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CHAPITRE IV

Sommaire.

L'ÉfiypIe so réduil à une vallée et à un dolta placés au milieu d'un désert. Elle a été créée par un grand llciive, le Nil (le second de l'univers ])ar sa longueur) <]ui vient des grands lacs do r.\frif|ne (''(|ualoriale et i|ui,;t son enln'c dans la Nubie, desi-cnd les gradins de plusieurs calaracles. Sa vallée d'ailu\ ifins commem-i' apiés la dernière de ces calaracles (Assouan) cl est Icrlilisi'c chaipie année par la crue <lu lleuve. C'est sur ses liords ipi'est groupée |ires(iue toute la po|)ulation. l/l">g\ple d('|)erul noininaleuM'ut de la Turquie mais est eireclivenient occupée par des Iroupes anglaises. Trois

oasis iEi-K/uiif^iie/i, Dakhel, Favafrali) s'y raltacheiil ;'i l'ouest. Pour la mise eii valeur de la vallée du Nil on emploie deux systèmes, l'iuondatiou par bassins, Tirrigatiou par canaux. L'agriculture est encore rudimentaire. Les céréales (blé et orge), les légumes, la canne à sucre, etc., sont les principaux produits; l'àne, le bœuf, le buflle, les chèvres, etc., sont les animaux domesti(iues les plus nombreux. Absence de houille et de minerai. Industrie textile et raffineries. 2 000 kilomètres de chemins de fer. Commerce avec le Maroc et le Fezzanpar caravanes. Commerce de transit. Le canal de Suez.

Position et limites. — Par la sérénité de son ciel et la sécheresse de son climat, l'Egypte fait partie du Sahara ; son delta est baigné par la Méditerranée, mais les cultures c(u'on y voit ne ressemblent à aucune de celles des autres deltas formés sur cette mer; par l'humidité qu'elle doit à son tleuve sous un ciel presque privé de pluies, l'Egypte ressemble à maintes régnons fertiles des tropiques. Rigoureusement limitée à l'est et à l'ouest par les falaises qui bordent son fleuve, l'Egypte s'épanouit etsouvrelarg-ement vers le Soudan. Si la partie égyptienne du Soudan n'est pas la plus riche de toutes, elle est celle dont les débouchés sont le mieux assurés vers lamer et vers unpointde grand commerce par ce merveilleux transsaharien naturel qu'est la vallée du Nil.

Relief et climat. — L'Ég-ypte se réduit à une vallée et à un delta. Entre cette vallée et la mer Roug-e, un plateau hérissé de chaînes élevant leurs crêtes de g-ranit et de grès à 1 500 et à 2000 mètres et coupées de vallées profondes, s'étend sur plus de 1 000 kilomètres, de la latitude de Souakim à celle du Caire ; mais ce n'est qu'un pays de steppes et de désert. A partir du confluent do l'Atbara au sud, il n'y a pas de pluies régulières, et en Nubie les averses manquent pendant des années. L'air y est si sec que le thermomètre y passe quelquefois en été de 0", au lever du soleil, à plus de 40° dans l'après-midi. C'est toujours le Sahara avec son climat continental. Mais la température est plus douce au voisinag-e de la Méditerranée.

te Nil. — L'Ég-ypte véintable, l'Egypte cultivée, n'est que la vallée, larg-e de quelques kilomètres à peine, dans laquelle serpente le Nil, et le delta qu'il forme en aval. Hérodote disait déjà que « l'Egypte est un don du Nil », Le Nil lui-même est un don des moussons de l'Océan Indien

dont les pluies nourrissent ses afUuents supérieurs. La partie utilisable et habitable du sol d'Egypte représente à peine 30 UOU kilomètres carrés, c'est-à-dire l'étendue de la Belg-ique. C'est grâce à l'abondance des pluies de l'Océan Indien sur l'Afrique orientale que le Nil peut arriver jusqu'à la Méditerranée après un cours deGSOO kilomètres.

Le Nil est encore à 37(3 mètres d'altitude à Kartoum. Il s'eng-age dans le plateau de Nubie qu'il descend échelon par échelon par des rapides et des sinuosités sans nombre. La première cataracte en venant du Soudan, c'est-à-dire la sixième, est celle de Garri, un peu au nord de Kartoum. Puis ce sont les cinquième et quatrième cataractes, autour du plateau de Bayouda, en aval de Berber et vers Korti. La troisième cataracte à Hannek, la deuxième à Ouadi-Halfa, la première à Assoi/aji consistent également en rapides échelonnés sur plusieurs kilomètres, rapides dans lesquels ce fleuve se divise entre des blocs de granit. Au Caire commence le delta, larg-e de 200 kilomètres à son débouché en mer, et couvrant de son limon 17 000 kilomètres carrés. Le fleuve s'épanche dans la Méditerranée par deux bouches principales : celle de Rechid ou do Rosette, la plus considérable, et celle de Damiette. Il forme là d'immenses lagunes séparées de la mer par des sables, le lac Menzaleh à l'est, le lac BouiHos au centre et le lac Mariout, de formation plus récente, au sud d'Alexandrie.

C'est la crue du Nil, jadis répartie d'elle-même par l'inondation, aujourd'hui distribuée à l'aide d'immenses réservoirs comme ceux d'Assouan et d'Assiout, qui a donné à l'Ég-ypte sa prodigieuse fertilité. Les pluis des tropiques, qui commencent à Lor/o sur le Haut-Nil dès le mois d'avril, gonflent le Meuve et portent peu à peu son débit à Kartoum de 300 mètres cubes par seconde à .jOOO. Dès le 7 ou 8 juin la crue s'annonce en Egypte j>ai' l'arrivée des eaux verdàtres provenant des marais du Haut-Nil. Puis c'est la ci'ue du I\'il Bleu et de l'Atbara, venus d'Abyssinie. Le Nil ainsi grossi, monte de 7 mètres à Kartoum, de 17 à Assouan, de 7 à 8 mètres au Caire.

Population. — i/Hgypte qui comptait à jieinc 2 Miillions (,l (It nu dhaijitanls en 1800, en possède aujourd hui 9 73 'i 000, dont 8070000 musulmans, 730000 chrétiens et 25 (•••(! israélites. Les Européens sont an nomhre

de liOOOO. La race des habitants sédentaires est aujourd'hui bien mêlée ; pourtant on rencontre encore des paysans coptes Oiift'llahs qui présentent dans toute sa pureté l'ancien type ég'vptien. En dehors de la vallée du Nil il n'y a g'uère qu'une cinquantaine de tribus, métissées d'Arabes, de nègres et de Berbères, en tout 200 000 individus au plus.

Géographie politique. — L'Egypte est nominalement un État tributaire do la Turquie, bien ({u'elle ait été depuis 1841 possession héréditaire de la famille de Méhémet-Ali, et qu'elle soit, depuis 1883, sous la tutelle étroite de la Grande- Brelag-ne. Le récent accord que viennent de conclure la France et la Grande-Bretagne reconnaît à cette dernière puissance une condition privilégiée de puissance protectrice de l'Ég'ypte ; on sait que moyennant cette concession qui laisse à l'Angleterre ce pays riche, paisible et déjà soumis, la France a reçu la mission de rétablir l'ordre dans le montagneux et guerrier Maroc. La Grande-Bretagne reconnaît désormais la neutralité du canal de Suez.

L'Egypte proprement dite est divisée administrativement en Haute et Basse-Egypte et en huit malin f cas ou g-ouvernements. La capitale est le Caire (565 000 habitants), centre des études musulmanes et de nombreuses institutions européennes, écoles de médecine et de pharmacie, obsertoire, institut égyptien.

Le Soudan égyptien a été reconquis sur les derviches en 1808 par l'armée ang-lo-ég-yptienne. Lord Kitchener est entré à Kartoum au moment même où la mission Marchand arrivait du Congo français sur le Nil à Fachoda.

L'Egypte devait jadis toute sa richesse aux inondations du Nil qui renouvellent chaque année le sol pai" un rapport d'alluvions. Les Ang-lais ont substitué l'irrigation à l'inondation, afin de disposer des terres pendant toute l'année et de leur faire rendre un plus grand nombre de récoltes, A cet effet on a construit en Egypte, notamment dans la partie basse, un réseau serré de canaux d'irrigation qui comptent déjà plus de 5000 kilomètres de longueur. Ce système a l'inconvénient d'épuiser la terre à laquelle il faudra bientôt donner des eng-rais minéraux pour lui procurer la rénovation que lui assurait sans peine le débordement. Du moins, on a beaucoup amélioré depuis quelques années le travail des cultures.

Les principales cultures de TÉg-yple sont les céréales et les légumes^ la canne à sucre et le coton. Les céréales et les légumes occupent environ la moitié des terres cultivées, soit i 20OOOO hectares. Une bonne récolte moyenne produit 6 à 8 millions d'hectolitres de blé, 2 à 4 millions d'hectolitres d'org'e, 5 à G millions de maïs.

La canne à sucre est surtout plantée dans l'ancien domaine particulier du khédive, le Daïra-Sanieh devenu domaine de l'État. Sur ses 3000 hectares de terre on récolte GO à 70 000 tonnes de sucre valant plus de 35 millions de francs.

Le coton introduit en Egypte, dans la première moitié du xix^ siècle, par le Français Jumel, fut d'abord médiocrement soig-né. Il y a aujourd'hui 400 990 hectares de belles cultures de cotonniers, notamment dans le delta. La valeur du coton exporté a atteint, pendant ces dernières années, jusqu'à 200 et 300 millions de francs par an.

\S industrie est à peine développée en Egypte, tant le labeur indig-ène trouve à s'exercer dans les cultures. Et pourtant on tire des carrières d'Assouan du porphyre, du g-renat; Siout a de Talbàtre et du marbre renommé ; les côtes de la mer sont bordées de salines à Diamette, à Rosette, à Souakim, et le sel est aussi extrait des lacs Natron. On a découvert enfin non loin de la mer Roug-e, à 300 kilomètres au sud de Suez, des sources de pétrole qui semblent avoir déjà été exjjloitées jadis.

En fait d'industrie proprement dite il n'y a guère en Ég-ypte que des filatures, des tissages et des raffineries de sucre. Le centre de l'industrie cotonnière est le Caire; il y a encore des manufactures actives à Alexandrie et à Siout. Les grandes raffineries de sucre sont installées au Caire et dans la llaute-Ég-ypte.

Le cotnmei'ce de l'Ég-ypte est important. Tout d'abord il y a dans ce pays des cultures riches faites surtout en vue du commerce, comme celles de la canne à sucre et du coton. En outie, depuis le percement du canal de Suez, ce pays est placé sur 1 une dos grandes routes du commerce universel, dans un vrai carrefour du fj'alic.

Faute de bonnesroutes difficiles à construire dans la vallée si fort arrosée et si étroite du Nil, on a eu recours de bonne heure à la construction de cbemins de fei-. En 1902 il y avait en Egypte 3000 kilomètres de voies ferrées, sans compter

1250 kilomètres de chemin de fer militaire à voie étroite dans le Soudan . En 1897 la voie ferrée atteig-nait Assiout. En 1002 elle était à Kartoum ; on la continue vers le Soudan, de telle sorte que dans quelques années il y aura une voie ferrée continue du Caire au Cap.

Le développement des g'randes cultures industrielles en Ég-ypte, la construction des voies ferrées et de Toutillag-ede quelques manufactures, le continuel progrès du trafic du canal de Suez ont fait rapidement monter le commerce de rÉg'vpte. La valeur de ce commerce a oscillé, pendant ces dernières annéesentre 700 etSOO millions dont 450 à rexj)ortation et 350 à l'importation. La Grande-Bretagne fait à elle seule la moitié de ce commerce. La France, lu Turquie et la Russie viennent ensuite.

C'est le port d'Alexandrie (515 000 hab.) qui importe et exporte la totalité des marchandises achetées ou vendues par l'Europe en Egypte. Le mouvement de ce port a été dans chacune des trois dernières années d'environ 5 200 000 tonnes.

Le commerce de transit par le canal de Suez est énorme; l'ouverture de ce canal est en tout cas l'événement qui a le plus contribué au développement prodig'ieux que la marine et le commerce ont pris depuis trente ans. En diminuant de moitié la distance entre l'Europe, l'Inde et l'Extrême-Orient elle a eu pour premier résultat de substituer peu à peu la marine à vapeur h la marine à voiles. 11 passe aujourd'hui un mouvement maritime de près de 12 millions de tonnespar anpar le canal de Suez. Les Anglais sont au premier rang-, avec G 780 000 tonnes, les Allemands au deuxième avec 1 700 000, les Français, créateurs du canal, au troisième seulement avec 770 000, serrés de près par les Hollandais.

Le canal se développe sur une long-ueur de 160 kilomètres ; sa largeur est de 70 à 100 mètres à la surface de l'eau, de 22 sur le fond. A la suite de drag-ages continuels la profondeur a été portée à plus de 9 mètres. Port-Saïd, fondé à l'entrée du canal sur la Méditerranée, est devenu un immense dépôt de charbon où s'approvisionnent les g-rands paquebots ; il compte aujourd'hui 42000 habitants. Suez, à l'extrémité opposée, joue le même rôle. Ismaïlia est le principal g'arage, situé vers le milieu du trajet.

La neutralité du canal de Suez que la Grande-Bretng-nc

refusait jusqu'ici de sanctionner par son adhésion, sera consacrée par l'accord que cette puissance vient de signer avec la République française.

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