L'ASIE DANS SON ENSEMBLE
parcourent des pays bien arrosés, mais surtout ils viennent do hautes montaf:;nes qui sont de véritables chàteaux-d'eau el eonirt' h^squelics se sont abattues les nuées venues des mers du sud. A ne mesurer que la long'ueur, les fleuves sibériens comme ÏObi, ïlcnisséi et la Léîia, longs de 4 à 5 000 kilomètres, sont des fleuves importants. Mais combien ils sont inférieurs aux fleuves de l'Inde, de Tlndo-Chine et de la Chine, si l'on considère la disproportion qui existe entre l'immensité des espaces qu'ils drainent et leur médiocre volume, si l'on considère surtout la pauvreté à laquelle les réduit un rude hiver de six à huit mois pendant lequel ils ne sont que des glaciers allong'és sous lesquels circule une petite quantité d'eau.
L'Asie compte de nombreux lacs, en particulier des lacs sans écoulement dans sa région des hauts plateaux du centre. Le g-rand liaïkal, à l'origine de la plaine sibérienne, est, comme les lacs de l'Amérique du Nord, un réservoir où puisent les fleuves.
Côtes de l'Asie. — Le continent d'Asie présente ce trait particulier d'une découpure de sa façade méridionale par trois péninsules, l'Arabie, l'Inde et Tlndo-Chine, que l'on a comparées, avec plus de symétrie que de justesse, aux trois péninsules d"Ibérie, d'Italie et des Balkans qui terminent l'Europe au sud : cette comparaison de pure forme ofl're en outre, l'inconvénient de ne tenir aucun compte de l'Asie Mineure qui s'intercale entre les deux groupes. Mais il y a entre les péninsules d'Europe et celles d'Asie, avec quelque ressemblance de dessin, trop de différences vraiment géograiihiques pour qu'on ait le droit d'en tenir com[)tc. D'al)ord la masse d'Arabie n'est presque pas une péninsule, car ni la mer Rouge, ni le golfe Persique n'atténuent à sa surface l'influence asséchante des terres voisines. Et tandis que l'Italie et la péninsule des Balkans sont des pays assez secs, baignés ])ar une mer intérieure dont l'influence d'humidité est précaire, l'Inde et l'Indo-Chine ruissellent de pluie et sont sillonnées de puissants fleuves, parce qu'elles s'ouvrent sur un océan très vaste et capable de les influencer. Le contraste devient très saisissant si l'on veut bien observer que deux des péninsules asiatiques sont au nombre des pays les mieux peuplés du vaste continent, tandis que les péninsules du sud de l'Europe sont
loin de pouvoir poiiei- et nourrir de pareilles masses d'hommes.
Un second trait do l'architecture côtière de l'Asie, c'est l'existence d'un grand nombre d'îles sur sa façade de l'est et du sud-est. Sans compter l'Insulinde qui fait suite à rindo-Chine, et que l'on a coutume de compter à part dans une autre partie du monde, l'Asie est bordée à lest d'une guirlande d'archipels, depuis Ha'i-Nan et Formose jusqu'au merveilleux archipel du Japon. On a observé souvent que l'arihiiiL'l japonais surveillait et bridait le continent asiatique au nord-est comme les îles britanniques tiennent en haleine l'Europe au nord -ouest. Si la face orientale de l'Asie, dans sa partie continentale est très inég-alement découpée, on ne peut manquer d'observer qu'un beau fleuve navigable, comme le Yang-tsé-Kiang-, vaut pour la civilisation humaine le plus profond de tous les golfes. Quant aux découpures et aux estuaires de fleuves que marquent les cartes sur le littoral de l'océan g'iacial arctique, on fera bien d'observer, en les étudiant, que les g-laces en détruisent le bénéfice pendant la plus g-rande partie de l'année, et qu'une mer glacée n'est plus du tout une mer pour le service des humains.
Ressources et valeur économique de l'Asie. — C'esl dans r.Vsic péninsulaire et orientale, Inde. Indo C.hine, Chine, et dans l'Asie péninsulaire du Jajjon, que sont les ressources les plus précieuses de ce vaste continent. Jusc/u'à nos joui'S, ces ressources ont été surtout de caractère a(jricole : les civilisations de l'Inde, de l'Indo-Ghine et de la Chine reposent toutes sur une bonne entente de la mise en valeur du sol. Ces pays sont d'admirables greniers à riz qui nourrissent la population la plus dense du monde; ils sonl aussi des centres de production de matières premières nécessaires à l'industrie <J'Europe, comme le coton, le jute, les bois précieux, matières que les Asiatiques commencent à travailler à leur tour. La colonisation russe a mis en relief la richesse agricole d'un grand nombre de dislricls du sud de la Sibérie. 11 y a là, comme en Russie, d'adiniraldes leri-es à blé.
Mais le monde asiatitiue incline peu à j)eu vers la tttise en valeur des ric/iesses minières qui ont pendant longtemps assuré à rEurojie sa su|ii'ématie industrielle <'t commerciale. Le Japon a inqirfjvi.^é en moins d un demi-siècle une nuT-
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veilleuse induslric, La Chine, beaucoup plus riclie en iiouilk; que tous les autres pays du monde, ot possédant une admirable main-d'œuvre indusiriellc, s'éveillera à l'industrie sous la tutelle des peujiles d'Europe et du Japon d'abord, sans doute pour son propre compte dans la suite. L'Inde commence à rivaliser avec la Grande-Bretagne pour l'industrie des cotonnades. Enfin tout le long- de la grande voie ferrée transsibérienne les Russes ont découvert des gisements de houille, de métaux précieux et usuels qui promettent à ces pays nouveaux vm essor rapide.
De tout temps, les riches pays de l'Inde, de l'Indo-Chine et de la Chine furent en rapports commerciaux avec l'autre extrémité européenne de l'ancien continent. Ce fut, au lem])S de la civilisation gréco-romaine, ])ar des rara renies-, que les proiluits de Chine et d'Inde arrivaient sur les marchés d'Europe, apurés la traversée des hauts ])lateaux du Tibet, du Pamir et des plaines du Turkestan. Puis les Arabes firent affluer vers Alexandrie les produits d'Extrême-Orient que leurs navigateurs a])portaient en Égy]»te ])ar l'océan Indien et la mer Rouge. Quand le cap de Bonne- Espérance eut été doublé par les Européens, Portugais, Hollandais, Anglais et Français se disputèrent le profit des échang-es commerciaux avec ces pays privilégiés. C'est la Grande-Bretagne qui l'emporta d'abord par la conquête de l'Inde. La France prit une revanche jiarlielle ])ar la constitution de son empire d'Indo-Chine. Dans la période toute contemporaine, la Russie, le Japon et l'Allemagne, les États-Unis même, s'intéressèrent au développement économique de l'Asie orientale. L'ouverture du canal de Suez avait donné l'avantage aux grands j)eup)les maritimes de l'Europe du nord-ouest ; la construction du transsibérien a été la revanche de l'empire continental de Russie. Le Japon a essayé de réagir à son tour contre les puissances d'Europe et de les supplanter dans l'emi^ire chinois.
Populations de l'Asie. — L'Asie compte une population de 800 millions d'humains, dont la majeure partie est accumulée dans les péninsules d'Inde et d'Indo-Chine, dans la Chine et l'archipel japonais. La p)lus nombreuse fraction ap[)artient à la race jaune, qui d'ailleurs est loin d'être homogène, car Japonais, Ciiinois, Tibétains, Birmans, Annamites et Siamois sont loin de se ressembler, même par
la coloration du visage qui n'est pas riy(Hircuseinent partout la même. Plus différents encore sont ies Turcs ou Ottomans, qui se rattachent assurément à cette jurande race par leur origine!, mais qui ont vécu depuis tant de siècles avec les Aryens d'Asie et d'Euroj)e, et se sont tellemeni mélangés à eux, qu'ils ont perdu beaucoup des traits de la race primitive. La rdcc blanche est représentée par le g-rand rameau hindou; il s'en tant d'ailleurs de beaucoup que les Hindous aient tous la même coloration de peau et les mêmes traits de visag-e. La })lupart d'entre eux sont de teint plus foncé que ne sont par exemple les Affjhanx, les liéloutchis^ les Persans et les tribus du Caucase.
L'Asie compte enfin une assez nomf^reuse population arabe, c'est-à-dire sémitique dans ses caractères les plus généraux.
Les colons de race blanche sont surtout des Russes, déjà très nombreux au Turkestan et en Sibérie, et dont l'ainux est extrêmement rapide dans le domaine asiatique de l'empire. Au cours de ces dernières années, la Russie d'Asie a ([uelquefois reçu, dans la même année, plus de rîOOOOO colons d'Europe.
Les g-randes nations (uiropôennes qui ont entrepris la colonisation des paijs asiafi(/ues ont enqiloyé des moyens très divers et adaptés à la nature de chacun des pays colonisés. En Sil)érie et au Turkestan, les Russes se rendent maîtres par l'afflux énorme de leurs colons capables de vivre et de prosiiérer dans ces pays. I^e chemin de fer transsibérien a donné à ce mouvement d'expansion |)ar le p(!uplement et la culture une base d'opérations sûre et une force irrésistible. Dans l'Inde, les Anglais se maintiennent par la suprématie de leui* commerce. Dans l'Indo-Cliine, les Français font l'essai d'une tutelle bienveillante; des populations indig-èncs dirig'ées dans les voies de la culture savante. Quant à la Chine, elle est un cham|» d'expérience des entreprises de travaux publics et d'industries dirigées par 1(!S Europi'icns. Cette mainmise de rEuro|)e sur les voies fei-rées du g-rand empire aura-t-ell(3 ])0ur résultai la soumission dotant de millions d'hommes, ou bien lem^éveil et leur marche vers l'unité? Il est j)eu vraisemblable que la conquête ou même (pie la lut(!lle (inancière d'une pareilh; masse d'hum.'iins j)uisse être; autre chose; qu'une initiation. ij\']\\v(i\)0. se |)arliige Ihéoriipiennint la Chine : en réalité, par
la construction des voies ferrées qui rapprocheront les diverses provinces les unes des autres, elle travaille à la cohésion do la Chine beaucoup plus rapidement que n'otit fait les emj)ereurs les plus aulorilaircs.
CHAPIÏRF. II
l.A SIBÉRIE Sommaire.
La Sibt'rio a une siniorficio de 12 niilliiius cl demi de kilomètres carrés, douille, par cousé(iueiit, de celle de la Russie.
Relief. — Dans son ensemble, la Sibérie esl un p.ays île plaines. Touleiois la Sibérie eeulrale l'orme un plateau montueii\ et la Sibérie méridionale esl couverte par une série de bauleurs. Au-dessus des step[)es kbiiiîizi's se dresse le TiD'/jar/alaï; puis, dans la direiiion du nord-est le tmts.'^i/' altaique (le Bielouka, \\ 350 m.) couvert de forêts. A])rés la coup\ire de riéniss(''i, on trouve les monts Saïdiisk avec la plus baute cime de la Sibé'rie, le Mounko-Sardik (3 474 m.). A ce système succèdent les plateaux de la Tyatisbaïkal/e que dominent les monts lafjlonoï et Slanovoï. Il l'aiit citer enliii les monts de la péninsule du Kamtchatka (le volcan Kliontclieir, 4 800 m.). Parallèlement à la nu>r, s'élèvent les monts de Sikbola- Alin dont raltitude varie entre 900 et 1800 mètres.
Climat. — Le climat de la Sibérie est essentiellement conlinental. Les fioiils sont intenses en hiver et particulièrement à rendiouchure de la l^éna ( — 30 en moyenne avec des maxima de — 50). En été la chaleur vient brustpie avec les vents du Pacifique (ma.vimumà Yakoutsk -j- 40). 11 n'y a, pour ainsi dire, pas de saisons intermédiaires. Ce climat rij^oureux est un climat sain et facile à siqijiorter à cause de l'absence des vents.
Hi/ctrûf/rapliie. — La Sibérie possède, après la Chine, les fleuves les plus longs de l'Asie. Ce sont : 1» L'Ob ou OI)i grossi de VIrticli qui lui-mènu^ reçoit le Tobol. Sa longueiir est de 4 350 kilomèlies et il se jette à la mer I»ar un estuaire très large; 2° Vlénissri (4 300 kil.) se grossit sur sa rive droite des trois Tongouska dont la jilus im|)orlante est la Tongouska supérieure, couiuie sous le nom d'Angara et (jui sert d'aflluenl au lac Baïkai, long de GOO kilomètres. Le lac Baïkal reçoit la Sélenga. L'iénisséi se termine aussi par un vaste estuaire ; 3° la Le'na (4 830 kil.) contourne les i)lateaux de Vilim et d'Aldan. A partir de Yakoutsk le lleuve se lejette au nord-ouest et se tiTinine par un delta de 20 000 kilomètres carrés. Ces trois fleuves ont tous un débit annuel très faible; 4" V Amour (5000 kil.) perce par une série de, défilés le plateau de Chinf/an, se grossit du Sounç/ari et de VOussoiwi et se termine en face de l'île Sakhaline dans l'océan Pacifique.
Côtes. — Elles sont connues depuis le voyage de Nordenskjôld en 1878-7'.1. Elles sont inhospitalières et mal découpées (cap Tcliéliouskine). Les iles comme la Nouvelle Sibérie et la terre de Wrançjel ne corrigent pas cette pauvreté d'articulations. La cote du Pacifique esl aussi bloquée p:ir les
glaces pendant les mois d'Iii ver {Nikolaievsk. Vladivoslock). Presf|ue paiallèlemeiit à la côte, s'allonge la grande île Sakhaline (63 000 kil. rarr.). La côte sibérienne est en voie de sonlévemcnl.
Plantes et animauv. — 11 y a ([uatrc zones de végétation bien maniuées : 1" la zone des stepjtes; 2" la zone des terres cultivables, large de 150 ;ï •400 kilomètres ; 3" la forêt marécagense ou taïga; 4" la zone des toum/rns où ne poussent ([ue les mousses et les lichens. Les animaux à fourrures sont e\lrémement nombreux en Sibérie (renards, martres zi/jelinc.s). L'animal domeslique par excellence est le renne. On utilise chez les Kbirgiz le c/iameau et le i/ak.
Populations. — La Sibérie ne coniple (jne 4 700000 babilanls. Les indigènes ne figurent dans ce cliiffre ([ue i>our 850 000 iiuli^idus. La race |)iimitive d'origine finnoise est la race Tchoiule {Vogoules. Ostiaks, Sanio/jèdes). La race conquérente est celle des Mongols (l\ii-g/iiz, KalmouksK Dans la vallée de l'Amour habitent les Mande/tous.
Géographie politique. — La Russie a commencé la con(|uéle de la Sib(''rie avec le cosaque Yerniak au xv** siècle ; elle a atteint la côte du Pacili(p]e au xvu<' et entrepris an xviii^ la colonisation jténiteutiaire. Au xix« siècle conunence la colonisation libre. La Siiiérie est divisée en deux grands gon- \ erneuients : la Sibérie occidentale, cbef-lieu Ornsk, et la Sibérie orientale, cbef-lieu Irkoiitsk. La province de l'Amour est soumise à un ii'ginie spécial. Les jtrincipales villes sibériennes sont : Irkoutsk el Tonisk (.SOOOO hab.) ; |iuis lékatrrinenbourg. Irtjit, Yakoutsk et Vlndivostock.
Géographie économique. Lninigratiun. — Presque tous les habilants de la Sibérie sont Russes. De 18.S7 à 1895, 04000 familles ont peuplé de gré ou de force la Sibérie. A partir de cette date on |)eut compter environ 200 000 immigrants par an.
Agiiculture. — Le sol de la Sibérie est très riche grâce à la terre noire nommée tchernoziom: mais il est peu cultivé. Seul l'élevage donne qnebpies résultats (2 500000 clievaux; presque autant de bêtes à cornes). La seule culture importante est celle des grains (48 millions d'hectolitres [lar an). La \aleur des fourrures vendues dépasse 20 millions de francs.
Productions minières, industrie. — Le suns-sol l'sl bien ]ilus rielie (pie le sol. En 1895, il a élé exirail des alluvions aurifères jirès de 125 milliuns d'or (mines de l'Altaï, de l'Iénisséi, de l'Amour, etc.). Les mines iVargent de Nerlchinsk sont à ])eu près abandonnées. l.,cs mines très abondanles de ouvre, de fer et di; houille ne sont pas encore exploil('es. tlelles de grap/iite ont une très grande valeur. L'iiuluslrie est encore dans l'enfance (([uebpii's minoleiies, distilleries, brasseries, etc.). Mais elle sedi'xclopjiera nalnrellenn'iil avec les \oies de eonununication. Voies de coininuuication. — Les grands llen\es de la Silu'rie son! na\ig.ibles, mais paralysés par les glaces pendant de longs mois. La grande voie iiu tract conduit de Perni à la frontière chinoise par lékaterinenboiirg, Onisk, Irkoutsk et Kiakta. En 1880 a été construite la voie ferrée (pu va de Perm à Tioumen, etc., continuée ]»ar un canal commencé en 1882. C'est en 190i (pi'a été achevée la construction du Transsibérien et Trans- Mandcliouiien qui doit unir la Russie au Pacifnpie (Vladivoslock) et au golfe de Petchili, dans la merde Chine {Port- Art liur). Commerce. — Le conmu'rce de la Silx'rie est snriont un commerce de liaiisit el, spécialemeni, du Iraiisil du thé (20 à 25 millions de kihigr. \al,inl
'lO ;i 50 millions de fraïu-s). Les éciiaiiiçes qui ne (icpassi'iil pas 500 millions portent snr les fourrnres, les métaux et. les céréales à l'exportalioii et siirli's ohjcis maiiiii'.ietiirés, les cuirs et les tissus à l'imporlatioii.
Dimensions et relief. — La Sibérie mesure 12 millions et demi de kilomètres carrés, c'est-à-dire plus que tous les Etats d'Europe réunis. Mais une grande partie de son étendue, composée de vallées marécag-eiises, de toundras et de steppes, est sans valeur pour la colonisation. C'est la Sibérie méridionale et orientale qui représente une vraie richesse pour la Russie. La Sibérie est une plaine surtout dans sa partie occidentale, dans la région de l'Obi et du Tobol. Au centre, au sud et à l'est, elle est d'un relief beaucoup plus varié,
A l'ouest, on remarque surtout les monts Tarbayafa'i qui s'élèvent au-dessus des steppes khirg-izes, puis au delà de rtrtich supérieur, le grand massif de VAUa'i. L'Altaï a, comme l'Ardenne, de grands plateaux argileux coupés de marécages : si son point culminant le Jiiéloukd (3 350 m.) est une masse considérable, l'ensemble du plateau boisé n'a guère que 1500 mètres d'altitude. Au delà de l'Iénisséi se dressent les monts Saïfnisk, avec une remarquable surélévation de masses volcaniques. C'est dans les monts Saïansk ({ue s'élève le Mounko-Savdik (3 470 m.), la plus haute cime de la Sibérie méridionale. A ces hauteurs succèdent les larges plateaux de la Transbaïkalie, plateau de Vitim, steppes de la Daouria^ plateau d'Aldan^ que dominent au sud et à l'est les monts granitiques des Iablonn)\ avec des sommets de 2 à 2 500 mètres. Les Stajioro'i ne dépassent pas 1 500 mètres.
La péninsule du Kamtchatka semble être un grand plateau surmonté de volcans dont l'un, le Klinntcheff{\^00 m.), est l'égal du mont Blanc.
Entre l'embouchure du fleuve Amour et la presqu'île de Corée se développent, le long- de l'océan Pacifique, les monts Sikotha-Alin dont l'altitude varie entre 900 et 1 800 mètres.
Climat. — La Sibérie, largement ouverte sur la mer glaciale d'où ne lui viennent g'uère que des vents froids et secs, privée au contraire du contingent d'humidité de l'océan Pacifique et de l'océan Indien par une énorme épaisseur de montagnes, est un pays sec de cHmat conti-
nental. On n'y connaît g-uère de saison intermrdiairo : riiiver est extrêmement long ol froid, Tété très chaud et très court. Dès le mois de juillet la neige apparaît, et dans le courant d'août, on voit tomber les feuilles. C'est entre Yakoutsk et Tembouchure de la Lena que sont les pays les plus froids. Là le thermomètre se maintient pendant près de cinq mois, d'octobre ùmars, à — oO" ; il descend parfois à — 50", et l'on a même marqué, en 1885, à Verkoiansk, le froid ellrayant de — 08". Les habitants de Yakoutsk qui supportent des froids de — 50° pendant l'hiver, endurent des chaleurs de -|- 40° pendant l'été. Les pluies tombent surtout pendant l'été.
Fleuves. — La Sibérie est arrosée par les tleuves les plus long-s'de l'Asie, après ceux de la Chine. Mais leur importance économique n'est pas en rapport avec leur longueur ; gelés pendant de long-s mois, ils débouchent sur une mer inhospilalière et que ne visite aucun grand courant commercial. IjCS plus importants sont :
1° L'(Jb oiiOOi (long-ueur 4 ;>50 kilomètres ; pays drainés, :> 500 000 kilomètres carrés). Venu des glaciers de l'Altaï, rOb descend rapidement de la montag-ne, serpente jusqu'à lîarnaoul à travers les steppes, puis reçoit VIrticli venu de la région comprise entre l'Altaï et le Tarbagataï. C'est l'Irtich qui apporte le plus d'eau : après son conlluent, le lit est souvent large de 10 à 20 kilomètres. Après avoir reçu le Tohol (\\\\ descend de l'Oural, l'Ob se jette dans la mer [)ai' un estuaire long de 800 kilomètres et large de r>() ;
2° Jj'Iénisséi (longueui- 4 .'>00 kilomèti-es) prend naissance dans les monts de Saïansk; à Krasnoïark il est on ])laine, entre une rive gauche plate qu'il inonde souvent et iMKi riv(î droite plus élevée. Parmi ses afiluents est l'Angara qui sert d'(''missaire au lac Baïkal (long de 000 kilomi'ti'cîs, larg(! de 100, couvi'ant une superficie de liOOOO kilomètres carrés). Ce lac est aiimeid/' \)i\v\ii Srlcni/d i\\\\ vient des plateaux de Mongolie. Jj'lénisséi se termine dans un fjord, et est remonté par les eaux marines, pendant la période estivale, jusqu'à 500 kilomètres ;
."i" \jH Lc'na (longiKiui- 4 S;{(l kilomètres; surface drainée, 2.500000 kilomèlres cari'(''s) [)rend naissance sur le versant s(!ptetilrional des monts de Sibérie;, à .'50 kilomèti'cs seulenieril lin lac Haïkal. A pai'tir de Yakoutsk, le lleuve, large
LA SIBÉRIE. 12ii
de 000 mètres environ, se jejcttc vers le nord-ouest; il se termine par un delta de 20000 kilomètres carrés. Pendant les trois mois d'eaux libres, le réseau de la Lena ollrc iOOOO kilomètres de voie navigable.
Obi, lénisséi, Lena sont des fleuves do débit très faible, puisque drainant d'immenses surfaces, ils ne roulent g-uère que 10000 mètres cubes à la seconde, au plus fort de leur crue d'été. Enfin la partie supérieure de leur cours parcourt seule des pays où la navigation commerciale oll're quelque intérêt. Pendant l'hiver, ces fleuves sont gelés sur une profondeur de 1 mètre à 2"", 40. Quand survient la débâcle, c'est par l'amont qu'ils commencent à couler, puisque la chaleur se fait d'abord sentir au sud. Les glaces amoncelées forment de véritables glaciers entre le lit de ces fleuves : on y voit des amas de blocs g-elés de 100 mètres de long- sur 20 de larg'e et 3 d'épaisseui-. Aussi quand se fait la débâcle, les fleuves sibériens détruisent-ils activement leurs rives par le choc des glaçons ;
4° Le fleuve Amour a du moins l'avantag'e d'être libre de glaces pendant quatre mois. C'est un beau fleuve de 50(J0 kilomètres de long- et qui draine une surface quatre fois grande comme la France. Formé de deux grandes rivières, la Cliilka ci VÂrf/oim, venues de la base méridionale des monts lablonoï, l'Amour perce par une succession de défilés la partie orientale du plateau de Chingan. Après avoir reçu à droite le Souiujarl et V(hissouri^ il franchit la chaîne littorale du Sikota-Alin et débouche en face de l'île Sakhaline.
LittoraL — Uni ou découpé, le littoral du nord de la Sibérie qu'emprisonne un océan souvent glacé, n'a pas grand intérêt pour la prospérité du pays. C'est à grand'peine que Nordenskjold se fraya un passag-e au nord-est, en 1878-1870 : il observa la médiocrité des découpures de cette côte, sauf la saillie du cap TclieHouskuie^ et constata rextrême difficulté de naviguer dans l'étroit espace libre que la fonte des glaces ménage en été entre le littoral et la banquise. Il reconnut les îles de la Nouoellc-Sibérie et la terre de Wranyel.
La côte du Pacifique est également bloquée, pendant de longs mois, parles glaces. Le ]iort russe de Vladivostock n'a une libre ouverture vers le larg(^ qu'en mai. C'est pour-
quoi la Russie a occupé plus au sud Port-Arthur, sur une mer libre de glaces. Au large de cette côte est la grande île de Sakhaline (03000 kilomètres carrés), séparée du continent par un détroit jieu [jrofond.
Plantes et animaux. — On distingue en Sibérie quatre zones de végétation différant ég-alement par le caractère de la vie animale qui s'y développe :
1° La zone des steppes où la |iériode des pluies et de la végétation se borne àquelques mois. C'est dans celte région du sud, où il y a de grandes étendues de terres noires, que les colons russes font des cultures sur une largeur de 150 à 400 kilomètres du sud au nord. La zone des steppes est semée çà et là de bouquets de bouleaux qui rompent la monotonie de la plaine herbeuse .•
2° La zone des forêts marécageuses ou lahja dont les arbres caractéristiques sont les pins, les cèdres et les Ijouleaux, arbres généralement très malingres. La zone de végétation forestière est beaucoup plus large à l'est au voisinage de l'océan Pacifique qui envoie de plus abondantes pluies (|u'au centre cl à louesl;
3" Vers le 70" ou 72° de latitude commencent les loutidras^ où la terre, profondément gelée, se couvre, quelques semaines seulement, de mousses et de lichens, de sorbiers et de bouleaux nains. La Sibérie est très riche en animaux à fourrure: ours, renards de toutes couleurs, marti'es, zibelines, etc. Dans l'Altaï est une espèce de tigre à pelage épais, très redouté pour les troupeaux. Parmi les espèces domestiques les animaux les plus utiles sont le renne, le chameau et le yak.
Populations. — La Sil)éi'ic n';i guère que 4700000 habitants, S(jit un habitant par 2 kilonièlr-os carrés. Sur ce nombre il n'y a guèr-e que <S50()()() indi.^^èncs, Trlioiules d'origine liruioise, Vof/oides sur le vcrsani oriental de l'Oun{\, (Jsli(t/is dans la rc-gion du bas Obi. A la limite des forêts et des toumlras errent les Saniofièdcs. Oti estime «pi'il y a aussi en Sib('rie environ 00001) Tai^lares Kliirgiz et 20{)i)^) KalnioiicLs. A les!, dans la vallée de l'Amour, sont les Mandrhon.r.
Les Slaves, colons l'usses. dominent an nombi'e dtî 3 700 000. L'immigi'alion des llusses a alleint depuis
quelques années cl"énormes proportions. Depuis la construction du chemin de fer transsibérien, le pays reçoit chaque année de nombreux colons.
Géographie politique. — En 1587, la fondation de Tobolsk consacrait le premier effort de la conquête russe, commencée au xv^ siècle par le cosaque Yermak. Au xvii" siècle, les colons russes atteignaient le littoral du Pacitique ; au milieu du xviif siècle, le gouvernement impérial inaug'urait la colonisation pénitentiaire. L'abolition du servag'e au xix" siècle, donna un essor nouveau à l'immig'ration des colons libres. Par les traités de Tien-Tsin (1858) et de Pékin (18G0), les Russes atteignaient successivement la rive de l'Oussouri, puis l'océan Pacifique et fondaient Vladivostock. L'occupation de Port-Arthur a fait de la Russie une puissance maritime sur le Pacifique.
La Sibérie est divisée en deux gouvernements généraux : Sibérie accidentait', chef-lieu Oittsk, et Sibérie orientale^ chef-lieu Irkoulsk. La province de l'Amour est soumise à un régime militaire spécial et subdivisée en circonscriptions militaires, dans l'intérêt de la défense.
Il n'y a en Sibérie qu'un petit nombre de grandes villes. Les deux plus considérables sont Tomsk (52 500 hab.), résidence de l'Université et centre intellectuel de toute la Sibérie, puis Irkoutsk (51 500 hab.), belle ville bordée de maisons en bois peintes de couleurs claires, centres de relations commerciales avec l'empire chinois. Il faut encore citer Om.sk (37 000 hab.), Irbit, dont les foires sont encore très importantes. Dans la Sibérie orientale, Krasîioïark, sur la grande route d'ouest en est ; Yakousfk, sur la Lena.
Géographie économique. — La Sibéiie est un pays qui contient des districts d'une g-rande région agricole dans le sud, des mines de métaux précieux et usuels fort inqjortantes ; elle doit à l'intensité de la colonisation russe et à la construction du chemin de fer transsibérien de se développer très rapidement depuis quelques années.
Dans la Sibérie méridionale, c'est-à-dire dans la seule partie de ce pays où le climat permette la culture, il y a des terres fort riches; le tchernozloin ou terre noire est d'une fertilité remarquable dans les vallées supérieures de l'Obi et de riénisséi : on estime (ju'il y a bien 4 millions de kilo-
mètres carrés de terres cultivables en Sibérie, c'est-à-dire huit l'ois la France. Mais jusqu'ici l'élevage a été la principale occupation des colons. Il y a en Sibérie 3 millions de chevaux et autant de bêtes à cornes. Toutefois la culture des céréales, froment, avoine, orge et seigle, commence à être en honneur. Depuis quelques années les blés de Sibérie affluent vers l'Europe pour les grandes ventes d'Odessa et des ports de la Baltique. L'exploitation des bois et la chasse sont des ressources précieuses pour les populations agricoles sibériennes. La valeur des fourrures vendues dépasse annuellement 20 millions de francs. La pêche contribue pour beaucoup à faire vivre les colons fixés le long- des fleuves.
L'exploitation minière se déveloi)i)e rapidement. En 1901, sur une production totale de 40 000 kilogrammes d'or dans l'empire russe, la Sibérie en fournissait 30 000 ; les mines les plus riches sont dans la Transbaïkalie et dans les pays de la Lena et de l'Amour. On cite en particuliei' la grande mine de V(}l<>kiiia. Les mines de cuivre du haut lénisséi, les mines de fer très riches de la Transbaïkalie n'ont pas encore été suffisamment exploitées. La Sibérie est le pays producteur de graphite le plus important du monde (mines de Batugol).
11 ne peut y avoir encore, dans la condition insuffisante des voies de communication et do la main-d'œuvre, aucune grande industrie en Sibérie, bien ([u'on remarque déjà l'influencc du transsibérien sur la formation de groupements ouvriers : de nombreux gisements houillers ont été reconnus le long- de cette g'i'anihî ligne. Jusqu'ici il n'y a guère que des minoteries, des distilleries, des mégisseries, des brasseries, des fabri(|ues d'allumettes, etc.
C'est l'amélioration des voies de communication qui remédiera à cette infériorité. Long-temps les voyages en Sibérie, de l'Oural au PacifKpie, durent se faire en Iraîneau l'hiver et en voiture l'été, sur une grande voie, à peine; battue que l'on appelai! le tract. V\\\ 1801, Alexandre 111 prescrivit la construelien du eliemin de ïav Iranssibéi'ien qui, commençant à '^Pcliéliabinsk, élevait atteindre Vladivostock par Omsk, Krastioïark, Irkoutsk et Khabarovsk. I*]n 1807, on décida de construire une scclion transniandchourienne, grâce à laquelle Porl-Arthiu- est devenu la vi'-rilable slaliDii finale du li'anssibérien. Diins l'élal aeluel
il faut encore transborder voyag-eurs et animaux sur des bacs qui traversent le lac Baïkal et qui emportent les trains dune rive à l'autre, en attendant que les rampes et tunnels qui franchissent la région montagneuse da sud du lac Baïkal aient été complètcmentaménag-és et livrés à la circulation. On espère que cette dernière tâche sera achevée très prochainement.
Entre Port-Arthur et Saint-Pétersbourg-, la distance est de 9 300 kilomètres, de Port-Arthur à Paris de 11 270 kilomètres. On peut dès aujourd'hui aller en vingt-deux jours de Pékin à Paris.
Le chemin de fer transsibérien est pour les Russes un mag'nifique instrument de puissance militaire. Il sera surtout dans l'avenir l'instrument de la prospérité agricole et industiielle de toute la Sibérie. Nombre de marchandises, qui jusqu'ici venaient en Europe par la voie de mer, emprunteront dans l'avenir le moyen plus rapide et plus sûr du transsibérien.