‹ Afrique, Asie, InsulindeChapitre 17 sur 86 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

SOJIMAIRE.

Relief. — 11 faut distinguer dans cette région plusieurs zones de relief fort différent : le versant orientai et le jtlateau des grands lacs (volcan Eff/on, mont Mérou, Kiliinandjaro. G 100 m., Ounijamouési. plateau de Blanlyré). Entre i'cs plissements élevés s'étendent les grands lacs Jacs N\ assa. Rikoua, Tanganika, Alhert-Éduuard et Albert). Ce plateau finit à l'ouest par dos terrasses de 1 ôOO à 1 000 mètres, au nord ])ar des croupes de 1 300 à 1 100 mètres; au sud par le demi-cercle des monts Lokinga.

Dassin du Congo. — Le bassin du Congo est une grande cua elle délimili'c à l'ouest i»ar une ceinture de montagnes bordières.

Relief de Id cale occidentale. — Ce relief est déterminé an nunl par l(^ volcan de Cameroun, les nionls di' Cristal avec le iniml tic la Milrr, les plateaux de VAnrjola.

Climat. — Sur la cote ouest les pluies diminuent d'une façon conslaiile du nord au sud (au Gabon, 3 à 4 mètres ; à Mossamédès, 0 m. 12). A l'iidérieur les jduies amenées par les vents d'Est viennent de la mer des Indes. La rote occiflentale d'Afriipie a une température remartpiablemenl basse iimir sa latitude (lempéralure moyenne : 17 à 20" . Elle est due aux vents fniis <iui souftlent de l'ouest et à la nébulositi'- du ciel.

Hi/dror/raphie. — Le |di(''nomène le plus grandiose de l'hyilrograpliie de r.\fri(iue équatoriale esl celui des grands lacs qui se déversent par les ])lns grands lieux es de l'Afriipie : I" versant du Nil [lac Vicloria-Nyanza . d'où sort le Nil. Ce fleuve a G .')00 kilomètres : il est formé de deux rivières (le Siuuou et la Kaguéra . Il prerul la direction du nord-ouest et francliit d(! nondui'ux rapides (cluites Uipon, Murchison, etc.), reçoit les eaux du lac ,\lliert-Edouard, traverse le lac Albert et après 2(10 kihiniètri's arrive à Ladn. grossi du Snbat à droite et du Rrilir-el-dliazal à ;;aMi-|ii'; il sort de l'Afriipie éMpi.ilcuiale sous le luun de P,aln-el-Al}i(id en tleu\e HIanc. Le lac ï'r//(7<n///.-rt se déverse dans le Congo par la /.oH/roi/f/«. Le lar Rikoua est un bassin fermé; le \ac Ni/assa est dangereux par ses lemi)étes. Le Conr/o ou Tcliumhézi traverse le lac Ranr/onélo. Formé ])ar la n'unioii du Lonapoula et ilu Loiialaba, il franchit, déjà puissant, les rapides connus sous le nom i\v Slanlei/-falls, décrit une immense couriie \(is le nord et reçoit le Kassaï à gauelie et VArou/iouimi à droite, et francbit de nouvelles cascades. Il reçoit ensuite adroite VOubanr/ui grossi lui-ménie de VOuellé el du M'Ihnnon, la Sani/ha. la ÎJkouala et VAlinia et après s'être endormi dans le Slanlei/-)i<)id, être descendu un escalier de 32 cataractes (rai)idcs de Yellula), il a 17 kilmnèircs de laigi

C'est à Vivi que commenre l'estuaire. Le déhit du lleuve varie de 40000 à 72 000 mètres cubes à la seconde. Les lleuves de la cote ouest sont iiundireux. Les principaux sont le Kameroun, le Sati-liéiiitn, le Moimi, le Gabon, VOgooiié (1200 kil.) et le Niuri-Koidlou. Au sud du Congo, il faut citer le Coanza, navigable pendant 200 kilomètres. Les lleuves de la cote orientale sont considérables : le Rovouma, navigable sur 300 kilomètres ; le lioufif/ji, le Pangani, le Tana et le Djouba que Cliaillé-Long a remonté sur 278 kilomètres.

Les cotes. — A l'cxceptioa de quelques saillies (volcan du Kameroun, mont de la Mitre, cap San-Juan), la côte occidentale est basse et marécageuse. Les courbes sont peu accentuées. II n'y a guère que trois découpures a signaler (la baie de Corisco, celle du Gabon et celle de Nazareth). La cote orientale est, au contraire, très dentelée. La baie de Mozambique est profonde et sûre; Dar-es-Salaam. est un excellent mouillage; Ba(jamayo est beaucoup plus médiocre. Les îles de Zanzibar et de Pcmba ont une grande importance commerciale. Au nord de Zanzibar, il faut citer l'île de Monbaz et la rade de Mélinde.

Véf/étation. — Sur la côte occidentale s'étend la forêt vierge avec les cocotiers et les palmiers à buile. Il en est de même le long du Congo et autour des lacs (grande forêt). Vers le sud, la forêt vierge ne tarde pasà s'éclaircir : on trouve alors les savanes, puis la brousse. Sur le versant de Zanzibar, la forêt vierge réapi)arait et alterne avec des berbes touiïues.

Vie animale. — Les grands mammifères sont encore nombreux au (labm), dans l'intérieur, sur le Congo et les grands lacs <f/orilles, éléphants^ /lippopotames, crocodiles, sanr/iiers, rhinocéros, panthères, etc.).

Population. — Les régions du baut Nil et du Congo ont été longtemps désolées par les guerres et les razzias, et la vente des esclaves n'a pas encore complètement cessé. Toutefois on évalue encore à 12 millions cette population pour l'Ouganda et le baut Nil, à 30 millions pour l<' Congo belge et à 9 millions pour le Congo français. Certaines de ces peuplades s'étaient groupées en royaumes {Ounyamouési-Oudjiji, Ouganda, etc.) ; mais ces royaumes n'existent plus.

Géographie politique. — Les Arabes ont été les premiers maîtres de l'Afrique équatoriale {Tipoo-Tip). Aujourd'hui cette immense région a été partagée entre les États euri)|iéens. Au nord de la côte occidentale, les Allemands ont fondt' la colonie allemande du Kameroun (villes principales : Victoria et Kameroun). Grâce à M. de lirazza, la France s'est installée au Gabon et au Congo français (.3 000000 kil. car.). Les pitsles les plus ini|Mirtantssont : Libreville, Loungo, Lambaréné, Francerille ri surtout Brazzaville, sur le Congo. Les Portugais |)Ossèdent sur la côte l'enclave de Cabinda. L'Association internationale du Congo fondée sous la présidence du roi des Belges est devenue, après les voyages de Stanley, VÉtat Indépendant du Congo (IScS'i), reconnu neutre en lS8ô. Cet Etat a 2 000 000 de kilomètres carrés. Les principaux postes sont ceux di' Roma, Banana. Léopuldville, Manyanga, etc. Enfin il faut citer, au sud du lleuve, la vieille colonie portugaise de l'Angola 700 000 kil. carr.) dont la capitale est Saint-Paul de Loanda (15 000 bab.) et les autres centres, Benguela, Mossurnédés. Sur la côte orientale, l'Allemagne (conventions de 1890 et de 1895) est devenue maîtresse de la moitié du Zauguebar (ports i\c Kiloa, f>ar-es-Salaam,Baganioyo, etc.); l'Angleterre possède la côte orientale, le pavs entre le Kilimandjaro et le Kéiiia, le royaume de lOuganda, etc., et a proclamé son protectorat sur Zanzibar et Pemba. Le

paijs Somal compris entre rAl>yssinie, le Kénia et le cap Guardafvii est un i)lateau séparé de la cote par des monts granitiques. Le climat est celui des steppes h pluie d'été: la côte est un désert de jiiantes salines. La côte du golfe d'Aden est.roclieuse et semée d'écueils (cap Guardafui). Un seul i)ort est utilisable : Bevbera. L'Italie a proclamé son protectorat sur le sultanat d'Oppia (1888) ; l'Angleterre a occupé Zeilnli et Berbeva. Géor/raphie cconomique. — Le sol du Congo n'est pas extrêmement riche. Le relief du sol aggrave ces inconviMiients et les voies navigables sont difficilement praticables auxenvironsdclacôle. Enfin le climat est malsain dans les régions jjrodnclives. Ajoutons que rex|iloilation du sol ne pourraélre entreprise que lorsipie le problème de la main-d'o^u\ re aura été résolu. La principale richesse naturelle est la richesse forestière (bois de construction, caoutchouc, r/ommes et résine, noix de kola'. Les cultures les plus usitées sont celles du doura/i, du manioc, du maïs. Les fruits viennent liieii : le café enrichit l'Angola. 11 faut citer aussi parmi les cultures qui doivent réussir, le riz, le tabac, \q sésame e\ l'indigo. La chasse des éléphants est rémunératrice. Les ressources minérales consistent en sel (région du Tanganika); en arf/ent (Angola): en cuivre. Ce qui manque à la région du Congo, ce sont les voies de communication. Les cours d'eau sont |)res([uc tous coupés de chutes aux environs de la côte ; les animaux de transptut ne peuvent vivre; il faut donc avoir recours aux jtorteurs. en attendant les voies ferrées. Déjà le chemin de fer du Congo belge a 400 kilomètres de Matadi à Léopoldville, celui de l'Angola 100. Le Congo français n'est pas encore doti' de ce moyen de transpurt. Aussi le commerce total de la région atteint-il à peine 150 millions. Les exportations consistent imi ivoire, caoutchouc, amandes de palme, café, etc. ; les importations en eaux-de-vie, cotonnades, perles et verroteries, etc. Ce commerce est dans les mains des Allemands an nord et des Anglais au sud; la France vient an lidisième rang. La valeur économicpie des régions orientales est 1res varialile. Le pays est extrêmement riche sur le ])lateau des grands lacs : le pays Somal est beaucoup moins favoris(''. L'Afri(pie orientale est plutôt un pays de ste[)|»es et d'herbages. Toutefois on rencontre t\Qî^ forèls de cocotiers, gommiers, lianes à caoutchouc. Les inriigénes récolleul le /•/;. le blé, le duurah, le manioc. Zanzibar possède de vastes plautaliiuis {Vépices. Les Somalis sont des jieuples pasteurs; la pèche est active sur toute la côte : l'Afrique orientale possèile du fer en abondance (Kilimandjaro et OMj(<«(/a). L'.Vfrique orientale est encore moins favorisée cpie le Congo en moyens de transport. Cei)end;int une route conduit de l>ar-rs- Salaam an Tangatiika et une autre de Monbaz au N'yanza. La niomlie Isetsé ne permet pas d'utiliser les animaux; il faut avoir recours aux porteurs. C'est avec l'Asie (pie se fait la plus grarule partii' du conuueice (50 à GO millions de francs). Principales exportations : Ivoii'c, nommes, peaux, épices; principales importations : tissus, armes, boissons, verroterie. L'Angleterre, la France et l'Allemagne participent au trafic dans la plus forte proportion.

Cararti'rvti (jéiiérau.v. — Nous dùcriions sous ce litre un ensemble de pays compris enlr(; IWUanliquc et l'océan Imlicn cl dont le bassin du Gon;;o cl le plateau des j^ramls lues ni- sdiit d'ailleurs qu'une jiarlie; nous y annexons h lilie de dépendances les |)ays qui en sont les

ilébouchés maritimes, soit sur l'océan Atlantique, soit sur l'océan Indien.

Relief. — Celle immense étendue de pays comprend :

i" A l'est et à l'ouest, le long- des côtes, deux zones de montagnes et de terrasses qui s'élèvent graduellement vers rintérieur du pays et dont le dernier gradin forme la bordure du plateau d'Afrique ;

2° A l'intérieur, le plateau des grands lacs ;

3° Le bassin du Conpi-o.

I. Versant oriental et plateau des grands lacs. — La lig-ne des hautes terres qui forme, du nord au sud, le rebord oriental du plateau des grands lacs est, en même temps, l'arête maîtresse de cette portion de l'Afrique. Du sud de l'Ethiopie jusqu'au delà du Kilimandjaro, s'étend un longrenflement volcanique formé par une double rangée de volcans que séparent de profondes fissures où se succèdent des lacs, à des altitudes de .500 à 1000 mètres. On connaît mal encore les montagnes du nord. En 1888, les explorateurs comte Teleki et von Hohnel ont aperçu les cimes neigeuses des rofrrnis El-Karamojo et Elgon à l'ouest, ce dernier mesurant au moins 4 300 mètres d'altitude.

La lig-ne des montag-nes continue ensuite entre le Victoi-ia- Nyanza et les petits lacs do l'est pai- des volcans moins hauts, tandis que, dans la rangée de montagnes de l'est, se dressent des pics énormes : le Kcnia (5 500 m.), le Mérou (4480 m.) et le KHitnundjaro (0 100 m.), masse énorme qui n'a pas moins de 100 kilomètres de l'est à l'ouest et 50 kilomètres du nord au sud. Du massif de Kilimandjaro le plateau descend vers la mer par une série de croupes décroissantes de 2000 à 1200 mètres de hauteur; les monts granitiques de YOu.^rnnbara, en face de l'île de Pemba, mesurent encore 1 500 mètres.

Le plateau des grands lacs, qui s'étend à l'ouest de ce pays montagneux, a sa pente g'éjiérale vers l'ouest ; son altitude moyenne varie de 1 000 à 1 400 mètres. Au sud et à l'ouest, le sol est coupé par une suite de failles profondes au fond desquelles les eaux se sont amassées en g-rands lacs. La ]>lus profonde de toutes ces vallées est celle du sud, puisque le niveau du lac Nyassa n'est qu'à 480 mètres audessus de la mer ; mais cette profonde entaille est bordée

de hautes montagnes, notamment à Test où se dresse la chaîne Livingstone, haute de 2 à 3000 mètres. La longue déchirure du sol que remplit le Tang-anika a 630 kilomètres du sud au nord et s'enfonce très profondément aussi dans le plateau. On a mesuré des profondeurs de 550 à 600 mètres dans le Tanganika ; des monts de 1 000 à 1 800 mètres Fencadrent de tous côtés de hautes falaises.

C'est au nord-ouest du plateau des lacs que se trouvent les hauteurs les plus considérables. L'expédition de Stanley a découvert, entre les lacs Albert-Edouard et Albert, qui sont déjà l'un à 1 800 mètres, l'autre à 700 mètres au-dessus du niveau de la mer, le massif des Roiiive?isori qui s'élève jusqu'aux neiges éternelles et atteint 5 450 mètres. Cette grande zone montagneuse se [irolonge directement au sud par le massif considérable du Mfoumbii^o (environ 3 000 m.) entre le lac Albert-Edouard et le Victoria-Nyanza.

Le plateau des grands lacs semble se terminer à l'ouest, au delà des lacs Tanganika et Moéro, par des terrasses étag'ées de 1 500 à 1000 mètres. Au nord, il tombe |tar des croupes de 1 ^JOO à 1100 mètres (pic traverse le Nil pour descendre à Ouadelaï. Au sud, il a pour limite le demicercle des monts Lokinoa (2000 à 3 000 m.) entre le lac Bangouélo et le Zambèze.

II. Bassin du Congo. — La paitie de rAlVi(|uo intérieure ([ue draine le Congo mérite bien le nom de bassin. Toute la contrée comprise entre la grande boucle que décrit le fleuve au nord, puis le Kassaï et le Sankourou au sud, est en effet une grande cuvette, vers laquelle convergent les rivières de toutes parts. Ce fut jadis un lac dont les eaux se sont frayé un passage à ti'avers la ceinlui'e des montagnes bordièrcîs de l'ouest. Ce l»assin est donc limité, à l'est, i)ai' le plateau des grands lacs ; au sud, parles hauteurs qui s'élèvent entre Congo et Zambèze, jusqu'à 1800 mètres d'altiludi; ; à l'ouest, par les ten-asses et les cbaînes de la côte occidentale dAniipie. L'('X[)loi'ati(>n MaiclianrI a moidré que la limite du nord-est entre le Congo et le Nil était constituée |iar des plis de terrain insignifiants.

III. Relief de la cote occidentale. — Ce relief est encore mal connu. Tout près de la mer, le magnifique volcan KniHcroun (lress(! ses trois pics à 4 200 mT-tres. On ne connaît guère (pic les l(!rrasscs (st les chaînes (pu; descendent en catarai'tes les cours d'eau venus de linliTieur d(! r.\l'ri(pu!.

exception faite des /lai/feurs du Co7igo français que Mizon, Brazza et l'ing-énieur Barat ont étudiées. Les Monts de Cristal sont des terrasses schisteuses profondément découpées et entaillées de vallées. Le point culminant connu jusqu'ici est le mont de la Mitre (1 200 m.). Au point de passage du Congo, ces hauteurs n'ont plus g'uère que 5 ou GOO mètres; elles se relèvent de l'autre côté du fleuve avec les plateaux de i Angola, à l'est de Mossamédès ; la Sierra da Neiva mesure 2000 mètres.

Climat. — Le climat de ces pays est encore mal étucHé. La pratique des exjdorations nous apprend un certain nombre de faits curieux mais non encore expliqués : ainsi, pendant la saison sèche, des vents du sud-ouest soufflent en tempête dans la rég-ion du Congo. On sait aussi que sur la côte ouest, les pluies décr-oissent du nord au sud. Les pentes du mont Kameroun et la région du Gal)on reçoivent 8 ou i mètres d'eau ])ar an; à Mossamédès, on n'a reçu qu'une douzaine de pluies en l'espace do vingt ans. La plus gi-ande partie des pluies vient de l'océan Indien d'où sont amenées les nuées par les vents d'est. Ainsi sur les montag-nes l»ordières de la côte ouest, sur l'Atlantique, c'est le versant qui regarde vers lintérieur du bassin du Congo qui reçoit le plus d'eau et le versant qui reg'arde vers locéan qui est le plus sec.

La prédominance de ces vents marins de l'est fait qu'une température chaude et humide règne sur la [)lus grande partie du bassin du Cong-o. Toutefois, sur les ])lateaux, les contrastes de température sont beaucoup [)lus vifs que sur les côtes et dans le bassin intérieur.

Fleuves et lacs. — I. Plateau des grands lacs. — Les grands lacs do cette région de rAfri(|uo, comp;irables [jouileur grandeur ù ceux de l'Améi'iquedu Nord, trèssuju-rieurs par la rapidité d'échang^e de leurs eaux, n'ont été explorés que dans la seconde moitié du xlx" siècle, par Burton, Speke, Living'stone, Baker, Cameroun, Stanley, etc., etc. r^eur découverte, l'étude du régime des pluies dans les pays où ils se forment ont fait comprendre enfin la nature des grands fleuves de l'Afrique : car les grands lacs ont pour déversoirs le Nil, le Congo et le Zambèze.

1" Versant du Nil. — Le lac Oukéréoué ou Victoria-

iXyanca, situé sous réqnateur, à 1200 mètres (raltitude, est le plus g-rand de tous; il mesure 80 000 kilomètres carrés. On y a mesuré des profondeurs de 200 mètres. C'est de là que sort le A'il, fleuve long- d'environ 6500 kilomèti'es et qui draine, avec ses affluents, près de 3 400 000 kilomètres carrés. L'Anglais Spcke a découvert en 1858 Tcndroit où le Nil sort du lac sous le nom de Kivira. Où chercher les sources du fleuve, dans le Simiou qui tombe dans le lac au sud-est ou dans le Kagiiéra ou Tanfjouré av\ sud-ouest? C'est une question secondaire. Le fleuve est formé parle lac tout entier et le lac est formé par beaucoup de rivières.

Le Nil sort du lac par les chutes de liipon , hautes fie 4 mètres, et forme tout de suite un fleuve écumant, large d'un demi-kilomètre. Dans une course rapide il descend 500 mètres de pente en 150 kilomètres de cours, et tombe par une dernière cascade de 35 mètres, les chutes de Mxrchisoîi, dans le /ac Albert. Stanley a découvert que le lac Albert (700 m. d'altitude) est alimenté ])ar une cinquantaine de cours d'eau venant des monts Rouwenzori et qu'une large rivière, la Semlihi, lui apporte les eaux d'un lac situé à 300 mètres plus haut, le Idc AUtert-Edouard . Quand il en sort, c'est un fleuve tran(|uille, large de 500 à 2 000 mètres, pi'ofdud de 5 à 12 : il serpente ainsi paisiblement vers le nord à travers les gi-andes lierbcs de la « province oquatoriale ».

Nouri'i jusque-là de lacs, il va recevoir un contingent de rivières. Le Sohat lui apporte les eaux de tout le versant sud-ouost des monts d'Elhio])ie ; le Sobal roule parfois 100 mètres cubes à la seconde, c'est-à-dire autant ([ue le Rhône et l'Arve réunis à Genève.

Le Bahr-el-Cihazal draine pour lui tout un ensemble de mai'écages et de cours d'eau appelés rivièrrx du Ai/. Les étud(;s du commandant Raralici', de la mission Marchand, prouvent que ce cours d'eau n'est guèi'e qu'un grand fossé boueux, inaccessibh; aux bateaux et très difficile à traverser à cause du dédale d'Ilots desséchés, de sables mouvants ou de boues liquides qui encombrent son lit. Au confluent, le Nil lui-même est arrêté dans la région dea onfjctrrn;: où d'immenses prairies de papyrus obstruent le fleuve; c'est là ([(u'. furent ai-rêlés les centurions cpu' Néron avait envoyés pour découvrir- les sources du Nil.

Le Nil arrive au Soudan, à Kartoum, sous le nom de

Baln'-el-Abiad ou fleuve Blanc. Là il roule plus do 5 000 mettes cubes H la seconde, après les pluies, et au moins 300 mètres en toute saison ; c'est ce flot constant venu des grands lacs qui lui permet de fournir une couise de 2 700 kilomètres à travers les steppes et le désert.

2" Le Tanf/aniha, long- de 030 kilomètres et large de 50 .n moyenne, mesure 40 000 kilomètres carrés; on y a trouvé des profondeurs de 000 mètres. On le crut longtemps rattaché au Nil par un émissaire ; puis on le prit pour un bassin fermé. En réalité, il va joindre le Congo par le déversoir de \^ Loukour/(i. Mais la quantité d'eau qu'il verse au Congo est fort variable ; parfois môme le déversoir est obstrué complètement pendant quelques mois.

3" Le Nijassa. long- de 600 kilomètres, large de 21, est ég-al aux trois quarts du Tang-anika (30 000 kilomètres carrés au lieu de 40 000). La sonde y descend jusqu'à 800 mètres. Le Nyassa se déverse dans le Zambèze par le C/riré.

IL Bassin du Congo. — Le fleuve Cong-o est l'un des plus grands de la terre : il draine environ 4 millions de kilomètres carrés dans des rég-ions g-énéralement très pluvieuses. Sa branche la plus lointaine naît sur le plateau des - rands lacs, entre la Tang-anika et le Nyassa ; il coule sous les noms de Tchasi et de Trhcimhe:l, vers le sud-ouest. 11 se fait là, en arrière des monts Loking-a, un immense marécag-e, le lac Bemba ou Bangouéolo, dont les plus grandes profondeurs ne sont que de 5 ou 6 mètres. Au sud-ouest de cette zone inondée, le futur Cong-o sort sous la forme d'un courant rapide, qu'on appelle Louapniila, qui aboutit à un second lac, le J/oéro, a 850 mètres d'altitude. Le Louapoula tombe dans un troisième réservoir, le Landji, où se forme le véritable Congo. C'est là, en effet, qu'il reçoit son g-rand affluent, le Loualaba.

Le Loualaba, né dans le sud, à quelques lieues des sources du Zambèze, est un puissant courant qui apporte, à son confluent avec le Louapoula, pjlus d'eau que ce dernier n'en a lui-même. Sorti du Landji, le Cong-o est larg-e d'un kilomètre et profond de plusieurs mètres. Dans sa marche vers le nord, il est coupé de temps en temps par des rapides jusqu'aux Stanley-falh, groupe de sept belles cataractes. Là commence le Cong-o moyen. Jjc fleuve décrit une immense courbe vers le nord, et reçoit uqe série d'affluents considérables. Ce sont, à gauche : le Kas^qï,

rival du Congo par la longueur de son cours. Sorti du marais de ZV^'^^^- ^^ Kassaï reçoit lui-même de puissants affluents comme le Lou/oua, le Sankourou, la Loukénié, grossie des eaux du /ne Léopofd. La masse du Kassaï est telle que, dans le défilé rocheux de 400 mètres qu'il traverse avant son confluent, il a plus de 40 mètres de profondeur ; il offre une voie navig-alile de plus de 800 kilomètres.

Adroite, le Congo reçoit VArouIiouinti, dont Stanley a reconnu le cours à travers une région de forêts épaisses et de chutes majestueuses.

l^'Oubangui est toutefois le plus important affluent de droite ; les explorations françaises de Maistre, Clozel, Ponel, Foureau, Gentil, l'ont très bien fait connaître. Sa source est au nord, à courte distance de celle du Chari et séparée d'elle par un seuil insig-nifiant. L'Oubangui se grossit à gauche de VOuellé, grand fleuve du pays des Niam-Niam; dans TOuellé tombe le tortueux M'Bomou. Entre le M'Bomou et les marécages de Bahr-el-Ghazal, il n'v a qu'un seuil très peu élevé, par lequel la mission Marchand fit passer son bateau le Faidherhe d'un bassin dans l'autre. On peut citer encore, parmi les affluents de droite du Congo, la SmKjha, parallèle à l'Oubangui, la Lihonala aux herbes et YAlima, dont la vallée lui ouvre une roule entre le Loango et Brazzaville.

Le cours moyen et navig-able du Cong-o finit au Stanley- J^ool, lac de 210 kilomètres carrés. Là, le fleuve descend vers la côte, d'une hauteur d'environ 260 mètres, par un escalier de trente-deux cataractes et de nombreux rapides : parfois des falaises dominent le fleuve, de 800 mètres de hauteurs abruptes, et dans certains passages, les eaux, resserrées jusqu'à 250 mètres de larg-e, ont une profondeur de 90 mètres.

A r/r/, après les rapides de Yelldla, commence le coui-s inférieur. Dans l'estuaire, le fleuve puissant mesure 17 kilomètres de larg-e et 300 mètres de profondeur; la marée est impuissante à le refouler et il continue à couler isolé en ])leine mer, un peu dévié vers le nord-ouest i^ar un courant marin. A 32 kilomètres de la côte, la vallée du fleuve est encore visible sur le fond do la mer. A son embouchure, le Congo roule de 'lOOOO à 72 000 mètres cubes à la seconde. L'Amazone seul lui est supérieur. Le Congo

subit deux crues par an qui le font monter de 4 mètres à Vivi ; lune en décembre, causée par les crues des affluents de iiaucbe venus de rhéniis|)[iére austral ; l'autre en mai, déterminée par la montée de lOubangui et autres affluents de riiémisphère boréal.

III. Fleuves de la cote ouest. — Dans cette région liés i)luvieuse des terrasses de la côte ouest, abondent les grands cours d"eau : mais la plupart sont coupés de cataractes. Parmi ceux qui permettent de pénétrer le plus loin à l'intérieur, on peut citer le Komo et le Gabon, dont on peut reraonterTestuaireàplus de 100 kilomètres. h'Ogoouc, long- de 1200 kilomètres, roule plus d'eau que le Rhône ou le Rhin ^ 10 000 mètres cubes à la seconde). Venu du plateau des Batékés, il serpente et descend des cataractes à travers les contreforts de la chaîne de Cristal : son delta, de 4 800 kilomètres, forme la péninsule du cap Lopez; la batellerie remonte TOg-ooné jusqu'à 350 kilomètres à l'intérieur, à Njolé. he Alarl-Kotu/ou olfre une route commode vers le Congo, dont sa région des sources n'est pas très t'Iûignée ; mais, à 60 kilomètres de son embouchure, il est barré par une série de chutes à travers des montagnes schisteuses.

IV. Fleuves de la côte ohientale. — Les pentes orientales de cette région de l'Afrique sont très bien exposées aux pluies abondantes venues de l'océan Indien. Aussi les fleuves y sont-ils g-ènéralement riches en eau. C'est le Rovouma, venu du plateau de Blantyre, et qui draine les pentes orientales des monts qui encadrent le lac Nyassa ; il est navig-able sur 300 kilomètres de longueur. Le Roufidjl vient des monts Living-stone et franchit le plateau par une série de rapides. 11 forme un delta considérable en lace de l'île de Mafia. Le Pangani est nourri par les neiges du Kilimandjaro ; le Tana par celles du Kénia. Enfin le Djouhd vient du pays Galla, au sud-est de l'Ethiopie. L'Américain Chaillé-Long- l'a remonté sur 280 kilomètres.

Les côtes. — i" Cùle occidentale. — La côte occidentale, exception faite de quelques saillies, comme le volcan de Kameroun et le mont de la Mitre qui a formé la saillie du cap San Juan, est une côte basse et bordée d'alluvions ; elle présente le plus souvent l'aspect de grands cordons littoraux sur lesquels poussent des palétuviers et des man-

gliers. Le littoral est presque rectilig-ne du cap Lopc-z à Saint-Paul de Loanda. Les découpures les plus remarquables sont : la baie de Co?usco, le large et |)rol'ond estuaire du (iabon et la baie de j\a-:aretli.

2" Côte orientale. — La côte orientale est une des plus dentelées de l'Afrique ; presque partout elle est bordée à courte distance d'une mer assez profonde ; en même temps des bancs de coraux y forment une ceinture distante d'environ 30 kilomètres de la côte, et à l'intérieur de laquelle il y a de bons ports. La baie de Mozambique est profonde et sûre ; au nord du cap Delgado. Dares-Salan est admirablement abrité par des coraux. Bagamoyo et Saadani, situés sur une plage basse, ne doivent leur importance qu'au voisinage de Zanzibar. Les meilleurs abris sont ceux que donnent les îles de Zanzibar et dePeniba. Entre Zanzibar et le continent, il y a des profondeurs de 14 mètres et un excellent abri qui masque les vents du large. Rien d'étonnant si Zanzibar est devenu le grand entrepôt de l'Afrique orientale. Au nord de Zanzibar, on trouve encore une série de bons ports, parmi lesquels celui de 3Ionbaz, déjà grand port au xw" siècle.

Vies végétale et animale. — Le trait de caractère principal de la plupart des régions de cet immense espace, compris entre l'Atlantique et l'océan Indien, est une humidité qui produit une puissante végétation. La région du Kameroun et celle du Gal)on ont, comme la Guinée, de grandes forêts de palmiers à huile et de cocotiers. Stanley nous a décrit la gigantesque forêt vierge de VArou/ioui/ni, où son expédition entra le 28 juin 1889 pour n'en sortir que le 5 décembre. Mais vers le sud-ouest, la richesse de la végétation décroît; aux forêts succèdent les semas ou savanes, et parfois même, vers Saint-Paul-de-Loanda, des steppes. De même, sur les plateaux entre Congo et Zambèze, et dans la région du plateau des grands lacs, il y a des espaces où la végétation est beaucoup moins riche, il en est de même sur les contins du nord où il y a déjà une saison sèche longue et bien caractérisée.

Ces pays de végétation intense sont aussi des pays de vie animale admirablement développée. La région côtière du (îabon et du Loango est le domaine des grands singes, gorilles, chimpanzés, koulas, etc., etc. Dans la région du

Congo, les troupeaux d'éléphants sont encore nombreux, en dépit d'une chasse acharnée des traitants ; Ihippupotame et le crocodile pullulent dans les fleuves. Dans les régions de savanes, buffles, sangliers, antilopes, zèbres, rhinocéros abondent.

Populations. — Les pays du haut Nil, du Gong-o, de la côte orientale et occidentale de l'Afrique situés sous les ti'opiques sont, depuis bien des siècles, les théâtres des exploits des marchands d'esclaves. Ce lamentable trafic a certainement contribué à dépeupler un pays naturellement riche. Pourtant, les facultés nutritives de toutes ces régions, si did'érentes les unes des autres, sont loin d'être égales. Ainsi on évalue la population très dense de V(^tiganda et des pays du haut Nil à douze millions d'hommes au moins; il y a bien dans le Congo français, sur une surface un peu plus g-rande que la France, une dizaine de millions d'habitants.

Les tribus de nèg-res avaient réussi à former quelques gTOupements d'Etats auxquels l'intervention européenne a mis tin presque partout. Tel fut, par exemple, l'Oua-Nyamouezi (le pays de la lune), décrit par Burton, Speke, Cameron, et qui semble avoir groupé dès le xvii- siècle les tribus comprises entre le Tanganika et le Victoria. Tel fut aussi le royaume d'Ouganda, au nord-ouest du lac Victoria. Les Mombouttoii^ riverains de l'Ouellé, se sont formés aussi en communauté assez étendue. Mais presque partout l'organisation de la tribu isolée a persisté. Parmi les tribus les plus célèbres, on cite celles des Oua-Djiji, dont la capitale Oudjiji est le port le plus fréquenté du Tanganika, les dilleientes tribus des Niani-Niani, les Boubanghi ou Apf'ourous, les Pahouins, les Batékés^ dans le Congo français.

Géographie politique. Formation des colonies européennes. — Longtemps ce sont les Arabes qui, maîtres de Zanzibar, ont dominé dans la région des grands lacs et dans le bassin du Congo. En 1880, Stanley les trouva installés sur les bords du Tanganika où ils faisaient commerce d'esclaves et d'ivoire. Aujourd'hui même, le marchand d'esclaves Tippoo-Tipa a conservé une autorité notable dans la rég-iondu moyen Cong-o. Mais les progrès de la colonisation

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européenne ont fait reculer la domination de ces marchands de chair humaine, d'ivoire et dor.

I. Kameroun allemand. — Ce sont les Allemands qui détiennent, au fond du golfe de Guinée, la fraction nordouest de cette vaste région qui s'étend du Congo aux affluents du Tchad. L'AUemag-ne a formé là une colonie qui d'abord bornée à une lisière littorale, s'est développée jusqu'au Ghari et au lac Tchad, et a englobé des régions importantes de l'Adamaoua et du Bornou. La capitale de lacolonie est Vicfo/'ia, auhas du capKameroun, sur une belle baie.

II. Le Congo français. — Grâce aux belles explorations de M. de Brazza et de ses collaborateurs, la France a occupé, quand elle était déjà maîtresse du Gabon, un immense pays comi)ris entre lacôte, le Congo et le Bahr-el-Ghazal ; c'est une superticie de trois millions de kilomètres carrés, dans les bassins de l'Oubangui, de l'Ouellé et du M'Bonou. De 1875 à 1879, MM. de Brazza, Marche et Ballay découvraient et occupaient les régions de lAlima et de la Licona. En 1880, Brazza fondait FraurerH/e au confluent de rUgooué et de la Passa, puis le poste de Br(i:zavilU\ sur le Stanley-Pool. Ce sont les explorations de Grampel, de Dybowski et de Maistre qui ont |jrolongé notre domination jusqu'au Tchad ver's le nord. La convention du 20 mars 1800, entre la France et la Grande-Bretagne, nous a arrêtés sur les confins du Bahr-el-Ghazal.

Les postes français sur la côte sont: Librerille, sur l'estuaire du Congo (1 500 habitants, dont 400 blancs), point d'arrivée de la route qui mène à l'Og'ooué; Ijxnifjo, vieille cité portugaise où le débarquemcntest facile, porte d'entrée du Gabon et du Congo; Francci-ille^ tête de route de l'Alima; lir(i::nriH(' sur le Stanley-Pool; /Itnif/i/i sur ]e haut Ou ban gui.

III. LoANGO PORTUGAIS. — Un ])elit territoire portugais s'intercale entre notre colonie etl'Etat du Congo. (Uibinda^ dcveruic une ville fort active, grâce à i'inlclligcnce des nêg'res à dcnii civinsés qui riiabilcnl, csl |i' (•lict'-licu.

I\'. État indépendant du Congo. — Les Portugais avaient déjà soupçonné, des la lin «lu W siècle, rin)|)ortance des pays du Congo. Les exj)loralions de Burton, de Speke, de Livingslone, de Cameron et de Stanley lirent scientifique-

ment connaître le grand fleuve et ses affluents. Les nombreux explorateurs de V Association internat ioiKffedu Conf/o ont coopéré à celte œuvre, Tune des plus difficiles que les Européens aient accomplies en Afrique. En 1884, cette association, fondée après le grand voyage de Stanley, sous la présidence du roi des Belges, devenait l'Etat Indépendant du Congo^ État neutre dont le roi Léopold devenait le souverain en même temps que le principal bailleur de fonds. En 1885, la conférence de Berlin reconnaissait le nouvel État, dont l'autorité s'étendait sur l'ensemble du bassin du Gong'o, exception faite des possessions françaises. Le commerce y était déclaré libre à toutes les puissances. C'est un vaste territoire d'environ deux millions de kilomètres carrés. L'organisation des transports est maintenant à peu près achevée, les bateaux à vapeur circulent sur le grand fleuve jusqu'à Équatearville. Léopoldville^ sur le Stanley-Pool, est l'arsenal de l'État indépendant sur le moyen Congo. Enfin, l'État libre a fait construire une voie ferrée à voie étroite entre Matadi et Léopoldville, longue d'environ 400 kilomètres. Nous verrons plus loin quelle est l'utilité de ictte voie ferrée.

V. Colonie portugaise d'Angola. — La. vieille colonie portugaise d'Angola mesure 700000 kilomètres carrés et compte deux millions d'habitants, dont 4000 blancs seulement. La capitale de la colonie est Saint-Paul-de-Loanda (15000 habitants), la ville la plus ancienne et la plus considérable de la côte entre Lagos et le Cap. Sur la côte est Mossatnédès^ qui date de 1840 seulement, mais que sa salubrité fait préférer par la population blanche. Bihe' est l'avantposte de la colonisation portugaise sur le plateau.

VI. Région des grands lacs et de la cote orientale. — La région des grands lacs et de la côte orientale fut longtemps le domaine du sultan de Zanzibar, héritier luimême des imans de Mascate. Peu à peu l'influence anglaise s'est substituée à l'influence arabe dans ces parages. Une série de conventionSi entre 1884 et 1805, ont amené le partage de l'Afrique orientale entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne. La Krancc, qui avait garanti, en 1802, l'intégrité des possessions du sultan de Zanzibar, s'est désintéressée de la colonisation en Afrique orientale à mesure qu'elle s'attachait davantage à organiser sa colonie de Madagascar.

1" Possessions allemandes. — L'Allemagne a commencé

par racheter au sultan la partie centrale du plateau des g-rands lacs, par des conventions passées en 1880, 1800 et 1895. La frontière allemande suit le Rovouma jusqu'au lac Nyassa, passe de la pointe nord de ce lac à la pointe sud du Tanganika dont toute la côte orientale échoit à l'Allemagne, enfin aboutit au Victoria-Nyanza, pour suivre vers le sud-ouest une lig'ne qui passe par le Kilimandjaro et aboutit en face de l'île de Pemba. Les ports de Ki/oft, Dares-Salain, Bat/amoijo et Saaduni ont déjà été améliorés et mis en état de faire un important commerce.

2° Afrique orientale anglaise. — La Grande-Bretagne a eu pour sa part les régions situées au nord des possessions allemandes et leurs débouchés, notamment Za/?r/6rt/' ei Pemba. Dans son lot est le riche royaume de VOur/anda. La supériorité de l'Afrique orientale anglaise tient à la belle position et à l'organisaton déjà ancienne du ])ort de Zanzibar, puis à la rapide construction du chemin de fer outre la ente et le Victoria-Nyanza.

L'Afrique oi'ientalu allemande mesure 1)40 000 kilomètres carrés et compte 0850 000 habitants dont 1 oOO blancs. L'Afrique anglaise, 850000 kilomètres carrés et 4 millions

d'habitants.

Géographie économique. — L'ensemble de ces régions présente assurément des conditions de fertilité remarqua- ÎdIgs. Leur climat permet nombre de cultures qui font déjà la richesse des pays d'Amérique et d'Asie situés dans le domaine des moussons. Il est vrai que l'état de barbarie du plus grand nombi-e des p('iq)ladcs (pii les occuj)ent, et que leur aversion pour le travail, (îonsidéré jusqu'ici connue une mai'<|uc de servitude, laisse et laissera longtemps inutiles les Itienfaits naturels de richesse du sol et les avantages du (;liinat. Bref la difficulté consiste dans le jietit nombre et rinsuflisancc du diess.ige agricole ou industriel des li-availleui's. Il y a ])0urtant des exceptions à cet état do choses regrettable : sur le i)late;ui «les grands liics plusieurs li'ibus se sont déjà élevées à un état social sui)érieur et ont j)ris conscience désavantages de la culture, de l'industrie et du connnerce.

Néanmoins c'est jusqu'ici re\i)loitalion pure cl sinqjle des richesses naturelles, ou leur exploitation outrée qui fournit des ressources aux colonies européennes. Dans la

région du bassin du Congo et sur les terrasses de l'ouest, Je bananier est cultivé pour les besoins de la consommation locale à laquelle il suffit. Quelques cultures de doura/i, de manioc, de mais el de so/'f/ho, enfin quelques champs de pommes de terre, dans les districts où il va des colons européens, apportent déjà un notable contingent dans les pays de population plus dense. Déjà des rizièrca se sont établies dans les régions basses et facilement inondées ou bien sur les terrasses et plateaux où Ton cultive les variétés de riz de montagne.

L'intérêt du commerce européen a déterminé l'établissement de belles plantations, par exemple dans la colonie allemande du Kameroun, dans le Gabon français, dans la partie occidentale du Congo français et de l'État libre, autour des centres civilisés des plateaux des grands lacs et dans la région entière d'Afrique orientale. Canne à siic/-c% cacao, café et //redonnent déjà de belles récoltes. C'est dans l'Angola portugais que sont les plus belles et les plus prospères caféteries : une route de SI) kilomètres conduit les carg-aisons vers les ports de la côte.

Mais ni ces cultures, ni l'élevag'e des sehas et des moutons sur les pays de plateau, ni la chasse des antilopes^ des (jacelles et des fauves, exception faite de Vé/ép/iant, ne fournissent un revenu notable. On a pu dire avec raison que le Cong-o était : « une usine à caoutchouc et un cimetière d'ivoire». C'est le transport de ces deux produits qui alimente, par exemple, le trafic du chemin de fer du Congo. Stanley estimait, statistique peut-être imprudente, qu'il devait bien y avoir 200000 éléphants dans l'État libre du Congo et (jue chacun portait environ 25 kilog'rammes d'ivoire : la mission française Bonncl de Mézières a pu rapporter d'une seule exploration commerciale plus de 40 tonnes d'ivoire. On se garde d'ajouter, mais il est malheureusement vrai, que beaucoup de commerçants d'ivoire européens peu scrupuleux se sont approprié par des moyens peu louables les provisions d'ivoire accumul(''es de g-énération en g'énération chez les indig-ènes et qui constituaient quelque chose comme le stock de monnaie de ces peuplades primitives.

Industrie. — La facilité des bénéfices réalisés sur ces produits naturels a induit indigènes et colons à ne pas faire encore grand effort d'industrie. 11 y a pourtant, dans l'An-

g'ola surtout, des mines d'argent, de lor et du cuivre. La région du Tang-anika est riche en sel. Mais en dépit de l'habileté manuelle de certaines tribus, comme celle des 3/u/n/jouftous au nord et des gens de Bihé au sud, pour la construction des pirog'ues, la forge, la batellerie, etc., il n'y a pas dans l'ensemble de ces pays africains une industrie de quelque valeur.

Commerce. — Le commerce est fort développé ; peut-être même son organisation à la fois rudimentaire et hâtive a-t-elle pourrésultatde faire disparaître trop vite les richesses naturelles qui existent sur place, notamment l'ivoire et le caoutchouc. L'exploitation commerciale des Européens avait été préparée déjà par le trafic qu'avaient org-anisé les caravaniers arabes à la fois marchands d'esclaves et de denrées naturelles. Il y a une grande facilité de communication sur le réseau fluvial de ces parag'es prodigieusement arrosés. A l'ouest, on remonte l'Ogooué sur 400 kilomètres de longueur, le Gong-o sur3c>0. Entre le Stanley-Pool etlesStanley-Falls, sur 1700 kilomètres, le fleuve est navigable pour les bateaux à vapeur de moindre tirant d'eau ; et l'on commence à circuler sur un second bief navigable en amont des Stanley- Falis, jusqu'aux chutes de Alsandoua. Le grand aftluent du nord, rOubangui, est accessible aux transports en pirogues ou en chalands remorqués sur plus de 700 kilomètres ; au sud le Lomani, sur plus de 800; le Loulongo, sur OGO; le Tchouapa, sur 1 100; enfin le Kassaï-l\ouang-o sur 3 000, en y comptant ses affluents. En somme, on estime à ISOrjO kilomètres l'ensemble de ce mag-nifique réseau navigable, qui n'a qu'un défaut, celui d'être un bassin fermé, sans communication directe avec la mer.

C'est [)Ourquoi les Européens ont dû assurer les relations entre les ports maritimes et le bassin du Congo au moyen de chemins de fer. <( Il est certain que sans un chemin de fer, tout l'Etal du Gong'o, quelle que soit l'immensité de ses ressources, ne vaut pas une pièce de deux schillings. » Ainsi s'expr'imait Stanley. C'est i)Ourquoi le colonel b(^lge 'l'hys a iir-océdé, pour le service de l'Etat indépendant, à la consti'uction d'une voie ferrée étroite de 400 kilomèti^cs entre Matadi et liéopoldville, pour joindre les ports inli'ri(;urs du Congo à la mer. (ictte voie ferrée, jouissant d'un vêr-il;ilili' Mioiiopdli-, l'iiil |iayrf très cher ses services à tous

les iié,i;ociants de l'État international ou du Con^o français. Dans la colonie portugaise de louest, 100 kilomètres de voie ferrée réunissent le port de Saint-Paul de Loanda au district d'Anibaca, le centre des grandes cultures de café. Kntin, à l'est, les Ang-lais ont construit, entre le port de Mombaz sur l'océan Indien et port Florence sur le lac Victoria, 930 kilomètres de voie ferrée, en moins de cinq ans.

Bassin du Congo, colonies de l'ouest en bordure sur l'Atlantique, plateaux des grands lacs et pays riverains de l'océan Indien ont faiten ces dernières années un commerce d'un peu plus de 200 millions par an. La France a gênéralement compté dans ce total pour une part de 25 ou 30 millions. C'est la Grande-Bretagne, la Belgique et l'Allemagne qui font la meilleure part du commerce de ces pays. On ne doit pas oublier ([ue le Congo français, s'il dépend politiquement de notre patrie, est ouvert commercialement, et sans aucune faveur de traitement pour nous, au commerce de toutes les nations.

Les ports les plus actifs sont : sur la côte Atlantique, Libreville au Gabon, Bnnana et Matadi aux bouches du Congo, Loanda dans les possessions portugaises. A l'est, sur l'océan Indien, c'est Zan:ihai\ théoriquement sous la domination de son sultan, réellement sous le protectorat Ijritannique, qui a le mouvement le plus considérable, environ 400000 tonnes, mouvement auquel l'Allemagne et la Grande-Bretagne prennent une part à peu près égale, la France beaucoup moindre, en dépit du voisinage de Madagascar. Il s'y fait un commerce d'environ 5G à 00 millions de francs, consistant en vente de coprah, d'ivoire, d'épices, de gommes et de peaux. Les ]}orts allemands de /Uif/umoijo et de Dar-es-Salam sont beaucoup moins actifs. Toutefois c'est de Dar-es-Sa!am (|ue |)art la route qui gagne vers l'intérieur les ports du lac Tanganika et du Nyassa. Mais les Anglais semblent s'être assuré l'avantage en ])0sant les premiers une voie ferrée jusqu'aux plateaux des grands lacs.

Pays Somal.

Le pays somal occupe tout le grand triangle situé entre l'Ethiopie, le Kénia et le cap Guardafui. C'est, dans son ensemble, un plateau séparé de la côte au nord par des

monts granitiques dans les sommets (Gan Libach au sud de Berbéra s'élève à près de 2000 mètres), à l'est par des terrasses encore mal connues. Le climat est celui des steppes à pluie d'été; le vent le plus fréquent, l'alizé du nord-est. La côte, moins arrosée que l'intérieur, est un désert salin ; sur les montag-nes sont des forêts d'acacias gommiers, de palmiers doum, de genévriers, etc. Les hauts plateaux de VOgadcn (000 mètres environ) sont couverts de touffes d'herbes serrées et parsemées d'acacias.

La côte du g-olfe d'Aden, rocheuse et semée d'écueils, n'a ([u'un port sûr, Berbéra (l'ancienne Barbaria des Grecs) ; le cap (iuardafid est une falaise de 275 mètres de hauteur que les courants rendent très dangereuse aux navires. Au sud du ras Ilafoun commence le Jki/ir-el-K/iassaïn (terre rude), côte rocheuse déplus de 500 kilomètres de développement, avec des falaises de GO à 120 mètres de hauteur. Au sud, Magodoxo est le seul port de quelf(ue valeur. Il relève aujoiuvrhui do la (îrandc-Bretagtie depuis que le sultanat de Zanziijar est tombé sous le ])rotectorat anglais. Au nord, l'Italie a proclamé en 1888 son protectorat sur le sultanat d'Oppia, puis sur toute la côte entre le Djouba et le ras Ilafoun, enclavant ainsi les ports anglais, mais elle n'a pas encore fait acte d'occupation effective. Enfin, sur le golfe d'Aden, l'Angleterre a occupé Zcilah, lierhéra, licnder-Ghazctn. Ni Anglais, ni Italiens n'ont encore pu soumettre les indigènes Sonuiiis.

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