PREMIERE SECTION
PAYS DE l'atlas OU AFRIôlE MINEIRE
Unité du relief montagneux. — Le Maroc, lAlgérie et la Tunisie ont le même système de montagnes, VAtla,^. Aussi appelle-t-on quelquefois ces trois pays, yjf/ys ^/e /\4//r/s, puisque c'est cette montag-ne qui en fait l'unité : les Arabes lui donnent le nom de Djezireh-d-Maghreb ou île du couchant, montrant par là son isolement des autres pays d'Afrique. Quelques géog-raphes désig-nent cette région sous le terme de Berbérie.
Le système de l'Atlas se développe sur une long-ueur d'environ 2300 kilomètres, entre le g-olfe de Gabès, l'Atlantique et le Sahaïa. S'il occupe d'un seul tenant ce vaste espace il présente néanmoins une succession d'aspects assez divers. On peut distinguer : 1" l'Atlas marocain, remarquable par ses grandes altitudes et par ses chaînes puissantes; 2° l'Atlas algérien, dans lequel de hautes plaines sont intercalées entre deux séries de chaînes; 3° l'Atlas tunisien, où la zone des hautes plaines est à peu près complètement oblitérée.
L'Atlas marocain. — L'Atlas marocain, révélé aux géog'raphrs ]iar les lieaux voyages du vicomte de Foucauld et de M. de Scgonzac, est de beaucoup la partie la plus élevée de tout le système. Sa chaîne maîtresse, que l'on aj)pelle sou\ent grand .\tlas ou haut Atlas, se dévelup|ic sui' une
longueur de près de 1000 kilomètres entre le cap Guir et le chott TUjri. C'est une puissante arête de granit, de porphyre et de g'rès qui s'élève graduellement vers Test de 2000 à 3 000 et à 3500 mètres en formant ainsi un véritable rempart au-dessus duquel les pics se dressent à 4 000 mètres, dans la rég'ion qui s'étend au sud de Marrakech et qui est une des plus élevées avec celle du djebel A'iachi. Les cols sontù des hauteurs considérables. Ainsi le col de Tagherout qui mène de Marrakech dans la vallée du Sous, s'ouvre, au témoignage des voyageurs Hooker et Bail, à 3500 mètres de hauteur. A l'ouest, les cols s'abaissent : le col des Bihaoua n'est qu'à 1 200 mètres d'altitude sur la route de Marrakech à Taroudant.
Au sud de la g-rande vallée longitudinale du Sous, la chaîne de V Anti-Atlas se soude à l'arête principale : V Anti- Atlas a souvent 2000 mètres d'altitude au passage des cols, mais on y observe fort peu de pics ou d'arêtes dépassant cette hauteur. Une troisième chaîne parallèle beaucoup moins haute (200 à 300 mètres de hauteur), le Bani, se développe au sud le long- de Voued Dràa.
Au nord du haut Atlas, s'étend une autre chaîne secondaire, le Moyen- Atlas, courant du sud-ouest au nord-est jusqu'à la Moulouïa. Ses plus hauts sommets atteignent environ 3000 mètres. Il se compose de plusieurs terrasses ou étages, plus larg-es dans l'ouest que dans l'est. Entre les chaînes de l'Atlas et l'Océan Atlantique, se développe un vaste plateau, d'ailleurs strié çà et là de quelques chaînes; c'est sur ce plateau que s'est formé le royaume de Marrakech.
Une grande dépression où coulent en sens inverse les affluents du Sebou et ceux de la Moulouïa, sépare du système de l'Atlas les chaînes du Ri f àoni l'allitude, reconnue en ces derniers temps, est souvent comprise entre 2000 et 2500 mètres. Les chaînes du /^//semblent être orientées en demi-cercle le long- de la côte méditerranéenne, entre Geuta et le cap Tres-Forcas; c'est une sorte de contrepartie symétrique des chaînes du sud-est de la péninsule ibérique.
L'Atlas algérien. — L'Atlas alg-érien est un socle de hautes plaines encadrées par deux zones de montagnes qui en sont les rebords vers la mer d'un côté, vers le désert de l'autre.
Ces rebords, qu'on peut appeler .4 tUis tellien et A fias sa/ntinen, très écartés dans la province d'Oran. se ra|i[ir()(hent l'un de l'autre vers Test.
Les massifs littoraux de l'Atlas algérien sont nombreux et complexes. On peut y disting-iier : \e massif des Traras, ([u'\ semble terminer le Rif marocain ; le Sa/iel (VOran et de S/ostagane/n ; de Dahra entre le Chélif el la mer ; les massifs de Miliana et de (J/iorchell\ les monts des Beni-SaUih (1040 mètres), enfin les collines du Sa/icl d'AUjer.
A l'est d'Alg-er, les massifs littoraux sont plus élevés. On rencontre d'abord la Grande Kabylie, vaste hémicycle montagneux dominé par la grande chaîne du DJurdJura (2308 mètres au Lalla-Khedidja), au nord de laquelle se succèdent le massif de Ftj)-t Aafional, puis une chaîne littorale au nord de la vallée du Se"baou. Puis viennent la Petite Kahylie ou Kabylie des Babors [Tabaljor, 1965 mètres ; Babor, 1 970 mètres) ; le massif de DJidJelli, de Coflo, de VEdoKf/li au-dessus de Bène. Au sud de ces derniers massifs s'étendent \a dépression de Constantine et la plaine de Bône.
Les massifs littoraux sont limités au sud, du moins dans l'Algérie occidentale, par une grande dépression qui continue la dépression marocaine comprise entre l'Atlas et le Rif. Elle est composée surtout de plaines basses, comme la sebklia d'Oran, la. plaine du Sig, la vallée du C/iélif,>\e quelques plaines plus hautes, comme la plaine de Medea, et va se terminer au g-olfe de Bougie par la vallée de fOued Sa/iel.
Au sud des massifs littoraux se dresse une grande cliaine où dominent les roches crétacées. Elle compi'end la chaîne du Tessala et des Beni-Gliougran, le massif (}q l'Ouarsoiis (1995 mètres au point culminant), la chaîne du Z>î7Y/G?'^?/;/m/^, qui se continue au nord dans les Bibans et les tnonts de Constant ine.
Un nouvel étage de plaines, d'une altitude de 500 mètres en moyenne, s'étend dans la province d'Oran et comprend les plaines de Tlemcen^de Sidi-bel-Abbès, de Mascara el de la J///i« : cette série de i)laines endosse nu ?nass if de Tlrmren, haut de 1200 à 1800 mètres.
Ouaiit à l'ensemble des hautes plaines ou hiiuls plateaux de lOranie el de la provinci^ d'.Mger, elles ont leni^ plus grand dévelnp|iriiiiMii ;'i Test du Maroc el à l'tjuest de
l'Algérie (150 à 200 kilomètres de large) et sont un des traits remarquables du relief de l'Algérie. Elles sont ereusées d'une série de dépressions où crou|)issent des efuix salées : chott Gharbi^ chott Chergui (1000 mètres), les Zahrez (840 mètres), le Hodna (400 mètres). On voit donc que l'altitude des plateaux décroît d'ouest en est.
L'Atlas saharien est un ensemble de hautes plaines que séparent de long-s et étroits reliefs, des crêtes arides d'une constitution fort simple. S'il ne dépasse guère de plus de 200 mètres les hautes plaines qui s'y adossent au nord, il atteint cependant, dans les massifs isolés, des altitudes de 2000 mètres et plus. Le rebord des hauts plateaux est donc çà et là g-arni de massifs qui le relèvent et s'y accolent. On rencontre ainsi successivement de l'ouest à l'est, le massif de Figuig (2 136 mètres nviBas-Tonil), les monts des Ksour, le massif de Ksel (2000mètres), le djebel Amour, énorme pâté montagneux, d'accès pénible et de parcours difficile avec ses gadas, véritables causses de g'rés terminés par des falaises à pic; les monts des Ou led-y aï l ; enfin ÏAurès, véritable Kabylie du sud (2 328 mètres au Chelia), comprenant des crêtes étroites séparées par de profondes cluses parallèles, où coulent YOued-el-Kantara, VOued-Ahdi, VOued-el-Ahiod, VOited-el-Arab. Les contreforts de l'Aurèsse prolongent dans \c.schaines de Tebessa.
Ainsi la division usuelle de l'Alg'érie en trois régions : Tell, Hauts-Plateaux, Sahara, n'est pas tout à fait juste. En réalité, on doit disting'uer: 1" les rég'ions montag'neuses du Tell ; 2° les plaines basses du littoral, comme laMitidja et la plaine du (^ihélif, 3° les hautes plaines cultivables, comme lu plaine de Sidi-bel-Abbès et de Sétif ; 4" les steppes ; 5° l'Atlas saharien.
L'Atlas tunisien. — Vers la frontière tunisienne, les deux bandes montag-neusesdu nord etdusud finissent ])ar ne plus former qu'une seule zone de montagnes: ou pour mieux dire c'est le ])lissementde l'Atlas saharien qui seul contribue à former le relief de la Tunisie. Au nord de la vallée longitudinale de la Medjerda s'étendent les massifs g-réseux et boisés de la Kronmirie et des Mogods. La Tunisie centrale est caractérisée par la continuité des chaînes et la variabilité de leur orientation : ici elles forment des dômes, là des cuvettes. Entre le A>/', Thala ei ha /rouan s'étend la
région des Hammadas et des Kftlftàs, tables calcaires coupées à pic sur leur pourtour (Kalaà-es-Senam, 1252 mètres). Une chaîne mieux marquée, que l'on appelle souvent pour cette raison la dorsale tunisienne, se détache vers le nord-est ; elle comprend le (/Jcbcl Sordj (1375 mètres), le djebel Djoukhai\ le Zaghouan (1295 mètres), et va finir au golfe de Tunis. Les plissements de l'Atlas se continuent jusque dans la i-égion des grands chotts où ils ont la direction d'est en ouest, comme le djebel Cherh, le djebel Tcbarju.
Climat. — Les rég-ions de l'Atlas jouissent du climat méditei-ranéen, c'est-à-dire d'un climat g-énéralement sec et où les pluies ne tombent que i)endant l'hiver, quand les montagnes sont assez froides pour condenser les vapeurs venues de la mer plus chaude et les réduire en pluie. Au contraire, pendant l'été, les terres d'Afrique sont trop chaudes pour faire cet office de condensateur : aussi les vents de mer sont-ils des vents secs.
Toutefois, bien que le Maghreb dans son ensemble soit exposé d'un coté aux vents de la mer et de l'autre aux vents de la lorre, la condition de chacune de ses parties varie suivant ([ue les montag'nes sont plus ou moins élevées et font mieux obstacle soit aux iiilhienccs asséchantes du sud, soit aux souffles humides du nord. Ainsi, le Mai'oc, qui a de g'randes montagnes, peut convertir en pluies les nuées venues de la mer, à une époque où déjà les montagnes d'Algérie et de Tunisie sont trop échaull'ées pour servir de condensateurs, en raison de leur faible altitude. C'est pourquoi le Maroc est plus humide et mieux arrosé dans son ensemble. Dans les régions de l'Alg-érie où les hautes jjlaines sont très développées, l'interposition de leur relief [)eu accidenté agg-rave à la fois, tout comme le désert, les chaleurs d'été et les froids rigoureux d'hiver. La Tri[)olitaine et la Gyrénaique sont des îlots de terres médiocrement élevées sur lesquelles la mer a moins d'action que sur les jjays montagneux du Maghreb : aussi leur (;limat ('st il beaucoup plus j)roche de celui du désert (lui; de celui d(!s pays d'Europe baignés parla Méditerranée. L'Egypte a le climat du désert, mais le Nil lui apporte le bienfait des T)luies tiopicales : de là sa merveilleuse fertilité sous un ciel d'une L;raiidc séf;heresse.
L'AFRIQUE MÉDITERRANÉENNE. lU
C'est au Maroc que Ton observe les plus grandes dillérences de climat en comparant les diverses régions dont il se compose. Ses grands sommets portent encore de la neige en mai, quand depuis longtemps les crêtes des monts d'Algérie sont desséchées. Les pays do plateaux et de collines adossées aux g-randes montagnes sont beaucoup plus tempérés même que le Tell alg-érien; il ne manque même pas au Maroc, dans le sud, d'aspects sahariens. Mais ses grandes montag-nes bien pourvues de pluies et de neig'esfont que même les oasis marocaines sont plus riches encore que celles d'Alg-érie et de Tunisie. En Algérie, la disposition particulière du relief a créé trois zones climatériques distinctes : le Tell^ les steppes et la zone saharienne. Le Tell a un climat très doux et une humidité assez abondante : la température moyenne d'Oran est de-f-lT", celle d'xVlg-erde-j-lS'', celle de Tunis de + i*J',G. Tunis aune température plus élevée parce que les montag-nes l'abritent moins au sud contre les vents du désert qu'AIg-er et Oran.
Les steppes ont un clim;it essentiellement continental, comparable de tout point à celui des plateaux do Gastille. En hiver, on y mesure parfois un demi-mètre d'épaisseur de neig-e ; on y observe des froids de — • 10" centigrades. En été, les températures supérieures à -j- 'iO" n'y sont pas rares.
Les différences de relief entraînent, à de courtes distances, de g-randes dilférentes de la quantité des pluies; on ne saurait donc dire que la pluie s'accroît ou diminue d'est en ouest. Oran reçoit 0,48 par an, Alg-er 0,7G, Philippe ville 0,70, La Galle 0,80. En Tunisie, le massif kroumir, bien exposé aux vents de mer, a une valeur annuelle de pluie souvent ég-ale à 2 mètres. On n'a pas encore mesuré la hauteur des pluies du Maroc, mais il est permis de jug-er par rabondance de ses fleuves que les hautes montagnes du Maroc sont la partie la mieux arrosée de tout le Mag'hreb. La Tripolitaine et la Cyrénaique sont beaucoup plus sèches que l'Algérie-Tunisie, l'Egypte plus sèche encore que la Gyrénaïque ; mais, à défaut de pluie, elle reçoit un fleuve qui vient de loin.
Fleuves, lacs, cliotts et sebkhas. — Les fleuves les plus considérables et les plus riches en eau du Maghreb sont ceux du Maroc où les réseaux fluviaux sont à la fois plus
complexes et mieux nourris d'eau par les [)luies et les neig-es des hautes montagnes : les plus misérables sont ceux qui s'écoulent des flancs de l'Atlas saharien vers le désert, à plus grande distance de la mer.
Parmi les fleuves marocains, on peut citer le Tensift qui recueille les eaux de la région de Marrakech et qui draine des montag-nes où Taltitudc est souvent supérieure à 3000 mètres; nous sommes loin encore de connaître son cours, mais nous savons la richesse de son réseau d'affluents par la beauté des campag-nos comitrises entre les hautes montagnes et la mer. UOiwi-cr-Itbia, la « mère des pâturages », est aussi un beau fleuve. Le Sebon, le Subur des anciens, draine tous les monts au sud de Fez et a ses sources dans le voisinage de celle de la Moulouïa. Le Sebou est le plus g-rand fleuve du Maroc et de toute l'Afrique Minem-e; large de 200 à 300 mètres dans son cours inférieur, profond de 3 mètres en moyenne, il a parfois des creux de plus de 7 mètres dans les parties encaissées de son cours. A l'est, la Moulouïa, Malva des anciens, grossie par les neig-es de l'Aiachi, est le fleuve le plus considérable peut-être qui descende de l'Atlas à la Méditerranée. Los fleuves de l'Algérie, coulant d'étage en ét;ig'e et de g'orge en gorge à travers les montagnes si accidentées du Tell, n'ont aucune valeur pour la navigation : on ne les a encore pas suffisamment captés pour les servit;es à rendre à l'agriculture, les seuls qu'on puisse attendre d'eux. La Tufna et son affluent Voued-Isscr descendent du massif de Tlemcen par de longues gorg-es,près de SebdouctdeLiunoricière, et traversent encore. le massif des Traras avant de se jeter dans la mer près de l'île Rachgoun. La Mur/a est le canal d'écoulement dumai'ais formé par le Sif/, (|ui traverse la vallée de Sidibel-Abbès, et par VHabra rpii vient des llauts-Plafcaux et perce successivement les monts d«! Saïda et de Mascara ; les rétrécissements de leurs g'org-es oui été utilisés pour la construction de barrag-es; la ru[»tuie de la dig'ue qui retenait l'ilabia, au sortir du massif de Tlemcen, a déversé sur Perrégaux un(; iiirnidalion de I 'i millions di^ nièli'cs cubes en décembre 18S1.
Le (lliélif, formé par les cours intermittents de Voucd- Tou.i/ vXdu Nfthr-Ounssc'l surlcs hauts plateaux, n'acquiert d'iujportance qu'en recueillant les eaux de l'Ouarsenis qu'il contourne à parlii' il(! la gor-ge de Ro^liar'. (Vesl un Meuve
L'AFRIQUE MEDITERRANEENNE. 17
très utile aux cultures et qui le sera plus encore quand on l'aura doté de barrages faciles à construire.
Les rivières qui traversent la belle plaine de la Mitidja ont également de rapides variations de régime : tel le Maznfran qui reçoit la Chiffa, connue par ses admirables gorg-es. LVsser se heurte au massif de la Kabylie et le contourne par les défilés de Palestre, de Souk-el-Had, etc. C'est encore un torrent de montag-ne que le Sebaou^ artère centrale de la Kabylie. L'oiied-Sahel parcourt autour du Djurdjura une vallée basse et fertile, puis se jette dans le golfe de Bougie. luoued-el-Kébh^ (la grande rivière), formé du RummeL fleuve des gorg-es pittoresque de Gonstantine et du Bou-Mer:oug, se jette à la mer à l'ouest du cap Bougaroun. La Seybouse (230 kilomètres) est le seul fleuve de l'Algérie qui ait de l'eau en toute saison; elle porte de petites barques jusqu'à 10 kilomètres de son embouchure.
Le Medjerda (le Bagradas des anciens), qui reçoit du sud Voued-3Icllègue^ est la seule grande rivière de Tunisie. Elle n'est jamais à sec, et l'on compte l'employer beaucoup pour les irrig-ations de ce riche pays ; coupée de défilés dans son cours supérieur, de Souk-Ahras à Ghardimaou, elle finit au milieu de marécag-es et pousse rapidement ses alluvions en mer. Dans le sud-est de la Tunisie, le défaut de pente des plaines a donné naissance à des sebkhas (mares) semblables, toute proportion gardée, aux chotts des Hauts-Plateaux : telle est la g-rande sebkha de Sidi-el' IJani ou lac de Kaïrouan (500 kilomètres carrés en temps de pluie) qui ne se dessèche pas tout à fait dans les années de pluies abondantes.
Le littoraL — Le littoral des pays de l'Atlas, naturellement peu hospitalier à cause de sa nature rocheuse et de la rareté de ses découpures, inspirait une grande terreur à tous les marins tant qu'on employa la seule navigation à voile. C'est ce que voulait dire l'historien latin Salluste par les termes de : « mare saevum, littus importuosum ». L'emploi de la vapeur et la création de ports artificiels ont diminué aujourd'hui le danger de ces baies larg-ement ouvertes aux tempêtes du nord qui y causèrent jadis tant de désastres.
Au Maroc, la côte sud-ouest, où aboutissent les contreforts de l'Atlas, compte un excellent port, Agadir, au sud
GÉOG. CL. 5«. 2
18 AFRIOUE.
du cap Guir. A l'ouest, sur une côte basse et sablonneuse de près de GOO kilomètres, on n'observe que deux saillies remarquables entre Mog-ador et Tanger, la haute falaise du cap Canthi et le promontoire de Macnyan. Le port de Mo(jadoi\ le meilleur de cette zone, n'est pas à l'abri de la houle du large; Safi est bordé de brisants qui interdisent l'entrée aux navires d'un fort tonnage; Mazagan est sans profondeur; la rade Dar-el-Beida (Casablanca, la maison blanche) n'est pas abritée du tout, mais a du moins l'avantage d'être profonde, ce que ne sont ni Rbat, ni Mo/icdija, ni El-Arisch (Larache) au nord. La côte septentrionale du Maroc, escarpée et bordée d'écueils, a du moins de bons ports : les îles Zaff'arines, Mellila, à l'abri du cap Tres- Forcas; Ceuta; enfin surtout Tanger, bâti comme Alger au bord d'une baie en demi-cerclo.
La côte d'Algérie était une des plus redoutables du monde avant la construction des ports artificiels. A l'ouest le port d'O/Y/rt, entre les caps Falcon et de V Aiguille, est une création pure de l'art de l'homme; mais la rade de Mers-el-Kebir (le g-rand port), derrière une pointe du cap Falcon, est une des plus sûres de l'Algérie. Le promontoire élevé des caps Ferrât et Carbon abrite le mouillage d'Arseu, très sûr, tandis que Mostaganem, à l'est de la même baie, est à la merci des vents. La côte du Dhara n'a que le refug-e artificiel de Ténès et le petit port de Cherchell. La baie d'Alger est larg-ement ouverte entre la pointe Pescade et le cap Matifoii. Mais, (à l'ouest, les collines du Sahel abi'itent le port d'Alger contre les tempêtes du nord-ouest : de puissantes jetées le garantissent du côté du nord et de l'est. D'Alger à Bougie, aucun bon port. La côte de Kabylie, aux caps peu piononcés, comme les caps Corbelin et Sigli, n'a qu'une escale, Dellgs, encore mal abritée à l'est, Bougie (Saldae des Romains), située au sud du massif du Gouraya, dans un des [jIus beaux golfes du monde, possède la meilleure rade de l'Algérie, mais un port de commerce encore rudimcntaire. Cavallo, DJidJelli, anciens repaires des liarbarcsques, sont inabuidables [liir les gros temps. (.'ollo est mieux abrité (lerrièi'O le cap Jiougaroun. Le mauvais ]Jort de Slorti a été remplacé par J'/iilijtjierille, consliuit tout de pierre. La montagne de l'Rdough abrite, derrière le cap de Garde, le bon port dé Bône, amélioré par de récents travaux. La Galle est d'accès difficile.
LAKHKJUK MÉL»ITEHRA.NF':E.NNE. 19
Sur la côte tunisienne du nord on projette la création d'un port à l'abri de l'ile rocheuse de Tabarka. Mais c'est surtout Bizerte^ sur son lac profond et sûr, qui est dans une position merveilleuse pour devenir à la fois un gigantesque arsenal et un beau port de commerce. Derrière le cap Bon s'étend le golfe de Tunis, arlificiellement ouvert au milieu de lagunes, mais heureusement situé au débouché de la vallée de la Medjerda et des routes qui viennent de la Tunisie centrale. La côte tunisienne de l'est, basse et g-arnie de lagunes, n'a guère que de petits ports, comme Sousse dans le golfe de Hdmmnuiet, Monastir et Mahedia dans le golfe de Gabès ou Petite Syrte, semé de bas-fonds et bordé d'Iles comme les Kerkennah et Djerba. On a construit le port artificiel de S/'ax, débouché d'une région riche en alluvions, et de la contrée des mines de phosphates de Gafsa. A Gabès les navires doivent mouiller loin du littoral.
Populations. — La population des pays de l'Atlas est assurément un mélange de plusieurs races. Il semble que l'élément le plus ancien soit la race berbère. Les Berbères, plus forts, de plus haute stature que les Arabes, n'ont conservé leur langue que dans des régions isolées du Maroc et de l'Algérie ; le plus souvent ils ont adopté la lang-ue arabe. Les Arabes sont venus de l'Orient en deux invasions principales, l'une au vii% l'autre au xi" siècle. Les Juifs sont, en majeure partie, des immigrants venus d'Espagne au xiv" et au xy" siècle, après leur expulsion par les souverains catholiques de ces pays. Enfin des nègres, que le négoce ou la traite des esclaves ont amenés du Soudan, se sont mêlés à toutes ces populations.
Populations du Maroc. — Les 8 ou 9 millions d'habitants que compte le Maroc semblent être en grande majorité de race berbère : cette race occupe notamment les régions de montagne ; ce sont par exemple les Kebu'il (nom dont nous avons fait Kabylej dans le Rilf, la presqu'île de Tanger et, en général, les montagnes au nord du Sebou ; puis les Chleuh ou Cliellia, énerg-iques montag-nards de l'Atlas, maîtres redoutés de la route de Fez à Maroc. Au sud de l'Atlas, dans la région du Sous et du Dràa, sont les Berbères Guezzoula et Zenaya. Enfin, vers le sud-est, la grande
tribu des Berabei' dont le nom a été étendu à la race tout entière.
La plaine est le domaine de l'Arabe. Mais grâce à la richesse du Maroc, l'Arabe, bien que vivant sous la tente, n'est plus guère nomade. On estime qu'il y a au Maroc un million d'Arabes dont la majeure partie occupe les belles plaines de Fez et de Marrakech ou Maroc.
Les Juifs du Maroc sont sans doute près de 100 000, presque partout maitres du commerce. Ils s'appellent souvent, GueroucJi Castilla, ou exilés de Gastille et parlent espag'nol dans les villes littorales : à l'intérieur leur langue est l'arabe.
La population noire se compose surtout de métis qui portent le nom de Ilaratin^ ce sont des sang'-mêlés de Berbères, d'Arabes, et de nèg-res soudanais. Plus hybride encore est la population des Maures qui forme la classe riche des fonctionnaires et des citadins.
Populations de l'Algérie. — En Algéiie, l'ancienne population berbère, refoulée par l'invasion arabe du xi*" siècle, a été beaucoup plus éprouvée. Elle ne s'est maintenue que dans les régions montagneuses ou sur les confins du désert. Il y aquati-e groupes principaux de Berbères alg-ériens : 1° les Kabyles, dans les montagnes de la Grande et delà Petite Kabylie, notamment dans le Djurdjura où vit une population agricole de cette race très dense et très laborieuse ; 2° les tribus berbères du Dahra et de l'Ouarsenis ; 3" les Berbères de la frontière marocaine, au sud-ouest de Tlemcen et au delà de Sebdou ; 4° le grand groupe des Chaouïa de l'Aurès, dans la province de Constantine.
On estime, sans pouvoir citer de chilTres exacts, que les Berbères forment la majorité de la poj)ulation algérienne.
Les Arabes sont arrivés nombreux surtout dans la seconde invasion du xi" siècle; beaucoup sont demeurés attachés à la vie nomade et ont des territoires de parcours plutôt que des résidences. Le g-énéral Faidherbe évaluait l'ensemble des Algériens de race arabe à 000 000 seulement.
Les Juifs d'Algérie, comme ceux du Maroc, sont venus en majcui'e par-lie d'Espagne : ils sont plus de 50 000 auxquels on a donné en bloc, en 1870, la natui'alisation fi'ançaisc. Leur nombre, leui" richesse et leur influence s'accroissent rapidement.
Les nègres, purs ou métissés, sont beaucoup moins nombreux en Algérie qu'au Maroc, puisque les relations entre le Soudan et l'Alg-érie sont beaucoup plus longues et difficiles qu'avec les pays marocains.
Il y a en Algérie 4 072 000 indig-ènes. La population européenne se compose surtout de Français, d'Espagnols et d'Italiens. Les Français sont au nombre de 365 000, les Espag-nols de 155000, les Italiens de 39 000. Les Espag-nols sont surtout fixés dans la province d'Oran, les Italiens dans la province de Constantino, les Français sont surtout nombreux dans les départements de Constantino et d' Alger.
Certaines villes sont déjà plus européennes qu'africaines. Oran, sur 88 000 habitants n'a guère qu'un dixième de population indigène ; Philippevile a 17 000 habitants européens sur 21000; Bône, 25 000 sur 37 000; Constantino, 22 000 sur 48000.
Population de la Tunisie. — La Tunisie compte aujourd'hui environ 1 900 000 habitants ; certains historiens et archéologues estiment qu'elle fut cinq ou six fois plus [)euplée sous la domination romaine. On n'a pas d'indices suffisants pour l'affirmer. Moins de la moitié de la population indigène se compose de tribus demi-nomades, Berbères et Arabes, Kroumirs et Morjod, dans le nord, Ouled Yukoub, Soudsi, etc., au centre; Hammama, Beni-Zid, etc., dans le sud. La majorité de la population est dans les villes et forme, sous le nom de Maures, un mélange de toutes les races. La Tunisie est certainement le pays de l'Afrique de l'Atlas où il y a le plus grand nombre de races mélangées : Phéniciens, Grecs, Romains y sont venus en grand nombre, grâce à la facilité d'accès de ce pays où le commerce maritime fut de tout temps beaucoup plus actif que dans l'est du Maghreb.
Il y a aujourd'hui 27 000 Français en Tunisie, auxquels il faut joindre 25 000 Algériens, sujets français, 60 ou 70000 Italiens, surtout Siciliens, 10 000 Maltais, sujets anglais, et un million de Grecs. On s'occupe de développer l'immigration française et notamment de faire venir des pécheurs de notre race dans les-ports tunisiens.
Géographie politique. — Les pays de l'Atlas se divisent en trois parties : l'emitire du Maroc, que le traité récemment
22 AFRIQl'E.
conclu entre la France et la Grande-Bretagne va soumettre à rinfluence française, l'Algérie que nous gouvernons directement, et la Tunisie qui est sous notre protectorat.
1° Maroc. — L'empire du Maroc comprend un territoire d'environ 440 000 kilomètres carrés entre la mer, le désert et une frontière très artificielle établie du côté de l'Algérie depuis le traité de 18i5. L'empereur du Maroc est en même temps monarque absolu et Gommandeui' des croyants, c'est-à-dire chef religieux ; l'intervention de la France aura pour premier résultat de tempérer le pouvoir aljsolu de l'empereur et de retirer à son autorité relig-ieuse tout caractère d'hostilité contre les Européens.
D'ailleurs, en l'état actuel, les 8 millions d'habitants que renferme le Maroc sont loin d'obéir à l'empereur : la révolte d'un prétendant au trône, qui dure encore et que la France seule peut faire cesser, montre combien il y a encore de tribus indépendantes au Maroc. On ne peut reg-arder comme réellement soumis que la région côtière avoisinant Tang-er, le littoral du Sous vers Mog-ador, les plaines qui environnent Fez et Marrakech. A part ces rég'ions, le sultan n'est guère obéi que dans les grandes villes.
Le Maroc a ti-ois cai)itales où le sultan se transporte tour à tour : Fei, la itius importante, a environ 150 000 habitants; Maroc (Marrakech), au pied de la g-rande chaîne de l'Atlas, en compte 50 000; Mér/uinez (Meknès), cité déchue, n'en a plus que 20000, dont une nombreuse colonie juive. Tanger (12 000 hab.) est le siège de transactions entre le sultan, représenté par un vizir, et les représentants étrang-ers qui ne viennent à Fez ou à Maroc qu'en ambassade solennelle. Tétouan f20 000 hab.) dans le nord; Rhat (25 000 hab.) ; Sa fi (12 000 hab.) et Mogador (20 000 hab.) sur la côte; y^/roz/r/^/»^ (20 000 hab.) dans le Sous; Oadjda, dans lest, sont les principales villes sur lesquelles s'appuie le pouvoir du sultan.
L'Espag-ne, qui fut si souvent en g-uerre avec le Maroc et pour la dernière fois en 1800, possède la forteresse de MeHUa depuis b^ xv" siècle etcelli; de (U'ula depuis le xvi". Enfin elle a occupé, en 1840, les Iles Za/J'arincs en face de la Moulouïii.
2" Alf/crif. — L'Algérie, conquise de 1830 à 1872, date de la dernière insurrection, est divisée en trois i)rovinces:
L'AFRIOUE MÉDITERRANÉENNE. 23
Aff/er, Constanline et Oran, dont chacune a son territoire civil et son territoire militaire.
Le territoire civil forme les trois départements d'Alger, de Gonstantine et d'Oran, qui ont, comme les déi»artements français, leur préfet, leurs sous-préfets, leur conseil général (où les Musulmans sont re})résentés par des assesseurs que nomme le gouvei^nement) et leurs députés.
Le territoire militaire comprend les régions où la colonisation n'a point pénétré ou seulement fort peu.