ABYSSINIE
Position. — L'Abyssinie, situeeentre le 6« et le 15* degr6 de latitude nord, et le Z^^ et le 44^ de longitude est, occupe par son relief et son climat particuliers une place k part dans le continent africain.
Relief. — L'Abyssinie peut Mre compar^e k une grande citadelle qui domine de haut les plateaux de TAfrique orientale. C'est, en y comprenant au sud le pays de Kaffa qui en fait partie dans la nature, un grand ovale de montagnes qui sc dressent sur un socle de plus de 1 000 metres au-dessus des rivages de la mer Rouge, du pays des Danakil et 'des Galla, du Soudan ^gyptien et des steppes qui s'etendent entre Berber et Souakim.
Cette masse compacte est en general redressee vers Test, inclin^e vers le Nil. La grande ar^te en est le rebord oriental : sur plus de i 000 kilometres une chaine court du nord au sud ; vue de Test, c'est corame une muraille gigantesque, qui a d^ja 2400 metres pr6s de Kasen, visra-vis de Massaouah, atteint 5180 metres au mont Souwaira au sud de la baie de Zoula, plus de 5 500 metres au massif d'i4n^o/ et depasse encore 5000 metres dans le ChOa, Ce soulevement abyssin est dans le meme axe que la grande crMe de I'Afrique ^quatorialc, et peut-etre m^me celle-ci en est-elle le prolongement direct, car les explorations de MM. Teleki et von Hoehnel, au sud du pays de Kaffa^ signalent des deux cdt^s du lac Rodolphe des chaine s de volcans courant du nord au sud.
La chaine abyssine n*est montagne que du cdt^ de Test. Sur I'autre versant commencenllesp/a^eaMor qui forment la masse de TAbyssinie, plateaux d'altitude fort diilerente, et h^riss^s euxm^mes de montagnes.
Au nord, celui des Bogos, en face de Massaouah, est relativement has : il n a gufere que 1400 metres vers son centre Keren, et les cimes atteignent rarement 2000 metres.
Les plateaux de Hamdsen (Asmara) et du Tigre, situes plus au sud, ont d^j^ une altitude minima de 1800 k 2000 metres k Touest et s'elfevent encore vers le rebord oriental. (La ville
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d'Adoua est 4 I960 m., celle d'Adigrat k 2520m., celle d'Antalo i 2410m.). Lescime9sonthautes(Semayata 5090 m. au-dessu3 d'Adoua).
De I'autre cAt^ du Takazz^, le Simian ou Simiin, ^nornie platoau votcanique, s'^lfeve (outd'uii bloc A une hauteur moyenoe de plus de 5000 metres, avec des cimes de 4000 h 6000 metres de hauteur. Cette masse est comparable k celle de I'Oetzthal, le grand plateau alpestre du Tyrol.
Au sud du Slm^n, le Liula, entre le Takazz^ et la chaine do
Fig. 1, — Proll de I'llbjstinis <d'«prta RmIiu).
Test, a egalcmetit des monts de 5800 metres (mont Biala, etc.), ct r^norme Go&na s'M\e & 4200 metres.
Cne depression relative, celle du lac Tana, qui semble £tre I', suite de I'axe d'alTaissemeDt marqu^ par le golTe de Tadjouruh el le lac d'Aital, ^chancre au sud-ouest les hautes terres : le lac Tana u'est qu'^ I 750 metres et les plateaux environnants i 1 800 el 2000.
tlais, au sud, le massif volcanique du Godjam s'^I^ve de nouveau comme une gigantesque citadelle qui au centre (plateau do Tchok) depasse 4000 metres.
Enfin, dans le pays montueuxde Kaffa, lessommets atteignent pr6sde 5700 metres (monl Kalo 5250 m..mont Egan 3090 m., niont Hotta. au su<), 5680 m.), etlesvallees sonl encore fi 1800 ct 2 0410 metres de hauteur (villede Bonga 1880m.,ville deSaka, 1800 m., do Mo()jcr2l60m.).
L'Abyssinie pent en somme Hre consid^ree comme une masse dc hautes terres que les forces volcaniqoes ont boulevers^es, au point qu'il est difficik dVi reconnaltre la pente g^n^ale.
^Partout on Irouve des feves trachytes, })asaltes; certains volcans, le Dofane dans le Choa, et VErteali, fument .encore; les solfatares et les tremblements de terre sont frequents sur tout le versant de la mer Rouge.
Climat. — Le relief si remarquable de TAbyssinie lui a donn^un climat special. Par sa latitude, elle appartient a cette partie de TAfrique ou tombent des pluies d*ete et qui passe en m^me temps pour une des plus chaudes contrees de la terre : le Soudan. En effet, I'Abyssinie reQoit comme le Soudan oriental, ses pluies d'6t6 des vents de Test et du sud-est. Mais on sait combien le changement d'altitude modifie le climat d un pays. On trouve, en s*elevant sur les plateaux, une temperature do plus en plus froide (0^,57 par iOO m. d'elevation sous celte latitude), et si les montagnes sont assez hautes, on pent subir en quelques jours les memes variations de climat qu'un voyageur 6prouverait en quelques semaines s'il se dirigeait vers le nord usqu'^ la zone glaciale.
L*Abyssinie echappe done par sa hauteur au climat du Soudan, et on y rencontre toute I'echelle successive des climats. Les savants ont class6 les pays abyssins en trois zones principales : . . .
1* La qolla ou Koualluy zone tropicale qui comprend toutes les regions ou r6gne encore le climat soudanais, grandes chaleurs et pluies d'6t6 bien marquees, c'est-^-dire tons les pays au-dessous de 1 800 metres de hauteur. La grande chaleur de cette partie de I'Afrique a eu pour effet de reculer les limites de cette zone chaude plus haut qu'en Amerique : Tisotherme de 20 degres, qui marque la fin des terres chaudes au Mexique, se rencontre dej^ k 1 000 metres de hauteur. Le versant est de TAbyssinie est trop raide pour que la qolla y forme une zone de quelque largeur; raais k Toiiest, elle forme autour des hauts plateaux une ceinture de 100 i 200 kilometres de large, et pen^tre dans Tinterieur mtoe par les valines profondes du Takazze et autres qui entaillent le plateau. C'est dans ces gorges, ou aucun souffle de vent ne rafraichit Fair, que la chaleur est la plus grande : le voyageur qui y descend croit entrer dans tin four. Les parties basses autour du lac Tana (1800 m.) sont encore k demi tropicales ; les rives sont malsaines et bord^es de glantes tropicales comme les valines iitferiieures.
i^ Lsivoina-de^, ou2one moy>en'6e, de 1800 k 2400 metres,
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est de beaucoup la plus ^tendue de TAbyssinie. Voina-dega veut dire plateau de la vigne; c'est dire qu'on y rencontre une chaleur const ante, k peine plus elevee que celle de la Mediterram^e. Ainsi Gondar (1900 m.) a une moyenne annuelle de 19®, sans que le mois le plus froid ait moins de 16®. C'est une chaleur annuelle legereraent sup^rieure a celle du sud de TEspagne, de ritalie et de la Gr^cc ; mais comrae nous sommes dans un pays ou les pluies tombent en ^t^ et mod^rent la temperature, on n'observe pas les chaleurs qui rendent les mois d'6t6 si insupportables dans le midi de TEurope. La moyenne du mois le plus chaud, avril, ne d^passe gu6re25® a Gondar : ainsi cette parlie do TAbyssinie est k la fois plus chaude que le sud de TEurope et pourtant plus temperee. Les pluies resserablent encore 6 celles du Soudan : elles tombent en ete, et durent plus longtemps dans le sud que dans le nord ; h Gondar, il pleut du 20 juin environ jusqu a la fin de septembre, tandis qu*au nord d*Adoua les seuls mois pluvieux sont juillet et aout; il tombe en moyenne 1 metre d'eau par an, sauf au nord, ou la quantity varie beaucoup de 20 k 80 centimetres. Aussi le Tigre est-il plut6t une steppe, avec des variations de temperature qui rappellent celles de la Nubie.
5<» La dega ou zone froide, au-dessus de 2400 metres, est moins bien connue. La temperature annuelle y varie probable ment, dit Dove, de 16® k 7® et 8® vers 3900 metres de hauteur, et les froids nocturnes deviennent considerables. L*armee anglaise a eu k supporter, k 3200 metres, une gelee de — 4® le 28 mars. Dans les alpes du Semi^n, de 3900 k 4200 metres, on a, em hiver, — 4® i — 1® le matin, -f- 7® a -f- 9® & midi ; le thermometre peut tomber sur les cimes k — 8®. Ces basses temperatures favorisent les condensations, et bien que la plus grande partie des pluies tombe aussi en ete, aucune saison n*en est depourvue, etla neige se conserve parfois sur les cimes pendant toute Tannee. La limite des neiges, qui est k 4400 metres pendant la saison plus seche, descend a 3500 metres en ete. La greie est egalement frequente. La quautite d'eau tombee doit 6tre considerable : les hauts sommets, comme la GoAna, sont meme pendant la saison seche tres-souverit fenveloppes de nuages, et il pleut dans la haute montagne pendant des jours entiers.
Hydrographie. — Le regime des rivieres en Abyssinie est
cclui des torrents. Les eaux tombant en cascades dc plateau en plateau, ont comme dans les montagnes Rocheuses, entaille Icurs assises et creuse des cluses profondes, aux parois souvent i\ pic. Ainsi Terosion a contribue au moins autant que le volcanisme a accidenter le relief abyssin; les eaux, au lieu de servir de chemin, ont isol6 les plateaux les uns des autres : on loute saison, le lit des rivieres est ui) precipice au fond duquol il faut descendre pour remonter peniblement de Tautre c6t6, et quand les eaux torrentielles y bouillonnent, ce sont des fosses infranchissables pendant des semaines.
A Test, la pente est tellement rapide que les valines se r6duisent a des defiles a pic ouverts dans la chaine bordi^re. Ce «ont les portcs de I'Ethiopie de ce c6t6 : I'arm^e anglaise a utilise, en 1868, celui de Koumaili pour s'^lever sur le plateau.
Au nord, deux oued, le Khor-Baraka et son affluent YAnseba. ('e^cendent du plateau d'Asmara et se sont fraye une vallee le plus souvent k sec du sud au nord vers la plaine de Tokar, suivant ainsi la direction du principal soulfevemeht de TAbyssinie.
Les grandes vallees suivent la pente generale du pays vers Touest. VAtbara descend du rebord du plateau de Tana, mais ses affluents traversent TAbyssinie de part en part : le Mareb sort du plateau d' Asmara presque vis-a-vis de la source de TAnseba, et decrit une grande courbe qui isole I'Asmara du Tigre; le Takazze descend du massif d'Angol dans la chaine orientale, et serpen te successivement vers I'ouest, le nord et le nord-ouest, h une grande profondeur au-dessous des plateaux environnanls: il n'est de}k plus qu*^ 1300 metres d'altitude k son premier coude, et separe ainsi par un abime le Gondar et le Simen dc I'Abyssinie orientale et du Tigre. L'Atbara, grossi par ce torrent qui lui apporte les pluies de la moiti6 de TAbyssinie, devient en ete un fleuve redoutable d*un demi-kilomoire de large, de 5 & 6 metres de profondeur, et contribue ainsi puissarament a la crue du Nil. Pendant la saison seche, il est a sec dans son cours inf6rieur. Le Mareb ne rejoint TAtbara que rarement; d'ordinaire il est absorbe par les irrigations a sa sortie dans la plaine.
Le Dahr-el'Azrekf ou Nil Bleu, sert d'emissaire au lac Tana^ et contourne le massif du Godjam par une courbe immense qui fait rassembler ce plateau k une citadelle entouree sur trois c6tes par un fosse profond. 11 doit au lac Tana {2980 kil.
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Carres, cinq fois le lac de Gen6ve) un d^bit r^gulier qui lui fait atteindre le confluent de Khartoum en toute saison ; c'est pourtant d'ordinaire une riviere assez maigre et impropre k la navigation. Mais quand les abondantes pluies d'orage se mettent k tomber sur les plateaux, les profondes cluses se remplissent en un clin d'oeil d'une eau grondante qui balaye tout sur son passage, et le Nil bleu devient k Khartoum plus puissant que le grand Nil lui-m^me.
On connait mal les fleuves du versant sud. Deux au raoins acqui^rent un developperaent considerable en longeant la base des plateaux: VAouach, ne dans le sud-ouest du Choa, decrit une courbe inverse de celle du Nil bleu, vers Test; c'est dans son cours superieur un fleuve considerable, de 50 metres de large et au moins 1 metre d'eau (les crues montent k 15 et 18 m.); mais comme tous les fleuves qui pen^trent dans les steppes, il decroit progressivement et n'atteint pas la mer: il s'arrete a environ 100 kilometres de la bale de Tadjourah et remplit le bassin ferme du lac d'^lous^a. VOuma ou Oumo a ete entrevue par M. d'Abbadie, qui I'avait prise pour une branche du Nil; le voyage de M. Borelli k travers le pays de Kaffa, joint aux informations de MM. le corate Teleki et von Hohtiel venus du sud, permettent d'affirmer qu'elle coule du nord au sud, et se jette dans le lac Rodolphe ou Basso-Narok, tandis que les eaux descendues de Touest du Kaffa vont probablement rejoindre le Sobat,
Flore. — La flore, expression fidele du climat, diff'ere d'aspect a raesure que les plateaux s*eievent. Une vegetation exuberante correspond au climat tropical de la qoUa. 11 y a jusqu*a 200 especes arborescentes : les forets de tamaris^ acacias^ sycomoresy palmiers, bambous hauts de 10 metres, forment au fond des valiees du Mareb et du Takezze comme un ruban de loret vierge. Al 400 metres encore, M. Rohlfs a rencontre uneforet de baobabs d'une grosseur prodigieuse, et des plantes tropicales (palmiers, bananiers) croissent jusque sur les rives du Tana, k 1 750 meires de hauteur.
Au*dessus de 1 800 metres, la flqre de la voina-dega a ete comparee par le naluraliste Schweinfurth k celle du sud de I'Europe. La foret est devenue rare: elle n*a plus que 30 especes. La plante caracteristique est la vigne; elle croit dans toute retendue de cette zone, de 1800 k 2400 metres. L'o/m>r, le myrtey le citronniei\ le grenadier font e^alement songer aux
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pays de la M^diterran^e, tandis que les grands eupkorbes, Ics palmiers sauvages rappellent qu'on est en Afrique.
La flore de la zone vraiment temp^r^e, la dega, est encore plus nettement europ^enne. L't/, le genevrier (souvent enorme), Yolivier sauvage^ le rosier^ les hruybres^ enfin de raagnifiques gazons la caract^risent. Sur les cimes on retrouve les rhadoden" drons, mousses et lichens de nos Alpes.
Fauna. — Les zones de la faune abyssine sont moins tranch6es. Vhippopotame, V elephant et le crocodile ont remont^ les gorges des rivieres jusque vers leurs sources, et peuplent egalement le lac Tana. Pourtant le Hon, le zebre, la girafe, le chameau ne depassent gu^re la qolla ; par contre le cheval, le bceuft le mouton se trouvent suiiout dans la zone nioyenne. II y a des bouquetins sur les crates du Sim^n comme dans les Alpes.
Population et g^ographie politique. — L'iniluence du climat se fait encore mieux sentir sur la repartition des trois millions dUiabitants que compte TAbyssinie. Les profondes vallees boisees de la qoiia n*ont pas de population sedentaire : le sejour en est mortel pour les Africains eux-m^mes; il n'y a pas un village sur le Mareb, ni sur le Takazze. Les plateaux de la qolla qui forment ceinture k Fouest sont peuples, mais bien peu encore. Les bourgades qu'on y trouve, FazokU Roseres, sont situees k la lisiere des steppes soudaniennes, plus salubres. Les Changalla, tribus h derai-n^gres, sont les habitants de la qolla; les Abyssins des hautes terres redoutent a bon droit cette region : sur 140 qui residaient k Metemmeh, 80 moururent en un an.
Presque toute la population de TAbyssinie est groupie dans les zones moyenne et superieure. lA s'6l6vent les villes de TAbyssinie, d'ailleurs assez rares dans ce pays ou les divisions natureiles ont maintenu les indigenes dans un etat de patriarcat feodal. Le plateau du Tana, k la limite inferieure de cette zone, le plus riche et le plus facile d acc^s, poss6de au nord les villes de Tchelga et Gondar (1900 m.), cite sainte maintenant un peu dechue (6 k 7000 hab.); a Touest, Debra-Tabor, residence des rois d'Ethiopie, qui commande k 2 500 metres de hauteur les campagnes du Tana, et les routes du Tigre et du Choa. De I'autre c6te du massif du Gouna, Magdaluj perchee en nid d'aigle au-dessus d*un affluent du Nil bleu, a 2 760 metres de hauteur, est la forteresse presque inaccessible ou le negus Theodores, abandonne des si ens, se tua, en 1868, a Tapproche de