‹ Afrique, Asie, OcéanieChapitre 17 sur 82 · Wocikof, Die Klimate der Erde, t. U · texte numérisé non relu

Wocikof, Die Klimate der Erde, t. U

itO AFIUQUE.

TAfrique, a aussi un climat continentaL^ c'est-^-dire de grands hearts de temperature. L*6levation de la temp^ature n'a pas lieu en 6t6 comme en Europe ; aux mois de juillet et d aout Thumidite constante de Fair emp^che le thermometre de monter audessus de 50 k 52 degres centigrades. (Maximum de temperature observ6 k Kouka au mois d'aout : 4- 52°, 5). Mais lorsque arrive la saison s^che, la temperature s*accroit rapidement sous rinfluence des vents sees venant du desert. C'est done vers la fm de cette saison, en avril et en mai, lorsque Taliz^ du nordest a seche les rivieres dans le nord et reduit les plaines du Bornou et du Haoussa h T^tat de steppes brulees, qu*on observe les plus grandes chaleurs du Soudan : les moyennes de ces mois montent jusqu'S -+- 55° et 54° centigrades, temperatures qui, ramen6es au niveau de la mer, donnent 56° et plus ! Naturellement, plus la saison seche est longue, plus le thermometre montera, et ainsi s'explique ce fait en apparence anormal, qu'il fait plus chaud dans le nord que dans le sud du Soudan. Ainsi le thermometre marque certains jours a Kouka jusqu'a H- 45° a I'ombre en avril I

Malgr6 ces temperatures exceptionnelles, le climat du Soudan est plus egal que celui du desert. Les nuits y sont beaucoup moins froides; le thermometre de Nachtigal n'est pas descendu au-dessous de -f- 15° centigrades pendant les deux hivers qu'il a passes k Kouka. L egalite de temperature s'accuse davantage a mesure qu'on avance vers le sud et que I'humidite de I'air augmente. A Lado, sur le Haut-Nil, k la lisiere de I'Afrique equatoriale, I'oscillation annuelle du thermometre est en movenne de 5° seulement.

Hydrographie. — Les eaux du Soudan font partie de trois systemes hydrographiques : les unes vont au Nil, d'autres s'amassent dans des bassins fermes comme le lac Fittri et le Tchad ; a Touest, elles vont au Niger.

I. Versant du Nil. — Le Nil, venant de TAfrique equaloriale, traverse du sud au nord la zone du Soudan avant de traverser le desert. 11 ne draine du reste qu une faible partie du Soudan oriental, Sentiar, Kordofan el une moitie du Dar-For. Ces plateaux etant aussi ceux qui se rapprochent le plus de la steppe, les rivieres temporaires . dites « Khdr » (pluriel Kheran) appartiennent au systeme du grand fleuve plutdt par la pente generale du sol que par le cours de leurs eaux, car meme en temps de

LE SOUDAN. Uf

pluie, la plupart n'atteignent pas le Nil. Ainsi le Khdr-Abou- Hable, alimente par les pluies du Djebel Nouba, coule en temps ' de crue pendant 300 kilometres vers le nord-est, mais il n'est pas silkr que ses eaux se confondent jamais avec celles du Nil. Un seul cours d*eau, k la limite du Soudan et de TAfrique ^quatoriale, semble plus considerable : c'est le Bahr-el^Arab, des* cendu du plateau du Dar-Fertit, et qui rejoint le Bahr-el-Ghazal en recueiUant les ouftdi du Dar-For. A Test, le Nil regoit pendant sa travers^e du Soudan le Nil Bleu et VAtbaray mais ces fleuves sont aliment^s par les pluies du plateau abyssin et ne naissent pas dans le Soudan.

n. Bassirs fermes. — Malgr^ les voyages de Denham, Barth» Overweg, Vogel, Rohlfs, Beurmann, Nachtigal, le regime du lac Tchad est encore peu connu. On n'est encore fixe ni sur sa profondeur, ni sur le volume de ses eaux, ni sur leur exacte provenance. Nachtigal a determine k peu pr^s son altitude — 270 metres seulement au-dessus de la mer — et sa superficie : environ 27 000 kilometres carr^s, k peu pr^s la grandeur de la Sicile, Sonl un tiers d'lles, situ^es surtout dans Fegt. Mais on ne pent encore delimiter exactement la region dont ce vaste bassin rcQoit les eaux.

Au nord, les steppes du Kanem ferment le bassin du lac, qui de ce cdte n*a pas d'af fluent. Le^ahr-el-Ghazal, qui a longtemps passe pour une riviere considerable descendant du Tibesti, sc trouve etre au contrair e un emissaire d u lac, une longue depression ou le trop-plein du lac se deverse en temps de crue k ciel ouvert, et en temps ordinaire par voie souterraine.

A Touest, le Tchad a un grand affluent, le Komadougnu Yoohe^ d'environ^OO kilometres de cours; mais sa valiee etant orientee d'ouest en est, il ne re^oit que les pluies relativement courtes du Soudan septentrional : aussi est-il k sec au commencement de rete. vers la Benoue, le versant hydrographique du Tchad s'etend sur environ 200 kilometres. Le principal affluent est ici le Komadougou MbotUou; il n'a d*eau qu*apres les pluies.

A Test, le Tchad n'a pas plus d'affluent qu*au nord. Le voyage de Nachtigal a demontre que tout pres de la rive court .une ligne de hauteurs qui arrete les eaux du Ouadai. EUes se rassemblent k Test dans un bassin ferme qui, selon la saison, est tantdt une lagune, tant6t un lac : le Fittri,

G*est done du sud que vient la majeure partie des eaux du

Tchad. La se diverse par un delta un grand fleuve, le Chdriy forme par la reunion de deux cours d'eau venant du sud, le Ba^Bousso ou Chdri propremenl dil, et le Serhe-Ouel ou Log- ' gone. On ne sait rien de la longueur de leur cours: on ne les a pas remontes au deli de 500 kilometres. En tout cas ce sont des fleuves puissants, grossis par les pluies de I'Afrique equatoriale : ils ont tous deux des crues de 4 i 5 metres; mtoe k la fm de la saison s^che, la branche principale du delta a pr^s de 1 kilometre de large et le courant une vitesse de 1 metre a 1 metre et demi h la seconde. D'apr^s Nachtigal, le fleuve de I'ouest, le Loggone, serait de beaucoup le plus important. 11 aurait en saison seche jusqu'k 7 metres de profondeur, tandis que le Ch^ri n'en a que 2.

Le Tchad, sans d^versoir apparent, sans autre reservoir souterrain que le Bahr-el-Ghazal, est naturellement soumis aide grandes variations de niveau. La ligne indecise de ses rivages se modifie incessamment. Le niveau de ses eaux semble s'elever en ce moment, et le lac ronge ses rives nord et ouest. La ville de J^jpiu^ batie primitivement loin du lac, est peu a peu envahie par lui, et d6s i873 on prevoyait la necessity de transporter ailleurs la capitale du Bornou.

III. Lb Niger. — Le Niger est la grande art^re qui recueille les eaiix du Soudan occidental. II a une certaine ressemblance avec le Nil. Comme lui, il coule successivement sous plusieurs climats, et relie par son cours des pays d'aspect tres different. Seulement, au lieu de traverser le desert de part en part, le Niger ne fait que decrire une courbe a travers la partie m^ridio^ nale, et apr6s ^tre rentre dans le Soudan, il fmit par aboutir h un point bien plus meridional que ses sources, dans une region qui, par son climat et sa vegetation, fait deja partie de TAfrique cquatoriale.

Le Niger y long de 4200 kilometres, est le troisi^me fleuve de TAfrique par la longueur du cours, le deuxieme peut-etre par la masse des eaux. Quant h Tetendue des pays draines par lui, elle a ete evaluee a 2 600 000 kilometres carres, ce qui est fort exagere. D'abord on a compris dans ce chiffre toute une partie du Sahara, dont la pente, fort problematique du reste, menerait les eaux au Niger, s'il y en avait; d'autre part, Texploration du capitaine Binger a revele que les rivieres du Grand-Bassam et les affluents de la Volta s*etendent vers le nord beaucoup plus

loin qu*on ne le supposait; et le a bassin » du Niger se trouve de ce fait encore diminu^ de plusieurs degres carres.

Du reste, il n'est pas permis de tracer une ligne de partage rigoureuse, et de separer nettement sur la carte le « bassin » du Niger du reste du Soudan. Une semblable demarcation ne repond k rien de r6el. On ne peut repartir les pays de la bouclc du Niger en deux regions differentes, suivant le caprice du terrain qui fait couier les ruisseaux vers les affluents du Niger ou vers les rivieres du golfe de Guinee. De m6me il serait oiseux de tracer une ligne de faite dans le Ilaoussa entre les eaux qui vont au Niger par la riviere de Sokoto et celles qui vont au Tchad par le Komadougou Yoob6, alors qu'aucune hauteur appreciable ne les separe et que Taspect des deux versants est le meme. Les lignes de partage des eaux sont bonnes k noter surtout lorsqu'elles coincident avec des montagnes qui sont en m^me temps limites climateriques, car c'est le climat, et non la direction des eauXy qui determine les limites des grandes regions naturelles.

On peut distinguer quatre parties dans le cours du Niger : 1*» son cours sup6rieur; 2<» la courbe qu'il d^crit k travers les steppes; 3<* son cours inferieur; A^ le delta. Dans chacune de ces parties le fleuve a une physionomie differente.

1* Cours super ieur. — Le cours sup^rieur du Niger s'etend de sa source k Koulikoro^ en avalde Barnakou. Le Niger, connu dans ces pays sous le nom de Diolihd, prend sa source presque sous le parall61e de Freetown dans la chaine du Loma; c'est la, au milieu de croupes de 1 100 a 1 400 metres, que MM. Zweifel et Moustier ont vu en 1879, pour la premiere fois, le ruisseau sacre qui deviendra le Niger. II coule d abord vers le nord pendant 140 kilometres, puis descend rapidement le versant nordest du plateau en recevant chemin faisant de nombreux affluents, entre autres le TankissOy riviere considerable venant du Fouta- Djallon. Le DiolibA continue k descendre en longeant de tres pres la base des coUines qui le separent du Senegal ; il regoit k droite des affluents encore mal connus, et suit desormais cette direction nord-est qu'il conservera jusqu'a Timbouctou. Toute cette partie de son cours est extremement rapide. A Siguiriy 450 kilo metres de la source, il est deja descendu de 510 metres et n*est plus qu*^ 540 m etres au-dcssus de la mer. II descend encore 30 metres de Siguiri a Bamakou par une serie de rapides ; eniln, entre Bamakou et Koulikoro, un dernier barrage, celuide

G'i:.rj. cL. 5*. 3

Sotuba, marque la fin de son cours de montagne : c'est la que commence la partie navigable du Niger et qu*est le port d'atlache de nos canonni^res sur le fleuve.

2° Cours moyen. — La grande courbe du Niger est maintenant presque enti^rement exploree. De Koulikoro k Kabara, port de Timbouctou, deux voyages en canonniere faits en 1887 et en 1889 par nos officiers, le commandant Garon et le lieutenant de vaisseau Jaime, ont permis de tracer au 50 000® le cours du (leuve sur la carte. De Timbouctou a Say, le voyageur allemand Barth a releve avec grand soin au compas les sinuosites du fleuve, dont il suivait la rive septentrionale.

Entre Koulikoro et Timbouctou, le Niger coulant dans un pays presque absolument plat — il n'est plus qu'k environ 250 metres au-dessus de la mer — s'etale en larges nappes ou se ramifie comme le Nil Equatorial en d'innombrables marigots, Ses deux bras principaux ferment en aval de Sansandig une Mesopotamie longue de 200 kilometres et coupee d'innombrablcs canaux; un des marecages, le Deboe\ devient en temps de crue un veritable lac, dont les bateaux ont k craindre les tempetes. Le Niger revolt dans cette partie de son cours un affluent aussi considerable que lui-mtoe, le Mahel-Balevel ou^Ba^o^Jqui vient du Ouassoulom et qui est peut-6tre aussi long que re Dioliba. Gc Bagoe se ramifie lui-m§me en cinquante bras differents autour de Djenne, avant de rejoindre le Niger.

Jusqu'en aval de Timbouctou le Niger continue a n*Etre qu un labyrinthe d'iles et de marigots, bras du fleuve pendant la crue, lacs d'eau stagnante et malsaine pendant le resle de I'annee. Mais alors le fleuve change a la fois de physionomie et de direction. La vegetation, qui s'est faite de plus en plus pauvre, a maintenant le raractere des steppes, et la verdure tropicale est bornee aux bas-fonds periodiquement inondes par le fleuve. En meme temps le Niger se heurte aux plateaux du Sahara et ces terrasses, bien que tres peu prononcees, le font devier vers Vl'est. A Bamba, a 260 kilometres de Timbouctou, il s'engagc meme dans ces. plateaux, qu'il traverse par une serie de gorges ou le fleuve ecume entre des parois a pic et des ecueils. Au passage de Tossai il n'a, suivant Barth, que 90 metres de large, mais il est d*autant plus profond. Le pays a droile et a gauche appartient a u desert . Mais le Niger, arrtto par un plateau plus compact et plus eleve, le Kidal, se replie dans le district de Boiir'

roum vers le sud-est par une nouvelle serie de gorges et de rap ides — queTJungo-Park put franchir neanmoins — et rentre ainsi peu h peu dans le Soudan. En aval de CjOgo la vegetation reparait sur ses rives.

Dans tout ce long parcours, le Niger, comme le Nil en aval de Khartoum, est d6pourvu d'affluent, car on ne pent compter comrpe tels les oueds Terarart, Tafassasset, etc., coulees k sec qui viennent du desert. A GimilMb, dans le Soudan, il re^oit de nouveau une riviere veriM)le, le Goulbi ou fleuve de Sokoio,

C'cst ce cours d*eau, prolonge en dfoile ligne vers le Tchad par le Koraadougou Yoobe, dont il n'est separ6 que par un seuil imperceptible, qui avait fait naitre dans Timagination des geographes arabes la legende d'un Niger allant d'ouest en est rejoindre le Tchad, et de la le Nil. En tout cas c'est dans cette depression que passe la grande route commerciale du Tchad au Niger. Le Goulbi de Sokoto, comme le Yoob6, subit Finfluence de la longue saison seche : son lit ne renferme plus que des mares quand reviennent le» pluies. Le Niger regoit d*autres cours d*eau encore du pays des Mossi et du Boussa, mais on ne les a pas encore explores.

Quoique a une tres faible altitude, le grand fleuve n'en a pas encore fini avec les rapides ; il est oblige de se frayer un passage k travers les collines qui couvrent cette partie trfes accidentee du Yaouri et du Noupe. Un de ces rapides, celui de Boussa, ' forme une chute infranchissable ; c'est la que, selon toute appa-

rence, I'intrepide Mungo-Park fit naufrage et trouva la mort, apres avoir descendu les deux tiers du Niger I Entre Rabba et Egga le fleuve franchit les derniers rapides, et bien qu'il coule encoje quelque temps entre des falaises d une centaine de metres, il est desormais navigable jusqu'a la mer.

3" Cours infe'rieur, — Au point ou commence la partie maritime de son cours, le Niger n'est plus qu*a ^i56 me tres d'altitude, et il a encore 750 kilometres k parcourir jusqu'a la mer, C'est alors une nappe majestueuse, profonde en toute saison d'une vingtaine de metres, d'une trentaine apres les crues.

II reQoit k Lokodja son grand affluent, la Benoiie, qui Fegale par la masse des eaux et le depasse par I'importance commerciale.

Sortie des monts de VAmadaniia a ii np. altitude d'environ

500 metres seulement, grossie immediatement par le Mayo Kebbi,

. deversoir des marais de Toubouriy la Benoue devient des Yola

un grand fleuve et coule d'est en ouest sur plus de 1000 kilometres k travers une r(^gion dej^ presque 6quatoriale par Tabon dance des pluies. A Yola. k 1000 kilometres du confluent, elle n*est deja plus qu'a 200 metres d*altitude, et son courant a 800 a 1000 metres de largeur. Aussi, malgr6 les ecueils et les bancs de sable, les vapeurs de faible tirant d'eau peuvent-ils remonter jusqu'a Yola m^me, pendant les hautes eaux d*aoi^t et de septembre. La Benoue permet done de pen^trer plus loin dans I'interieur que le Niger lui-meme. Elle acquerrait encore une tout autre importance, si comme Font suppose Barth etVogel, le marais de Touqouri se diverse egalement k Test dans le Loggone, et si une ligne ininterrompue de canaux navigables permettait un jour de passer directement de la Benou6 au lac Tchad.

Le Niger en aval de Lokodja a quitt6 le Soudan proprement dit, et ses rives sont desormais celles d'un fleuve de I'Afrique equatoriale. A la vegetation soudanienne a succed^ la for^t vierge, avec ses fourr^s impen^trables et son humidite etouffante et malsaine.

4° Delta. — A 200 kilometres de la c6te commence le delta, immense agglomeration de boues semi-liquides, coupees de milliers de canaux, couvertes k Tinterieur par la foret vierge, et sur le pourtour par les fourres de mangliers qu*on rencontre partout au point de rencontre de I'eau salee et de Feau douce dans les contrees equatoriales. Le delta du Niger couvre environ 25 000 kilometres Carres. On compte dans ce dedale une douzaine de bouchesprincipales ; les plus importantes sont, a partir de I'ouest : la riviere de Be7iin (ancien rlo Formoso), profond de 5 metres a maree basse, mais d'entree difficile; le rio Forcados, plus accessible ; la riviere iVAkassa ou de Noun, actuellement la plus importante et suivie par des navires de 4 metres de tirant d'eau ; la riviere BrasSy d'acces facile ^ enfin les entrees de New- Calabar et de Bonny, Quant a I'estuaire du Vieux-Calabai\ il est forme par un fleuve independant, le Cross-river, qui confond son delta avec celui du Niger.

Flore. — La flore du Soudan change du nord au sud avec la duree de la saison des pluies : elle passe graduellement de la vegetation du desert a celle de la foret vierge. La majeure parlie du Kordofan, duDar-For, du Ouadai, tout le Kanem, tout le Bornou au nord du Komadougou, le nord du Sokoto et le coude du ^\iger jurqu'a Sinder apparliennent a 1 aire des sleppes, ver-

doyants pAturages apr^s les pluies, plaines nues et calcineos a la fin de la saison s^che. Les arbres qui pars^ment ces steppes sont ceux qui supportent une longue secheresse : palmiers doiim, tamarinSy acacitis de diverses especes. Le dattier ni^me se rencontre en petites forMs isolees, mais ses fruits ne valent pas ceux du desert.

L'extreme sud du Soudan pr^sente un aspect tout contraire. Dans le sud du Baghirmi, du Bornou, le long de la basse Benoue et du Bas-Niger, la grande foret vierge, au li^u de rester cantonnee dans les bas-fonds et le long des cours d'eau, couvre tout le pays, et les cultures n*y forment pour ainsi dire que des clairieres. Aux arbres de la steppe ont succed6 des esp6ces nouvelles : le cocotievy le cotonniei* {Eriodendron)^ arbre enorme qui n'a de commun que le nom avec Tarbuste que nous connaissons ; Tarbre a beurrc ou karite, le hamhoUj le bananier, la canne a sva^e, la liane a caoutchouc indiquent par leur presence une humidite croissante; Tarbre caracteristique est le palmier a huile, qui a besoin pour fructifier d*un air humide et chaud comme celui d*une serre.

La transition est d*ailleurs graduelle entre ces domaines opposes. NuUe part on ne rencontre de chaine de montagnes qui forme une brusque ligne de demarcation ; mais les plantes ne s'en excluent pas moins les unes les autres : de meme qu'on ne voit pas de palmiers k huile dans le nord du Soudan, on ne trouve ni un tamarin ni un hadjilidj, a peine quelque acacias dans le sUd.

II faut faire une place ^ part aux contrees montagneuses dune certaine Elevation, comme le Yakoba, I'Adamaoua. Le climat du Yakoba, eleve de 3000 pieds en moyenne, avec des montagnes de plus de 2000 metres, a ete compare par Rohlfs k celui de nos pays m^diterraneens, dont il parait possftder certaines especes, citronniers, grenadierSy etc.

Fanne. — La difference entre la faune du nord et celle du sud n'est pas moins frappante. EUe s*affirme avant tout par la disparition de Fanimal le plus utile, le chevaL 11 n'existe pas sur le Bas-Niger et la B6noue, et ceux qu'on y importe meurent en peu de temps de dysenteric ou de malaria. Par centre, dej^ sous la latitude du Haut-Niger, la contr6e de Kankan produit des chevaux excellents ; de m^me k Test, les plaines herbeuses du Bornou etduHaoussa sont des pays d*61evage. A mesure que le carac-

iiS AFRIQUE.

tSre de la steppe s'accuse, la race devientdu reste meilleure : les chevaux du Massina, au sud de Timbouctou, ceux des steppes au sud de TAir, enfin ceux du Kanem sont estim^s k Tegal des che- \aux de Barbaric et achetes k prix d*or par les grands du Haoussa et du Bornou.

Le basuf zebus onhcBui ^bosse, le compagnon inseparable des bergers feil^n k travers tout le Soudan, n'a ^galement pu ^tre acclimate par eux sur la basse et moyenne B6noue. U ne reparait que dans FAdamaoua, k la faveur de Taltitude.

Le chameau ne supporte le climat du Soudan que pendant la saison s^che. Ceux qui restent pendant les pluies a Kouka ou h Kano deviennent promptement impropres a tout travail, maigrissent ct meurent si on ne les ramene pas au desert.

La faune sauvage subit la m^me transformation du nord au sud. La steppe nourrit une quantity incroyable de gazelles, girafes, antilopeSj auiruchesj etc. Leur presence a amen^ celles des grands carnassiers, lion,panthere, hyene. Dans les marais du Tchad, du Baghirmi et du Bas-Niger pullulent les hippopotames et les cro^ codiles; Vele'phant vit encore en troupes dans les jungles desertes de la rive nord-orientale du Tchad, mais il se fait tr^s rare dans le Bornou et le Haoussa, pays fortement peupl^s. . Populations, £tats. I. Soddan oriental. — Le Sennar, Kordofan, Dar-For, Ouadai, pays de steppes ou I'eau manque k la surface du sol pendant plus de la moitie de I'ann^e, sont habitus par une population tr6s clairsemee. On lvalue celle de Tancien Soudan egyptien a environ deux millions et demi d*habitants, — k pen pr6s 5 par kilometre carr6, — celle du Kordofan k 300 000

— 1 par kilometre carre, — celle du Dar-For a 3 ou 4 millions,

— 6 A 8 par kilometre carre, — enfin celle du Ouadai k 2 millions et demi, soit 6 par kilometre carre.

Dans ces pays qui ont servi de temps immemorial de grande route au commerce entre le Tchad et le Nil, la race est tr6s m^ee. Entre le Nil Bleu et le Nil Blanc habite un melange de n^gres Dinka et ChUlouk, de Fang ou Founj (race particuli^re k demi civilisee qui a fond6 au xvi« si^cle le royaume de Sennar), de Bedja ou Nubiens (tribus principales : Hadendoa et Bich^ri), et enfin A'Arahes. Dans le Kordofan et le Dar-For, les elements de la population sont : les Zoghawa, race cuivr^e qui se rapproche des Tebou et qui a eu son heure de puissance au xii® siecle ; les n^gres proprement dits : Foriens du Dar-For, etc. ; des tribus

arabes : Bagg^ra, Kababich; enfin quelques colonies de Felldn immigr^es de Touest de TAfrique.

Au Ouadai' on distingue egalement, k c6te des negres indigenes (Haba, Massalit, Kouka, etc.), des ZoghawUy des Tebou-Ddza dans le nord, des Felldn et des Arabes (Mahamid, etc.).

Jusqu*en 1885, ]a haute Nubie, le Sennar, le Kordofan, le Dar- For faisaient partie des possessions ^gyptiennes et ressortissaient, sous le nom de Soudan egyptieUy du gouverneur de Karthoum. Une r^volte formidable des tribus nomades (Baggdira, Hadendoa, Bichdri, etc.), suscit^e par un agitateur musulman de Dongolah qui se fit acclamer comme Mahdi (Messie), la destruction de Tarm^e ^gyptienne command^e par le g^n^ral anglais Hicks, suivio de la prise de Khartoum h^roiquement d^fendue par le general Gordon, a fait provisoirement de ces pays le siege d*un empire musulman, qui du reste parait dej^ en voie de dissolution.

La capitale du Soudan ^gyptien 6tait Khartoum j fondle en 1830 par M^hemet Ali au confluent du Nil blanc et du Nil bleu ; ellc comptait 70000 habitants avant le si^ge et le pillage. El Obetdf la capitale du Kordofan, en avait 30000; El Fdcher (la Residence) et Kobe (6 000 habitants), sur la grande route des caravanes 6taient les principales villes du Dar-For. Haintenant toutes ces cites sont probablement k peu pr^s abandonnees, le Mahdi ayant ordonne d'habiter sous la tente et proscrit les habitations de briques ou de pierre.

Le Ouadai, habits par une population guerri^re et fanatique, est toujours reste ind^pendant sous des rois indigenes, et souvent mSme il a fait la loi a ses voisins le Bornou et le Baghirmi. Le roi du Ouadai est du reste un fervent disciple des Senousi, dont le grand-maitre est naturellement hostile au proph^te de Dongola. Plusieurs fois le bruit a couru qu*il lui avait declare la guerre, et il est possible qu*une expedition senoilisi et ouadayenne mette fin k Tempire de Khartoum. La capitale du Ouadai est Abechr, sur la route de caravanes de Khartoum a Kouka. L ancienne capitale, Ouara, ou fut assassin^ Yogel, est maintenant abandonn^e.

IL Pays du Tchad. — Malgr^ les guerres qui les ont desol6s, les riches pays du Tchad sont relativement bien plus peuples que le Soudan oriental. On leur attribue au moins 6 millions d*habitants pour environ 700000 kilometres carres.

Les races y sont tr^s nombreusos. Dans le nord, Teiement le

plus nombreux est celui des Ddza ou Tebou du Sud et des KanemhoUj race aux menibrcs sveltes et aux traits plus beaux que ceux des negres. A Touestdu lac, les gens du Bornou ou Kanouri, noirs, laids et vigoureux, seraient sortis, d'aprfes Nachtigal, du melange des Tebou avec les noirs aborigines. D'autres negres, Marghiy Mousgou, Mandara, etc., formentla majority des populations au sud du Tchad, mais partout ils sont asservis k d*autres races.

Dans le Kanem, ce sont des Arahes nomades et brigands, les Aoulad Slimdn, forts d'un millier d'hommes seulement, qui vivent sur le pays qu'ils terrorisent et qu'ils ont k moitie depeuple par leurs razzias continuelles. Pour rester ind^pendants, ils se reclament, selon les circonstances, tant6t du Ouadai et tant6t du Bornou; mais il semble que le Ouadai, profitant de la faiblesse actuelle du Bornou, prend peu k peu possession du Kanem.

Le Bornou est au pouvoir d une famille al^abe, celle du cheikh Mohammed el Kanemi, qui a renverse Tancienne dynastie indigene au commencement de ce siecle. Son fils Omar est devenu cel^bre par la tolerance avec laquelle il a recu successivement les voyageurs Barth, Yogel, Beurmann, Rohlfs, Nachtigai ; mais son successeur a expuls6 la mission Mac-lntosh, et le commandant Monteil n'a pu se faire admetlre au Bornou quk force de tact et de prudence. L'autorite du souverain est dailleurs assez precaire. Ses vassaux, les chefs de Sinder, de Mackena, de LoggonCy sont en r^aiite independants et le bravent sans qu'il ose leur faire la guerre. La capitale du Bornou est Koiika. Les villes notables sont : Ngoimou, au sud de Kouka ; Sournkolo, Machena, GoummeU sur la grande route de caravanes de Kouka k Kano ; Sinder, situ^e sur la lisiere du desert et port d'arriv6e des caravanes de TAir; enfm, dans le sud: DoloOy capitale du Mandara, £tat independant dans les montagues du Ouandala, et Kamak-Loggone, sur le lleuve du m^me nom.

Le royaume de Baghirmi, reduit k 1 million d*habitants par les guerres sanglantes qu'il a eu a soutenir contre le Ouadai, paye maintenant tribut k ce dernier Etat. La plus grande partie des contrees qui figurent sous le nom de Baghirmi sur les cartes appartient du reste k des tribus paiennes chez lesquelles le roi musulman de Baghirmi va faire des razzias d*esclaves. Massegna, capitale du Baghirmi, est devenue celebre par le si6ge qu'elle soutint en 1870 et 1871 contre le sultan de Ouadaif ; elle

comptait alors 20 000 habitants. Bougoman, sur le Ghari, raarquc le point de passage des caravanes.

Les Arahes jouent un grand rdle dans le Bornou et le Baghirmi. Bien que le climat leur soit beaucoup moins favorable que les steppes du Dar-For et du Ouadai, de nombreuses tribus arabes, que Nachtigal evalue k 100 000 individus, vivent au Bornou et au Baghirmi, ou ils sont devenus pasteurs de zebus. Ges Arabes, connus sous le nom general de Choua^ sont devenus du reste tres fonces de teint par suite des croisements avec les populations environnantes, mais ils vivent k part et ont gard6 leur langue : ils Torment une force importante avec laquelle les sultans sont obliges do compter. Le premier ministre du cheikh Omar, au temps de Rohlfs et de Nachtigal, ^tait un Arabe Ghoua.

in. Les Etats iiaoussa. — Entre le Bornou et le Niger, la race negre indigene des Haoussa est tomb^e sous la domination du peuple remarquable et myst^rieux des Felldn, Sous Ije nom de Peulhj FoulhCj Foula, Fellaia, Felldn, les n6gres designent « des hommes rouge-brun, aux cheveux a peine laineux, aux traits presque europ^ens, aux formes sveltes et h I'intelligence developp6e »*. Gette race superieure aux n6gres n*a pas encore livr6 le secret de son berceau. On en trouve la premiere trace dans Touest, prfes du Senegal, dans le Fouta-Toro, le Bondou, d*ou elle semble s*^tre infiltree peu k peu dans tout le Soudan occidental. Les Peulh ou Felld.n y menaient la vie de nomades pasteurs, lorsqu'une serie de guerres religieuses les a pos^s en maitres des n^gres parmi lesquels ils vivaient. A la fin du xviu® sifecle, ils fondent les Etats du Fouta-Djallon et du Fouta sen^galais. Vers 1804, un marabout, Othm^n Dan Fodio, pr^clie la guerre sainte et fonde Tempire de Sokoto; peu apr^s, un autre prophMe fonde sur le Moyen-Niger TEtat du Macina. Sous le r^gne du fils d*OthmSn, le sultan Bello, le Bas-Niger est atteint et le Noupe conquis. Apr^s 1850, la Benoue est franchie : les royaimies paiens de Kororofa et de Foumbina disparaissent devant la marche envahissante des Fell^n et un nouveau puissant £tat musulman se constitue dans TAdamaoua .

Actuellement les pays entre le Bornou et le Niger sont repartis en deux grands Etats peulh : l"le Sokoto et le Gandou; 2<» VAda-maoua, qui eux-m^mes se subdivisent en un certain nombre de

i. General Faidlierbe

royaumes vassaux. Le sultan de Sokoto est le chef religieux de tous les Fell^n et porte le litre de commandeur des croyants, tout comme le sultan du Maroc et celui de Constantinople. Les royaumes ou provinces qui lui payent tribut sont, d'apr^s les derni^rcs informations (voyage de Staudinger en 1885) : 1° le Zamfara (ville principale Syrmi) ; 2<» le Katsena (capitale du m^me nom) ; 3*" le Kano, dont le chef est un des plus puissants, grSce aux ressources qu'offre la grande ville de Kano, capitale comraierciale des Etats felMn ; ¥ le royaume de Zaria^ dont le souverain a lui-mSme pour tributaires les sultans de Keffi et d*Anassarawa sur la Benoue; 5" le Baoutchi (capitale Yakoba); 6« le Hourly sur la rive droite de la Benou^ sup^rieure; 1^ le Kororofa, au dela du m6me fleuve.

Le Gandou est un royaume gouverne par le frere du sultan de Sokoto. II est, en fait, vassal de ce dernier; sa capitale, Gandou, n*est du reste qu a trois journees de Sokoto. Les royaumes vassaux du Gandou, sont : 4<» le Kebbi, sur le moyen Niger (villes : Sai, Birni-n-Kebbi) ; 2<* en aval, le Yaouri; 5<> le puissant royaume de iVbiipe (capitale Bidda, ports sur le Niger : Rabba, Eggan, Lokodja); 4** de Tautre c6t6 du Nigtr, une partie du pays des Forouba,

UAdamaoua admet la supr^matie religieuse du sultan de Sokoto, mais ne lui reconnait pas de droits politiques. Le sultan d'Adamaoua, qui reside k Yola, commande aux villes de Gachka, BagniOy Ngaoundercy etc. Dans la montagne vivent des n^gres paiens et independants.

Tous ces Etats sont du reste loiA d'etre reguliferement constitues. Dans le nord du Sokoto, les Totiareg, les chefs noirs paiens de Mar ode, de Gobei\ etc., font de perpetuelles incursions autour des villes musulmanes et interrompent souvent les communications. Les souverains feMn n'ont plus T^nergie de leurs anc6tres ; leur gouvernement ne subsiste que gr^ce k la pusillani mite des n^gres haoussa qu'ils ont subjugu^s, et ces pays comptent parmi les plus accessibles aux Europ^ens.

Aussi ont-ils, depuis 20 ans surtout, attire Tattention de TEurope. Les Anglais^ les premiers, ont pris pied sur le Bas-Niger. Une grande societe de commerce, la Royal Niger Company y pourvue d'une charte royale lui permettant d'exercer des droits souverains, a accapar^ le commerce du has fleuve. Apr6s avoir, en 1884, achet^ k prix d'or les comptoirs de deux Soci^tes fran-

C'dises rivales, elle a proclam^, en 1887, son protectorat 8ur le Bas-Niger jusqu*& Lokodja, et sur la Benou6 jusqu'k Ibi (h 190 milles du confluent). Enfin, par convention du 5 aoi^kt 1890, con clue entre les.gouvernements fran^^ais et anglais, tous les Etats haoussa ont et^ places dans la a zone d*influence )> de TAngleterre, tandis que TAngleterre « reconnait la zone d'influencc de la France au sud de ses possessions mediterran^ennes jusqu'5 une ligne de Say sur le Niger k Barrua sur le lac Tchad. » U faut done s'attendre h voir la Compagnie du Niger, dont les operations n'ont gu^re depasse jusqu'ici Rabba sur le bas fleuve, imposer de gre ou de force son protectorat k tous ces riches territoires.

A leur tour, les AUemands ont jet^ les yeux sur TAdamaoua. Apres avoir tente de disputer la Benoue k la Compagnie anglaise (expedition de Flegel, en 1882 et 1885), ils se sont content6s d'occuper le Kameroun, enfoncement du golfe de Guinee, ou la maison Woermann de Hambourg avait depuis longtemps des comptoirs. Sur leurs cartes, leur nouvelle colonic se prolonge hypothetiquement jusqu'^ TAdamaoua ; malheureuseraent pour eux, Tabsence de rivieres navigables et Thostilitd des indigenes ne leiir ont pas encore permis d*ouvrir une route de commerce vers Tinterieur, tandis que les missions fran- ^aises Mizon et Maistre, venues Tune par la Benoue et Tautre par rOubangui, ont mis le Congo frangais en rapports avec l*Adamaoua.

lY. Peuples et Etats dd Hadt-Niger. — Bien qu'on ne puisse encore proceder k aucune Evaluation mSme approximative, on salt que le Haut et le Moyen-Niger sont tres diversement peuples. D*une mani^re g^n^rale, la population augmente vers le sud etdiminue vers le nord;c'est la consequence de rin^gale repartition des pluies et de la fertility croissante du sol vers le sud. Mais les guerres et les razzias ont modifie cette repartition dans le detail.

La region du Haut-Niger est relativement peu peupiee pour sa

richesse : les conquerants nfegres y ont fait le vide. Vers 1856,

un marabout du Fouta sen^galais, revenu de la Mecque, El-Hadj

Omart se mit k pr^cher la guerre sainte, fanatisant ses compa-

triotes, les Toucouleurs, et massacrant tout ce qui ne se con-

vertissait pas. Le Haut-Niger, le Kaarta, le Bambara furent sue* cessivement envahis et devastes. Repousse de Medine, en

1857, par le g^n^ral Faldherbe, le marabout se (ourna vers Ic Moyen-Niger, conqtiit le Segou et le Macina et en fit le siege de son empire ; mais les pays entre le Senegal et le Niger ^taient k moiti^ d^peupl^s. A son tour, un negre mandingue, Samory, a iond6, en J 882, un empire sur le Haut-Niger, dans le Ouassoulou, et d^peuple cette riche contree par des massacres continuels.

Les principales races qui habitent le Haut-Niger sont : 1® Au sud, les Mandhigues, grande famiile negre qui occupc toute la region des affluents superieurs du Niger et de la Volta, et les plateaux de Tarriere-pays de Sierra Leone et de Liberia. Soumis k Samory ou group^s en petils Etats ind^pendants, ils peuplent en majority les villes assez considerables de cette region : Kankauy grand entrepot de commerce, d'ou les Diotila ou marchands mandingues rayonnent jusqu*au Sahara d*une part, jusqu'a Saint-Louis et Sierra Leone de Tautre ; Tengrera, sur la Bagoe ou Niger oriental ; enfin cette mysterieuse ville de Kong^ que M. Dinger a vue pour la premiere fois. Kong est un pays ind^pcndaut, mais le Ouassoulou, le Bissandougou et beaucoup d autres pays mandingues ob^issaient h Samory. Celui-ci nous a meme dispute la rive gauche du Niger. En 1885, il revendiquait Bamakou et se heurtait une premiere fois aux troupes fran^aises. En 1884, il envahissait le Boure, bloquait nos forts et s'avangait jusque vers le Senegal et Bafoulabe. En 1886» une nouvelle defaite infligee par le colonel Frey lui inspirait des craintes meme pour ses possessions sur la rive droite du Niger; un traite n^goci^ avec le capita ine Fournier donnait toute la rive gauche du fleuve jusqu*au Tankisso k la France, et plagait sous son protectorat Tempire de Samory lui-meme, mais Samory continuait les hostilites. Les trois campagnes successives des colonels Archinard (1&91), Humbert (1891-92), Combes (1893) ont ea pour r^sultat de lui enlever ses capitales, Kanknn, Bissandougou, Sanankoro, Kerouanc^, et de I'isoler de la colonic de Sierra Leone, d*ou il tirait ses munitions de guerre. Les Mandingues ont egalement quelques villages importants sur la rive gauche du Niger en territoire fran^ais (Kangaba, Sibi) ;

2^ Au nord des Mandingues, les Bambard, n^gres parents des Mandingues, group^s en petites confederations de villages.

s^^iendentsur les deux rives du Niger, jusqu'au de\k du Segou. Bamakou, Koulikoro, Nyamina, Daba, tous ces villages connus par les campagnes des colonels Gallieni et Borgnis-Desbordes, sont peupl^s de Bambara. Les Bambara sont une race intelligente et vaillante; encore paiens, ils se sont d6fendus avec fureur contre les Toucouleurs musulmans d'El-Hadj Omar ; mais les petites confederations d^sunies sont tombees tour k tour sous les coups des conquerants. Samandig, une de leurs capitales, a ete detruite apr^s un si^ge c616bre. Leur autre grande ville, SegOj encore plus heureusement situee sur le Niger, dans une plaine unie, h 40 kilometres seulement du confluent de la Bagoe, etait devenue la capitale officielle du sultan Ahmadou, le fils d'El-Hadj Omar;

3° Les ToucouleurSf metis de FeMn et de noirs, originaires du Fouta sen6galais ou region des steppes en aval de Bakel, 6nergiques, intelligents, musulmans fanatiqucs, etaient, il y a quelques annees encore, la race dominante sur tout le haut Senegal et les pays bambara du Niger. lis avaient sem6 partout des colonics militaires, des forteresses, pour commander les pays ennemis; eux-memes restaient masses sur trois points : le plateau du Kaarta au nord du Senegal, le Segou sur le Niger, enfin le pays de Mourgoula enire le Senegal et le Niger, par lequel ils donnaient la main aux FeMn du Fouta-Djallon. L*intervention de la France amodifie tout cela. Les citadelles toucouleures en pays bambara, Mourgoula, Niagassola, Hourdia, etc., sont tombees successivement et les Toucouleurs, fuyant k la fois la domination des Chretiens detestes et la vengeance des negres qu'ils exploitaient, ont emigre au Kaarta. Actuellement, cette race, est done reduite k deux tron^ons, dun c6te le Kaarta et le Fouta sen^galais, de Fautre le Segou, separ^s par les tribus ennemies des Bambara. Les Toucouleurs sont du rcste en train de disparaitre 6galement du S^gou et du Kaarta; ils y sont noyes dans la masse bambara qui les absorbe peu a pen, et la prise rocente des dernieres forteresses toucouleures par le colonel Archinard ne fera probablement qu'acceierer cette disparition. Actuellement, Fempire d'El-Hadj Omar n'existc plus. Son successeur, Ahmadou, a he puni de sa mauvaise foi envers la France par la perte de ses possessions ; il vient d'etre chasse du Kaarta et du Bakhounou, plateaux au nord du Senegal, ou les Toucouleurs n'occupaient d'ailleurs guere que les villes. La residence royale, Nioro, ainsi que Kouniakary,

126 AFPilQUC.

Dlala^ Dianghirti, Bakouinit, dernieres citadelles d'Amahdou, sont tomb^es au pouvoir cte la France. Celle de Mourdiaj imporlante parce qu'elle commande k route de communication du Kaarta au S^gou, a 6t6 occupee des f 89ft.

4° I.e pays en aval de S6gou pr6sente k m6rae phenomene d une race etrangere venue s'imposer aux po^esseurs du sol, negres Bambara et Sonrhai, seulement \k les wnqueurs sont, non des Toucoulcurs, mais des Felldn purs. Au commencement du xix« sieclc, pcu de temps apres la fondation du royaume de Sokoto, un agitateur, Mohammed Lebbo, pr^chait la guerre sainte sur le Mdyen-Niger et fondail Tempire du Macina, L'antique ville de Djenne en devenail la capitate, bientot remplacee par une ville nouvelle dont le nom rappelle le zele musulman du fondateur, Hamd-Allahi (a la louange de Dieu). Mais cet empire qui, au temps de Clapperton, vers 1850, a compris meme Timbouclou, est tombe rapidement en dissolution. En 1862, El-Hadj Omar prenait Hamdallahi et le Macina faisait momentanement partie de I'empire toucouleur. En 1864, El-Hadj Omar tombait a son tour avec llamdallahi, sous les coups des Bambara revokes, et depuis le Macina n'a plus eu d'unite politique. En 1895, le colonel Arcliinard, apros avoir chasse du Maciua nctre vieil ennemi Ahmadou, a installe k sa place son frere Aguibou, qui reside k Bandiagara.

5<> Toute la partie septentrionale de la boucle du Niger est liabitee depuis le moyen lige par un peuple qui a eu son heure de gloire, le peuple sonrhai, Au xv« si^cle, le grand empire sonrhai s'^tendait de Timbouctou au Haoussa, et sa capitale Gagho ou Gogo, sur le Niger en aval de Bourroum, etait par la richesse et la population superieure a Timbouctou. Mais, des la fm du XVI® si^cle, cet empire, conquis momentanement par une armee venue du Haroc, etait tombe en dissolution. Maintcnant les negres sonrhai, dont la langue se parte encore du Djenne jusqu'au delft de Sal sur le Moyen-Niger, soni partout asservis k d'autres races : au sud, ce sont les Felldn du Macina; au nord, les Touareg du desert, qui ont franchi le fleuve et se disputcnt leur pays. Gagho, pillee a la fin du xvi" siecle par les Marocains, n*estplus qu'un faible village oii Barth a eu peine k reconnailrc Tancienne capitale ; I'antique cite de Timbouctou, qui a 6ti) la capitale litteraire du Soudan, est ballottec sans ccsse entrc les

Touareg et les Felidn, dont Tinfluence y domine tour k tour, et a perdu son importance. D'apr6s Lenz, elle n'avait plus que 20 000 habitants en 1880. Entre Tirabouctou et Gagho, le pays, ravage en 1844 par une invasion de FellAn, est resle presque desert. Barth n*a rencontr^ le long du fleuve que de pauvres villages negres (Rhergo, Bamba), toujours tremblants devant les tribus touaregs qui errent dans les bas-fonds du fleuve, ou elles font paitre des troupeaux de boeufs. Les seules villes sonrhai qui existent encore sont Sinder (environ 18 000 habitants au temps de Barth), situees en aval de Gagho, et Dore\ situee k Test du Niger, capitale de la province de Libtako. Cette derniere depend nominalement du sultan fellan de Gandou; maisles Touareg nomades sont maitres des routes et commandent en reality;

6^ Populations h Vinterieur de la boucle du Niger. — Les voyages du capitaine Binger et du capitaine von Francois, en 1889, nous ont appris que les Peulh et les Mandingues se partagent I'int^rieur de la boucle du Niger. Les Peulh sont particuliferement nombreux dans le pays de Kong. Le capitaine Binger nous a enfin renseignes sur ce mysterieux peuple des Mossi, dont le nom paralt d4jk dans les chroniques portugaises du xvi^ si^cle et dont il a visits la capitale, Ouagadougou.

G^ographie dconomique. — Le Soudan vit encore, si Ton pent dire, sur la reputation que lui ont faite les auteurs arabes des siecles precedents. On se le represente volontiers comme un pays extraordinairement fertile, renfermant des ressources in6puisables. C'est a travers le Sahara que les Arabes du Maghreb atteignaient ce pays; et Tirabouctou, la premiere station qu'ils rencontraient au sortir des sables arides et sur la limite des pluies tropicales, a pris vite dans lours imaginations et dans leurs recits Timportance fabuleuse d'une Terre promise, d'un Eldorado. C'est a peine si les relations, beaucoup moins enthousiastes, des explorateurs contemporains, ont pu faire justice de ces vieilles legendes accreditees depuls des siecles.

En realite le sol n*est pas tres fertile, dans Fensemble du Soudan. 11 convicnt d'ailleurs de ne pas englober dans les m^mes considerations tons les pays qui s*etendent de la source du Niger aux premiers affluents du Nil. La difference est en particulier tr6s sensible entre les deux grandes regions hydrographiques du Niger et du lac Tchad. Les pays draines par le grand

Reuve sont, k ce qu*il semble, lesmoins favoris^s; le sol rouge, ou Toxyde de fer afflue parfois, est souvent aride. Les c^reales donnentde maigres produits; Televage est la grande Industrie des habitants, qui se nourrissent du produit de leurs troupeaux, et des fruits de leurs for^ts. Le bassin du lac Tchad rappelle TEgypte; cest encore le domainedu palmier; les cultures sont celles des bords du Nil ; le doukhn et le dourah sont les plantes qui fournissent» comme en Nubie, le contingent le plus abondant k Talimentation des indigenes. Les animaux domestiques sont les m^mes que de Tautre c6te des monts du Darfour.

Les differences ne sont pas raoins marquees entre le nord et le sud. Au nord, dans la boucle du Niger, dans le Kanera et jusque dans le Bornou r^gnent encore les steppes, que la secheresse rend infertiles toute une partie de Fannee. Au sud, sur le Benoue, dans le Baghirmi, c'est deja la vegetation tropicale, avec son exuberante richesse. Le Soudan n'est done pas un pays « un )), se distinguant dans toutes ses parties par des caracteres identiques. La vari^te des ressources economiques y est tr^s grande.

La contr6e la plus favorisee est sans aucun doute celle qui se Irouve au centre m^me du pays, entre le Niger et le Benoue. C'est le Haoussa,pays de montagnes, qui ne connait ni les sleppes du Niger, ni les marecages du Tchad, et ou Tetagement des zones permet a toutes les cultures de prosperer. La population y esl tres dense, les villes prosperes; c'est enfin la region dont les debouches vers la mer et par consequent vers I'Europe sont les plus faciles. Faut-il ajouter encore que le climat est^ dans les hautes regions, analogue k celui de lltalie m(^ridionale et que les blancs pen vent peut-elre y vivre sans danger?

Mais, dans le reste du Soudan, la chaleur, plus constante qu'au Sahara, est toujours extreme; sur bien des points le climat, trop humide, est malsain. L'Europ^en ne peut s'y installer A demeure ni surtout y Iravailler. Le noir ne travaille pas, d'autre part, de son plein gre, il est parfois fort paresseux ; et comme Fesclavage, qui recrutait les travailleurs, est supprim6 par les Europeens, les bras manquent pour la culture de ce sol mediocrement fertile. C'est une double cause d'inferiorit6 tr6s reelle, et qui doit entrer s6rieusement en compte dans les calculs de ceux qui comptent sur la prosp6rite et sur I'avenir economique du Soudan.

On ne peut enfin n^gliger de signaler que c*est un des pays du monde lesplus difficiles d*acc6s. C'est bien celui ou la haine etle fanatisme des musulmans ont fait le plus devictimesparmi les explorateurs. Trois ou quatre Europ^ens tout au plus ont yu Timbouctou dans ce si^cle; Kano, Kouka, les grands centres du Tchad, ne sont pas mieux connus. On voit par 1^ combien nos renseignement? sur ce pays doivent encore ^tre vagues et peu precis. Nous en savons pourtant suffisammentpour pouvoir ^numerer ses principales productions et les sources de sa richesse commerciale.

Les FORfiTS couvrent une bonne partie de la superficie du Soudan, particuli^rement au sud, dans la region des pluies tropicales. Les rebords du lac Tchad et du Chari sont occupes par ces jongles mar^cageuses, qui sont un des traits caracteristiques du continent noir. Les tamariniers, les baobabs, les palmiers k Test, les acacias k Touest, sont les arbres les plus r^pandus. Un grand nombre d*essences fournissent aux besoins de Taiimentation indigene. Le bananier se rencontre partout, son fruit est le pain du n^gre. Le kola donne la noix du m^me nom, qui est, en Afrique, Texcitant par excellence. Son utilite contre Tinftuence enervante du climat est reconnue par les. Europeens eux-mdmes. Ce produit, qui joue en tout pays africain un rdle considerable, est Tobjet d'un grand commerce. On Texpedie dans le nord k travers le Sahara jusqu'au Maroc et danfii la Tripolitaine. On en consomme encore sur place de plus gra()des quantit^s. Le karite, ou arbre k beurre, tres coramun dans la valine du Niger, peut faire concurrence aux arachides. U peut servir comme elles k la fabrication des savons et des bougies. Le beurre v^g^tal est d un usage general au Soudan, pour la cuisine et Teclairage. Le cocotier n'apparait que dans la regiop meridionale ; sa noix est employee a la preparation des huiles; des acacias de diverses esp^ces donnent les gommes, et de nombreux arbres fournissent enfm d'excellent bois de construction et d*ebenisterie. T elles sont les principales ressources que la vegetation arborescente procure au Soudan.

Agriculture. — Les cereales sont cultiv6es un peu partout. Le doukhn murit de preference dans les lerres sablonneuses du Nord, le dourah pr6f6re le sol argileux du sud. Le fromenty Vorge et le mats sont r^pandus d*une facon plus egale et piant6s sur une grande etendue. Le riz est la nourriture princi-

Page 1