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CHAPITRE VII

MKSOPOTAMIE ET SYRIE

SOMMAIIIE.

Relief. — La (li'iircssioii nirsopolamii'iiiic a |)onr rciiiliiro los |ironiiors j;ia- (litis dos monts du Kuurdislan avec le massif granitique du Kanu/jd-Ddi/li (1900 m.). Ces monts se conlinuenl sur la rive droite de l'KnpIirate jiar le Nemroud-Diiç/h et à l'est nar les hauteurs de Miivdin oouin'es par les défilés de Daduli. Va\ Syrie, le plateau ealcaire s'elïoudre dans la dépression de Ghnr, mais se relève avec la chaîne dite fti/rienne dans laquelle s'ouvre le défilé des l'orles syriennes. Toujours vers le sud, le Li/idii. aerompajrni' de VAnii-Liban, conduit aux monts (UiUléens {DJe/iel- ÏJjerininick 1200 m., mont Tahoi\ 500). Le plateau de l'alesliue (000 à 800 m.) toinhe bnisipiemi-ul au-dessus de la valli'c du Jourdain. Plus au nord apparaissent les massifs volcaniques du lldoiirn/i et du Sa/a.

Cliinat. — La rùlc .-i un climat doux et é'j;a! ; les inonlatrnes el les hauN plali'aux, nu cJiMi.il loulitu'utal. Au delà du Liban, c'est la si'clnirsse absolue, à part (picbpu's oasis.

Ili/(/i-i)i/i(ijiliii-. — Sur la côte de Syrie aboutissent l'Ofaiili' d le Lraiili-s. Le lleu\(' (le la Palesline est le Jiniriliiin (pii aboutit à la iin-r Mur/f (1200 kil. carr. de supi'rliiie), deuv biis plus salée ()ue la .MédiU'rranée.

hEufilnulc et le T'uive ,600000 kil. carr.;. L'Eiipliralc, l'ornu- ilo doux rivières, le Kara-Sou et le Moiirad, fraiicliit de nombreuses chutes, se répand dans une plaine immense et i)rés de Koniu s'unit au Tigre. Le Tii,'re (2 000 kil.) contourne le plateau de Diarhékir, passe à Mossoul et arrose Bagdad. Les deux lleuves réunis prennent le nom de Challel-Arab (largeur 500 m.), dont le déhit est très élevé par moments. C'est à Bassora que commence le delta. Le Tigre est des deux fleuves celui qui verse le plus d'eau à la mer.

Cotes. — Les côtes de la Syrie et de la Palestine sont élevées et droites. Le golfe d'Iskanderoim est peu profond; le port de Latakieh est médiocre ; les anciens ports {Sidon, Tj/r, Sai nt-Jean-d' Acre) sont ensablés. Vers la Méditerranée, J«/7"rt et Gaza ne sont que des villages. Importance de Bej roui.

l'iaiites et animaux. — La région de Clianaan est très fertile (cultures sur le Liban jusqu'à 1200 m.;. Mais la Palestine autrefois riche est aride, les arbres ont disparu. Dans les montagnes du nord de la Mésopotamie, couvertes de forêts, s'étendent de bons pâturages, dans les plaines nombre d'arbres fruitiers réussissent ; plus au sud les bords de l'Eupbrate sont stériles, mais ceux du Tigre sont assez bien cultivés.

l'optilations. — Sur une superficie de 800 000 kilomètres carrés, la population est de 6 millions d'habitants, lis sont désignés sous le nom d'Arabes IFella/is et Bédouins), cultivateurs ou pâtres; Druses sur le versant oriental du Liban ; Maronites sur le versant occidenlal. Les conquérants s'appellent les Turcs bien qu'ils soient plutôt Kourdes, Arméniens, Tcherkesses. Dans les bassins du Tigre et de l'Euphrate habitent les Kourdes^ les Turcomans et les Bédouins nomades. La religion officielle est rislamis7ne.

liéoçiraphie politique. — La Mésopotamie et la Syrie forment sept vilayets. Presque toutes les villes sont déchues : Diarhékir (35 000bab. , Mossoul (60000 hab.), Bar/dad ( 145 000 hab.), Beyrout (120 000 liab.). Les grandes villes de Damas (154 000 hab.) et iVAlep (127 000 bnb.) font exception parce qu'elles sont à l'entrée du désert. Jérusalem a 60 000 habitants.

iiéographie économique. — La Syrie est le débouché de la Mésopotamie sur la Méditerranée. Les richesses agricoles ont bien diminué depuis l'abandon des canaux d'irrigation. Toutefois on cultive, dans la Syrie maritime, des céréales, des arbres fruitiers, de la vigne. Dans la Basse-Mésopotamie réussissent quelques plantes tropicales ijialmiers). L'élevage du ver à soie réussit dans le Liban. Les industries d'Alep, de Damas et de Bagdad sont déchues.

Voies de communication. — En Mésopotamie, le Tigre et l'Euphrate sont les principales artères commerciales; en Syrie le centre d'attraction est la mer et non le fleuve. C'est dans ce sens qu'ont été tracées les voies ferrées de Bey routh à Damas et de Jafïa à Jérusalem. Ces deux pa\ s ont une très grande importance comme voie commerciale entre la Méditenanée et le golfe Peisique. Damas et Alep sont les grands entrepôts de la Syrie centrale. Les ports méditerranéens ne sont pas très sûrs [Alexandrette, Jaffa, Beyrouth, le plus important de tous). Les exportations de Syrie ne dépassent pas 9 millions, les importations atteignent à peine 5 millions. Ainsi ces pays autrefois prospères sont aujuurd'bui prest|ue complètement ruinés.

Étendue, limites et aspect général. — Le gToupe des pays tures de la Mésopotamie et de la Syiùe se compose de

deux ])arties essentielles, le littoral syrien, riche et commerçant grâce au voisinage de la mer, la région du Tig-re et de TEuphrate admirablement propice aux cultures. Entre l'une et l'autre les communications se font à travers une région désertique et sans valeur. Au total, celte partie de l'empire turc représente 500 000 kilomètres carrés et est peuplée de 4 millions et demi d'habitants.

Relief. — C'est l'existence des montagnes du Ijiban qui explique la fertilité de la rég-ion littorale et la sécheresse des pays intérieurs. Le Liban est un long l'cmpart calcaire qui se développe sur 150 kilomètres de longueur et qui possède trois sommets de 3000 mètres ; le Liban proprement dit est accompagné parallèlement par la chaîne de V Anti-Liban. Entre ces deux plissements s'allonge la vallée que l'on appelle la « Syrie creuse » ou, en arabe, El-Bekaa, Au Liban succèdent, vers le sud, les monts Ga/iléen,s, rampes montagneuses orientées de l'ouest à l'est et que relient enti-e elles des chaînons latéraux. C'est une de ces arêtes qui forme en mer le promontoire du Mont Car mol.

Au delà des monts Caliléens se dresse le plateau de Palestine, haut de GOOàSOO mètres, entrecoupé de ravins et tombant brus((uemeni à pic au-dessus de la vallée du Jourdain et de la mer Morte. Le plateau de Palestine ne dépasse pas 1000 mètres ; le niveau de la mer Morte est à oO'i mètres au-dessous de celui de la mer.

A l'intéi'ieur, se di-esse h l'ouest de rEu|)hrate un plateau calcaire de 5 à 000 mètres d'altitude, au delà duquel est la faille profonde (Je Ghor.

Climat. — Le coiilraslo est proloiid crili'e la zone maritime (le la Syri(!, où les pluies sont rai'cs il est vrai mais suriisanies pour la culture, et les j-ég'ions de rintéi'ieui' où domine mie inqilaeable sécheresse. Le '^l'igre et rEuj)hrate triomphent du (l('sert syrien, comme !(! Nil triomphe du Sahara. Sur le bord de la mer, à Bcsyroulh, la. inoyeiuie du mois d(; janvier est (hî -\- 12°, celle (l(( juillet, d(î -{-21"^. Plus à rint('"i'ieur, à .b-rusalem, l'hiver et l'été sont déjà jtius excessifs l'uti ci laiilre. Dans le di-sert syrien et sur les bords de rEujiluatc!, le thermomèti'c; descend presque au point de g-el en hiver et atteint en été + 50°. Il ne pleut giièrc^ dans la r(''gi()n marilime (pie pendant les mois de

l'hiver : Beyrouth reçoit environ 0,35 d'eau par an. A Jérusalem, il y a quatre mois crété sans une goutte d'eau. Si le Tigre et TEuphrate ont de quoi irriguer leurs bords, ils le doivent aux monts d'Arménie et à la bordure de l'Iran.

Fleuves et lacs. — C'est ITCuphrate cL le Tigre qui font la valeur de la Mésopotamie ; ils drainent près de 700 000 kilomètres carrés.

UEup/irate (2800 kil.) vient de la rég-ion arménienne. Les massifs d'Arménie sont « un immense barrage intcr- .ceptant, au profit de la région tigro-euphratique, les vapeurs fécondantes de la mer Noire et de la Méditerranée ». L'Euphrate est formé de deux rivières, le Kara-Sou (eau noire), venu du plateau d'Erzeroum, et le Mourad, né à 2 800 mètres d'altitude dans l'Ala-Dagh. Après avoir franchi les contreforts du Taïu^us arménien par une série de 300 chutes, l'Euphrate tombe on plaine et se rapproche du Tigre, de telle sorte que les deux fleuves communiquent par des canaux mal entretenus qui s'envasent et forment autant de marécag-es.

En aval de Babylone, l'Euphrate forme des coulées et des marigots dans le Ncdjcf, qui rappelle le Payoum de la vallée du Nil, Près deKotma, l'Euphi^ate s'unit au Tigre.

Le Tigre (2 000 kil.) a ses sources à très peu de distance de celles du Mourad. Gomme l'Euphrate, il descend à la plaine par une série de cluses. Son cours navigable commence à Mossoiil, station intermédiaire des caravanes entre Bagdad et Alep. Il arrose ensuite Bagdad et s'enrichit d'une série de gros affluents qui lui viennent des terrasses du Khourdistan.

Euphrate et Tigre réunis s'appellent Chatt-el-Arab ; c'est un courant large de 500 mètres, profond de 4, et débitant en moyenne 6000 mètres cubes par seconde. Au delà de Bassora commence la région deltaïque, souvent inondée, couverte de roseaux et qui gagne 500 mètres environ par an sur la mer. C'est au printemps et en été que le Tigre et l'Euphrate ont leurs crues, tandis que l'hiver ils restent très bas. Le Tigre apporte plus d'eau que l'Euphrate parce que les affluents des montagnes de Perse l'accompagnent jusqu'à son cours inférieur, tandis que l'Euphrate parcourt 1 000 kilomètres en désert, sans recevoir d'affluent.

Les fleuves syriens ÏOronte et le LéonCès, sortis de l'Anti-

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Liban, sont des torrents sans importance. Dans la Palestine, coule le Jourdain qui a ses sources dans le massif de PHermon. Le Jourdain forme un chapelet de lacs, mer de Génésareth et mer de Galilée, dont le niveau est déjà à 200 mètres au-dessous de la Méditerranée. Enfin, il tombe dans la mer Morte. La mer Morte^ bordée de rochers nus et de rivages arides, mesure 1 400 kilomètres carrés ; au nord, elle a 400 mètres de profondeur, deux ou trois seulement dans sa région méridionale. On sait combien ses eaux sont salées, imprégnées de chlorure de magnésium et de brome. Dans ce lac asphaltique,ne peuvent vivre ni jjlantes, ni poissons.

Littoral. — Le débouché de tous ces pays est le littoral de Syrie où prospérèrent jadis Tyr et Sidon. Pourtant ce littoral oifre peu dabri. Par bonheur, la mer y est souvent calme et le ciel clément. Le g'olfe d'Iskanderoun ou d'Alexandrette est le point le plus ra|tproché du coude occidental de l'Euphrate. Au pied des monts Ansarieh s'ouvre le port Latakieh (ancienne Laodicée), fréquenté par les pêcheurs d'épong-es. Puis c'est Tripoli et son port d'£/-Mina, au sud duquel le littoral devient très accidenté. Beyrouth, la ville la plus commerçante de Syrie, doit sa prospérité à un port fait de main d'homme. Les emplacements de Sidon, de Tyr et de Saint-Jean-d'Acre sont marqués par des ensablements. Au sud, il n"y a que les mauvais abri de JafTa.

Vies végétale et animale. — Dans ce vaste pnys, il y a deux zones nalurcllruicut l'ichcs, la plaine littorale et les pentes du Liban exposées aux vents de mer d'une part, de l'autre les bords du Tig-re et de l'Euphrate qui font, comme ceux du Nil, une exception de feitilité au milieu du désert. Entre les deux se développe une zone désertique. Dans le Liban, les cultures prospèrent jusqu'à 1200 mètres daltilude; au-dessus de 2 000 mètres sont les restes des belles forêts de cèdres, si étendues autrefois et bien ravag-ées de nos jours. Les oasis du désert de Syrie et les bords du Tigre <t do riMi[)hi'ale ont leurs plaultilions de palmiers-dattiers. QujMit à la zone dr culhu-f d(''lerininé(! par les deux beaux fleuves, elle est analogue à l'Egypte et comprend les céréales, bh'-s, maïs, etc., bref, une cullureenlièrement appropriée par l'homme.

Dans ces deux zones favorisées des bords de la Méditerranée et des rives de l'Enphrate et du Nil, la valeur exceptionnelle du sol a permis à l'honame de faire disparaître en grande partie la faune naturelle et de la remplacer par du bétail d'élevage. On rencontre encore pourtant des ours, (les panthères, des chacals, dans la région du Liban ; la région des steppes de l'intérieur nourrit, après les pluies d'hiver, quelques troupeaux d'animaux migrateurs qui, lété venu, regagnent les parages plus humides du nord.

Populations. — La population est groupée en deux fractions : l'une dans la zone du littoj^al syrien et du Liban, l'autre sur les bords du Tigre et de rEui)hrate ; dans les deux régions elle est sédentaire ; dans l'intei-valle campent ou circulent les nomades, qui sont les intermédiaires entre les deux groupes de population et qui font métier de commerçants ou lie conducteurs de caravanes. Partout la population est fort mêlée. A côté des Fclla/is et des Bédouins sont les conquérants tuixs fort mêlés de Kurdes, d'Arméniens et de Tcherkesses. Dans la région côtière, sont établies des communautés grecques et européennes et des groupes de Juifs devenus presque dos étrang-ers dans leur ancienne patrie. La majorité des populations est musulmane : cependant l'Église grecque, l'Eghse arménienne et l'Église latine ont un nombre notable d'adhérents.

Géographie politique : Villes. — La Mésopotamie et la Syrie forment sept vilayets de l'empire turc. La grande richesse agricole et commerciale des pays riverains de la Méditerranée ou du Tigre et de l'Euphrate, l'activité du commerce que cette richesse détermine ont suscité l'éclosion de villes importantes dans les deux régions, et aux points importants du croisement des routes ou des débouchés. Sur le Tigre, au croisement des routes entre le Tig-re et l'Euphrate, est Diarhékir (35000 hab.). Mossoul (60 000 hab.), sur la rive droite du Tigre, marque l'emplacement de l'ancienne Ninive. Barjdad (145000 hab.), au seuil du plateau de l'Iran, est reliée par la navigation du Tigre à Bassora.

I)ans la Syrie, les deux grandes villes sont sur la côte, Beyrouth (120000 hab.), assez bon port, et Tripoli ou Tarabuulan (30000 hab.;.

A l'intérieur, il faut signaler Damas (154 000 hab.), entrepôt entre la Perse, la Syrie et l'Egypte \ Alep (127 000 hab.), station intermédiaire entre TEuphrate et Alexandrette. La ville historique de Jérusalem (60000 hab.) ne peut leur être comparée. Bethléem est une bourg-ade de 5000 habitants.

Géographie économique. — Bords de l'Euphrate et du Tigre ou bords de la Méditerranée et pentes du Liban, valent surtout par l'agriculture. Dans la basse Mésopotamie sont des champs de coton rivaux de ceux de l'Egypte, tandis qu'à quelque distance du fleuve se dressent de belles plantations de palmiers-dattiers.

Enfin, les régions basses et bien inondées ou irriguées produisent à foison les céréales, blés et maïs. Dans la Syrie, orang-ers, citronniers et oliviers prospèrent : la vigne y donne le célèbre vin d'or. Enfin, dans le Liban, l'élève du ver <à soie a fait de grands progrès : au cours de ces dernières années on a parfois vendu 300 000 kilogrammes de soie grège.

Les industries, jadis si fameuses d'Alep, de Damas, de Bagdad, de Mossoul, sont complètement déchues. Damas ne fabrique plus daimes. Le travail du cuir, la fabrication du saron et des /miles, celle des objets de piété en bois d'olivier incrusté de nacre sont, avec l'extraction du bitume et du sel, les principales industries du pays.

Si riches que soient tous ces j)ays, ils ne font guère plus de 100 à 120 millions de commerce, suivant la valeur des récoltes; sur ce total, le bon port de Beyrouth, construit par des ingénieurs français, traite pour plus de 00 millions.

C'est pour susciter la production et le commerce que les Européens ont procédé à la construction de» voies ferrées. Tout d'abord, en 1860, les ingénieurs français construisirent la magnifique chaussée de Damas à Dei/rout/i, ])uis on fit la voie ferrée de Beyrouth à Damas et àHamah, et de Jafia à Jérusalem. Il est question aujourd'hui de construire le r/iemin de fer de Bagdad, auquel s'intéressent des cajiitalisles alleniaufls. Ce chemin de fer, venant d'Adana, toucherait l'Euphrate à Biredjck, le Tigre à Mossoul, puis gagnerait Bagdad et Bassora. La Grande-Bretagne, qu'intéresse vivement la voie ilc l'Euphrate comme menant de l'Inde à Aloxandrctlc, et la Russie (|ui surveille jalousement

la région du haut Tigre et du liaut Euplirate, permettrontelles cette construction sans résistance ? En tout cas, l'étude du projet est fort avancée et le pays n'en pourra que bénéficier.

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