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CHAPITRE III

Sommaire.

î. Limites. — Le Saliara couvre une superficie d'environ 6 000000 kilomètres carrés. Il touche au nord aux pentes de l'Allas; an nord-est, à là

GÉOG. CL. h''. 3

Méditerranée; à Touest, à rAtlanUt[iie; à lest. auNil; au sud. au Soudan.

II. Relief. — Des liauteurs (monts du ïibesti) traversent le Sahara du sudest au nord-ouest. Elles se relient au nord-ouest à un deuxième massif i\'Ahar/;/ar ou Hoggar). 11 faut tenir compte aussi des plateaux secondaires (Mzah), plateau de Rhaclauïès au nord-ouest; hamada de Mourzouk, hamada el Homra à l'est. Le versant sud est également fort accidenté (massif d'Jïr ou Ashen ; plateaux d'JfZrflr, etc.).

III. Climat. — Le Sahara forme une zone sans pluies régulières. Toutefois, dans le Sahara occidental où les vents du nord-ouest dominent, il tombe (pielciue pluie. Il ne faut pas s'imaginer que le désert est un pays où ne tombe fl«c«/?e pluie. — La tempérai iire est continentale à l'excès (oscillations journalières de 30" ; oscillations mensuelles de 35 à 38" ; oscillations annuelles de 55°).

IV. Ilydrofjrap/de. — Il n'existe de cours d'eau permanents que dans le Hoggar et ipielques réservoirs comme, le lac Menkhougli. Quant aux lits des rivières, ils sont généralement à sec ; mais au-dessous s'étendent des nappes d'eau souterraines. Ainsi sont alimentés Vlgharghar et son afiluent l'ouetZ -1/ya, Voued Kaoïiar, etc. Quant aux fleuves descendus de l'Atlas, ils coulent plus longtemps que les autres (oued Drda, oued Zis, oued Saoura) avant d'être absorbés par le désert. Des eaux artésiennes ont été découvertes à Rhada^nès, Farafrah, Siouah.

V. Cdle. — La côte est inhospitalière; les dunes se prolongent dans la mer par des bancs de sable [banc d'Argiiin). Le principal port est la baie du Rio de Ouro.

VI. Végétation et vie animale. — La flore est naturellement très pauvre en espèces, elle consiste en herbes dures [drin, dis, sebdt, tamarix, etc.). L'arbre de l'oasis est le dattier , La faune n'est pas plus riche {gazelles, reptiles, antilopes, autruches, et, avant tout, \e chayneau, etc.).

VU. Population. — Des tribus berbères se partagent le Sahara avec les Arabes et les Tibbous, race cuivrée qui .se rencontre surtout dans les montagnes du Tibesti. Une race noire existe dans les fonds du Sahara. Enfui les Maures parcourent le Sahara occidental.

VIII. Géographie politique. — Le Maroc exerce une souveraiin'lé sur les pays du Drda, Tafdet, Figuig. Le Sahara jusqu'à une ligne (pii \adu Tchad au Niger est dans la sphère d'influence française ; la Turquie étend les frontières de la Tripolilaine jus(|u'à Rhadauiès, Rhdt et DJaln, L'Egypte exerce une souveraineté effective sur les oasis de K lier g ne h, Fa)-af)-ahet Siouah. Les Touareg sont constitués en confédérations indépendantes.

IX. Géographie économique. — Partout où les puits artésiens ont (■té établis, des millions de palmiers ont été plantés. On cultive aussi un peu de blé, d'orge et quelques légumes. Le sud-ouest renferme des champs d'alfa et de gommiers, les oasis du s\id donnent le tabac et \'opiiim. — Le chameau cal l'animal par excellence du Sahara: les chevaux et les bœufs sont rares, les autruches nombreuses. La princi|(alc richesse minérale du Saiiara est le sel (salines de liilma, d'Iiljil, d'Amadghor, de Taoudéiii, etc.). — Les échanges assez actifs se font entre le Soudan etl'.Afritpie méditerranéenne au mo\en des foires cl des cararanes 'marclK'S de Rhaf. d'In-Salah, de Ten<louf,elc.). Les projets de ch'/min de fer transsaharien ne paraissent pas devoir aboutir.

Limites. — On estime que le Sahara couvre une superficie d'»;ii\irou (• millions fie kilomèlres carrés. \ vrai dire

ses limites sont incertaines : il y a nombre de transitions délicates entre les steppes d'Alg'érie et le désert, entre le désert et les [larties sèches du Soudan st'[(lentrional.

Relief. — Le Sahara nest point i»lat ni déprimé comme onlalong-temps imag-iné. Une importante lig-ne de hauteurs le traverse du sud-est au nord-ouest, notamment les monts du Tibesti^ explorés par le voyageur allemand Nachligal. Les deux massifs volcaniques qui le composent, VEml- Koussi et le Tarso, ont des sommets de plus de 2.500 mètres et sont entaillés de vallées abruptes dont le fond est encore à 8 ou 000 mètres au-dessus de la mer. Au nordouest se dresse un deuxième massif, celui de VAhaggar ou Hoggar : c'est « une série de plateaux superposés s'élevant graduellement, par étag^es de 5 à 600 mètres, à 2 000 mètres environ d'altitudt;, au témoignage des voyag-eurs Duveyrier et Poureau. Tous ces massifs ont été découpés par des érosions pi-ofondes auxquelles ont contribué l'eau et le sable chassé par le vent : telles sont les grandes vallées de Bbat, cVEgueri et surtout le grand sillon de Y [gluirghar. Entre les monts du Tibesti et ceux du Hoggar se développent les plateaux d'Afafi (000 m.), ceux de Tummo(600à 900 m.).

On peut donc dire qu'en général le plateau du Sahara est divisé en deux g-randes pentes. Mais dans le détail, beaucoup d'autres systèmes de montagnes ou de collines encore mal explorées en diversifient la surface. Dans le désert libyque, le plateau paraît s'abaisser en pente douce des oasis de Koiifra (500 à 000 m.) explorées par le voyageur allemand Rohlfs jusqu'aux dépressions de Siouah qui sont même un peu au-dessous du niveau de la mer, à 29 mètres environ ; l'oasis (ÏAradj à l'est de Siouah est môme à 75 mètres au-dessous de la mer. Dans la région méridionale du désert, à l'ouest du lac Tchad se dresse le massif d\Aïr ou dWshen dont les roches volcaniques et g-ranitiques ont des pitons de 15 à 1800 mètres.

Climat. — Le désert n'est pas un pays où ne tombe aucune pluie ; ce n'est pas davantage une région uniquement remarquable par sa chaleur. Les pluies y sont rares et irrégulières, les variations de température très grandes entre le jour et la nuit ou d'une saison à l'autre. Parfois

une région du Sahara est privée de pluie pendant vingt ans; puis des averses diluviennes y font naître tout à coup de véritables lacs et d'imposantes rivières de peu de durée. Le voyageur allemand Rohlfs fut mis en dang-er en plein désert libyque par une averse diluvienne. La première mission Flatters en J880 eut à souffrir de très nombreux orag-es dans le Sahara.

En raison de la sécheresse de lair qui favorise la radiation solaire le jour et le rayonnement de la chaleur vers l'espace la nuit, on observe au Sahara de brusques changements de température. La mission Foureau-Lamy a observé des froids de — 10" dans le Tassili, rAllemand Nachtigal a vu la température changer de 30" en vingtquatre heures ; dans la même journée, la mission Flatters a eu à subir un froid de -{- 2°, 5 le matin et une température de +40" dans l'après-midi. Le thermomètre monte parfois à +50" à l'ombre. Le Sahara est donc une zone de climat continental.

Eaux superficielles et eaux souterraines au Sahara. — 11 ny a guère au Sahara de cours d eau permanents que dans le Hog-gar. L'expédition Flatters a rencontré, à la base du Tassili. quelques réservoirs d'eau pluviale qui ne tarissent jamais complètement ; le plus grand est le lac MenkJiough^ fort variable d'ailleurs d'une année à Tautre. Des lits de rivières à sec, qu'on nomme oued (pluriel ouadi) sont rem[)lis de temps à autre à la suite d'une averse passag-ère ; c'est dans ces lits à sec que l'on trouve d'ordinaire les nappes d'eau souterraines, seule ressource du Sahara. Tel est Y Ir/har(jhar ; son lit commence au centre de l'Ahag'gar où circule encore un ruisseau d'eau vive. Puis l'eau disparaît, après les défilés du plateau de Tassili dans les dunes de r?>g'. où le lit n'est imliqué que par un long- couloir ou rjfissi. A partir de Toug"Ourt on retrouve un lit très net bordé de berges en talus ; c'est ce qu'on nomme aujourd'hui l'oued liliir, grand bas-fond de 130 kilomètres de long- qui aboutit au bord sud-ouesl du choit Mefr/iir, bassin de réce|ilion de righaighar. Sur tout le parcouis connu de righjughar, on trouve une na[ipe d'eau à peu de profondeur au-dessous de son lit.

13e l'Atlas descendent quelques torrents qui coulent un certain temps à ciel ouvert avant d'être absorbés par

le désert. Le plus important est l'oued Draa, descendu de l'Atlas marocain ; il doit au.\ neig-es de cette montag-ne de couler à ciel ouvert en toute saison dans son cours supérieur. L'oued Saoura, descendu aussi de l'Atlas marocain, n'a d'eau que dans la partie supérieure de son cours. Mais son lit que rejoint celui de l'oued Zousfana venu de Fig'uig, garde à travers les dunes de l'Erg- occidental un courant souterrain qui affleure au Touat et en vivifie les oasis.

Des rivières descendues des montagnes algériennes, la principale est l'oued Djedl qui suit un grand fossé parallèle au système de l'Atlas, les chotts Mefhr/iir, R/iarsa et Djerid sont les bassins de réception des torrents qui des cendent de FAurès et des montag-nes tunisiennes dans la saison des pluies. Mais d'ordinaire les chotts ne sont que de grandes cuvettes au fond doucement ondulé, tantôt sablonneux, tantôt boueux et couverts d'une poussière saline après évaporation des eaux. Certains chotts renferment des gouffres de boue,

La côte Saharienne. — La côte du Sahara est inhospitalière comme le Sahara lui-même. Elle est g-arnie de dunes et de bancs, comme le banc diArr/uin, au sud du cap Blanc, sur lequel vint s'échouer le vaisseau la 3Ieduse. Les caps JVoun , Jubij , Bojador n'offrent pas de véritables abris : on ne peut g'uère mouiller que dans les baies du Lévrier et (ÏAr(/i(i?i, au sud du cap Blanc.

Vievégétale etanimale. — Le Sahara n'est pas 'partout rigoureusement privé de plantes et d'animaux : les parties les plus sauvages sont les efTroyables plateaux pierreux que l'explorateur Rohlfs a rencontrés entre les oasis d'Aoudjila et de Koufra. Les plantes du désert sont surtout des herbes dures, le drin parfois haut de 1 mètre, le dis et le sebat recherchés par les chameaux, ou bien encore des arbustes épineux, tamarix^ acacias de diverses espèces, retem (sorte de g-enêt) ; enfin on trouve parfois îl l'état sauvage l'arbre qui fait la richesse des oasis , le dattier. Il faut au dattier, dit un proverbe arabe, « les pieds dans l'eau et la tête au soleil ». « Otez le dattier », dit l'explorateur Nachtigal, « qu'est-ce que l'oasis? un pâtis solitaire avec une maigre vég-étation qui, sans l'ombre

rafraîchissante que lui procure l'arbre lutélaire se verrait, après une courte existence, dépérir hâtivement dans ses germes. »

Les animaux du désert sont la gdzello^ le fennec ou renard du désert, des reptiles, des insectes; dans les contrées montag'neuses qui sont mieux arrosées, comme TAhaggar et l'Aïr, sont des mou /Ions el de?, antilopes. On rencontre Ydutruche dans les stepiies du Sahara occidental. Grâce au chamcdu, si endurant et si sobre, les caravanes peuvent traverser le désert.

Population. — Le Sahara est peuplé de tribus berbères, d' Arabes cl de Tibbous.

Parmi les principales tribus berbères, qui ont sans doute été refoulées vers le désert par les invasions arabes, sont : 1° les Beni-Mzab dans le Sahara alg-érien; 2° les Touarer/ ou Imochach, divisés en plusieurs confédérations, Acdjer, Jfor/gar, Taï/oq ou Touareg de l'ouest, Kelouï ou Touareg (le rA/r, Aoudiminiden ou Touareg de VAdrar vers le Nig-er. Les Touareg' sont une population de guerriers et de pasteurs.

Les tribus arabes occupent la Marmarique, le pays de Koufra, une partie du Fczzan, le Tafilet et une partie du Sahara occidental.

Les Tibbous ou Tebous, belle race d'hommes à la peau cuivi'éc, habitent les montag-nesdu Tibesti.

Géographie politique. — Le Sahara septentrional appailitMit, dans \d majeure partie de son étendue, à la France. TjCs divers traités passés avec l'Angleterre ])our la délimitation des colonies franco-anglaises dans le Soudan, de 1890 à 1900, font du Sahara une zone d'influence française jusqu'au sud de la Tripoiitaine ; la partie orientale relève do l'Egypte. A la suite de pillnges des tribus marocaines du Tûuat et du Tatilet sur le territoire algérien, la France a occupé Figuig et toutes les oasis qui en dépendent au sud et au sud-ouest. Le Goiirara, le Touat et le Tidikelt sont à nous depuis 1900. Nos postes avancés dans le sud de l'Algérie sont Kl-Goleah, Forl-Mar-Mahon, Forl- Miribet et f/assi-/ ni/et.

An sud de la 'rripolitaiiic, les Turcs ont mis g;irnisoii à I{/i(/(/a//irs. hlilial cl à J/ourcou/,-, cajiilalcdu Fczzan. Mais

leur auloriLc est beaucoup moins réelle que celle de la confrérie relig-ieuse des Senoussi.

L'Egypte exerce une souveraineté un peu plus eirective sur les oasis de Khargueh, de Dakhel, de Baharleh, de Farafrah et de Sioua/i; lu encore se fait sentir Tinfluence rivale des Senoussi.

Les ressources et le commerce du Sahara. — Dire que le Sahara n'a aucune valeur est une exagération ; espérer qu'il aura jamais un commerce actif est une illusion plus g-rave encore. 11 vaut peu par lui-même; et il n'est pas nécessairement le lieu de passage d'une grande route du commerce du monde.

Assurément le creusement de puits artésiens, pratiqué ù l'aide de moyens primitifs par les indigènes, fait avec des moyens mécaniques puissants par les Français a mis en valeur de nombreuses oasis, par exemple dans l'oued Rhir où nos compatriotes ont fait une œuvre admirable. Malgré tout, les oasis du Sahara ne couvrent pas au total une surface de plus de 150 h 1(50000 kilomètres carrés où les indigènes récoltent des dattes, un peu de blé et un peu d'org-e.

Dans les maigres pâturages paissent des chevaux et des bœufs rares et d'aspect chétif, sur les confins du Soudan ou de l'Algérie, de nombreux troupeaux de moutons et de chèvres dont on vend chaque année un grand nomljre après la cessation des pluies. Le chameau est l'animal par excellence du Sahara ; on connaît ses admirables qualités de sobriété. Toutefois un bon nombre de ces animaux sont élevés et nourris au Maroc, en Algérie et en Tunisie beaucoup plus que dansle Sahara où ils ne font que passer. Une variété spéciale de chameaux, le méhari, est remarquable par la rapidité de sa course. Le lait des chamelles contribue largement à l'alimentation des indigènes pendant la saison des pâturages ; toute la chair du chameau est bonne ; son poil sert ù la fabrication des cordes et des vêtements ; de sa peau on fait des outres excellentes contre la chaleur et l'évaporation, plus des chaussures, des sacs, etc., etc.

La principale richesse minérale du Sahara est le sel qui existe en immenses dépôts, par exemple à Bilina dans le Kaouar, à Idjil au nord de l'Adrar. On retire d'énormes

blocs de selg-emme des salines de Taoudeni sur la route de Mog-ador à Timbouctou.

L'industrie du Sahara est tout à fait rudimentaire ; les indigènes fabriquent pour leur usag'e des nattes, quelques objets en cuir et en métal, des armes, des objets d'ornement.

Le commerce du désert ne peut être que médiocre. Au nord lesmarchés lesplus considérables sont ceuxdeRhat,de Rhadamès, d'In-Halah, de Tendouf; au sud, il faut citer Agadès. Depuis Toccupation de l'Algérie et de la Tunisie par les Français qui prohibent l'esclavage, les caravanes pour lesquelles cet abominable commerce était la principale ressource se sont naturellement détournées des parages occupés parles chrétiens. La Tripolitaine en a provisoirement bénéficié. L'occupation anglaise de l'Egypte, la prochaine mise du Maroc sous l'influence française, l'intervention probabledes Italiens en Tripolitaine et en Gyrénaïque tarira pour toujours ce commerce.

Les projets de chemin de fer transsaharien, destiné à unir plus étroitement le Soudan aux pays méditerranéens, ont été énergiquement combattus par les explorateurs les plus autorisés, MM. Flamand, Foureau et Lamy. Les débouchés de l'Alg'érie, de la Tunisie et du Maroc sont sur la Méditerranée, ceux du Sénégal, du Soudan et de la Guinée sur le golfe de Guinée ; il n'y a rpi'un transsaharien naturel et dont la route ait une valeur réelle, c'est la vallée du Nil à travers le désert.

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