CHAPITRE IV
]gGYPTE ET NUBIE
Position et limites. — L'figypte, limitee au nord par la Me* diterran^e, h Test par le canal de Suez et la mer Rouge, k Touest par le desert libyque, n'appartient exclusivement a aucune des grandes regions naturelles de TAfrique du nord : par la serenity de son del, elle fait partie du Sahara; par son delta, elle est m6diterran6enne; par Thumidite qu'elle doit k son fleuve, elle est presque une contree tropicale; par sa forme et sa position enfin, elle fait la transition des pays m^diterraneens au Soudan : dans cette partie du continent, la bande ^troite occupee par la vallee du fleuve 6tablit des communications k travers le desert entre la Mediterran^e et TAfrique tropicale.
Relief et Climat. — L*Egypte et la Nubie, qui n*en est que la suite sous un autre nom, comprennent sur la carte tout Fespace entre le Sahara et la mer Rouge; mais en reality TEgypte n'est qu*une valine et un delta.
Entre cette vallee et la mer Rouge, un plateau heriss^ de chaines ^levant leurs crates de granit et de gr^s k i 500 et 2 000 metres, et coup6 de vallees profondes, s'etend sur plus de 1 000 kilometres de la latitude de Souakim k celle ^du Cairo ; mais ce n'est qu'un pays de steppes et de desert. A partir du confluent de rAtbara au sud il n'y a pas de pluies reguli^res, et en Nubie les averses manquent pendant des annees. Seul le versant de la mier Rouge est plus favorise : Fenorme quantite de va*^
fecYPfE ET NUBIE. 79
peur d'eau que la chaleur tient en suspension dans Fair au-dessus de cette mer se refroidit et se condense lorsque le vent la pousse eontre les montagnes, et il en r6sulte en hiver des averses qui font parfois couler des torrents temporaires dans les ravins qui descendent vers la mer. Mais de Fautre cdt^ des montagnes cdti^res s etend le desert : le sol est nu, lair est sec ; les cadavres se dess^chent en Ntibie et tombent en poussi^re sans se corrom-^ pre; le thermomfelre passe fr^quemment en 6t6 de 0« au lever du soleil k plus de 40^ dans Tapr^s-midi ; bref , tous les ph^nom^nes sahariens s*y observent, et si la vallee du Nil ne venait I'interrompre de son cordon verdoyant, il n y aurait pas de raison de ne pas prolonger le Sahara jusqu'aux chaines c6ti^res de la mer Rouge»
Dans cette valine mdme, si Fair est rendu plus humide par suite de T^vaporation constante de la nappe d'eau du fleuve, le eiel n*en est pas moins serein comme au desert. 11 tombe par an eaviron 5 centimetres de pluie au Gaire. A Alexandrie m6me» pourtant situee au bord de la mer, il n*en tombe gu^re que 20, et la zone m^diterraneenne, reduite k des pluies minimes, ne comprend pas mSme tout le delta du Nil. Cette diminution tient k deux causes : 1<> le r6tr6cissement de la Mediterran6e orientale qui apporte moins de vapeur d*eau; 2® Tabsence de montagnes qui puissent la condenser.
Aussi le climat est-il presque aussi chaud que dans le desert mSme. La moyenne annuelle du thermom^tre est de H- 20* i Alexandrie, -h 22<> au Gaire, + 26° k Keneh, + 28o k Thebes : elle augmente k mesure que Finfluence des vents de mer diminue. Les hearts de temperature sont ^galement tr^s grands; il peut y avoir 40* k Fombre, et geler la nuit suivante.
Le Nil. — L'Egypte veritable, FEgypte cultivee, n'est que la valine, large de quelques kilometres k peine, dans laquelle serpente le Nil, et le delta qu'il forme en aval. Toute la vie du pays est concentree la; la partie utilisable et habitable du sol ne re-presente m^me pas 30000 kilometres carr^s, c'est-^-dire Fetendue de la Belgique : c'est dans cet espace restreint que s'est epanouie une des grandes civilisations de Fantiquite.
Gomme Foasis de Khiva et tant d'autres, FEgypte est fertilisee par un. grand fleuve venant d*un autre climat. Le Nil, le second' fleuve de Funivers par sa longueur, le quatriSme par Fetendue des pays qu*il arrose, descend des grands lacs de FAfrique equi-
toriale« puis traverse le Soudan oriental, et appartient k ces regions par toute la moiti^ superieure de son cours. C'est sous ces climats entiSrement diff^rents de celui de TEg^pte qu'il re^oit les masses d'eau qui le font grand fleuve. Lorsqu'il entre dans le desert, en aval de Khartoum^ il roule a une quantite d'eau cgale k quatre fois ceUe de la Loire ou k sept fois celle de la Seine ^ » : c*est ce qui luipermet de fournir encore une course de 2600 kilometres, pendant laquelle il ne recevra plus aucun affluent permanent, et d'arriver, diminu^ il est vrai, k la Mediterranee de I'autre c6t6 du desert.
Le Nil est encore k 570 metres d*altitude k Khartoum. D s*engage dans le plateau de Nubie, qu*il descend, echelon par Echelon par des rapides et des sinuosites sans nombre. La premiere descente est pr^s de Garri, un peu au nord de Khartoum : c'est ce qu'on appelle la sixieme cataracte, en partant de la mer. Puis le Nil decrit k Test, ;autour du plateau de Bayouda, une grande courbe, au cours de laquelle se pr^sentent les rapides nommes cinqui^me et quatri^me cataracte, en aval de Berber et vers Korti. La troisieme cataracte, k Henne\ la deuxi^me k Ouddi Haifa f la premiere, k Assouan consistent ^galement en rapides echelonnes sur plusieurs kilometres, dans lesquels le fleuve sc divise entre des blocs de granit. II sort des rpchers k Assouan, et sa vallee d'alluvions, large de trois a quatre kilometres, en comprend bientdt une vingtaine. C'est I'Egypte proprement dite. Au Cairo commence le delta, large de 200 kilometres vers la mer, et couvrant de son limon i 7 000 kilometres carres. Le fleuve s*epanche dans la Mediterranee par 2 bouches principales : celle de Rachid ou de Rosette, la plus considerable, et celle de Damiette, D*immenses lagunes, comparables k celles du delta du Rh6ne, s*etendent derriere les fleches de sable arrondies qui constituent les rivages : ce sont le lac Menzaleh k Test, le lac Bourlos au centre, et le lac Mariout, de formation plus recente, au sud d*Alexandrie.
L'£gypte ne serait qu*une maigre oasis sans le phenomene de la crue reguliere du Nil. C'est la crue qui lui a donne sa prodigieuse fertility en y accumulant le limon qu'elle charrie. Les pluies equatoriales, qui commencent k Lado, sur le Haut-Nil des le mois d'avril, gonflent le fleuve et portent peu k peu son debit