‹ Afrique, Asie, OcéanieChapitre 22 sur 82 · Ton Danckelmann · texte numérisé non relu

Ton Danckelmann

situ^ sous rfquateur m^me, k 1 200 metres d*altitiide, est le plus grand de tous; sa superficie est egale k la septieme partie de la France. C*est de \k que sort le Ai/, le second fleuve de Tunivers par sa longueur (plus de 6400 kilometres), le quatri^me par F^tendue des pays qu'il arrose (environ 3 350 000 kilometres Carres). Sa source r^elle est encore indecise. L* Anglais Speke a eu, il est vrai, la gloire de decou\rir, en 1858, 1'endroit ou il s*^chappe du grand lac; mais bien des cours d'eau imparfaitement connus se jettent dans le lac Victoria au sud et k l*ouest, et on ne peut decider encore laquelle merite par son -^ importance d'etre appel6e du nom de Nil. Les deux rivieres qui attirent le plus Fattention jusqu'ici sont le Simeiou ou Stmiou, venant du sud-est, et le Kagviera ou Tangoure, sorti du petit lac Alexandra au sud-ouest du lac Victoria.

Quoi qu'il en soit, le Victoria, ce lac plus grand que la mer d'Aral, se diverse au nord par une cascade de 4 metres de hauteur,, appel^e par Speke chutes de Ripon, et forme un fleuve 6cumant, large d'un demi-kilom6tre. II descend d'abord rapidement vers le nord-ouest, s'^tale en passant en deux petits lacs, le Gita^Nzige et le Kodja, puis continue sa chute rapide vers Fouest ; il descend de plus de 500 metres en 150 kilometres de cours et tombe par une derni^re cascade de 35 metres, les chutes Murchison, dans le lac situ^ k I'^tage inf^rieur du plateau, le Mwoutan-Nzige ou lac Albert, On sait depuis le dernier voyage de Stanley que ce lac Albert (700 metres d'altitude) est aliments par une cinquantaine de cours d'eau venant des Rouwenzori, et qu'une large rivifere, la Semliki, lui apporte les eaux d'un lac situ6 k 300 metres plus haut, le lac Albert-Edouard dont les affluents sont encore inconnus. II y a la une branche du Nil qui peut egaler la premiere par sa longueur. Le Nil ressort du lac Albert, k 20 kilometres des chutes Murchison, k Tetat de fleuve tranquille, large de 500 k 2000 metres, profond de 5 ^ 12. II n'est plus qu'a 680 metres et a descendu les echelons du plateau od il est ne. 11 serpente ainsi paisiblement pendant 200 kilometres vers le nord a travers les grandes herbes de la province equatoriale, rencontre des montagnes au coude de Doufile, descend encore quelques rapidesi Fole\ k MakedOy et commence k Lado (Gondokoro) un deuxieme cours tranquille k travers une plaine d'alluvions presque horizontale, ancien lac dont le plateau du Kordofan marque la fin au nord.

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L'afflux d*eau que revolt le Nil dans cette partie de son cours est considerable. Sorti des grands lacs, il a d^ji de 300 k 900 metres cubes k la seconde. Puis viennent les innombrables affluents de cette grande plaine de TAfrique ^quatoriale, ou les pluies s*etalant snr le sol uni couvrent k un moment donne le pays d'un reseau de mar^cages et de rivieres enchev^tr^es. On connait peu les cours d eau qui viennent de Test (Achoua^ Acha, etc.). Le Sobat apporte probablement au Nil les eaux de tout le , versant ouest de TAbyssinie meridionale, et roule quelquefois plus d'eau que le Nil lui-mSme. A 120 kilometres du confluent, on lui a trouv^ un d^bit approximatif de 1 200 metres cubes k la seconde, autant que le Rhdne et TArve r^unis k Geneve.

Le Bahr eIrGhazal, qui rejoint le Nil k Touest, nn peu avant le Sobat, lui apporte les eaux d*inondation de I'incroyable quantity de rivieres connues sous le nom de Rivihres du NiL Tout le grand triangle explore parSchweinfurth, £min-pacha et Junker, entre le Nil, les terrasses des Niam-Niam et celles du Dar-For, n'est qu'un labyrinthe de cours d'eau (Rdl, Diour, Pongo, Bahr el-Arab, etc.) qui convergent vers le Bahr el-Ghazal, et, vu k d^faut de pente, transforment le confluent avec le Nil en un marais de quelques mille kilometres carres, alternativement k sec et inonde. G'est la « region des embarras », ou les herbes obstruent souvent le fleuve ; elles ont arrets jadis k cet endroit les envoy^s de N6ron k la recherche des sources du fleuve, et ont interrompu completement la navigation de 1870 a

C'est au coude du Kordofan que le Nil sort de I'Afrique equatoriale sous le nom de Bahr el-Abiad ou fleuve Blanc. II arrive au Soudan avec un flot qui a Khartoum est de plus de 5 000 metres cubes a la seconde apr^s les pluies, et de 500 metres cubes au moins en toute saison ; c*est surtout ce flot constant venu des grands lacs, qui va lui permettre de fournir une course de 2 700 kilometres a travers les steppes et le desert.

2« Le Tanganyka, long de 630 kilometres et large de 50 en moyenne, a longtemps pass^ pour se rattacher au Nil. Mais la riviere Rousiziy doht le cours est exactement dans Taxe du lac, s'est revelee comme un affluent de celui-ci, et non comme un courant qui en sort. Le Tanganika n*ayant pas d'affluent considerable par suite de la disposition du relief (la plus longue riviere parait le Malagarazi a Test), on a cru alors qu'il etait

un bassin ferm^. Gependant on salt aujourd'hui que T^vaporation n'absorbe pas h elle seule les eaux qu'il regoit. Son d^versoir est la Loukougay qui va rejoindre le Congo. L'appoint du lac est du reste fort inconstant : Cameron avait trouve le deversoir obstru^ completement: Stanley Ta mdme vu couler en sens inverse ; depuis, le lit a et6 deblaye par une crue du lac, et dans ces dernieres annees il parait avoir vers6 une assez grande quantite d*eau au Congo.

5<^ Le lac Rikoua parait Stre un bassin ferm^, ce que confirme la salinity de ses eaux. Le lac Nyassa^ long de 600 kilometres, large de 24 seulement en certains endroits, est en sonune plus petit que le Tanganyka (50000 kilometres carr^s au lieu de 39 000) ; mais il est rendu dangereux par de formidables bourrasques qui s'engouffrent entre ses falaises rocheuses. II n a pas d* affluents considerables, et par suite une grande egalite de niveau; recart annuel est de moins d*un m^tre. D se diverse dans le Zambeze par le Chire,

n. Bassin du Congo. — Le Congo est un des grands fleuve^ de la terre ; c'est en effet probablement le deuxi^me par la grandeur du territoire drains par ses eaux : Environ 4 millions de kilometres carr^s, maintenantque le fleuve Quelle a ete reconnu son tributaire.

Cour$ superieur. — Le Congo, ou du moins sa branche la plus lointaine, nait sur le plateau des grands lacs entre le Tanganyka et le Nyassa, k moins de 700 kilometres de la cdte d'Afrique, et coule sous le nom de Tchasi et de Tchambeezi vers le sud-ouest comme s'il allait rejoindre le Zambeze. Mais, arretees par les monts Lokinga, ses eaux et celles des rivieres voisines s'amassent k environ 1 100 metres d altitude en un lac ou plutdt en un vaste marecage envahi k moitie par des roseaux gigantesques : Le lac Bemba ou Bangoueolo. Ce n'est qu'une mare, car il n'a nulle part plus de 5 ^ 6 metres de profondeur. Au sudouest, un rapide courant, le Louapeula, en sort, serpente vers Touest puis versle nord et descend, probablement parde nombreuses cascades, les echelons du plateau jusqu'^ un deuxieme lac, le Moero, a 850 metres d*altitude, dont les eaux sont contenues au nord par les chaines de hauteurs du Koua et du Koma. 11 est du reste grossi par de nombreuses riviere^. Le Louapoula ou Louvoua s^echappe de ce deuxieme bassin par une nouvelle serie de rapides et entre dans un troisieme reservoir, le Landju

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ou se forme le veritable Congo. G*est I^ en effet qu*il recoil son grand affluent : Le Loualaba.

Le Loualaha^ ne dans le sud, k quelques lieues des sources du Zamb^ze, est en eifet un puissant 'courant gross! par un ^ventail de riviferes (Loubouri, Kamorondo, Louviyo, etc.) et qui, apres avoir form^ un chapelet de huitlacs, apporte au confluent avec le Louapoula plus d'eau que ce dernier n*en 'a luim^me. G'est au Landji ^galement qu'aboutit le Loukouga, la riviere intermittente du Tanganyka.

Sorti du Landji, le Congo estun grand fleuve, profond de plusieurs metres et large de 1 000. 11 continue k descendre vers le nord, coup^ de temps en temps par un rapide (Nyangou^, Hsendoua), jusqu'aux Stanley-falls, groupe de sept cataractes qui marquent h la fois le changement de direction du Congo vers ToLiest et le commencement du grand bief navigable du Congo moyen.

Coun moyen. — Le fleuve alors arrive k 450 metres d'altitude (il en a descendu pr^s de 100 depuis le Landji) d^crit une immense courbe vers le nord, coulant avec la majesty d'unemer en mouvement, et sans cesse accrue par de nouveaux fleuves qui lui apportent les pluies ^quatoriales. Ce sont, k gauche : Le Loubilach, le Loulongo, le Tchouapa, tons profonds et navigables jusqu*li de grandes distances de leur embouchure, puis surtout rimmense Kassai, rival du Congo par la longueur de son cours. Sorti II i 200 metres du marais de Diloh sur le plateau de faite entre Congo et Zamb^ze, le Kassai couvre une contri&e immense de la ramure press^e de ses affluents (LotUoua, Sankourou, Lou' kenidy grossie des eaux du lac Leopold k droite; Kouango k gauche, venant des monts Hozamba au sud). Decrivantlui aussi une grande courbe vers Fouest, il rejoint le Congo k Tendroit ou celui-ci, finissant la sienne, coule vers le sud. La masse du Kassai est telle, que, dans le d^fll^ rocheux de 400 metres qu'il traverse avant le confluent, il atteint plus de 40 metres de profondeur.

A droite, le Congo re^oit successivement : VArouhouimi, devenu c^l^bre depuis le dernier voyage de Stanley qui Fa remonte vers le lac Albert. 11 est coup^ d une infinite de chutes, ce qui s'explique, puisqu'il descend directement du plateau de Test* Vltimbiri est connu seulement jusqu aux chutes de Loubi ; le Mongalaest peu connu ^alement. Le puissant Oubanghi ou Ou-

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bandji regoit probablement dans son lit les eaux de rimmense territoire en partie inconnu qui s*etend entre le Congo frangais, le Chari et les affluents du Nil. Depuis le voyage de M. van Gele en 1890, il est certain, en effet, qu'il a pour affluent VOuelle ou Makoua, le grand fleuve du pays des Niam Niam atteint par Junker en 1883 et coulant d'est en ouest sous la m^me latitude. L'Oubanghi, large de 5 kilometres en moyenne, est navigable pendant 500 kilometres jusqu'aux rapides de Zongo, Venant de contrees ou Tinfluence de la saison seche du Soudan se fait d6j^ sentir, il est sujet k des variations de niveau : Son lit de 3 kilometres a moins d'un metre d*eau pendant les maigres et jusqu'a 5 metres pendant les crues. La Likoualla^ remontee par H. Jacques de Brazza sur 300 kilometres, YAlimay dans le Congo frangais, rejoignent encore le Congo sur le plateau interieur.

G'est en aval du Stanley-pool, lac de 210 kilometres carres, forme par les eaux du fleuve arretees par les montagnes bordi6res, que finit le cours moyen et navigable du Congo. II descend vers la cdte d*environ 260 metres, par un escalier de 32 cataractes et de nombreux rapides qui s'echelonnent sur 275 kilometres de longueur, Via Mala grandiose, ou les falaises sciees par le fleuve montent quelquefois k 300 metres de hauteur et ou la masse liquide, resserree quelquefois dans un passage de 250 metres de large, atteint jusqu'a 90 metres d*epaisseur!

Cours inferieur. — A Vivi, apres les rapides de Yellala, commence le cours inferieur du Congo. Cinquante kilometres plus loin il devient estuaire. Le fleuve puissant a alors jusqu'i 17 kilometres de large et jusqu'A 500 metres de profondeur; la maree est impuissanle k le refouler et il continue k couler en pleine mer, un peu devie.vers le nord-ouest par le cpurantmarin qui remonte la cdte. L'eau reste douce jusqu'^ 22 kilometres en mer, jaune jusqu'^ 64 kilometres, et le courant porte jusqu*^ 350 kilometres de Tembouchure les debris qu*il a charries. Le lit du fleuve continue k se creuser au fond de la mer : A 32 kilometres de la c6te il est k 360 metres de profondeur, tandis qu*on ne trouve que 180 metres d'eau k droite et k gauche. Le debit du Congo inferieur varie, d'apres Stanley, de 40000 k 72000 metres cubes k la seconde : C'est plus qu'aucun autre fleuve de Tancien monde, et seul, TAmazone, alimente par un climat encore plus humide, le depasse dans le nouveau.

Le Congo, grossi par des affluents venant du nord et du sud

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de r^quateur, c'est-i-^lire de pays oil les pluies ne lombent pis k la mdme epoque, doit k cette circonstance la puissaace consUnte de ses eaux. Cependant le volume de crue de certalnes rivieres est tel que le grand lleuve s'en rcssent : II subit deut crues par an qui atteigneut i metres k Vivi : L'une en dtombre.

Crue £ii^ moyenn*.^^ mai'^re .i^l"

Fig. <I. — ComparalSH) d« principim flsnvsi du monde (d'aprts Reclui).

causte par la crue des rivieres au sud de I'^quateur, I'autre en mai, causae par I'Oubanghi et les tleuvcs voisins.

III. Flbdvbs de la c&tb ooest. — Peu de cfltes sont aussi riches en rivieres que la cite ouest yers I'Equateur. Le rio del Hey, le Moungo, le Kameroun ou Wouri, font une ceinture Je marais au pic de Kameroun. L'Edea, le San Benito, le Mouni, et mille autres. roulent des masses d'eau considerables. Mais leiir cours est imparfaitement connu, et leur importance commerciale nulle, car ils sont toils interrompus par des catsractes k peu de distance de la mer. Le Moungo cesse d'etre navigable aprSs 120 kilometres, le Wouri apr^slOO, leSan Benito apr^s 35; le Kmto et I'estuaire du Gabon r^unis ne permettent pas de pen^trer k plus de 100 kilometres k TinteHeur.

L'Ogooue' est un fleuve d'tine longueur de 1 200 kilometres, et

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qui roule plus d*eau que le Rh6ne ou le Rhin (10000 metres cubes k la seconde). II nait ^ moins de 200 kilometres du Congo, sur le plateau des BateMsy coule vers le nord, devient considerable apr^s sa reunion avec la Passa, pr^s de Franceville, puis serpente par des m^andres innombrables et des cataractes k travers les raontagnes bordi^res et semble vouloir rejoindre le Gabon; mais, repousse par les contreforts de la chaine de Cristal, il oblique vers le sud-ouest, s*^tale en lacs et en marigots et finit par le delta de 4 $00 kilometres carr^s qui forme la peninsule du cap Lopezy au sud de la baie de Nazareth. L'OgoouS est navigable dans cette derni^re partie de son cours jusqu*^ Ngole k environ 350 kilomtoes dans les terres, mais seulement pour les embarcations dun m^tre de tirant d*eau. La branche principaledu delta et la baie de Nazareth ont au moins 6 metres de profondeur.

Le Kouilou (Niadidsns sa partie sup^rieure) n'a que 600 kilometres de long, mais il naitii moins de 100 kilometres du Congo et les facilites de son cours lui donnent une importance speciale. II descend lui aussi Tescalier des montagnes schisteuses par une serie de chutes infranchissables qui commencent k 60 kilometres de I'embouchure. Hals, au delk^ il redevient navigable sur 200 kilometres, et une route sans obstacles naturels permet de gagner de Ik Brazzaville et le Stanley-pool. Le Kouilou-Niadi pent done servir de d^bouche aux regions du Congo.

Au sud du Congo, les fleuves de TAngola traversent egalement des gorges profondes. Le Couanza^ descendu du plateau de Moussombo, non loin des sources du Kassai et du Zambeze, traverse la zone montagneuse dans toute sa largeur, par des cluses et des cataractes. Apres la derniere, dite de Livingstone, il devient navigable sur 200 kilometres jusqu'^ la mer. 11 regoit k droite le Loucalla, descendu des terrasses du nord de F Angola par des chutes dont Tune a 30 metres de hauteur.

Au sud du Couanza, les pluies ne sent plus assez abondantes pour former des fleuves permanents; nous sortons du domains de TAfrique equatoriale.

IV. Fleuves de la cote orientale. — Le versant oriental des monts qui arretent les nuees de Focean Indien est un des mieux arroses de I'Afrique et les rivieres y sont considerables. Le Rovouma nait sous le nom de Loudjenda sur le plateau de Blantyre, dans un marais non loin du lac Chiroua dont il etait jadis

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l*^missaire, et longe les bases des monts du Nyassa vers le nordest, jusqu'i son confluent avec une riviere moins considerable, le Rovouma proprement dit, qui vient de Touest. II n*est alors qu'4 226 m^res d'altitude et coule vers Test jusqu*^ la baie situ^e au nord du cap Delgado. D est navigable sur 300 kilomMres seulement.

Le Roufidji, dont le cours sup^rieur n'est pas enti^rement explore, semble descendre de la chaine des monts Livingstone k Test du Nyassa; il est rejoint par une grande riviere couple de rapides, la Rouehuy qui descend du plateau au nord du lac. Le Roufidji forme un delta assez etendu (1500 kilomq.) en face de Tile du Mafia. II n*est navigable que sur 200 kilometres.

Les rivieres au nord sont moins importantes : Le Roufou, YOuami, descendent des monts de I'Ousagara; le Panj^awi vient du Kilima-ndjaro, s'unit au Rou-vou, et est interrompu par des rapides jusqu'^ 40 kilometres de TOcean. Le Tana est grossi par les torrents du Kenia, et devient un fleuve de 50 metres de large sur 4 a 10 metres de profondeur, mais, arrive pres de la cdte, il s'etale dans les terres alluviales de la baie Formosa en plusieurs canaux sans profondeur.

Le Djouka (Ouebi ou Webbi) nait dans Tinterieur du pays inconnu des Galla ou Oromo, au sud-est de FAbyssinie, k la lisiere de TAfrique equatoriale. On croyait m^me jusqu a ces demiers temps pouvoir le confondre avec TOwma qui coule vers le sud k travers les montagnes de KafTa; mais ce cours d*eau aboutit au lac Rodolphe ou Basso-Narok. En tout cas le Djouba regoit encore assez de pluies pour porter des barques; I'Americain Chailie-Long Ta remonte sur 278 kilometres et aurait pu naviguer encore plus loin.

Les c6tes. — I. C6te occidentale. — A Texception de quelques points oil s'avance la masse isoiee d'une montagne, comme le volcan de Kameroun, le mont des Elephants, le mont de TAlouette, et le mont de la Mitre qui a forme la saillie du cap San Juan, la c6te ouest de FAfrique equatoriale est une terre k demi noyee d'alluvions amenees par les norhbreuses rivieres nees des pluies tropicales. Aussi la ligne des paietuviers ou mangliers indique-t-elle seule le plus souvent la ligne du rivage dans ces vases mouvantes periodiquement couvertes et decouvertes par le flbt. Sous I'influence du courant marin qui longe la cote du sud au nord, de longs cordons littoraux revetus de ces

arbr^s sont venus sMnterposer entre la mer et Tembouchure des fleuves, qui la plupart, y compris VOgooue\ se trouvent rejet^s vers le nord. La c6te a done en g^n^ral les courbes peu accentu^es des terres raouYantes fa^onn^es par le flot; elle est mdme presque droite du cap L(ypez k Saint-Paul de Loanda, Seule la partie situ6e entre les caps San Juan et Lopez fait exception ; 1^ se trouvent trois d^coupures qui rappellent celles des rivieres du Sud en S^negambie : Ge sont les baies de CoriscOy I'estuaire du Gabon, long de 70 kilometres et profond de 8 metres k Yenlr6e, de 4 metres encore au fond, et la baie de Nazareth.

Au sud de Testuaire du Congo, la cdte de Y Angola a d'abord le m^me caract^re ; une seule baie T^chancre, celle de Bango, au sud de laquelle une longue langue de sable abrite le port de Saint-Paul de Loanda.

n. GdTE ORiENTALE. — La cdte orientale est une des plus dentelees de VAfrique ; elle doit cet avantage en partie au courant de Mozambique qui rase le littoral de ce nom du nord au sud et le d^coupe en falaises tout en entrainant les alluvions vers le sud; ainsi on trouve presque partout Teau profonde. En m^me temps, des bancs de coraux forment une ceinture distante d'environ 30 kilometres de la cdte, k Tinterieur de laquelle ii y a de bons ports. Les baies de Mokambe\ de Mozambique, Conducia, Masasima, Memba, etc., sont toutes profondes et sures; au nord du cap DelgadOj Mikindani, Lindi, Tile de Kiloay d^]k utilisee an X' siede, Dar-es^Salam, ofPrent de m^me, entre les r6cifs de corail, d'excellents mouillages. Par centre, Bagamoyo et Saadani, situ^s sur une plage basse au debouche de la valine du Roufou, ne doivent leur importance qu'^ leur position en face de Zanzibar.

Les lies de Zanzibar et dePemba occupent une position d*une importance commerciale capitale sur cette cdte. La ville de Zanzibar, situee dans les parages les plus sillrs de la cdte ouest de rile, etait destinee k devenir Tentrepdt de I'Afrique orientale ; le chenal entre Tile et le continent n'a pas moins de 45 metres de profondeur, et si les grands navires ne peuvent accoster k quai, ils sont du moins en surety dans la rade par 14 metres de fond. Peraba a 6galement sur sa cdte ouest un bon port, Kichi- Kachi, mais I'entr^e en est difficile.

Au nord de Zanzibar, Tanga, Tile de Mombaz, deji grand port au XIV® siecle, la rade de Melinde, cellos de Lamou, de Manda,

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de Patta, abrit^es par les lies du m^me nom, Kistnayou pr^s du Djouba, coQtinuent la serie des bons ports qui font de cette c6te de TAfrique ^quatoriale une region privilegi6e pour la navigation.

Flore. — La (lore de TAfrique equatoriale varie naturellement avec la quantity des pluies. Celle du Kameroun et du Gabon ne diff^re pas de celle de la Guin^e. C'est sur la c6te la m^me forit vierge avec ses lianes, ses cocoliers et ses palmien a huile, Au* dessus de i 000 metres seulement, la for^t Equatoriale fait place sur les flancs du mont Kameroun k des arbres, puis k des gazons qui rappellent I'Europe.

Le long du Congo et autour des lacs, partout ou Thumidite constante de Tair s'allie k la chaleur Egale toute I'annee, la forit vierge occupe tout le terrain qui n*est pas pris par les cultures. U faut lire dans le dernier ouvrage de Stanley la description de la grande for^t de V Arotihouimiy ou TexpMition entra le 28 juin 1889 pour n'en sortir que le 5 d6cembre. Presque toute la region entre le Sankourou et rArouhouiini parait envahie par la mSme vegetation d'arbres et de lianes entrelacEes. Puissante par son developpement, cette flore n'est pas tr^s riche en especes ; les plantes tropicales du Nil s'y rencontrent du reste avec celles du Cap et de THindoustan.

Vers le sud, la foret vierge ne tarde pas k s'eclaircir en m^me temps que diminue Thumidite. D6j^ sur la c6te du Loango, les plaines couvertes de graminees, les « semoi \) ou savanes, alternent avec les grands bois; entre le Kouiiou et le Congo ces bois se transforment en buissons, et k Saint-Paul de Loanda, la forM vierge a compl^tement disparu de la c6te,

De m^me, dans les montagnes a I'ouest du Congo et sur les plateaux entre Congo et Zarabeze, loutes les hauteurs sont couvertes de brousse et de grandes herbes ; la for^t tropicale ne se montre que le long des cours d'eau, qu'elle marque dun cordon verdoyant. De meme encore, la diminution des pluies se traduit entre le Nyassa et la cdte orientale par Tabsence de bois sur les terrasses. lis sont remplaces par la brousse, du reste aussi impenetrable pour les voyageurs que la for^t vierge elle-meme.

Dans le nord, la substitution graduelle d'une saison s^che aux pluies tombant toute Tannee arrete Textension de la foret Equatoriale k peu prEs au pays des Niam-Niam entre le Congo et le Nil. Les especes caracteristiques, palmier h huilcy pandanus,

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arbre h kola^ ne d^passent pas dans cette region les limites du bassin du Congo, de m^me qu elles ne gravissent pas au sud les pentesde TAngola.

Par contre, sur tout le versant de Zanzibar, la richesse de la vegetation est en proportion des pluies. La for^t vierge se montre souvent tout pr^s de la cdte, et alterne avec des herbes toufTues et des marais aux joncs gigantesques. Les grands arbres, tycomores ^ tamariniers^ calebassiersy se montrent mSme sur les pentes des montagnes de FOusagara.

Faune. -^ La faune subit le radme changement graduel du nord au sud. Gelle du Kameroun et du Gabon est une des plus riches du monde ; de jour en jour on y d^couvre des esp^ces nouvelles. Les grands mammif<§res sont encore nombreux dans rint^rieur. La c6te du Gabon et du Loango est le domaine des grands singes : Gonlle rendu cdl^bre par les chasses de du Ghaillu, chimpanzef koultty etc. Les grands animaux y sont encore tr^s conununs, sauf Velephant, qui 1^ comme ailleurs disparait par suite de la chasse qu'on lui fait.

La faune est la m^me sur le Congo et les grands lacs. Les grands pachydermes sont les habitants naturels de cette y^ge^ tation puissante. V elephant n'est pas encore rare en dehors des grandes routes du commerce ; Vhippopotame et le crocodile pullulent dans les fteuves au point de gSner la navigation ; le imffle, le sanglier, Yantilopet le z^bre, lerhinoceros, la panthere^ Yhyhte^ abondent sur les plateaux, mais le lion est rare ; c*est plutdt un habitant des steppes que des pays k vegetation tropicale.

Les savanes des plateaux du sud-ouest sont incomparablement plus pauvres en especes. Les incendies periodiques, qui brCdent les herbes sur des dizaines de mille kilometres carres, contribuent plus que le climat k les d^peupler.

Population. — La region du Haut-Nil et celle du Congo sont parmi celles qu*ont le plus desoiees les guerres et les razzias des chasseurs d'esclaves. Chaque ann^e le Soudan egyptien et la cdte de Zanzibar etaient le point de depart de carayanes armees qui revenaient avec des convois de captifs, apres avoir tue k peu pres trois fois autant de malheureux qu'elles en ramenaient. Le negrier Zebehr (qui avait conquis le Dar-For pour le compte du gouvernement egyptien) et TArabe Tippou-Tip, le maitre du Haut-Congo, ont acquis par ce genre d*exploits une ceiebrite

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europtoine. Mais combien d'autres ont fait et foot encore ce Irafic de chair humaine I

N^anmoins, telle est la richesse des plateaux de TAfrique cen-^ trale, quMls ne paraissentpas tr^sdepeupl^s. On lvalue la popu hition tr^s dense de TOuganda et du Haut-Nil k environ 12 millions d^horaraes. Stanley a estime celle de r£tatdu Congo k une trentaine de millions ; le Congo fran^ais compte bien 9 millions de n^gres sur une surface un peu plus grande que la France, et il y en a k peu pr^s autant au sud du Congo, dans les possessions portugaises. G*est peu si Ton compare ces chiffres k la superficie du territoire; c'estbeaucoupsil'onsongeauxguerres de Tesclavage.

Certaines tribus de TAfrique ^quatoriale ont su se grouper et former des IStats. Quatre principaux royaumes n^gres se sont partag6 le bassin du Haut-Congo :

1® Le plateau entre les lacs Tanganyka-Nyassa et Bangou^olo est soumis au roi de la tribu des Bemba, de la race des n^gres bantou, qui a maintenant pour vassal, pr&s du lac Ho^ro, le roi de Kazembe\ h^ritier dechu d*une monarchie negre puissante au xTiii<' si^cle ;

^^ Le haut bassin du Loualaba et du Louapoula constitue le royaurae du chef Msiri, qui reside k Ounkeya, au sud-est du Mo6ro. C*est un chef cruel et redoute, qui a organist une arm^e de deux mille fusils, achet^s aux traitants noirs de TAngola ;

5" II a pour voisin, au nord, Tempire d'Ouroua (ou du Kobsongo) ; la nation des Roua, en butte aux razzias des marchands d'esclaves, vit sur la defensive dans des villages caches au fond de la for^t ou isol^s sur des lies au milieu des lacs. D'apr^s les nouvelles rapport^es, en 1889, par M. Arnot, I'empire d'Ou-Roua serait en train de se dissoudre ;

4° A Touest, sur les plateaux du Haut-Kassai, florissait encore, en 1876, Tempire n^gre le plus vaste connu, celui du Mouata- Yamvo, chef de la nation des Lounday bienveillants et hospitaliers, lorsqu'ils ne connaissent pas encore les traitants Strangers. C'etait un empire feodal, oil les chefs payaient tribut; au rapport de M. Arnot, cet empire s'est Sgalement dSsagrSgS dans les derniSres annSes.

Au nord de Lounda, vit la nation intelligente des Balouba^ qui ont constituS deux petits Stats vers le confluent du Kassai et du Lou-Loua.

o6oo. CL. 3*. 12

Des£tats se sont formes egalement, dans la region des grands lacs. Le plus c^l^bre est YOunyamouezi : le « pays de la Lune », d^crit par Burton, Speke, Cameron, etc., et qui parait avoir exists d^s le xyii" si^cle entre le Tanganyka et le lac Victoria. Actuellement les Oua-Nyamouezi ne forment plus d'Etat autonome, et sont fractionnes en tribus dont les unes sont ind^pendantes, etles autres infeodees aux Arabes de Tabora.

De nombreuses tribus des grands lacs vivent egalement iso* l^es : Les Oua-Hhay pasteurs au nord-est du Tanganyka; les Oua-Djijiy dont la capitale Oudjiji est le port le plus frequente du lac; les Oua-Touta, pillards de caravanes; les Oua^Fiba, nation de bons marins, sur la rive sud-est du Tanganyka.

Le royaume d'Ou-Ganday au nord-ouest du lac Victoria, est tout aussi connu par les descriptions qu'en ont faites Speke et les missionnaires qui ont eu tant a souffrir de la cruaut6 du roi Mt^sa.

Sur rOuelle, les Mombouttou ou Mombattou ont constitue quelques petits royaumes ; mais ni le grand peuple des Niam- Niam^ ni les entreprenants habitants de TOubanghi, les Boubanghi ou Apfourous^ ni tant d'autres tribus du Congo, ne se sont group^s en etats distincts. Du reste, les royaumes existants sont plutdt des assemblages de chefs payant tribut k Tun d*eux que des ^tats organises. L'Afrique equatoriale ^tait done d'avance livree aux etrangers.

G^ographie politique. Partake de TAfrique iqnatoriale* — Lies Arabes, marchands d*esclayes, en ont 6te les premiers maitres. Partis de Zanzibar, ils ont p^n^tr^ sur le plateau des lacs, qu'ils ont couvert de leurs postes armes. U fut un temps peu eloigne ou TOunyamouezi leur appartenait, oil les chefs de tribu venaient prendre le mot d'ordre a Tabora, devenue une capitale arabe. Encore, en 1872, les Arabes soldaient une force arm^e de 3 000 hommes dans cette region.

lis se sont ^tablis plus solidement encore sur le Haut-Congo^ D^s 1886, dit Stanley, ils depassaient le Tanganyka et venaient acheter Tivoire chez les Hany^ma. Plus tard, les Europ^ens ont trouv^ les chasseurs d'esclaves installes en maitres sur tout le Haut-Congo, depuis les Stanley-Falls jusqu'au Landji. Et ilj» sont maintenant dans le pays de Msiri, k Touest du lac Mo^ro ! Ils ont couvert de villages et postes arabes la route de Zanzibar; Nyangoue, le point d'arrivee sur le Congo des caravanes de

AFRIQUE ^QUATORIALE. 17^

Ve&U est une ville arabe, comme les viUes d'Oudjidji et de Tabora. Le long du Congo, les villages arabes se succMient k Riba-Riba^ Kibongo^ aux Stantey-Falls, Le veritable roi de la contr^e est Tippou-Tip» le « Ramasseur de richesses », marchand arabe dont les hordes bien armies font la loi. II a, au sud-est de Nyangou^, une forteresse centrale, KassongOj QU il a r^uni 9 000 esclaves et fiddles. Stanley lui-mdme et r^tai du Congo ont ^t^ obliges d*entrer en composition avec ce roi dea N^riers, et, pour permettre k la station de Stanley-* Falls d*exister, ils ont di!^ la mettre sous la garde de ce m^me Tippou-Tip, devenu ainsi Tallin plus que douteux de T^tat europ^n du Congo.

Maintenant toutefois Thistoire de TAfrique ^quatoriale est entree dans une nouvelle phase. Son partage entre les puissances europ^ennes est consomm^.

I. OuEST ALLEMAND. — La c6te occideutale, malgr^ son insalubrite, est occup^e tout enti^re, du moins nominaleroent, par des etats europ^ens. Au nord, le fond du golfe de Biafra, du rio del Rey au cap Campo, forme la colonie allemande de Kameroun, Les comptoirs que la France y poss6dait ont ^te ^changes, en 1885, centre les territoires de la Dubrekah en Senegambie. Les principaux points occup^s par les Allemands sur cette c6te de 500 kilometres, sont : Au bas du pic de Kameroun, Victoria^ future capitale de la colonie, car elle a Tavantage d une eau pure et d*un bon port. Au fond de la baie, Kameroun, reunion de villages negres, ou est jusqu*ici le si^gc de la colonie; au sud. Petit et Grand-Batanga. 11 est difficile de dire jusqu'ou la colonie s'etend k Tint^rieur. On en a evalue la surface k 18000 kilometres carr^s et la population k 500 000 kmes;

II. Gabon et Congo franqais. — Les efforts de M. Savorgnan de firazza et de ses vaillants collaborateurs ont valu k la France la possession de presque tout le triangle situe entre la c6te, le Congo et rOubanghi, territoire plus grand que la France ellem^me (plus de 600 000 kil. carres). C'est seulement de 1875 que datent les explorations qui ont amen6 ce resultat. Dans un premiervoyage (1875-1879), H. deBrazza, avec HH. Harche et Ballay, remontait TOgooue, se convainquait de son inutilitc^ comme voie de commerce, d^couvrait TAlima et la Licona, et regagnait la c6te apres avoir traite avec toutes les tribus, sauf

i83 AFRIQUE. .

les Apfourous du Bas-Alima. En 1880, il repartait, fondait Franceville au confluent de rOgoou6 et de la Passa,^ 800 kilometres du Gabon, traitait avec le roi Makoko et les chefs Apfourous, maftres de TAlima, descendait le Congo, et fondait Brazzaville sur le Stanley-Pool, ou il laissait le sergent de tirailleurs s^negalais Halamine avec deux hommes a la garde du drapeau Iricolore, que celui-ci eut k defendre avec Makoko contre les tentatives de Stanley. Depuis, le pays a ^te reconnu possession frangaise jusqu*^ TOubangi; le Congo depuis le confluent de celui-ci et une ligne partant en aval du Stanley-Pool pour rejoindre la cdte k Masmbi servent de fronti^re au sud. Au nord, une ligne partant au sud du cap Campo dans le sens du parallMe s^pare la zone d*influence allemande et frangaise pres de la c6te et la fronti^re reste ouverte dans le nord. Une seule enclave interrompt la ligne de nos possessions sur la cdte : Le petit territoire du cap San-Juan et de la baie de Corisco, qui, ainsi que les lies Elobeyy appartiennent k TEspagne. EUe n'y a d'ailleurs pas fait acte d'occupation effective.

11 ne pent encore 6tre question d'influence effective sur toutes les tribus de ce vaste territoire; mais on a convert de postes les principales routes et de grands progres ont et6 r6alis6s sans effusion de sang. II y a quelques annees encore, les tribus du Haut-Ogoou^ vivaient parqu^es chez elles, sans pouvoir p^netrer chez le voisin autrement que les armes k la main ; les objets de commerce passaient de main en main et mettaient un an a parvenir au Congo. Maintenant, une arraee de quelques milliers de noirs, bateliers, porteurs, soldats, circule sur les rivieres et les routes; les barri^res qui imraobilisaient cette partie df^ TAfrique sont levies.

Les postes fran^ais sur la c6te sont : Libreville, sur Testuaire du Gabon (1500 habitants, dont 390 blancs), chef-lieu de ia colonic, apres avoir ete bien pr6s d'etre evacu6 en 1873, a cause de son insalubrite. Libreville est le point d arrivee de la route la plus courte de la cdte au moyen Ogoou^. Le cap Lopes, balaye par les vents du large, aet6 choisi par M. deBrazza, pour premier poste de ravitaillement de rOgoou6. Loango, vieille cite portugaise ou le d^barquement est facile, a encore aujourd*hui des coraptoirs portugais, frangais, allemands et anglais.

Dans rint6rieur, les postes de Lambarene, Njole, Booue\ La^toursvUle^ Mapoko se succ^dent sur TOgoou^ ; Francevillt, sur

AFRIQUE ^QUATORIALE. i81

la PasM, est le point de depart de la route de 85 kilometres qui rejoint I'Alima. Le Kouilou est gard^ par les postes de NgotoUy Niadi^Loudimay etc. BrazmvUie^ sur le Slanley-Pool, est notre poste principal sur le Congo;

III. LoANGO poRTUGAis. — Un petit territoire portugais s'intercale entre notre colonie et T^tat du Congo. Cabinda, devenue une ville fort active gr^ce k Tinteiligence des n^gres k demi civilises qui I'habitent, est le chef-lieu. Chinchaxo est un point de reMche;

IV. fiiAT LIBRE DU CoHGo. — L'explorutiou du Congo ne date pas de loin. Les Portugais, possesseurs de la cdte depuis 1485, laiss^rent dormir leur colonie pendant trois si^cles. Lesconnaissances se r^duisaient a la notion vague d*un grand fleuve sorli de grands lacs, et qu on mettait en relation tantdt avec le Nil, tant6t avec le Zambeze. Quelques Portugais, Lacerda entre autres, avaient p^n^tr^ dans Tint^rieur, mais n*^taient pas revenus. Enfin, en 1857 et 1858, Burton et Speke decouvraient le Tailganyka. Puis vinrent Livingstone, Cameron en 1874 ; enfm Stanley, embarqu^ en 1876 sur le Loualaba, r^solvait la question du Congo en le descendant jusqu'^ son embouchure. Depuis, les explorations se sont succ^d^ avec une rapidity vertigineuse. Giraud, Boehm, >Kissmaiiii, deerup, Lenz, Mechow, Tappenbeck, Massari, von Fran<?ois, Grenfell, Ponel, van Gele, et cent autres out travaill^ dans V a Association intemationale du Congo )) k la reconnaissance du grand fleuve et de ses affluents.

En 1884, cette Association, fondle apres le grand voyage d^ Stanley, sous la presidence tlu roi des Beiges, deyenait 1* « £tat indipendant du Congo », Etat neutre dont le roi Leopold devenait le sottverain, en m^me temps que le principal bailleur de fonds. Le nouvel Etat a et6 reconnu par TEurope k la conference de Berlin avec les fronti^res suivantes, au sud : La rive m^ridionale de Testuaire jusqu*a Yivi, le parall61e (te Vivi jusqu*au Sankouroii, le cours de cette riviere, la ligne de faite entre Congo et Zambfeze jusqu'au Bangou^olo; k Test : La rive ouest des lacs Moero, Tanganyka, et le trentieme meridien ; au nord : Le quatri6me parallele jusqu'a TOubanghi, la rive gauche de ce fleuve et du Congo jusque vers Manyanga ; U des negociations laborieuses ont reconnu k Tfitat du Congo une petite bande de territoire au nord du bas fleuve de mani^re k lui perraeitre d'atteindre la mer et de construire un chemin de fer

182 AFniQUE.

sur cette rive, Tautre 6tant h peu pr^s impraticable entre Vivi et Manyanga.

Dans ce territoire d'environ 1 940 000 kilometres carres, on a commence par occuper les grandes routes des fleuves. Les l)ateaux k vapeur circulent maintenant sur le bas fleuve jusqu'i Vivi-Matadi. Le si^ge de Tadministration de cette region a emigre de Yivi k Boma pour raisons sanitaires; quant au commerce, il est surtout concentre h Banana j ^ Tentr^e du Congo : c'est le port du nouvel Etat sur la mer.

hangilaj Manyanga, Loutete\ etc., garden! la route de caravanes qui tourne les cataractes de Vivi au Stanley-Pool. Leopoldville, sur ce lac form^ par le Congo, est I'arsenal de TEtat neutre sur le moyen Congo. C'est de son port Kinchassa que partent les vapeurs pour le haut fleuve. Les stations de VEquateuvy au confluent du Tchouapa, de Bar-Ngakiy au milieu de n^gres qui fournissentk TEtat ses meilleurssoldats; deS/an/^jf- Falls sur le Congo ; celles de Louebe et de Loulouabourg sur le Lou-Loua, de Nkaundja sur TOubanghi, de Mpola sur le Tanganyika sont les principaux postes de Tint^rieur.

L*Etat du Congo a ^te declare, en 1885, neutre k perp6tuit^. Dans le cas ou il serait question de le ceder k une puissance, la France a un droit de preemption sur toutes les autres, la Belgique except^e.

Les finances du nouvel Etat sont naturellement en deficit. Les d6penses, pour 1890, sont ^valu^es k 4 millions, les recettes Il 500 000 francs. L*Etat neutre ne s*est soutenu que grkce aux sacrifices personnels du roi Leopold et k une avance annuelle de 2 millions consentie pour 10 ans par la Chambre des representants beige. Enfin Tfitat songe a se faire des revenus fiscaux; impdts directs sur les entreprises industrielles et autres, phages sur les caravanes qui traversent le Congo, et surtout droit d'entr^e de 10 pour 100 sur les marchandises ; mais I'adoption de cette derni^re mesure est subordonnee a Tassentiment des signataires de la conference de Berlin, et la HoUande, principal importateur du Congo, Ta refusee jusqu*ici.

V. Angola. — La vieille colonic portugaise d* Angola, qui 8*6tend du Congo au sud de Mossamed^s, comprend 700 000 kilometres carres et 2 millions d*habitants. Environ 4 000 seulement sont blancs, presque tons venus du Portugal et du Br^sil. et beaucoup ne sont que des immigrants temporaires; c*est

AFfilOTTP jfiQUATOUTALE. 185

qu^aunord de MossamMes, la race blanche ne s'acclimate gn^re* Les Br^siliens (pii ont du sang negre dans les veines r^sistent le mieux au climat.

La capilale de la colonic est Saint-^Paul de Loandat la ville la plus ancienne et la plus considerable de toule la c6te entre Lagos etle Gap (15000 hab.). Les autres centres de colonisation sont : Noki sur le bas Congo ; sur la c6te : Amhriz, Benguela, Mossa*medeiy qui date de 1840 seulement, mais k qui son climat salubre a donne le premier rang pour la population blanche; dans rinterieur : Ambaca, terminus du ehemin de fer de Loanda; Malange et Bihe^ avant-postes sur le plateau. Dans la province de Hossam^^s, Caconda, Huillay sont peupl^es par des Boers du Transvaal, arrives en 1888 avec leurs families et leurs troupeaux, apr^s un exode prodigieux de sept annees k travers les steppes de TAfrique m^ridionale.

YI. Region des grands lacs et cdTB orientale. — Dans TAfrique orientale, les puissances sont ^galement en train de remplacer les Arabes. Apr^s avoir appartenu du xvii<» au xix*' si^cle k Timam de Hascate, et depuis 1856 k un de ses ills, le sultan de Zanzibar, Tempire de la c6te orientale et des grands lacs vient d'etre partag6 entre TAngleterre et TAllemagne. L'Angleterre a d'abord ^t^ quasi seule maltresse dans ces parages, et le sultan de Zanzibar agissait suivant ses inspirations. Mais en 1884, une societe de negociants allemands proc^d^rent k Tachat d*un domaine colonial, et Tappui tr^s vif du gouvernement imperial, exprime par Toctroi d une charte de protectorat et Tapparition .d*une flotte allemande devant Zanzibar, a forc^ TAngleterre k un partage.

\^ Possessions allemandes. — Par conventions pass6es en 4886 et 1890, FAllemagne est devenue maitresse de la moiti^ de la c6te de Zanzibar — rachet^e au sultan pour la somme de 4 millions de marcs — et de la partie centrale du plateau des lacs. La frontiere suit le Rovouma jusqu*au Nyassa dont elle longe la rive nord-est, passe de la pointe nord du lac k la poiiite sud du Tanganyka, donttoute la c6te orientale ^choit k TAllemagne, et se confond avec la frontiere du Congo jusqu*^ la latitude du Mfoumbiro, pour aboutir au Victoria Nyanza. EUe reprend de Tautre cdt6 du lac et suit vers le sud-ouest une ligne qui passe par le Kilima-ndjaro et aboutit k Wanga en face de Tile dc Pemba.

184 AFRIOUE.

Les Allemands s'occupent en ce moment k organiser ce territoire. Des troupes ooloniales ont vaincu la resistance du chef Boiichiri que leur avaient suscitee les Arabes. Les ports Lindi, Kiloa^ Dar-^S'Salam^ Bagamoyo, Saadani^ sont maintenant occupes par une gamison allemande. Des missionnaires allemands, k la requite de FAUemagne, sont envoy6s par le pape k Bagamoyo et dans Tint^rieur. Quelques plantations de caf6, coton, tabac, commencent k se montrer dans les vallees de FOuami et du Roufou.

Des explorateurs sont enyoy6s de tons cdt^s pour se rendre compte des ressources du pays, et ont fond4 les postes allemands de Boukobe, Tabora et Mpouapoua.

2® VAngleterre a eu pour sa part la c6te orientale et rint^rieur situes au nord des possessions allemandes ; le pays entre Kilimandjaro et K^nia, tout le nord du Victoria Nyanza, le riche royaurae de I'Ouganda, enfin les pays jusqu'aux lacs Albert-Edouard et Albert rentrent ainsi dans sa zone d*influence. Les territoires allemands de Vitou et autres^ acquis des 1885, sont devenus possessions anglaises ; de plus, TAngleterre a proclame son protectorat sur les deux lies de Zanzibar et de Pemba. Elle a achete a la France Tabandon du traits de 18C2 (qui garantissait Tind^peodance de Zanzibar) par la reconnaissance de notre protectorat sur Madagascar.

Les stations europennes sont jusqu*ici Mombazy Tantique reisidence du roi des Zendji au xiv« si^cle; LamoUf port du sultanat de Vitou, Port-Dumfordy Kismayou, enfin dans Tin-, t^rieur, Machako, Kikouyok et Mengo dans VOugarida.

Pays Somal. — Le pays Somal occupe tout le grand triangle situ^ entre TAbyssinie, le Kenia et le cap Guardafui. Bien peu de voyageurs (Chailli<^Long, von der Decken, Haggenmacher^ Paulilsciike, Revoil, James et Aylmer, etc) ont r^ussi a pen^trer a quelque distance dans rint^rieur. G*est, dans son ensemble, un plateau separfe de la cdte au nord par des monts granitique» (Gan Liback au sud de Berbera 1 960 met. djebei Karkar^ etc.) et k Test par des terrasses encore en grande partie inconnues. Le climat est celui des steppes k pluie d'ete, le vent le plus frequent, Talize du nord-est. La c6te, moins arros^e que Tint^rieur, est un desert de plantes salines; les monts ont des for^ts d*acacias gommiers, palmiers doum, genevriers, etc. Les hauts plateaux.

AFRIQUE fiQUATORIALE. 18&

comme VOgdden (900 met. environ), sont couverts de toufre& d'herbes serr^es et parsem^s d'acacias.

La c6te du golfe d*Aden, rocheuse et sem6e d*6cueils, n*d qu*un port sur, Berbera^ (I'ancienne Barbaria des Grecs), Las Gorif Bender Ghateniy Bender Allouh sont les autres escales. Le cap Guardafui est une falaise de 275 metres que lescourant^ rendent tr^s dangereuse aux navires. Au sud du ras Hafounr commence le Barr el-Kkassatn (terre rude), cdte rocheuse deplus de 500 kilometres de longueur, avec des falaises de 60 k 120 metres de hauteur. Au sud, Magdoehou, Merka^ eiBrava sont les seuls ports de cette cdte.

Ces trois ports faisaient partie, jusqu*a ces demiers temps, du sultanat de Zanzibar. L^Angleterre les a ajout^s k sa colonic de TAfrique ^quatoriale. Au nord, V Italic sl proclame, le 16 mai 1888, son protectorat sur le sultanat d*Oppia ou Obiat, puis sur toute la c6te entre le Djouba et le ras Hafoun, enclavant ainsi les ports anglais. Enfin sur le golfe d*Aden, VAngleterre a xiccvtpi* Zeilah, Berbera, Las Gori, Bender-Ghazim. Mais la valeur de toutes ces acquisitions restera probl^matique tamt que les Somalis, race sanguinaire, cruelle et de plus musulmans fanatiqaes, fermwont les routes de Tint^rieur.

G^ographie dconomique. — II est bien difficile, en F^af actuel, d'evaluer avec precision les ressources 6conomiques que les Europ^ens pourront tirer de FAfrique ^quatoriale. II est rare que deux voyageurs aient vu le na^me pays sous un aspect identique, quails s'accordent sur les qualites du sol, le chiffre de la population, sur le profit en un mot qu'on en peut retirer. Enfin toutes les convoiiises acharn^s dont TAfrique est actuellement Tobjet ont rendu tr6s ^pre la lutte des ambitions et de^ int^r^ts. II s^mUe en particulier qu'on se soit donn^ le mot,, dans un certain camp, pour d6nigrer — on coii^oit facilement dans quel int^rfit — toutes les entreprises tent^es dans Touesl et dans le centre de TAfrique. Tout ce pays ne serait qu*uir d^rt, oCi quelques racines, quelques feuilles de tabac ou de caf6, n'attireront jamais des colons ni des navires en grand nombre '. Nous verrons plus loin si les maitres de FAfriqne orientale ont le droit d'esp^^rer pour leurs possessions un avenir

i. Peschuel-LOsche, Unter-Guinea und Cotigostaat aU Hondets^ und Wirih^chaftsgebiet.

beaucoup plus brillunt; cherchons pour le moment quelles sont au vrai les ressources dont peuvent disposer les pays du Congo.

Le sol, en premiere ligne, k ne considt^rer que ses qualites intrins^ques, n*est pas d*une richesse productive tr^s grande. II est constitu^ sur de grands espaces par une terre rougeAtre, qu*o0 appelle la laterite ct qui est produite elle-radme par la decomposition de roches diverses; mais cette terre contient souvent du fer en des proportions assez grandes pour nuire 4 sa fecondite. Sur la c6te, le sol est sablonneux, peu riche en humus, et la vegetation ne pr^sente gu^re cet aspect luxuriant, qu'on s'attendrait h trouver sous le climat de TEquateur. Les regions les plus favoris^es seraient encore les vastes etendues que recouvrent les forSts; Taccumulation, durant de longs si^cles, des d£ )ris v^getaux y a reconvert le sol d*une couche epaisse •de terreau tres fertile ; mais la for^t vierge est pr^cis^ment la partie du pays dont la mise en culture presente le plus d*obstacles. G*est Texploitation qui reclame de la part du colon la perseverance la plus energique et la plus longue ; des travaux <le plusieurs annees sont necessaires pour mener Toeuvre k bonne fin.

Le relief du sol aggrave encore ces inconvenients. U n'est pas assez considerable pour combattre Tinfluence pernicieuse du dimat et permettre aux blancs de sejourner et surtout de travailler dans ce pays tropical; mais il est, par centre, assez puissant pour rendre tres difficiles les relations de la c61e avec Tinterieur. Les gvdXiA^fleuves qui sillonnentle plateau n'ofTriront done au trafic qu*une utilite relative. Les marchandises pourront sans doute etre transportees par eau sur des milliers de kilometres k llnterieur, mais il faudra toujours les transborder k la lisiere du plateau et les dinger sur les ports d*embarquement par des voics de terre.

Le climat, qui fait a premiere vue la richesse de ce pays, contribue lui-meme k detruire en partie les bienfaits dont il Tenrichit. Au nord Tabondance des pluies tropicales, la regularite des precipitations et la Constance de la chaleur favorisent le developpement d'une vegetation riche et abondante, dont la foret vierge est Tcxpression. Mais c'est aussi la region la plus malsaine et par consequent la plus inaccessible k Thomme. Au sud I'air est plus frais, plus sec, partant plus salubre; les families des blancs prosperent et se perpetuent dans tout le pays

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