CHAPITRE VIII
ARABIK
Sommaire.
L'Arabie, péninsule de forme quadrangulaire (3 millions de kil. carr.), est limitée à l'ouest par la mer Rouge, au sud par la mer des Indes, au sudest par le golfe Persique.
Relief. — L'Arabie est un plateau bordé de chaînes qui tombent abruptes sur le littoral. Ce plateau se termine par un massif granitique formé de deux groupes (celui du nord, le Serbal, et celui du sud, le Djebel-Kaltharin, 2 600 m.). Puis se succèdent les monts de VIdumée, de VHedjaz et de VYémen. Toute cette région a été bouleversée par les commotions volcaniques. Au nord et au sud, le plateau est déprimé (le Hannnada).
Climat. — La côte occidentale appartient au domaine de la mousson indienne et les massifs sont bien arrosés (Aden même reçoit 5 cent.). Pendant le jour, le vent souffle de la mer vers la terre et la nuit de la terre à la mer (c'est le simoun). 11 pleut dans les monts du Nedjed, mais le tiers de la péninsule est privé d'eau. La température est brûlante (à Mascate -}- 40" au mois d'avril).
Hydrofjraplùe. — Pas de rivières permanentes. Sur les plateaux élevés de l'intérieur, Y Oued-el-Roumma (^1300 kil.) roule beaucoup d'eau au temps des pluies.
Côtes. — L'Arabie est séparée de l'Afrique par la mer Rouge (2 200 kil. de longueur, 2 000 m. de profondeur). Les côtes de l'Arabie ont 3 700 kilomètres. La zone littorale de la mer Rouge est peu accidentée avec quelques iles (îles Farsan, Kamaran et îlot de Pe'rim qui appartient à l'Angleterre depuis 1857). Viennent ensuite le littoral du golfe d'Aden et les autres mouillages : Haouru. Makalla, etc. Au delà s'ouvre le golfe d'Oman, avec l'île de Mascate. Les rives du golfe Persique sont basses et sablonneuses (golfe de Bahrein).
Flore et faune. — La partie septentrionale appartient à la région des steppes. Sur les plateaux et dans les vallées croissent les plantes de la zone tempérée [céréales, vir/nes, arbres fruitiers). C'est le pays des plantes aromatiques {myrrhe, gommes, encens . Le café est la culture par excellence. Sur les confins du désert vivent lions, panthères, léopards; sur les plateaux courent bouquetins et gazelles. Le chameau l'animal de transport par excellence. Le cheval a une réputation méritée.
Populations. — Le désert est la patrie de V Arabe [Bédouin). Au sud-ouest subsistent les débris de la race hymiare. On trouve beaucoup de nègres importés d'Afrique,
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Géofjrapltie poliUqiie. — 15i'aucou[) Je peuiilades ont gardé l'orçanisatioii des nomades. Le domaine des Turcs comprend théoriquement une superficie de 560000 kilomètres carrés, divisés en deux vilayets [Heiljaz et Yémen). La population est dun million d'habitants. Le district d'El-Hasa dépend du gouverneur de Mc-sopotamie. Au sud-est se trouve l'État indépendant iVÛman (superhcie : 120 000 kil. carr. ; population l.=)0()000 liah. . La ville de la Mecque (50 000 hab. doit son importance aux souvenirs religieux.
Géographie économique. — Le pays est extrêmement pauvre ; cependant, grâce à l'irrigation, certains cantons de l'Arabie Heureuse produisent les dattes et le café. L'industrie de la pèche est active sur les côtes (pêcheries de Mascate). Les montagnes de l'ouest renferment de grandes richesses minérales {fer. cuivre, or, argent, etc.), mais non exploitées. Il n'y a pas de routes en Arabie. Toutes les pistes de caravanes convergent vers Médine et vers la Mecque. Les grandes villes, sauf Sana, sont situées sur la mer : Djedda en décadence : Hodeida, débouché du Yémen : Mascate. Les nations européennes n'ont pas tenté de s'installer en Arabie. Toutefois les Anglais possèdent Aden (40 000 âmes) parce que cette ville garde le détroit de Bab-el-Mandeb. Son port Steamer-Point est un très important dépôt de charbon. Périm complète cette défense. Les Français ont des droits inutilisés sur ('/leik-Saïd et ont obtenu un dépôt de charbon à Mascate.
Situation et dimensions. — La péninsule d'Arabie couvre une surface de 3 millions de kilomètres carrés. Gesl liion une péninsule par ses contours : mais deux des mers qui l'entourent étant fermées et sans influence dhumidité sur son climat, mer Rouge et g-olfe Persique, l'Arabie ne présente aucun des caractères maritimes de climat, de végétation. f{ue nous sonunes habitués à considérer comme le privilège des péninsules. C'est une sorte de continuation du Sahara par delà la mer Rouge, et assui^ément une des parties les plus inhospitalières de tout l'ensemble de hauts plateaux désertiques qui coupent l'ancien continent du Sahara occidental à l'est de la Moiigolii'.
Relief. — L'Arabie est un iilaleau renflé dans sa partie centrale, déprimé au sud et au noi^d-ouest, et bordé de chaînes qui se rabattent en terrasses abruptes sur le littoral des mers qui l'entourent.
\jC plateau rm/zv// arabique s'appelle iXedJt/rfi. A la surface de ce plateau, généralement élevé d'un millier de mètres, se dressent des chaînes montagneuses qui vont jusqu'à 1800 mètres, comme le <ljcbel A(/Ja. Sa jiarlir occiilenlale est un désert où dominent les roches, volcani(|ues, terrasses et coulées de basaltes ; on appelle ce désert Ilan'a ou désert de l'eu.
Au n(3nl ilu plateau est le Xofoud^ ^raiid «lésert aux. dunes sablonneuses, où les voyageurs ont observé nombre de iioullres circulaii-es ou fouldj^ dont la profondeiu^ dé[)asse souvent 20 mètres. Au sud du Nedjed est un autie désert sablonneux, le Dahna.
Les montag-nes du pourtour de l'Arabie sont en général l»eaucoup jjIus élevées que Tintéi-leur. Tels les monts du Sinaï ou l'ancien Horeb, aujourd'hui montagne Saintet'.atherine, djebel Katharin^ se dresse à 2G77 mètres. Les crêtes du Hedjaz, de rYémen, puis de l'Hadramaout s'étagent à 2 000 mètres environ. La partie la plus haute des monts arabiques est le djebel Akhdar où il y a des cimes de 3 000 mètres non loin du g-olfe d'Oman.
Climat. — L'Arabie est, comme le Sahara, une zone de climat continental, exception faite d'une zone côtièi-e et montagneuse du sud-ouest, du sud et du sud-est que visite la mousson. Mais, même dans ces pays quelque peu arrosés, l'humidité ne dépasse pas au total ce qu'elle est dans les savanes et les steppes du Soudan. Aden ne reçoit guère annuellement que quelques centimètres d'eau, précieusement conservée dans des citernes. A Mascate et dans l'Oman la sécheresse est à peine moindre. Au centre, si les monts du Nedjed reçoivent assez de pluie pour faire naître quelques oasis et entretenir quelques maigres pâtures, rien n'ég'ale la désolation des déserts de lave du Harru, des sablonnières du Nefoud et du Dahna ou des déserts rocailleux (hammada). z\den et Mascate connaissent des températures de -\- 40" ou 45° à l'ombre : les déserts du Tehama et de l'Asir supportent -j- 50°. Comme au Sahara, il y a vif contraste de température entre le jour et la nuit et entre les saisons.
Dans de pareilles conditions il ne saurait y avoir en Arabie de fleuves permanents. Les sources ne jaillissent que dans les hautes régions de montagne et vont se perdre sur leur pourtour dans les sables où les indigènes les recherchent à l'aide de puits.
Côtes. — Les côtes de l'Arabie ont un développement de 3 700 kilomètres ; qu'elles soient inhospitalières ou bien découpées, il imjjorte peu puisque le pays, dans l'ensemble, est fort misérable. La zone littorale comprise entre la mer
Rouge elles chaînes bordières porle le nom caractéristique de Tehama, ce qui veut dire pays brûlant. C'est en elTet, comme l'intérieur, un vrai désert, bordé de bancs de corail et d'ilôts qui sont à la fois des abris et des dangers pour la navigation. Les îles Farsa?}, habitées par des pêcheurs de perles et de corail, offrent un assez bon mouillage, Farsanel-Kebir. Kanuumn, occupée par les Anglais, a aussi un assez bon port. L'îlot de Périm, long- de 5 kilomètres et demi du sud-est au nord-ouest et larg-e de 1 800 mètres, partage en deux j)asses le détroit de Bab-el-Mandeb (Porte de l'aniiction). Périm ap|)artient à l'Angleterre depuis i857.
Le littoral du golfe d'Aden et de la mer (ÏUman., bordé d'escarpements et de falaises, n'est pas plus hospitalier, exception faite de la baie d'Aden, large et abritée par deux hauts massifs à l'entrée. A l'extrémité de cette baie se trouve le port principal Stenmer-Point. Sur le golfe d'Oman, au fond d'une baie circulaire, se trouve Mascate, principal port de l'Oman. On doit signaler sur ce g"olfe la belle baie de Koweït, accessible, plus salubre que les autres points du littoral et qui tend à devenir l'entrepôt de la vallée de l'Euphrate.
Plantes et animaux. — Flore et vég-étation, faune et vie animale sont fort pauvres on Arabie. Dans les rég-ions centrales, les oasis ne comptent guère que des palmiers avec qiiel(]ues maigres cullui'cs d'orge. Dans les régions monlagneuses, on cultive quelques céréales et des arbres fruitiei-s. L'Yémen, qui n'est l'Arabie Heureuse que par comparaison avec les misères du reste, a des plantations de caféiers et de cotonniei's. Dans les régions de savanes, sont des plants d'acacias g'ommiers fournissant la (îi'lèbi'e gomme arabique. Les Arabes élèvent, })arlii.'uliér('ment dans la région licrbeuse du nord, des chevaux dont la renommée est restée grande ; ils ont aussi les troupeaux de chameaux nécessaires à l'organisation des caravanes. Sur les confins des steppes et des savanes, lions, panthères, chacals et jaguars vivent aux dépens de ces troupeaux peu nombreux, et dos bandes de migration des gazelles et des l)()U([U('lins.
Populations. — On ignore le cliillrc de la |)opulalion d*; l'Arabie, pays encore mal exploré, et les évaluations ont \)i\ varier entre ■i et 12 millions d'habitants. Le })lus grand
nombre est nomade : ces nomades de l'Arabie sont généralement désignés sous le nom de Bédouins. L'Arabe Bédouin est de taille moyenne^ assez bien proportionné, maigre et musclé. La figure est ovale, les traits réguliers, le leint bronzé. Mais les tribus des montagnes et des plateaux sont généralement de teint plus blanc. L'Arabie renferme un grand nombre de nègres, importés d'Afrique comme esclaves ou engagés comme soldats. Si les populations de l'Arabie ont jadis donné le branle à la grande révolution de l'islamisme, la nature du pays empêche de ci'oire qu'elles aient pu fournir de bien nombreux contingents démigration : les historiens arabes ont dû commettre à ce sujet nombre d'exag'érations.
Géographie politique. — La plupart des tribus de l'Arabie vivent dans la plus complète indépendance ; c'est à peine si le domaine turc d'Arabie (560 000 kil. carr.) obéit au sultan. 11 est divisé en deux vilayets, celui de l'tledjaz adjacent à la Syrie, celui de l'Yèmen, sur la côte sud-ouest. On évalue la population des établissements ottomans à 1 million d'habitants.
Au sud-est se trouve l'Etat indépendant d'Oman, dont la superficie est d'environ 120 000 kilomètres carrés et la population (Je 1 million et demi.
La ville de La Mecque (60000 hab.) doit son importance aux souvenirs religieux des musulmans, à la réputation de ses pèlerinages, beaucoup plus qu'à son activité commerciale. Lespèlerinsdébarquent au ipovlâc DJp(l(/a (7 000 hab.). Dans l'est de l'Arabie on ne peut guère citer que Suna, capitale de l'Yémen (30000 hab.), assez salubre, grâce à son altitude do 2 200 mètres.
Géographie économique. — Il n'y a guère de culture en Arabie que dans les régions d'oasis, et grâce à un labeur fort ingénieux.
C'est ainsi que dans certains cantons de l'Arabie Heureuse (Yémen et Hadramaout) l'irrigation est organisée d'une façon très savante. Les deux produits caractéristiques de l'Arabie sont les dattes et le cafo. Le caféier réussit particulièrement sur les collines de l'Yémen ; mais au total l'Arabie ne produit que le 1/200 des récoltes totales de café du monde. La plus grande partie du café que l'on vend sous le nom de moka a une tout autre provenance.
16(j ASIE.
L'industrie de la pêche n"est active que sur les côtes du golfe Persique, et elle ne s'applique guère qu'à la recherche des perles. C'est la principale source des revenus de Timan de Mascate. Le produit annuel de toutes les pêcheries est évalué à plus de 15 millions de francs.
C'est sur mer que sont situées, à part Sana, toutes les villes importantes. Et pourtant le commerce est fort en décadence, d'abord à cause de l'état d'indiscipline et d'anarchie du pays, même dans le domaine turc, puis parce que la concurrence des cafés et des gommes de pays plus favorisés a fait tort à l'Arabie. Djnhln qui faisait, il y a trente ans, pour plus de 100 millions d'échanges, ne traite plus aujourd'hui que 15 à 20 millions d'affaires. Hodeïda, le débouché du Yémen, doit quelque importance à la vente des cafés. Koweït, au fond du golfe Persique, attire déjà quelques convois de caravanes de la région du Tigre et de l'Euphrate. Ma>icate^ étape importante de commerce entre Bombay et Bassora, fait une quarantaine de millions d'affaires.
La plus grande partie des transactions se fait par la marine anglaise, grâce à l'outillage supérieur et à la grande fréquentation du /jo/'/ d'Aden, ville de 40000 habitants, bien située pour commander le détroit de Bab-el-Mandeb et servir d'étape commerciale ou de sentinelle maritime entre rinde et l'Europe. Les navires qui passent annuellement à Aden forment une jauge de plus de 5 millions de tonnes. Avec Périm et Kamaran la Grande-Bretagne détient donc les positions maîtresses de ces parages. La France n'a ]»as encore fait valoir les droits qu'elle possède sur Cheik-el- Sa'id depuis 1862. En 1900, l'Allemagne s'est fait céder à bail par le sultan l'île de Kouna dans l'archipel de Farsan.