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CHAPITRE VI

Sommaire.

Limites imprécises. Soudan proprement dit, Soudan maritime. Le Soudan proprement dit se subdivise en : 1» Soudan orientai, Kordofun, Dar-For, Oiiadaï, jiays de plateaux ondulés; 2° plaine du Tchad, dépression considérable de (iOO kilomètres de long sur 400 de large; 3" plateaux du Haoussa qui atteignent par endroits jusqu'à 2 000 mètres d'altitude; 4" hauteurs du Soudan occidental, Foulu-Djallon, munlagnes du Dahomey, etc.

Climat. — Les. moussons, saison des pluies, saison sèche, climat continental.

Hydrographie. — Versant du Nil, bassins fermés (Tchad), versant du iNiger. 1" Versant du Nil. Cours d'eau peu importants, sauf le liahr-el- Arab, affluent du Balir-el-Ghazal; 2" le lac Tchad (superficie, 27 000 kil. carr.) ne reçoit que très peu d'affluents. Le princijial vient du sud et est le Chari ; 3" le cours du Niger se divise en quatre parties : cours supérieur ou montagneux (altitude de la source, 1 400 m.) jusqu'à Koulikoro ; — cours moyen correspondant à la courbe décrite par le fleuve qui, coulant en partie dans un pays plat, se ramifie en plusieurs bras (Zao Deboé), passeàKabara port de Tombouctou, puis est arrêté par des rochers (rapides de Boussa, GO kil. de long) ; — cours inférieur : c'est dans cette partie de son cours que le Niger reçoit son seul grand affluent, la Bénoué ; le delta du Niger couvre environ 25 000 kilomètres carrés; les eaux du fleuve arrivent à la mer par douze bouches principales. — Flore très variée changeant du nord au sud avec la durée de la saison des pluies ; au nord l'aire des steppes, au sud la grande forêt vierge. Même dlIféTence entre le nord et le sud pour la faune. — Les races sont très mélangées dans le Soudan oriental : nègres Chiliouks, Arabes, Fellans, etc. L'ancien Soudan égyptien où le Mahdi s'était révolté (prise de Kartoum) a été reconquis par les armées anglaises. Kartoum. El Obéid, El Fâcher, Kohé sont les villes principales. — Dans le pays du Tchad, les races sont également très mélangées : les nègres et les Arabes y prédominent. Entre le Bornou et le Niger domine la race Peuhl qui a formé deux États, le Solioto et VAdamauua. L'Angleterre [Royal Niger Company) et l'Allemagne (le Kameroun) ont jiris pied dans ce i)ays. — Richesse forestière du Soudan (bananier, arbre à kola, karité). Culture des céréales et des fruits; élevage (chevaux et ânes), chasse (lions, panthères, léopards, autruches). Rareté relative des minerais dans le Soudan; petite industrie familiale. Commerce des caravanes. Ivoire et or. Ditîérents projets de chemin de fer.

Le Soudan ri'est pas une région rigoureusement limitée ni semblable en toutes ses parties. Le mot s'appliqua primitivement dans l'esprit des Européens aux Etats nèg'res situés dans le bassin du Nig^er. Quand l'Ég-ypte poussa ses

comiuètes vers le Kordolan et le Darfour, on donna aussi à ces provinces le nom de Soudan. Enfin à l'ouest, les Français ont compris sous ce même terme des étendues et des natures de pays très différentes à mesure que la découverte et la conquête faisaient des progrès au delà du Sénégal. En somme, on appelle Soudan une large bande de terre qui s'étend entre rÂtlanliquc d'une part et l'Ethiopie de l'autre, et dans laquelle régnent les moussons. Mais cela môme n'est pas une limite car le régime des moussons s'étend sur des pays dont les uns ont une saison sèche très longue, les autres une saison humide comprenant le plus grand nombre des mois de l'année.

Le Soudan proprement ditpeut sediviseren quatre parties distinctes : 1° le Soudan oriental, pays de plateaux ; 2" la grande plaine alluviale du lac Tchad ; 3° les plateaux et les montagnes du pays Haoussa ; 4° au delà de la vallée du Niger, les terrasses du Soudan occidental.

Relief du Soudan. — Chacun de ces groupes de pays montagneux a donc un relief différent :

l"LeSoudanoriental, A'o/v/o/V/??,Z)f/7'-/^o;%()?<^/^/^//,etc.,est un pays deplateaux ondulés, hautsdeSOO mètresen moyenne et accidentés par des massifs isolés de monts granitiques ou volcaniques. Le principal massif est le Marrah dans le Dar-For : ce sont des croupes de g-ranit et de volcans éteints qui se succèdent sur une longueur de 200 kilomètres, du nord au sud, et qui atteignent 1800 à iOOO mètres environ. A l'ouest du Marrah, le plateau s'incline vers le Tchad, mais est encore sillonné de rides montagneuses dont l'une, le djebel Ghcré, mesure 1000 mètres.

2° Au milieu du Soudan est la plaine alhivialc du Tchad, mesurant 400 kilomètres d'est en ou(;st et 5 à 000 du nord au sud. Le Tchad n'est qu'à 208 mèlics au-dessus de la mer : entre ses eaux et celles du bassin du Congo ne se dressent que d'insignifiantes lignes de relief.

A l'ouest du lac se développent les plateaux du //(toussfi. Ce sont d'abord, entre le Tchad et la Bénoué, les monts Ouanddld, élevés s(Hilement de 800 mètres, maisse dressant comme une citadelle au-dessus des plaines. Au sud, le cùne isolé du mont Mt'Hdi/\ sans doute un ancien volcan, mesurant 2 000 mètres. Entre le Tchad, le Niger et la Bénoué s'étendent de grands ])lateau.\, caicaii'cs au nord,

^■panitiques au sud : ils sont fortement entaillés par les vallées où coulent le Sokoto et le Komadougou, le Niger et la Bénoué. Dans la partie orientale de ces plateaux, le Yakoba se relève jusqu'à des hauteurs de plus de 2000 mètres, comme le mont ^'a/v/nc/a. L'explorateur Ptohlfs décrit cette région comme un véritable pays alpestre.

A l'ouest du Soudan, ce sont encore les plateaux qui dominent, comme l'a prouvé Binger à qui l'on doit d'avoir mis fin à la légende des monts de Kong. Le pays de Kongn'est qu'un pays de terrasses peu élevées et de plateaux dont la hauteur ne dépasse g-uère 800 mètres. Le massif du Fouta-Djalon n'a lui-même que des altitudes de 1 100 à 1 200 mètres. Un autre relief sans doute plus important, où les explorateurs Blondiaux, Hostains et d'OUone ont sig-nalé des sommets de 1800 à 2 000 mètres, s'étend vers les sources de la Volta, du Bafing-, du Comoè et du Bandama. C'est ce que l'on appelle le massif du mont Mina. Dans le Haut-Dahomey des explorations récentes ont reconnu quelques hauteurs de 1 000 à 1 200 mètres auxquelles on a donné le nom de monts Delcasse.

Climat du Soudan. — Le Soudan est par excellence un pays de moussons. Pendant l'été boréal, le Sahara devient un centre de dépression qui attire de toutes parts des vents marins du sud. Aussi l'été est-il la saison des pluies. Pendant l'hiver dominent au contraire, sauf dans les rég'ions littorales du sud, les vents de terre. Saison sèche et saison humide se partagent très inégalement l'année dans les dilférentes régions. Ainsi la côte de Guinée a 250 jours de pluie par an : cette saison n'est plus guère que de G semaines dans la région septentrionale de la boucle du Niger.

Le Soudan est un pays de grande chaleur. Mais le thermomètre s'élève moins dans le sud où l'humidité est plus grande, tandis qu'on observe de g'rands contrastes de température dans les régions plus sèches qui confinent au Sahara. Au mois d'avril, on a mesuré à Kouka des températures do plus de 45" à l'ombre.

Fleuves et Lacs. — Les eaux du Soudan vont soit vers le Nil, soit vers des bassins fermés comme le Tchad, soit vers le Niger.

|o Ycrsani du NU . — Le Nil traverse du sud au nord la

oi AFRIQUE.

zone du Soudan avant de déboucher au déserl. Le Soudan oriental, Senna?\ Kovdofan eiDar-For, ne lui envoie guère que des rivières temporaires auxquelles on donne le nom de « khor ». Un seul de ces cours d'eau, à la limite du Soudan sec et des pays très arrosés de l'Afrique centrale, le Bahr-el-Arab, descendu du plateau du Dar-Ferlit, rejoint régulièrement le Bffhr-el-GluizaL véritable marécage souvent à sec. C'est à la mission Marchand que nous devons la reconnaissance géographique la plus approfondie du Bahrel-Ghazal.

2" Bassins fermés. — Le bassin du Tchad a été rigoureusement étudié par les récentes explorations de Monteil, de Gentil, de Joalland et de Foureau. On sait que ce lac, très indigne d'être comparé aux lacs de l'Afrique orientale beaucoup plus profonds que lui, couvre une superficie d'environ 27 000 kilomètres, dont un tiers se compose d'îles ou de hauts-fonds situés surtout dans l'est. Le Tchad est donc plutôt un grand marécag-e qu'un lac proprement dit : on n'y a pas encore reconnu de profondeurs su[)érieures à 5 ou G mètres. Au nord le Tchad redue, quand les eaux du sud ont déterminé une montée, dans un fleuve appelé Bahrel-Ghazal qui lui sert de déversoir. Son affluent de l'ouest, le Komadoug-ou-Yoobé, mesure GOO kilomètres mais eslsouvent à sec au d(''but de l'été. De même, à l'est, le Komadougou- Mboulou n'a d'eau que pendant les pluies d'été. Vers le nord-est et le nord il n'y a point d'affluent. Au bassin du Tchad confine un autre bassin fermé, tantôtlagune et tantôt lac, le Fittri. Les eaux viennent presque toutes du sud par Icî CJiari^ fleuve puissant et qui, même dans la saison sèche, di'houche dans le Tchad par une l)ranrhe d'un Uilomèti-e de large. Suivant l'importance des pluies, le niveau du Tchad peut varier beaucoup d'une année à l'autre.

''j° Le Niger. — Le grand fleuve du Nig-er est long- de ''•200 kilomètres envir-on. I^e Nig-er prend sa source, sous le nom do Diolibn , au milieu decroupes de 1100 à 1400 mètres où le capitaine Bi'iquelot a reconnu, en 1803, sa source fétiche. i>e massif du Fouta-Djalon lui envoie sur la gauche la g-rosse rivière du Tfinkisso; mais il est surtout grossi à droite par leBani ou M<fi/e/-Bti/eve/, veiui de la r'êgion très arrosée du Kissi et prestpie aussi im[)orlant (|ue le fieuve lui-même. A Siguiri, à A'-iO Uilomètres de la source, il n'est I>lus qu'à '.ViQ mèti'es au-<lcssus de la mer. Un g-iand bar-

LE SOUDAN. o3

rage, celui de Sotuba, marque la fin de son cours de montagne : c'est là que commence son cours moyen et navigable.

Cette partie du fleuve a été étudiée en 1887 et 1889 par les lieutenants de vaisseau Garon et Jaime. De Timbouctou à l'embouchure, Hourst a descendu le g-rand fleuve et a déterminé son régime hydrog-raphique, pendant que le commandant Toutée le remontait de Badjibo à Say. De Koulikoro à Timbouctou, le Nig-or coulant dans un pays presque plat, s'étale en larg-enappeetse divise en marig-ots. Kn aval de Sansanding-, se développe entre ses deux bras une Mésopotamie qui devient le lac Déboé en temps de crue. Plus remarquable encore est l'ensemble des bassins lacustres qui se développent au nord-ouest de Timbouctou et dont le principal est le Fag'uibine, rempli par les eaux du Niger en temps de crue. Le fleuve s'engage ensuite dans une série de gorg-es entaillées à travers les plateaux sahariens: au passag-e de Tosaye il n'a que 90 mètres de larg-e et est très profond. Là il n'y a pas d'autres affluents que des ouadi désertiques. A Boussa commence une suite de rapides difficilementfranchissables: les dernières cataractes sont comprises entre Rabba et Eg-g-a; désormais le fleuve est navigable jusqu'à la mer.

Au point où commence la partie maritime de son cours, le Nig-er n'est plus qu'à 136 mètres d'altitude et il a encore 750 kilomètres à parcourir jusqu'à la mer. C'est alors une nappe majestueuse, profonde en toute saison d'une vingtaine de mètres, d'une trentaine après les crues. La Bcfwué, qui conflue à Lokodja, ég-ale le Nig-er par la masse de ses eaux. Sortie des monts de l'Adamaoua, la Bénoué reçoit le Mayo-Kebbi, déversoir des marais de Toubouri. Dès Yola, la Bénoué devient un grand fleuve et coule d'est en ouest sur plus de 1000 kilomètres. A Yola son courant a 800 mètres à un kilomètre de larg-eur.

A 200 kilomètres do la côte commence le delta, immense ag-giomération de boues semi-liquides, coupées de milliers de canaux, couvertes à l'intérieur par la forêt vierge et sur le pourtour par les forêts de mangliers. Le delta du Nig'cr couvre environ 25 000 kilomètres carrés. On compte dans ce dédale une douzaine de bouches principales dont la plus accessible est aujourd'hui le Bio-Forcados, reconnu par le commandant Toutée.

Vie végétale et animale. — La végétation du Soudan varie de caractère et dintensité du sud au nord, comme le climat. Au nord ce sont les steppes et les savanes, dans le Kordofan, le Dar-For, le Ouadai, le Kaneni et le nord du Bornou. Dans les steppes et les savanes, peu d'arbres si ce n"est des bouquets de palmier doum, de palmiers dattiers et d'acacias. Steppes et savanes sont d'une admirable verdure après les pluies, d'une allVeuse misère pendant la saison sèche. On passe de la zone des savanes à celle des grandes forêts du sud par la transition de pays où la vég-étation est plus constante, oùlesbouquets d'arbres sontplus nombreux. L'arbre caractéristique des forêts du sud est le palmier à huile dont l'exploitation fait vivre presque tout le commerce des ports de Guinée.

De même la vie animale varie d'intensité et de caractère du nord au sud. Au nord le pays est riche en chevaux : les chameaux ne peuvent vivre au Soudan que pendant la saison sèche : dès les premières pluies on les ramène vers le désert. Au sud, dans les marais du Tchad, du Baghirmi et du Bas-Nig-er vivent en troupes encore nombreuses les éléphants et les hippO(jotames.

Populations. États. — L Soudan oriental. -^Le Soudan oriental est mal poujjlé. On évalue la population du Soudan ég-yptien à 2 millions et demi d'habitants environ (n peu près 5 parkilom. carré) ; celle du Kordofan à 3(10 000 (1 par Idlom. carré); celle du Dar-For à 3 ou 4 millions (6 ou 8 par kilom. carré) ; enfin celle du Ouadaï à 2 millions et dv\n\ (G par kilom. carré i.

Les races y sont très mêlées. Entre le Nil Bleu et le Nil Blanc habite un mélange de nègres Dinka et Cliillouk, de Bcdja ou Nubiens et enfin à'Arnben.

.Jusqu'en 1883 la llaute-Nubie, le Sennar, le Kordofan et le Dar-Forformaient le Soudan égyptien. C'est alors qu'une formidable révolte dirigée par un u)ahdi ou messie détruisit l'armée ég-yptienneet pritKartoum. C'est seulement quinze ans après que lord Kilchener repritce pays pour le compte de l'Egypte. La ville la plus importante du Soudan égyptien est Kartoum, fondée en 1830 par Mehemet-Ali et qui comjitait 30000 habilants avant sa [)rise par les mahdish's.

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