CHAPITRE UI
Limites. — Le Sahara couvre une superficie d'enviroii 6200000 kilometres carr6s, si toutefois on peut, dans letat actuel de nos connaissances, en determiner le developpement.
On a coutume de fixer au nord ses limites approximatives aux pentes meridionales de FAtlas, et aux cretes des Djebel qui forment le rebord septentrional des plateaux tripolitains; au nord-est, nous I'avons vu, il touche k la M6diterran6e par la grande Syrte et les escarpements du plateau de la Marmarique, au del^ de la Cyr6naique; k Touest, ses deserts confinent h I'Atlantique ; k Test, le Nil marque une interruption de la zone deserte sur un court espace, au sud, le Soudan fait contraste avec le Sahara.
Relief. — G*est a tort qu'on a cru longtemps la surface du Sahara partout unie et sablonneuse. Une importante ligne de soulevement le traverse en biais, du sud-est au nord-ouest : la trainee de monts du Tibestiy explor^e par le voyageur aUemand Nachtigaly est composSe de deux massifs volcaniques qui sc
Li; SAHARA. GS
font suite, YEmi-Koussi (environ 2 600 m.) et le Tarso (2 500 m.), entailles de valines abruptes dont le fond est encore ^ 8 et 900 metres au-dessus de la mer du cot^ de Test. Nachtigal y a vu un crat^re, et une source chaude t^moigne encore de Tancienne activity volcanique. Le Tibesti se relie au nord-ouest, par les plateaux d'Afafi (600 m.) et de Toummo (600 k 900 m.), k un deuxi^me massif de roches k la fois anciennes et yolcaniques, VAhaggar ou Hoggar, « s^ie de plateaux superposes s'^levant graduellement par Stages de 5 et 600 metres a 2000 metres environ d'allitude », dit le voyageur qui a lemieux etudie ce pays, M. Duveyrier. On distingue dans cette masse de plateaux trois points sureleves ; VAhaggar proprement dit, le Teisili du nord, plateau de gr^s ancien et la chaine d'Anhef k Test, plus basse, mais ayant encore de i 500 a i 800 metres de hauteur. Tons ces massifs ont ete d^coup^s par des ^osions profondes, dont les gorges servent maintenant de routes au commerce: telle est k Test la valine de Rhdt et la gorge d*Egueri (900 m.) qui lui fait suite, ouverte du sud au nord entre le plateau du Tasili et la chaine secondaire de VAkakous. Telle est ^galement k Touest la grande valine de VIgharghar. Le soul^vement de TAhaggar se prolonge k Touest par le plateau granitique de Mouydir et se perd dans le Sahara occidental.
Le plateau du Sahara est done divis^ en g^n^ral en deux versants; mais des plateaux secondaires y cr^ent bien des pentes differentes. Tandis que le Sahara occidental parait s'abaisser reguli^rement du nord au sud vers la depression du Toudt (environ 150 m. au-dessus de la mer) et vers le Niger, une ligne de plateaux calcaires disposes en fer a cheval dans le Sahara algerien, (M^tab, 500 m., Tademayl, 600 m., Hamdda de Ting^ hertj 500 m., plateau de Rhaddmes^ 350 m.) entoure une cuvette dont la pente va du sud vers le nord et dont la partie la plus basse est la region des ChoUs au sud de TAtlas, dont le niveau est k Touest de 30 metres au-dessous de la mer.
A Test, un autre cercle de plateaux, hamdda de Mourzouk (500 m.), Harndda-el-Homra (500 k 650 m.) ou Plateau Rouge, Djebel-^sSoda ou Montague Noire (900 m.) et Haroudj\ encadre presque entierement, sauf k Test, la depression du Fezzdn, dont le marais ou « foss^ » de Mourzouk (hofra) et Toued el-Chati paraissent ^tre les points les plus has (environ 300 m. au-dessus de la mer).
q£og. cl. 3*. 5
«ft AFRIQUB.
Dans le desert Libyque, le plateau parait s*abaisser en pente douce des oasis deKoufra (500 ^ 600 m.) explor^es par M. Rohlfs» jusqu'aux depressions A'Aoudjila et de Siouahy qui sont m^me un peu au-dessous du niveau de la mer (Aoudjila,— 30 m.; Siouah, — 29 m.; Aradj, oasis iTest de Siouah, — 75 m.). Les plateaux de Barka (500 m.) et de la Marmarique (400 m.) separent ces depressions de la Hediterran^e.
Le versant sud du Sahara est ^galement fort accidente : au sud du Tibesti, Nachtigal a d^couvert que la region du Borkou et du Bodele\ sur environ 100000 kilometres carres, est audessous du niveau du lac Tchad: nulle part Nachtigal n*y a releve d'altitude de plus de 190 metres au fond des valiees, et il a trouve celle de 150, tandis que le lac Tchad est k 270 metres au-dessus de la mer. Vers Touest au contraire, le massif d*Air ou Asben s'eieve comme une lie de roches volcaniques et granitiques (1 500 et 1 800 m. d*altitude) au-dessus de plaines de 500 metres environ de hauteur, et forme une veritable region alpestre d'enyiron 200 kilometres du nord au sud, et de 60 ^ 100 kilometres de largeur.
Enfin dansle Sahara occidental, les plateaux de VAdrarAhenet et de VAdrar se maintiennent k des altitudes d'environ 600 metres, s*il faut en croire les rapports des indigenes, et une rangee de hauteurs, appelees egalement Adrar, Akseiba, hamdda d'Ain- Berka, etc., se prolonge le long de I'ocean Atlantique du sud au nord k 500, puis 400 metres de hauteur. (Tendouf, 400* metres d'apres Lenz).
Climat. — Le Sahara continue en Afrique la zone de I'Arabie et forme une zone sans pluies regulieres entre la region despluies d'hiver, dites subtropicales, au nord et celle des pluies d*ete, dites tropicales, au sud. On attribue generalement la cause de cette secheresse k VAlize du nord-est, soufflant d'Asie ou il a traverse des contr6es plus ou moins arides, et par consequent arrivant tres sec lui-meme en Afrique. Ge vent parait en efTet dominant en ete, alors que le soleil, se trouvant vers le tropique du Cancer, cree un centre de depression barometrique dans le sud du desert, devenu la partie la plus chaude du continent.
En hiver, au contraire, la difference entre le desert et la Mediterranee s'attenue et le vent souffle meme quelquefois du desert vers.Ja mer : c' est le Sirocoo d'Algerie, le Khamsin d'Egypte, qui amene sur les cdtes une secheresse et une pous-»
si^re ^touffantes. En general, les vents sont faibles k cettc epoque, par suite du peu de difference de la pression barom6trique entre la mer et le continent.
Enfin il faut remarquer que le Sahara occidental est soumis k un regime different. Lk, les vents qui dominent sont ceux du nordnmesU ob^issant k Tappel d'air continuel qui se fait de TAtlantique vers les solitudes surchauffSes de Tint^ri^ur. Ces vents venant de TOc^an sont plus charges de vapeur d*eau que eeux qui ont traverse seulement la H^diterran^e orientale, et par suite le Sahara occidental proflte de condensations un peu plus frequentes.
II ne faut pas s'imaginer, en effet, que le desert est un pays ou ne tombe aucune pluie. Seulement elles sont absolument irreguli^res. Quand M, Duveyrier vint chez les Touareg, il y avait neuf ans, dirent-ils, qu*aucune pluie s^rieuse n'^tait tomb^e. Les indigenes du Toudt parlent mdme d'une secheresse de vingt ans. Hais il faut compter avec Texag^ration indigene. En r^alit^, il n'est peut-^tre pas une partie du desert ou une pluie ne soit tomb^e par hasard . D est arrive k M. Rohlfs de recevoir une averse diluvienne dans la partie incontestablement la plus s^che du desert, les dunes du desert libyque. Quelques ann^es sont mSme exceptionnellement pluvieuses, telle I'ann^e 1880, ou la premiere mission Flatters eut k . essuyer de nombreux orages en se rendant chez les Touareg-Azdjer.
La temperature est continentale k Texc^s, comme dans TAsie centrale, et pour la m^me raison : la s6cheresse de Tair, qui favorise la radiation solaire le jour, et le rayonn^ment de la chaleur vers Tespace, la nuit. Si elle ne pr^sente pas les mSmes ecarts, c*est que, d'une part, le Sahara situ^ sous le tropique, ne peut avoir de grands froids comme le Gobi ou le Tibet, et que d*autre part, Taltitude est beaucoup moindre. N^anmoins on a observe des oscillations journali^res de 50^ (Nachtigal au Borkou, k Gatroun, etc.); les oscillations mensuelles du thermom^tre presentent fr^quemment un ecart de 35<* k 38*» (-}- 2<»,5 et -f- 40® observes en avril par la mission Flatters) et la difference entre les temperatures de toute Tannee est bien plus grande encore. Les calculs les plus mod6r6s T^valuent au moins k 55® ; — 5® en hiver et -+-50® ^ Tombre en ete I C'est dans le sud du desert qu'il fait leplus chaud; Nachtigal a observ6 46® k Tombre au Borkou, et k Kaouar, les temperatures de 40 k 45® ii Fombre
he sont pas rares. Au soleil, les chifTres sont bien plus ^lev^s encore.
Hydrographie. — On ne connait de cours d'eau permanents au Sahara que dans le Uoggar, ou Taltitude des monts semble faire naitre plus de pluies et ou quelques ruisseaux et fontaines coulent k la surface du sol, au dire des indigenes. L'exp^dition Flatters a rencontr^ k la base du Tasili quelques reservoirs d'eau pluviale qui ne tarissent pas : le plus grand est le lac Men^ khough. Quelques petits lacs d*eau tres sal6e se rencontrent dans certains entonnoirs des dunes, k Atn-Teiba dans le grand Erg, et dans les dunes d'Edeyen en Fezzan.
Des lits de rivieres k sec, qu'on nomme oued (pluriel ouftdi), encore remplis parfois pour un moment par une averse passag6re, pj'ouvent qu'k une epoque anterieure le desert a 6t6 mieux arrose que maintenant. lis couvrent de leur ramure des contr^es tr6s 6tendues, et forment ainsi un reseau fluvial theorique, qu'il est n^anmoins important de connaitre, car c'est dans ces lits k sec qu'on trouve d'ordinaire les nappes d'eau souterraines, seule ressource du Sahara actuel.
Le mieux connu de ces anciens fleuves est Ylgharghar, Son lit, d6mesur6ment long, commence au sud diddles, au centre de TAhaggar, ou, parait-il, il coule encore un ruisseau d'eau vive. Dejk large k Amguid, k 600 metres d'altitude, la coulee flu-* viale se prolonge par un vaste defil6 k travers le plateau du Tasili, dont elle recueille au nord les eaux souterraines par la ramure des oued Igkargharen, franchit par une seconde trouee le plateau de la Hamada de Tinghert, puis disparait dans les dunes du grand Erg, ou son lit n'est pas encore defmitivement retrouve. Mais on revolt ses traces aux environs d'Ouargla, veritable confluent ou aboutissent les coulees ^galement k sec de Foued Mya, qui descend du plateau de Tademayt. A partir de Touggourt, Tancien fiieuve a m^me laiss^ un lit tr^s net, bord^ de berges en talus, et sem^ de « daya » ou cuvettes allongees ; c'est ce qu'on nomme aujourd'hui Toued Rirh^ bas-fond allong^ de 130 kilometres de long, d'environ 20 kilometres seulement de large, qui aboutit au bord sud-ouest du chott Melrhir^ bassin de reception de Tancien Igharghar. On croyait autrefois que righarghar s*etait jadis deverse dans le golfe de Gabes, par la ligne des chotts ou marais sal^s qui se prolonge dans cette direction au sud de I'Atlas. Mais Texamen attentif des roches de
risthme de Gab6s, entre k mer et le chotl Djerid, a r6v6I6 que ces roches sont de formation ancienne et que meme avant les temps historiques, les chotts ne communiquaient pas avec la mer. Surtoutle parcours connu de Tlgharghar, on trouve une nappe d'eau k peu de profondeur au-dessous de son lit : Dournaux-Ihip^r^ et Largeau I'ont trouv^e k 8 metres au sud-est d*Ouargla ; elle affiieure k Ouargla, dans Toued Rirli et les chotts.
D*autres ou^di de grand developpement se partagent les diverses parties du desert : le Niger re^oit, dans le coude qu'il fait vers le desert, tout un r^seau d'affluents aujourd*hui k sec et descendant des plateaux du Tasili et de TAhaggar : oueds Tin-TaraMn, Terarart, etc. L'oued es-Chati est la goutti6re qui coUectionne sous les sables de son lit les rares pluies tomb^es. sur le HamSda el-Homra et les dunes d'Edeyen ; l'oued Kaouar, au sud du plateau de Toummo, est de m^me un courant souterrain allant du nord au sud. On n*a pas encore d^couvert de lit de fleuve dans le desert libyque.
II faut faire une place a part aux fleuves descendus de TAtlas. Alimentes par les pluies d'un autre climat, ils coulent un certain temps k ciel ouvert avant d'etre absorbes par le desert. Le plus important est Toued Drda, descendu de T Atlas marocain; il doit aux neiges de ce dernier de couler en toute saison jusqu'au coude ou il change de direction vers Touest. Au temps des crues, il atteint m^me la mer, apres un cours d'un sixi^me au moins plus long que celui du Rhin. L'oued Zis ne coule k ciel ouvert que sur les deux tiers de son cours, mais son courant souterrain alimente toute la grande oasis du Tafilelt ; ses grandes crues le portent jusqu'^ une mare terminate ou a daya » au sud du Tafilelt. L'oued Saoura, appele successivement oued Guir^ Saoura et plus loin oued Messaoud, descend egalement de I'Atlas marocain et n'a d'eau que dans la partie superieure de son cours. Mais son lit, que rejoint celui de l'oued Zousfana venu de Figuig, garde a travers les dunes de I'Erg occidental un courant souterrain qui affleure au TouAt et vivifie cette oasis.
Des rivieres descendues des montagnes algeriennes, la princi* pale est l'oued Djedi, qui suit la longue faille parallMe au syst^me de I'Atlas. Son affluent sup^rieur, l'oued Mzi, coule presque toute I'annee et alimente Laghouat; mais le Djedi lui-
m^me ne coule que raremfiot, et n'atteint presque jamais le chott Melrhir ou il se jetait autrefois. L'oued Kantara n est d*ordinaire qu*un ruisseau qui arrose I'oasis de Biskra.
Les chotts Melrhir^ Gharsa, Djerid sent encore maintenant le bassin de reception des torrents qui descendent k certaines ^poques de TAur^s et des montagnes tunisiennes, et les crues sont parfois assez fortes pour les couvrir d'une mince couche liquide. Mais d*ordinaire les chotts ne sont que de grandes cuvettes au fond doucement ondule, tant6t sablonneux, tantdl boueux, et couvert d'une poussi^re saline laiss^e par les eaux ^vapor^es. Us sont done semblables k ceux des hauts plateaux, si ce n*est qu*ils sont plus riches en eaux souterraines. La mission des chotts a trouv^ des gouffres de boue dans le Melrhir, le chott EsSelanif Tissot et Roudaire en ont signal^ de semblables dans le chott El-Djerid, et en bien des endroits on a trouv^ de Teau sal^e & 1 ou 2 metres seulement de profondeur.
Des eaux art^siennes, c*est-a-dire des nappes d'eau s^journant k une grande profondeur, ont 6t6 decouvertesdans le Sahara, k RhaddmiSj k Temassinin, au pied du plateau de Tinghert, dans loued Rirh et dans les oasis du desert libyque, Dakhely Khav" gueh, Farafrahy Baharieh et Siouah, La plus connue de toutes est celle de Toued Rirh, qu*on a appel^e k la surface du sol en forant des puits sur une vaste echelle, depuis Temadn jusqu*au Melrhir. Gr^ce k elle, les colons frangais ont cr^^ de nouvelles oasis dans le Sahara alg^rien.
Cdte. — La cdte du Sahara est inhospitali^re comme le desert lui-m^me. Les dunes qui bordent en general sur le rivage se prolongent dans la mer par des bancs de sable qui, dans ces parages tourmentes par les courants, ont dej^ caus^ bien des naufrages. Tout le monde connait le banc dArguin, au sud du bap Blanc, sur lequel vint s*^chouer le vaisseau la Me'dme. Les abris sont des plus rares, les caps dangereux k doubler pour les navires k voiles. Longtemps les Portugais du xv<> si^cle ne purent depasser le cap Noun. Le cap Juby, le cap Bojador n'of«frent pas de veritable abri. Les premiers ports sont la baie du Rio de Oroy k Fabri de la p^ninsule Ed-Datla, et les baies du Levrier et d*Arguiny au sud du cap Blanc.
Flore et faune. — Le Sahara n*est pas d^pourvu de vegetation comme on pourrait se Timaginer; le desert, aride et nu, sans vie aucune, existe sans doule dans certaines regions :
Rohlfs I'a rencontr^ dans les dunes k Touest de Dakhel et sur ces efTroyables serir ou plateaux pierreux qui s^parent Aoudjila de i'oasis de Koufra, Toutefoie, une Y<^getation humble d^aspect, organisee pour r^sister aux longues secheresses, couvre la majeure partie du desert. Cette flore saharienne, qui compte beau* coup de plantes communes aux Hauts-Plateaux alg^riens, h TArabie et m^me k la Perse, est naturellement tr^s pauvn*. on esp^ces : M. Cosson n'en a compte que 408 pour tout le Sahara alg^rien, etM. Grisebach estime^ 1 000 le total de tout led^serf. Ce sont surtout des herbes d.ures, dHn parfois haut de 1 m^tre, dUy sebdt, recherch^s par les chameaux ; ou encore des arbustes ^pineux, tamarix, acacias de diverses esp^ces, retem (sorte de gendt) ; enfm, on trouve parfois k I'^tat sauvage Tarbre qui fait la richesse des oasis, le dattier.
« Otez le dattier, qu'est-ce que Toasis? Un pAtis solitaire avec une maigi^e vegetation, qui, sans Tombre rafraichissante que lui procure I'arbre tutelaire, se verrait, apr6s une courte existence, d^p^rir hStivement dans ses germes^ ». Le dattier est Tarbre par excellence du desert, et son aire de croissance se confond avec lui. On voit, il est vrai, des dattiers dans les villes de I'Alg^rie; mais ce sont des arbres d*agr6ment qui ne portent point de fruits. De m^me les dattes ne miirissent pas k Maroc. G*est qu*il faut au dattier, pour fructifier, k la fois une somme de cbaleur tr6s grande; environ 6 OOO'* par an, et une atmosphere tr^s seche ; la pluie lui est nuisible, et il ne se nourrit que de Teau des nappes souterraines. II a besoin, dit un proverbe arabe, d*avoir les pieds dans Teau et la tete au soleil.
La faune du desert est tr^s pauvre comme celle des deserts asiatiques. Elle ne comprend guere que la gazelle, le renard du desert (fennec), des reptiles et des insectes; les contr^es montagneuses, mieux arros^es, abritent en plus quelques mouflom^ dries sauvages, antilopes (surtout dans TAhaggar et TAir) ; le lion n*habite que les steppes de la lisi^re du Soudan et les valines boisees de TAir. Vautruche se voit encore daiis les steppes du Sahara occidental. L'animal domestique le plus precieux est le chameau, probablement importe d'Asie; il pent rester jusqu'i 4jne douzaine de jours sans bqire. Le boeuf d^p^rit au Sahara, par suite de Tabsence de bons fourrages, et de la trop grande sdcheresse de Fair.
. 1. ^>chtigal, Sahara ei Soudan , t, I.
-r-i AFRIQUE.
Population. — Des tribus berb^res, refoulees probableraent dans le desert par les grandes invasions arabes, se partagent li^ Sahara avec les Arabes et une race particuliere, les Tibbou.
Les prineipales tribus berb^res sont : 1* les Beni-Mzab, dans le Sahara alg^rien ; 2° les Toudreg ou Imocharh, diyisSs en plusieurs confederations, Azdjer, Hoggar, Taitoq ou Touareg de I'ouest, Kel-Oui* ou TouAreg de I'Air, Aouelimmid^n ou Touareg de TAdrar (vers le Niger). C'est une population de guerriers et depasteurs, qui portent tous, par hygiene, la face couverte d*un voile, d'ou leur surnom de « gens du voile » [MolathemXn). M. Duveyrier a fait des Touareg du nord un portrait peut-6tre trop flatteur ; on sait que ce sont des Touftreg- Hoggar qui ont massacre par trahison la mission Flatters en 1881 ; 3*> les Gha-damesiens et les Modjabra ou habitants d'Aoudjila et de Djfilo sont egaleraent Berberes et forment la classe des marchandis du desert ; on les trouve partout jusque dans le Soudan.
Des tribus arabes occupent la Marmarique, le Barka, Koufra, une partie du FezzSn (oued Es-Chati, etc.), le Tafilelt, et une partie du Sahara occidental.
Les Tibbou ou Tebou, race cuivr6e aux formes elanc6es qui parait aborigine, ont pour principale patrie les montagnes du Tibesti, ou ils se sont maintenus k T^tat de race pure; ils sont de sang plus mele k Kaouar, au Borkou et au Fezzan. Une race aborigene noire existe encore d'apr^s M. Duveyrier dans les fonds du Sahara, oued Rirh, ^c. Enfin, beaucoup de tribus sont le produit du melange de ces differentes races et des nfegres importes du Soudan. Tels sont les Maures qui parcourent le Sahara occidental (Tadjakant, Berabich, Douaich, etc.), et presque tous les habitants du FezzAn.
G^ographie politique. — Le Sahara septentrional appartient en partie aux Etats riverains de la Mediterranee, Maroc, France* Turquie et Egypte.
Le Maroc exerce une souverainet6 plus ou moins nominale sur les pays du Drda (oasis prineipales; Tamagrout et Tatta), le TafUelt (ville principale Abouam), et Toasis de Figuig (12 villages ou ksour fortifies contenant environ 3000 hommes).
Les oasis du Toudt et d'Jn-Salah reconnaissent la supr6matie religieuse du sultan et lui envoient des presents, mais il n'y exerce aucun pouvoir temporel.
La FnAxcE a pouss6 ses frontieres par des expeditions succes-
sives jusqu'aux grandes regions de dunes de TErg oriental et occidental. Ses possessions sont reparties entre les trois provinces de TAlgerie, et administr^es comme territoire militaire. Atn- Sefra, t6te du cherain de fer de la province d*Oran, Laghouat, sur la route d* Alger, et Biskra^ t^te du chemin de fer de Constantine, sont nos trois places d'armes au pied de TAtlas, appuyees elles-m^mes sur les places des Hauts-Plateaux, Mech^ria, Geryville et Batna. Un fort k Ghardaxa commande le Mzab. Tougourt, Ouargla, le SoUf^ au sud des Ghotts, ont une garnison permanente de spahis. El Goleah est notre poste avanc^ vers les oasis du Tou^t.
La TuRQuiE a ^tendu les fronti^res de la Tripolitaine jusqu'i Rhaddmes k Touest, jusqu*^ Rhdt et Gatroun au sud, jusqu'^ Aoudjila et Djalo k Test. Mais son autorit^ n'y est que nominate. Les Rhaddmesiens n'ont accepts la presence d'un fonctionnaire turc dans leur ville que pour 6viter d'etre annexes par la France. Le pouvoir des garnisons turques du Rh^t et de Mourzouk ne s'exerce pas en temps ordinaire au de]k des murs de la ville ; et les tribus nomades, Toudreg et Arabes, sont makresses des routes. Aoudjila, Djalo sont, comme tout le Barka et une partie du FezzSn, sous Tinfluence des SenoiUi, qui y parlent en maltres. Un bey turc reside k Mourzouk, capitSile du FezzSn.
L'Egtpte exerce une souverainete un peu plus effective sur les oasis du Khargueh, Dakhel, Baharieh, Farafrah et Siouah ; mais 1^ encore on rencontre aujourd*hui Tinfluencerivale des Senothi.
Get ordre religieux, dont le chef reside dans la petite oasis de Faredgha, entre Djalo et Siouah, est k Theure qu'il est la veritable puissance politique du Sahara central. Ses zaouxas ou monast^res, tous dot^s de riches plantations de palmiers par la pi^t^ des fldMes, se trouvent maintenant dans toutes les oasis importantes : Siouah, Aoudjila, Koufra, dans Test; Misda, Sokna, Zouila, Mourzouk au Fezzdn; RhadSm^s et Rhat k Touest; il exerce une influence prepond6rante dans le Tibesti; il a des adeptes dans le monde musulman tout entier : en Egypte, k Constantinople, en Turquie d'Asie, k la Mecque, k Tripoli, en Tunisie et en Alg^rie. Le si6ge du grand-maitre, DjaraboHb, est un centre de 4000 ^mes, ou Ton a accumule force materiel de guerre. Or, Tordre des Senousi a pour but la renovation et la propagation de rislam par tous les moyens, et se montre partout Tennemi r^solu de la civilisation chretienne.
t* A7RIQUE.
Les TouAREO 8ont constitues en confederations ind^pendiantes, aussi hosiiles aux Turcs qu'k la France. Geux du nord ont pour allies les habitants s^dentaires des oasis du Tou^t et d'ln Salah, chez qui ils vont s*approvisionner de grains el de dattes, et dont ils protfegent le commerce.
Les Kbl-OoK de I'Air ont pour vassaux les gens de Kaouavy chez qui ils yont chercher le sel qu'ils transportent au Soudan. Aucune autorite ne rfegle les rapports des tribus pillardes du Sahara occidental. Sur la c6te, FEspagne a occupe la bale du Rio de Oro, et les Anglais ont une factorerie au cap Juby.
G^ographie 6conomique. — On con<^oit ais^ment que le Sahara ne puisse avoir une grande valeur ^conomique. II est au contraire un obstacle aux communications et aux relations commercialese et on peut bien dire que c'est veritablement ce desert qui separe le monde europ^en du pays des noirs. Supprimez, en effet, des Etats du Nord, du Maroc, de TAIg^rie, de la Tunisie, tout ce qui appartient k k zone du desert, et ramenez le^rs limites k la partie cultivable, 11 ne reste qu une bande etroite, sioiple ilot qui se rattache bien visiblement k TEurope par le seuil de Gibraltar et le d^troit de Tunisie.
On sait que ce n'est pas la nature mSme du sol qui s'oppose k la mise en culture dune partie du Sahara. Les sables infertiles, les dunes ne s etendent que sur une surface relativement restreinte. Dans beaucoup de depressions, ou se sont accumul^s les debris des roches desagregees, le terrain presente, pour la contexture et les qualit6s productives, des analogies frappantes avec la terre jaune si fameuse. 11 ne lui manque qu*un peu d'eau poui former un excellent humus. C'est en effet Tabsence d'humidite qui fait de ces immenses espaces un desert presque absolument sterile. La vegetation est restreinte a quelques groupes d*oasis ou I'affleurement dune source, I'existence d'une nappe d*eau souterraine, ont permis k quelques milliers d'individus de s*installer k demeure, pour r6colter des dattes et cultiver un peu de ble. Les indigenes se sont montres de tout temps tr^s habiles dans Tamenagement des eanx, dans le creusement des puiH av" tesiens. On connait aussi les tentatives faites depuis plus de trente ans par les Frangais, dans la partie meridionale de leurs .possessions, pour cr^er, au moyen des puits, des oasis \k ou ne s*6tendaij, auparavant, fauted'eau, qu*un espace sterile. Des millions de palmiers ont pu Stre ainsi plant^s. Mais il faut se garder
de nourrir des esp^rances trop vastes sur la transformation possible du desert par le moyen des puits. Les reserves en eau ne sont pas in^puisables et ne peuvent ind^finiment fournir d aliment k de nouvelles entreprises. Des calculs dignes de foi ont ^tabli que les puits art^siens ne pourront jamais fertiliser que la cinq-centi^me partie tout au plus du desert. La principale utilite des oasis ainsi cr^^es sera done beaucoup moins de permettre Tetablissement k demeure de colons cultivant le sol, que de faciliter les communications entre le nord et le sud. A I'heure actuelle, les oasis du Sahara couvrenl environ 200 000 kilometres carr^s. Mais il faut encore ajouter que cet espace cultivable n*est pas utilise comme il pourrait TStre. Les habitants r^coltent les dattes et les fi^uits spontanes du sol, mais ne songent pas en tirer autrement parti par le travail. lis prefferent aller chercher dans le Tell ou dans le Soudan la petite quantity de cer^ales dont ils ont besoin.
Le desert proprement dit est separ(^ du Soudan par une zone de transition, qui s etend sur plus d*un million de kilometres Carres et comprend surtout des steppes. Ce n'est plus le desert, mais ce n'est pas encore le pays fertile. C'est dans cette region que les gens du Sahara se fournissent de b^tail et qu'ils amenent en hiver leurs chame&ux et leurs moutons
C'est le palmier-fattier qui fournit dans toute T^tendue du Sahara le plus de ressources aux indigenes. Mais les dattes seules ne peuvent suffire k leur alimentation. Dans lesmeilleures oasis ou cultive un peu de ble et d'orj^e et quelques legumes. On r^colte les figues en grande quantit6 ; mais les grenades et les raisins s'accommodent peu de la trop grande chaleur.
Le sud-ouest renferme de nombreux champs d^alfa^ et les gommiers sont tr^s abondants dans toute la region occidentale, et principalement dans I'Adrar. Les habitants font une grande consommation de tahojc et d! opium; ils cultivent le premier dans les oasis du sud et r^coltcnt le pavot dans le nord.
Les ressources tirees de la vie animale sont nombreuses. Le chameau est Tanimal par excellence du Sahara; on connait ses admirables qualit6s de sobri6te. Une vari6t6 speciale, le m^hari, est remarquable pour la rapidity de sa course; il peutfaire ais^ment, dit-on, 80 lieues en 24 heures, marchant sans boire, manger ni s'arr^ter. Le lait des chamelles entre pour une large part dans Talimentation g^n^rale, pendant la saison des p^turages;
toute la chair du chameau est bonne; son poll sert h la fabrication des cordes et des v^tements; de sa peau on fait des outres excellentes contre la chaleur et T^vaporation, et des chaussures; sa fiente mdme sert comme combustible ou comme engrais.
Les chevaux ct les hcmfs sont rares etd* aspect ch^tif; mais il y a dans le sud et dans Touest de vastes troupeaux de moutons et de chevres.
Les autruches, si recherch^es pour leurs plumes* sont nombreuses dans la region occidentale.
La prineipale richesse min^rale du Sahara est le sel^ qui existe en immenses d^p6ts sous diverses formes. La plupart des salines sont des sebkhas peu profondes, ou le sel se forme par Evaporation. Gelles de Bilma dans le Kaouar sont les plus importantes; des milliers de chameaux vont porter chaque ann^e les charges de la pr^cieuse denree dans tous les pays environnants. La saline d'Idjil, au nord de TAdrar, non loin deTOcean, alimente les pays du S^n^gal et du Niger. La sebkha d'Amadghor, dans le massif du Ahaggar est a peu pr6s abandonnee. Ce sont enfin d*Enormes blocs de sel gemme, qu*on recueille dans les salines de Taoudeni, sur la route de Mogador k Tombouctou. C'est W que se fournit le Soudan central. La plus grande partie du sel ainsi produit. est exporte au Soudan, qui en manque. Ce sont les Touareg de I'Air et les Arabes du Sahara occidental qui sont les principaux intermMiaires de ce commerce.
Vindustrie du Sahara est tout h fait rudimentaire ; tout au plus peut-on citer des nattes, quelques objets en cuir et en m6tal, des arnies, des objets d'ornements.
Le commerce du desert est done mediocre; mais un ^change assez actif se fait par ses oasis entre le Soudan et TAfrique m^diterran6enne. II se fait au moyen des fov'es et des caravanes, Au nord, les marches les plus considerables sont ceux de Rhat, de Rhadam^Sy d*In-Salah, de Tendouf; au sud, il faut citer Agad^s et Araouan. G*est 1^ que se ferment et aboutissent les caravanes. C*est Ik qu'elles commencent v6ritablement la traversde du desert, ou qu'ellesse divisent, au sud pour parcourir le Soudan, au nord pour aboutir aux divers ports.
Les routes qu*elles suivent sont nombreuses et croisent en tous sens le Sahara, entre les points que nous avons indiquEs. Nous
uYODs d9j^ vu qu'au nord, k partir de In-Salah, de Rhat, de Rhadames, les caravanes ont desappris le chemin de TAlg^rie pour se d^tourner du c6te de la Tripolitaine ou vers le Maroc; les ^ nombreuses tentatives faites pour ramener vers nos ports les voies du commerce saharien n'ont pas ^t^ jusqu'^ present couronn^es de succ^s.
Les projets de chemins de fer transsahariens» destine k unir plus ^troitement le Soudan aux pays m^diterraneens, D*ont pas jusqu*a ce jour abouti. En tout cas, il semble bien certain que la meilleare direction k Buivre n'est pas vers Tombouctou, maiB bien vers le lac Tchad. La region du Bornou est la plus opulente du Soudan ; c*est aussi la moins ^loign6e de la mer M^diterran^e ; mais il reste encore k savoir si ce n'est pas plut6t du c6t^ du sud et de Vouest, par le golfe de Guin^e et le Senegal, qu*il faut ouvrir des debouches au Soudan.
Quoi qu'il arrive, le Sahara ne conservera d*importance que comme voie de passage. Son commerce n'est qu*un trafic de transit : ce n*est done qu*^ faciliter k tous points de vue la traversee que doivent tendre tous les efforts.
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