CHAPITRE XII
SniMMAIHE.
Relief. — On distingue dans la Cliine proproment dite fô 000000 kil. carr.) trois régions : 1" le /laul pai/s du \ord avec les inonlagnes des provinces du h'an-sou et du Clian-si. Les premières crêtes s'élèvent à 1 500 mètres et vont jusqu'à 3 000 mètres. C'est le domaine de la terre jaune. Au sud-est des monis du Chan-si s'étend la grande plaine chinoise qui s'(''tend sur 1 200 kilomètres de Pékin au golfe (Vliaji-lcliéou. La hordure de la Chine septentrionale est formée par les prolongements du K<yuenlun (monts Tsing-linr/ ou monlaf/nes Bleues). L'élévation moyenne est d(^ 2 000 mètres; 2° les /errasses du centre et la plaine centrale, formées par l'épanouissement du plateau tibétain. Ce sont les Alpes du Zé-tc/iouen ou monts Yun-linçi. Entre le Kinclia-kiang et le Ya-loung, la Xandu monte à (i2ô0 mètres. A l'est de la vallée du Min, la ligne de faite est formée par le Tapa-chan (3 000 m.). Le plateau du Yunnan s'incline vers riraouaddy et le fleuve Rouge; 3" les plateaux qui couvrent la Chine méridionale se divisent en plusieurs sections : 1° entre le Yang-tsékiang et le Si-kiang les monts Nan-chan; 2" entre le Si-kiang et le Fokien, les monts Nan-linr/ et Taju-ling.
eu mal. — Il faut distinguer entre la Chine du Nord et celle du Sud si'parées l'une de l'autre par le Tsing-ling. La première, visitée par les vents venus de Sibérie, est froide. Le printemps est la saison de grande sécheresse; c'est l'été qui est la saison des pluies (Pékin, 84 cent.). Le climat est excessif (froids de — 20°, chaleurs de -j- i(°). La seconde est soumise à l'influence des moussons : mousson du nord-est d'octobre à mars, mousson du sud et du sud-est de mai à août. L'été est la période des pluies (moyenne : 1 m. 11). Les hivers sont assez rigoureux.
lli/drof/raphie. — Le Pei-hn descend des montagnes de Mandchourie et Unit dans le golfe de Petchili. Le Hoang-lio (fleuve Jaune) a 4 700 kihmièlres. Son cours supérieur est montagneux. Il contourne le plateau des Ordos. se réunit à rOwe/-/(o et s'engage dans les terres jaunes (ju'il eniraîne. Il s'est déplacé de près de 1)00 kilomètres et se termine par un delta extrêmement étendu. Le Yang-tsé-kiang (fleuve Bleu) a 3 ôOO kilomètres. Né sur le i)lateau du Tibet, il traverse les montagnes du Yunnan, se grossit du Ya-oung et du Min, reçoit les eaux des lacs Toitngling et Poyang, reçoit le Uan-kiang et se termine par un estuaire qui commence à Nankin. 11 roule 20 000 mètres cubes d'eau. Le Si-kiang (1 500 kil.) traverse nue série de cluses, reçoit le Pé-kiang et se divise en aval de Canton en deux bras dont l'uu arrose Canton. La marée le pénètre jusqu'à 300 kilomètres.
Côtes. — Le littural de la Chine forme un arc de cercle dont li convexité' regarde l'océan Pacifique. Le golfe de Petchili avec Tien-tsin, le golfe de Lia<i-lounf/ et la baie de Corée sont les enfoncements les plus marqués du nord. A partir du Hoang-ho, la côte est basse, sauf la presquile de Chan-toiairj. Au sud du Yang-tsé-kiang s'est bâti Shanrjhaï. Au delà se creuse le golfe de Han-tchéou; plus au sud on rencontre la baie de Canton. A l'entrée de la baie s'étend l'ilc de Honrj-konrj . Le détroit de Fok'ien sépare du continent l'ile de Fonnose. Au sud, il faut citer lile (ÏHaïnan.
Plantes et animaux. — La végétation chinoise est riche. Dans la partie méridionale croissent les palmiers, les hananieis, les bambous: dans la vallée du Yang-tsé-kiang, le riz. le thé, la canne à sucre: au nord du Tsing-tong, les arbres fruitiers, les graminées, les céréales (blé, ortje, mais). Peu de prés et de pâturaf^/es. Les espèces sauvages sont rares {tigres, panthères): quelques espèces européennes sont acclimatées {bœuf, buffle, porc). Les singes sont assez nombreux. On distingue quatre cents espèces {['oiseaux.
Populations. — 330 millions dhaljitants au moins (95 par kil. carr., et seulement 20 000 étrangers .La langue chinoise est mono>\ilabique. Il y a trois grandes religions officielles : 1" le confucianisme qui est plus une philosophie qu une religion: 'J° le taoïsme, et 3<* le bouddhisme. Il y a 20 millions de mahométans cA un million de chrétiens.
Géographie politique. — L'empereur est théoriquement absolu; mais le pouvoir central est faible, en réalité, comme l'ont prouvé la guerre si nojaponaise et la révolte récente des Boxers. Le pays est divisé en dix-huit provinces. Les puissances européennes ont pris des garanties. La Hussie sest installée à Port-Arthur : l'Allemagne à Kiao-tchéou-nnn, I .Angleterre à Wei-hai-wei, la France à Kouang-tchéou-van.
Villes chinoises. — La capitale est Pékin ^800 000 hab. ; sou port Tientsin a OoOOOO habitants. Fnu-tchéou en a un million et Uang-tchénu. 900 000. On peut citer aussi .V(W(/-/>o, Shanghaï, Canton (I ôOOOOOhab. , et, dans l'intérieur, Tching-téou-fou, Hun-kéou '800 000 hab.) et Si-ngaii (l 000 000 d'hab.).
Géographie économique. — Agriculture. — Les forets très étendues sur les montagnes ne sont pas exploitées. Le riz est la culture principale ; dans le nord on cultive Vorge et le blé. Les cultures maraichères sont très développées; \a po)n>ne de terre réussit dans la zone centrale. La Chine est riche en culures arborescentes, bananes, figues, pummes, etc. Le bambou est une plante précieuse. Le thé fait la richesse <lu pa^s. La canne à sucre n'augmente pas. Parmi les cultun-s iinluslrielles, le coton est très important, Vi/tdigo, très pros|)ère. L'élevage est négligé [bœufs et buffles piii iiumhreux). La pêche est un art véritable. Le ver à soie est une spécialité du pays. La Chine est le pays le plus riche en houille (Peti'bili.Cban-loung, Chan-si) : elle iiossède beaucou|i de métaux précieu r, du fer, du cuivre et i\u plomb. Le .se/ du Pftchili est renommé; le kaolin s'extrait aux environs du lac Poyang. Le tissage de la soie est au premier rang des industries du pays; celui du coton, depuis 1895. au second; les nattes de paille se fabri(|uent en grand nombre ainsi (jue les bijoux en Jade. Les roules sont diflii'iles à construire, mais il en est (jui ont jusrpi'à »(M)() kilomètres. Pé-kin est en relations ;ivec .Maï-matihin, Kiakhtu et llaii-kéou. Une voie ferrée relie depuis 1888 Tien-tsin à Kaïping. Un iau;d traverse toute la Chine et relie les deux es entre eux (canal impérial).
LA CHINE. 20b
Le commcrct' exttTimir (lui se fait ])ar S/ia//f//iaï. Ca/i/aii et lloii//-/i'(,iii/ est évalué à 1 500 millions. Les Anirlnis sont les iireniieis eiients de la (iliiiie: la Frani'e \ieiil au iin(|uiérne ranj;.
Situation et dimension. — La Chine pi'opi'ement dite se compose des riches terres deltaïques qui forment les provinces littorales de la mer de Chine et des vallées de quel- ((ues iirands fleuves et de leurs affluents, comme le Hoan^ho, le Yang'-tsé-Kiang- et le Si-Kiang-. Ce sont ces g'i^ands fleuves, notamment le Yang--tsé-Iviang-, qui ont fait l'unité du pays cliinois, où plus de 320 millions d'habitants vivent sur un espace de 5 millions de kilomètres carrés.
Relief. — On peut considérer en Chine trois grandes régions de relief : 1° Le haut priys du nord et la fji'onde plaine chinoise. Le haut pays du nord s'élève par g-radins depuis les plaines basses du Honan jusqu'au plateau des Ordos et à la Mong-olie. Déjà, dans VOntaï-chan au sudouest de Pékin, il y a des pics de plus de o 000 mètres. Là s'étend le domaine de la terre jaune qui est très fertile, mais qui nouiTit en proportion beaucoup moins d'habitants ([ue les régions alluviales de la côte.
Au sud-est des monts du Chan-ai, s'étend la g-rande plaine chinoise, développée sur une longueur de 1 2U0 kilomètres entre Pékin et le g'olfe d'Han-tchéou. L'ancienne ile du Chang'-toung-, rattachée au continent par un isthme de terres basses, forme un contraste de relief avec les plaines environnantes.
La bordure de la Chine septentrionale est formée par deux séries de hauteui^s. D'une part ce sont les monts Tsing-/i7ir/ ou montagnes Bleues, dont l'élévation moyenne est seulement de 2000 mètres, mais dont les passages, comme ceux des Pyrénées, sont difficiles à franchir, à cause de la constance de l'altitude moyenne. Les sommets y atteignent environ 4000 mètres. Les Tsing--ling- sont continués à l'est par le /"o^</î/o/^-C//«n, où quelques pics comptent encore 2000 mètres, mais qui est très inférieur au Tsing-- Hng-.
2° La Chine centrale est constituée par l'épanouissement oriental du plateau tibétain. Dans la rég-ion orientale les Alpes du Ze-tchouen ou monts Yun-linr/ ont des vallées qui s'étagent entre 2500 mètres et 3000 mètres, des cols de
plus de ;îOOO mètres et des sommets de 5 h 6000 mètres. 8° Le haut pays de la Chine tnerit/ioîuife se relie au Tiltet ])ur le plateau du Yutuiau qui mesure 2000 mètres d'altitude moyenne et siucline au sud vers les vallées de llraouaddy et du fleuve Rouge. On connaît mal encore les monts du Nan-chan qui se développent entre le Yang--tsé- Kiang- et le Si-Kiang-, et qui portent les noms de .\am-liiuj, de Meï-linn, et de Taju-ling : ce sont en g-énéral des pays de 500 à 800 mètres d'altitude; les sommets y dépassent rarement 2000 mètres.
Climat. — La Chineest, comme l'Inde, un paysde moussons, mais elle n'a pas comme l'Inde, ni au nord, ni à l'ouest, une énorme barrière montag-neuse contre laquelle les pluies puissent se condenser pour féconder d'autant mieux les plaines voisines. Cependant son grand tieuve le Yang-tsé- Kiang- vient des mômes régions que les fleuves de l'indo- Ghine : mais il chemine vers l'est au lieu d'aller comme eux vers le sud au-devant de la mousson pluvieuse. On peut dire en somme que la Chine du sud est pays de moussons bien caractérisées, comme l'Indo-Chine; que la Chine centrale ou |)ays du Yang-tsé-Kiang-, vrai cœur de l'empire, est déjà plus délicatement touchée par la mousson, et que la Chine du nord est essentiellement une zone de climat continental, où cependant les pluies ont lieu en été, comme dans les autres i)ays de moussons. La Chine du nord a donc im rude hiver, ])ar exemple à Pékin où la gelée dure pendant plusieurs mois, etoù |)endant l'été on supporte des chaleurs de -j- 40". C'est en été, notamment en juillet, que tombent les plus fortes pluies.
Au sud du 30° de latitude environ commence le (Ntmaine des moussons. D'octobre à mars, donùne la mousson du nord-est, sèche en général; mais de mai en août, un peu plus tôt dans le midi, un peu plus tard dans le nord, c'est la mousson (Ju sud et du sud-est qui souflle de la mer chaude et qui amène les pluies. Il tombe en moyenne 1"',10 à Shanghaï, i"\lo à Macao, 2"',li à llong-kong-. La saison hivernale oll're de notables dillèrences du noid au sud : dans le sud, elle est sèche sans être froide ; dans la Chin(^ centrale, les hivei's sont asscjz rigoiu^eux.
Fleuves. — La Chine est l'un des pays du luoiMhï «pii doivent le plus à leurs l|euv(;s, eu |)ajticulief à ratliuiiable
réseau de la Chine centrale, conslilué parle Yang'-lsé-Kianget ses ariUients.
Dans la Chine du nord coule l(! lloang'-ho ou fleuve Jaune, long" de 4700 kilomètres. Né dans les montagnes du nordest du Tibet, à plus de 4000 mètres d'altitude, il descend vers la plaine par de formidables cluses. Bordé à g-auche par les monts de TAla-chan et de l'In-chan, il contourne le plateau des Ordos, et s'éloignant de l'ancien lit qui le mena jadis dans le golfe du Petchili par le lit du Peïho, il prend la direction du sud jusqu'au confluent du Oueï-ho. Là, commence le cours moyen du fleuve qui s'eng'age dans les terres jaunesqu'ila creusées et dontles falaises le dominent quelquefois de quelques centaines de mètres.
Traversant des terrains meubles, le fleuve Jaune est prodigieusement charg-é d'alluvions. Ses crues le rendent d'ailleurs redoutable : et les riverains ont dû élever des dignes, quiontparfois plus de 20 mètres de haut. L'embouchure du Hoang'-hû a varié de position sur une longuciu' de 1)00 kilomètres : aujourd'hui, depuis 1802, elle est dans le golfe du Petchili.
Le Yang-tsé-Kiang (fleuve Bleu ou Ta-Kiang-, Grand fleuve), mesure 3 500 kilomètres de long-ueur et draine un bassin de près de 1800 000 kilomètres carrés. Il vient du Tibet, où sa source est à 5 000 mètres d'altitude environ. Dans sou cours supérieur, il n'est g-uère à plus de 200 kilomètres en lig'ne droite des sources du fleuve Houge du Tonkin, lorsqu'il se heurte aux escarpements du Yunnan, entre lesquels il se fraye une voie vers le nord-est. Les Alpes du Zé-tchouen lui envoient de grandes rivières comme le Ya-loung, long- de 1000 kilomètres. Au delà de la ville d'Itchang- commence le cours maritime et le fleuve n'est encore qu'à 1700 kilomètres de l'océan : déjà il est larg'c de plus de 800 mètres. Deux g-rands lacs, le Toungting et le Poyang lui apportent le tribut de nombreuses rivières. Le Yang'-tsé-Kiang-, dans sa partie maritime, a souvent 50 mètres de profondeur; la marée le remonte jusqu'à 360 kilomètres de l'embouchure, qui est large de 30 kilomètres.
Le Si~Kiang (1.500 kil.) traverse un pays plus chaud et plus rég'ulièrement humide que le bassin du Yang-tsé- Kiang". La mousson d'été le fait monter de 8 à 10 mètres dans la région des cluses qu'il traverse. Ce qui rend son
cours inférieur utile, c'est que la marée le remonte jusqu'à 300 kilomètres.
De tous les fleuves chinois, le plus utile est sans conteste le Yang-tsé-Kiang- que les navires de mer peuvent remonter fort loin et qu'une tlolille de vapeurs parcoui't déjà dans la plus grande partie de son étendue.
Littoral. — Le littoral de la Chine est assez peu découpé, surtout dans sa partie septentrionale. Entre la frontière coréenne et les bouches du Yang-tsé-Kiang- la côte est basse et olfre peu d'abris ; seule la presqu'île du C/iangfoung^ ancienne île rocheuse, reliée au continent par les alluvions du Hoang--ho, fait exception et est découpée de baies bien ramifiées, ce qui explique la résolution de l'Allemagne de s'y établir. Le golfe de Petc/illi , où se trouve Tien-Tsin, le port de Pékin, est peu profond et bordé de plages sablonneuses. A vrai dire, un réseau fluvial comme le Yang'-tsé-Kiang- vaut mieux que bien des golfes pour la pénétration à l'intérieur des terres. Au sud de l'estuaire du grand fleuve se creuse le golfe &' Han-tchéou ; puis les ports se pressent sur le littoral, Ning--po, Fou-tchéou, Amoy. C'est la région où la [copulation maritime chinoise se presse la plus nombreuse. Au sud, la principale indentation est la baie de Canton^ où s'élève la ville portugaise de 3Iac(io, en face de laquelle se dresse l'île ang-laise de Hong-kong-.
De ses g-rands archipels la Chine a penlu l'ilc la meilleure, Formose, prise parles Japonais. La France, |)lus généreuse, lui a laissé les îles J'cscadoi-es, excellent mouillage occupé parla flotte de l'amiral Courbet. En face du littoral sud de la Chine est la grande île de Hahuin.
Plantes et animaux. — Grande est la variété des aspects de la végétation el de la vie animale de l'extrême nord au sud de la Chine. Au sud des monts Nan-chan, c'est la végétation des pays tropicaux humides où la mousson jiluvieuse d'été est très caractérisée. Palmiers, banani(!rs, bambous y foisoimcnl. C'est h; domaine du Yang'-tsé-Kiang' qui est la l'ég'ion favorisé(! <le la Chine, la vraie; Chine. Là sont réunies toutes les cultures qui font sa forlune : le ri/, le llie, la canne à sucre, les mùi-iers, la \igiie, Uïs orangers, les eitroiniiiM's, les g'oyaviei'S. Mais il n'y ;i plus là de llere ni de faune naturelles : I lionnne a loul ailaph- à ses besoins,
liuisquL! la civilisation chinoise est essentiellement ag-ricole. Dans la Chine du nord, au delà des monts Tsing-ling, se développe une vég-étation analogue à celle de nos pays tempérés d'Europe ; de l'orge, du blé, du maïs et de l'avoine dans les champs ; des mûriers, des pêchers, des abricotiers, des poiriers et des pommiers dans les jardins. Sur les coteaux sont des taillis de chènes-verts et de pins-jtarasols ; dans les montag'nes, des hêtres, des frênes, des charmes, des bouleaux, des pins et des sapins.
La faune sauvage, comme la flore sauvage, a été à peu près éliminée en Chine par le labeur de l'homme : on y voit beaucoup moins de tig'res et de i)anthères que dans l'Inde et rindo-Chine ; le bœuf et le buffle ne sont en grand nombre que dans les pays encore insuffisamment cultivés de l'intérieur ; dans les régions de grande densité de population, on n'élève guère que le i)orc et toutes sortes d'animaux de basse-cour.
Populations. — La poi)ulation de la Chine proprement dite dépasse 320 millions d'habitants; celle de l'empire 330. Dans ce vaste empire, il n'y a guère que 20000 étrangers, dont 1 300 Français, un nombre d'Allemands à peu près ég-al, et 5400 Anglais.
La race chinoise est très mélangée. Ce que l'on appelle type mongol n'est ni une manière d'être très caractéristique, ni une définition exacte, jjuisquelesMong-ols formaient jadis une confédération de races les plus différentes. On peut dire seulement qu'en g-énéralle Chinois est reconnaissable entre tous les jaunes à son visage rond, à ses pommettes saillantes et à ses yeux obliques. C'est d'ailleurs dans l'ensemble un peujile laborieux, obstiné dans ses entreprises et qui a acquis, en dépit du caractère essentiellement ag-ricole de sa civilisation, une habileté commerciale^ parfois \)eu scrupuleuse et que redoutent avec raison les Européens dans leurs colonies d'Asie.
Le peuple chinois n'a pas d'ailleurs une langue unique. Chinois du nord et Chinois du sud ne peuvent guère s'entendre que ])ar l'emploi d'une langue raffinée, la langue mandarine, fort ditférente de tous les dialectes usités de l'extrême sud à l'extrême nord.
La variété religieuse est plus g-rande encore. Il y a en Chine trois grandes religions officielles qui d'ailleurs sont
GÉOG. CL. 5e. 14
parfois pratiquées toutes les tiois par les mêmes individus, le confucianisme issu de l'ancien culte national, le taoïsme, qui est réduit presque aujourd'hui à une sorte de magie, et le bouddhisme qui se rapproche du culte des génies et des mânes. Il y a en Chine 20 millions de musulmans, notamment dans les provinces du sud, au Yunnan. Les chrétiens catholiques sont 1 100000, les protestants oiOOO.
Campagnes et villes chinoises. — En Chine, où le sol arable constitue la grande ricliesse, la population rurale est beaucoup plus nombreuse que la j)opulation urbaine. L'ag'riculturc est vénérée ; la classe des paysans est regardée comme la première de la nation : elle donne la nourriture aux autres. D'ailleurs le régime du sol est celui de la petite })ropriété. Tel hectare des riches campagnes du Yang'-tsé- Kiang- nourrit sur place jusqu'à dix ou vingt personnes. Il y a bien 300 millions d'habitants, sur 330, qui ne vivent que de culture.
Pourtant il y a en Chine des villes considérables, dont on connaît mal d'ailleurs la population. La capitale, Pékin, située au nord-est, près du i>ays haut, se divise en vilh; violette, réservée à la Cour et aux g-rands dignitaires, en ville rose, ville impériale, et enfin en ville tartare. C'est le grand centre du commerce de la Chine du nord et des 'échanges avec la Mongolie et la Sibérie. Elle compterait environ 800000 haljitants. Dans le même pays, Ticn-Tsin compte 900000 habitants. La région des bouches du fleuve Bleu est peut-être de toute lu Chine celle (jui renferme le plus grand nombre d'ag-g-lomérations européennes : Jlang-tchcou (900 000 hab.), sui- le canal impérial, est une atlmirable ville. Aati-kin (900000 hab.), »■ la cour du sud », est le grand rentre manufaclui'ior et commercial du bassin inférieur du Yang-tsé-Kiang'. Slianyliai est le grand poi't d'entrée du Yang-tsé-Kiang- (000000 hab.). Au sud, la gi-ande ville est Canton (1 500 000 bal)., dont 900 000 Chinois).
A l'intérieur, on p('ut citer Ihin-kôoii (800 000 hab.), dans le llou-jté, sur le Vang-ls('-Kiang' moyeu : c'(!st le centre des colonies étrangères. Sur le Wei-ho, Si-nf/aii (1000 000 d'hab.), l'ancienne capitale dt! la Chine reste l'une des grandes cités imiustrielles et marchandes du bassin du fleuve Jaune.
Géographie politique. — L'cuqieniir (lisj)ose Ihéoiique-
ment du jjouvoii' absolu, sous le contrôle do censeurs officiels. Le chef de l'État est assisté de six ministres d'État; mais, en réalité, le pouvoir central est extrêmement faible. A Pékin même, des factions livales se disputent le pouvoir ; d'autre part, la guerre slno-japonaiso et la révolte des Boxers ont prouvé que les gouverneurs des dix-huit provinces étaient en réalité indépendants et disposaient absolument des fonctionnaires charg-és d'administrer les départements (fou), les arrondissements (tchéou) et les districts (yen). Déjà des révoltes très g-raves éclataient en 1898; elles n'étaient que la préface de la terrible insurrection de 1899 qui coûta la vie à tant de missionnaires, de nég-ociants européens et qui détermina l'intervention de l'Europe.
Les g-randes puissances occidentales ont pris des g'ag-es : pendant que l'Angleterre obtenait la cession de Weï-ha-wci, les Russes se faisaient céder à bail Port-Arthur. L'Allemagne s'installait dans la baie de Kiao-lchéou et dans le Ghantoung-. La France se faisait céder la baie de Kouang'-tchéouwan et obtenait la reconnaissance de ses droits éventuels sur File d'Hainan. Aujourd'hui c'est le Japon qui, après avoir attaqué la Russie sans déclaration de g-uerrc, voudrait devenir la puissance prépondérante en Chine.
Géographie économique. — L'ag^riculture a toujours été considérée en Chine comme la meilleui'O source de la richesse et du bien-être. A vrai cUre, si les Chinois emploient, dans leurs travaux des champs, un labeur vraiment méticuleux et patient, s'ils laissent perdre peu de terrain utile à la nourriture des hommes, leurs méthodes de culture sont encore fort arriérées.
Au premier rang- est la production des céréales. Dans le midi et le centre de la Chine, c'est le ris qui occupe la meilleure part des champs : on estime que la récolte annuelle est supérieure à 500 millions d'hectolitres. Uorge, le blé, Vacoine et le seigle sont les céréales les mieux cultivées après le riz.
Mais Tapplication des Chinois est surtout remarquable dans l'art de cultiver les arbres et les légumes. Ils font maintenant, au centre et au nord, de belles récoltes de pommes de terre : leurs vergers produisent des bananes, des figues^ des orang-es, des grenades, des pommes, des poires et des pêches. Mais c'est le thé qui fait la gloire de
la culture chinoise et sa richesse, bien que les Indes et rindo-Chine française même commencent à faire concurrence à la Chine pour le travail et la vente du thé. L'exportation du thé en feuilles ou en briques atteint à peu près 100 millions de kilogrammes par an.
Les Chinois cultivent aussi beaucoup de cannes à sucre, assez pour suffire à leur alimentation et aussi à une vente annuelle de plus de 2 millions de quintaux qui se fait par Hong-kong-.
Parmi les cultures industrielles, citons celles du coton, de la ramie et du jute.
Dans ce pays de culture soig-née et méticuleuse, l'élevarje ne tient plus qu'une place peu importante. En revanche, jjêche ei pisciculture sont deux ressources alimentaires de première valeur en Chine. Beaucou]) plus importante est la culture du mûrier et relève du ver à soie, travaux dans les- ([uels excellent les provinces de Tché-kiang- et de Kiang-si. Shang-haï exporte pour une centaine de millions de soie par an, Canton pour 40 ou 50 millions.
Industrie. — Il y a déjà, dans les habitudes du peuple chinois, quelques-uns des meilleurs éléments d'une industrie, l'amour du labeur, la patience et ling-éniosité. Si l'on observe que la Chine est un des pays du monde les plus riches en houille et en inétaux, on ne saurait douter que la grande industrie y naisse bientôt. Ce grand pays qui achète encore à l'étrang-ei- pour 20 millions de houille par an, pourrait en produire de quoi suffire ù l'univers, au lieu du maigre contingent de o à 6 milUons de tonnes, que d'ailleurs l'exploitation des voies ferrées va prochainement accroître dans des iiroportions considérables JL,es bassins du Pefc/iili, du Chun-lou/if/, du Sé-lchouen et du Yunnan sont prodig-ieusement riches. Enfin la Chine a des mines de fer, de cuivre, de plomb et d'étain, de belles salines et du kaolin dont la qualité et le bon traitement ont donné aux porcelaines de Chine leur célébrité bien des fois séculaire.
Déjà il y aà Shanghaï des filatures de soie et de coton: Canton devient la ville industrielle du sud. 11 y a une véritable renaissance des industries du papier, des laques, des nattes de paille.
Commerce- Voies de communication. — Ce qui donnera
l'essor à la vie industrielle en Chine, c'est précisément la construction des voies ferrées par lesquelles les Européens espèrent se rendre maîtres des meilleurs ]>roflts du trafic chinois. .]us<|u'à une période louto contempoi'aiue, la plupart des échang-es se taisaient en Chine par les voies navigables, notamment sur le réseau du Yang-tsé-Kiang- qui permet de remonter jusqu'à 500 kilomètres à l'intérieur des terres. Le g-rand canal, long- de 1 100 kilomètres, et qui met en communication Han-tchéou avecTien-Tsin, aurait grand besoin d'être approfondi et réparé. Enfin il y a 4 000 kilomètres de grandes routes chinoises, ce qui n'est pas beaucoup pour un si grand empire.
Dès 1877, on avait inauguré une voie ferrée de 20 kilomètres entre Shanghaï et ses environs : huit ans après, l'empereur faisait arracher les rails et les traverses. La première voie de quelque importance (130 kil.) qui ait été mise en exploitation est celle de Tien-tsin à Kaï-ping-, construite en 1888. Enfin, depuis cette époque de nombreuses compagnies ont obtenu des concessions de voies ferrées et en 1904 il y avait déjà 2 200 kilomètres de voies ferrées en exploitation en Chine. La lig'ne principale est ce que l'on appelle le « Grand Central chinois », qui serabientôt achevée de Pékin à Han-kéou et qui doit être prolong'ée jusqu'à Canton. Au nord, Pékin est en relations avec le transmandchourien russe et relié à Tien-tsin et à Takou. Au sud, les voies ferrées françaises du Tonkin atteindront bientôt le Yunnan et le Kouang-Si.
Quand ces voies ferrées fonctionneront, le trafic maritime déjà considérable se développera beaucoup plus encore. Aujourd'hui les ports chinois ont un mouvement maritime de 55 millions de tonnes, dont 30 sous pavillon anglais, 9 sous pavillon chinois et 8 sous pavillon allemand. Le port le plus actif est Shanghai\ au débouché du Yang'-tsé-Kiang-, où l'on traite les deux tiers des importations et les trois quarts des exportations de toute la Chine. Canton avec le port voisin de Kaou-loun fait un chillre dalTaires à peu près ég-al. Viennent ensuite .Imoy, Foii-tcliéou, et Tien-tsin, le port de Pékin.
Au total le commerce de la Chine représente environ un milliard et demi de francs, dont 700 millions à l'importation. Il n'y a pas lieu de s'étonner de la médiocrité de ce chiffre pour un empire aussi peuplé, car le commerce n'est
pas nécessairement dans un rapport direct avec le nombre de la population. En Chine précisément, le commerce est médiocre parce que le Chinois suffil à peu près complètement à sa nourriture et en notable partie à ses autres besoins. Les Chinois sont très nombreux, mais ils ont peu de besoins qu'ils ne puissent satisfaire avec les ressources de leur pays.
Corée. — Au nord-est de l'empire chinois s'étend la Coi^ée, péninsule montagneuse do 220 000 kilomètres carrés, peuplée d'environ 15 millions d'habitants. Elle est couverte de montagnes dans une g-rande partie de son étendue : les plus hauts sommets y sont voisins de 3 000 mètres. Les côtes sont bordées d'îles rocheuses dont la plus grande est Quelpaert. La capitale, Séoul, est une g-rande ville de 150000 habitants.
La Corée est riche en riz, dans les parties méridionales et centrales, en blé, en maïs et en millet dans le nord.
Mais la g-rande richesse do la Corée est dans ses mines. On y a découvert ïor et V(tr<jenl. Le fer y est d'excellente qualité. Trois ports sont ouverts, depuis 1883, aux Européens, Cheînoulpo, Fou-san et Gen-san. La Corée fait un commerce d'à peu près 50 millions de francs : elle exporte de l'or pour 13 millions, du riz pour 10.
La Coi'ée a été envahie celte année même par les trou])es japonaises, tandis que les Russes se retiraient en Mandchoui'ie. Elle sera manifestement le prix de la victoire dans la guerre actuelle.