu’elles effraieraient un amour tant soit peu délicat. Leurs conversations ne roulent que sur les toilettes ou les plaisirs physiques, qui sont l’affaire unique de leur vie. «

Celui qui parle ainsi venait cependant de nous dire que les femmes arabes ont une conversation agréable.

Il continue :

« Elles sont rusées; car, si elles aiment le fruit défend a, elles savent qu’une infidélité peut leur coûter la vie, et que la femme qui se conduit bien n’est jamais battue. Extraordinaires sont leur astuce et leur présence d’esprit, et c’est â qui d’entre elles inventera le meilleur tour pour tromper son mari. )>

Juste retour de la polygamie, là comme partout.

« Mariée de bonne heure, à 3o ans leur règne est fini et on ne leur conserve aucun égard.

» Aussi elles ne s’occupent plus alors que de faciliter ces amours auxquelles il leur faut renoncer. Cette conduite, on l’imagine aisément, provoque de nombreux drames dont le plus commun est l’avortement.

)) Les femmes se détestent entre elles; leurs querelles font de la maison un enfer; elles se jouent réciproquement tous les tours imaginables. »

Il y a pourtant un cas où les femmes se rendent solidaires, même quand elles sont jalouses : c’est le cas d’adultère qui jette les femmes dans de terribles dangers; en pareille occasion elles mettent une sorte de point d’honneur à ne pas se trahir entre elles.

Dans les douars les intrigues sont autrement périlleuses que dans les villes : duègnes, nègres, bergers, vieillards, en un mot tous les entremetteurs, sont en même temps autant d’espions.

Les lieux de rendez-vous sont, d’habitude, la fontaine ou les bois; des amis font le guet.

C’est surtout pendant les moments d’expédition, alors que les hommes sont au loin, que les amants peuvent se rencontrer.

Ces aventures sont toujours provoquées par un amour sincère et réel; les intrigues d'intérêt ne sont pas connues.

Les intermédiaires, évidemment, sont payés.

Lorsque, dans le désert, un jeune homme tombe amoureux d’une femme en puissance d’époux, il envoie à l’objet de sa flamme quelqu’entremetteur, nègre, matrone, berger, qui lui dira : « Un tel est un homme de bonne compagnie, il est généreux, brave, noble, hospitalier. Il sait rougir et garder un secret; il t’a vue et il t’aime; aime-le en notre considération. »

A quoi la femme répond généralement : « Je ne vais ni au bois, ni à l’eau; il ne peut venir me voir; ma tente est pleine de monde et si on l'y trouvait ce serait la mort pour nous deux; j'en suis fâchée, c’est impossible. »

— « Qu’importe tout cela ? Laisse-lui seulement connaître que tu le voudrais voir, et Dieu vous fournira une occasion Nous sommes venus te prier, ne nous attriste point par un refus. «

— « Allons, à cause de vous je serai sa sœur. Prenez ceci pour vous acheter des chaussures ou une “ chéchia ” et portez-lui ce médaillon, ou ce bracelet. Quand mon mari s’absentera pour une razzia ou un voyage, je ferai prévenir celui qui vous envoie. »

Le messager porte la bonne nouvelle, ce qui, comme chez nous, rend l’amoureux généreux.

Il arrive aussi qu’une femme fasse connaître à quelque beau guerrier qu’elle l’a remarqué.

Elle lui envoie une boucle de ses cheveux ou son collier.

Le collier n’est qu’un gage; on le remet au premier reiidez-vous.

La boucle de cheveux est pour l’aimé; il la fait aussitôt monter dans un bijou d’argent et de corail qui ne le quitte plus : aux réunions, aux fêtes, au

combat, il le porte attaché à la cordelette de poils de chameaux qui retient la coiffure.

Chez ces peuples aventureux, dont la force et la bravoure sont la sauvegarde, les femmes se décident presque toujours pour celui qui se montre le plus brave, le plus généieux.

Aussi, dans les fêtes, fait-on devant elles des folies incroyables.

Celui-ci comble les musiciens d’argent tout en regardant sa maîtresse; cet autre se présente hardiment monté sur un cheval d’armes aussi beau que fougueux; ce troisième attire les regards par le faste de ses vêtements et surtout de ses armes.

Quand l’entente est conclue, que de précautions, que de ruses pour faire pénétrer l’amant dans la tente de l’aimée !

Seule, une draperie sépare le côté hommes du côté femmes.

A la nuit tombante, ou bien dès que le mari ferme les yeux, la femme va près des chiens afin d’éviter qu’ils donnent l’éveil; l’amant arrive; le dissimulant sous son haïk, la femme l’introduit et le cache derrière les sacs, sous les harnais, jusqu’à l'instant si impatiemment attendu.

Si le mari vient à s’éveiller, ce peut être un combat à mort.

Car celui qui trouve sa femme avec un homme dans sa maison a le droit de les tuer tous deux.

Quand il ne se fait pas justice lui-même et qu’il en réfère aux tribunaux, l’impunité est presque toujours assurée aux coupables, car il faut que le fait soit affirmé par plusieurs témoins bien famés, auquel cas, si le coupable est marié lui-même, la loi le condamne à être lapidé; s’il n’est pas marié, à recevoir quatre-vingts coups de fouet entre les épaules. Une veuve prise en flagrant délit est condamnée au supplice des étrivières. Telle est la loi civile et religieuse, mais il faut convenir, dit L. Piesse, qu’elle n’est presque jamais appliquée.

C’est que, là aussi, il est des maris de bonne composition, et qui, à dessein, font du bruit pour avertir leur... doublure qui s’enfuit aisément durant que le premier rôle feint de croire à la visite de quelque voleur.

En revanche, il est des Othello qui n’attendent que l’occasion propice pour tuer leur femme et assouvir sans danger leur jalousie.

Certains maris, philosophes à la façon deSganarelle, se contentent de battre comme plâtre la femme adultère.

Enfin la répudiation et le divorce permettent au mari de se débarrasser de l’infidèle,

Répudiation et Divorce. — Dieu a dit : « La répudiation est un acte réservé au mari, maître de rompre à son gré le lien conjugal.

« Un Musulman ne peut justifier cet acte, devant la religion et devant la loi, que par des motifs graves. Dieu maudit qui répudie sa femme par caprice. «

La répudiation et le divorce sont deux actes tendant au même résultat, la séparation des époux ; mais ces deux actes présentent dans leur accomplissement des différences considérables.

La répudiation entraîne, de la part du mari, un sacrifice d’argent.

On se rappellera ce que nous avons dit à propos des fiançailles ; en cas de répudiation, la dot doit être renouvelée par le mari.

Malgré les sages préceptes de la loi de Mahomet et l’obligation de renouveler la dot, la répudiation est très commune chez les Arabes, et tels chefs ont eu, pendant leur vie, douze à quinze femmes légitimes.

L’incompatibilité d’humeur, les querelles de ménage, la jalousie, les excès de la femme, sa vieillesse aussi, sont les causes les plus fréquentes de répudiation.

On peut distinguer deux sortes de répudiations : l’imparfaite et la parfaite.

Toutes deux s’opèrent par l’énoncé de certaines formules qu’il suffit de prononcer pour que la répudiation soit accomplie.

La répudiation imparfaite comprend deux cas.

Dans un mouvement de mauvaise humeur, même irréfléchi, un Arabe, s’adressant à sa femme, lui dit : «Je t’ai répudiée », ou bien : « Tu es un péché pour moi » : il y a répudiation simple. Si le mari dit : « Je t’ai répudiée sur le dernier dinar » : c’est la répudiation double.

Dans ce second cas, la femme doit se mettre en “ iddet ”. On entend par là le temps qu’une femme séparée de son mari doit passer dans la retraite avant qu’il soit statué sur son sort.

Dans ces deux cas, la répudiation est imparfaite, parce que la femme peut rester au domicile conjugal, qu’elle y a droit à son entretien, et que le mari peut la reprendre, soit en lui disant : « Je t’ai reprise, » soit en lui donnant un baiser.

La répudiation simple est donc une sorte de dispute conjugale, suivie de bouderie et de raccommodement.

La femme que la répudiation double a mise en iddet ” doit revêtir des vêtements de deuil, s’abstenir de toute parure, et l’usage des parfums et du henné lui est interdit.

Pendant l’iddet, le mari doit témoigner à sa femme les plus grands égards, bien qu’il puisse terminer par une répudiation définitive.

C’est que Dieu a dit : « Laissez aux femmes que vous avez répudiées un asile dans vos demeures, ne leur faites aucune violence et ne les logez pas à l’étroit. Accordez à celles qui sont enceintes tous les soins convenables pendant le temps de leur grossesse ; si elles allaitent vos enfants, donnez-leur une

récompense réglée avec équité et, si elles ne peuvent les allaiter, ayez recours à une nourrice. »

« Lorsque vous avez répudié une femme et que le temps de la renvoyer sera venu, traitez-la avec humanité et congédiez-la avec bienfaisance. Ne la retenez point par force, de peur de devenir prévaricateur. »

Si, après l’iddet, la femme n'est pas reprise par son mari, tous deux peuvent, chacun de son côté, contracter un nouveau mariage.

La répudiation parfaite est sanctionnée par certaines formes dont on l’entoure.

En présence d’un thaleb et de témoins, le mari dit à sa femme : « Je te quitte. »

Elle répond : « Je ne demande pas mieux. »

On dresse un acte et, trois mois après, la femme peut se remarier. Mais si le mari a dit : « Haram marti talok talaa seraa ala rekeubtek. » — Ma femme est un péché pour moi, je te répudie au troisième degré. — ou bien : « Rahi Allah idjaalek alia kef imma, ou Kheti elli redâak ana ou hia la redditek ! » — Que Dieu te rende aussi sacrée pour moi que ma mère ou que ma sœur nourrie du même lait que moi, jamais je ne te reprendrai ! — alors cette répudiation au troisième degré est définitive; la femme est tenue de passer son iddet dans un domicile à part ; les filles suivent leur mère, les fils restent avec leur père.

Pourtant le mari peut encore reprendre cette femme; mais, pour cela, il faudra que cette dernière ait conclu un nouveau mariage et qu’elle ait été répudiée par son nouveau mari.

L’Arabe qui veut répudier sa femme au troisième degré et néanmoins se conserver la faculté de la reprendre aisément, a recours à un artifice : il fait épouser la femme par un ami dont il se croit sûr, qui la respecte et la' répudie le lendemain de ses noces.

On voit que la répudiation se produit surtout de par la volonté du mari, considéré en quelque sorte comme maître absolu.

Quant au divorce, qui est également fréquent chez les Arabes, il présente un caractère tout autre.

Ici, au lieu de devoir doubler la dot, le mari rentre en possession de la dite dot; la femme doit se faire racheter.

Si les parents répondent de la dot, le mari leur renvoie leur fille; sinon, la femme s’engage devant le cadi à lui rendre ce qu'il a dépensé pour elle et si, dans un délai de quatre mois et dix jours, elle se remarie, c’est le nouvel époux qui rembourse la dot.

Ce procédé de dissolution du mariage peut être appliqué pour cause d’impuissance bien constatée et après un délai accordé au mari pour s’assurer si cette infirmité est ou non incurable.

Nous retrouvons pareille application du divorce chez les populations congolaises, en cas de stérilité de la femme; et, là aussi, le douaire payé au père de la femme devra être rendu au mari. Chez les Arabes le mari peut, selon les circonstances et si cela lui plaît, accorder le divorce et faire remise à la femme du prix de son rachat.

Il est, au surplus, toujours libre d’accepter ou de refuser; son consentement est nécessaire et doit être constaté par un acte juridique.

Mais une fois le divorce prononcé, le mari ne lui doit plus rien, ni pour sa nourriture, ni pour son entretien.

Le mariage peut encore être dissous pour cause d’adultère.

Il faut remarquer ici les difficultés dont le Prophète a entouré la preuve de l’adultère; il n’exige pas moins de quatre témoins, alors que deux suffisent pour tout autre crime.

A défaut de témoins, il exige du mari un serment dont la garantie pourrait devenir illusoire pour la femme si elle-même n’avait le même moyen de récuser l’accusation : « Ceux qui accuseront leurs femmes et qui n'auront d’autres témoins à produire qu’eux-mêmes jureront par quatre fois, devant Dieu, qu’ils disent la vérité, et une cinquième fois pour invoquer la malédiction de Dieu s’ils ont menti. »

« On n’infligera aucune peine à la femme si elle jure quatre fois devant Dieu que son mari a menti, et une cinquième fois en invoquant la colère de Dieu sur elle si ce que le mari a avancé est vrai. »

Ces serments se font devant le Cadi, qui prononce la dissolution du mariage et en dresse acte.

Lorsque l’adultère est prouvé, la punition est plus rigoureuse pour l’homme que pour la femme; le Prophète a pensé que, dans les péchés d’amour, c’est l’homme, plus hardi, plus rusé, qui induit la femme au crime : « La peine de la femme adultère, dit la loi musulmane, sera d’être lapidée; l’homme, s’il est marié, subira le même traitement et, dans le cas contraire, sera condamné à cent coups de fouet et au bannissement. »

La facilité des sépaîations permet donc aux hommes d’avoir, pendant leur existence, un grand nombre de femmes légitimes, ainsique nous l’avons d’ailleurs déjà dit; et, conséquemment, il est des femmes qui ont de nombreux époux.

Telles sont les particularités saillantes de Texistence des femmes arabes, existence passive et fataliste, dont le dénouement est aux mains d’AlJali.

Vient enfin cette heure dernière, la femme est morte : on lave immédiatement son corps à Feaii chaude; on en bouche toutes les ouvertures naturelles avec des boulettes de camphre et de safran, afin d’empêcher les vers d’y pénétrer.

Au Congo également on a recours à ce procédé, non contre les vers, mais pour empêcher le souffle du défunt de s’en aller.

La femme arabe est ensuite enveloppée d’un linceul parfumé de benjoin, d'eau de rose, ou de safran. Quand on possède de l’eau du ‘‘ Bir Zemzem ”, le puits sacré de la Mecque, on l’en arrose.

Les assistants, principalement les femmes et les enfants, poussent des cris de désespoir qui se mêlent aux gémissements des pleureuses à gages, celles-ci d’autant plus nombreuses que la défunte appartient à une plus grande famille.

Un thaleb lit le Coran et récite des prières sur le. cadavre.

Le lendemain, on porte le corps au cimetière; le mari assiste à l’enterrement car chaque pas que l’on fait en portant un mort au cimetière avance dans la voie qui conduit au paradis. ”

Les funérailles se terminent parun repas donné aux pauvres et l’on implore la bénédiction divine. (Louis Piesse.)

La Allah ill Allah!

Mohammed rossoîtl Allah!

« Il n’y a de Dieu que Dieu! Mahomet prophète de Dieu! »

Les courtisanes arabes. — Nous avons dit que de nombreuses intrigues amoureuses parvenaient à se nouer sous les tentes.

Guy de Maupassant nous montre, dans son vivant récit de voyage « Au Soleil », comment, sur la frontière du Sahara, dans les villes de garnison des cercles militaires il rencontra les courtisanes du désert, de la tribu des Ouled- Naïl.

C’était à Boghari, à cent kilomètres au sud d’Alger.

Les rues populeuses, écrivait-il, sont pleines d’Arabes couchés en travers des portes, en travers de la route, accroupis, causant à voix basse ou dormant.

Soudain une femme apparaît, dans l’encadrement d’une porte, avec une large coiffure qui semble d’origine assyrienne, surmontée d’un énorme diadème d’or.

Elle porte une longue robe rouge éclatante ; ses bras et ses chevilles sont cerclés de bracelets étincelants ; et sa figure, aux lignes droites, est tatouée d’étoiles bleues.

Puis en voici d’autres, beaucoup d’autres, avec la même coiffure monumentale.

La poitrine est noyée sous les colliers, les médailles, les lourds bijoux ; et deux fortes chainettes d’argent font tomber, jusqu’au bas-bas-ventre une grosse serrure de même métal, curieusement ciselée à jour et dont la clef pend au bout d’une autre chaîne.

Quelques-unes de ces filles n’ont encore que de minces bracelets. Ce sont des débutantes.

Les autres, les anciennes, exhibent parfois pour dix, quinze mille francs de bijoux.

On en voit dont le collier est formé de huit rangées de pièces de vingt francs.

Elles gardent ainsi leur fortune, leurs économies laborieusement gagnées.

Les anneaux de leurs chevilles sont en argent massif et d’un poids surprenant.

C’est que, dès qu’elles possèdent en pièces d’argent la valeur de deux à trois cents francs, elles les donnent à fondre aux bijoutiers mozabites, qui leur rendent alors ces anneaux ciselés, ou ces serrures symboliques.

Leurs diadèmes sont obtenus de la même façon.

Leur coiffure monumentale demande presque une journée de travail et absorbe une incroyable quantité d’huile. Aussi, ne se font-elles guère recoiffer que tous les mois, et prennent-elles un soin extrême à ne point compromettre, dans leurs amours, ce haut et savant édifice de cheveux qui répand, en peu de temps, une intolérable odeur rance.

Le soir, on va les voir danser au café maure.

Dans la nuit brûlante, criblée d’étoiles, le village est silencieux.

Ces étoiles d’Afrique brillent d’une clarté de diamants de feu, palpitante, vivante, aiguë. (Maupassant.)

Tout à coup, au détour d’une rue, un bruit vous frappe, une musique sauvage et précipitée, un grondement saccadé de tambours de basque que domine la clameur aigre, continue, abrutissante, assourdissante et féroce d’une flûte qu’emplit de son souffle infatigable un grand diable à la peau d’ébène, le maître de l’établissement.

Devant la porte, un monceau de burnous, un paquet d’Arabes qui regardent sans entrer.

Au dedans, des files d’êtres immobiles et blancs assis sur des planches, le long des murs blancs, sous un toit très bas.

Et, par terre, accroupies, avec leurs oripeaux flamboyants, leurs bijoux éclatants, leurs faces tatouées, les Ouled-Naïl attendent.

Sur une estrade, au fond, les quatre tambourineurs, avec des poses extatiques, battant frénétiquement la peau tendue des instruments; et le maître, le grand nègre, se promène d’un pas majestueux, en soufflant furieusement dans sa flûte enragée, sans un repos, sans une défaillance d’une seconde.

Alors, deux Ouled-Naïl se lèvent, vont se placer aux extrémités de l’espace laissé libre entre les. bancs; elles se mettent à danser.

Tout le monde connaît ces danses exhibées dans toutes les rues du Caire des Expositions européennes.

Ces danseuses de Boghari ne sont point toutes jolies; mais toutes, écrit Maupassant, sont singulièrement étranges.

Ces prostituées venaient jadis d’une seule tribu, les Ouled-Naïl.

Elles amassaient leur dot et retournaient ensuite se marier chez elles,

après fortune faite. On ne les en estimait pas moins dans leur tribu; c’était l’usage.

Aujourd’hui, toutes les tribus fournissent des courtisanes aux centres arabes.

Le propriétaire du café où on les trouve est toujours un nègre!

Celles des Ouled-Naïl qui sont de grande tente apportent dans leurs relations avec leurs visiteurs toute la générosité et la délicatesse que comporte leur origine. Un étranger qui les visite se laisse-t-il aller à admirer l’épais tapis servant de lit, dès que cet amant d’une heure aura regagné sa demeure, le serviteur de la noble prostituée lui apportera l’objet qui l’avait intéressé.

Elles ont, comme les filles d’Europe et d’ailleurs, des protecteurs qui vivent de leurs fatigues. On trouve parfois, au jour naissant, l’une d’elles au fond d’un ravin, la gorge ouverte d’un coup de couteau, dépouillée de tous ses bijoux.

Un homme qu’elle aimait a disparu, et on ne le revoit jamais.

Le logement où elles reçoivent est une étroite chambre aux murs de terre. Dans les oasis, le plafond est souvent fait simplement de roseaux tassés les uns sur les autres et où vivent des armées de scorpions. La couche se compose de tapis superposés.

Les gens riches qui veulent passer une nuit de luxueuse orgie louent jusqu’à l’aurore le bain maure avec les serviteurs du lieu. Ils boivent et mangent dans l’étuve et modifient l’usage des divans de repos.

Cette question de mœurs, continue l’écrivain français, nous amène à un sujet bien difficile.

Nos idées, nos coutumes, nos instincts diffèrent si absolument de ceux qu’on rencontre en ces pays qu’on ose à peine parler chez nous d’un vice si fréquent là-bas que les Européens ne s’en étonnent même plus.

C’est là une matière fort délicate, mais qu’on ne peut passer sous silence quand on veut essayer de raconter la vie arabe.

On rencontre ici à chaque pas ces amours anti-naturelles que recommandait Socrate, Vami d’Alcibiade.

Souvent, dans l'Histoire, on trouve des exemples de cette étrange passion, que les Romains et les Grecs pratiquèrent constamment.

Mais ces exemples ne sont cependant que des exceptions d’autant plus remarquées qu’elles sont plus rares.

En Afrique, cet amour anormal est entré si profondément dans les mœurs que les Arabes semblent le considérer comme aussi naturel que l’autre.

D’où vient celte déviation de l’instinct? De plusieurs causes sans doute.

La plus apparente est la rareté des femmes, séquestrées par les riches qui possèdent, nous Favons vu, quatre épouses légitimes et autant de concubines qu’ils en peuvent nourrir.

Peut-être aussi Fardeur du climat, qui exaspère les désirs sensuels, a-t-elle émoussé chez ces hommes de tempérament violent, la délicatesse, la finesse, la propreté intellectuelle qui nous préservent des habitudes et des contacts répugnants.

Voici, à ce sujet, un drame raconté par Maupassant :

Un jeune Arabe de grande tente était connu dans toute la contrée pour ses habitudes amoureuses, qui faisaient aux courtisanes une déloyale concurrence.

Ses frères lui reprochèrent plusieurs fois, non pas ses mœurs, mais sa vénalité.

Comme il ne changeait rien à ses habitudes, ils lui donnèrent huit jours pour renoncer à son commerce.

Il ne tint aucun compte de l’avertissement.

Le neuvième jour, au matin, on le trouva étranglé, le corps nu et la tête voilée, au milieu du cimetière arabe.

Quand on découvrit la figure, on aperçut une pièce de monnaie, violemment incrustée, d’un coup de talon, dans la chair du front, et, sur cette pièce, une petite pierre noire.

A côté du drame, une comédie

Un officier de spahis cherchait en vain un ordonnance. Tous les soldats qu’il employait étaient sales, peu soigneux, impossibles à garder.

Un matin, un jeune cavalier arabe se présente, fort beau, intelligent, d’allure fine; nom : Mohammed,

Le lieutenant le prend à Fessai.

C’était une trouvaille : un garçon actif, propre, silencieux, adroit.

Tout alla bien pendant quelques jours.

Un matin, comme le lieutenant rentrait de sa promenade quotidienne, il aperçut un vieux spahi en train de cirer ses bottes.

Il passa dans le vestibule : un autre spahi balayait.

Dans la chambre, un troisième faisait le lit, tandis que le jeune Mohammed fumait des cigarettes, étendu sur un tapis.

Stupéfait l’officier interpelle un des intrus: « Qu’est-ce que vous me f. . .ichez ici, vous autres ?»

— « Mon lieutenant, c’est le lieutenant indigène qui nous a envoyés. » (Chaque lieutenant français est doublé d’un officier indigène, qui lui est subordonné.)

— « Ah, et pourquoi vous a-t-il envoyés? »

— « Mon lieutenant, il a dit comme çà : allez-vous-en faire l’ouvrage de Mohammed. Mohammed il ne doit plus rien faire ; il est la femme du lieutenant. »

Cette attention délicate coûta à l’officier indigène deux mois d’arrêts.

Voici encore un fait qui prouve combien ce vice ignoble est entré dans les mœurs des Arabes : tout prisonnier qui leur tombe entre les mains, est aussitôt utilisé pour leurs plaisirs. S’ils sont nombreux l’infortuné peut mourir à la suite de ce supplice.

Quand Injustice est appelée à constater un assassinat, elle constate aussi fort souvent que le cadavre a été violé, après la mort, par le meurtrier.

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