MADAGASCAR ET DÉPENDANCES
Géographie physique. — La gi-ande île de Madagascar (0(»00<>0 kilomètres carrés) aune suiierficie supérieure à celle de la France. Elle se compose essentiellement d'un massif de hautes terres qui occupent l'est et le centre ; sur le plateau, d'une élévation moyenne de 800 à 1200 mètres, sont des surélévations volcaniques qui rendentlepays plus accident»', par exemple les monts de VAnkaratra dont un sommet, le Tsiafaïavona, mesure 2 030 mètres.
De la plaine étroite et basse de l'est, on accède au plateau central par une série de chaînes montagneuses entre lesquelles s'ouvrent d'étroites et longues vallées. Vers l'ouest au contraire, le ])lateau sabaisse assez brusquement sur la plaine sakalave, laquelle est sillonnée par des élévations secondaires, le Bémahara et le Bongo-Lava.
Au sud et au nord de Tile, séparées du massif central de rimérina et du Betsiléo par des coupures très caractérisées, se dressent des hauteurs d'étendue plus restreinte. La plus remarqualjle est VAn/,ai-Zina, protubérance volcanique où il y a comme dans l'Ankaratra des sommets de 2 500 à 2700 mètres. Dans l'exlrême nord, encore plus nettement isolées, sont la montagne des Français et la montagne (}\i//ifjr('.
JiOuest de Madagascar se compose d'une vaste plaine qui représente i)lus d'un tiers de la superficie de l'île : c'est 1.1 plaine sakalave.
11 y a plusieurs climats et non pas un climat dans l'île de Madagascar. Dans la plaine de l'est et sur les jiremières pentes moiitag-neuses (jui reçoivent l'alizé- humide venu de l'océan ImJien, il pleut beaucoup et la tenqtérature est d'une grande constance : tel est le cas de. Tamalavc où il tombe environ 3 mètres de ])luie jtai- an et ou le thermomètre varie peu entre ■\- 15° et -j- 30". Sur- les hautes terres du centre, à 1000 ou 1200 mèti-es d'altitude, riiumidilé est moindre, la variation de tempt-rature jilus arci-nluée. lessais(iii> mii'iix iii.ir(|nt''('> ; à Twiiaiiaiivc, c.ipil.ilc de I ilc, les l''ranr;iis jicuvcnt vi\rc, (Je même qu'à l"'iaiiiiranlsoa, sui' le plateau du Betsiléo. Il g-èle quelquefois dans le haut pays
de l'Ankaratra. La plaine sakalave de l'ouest, al)ritt''C des vents iuimides par les hauts plateaux, est beaucoup plus sèche, exception faite des pays du nord. Enfin, au sud et au sud-ouest, dans le pays Bara, il fait très sec et certaines étendues de ces pays sont de véritables déserts.
C'est pourquoi les rivières les plus abondantes, quoique les plus courtes, sont celles (|ui tombent danS l'océan Indien, sur la côte est, par exemple le M(in(/or<). Le plus long- fleuve de l'île est formé parla réunion de la Betsiboka et de Ylh'opa venues des hauts plateaux et qui se jettent dans le canal de Mozambique, après avoir parcouru la plaine encore assez humide du nord-ouest.
Les côtes de Madagascar ne sont hospitalières et l)ien découpées que dans le nord, le nord-ouest et le nord-est. La grande baie de Diégo-Siiare:, où la France organise un point d'appui de sa flotte, est une des plus belles et des mieux abritées du monde. Voliémar et Antongil au nordest, Pfis.sandai-a et Majunt/a au nord-ouest sont de bons abris. A l'est, où les alluvions forment un cordon littoral et un rivage rectiligne, Ttnnatave n'est g"uère qu'une rade foraine d'assez mauvaise tenue. Au sud-ouest, le meilleur abri est la baie de Saint-Augustin. Le long- de la côte est se trouve l'île de Sninfe-Marir (15000 hab.), marécageuse, mais singulièrement favorable aux plantations, et sur la côte ouest, Nossi-Bé (29000 hab.).
La vie vég-étale et la vie animale sont réparties suivant les contrastes de climat que nous avons sig-nalés. Au nord-est et sur les pentes est du plateau sont de belles et riches forêts. La plaine de l'est est le lieu de prédilection des cultures qui ont besoin de beaucoup d'humidité et de chaleur. Sur les hauts plateaux ont réussi nombre de plantes de nos pays. La plaine sakalave de l'ouest est le g-rand champ d'élevage de l'île.
Population. — Madag-ascar n'est peuplé que de 2700000 habitants de races très différentes et dont l'origine n'a pu encore être rigoureusement déterminée. Les Européens sont au nombre d'environ 20000, parmi lesquels 7 ou 8000 Français; il est vrai que les colons provenant de l'île Maurice sont des sujets anglais, de langue et de race françaises. Parmi les indigènes on doit citer les /foras qui peuplent, au nombre d'environ 800000, le plateau central de riniérina. Une partie des hommes de cette race semblent
descendre de colons venus de Malaisie. Dans la plaine de l'ouest, habitent les Sahahircs^ nègres do haute taille, dont les uns sont sans doute venus des pays cafres d'Afrique, et peut-être un certain nombre de la Papouasie. Au noidouest et au nord, un grand nombre des tribus malgaches ont été métissées par l'intervention des Arabes, venus dans ces parages comme négociants ou marchands d'esclaves, et aussi par celle des Hindous qui ont toujours joué un grand rôle dans le négoce de l'ile.
Géographie politique. — Les droits de la France sur Madagascar remontent aux. premières tentatives de colonisation des débuts du xvii'' siècle. Il est vrai que ces droits furent bien mollement exercés, tant que la France put espérer devenir maîtresse des Indes au lieu et place de l'Angleterre. Même dans la période contemporaine, nos revendications furent d'une extrême timidité : ainsi un traité de protectorat signé en 1885 était tellement vague qu'il en sortit bientôt un conllit. De là la guerre de 181)5 cjui a fait de Madagascar une colonie française.
Géographie économique. — L'ile de Madagascar, longtemps tyrannisée [tar les gouverneurs des rois hovas, est à peine au début de l'expansion de sa richesse. Elle n'a pas les merveilleuses ressources d'une Indo-Chine, mais elle est d'une bonne valeur moyenne et a l'avantage de pouvoir un jour nourrir une population française de quelque importance qui sera la gai'dicrme de nos intérêts dans l'océan Indien.
Au nord-est et à l'est, on commence à exploiter d'admirables forêts où abondent les bois d'ébénisterie et de teinture. Dans la plaine de l'est et dans l'île de Sainte-Marie sont les ]»lantations de canne à sucre, de tabac, de café, de cacao (|ue d(;s colons français de ])lus en plus nombreux et venus soit de France, soit de la Réunion, ont développées avec une très belle entente des cultures coloniales. Sur les plateaux du centre, on cultive le riz, les patates, les ignames, les pommes de teri-e et nombre de plantes et d'arbres utiles de nos pays. Mais toutes ces cullurcs ne pcnivent rendre d'autre service que d'assiucr I alinienlalion sur place.
La vraie ressource d'exportation, c'est l'élevage des
bœufs zébus qui se fait en grand dans la plaine sakalave. Madag-ascar est le pâturage où Ton élève les bestiaux nécessaires aux iles surpeuplées de la Réunion et de Maurice, et aux pays de l'Afrique australe où le bétail fait défaut dans certains districts.
Enfin, après une longue période d'exploitation outrée et désordonnée, on commence à tirer parti des richesses de l'ile en caoutchouc.
La valeur de toutes ces ressources sera beaucoup plus g-randé lorsqu'on aura muni Madag-ascar de voies de communication. Déjà une bonne route la traverse en biais, de Majunga au nord-ouest ù Tamatave sur lacùte est, en passant par Tananarive; les communications sont ég-alement assurées entre Tananarive etFianarantsoa, capitale du pays Betsiléo. Bientôt Tamatave sera reliée à Tananarive par un chemin de fer.
Le coinincrce de l'île de Madagascar qui s'élevait à peine à une dizaine de millions au moment de la conquête française, atteint aujourd'hui le chiffre de 55 millions. La grande île achète pour 32 millions de pi-oduits français contre 6 millions de produits étrangers et expédie en France pour 0 millions de denrées. On doit se rappeler qu'avant l'annexion à la France, le commerce était presque complètement aux mains des étrang'ers.