‹ Afrique, Asie, InsulindeChapitre 9 sur 86 · TROISIEME SECTION · texte numérisé non relu

TROISIEME SECTION

GKOOn.VPHIE KCONOMIyl'E DE l'aFIUiJIE MÉDITEail ANÉENNE.

Sommaire.

I. A(/yicullure. — 11 faiil (lislinjiuor mire If Tell, pays de rultnros où pros|)t'retit Ils céréales, Volivier l't la v'kjhp et los .steppes, pays d'i'IevaîJîc el ij'iiiilnstric |)astoralf'. — La plus favorisi'-c des trois contrées (pii coinposeiit la Horbérie est le Maroc; en Al^'t'-rie la part respective du Tell et des steppes varie à mesure (pion s'avance douest en est ; en Tunisie les liantes terres se laissent pénétrer par la vallée de la Medjerda ; lancienne Cyri-naupie forme une sorte d'îlot, riche en ci'réales et en fruits. Dans tous ces pays, l'aména^'einont des eaux est une œuvre de première nécessité. — il n'y a que peu rie forêts dans les pays de l'Atlas (cinq espèces de conifères, (piatre espèces de chênes). Les ciTéalcs constituent, au contiiiiri', une ressource d'avenir {hlr. nrf/c ; les ciMluics maraîcliéies sont

très ilévclopj)ées ; mais les fruits coiisliliu'iit la principale richesse [olivier. flr/iticr. oranç/er et surtout vir/ne). Parmi les cultures industrielles, les principales sont le lahac, Valfu. etc. Les pâturages y sont très étendus, mais non pour le gros bétail (moulons, chèvres, etc.). La chasse est une des grandes ressources alimenlaires de l'Algérie ; mais la;jéc/(ea une valeur beaucoup plus grande.

II. IndusLrie. — La houille fait défaut; mais les gisements de fer sont abondants (Aïn-Mokra) et les minerais de- zinc (calamine) sont exploilé's [Nador, Zagliouan). Au Maroc, la principale contrée minière parait devoir être le Sous. Enlin on sait la valeur des gisements de phosphale de chaux. L'Atlas et les chaînes du littoral sont riches en carrières. L'industrie proprement dite ne consiste guère qu'en tissu de laine et de jioilsde chèvre.

III. Commerce . — Voies de communication. — Il y a déjà 15 000 kilomètres de routes dans les colonies françaises d'Algérie et de Tunisie; mais, au Maroc, les chemins sont détestables. Le réseau ferré se compose d'une grande ligne parallèle à la cote (Tunis à Tlemcen) avec Alger comme nœud central. Sur ce trom- principal se greffent les lignes destinées à desservir les ports d'embarquement (Arzeu. Mostaganem. Pliilippeville). D'aulres lignes, dites de pi'nétration, se dirigent vers le sud [Duvei/rier, Tiarel, Berrouaqhia, Biskra, Tébessa, eh'..). Il faut citer les lignes de Tunis à Zaghouan, à Sousse e{ Kairouanet celle de Sfax à Gafsa. — Les caravanes venues du Soudan ont obli(pié, <lepuis l'occupation française, vers Tripoli et vers le Maroc (Mogador). — Le commerce intérieur est assez actif, surtout en Algérie. Le commerce crte'rieur est très suivi entre l'Europe et nos possessions ; mais le Maroc et la Tripolitaine sont restés, jusqu'à présent, en dehors de ce mouvement. Le commerce de la Tripolitaine atteint 20 à 25 millions de francs et se fait avec l'île de Malle, l'Italie et la France par les deux ports de Tripoli et Benghazi. Le commerce extérieur du Maroc se chiffre par une valeur de 90 millions de francs, principalement avec la Grande-Bretagne. Les ports les plus importants du Maroc sont ceux de Tani/er, Mazagan, Mogador. — Le commerce de l'Algérie représente une valeur approximative de GOO millions; celui de la Tunisie de 100.

Caractère général. — Les pays africains des bords de la Méditerranée ont été de bonne heure colonisés par les Pliéniciens, les Grecs, les Romains, envahis par les Arabes, colonisés de nouveau par la France depuis la conquête de l'Algérie. Ce sont des pays essentielleuient agricoles, assez riches en froment, favorables surtout aux cultures arborescentes caractéristiques de ce climat, comme Tolivier, l'oranger, la vigne, etc. Depuis l'ouverture du canal de Suez, ces pays sont sur le chemin des grands navires qui gagnent rinde, rindo-Chine, TExtrême-Orient, l'Australie et l'Afrique orientale : de là une recrudescence de leur activité commerciale.

Les grandes cultures. — Dans l'Afrique Mineui^c il faut

avant tout distinguer le Tell, pays de cultures, où prospèrent les céréales, l'olivier et la vig-ne, et les steppes, pays d'élevage et d'industrie pastorale.

De toute la Berbérie le pays le plus riche est assurément le Maroc. Mieux abrité du désert que l'Alg-érie et la Tunisie, par de très hautes montagnes, il doit encore à ce puissant relief des fleuves d'une durée moins précaire. L'avenir de la colonisation française peut être encore beaucoup plus beau au Maroc qu'en Algérie et en Tunisie.

La végetafioîï forestière est pauvre dans la plupart des pays de l'Atlas : c'est souvent à tort qu'on croit lire dans les auteurs anciens, grecs ou romains, g-ens de pays secs et où l'on donnait volontiers au.\ maquis le nom de forêts, l'indication de belles forêts d'autrefois, si souvent regTettées aujourd'hui par les géographes. Il y a toutefois des massifs forestiers de belle venue, soit sur les grandes montagnes du Maroc, soit dans les massifs côtiers de l'Alg-érie et de la Tunisie, comme l'Edoug-h près de Bône, comme les monts de Kroumirie dans le nord tunisien. Les principales essences d'arbres sont le pin d'Alep, le pin maritime, le cèdre, le thuya et le genévrier de Phénicie, puis le chêne-liège, si précieux pour son écorce, et le chêne zéen qui fournit un bois dur de bonne qualité. On a reconnu jusqu'ici, tant en Algérie qu'en Tunisie, plus de 500000 hectares de forêts de chênes-liège.

La r ait lire des réréales est une des grandes ressources du Maroc encore mal exploité, de l'Algérie et de la Tunisie. Le Maroc exporte déjà pour près de 20 millions de maïs et d'org-e, l'Algérie pour 70 millions de céréales, la Tunisie pour une dizaine de millions. Le blé dur de ces pays est j)arti(;ulièrement estimé en Europe pour la fabi'icaiion des pâles alimentaires.

Les rullures maraîchères sont très développées dans tous les États barbaresques. Le Maroc, où l'insécurité des transactions est si grande, est un grand pays d'exportation de lég-umes. Les primeurs d'Alg'érie, j)etits pois, artichauls, pommes de terre, s'expédient en quantités considérables sur les marchés français. Les cultures arborescentes ont plus d'importance encore. LaTripolitaine est merveilleusement riche en fruits; l'oliviei', encore mal soigné en Algérie, donne déjà d'admiiables récoltes en Tunisie et peut rapportci' beaucoup phis encore au Maroc. Llinilc d'olive

de Tunisie rivalise dès maintenant avec celle de Lucques (Italie). Figuiers, orang-ers et citronniers sont en g-rand nombre dans tous les vergers des pays de l'Atlas.

Mais c'est surtout la vigne que l'on cultive, en vue d'un commerce que la crise du phylloxéra en France a rendu d'autant plus fructueux pour les régions d'Afrique. Algérie et Tunisie ont déjà planté plus de 70.000 hectares de vig-ne et les belles récoltes des dernières années ont presque atteints millions d'hectolitres.

Dans les régnons de steppes on recueille l'alfa, si utile pour la fabrication du papier : l'exportation de l'alfa algérien a représenté dans chacune des cinq dernières années plus de 5 millions de francs en moyenne.

Pour Vélerage du bétail, c'est assurément le Maroc qui a encore la palme, grâce à la richesse de ses eaux courantes et à la beauté de ses pâturages. Il nourrit plus de 40 millions de tètes de moutons et 12 millions de chèvres : il n'y a en Alg"érie que 10 millions de moutons environ. Le Maroc pourra devenir aisément un pays de meilleur élevage du g-ros bétail qui n'aura pas à y craindre la sécheresse. Chevaux, ânes et mulets sont également en grand nombre dans l'empire marocain. On estime à plus d'un million l'effectif des troupeaux de chameaux de l'Afrique du nord.

La mer est très poissonneuse sur les côtes du Maroc, de l'Alg-érie et de la Tunisi(3. C'est surtout en Tunisie que s'est développée la pêche des thons, mulets, sardines et autres poissons d'excellente qualité. La pêcherie du lac de Bizerte est une des plus riches qui soit au monde. Les éponges et le corail sont recueillis sur les côtes du sud de la Tunisie, de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque, surtout par des pêcheurs italiens et grecs.

Industrie. — Il n'y a pas encore, et il n'y aura sans doute pas de longtemps une g-rande industrie mécanique dans les pays de l'Atlas : le principal intérêt qui a attiré jusqu'ici les colons européens est en effet la recherche des denrées agricoles, blé dur, oranges, citrons, raisins, que l'Europe méditerranéenne ne produit pas en quantité suffisante pour la consommation des peuples riches. En outre, si l'on a découvert d'excellents minerais industriels dans ces pays, la houille y fait encore défaut, et le pétrole que l'on y a découvert en quantité faible jusqu'ici ne saurait y

suppléer. D'ailleurs ce nest point lintérèt des pays colonisateurs de se faire concurrence dans leurs colonies en y développant l'industrie.

L'Alg-érie et la Tunisie sont particulièrement riches en fer. Aïn-Mokra, dans le massif de l'Edough, a des minerais fameux exploités par la Compag-nie de Mokta-el-Hadid qui possède également les gisements de Beni-Saf, dans la province d'Oran. Les minerais de fer d'Algérie, d'une qualité supérieure, sont très recherchés par les aciéries. Le minerai de zinc ou calamine abonde également en Algérie et en Tunisie, par exemple à bakamody dans le département d'Alg'er, à Zaghouan et au djebel Ressas en Tunisie. Les mines de Kef-oun-Teboul, [très de La Galle, donnent du cuivre et du plomb argentifère. Au Maroc, la principale richesse minière paraît devoir être dans le Sous où l'on rencontre, parait-il, des richesses minérales de toutes sortes. Le sel abonde dans les Sebkhas désertiques du sud marocain, alg-érien et tunisien.

Des découvertes récentes ont prouvé la prodigieuse richesse d'un gisement de phosphate de chaux qui se développe au sud-est de la province de Gonstantineet ausudde la Tunisie, dans la région de Tebessa et de Gafsa. G'est pour exploiter ces phosphates qu'on a construit le chemin de fer de Sfax à Gafsa. L'Atlas est riche en carrières de calcaire, de granit, de [tlàtre. Les carrières de marbre de la Xumidie étaient déjà célèbres à l'époque romaine; les beaux marbres de Ghemtou en Tunisie sont particulièrement recherchés.

En fait d'industrie manufacturière, on ne compte guère dans les pays de l'Atlas que la fabrication des tissus et dos lapis. Les tapis du Mzab en Algérie, ceux de Rbat au Mar-oc sont célèbres. Les" cuirs marocains, travaillés jadis à Maroc, aujourd'hui à Fez, ont gardé leur vieille réputation.

Commerce, voies de communication. — Les régions de r.\tlas qui ont le plus de l'ichosses à échanger, sont celles qui bordent la mer, c'est-à-dire le Tell. Il n'y a de pays riches, bien développés et d'un seul tenant que sur les bords des fleuves marocains et dans la vallée tunisienne de la Medjei'da ; jjartout ailleurs les régions favorisées sont de petite étendue, assez éloig-nées les unes des autres

OU séparées par des massifs montag-iieux. Les pays les plus riches étant au bord de la mer, c'est la navigation qui est le g'rand moyen d'échange et de transport : c'est ])Ourquoi les routes qui sillonnent la bordure maritime des pays de l'Atlas, et même les chemins de fer ont un trafic assez restreint, sauf dans le moment d'extrême exubérance des récoltes. C'est vers la mer Méditerranée beaucoup ])lus que vers le continent africain que regardent les pays d'Afrique riverains de la Méditerranée ; c'est pourquoi il ne faut pas considérer comme de première importance les I apports qui existent et peuvent encore se développer entre le Maghreb et le Soudan : la mer est un lien, le désert est une séparation; la mer a les transports les plus économiques, le désert les plus coûteux.

L'Algérie et la Tunisie ont déjà un beau réseau de routes de près de 20 000 kilomètres, tandis que le Maroc n'est guère sillonné encore que de pistes et de chemins muletiers. Les chemins de fer n'existent (|u"en Algérie et en Tunisie. Le réseau se compose actuellement d'une grande ligne parallèle à la côte et qui va de Tunis à Tlemcen. Sur cette g-rande ligne se g-relTent des lig-nes secondaires qui mènent aux ports d'embarquement, Arzeu, Mostaganem, Bougie, Philippeville, Bône, Bizerte et Sousse. D'autres lignes, dites de pénétration, s'enfoncent dans l'intérieur : l'une touche à Figuigsur les confins du Maroc, l'autre dans la province d'Alger atteint Berroug-hia, une troisième dans la province de Constantino aboutit à Biskra. En Tunisie plusieurs lignes rayonnent de Tunis vers Zaghouan, Sousse et Kairouan ; une ligne industrielle unifies ports de Sfax à Gafsa, riche par ses exploitations de phosphate.

Alg-érie et Tunisie réunies ont 4 200 kilomètres de voies ferrées, la plupart à voie unique et étroite.

On a pi'oposé un certain nombre de projets de voie ferrée transaharienneqm unirait l'Algérie et la Tunisie ou même Tripoli aux grands marchés du Soudan, Timbouctou surle coude septentrional du Niger, Kouka, Kano. Mais d'abord la construction d'une voie ferrée à travers un désert successivement pierreux et sablonneux, mal pourvu d'eau, incapable ou peu capable de fournir des cargaisons, est une œuvre difficile et coûteuse. Les optimistes pensent qu'elle ne coûterait guère plus d'un milliard, ce qui est bien cher pour une voie ferrée destinée à transporter peu : le chiffre

de 2 a 3 milliards sérail plus près de la vérité. Or les parties les plus riches du Soudan sont proches de la mer, comme les parties les plus riches de l'Alg'érie. Il semble donc que le commerce du Soudan doive gagner la mer comme celui de l'Algérie : les deux courants commerciaux vont en sens contraire, loin d'aller l'un au-devant de l'autre. On a vanté aussi l'elTicacité d'un chemin de fer transsaharien pour le transport des troupes d'Algérie au Soudan : il est facile de répondre que nousavonsau Sénégal et au Soudan assez d'indigènes fidèles et belliqueux pour y soutenir notre politique sans l'assistance des contingents d'Alger. 11 n'y aurait lieu de construire un transsaharien que si l'on faisait au désert la découverte de quelque merveilleuse richesse minière, outre le sel qu'on y rencontre déjà ; mais cette découverte n'est pas faite et nul n'a le droit de l'escompter.

Le commerce des pays de l'Afrique méditerranéenne est favorisé à la fois par le voisinage de VEurope ([ui achète des céréales, des primeurs, des fruits ou des vins, et par leur situation sur le passage des innombrables navires qui parcourent la Méditerranée dans les deux sens, pour g'agner le canal de Suez et l'Extrême-Orient, ou pour en revenir. L'Alg-érie et la Tunisie ont singulièrement g'ag-né dejtuis que la France les a colonisées; le Maroc, le plus riche de tous ces pays, est fort en r'etard à cause de son état d'insécurité et de guerre civihî. I^a Tripolitaine et la Gyrénaïque, d'ailleurs plus [tauvres, sont un peu plus(|ue le Marot; en l'état d'abandon.

L(î Maroc, que l'infUnincc fi'anç;iise sauvera de l'anarchie et (mrichira, achète aujourd'hui aux pays étrangers pour 35 millions environ de marchandises et leur en vend pour une trentaine : ses ])rincipaux articles d'exportation sont les légumes, les peaux, les œufs, l'huile d'olive, l(! bétail et les céréales. Les ports les plus actifs sont Tanger (500 000 tonnes), Casablanca, Mazag;ui et Mogador. La Grandc-Bi-etagne occupe le pr-emier rang- dans ce commerce, la France le deuxième ; c'est l'Alleuiag-ne qui nous serre de plus près.

L'Alg-érie fait aujourd'hui un très a* lil' (;ommerce qui v.'M'ic de 250 à 300 millions à l'cxporliiliou et de 300 à 325 millions à rimfxjitiilion : sur ce lolal la France com])te poiH' plus d(! 500 millions. Les ports de l'Algérie, dont h^s

plus actifs sont Oran, Alg'cr et Philippeville, ont un tonnage de plus de 5 millions de tonnes, entrées et sorties comprises. Alger devient un port de relâche de plus en plus important pour les navires de l'Europe du nord et de l'ouest qui gag'nent l'Extrême-Orient.

Le commerce de la Tunisie qui n'était guère, avant l'intervention française, que d'une trentaine de millions, se chiiïre aujourd'hui par GO ou 70 millions aux importations et iO ou 50 aux exportations. Comme l'Algérie, la Tunisie est un marché dont l'importance varie beaucoup d'une année à l'autre, comme ses récoltes mêmes. Elle vend surtout des céréales, de l'huile d'olive, des phosphates, du bétail, de l'alfa et des minerais. Le mouvement de la navigation a dépassé 2G00000 tonnes dans les ports tunisiens : la France ne compte que pour la moitié dans l'ensemble du mouvement maritime.

Le commerce de laTripolitaine, y compris la Cyrénaïque, ne dépasse g-uère 20 ou 25 millions; on y exporte de l'alfa, un peu de céréales, du bétail, des peaux, des éponges. Au total, la valeur des échang-es qui se font entre la Tripolitaine et le Soudan n'est g-uère supérieur à 5 millions de francs. On peut apprécier par là ce qu'aurait à transporter un chemin de fer transsaharien. C'est la Grande-Bretagne qui, par Malte, fait le commerce le plus actif avec la Tripolitaine. Tripoli de Barbarie (450 000 tonnes) est le port le plus actif de cette région.

Plusieurs compagnies françaises de navigation visitent les ports des pays de l'Atlas. Les services les plus rapides sont faits parla G'"" générale Transatlantique dont les navires font le service accéléré de Marseille à Alger en ving-tquatre heures environ. Les services de la C''' Touache des Transports maritimes à vapeur ont également une grande régularité.

Page 1