‹ Afrique, Asie, OcéanieChapitre 31 sur 82 · PREMIERE SECTION ARCHIPELS DU N0R0-0UE8T · texte numérisé non relu

PREMIERE SECTION ARCHIPELS DU N0R0-0UE8T

Mad^re, les Canaries et Tarchipel du Gap- Vert, qui se succedent au nord-ouest de TAfrique, ne font pas partie du socle du continent africain. Des profondeurs de 1 000 metres, de 5000 metres m^me au sud-est des lies du Cap-Vert, isolent ces archipels volcaniques, qui semblent plut6t les restes d'un continent disparu au cours des dges geologiques. En tout cas, par ie climat, la faune, la flore et les habitants, ils forment au milieu de TAtlantique autant de petits mondes k part.

G6ographie physique. — 4° Madere. — Les quatre iles de Mad^re, situ6es k 900 kilometres du Portugal et k 700 du Cap Cantifi en Afrique, sont des volcans surgis des profondeurs de I'oc^n (2 000 metres deprofondeurentre Madere et Porto-Santo), <lont les laves tr6s anciennes se sont recouvertes de verdure. L'ile de Madere est une masse oblongue d*environ 700 kilometres carr^s, haute de 800 metres, avec une ar^te de i 800 metres (Pico Ruivo 1 847 metres) qui la divise en deux versants herisses de gorges profondes et finissant en falaises sur la mer. Poi^to'- SantOf beaucoup moins etendue, est aussi moins accident^e.

Le climat de Madere est c61ebre parmi tons par son egalit^. Pendant r6t6, Valize du nord-est souffle sans interruption et fnod^re la temperature. En hiver, Madere rentre dans la zone des vents variables, et les tildes vents d*ouest dominent; aussi fevrier, mois le plus froid, a-t-il encore une moyenne de 15^ 1/2, tandis que le mois le plus chaud ne depasse pas

22 degr^s de moyenne ; aiusi Tecart annuel n*est que de 7 degres. Le vent du desert, le « leste », souffle rarement. II ne plei^t pas beaucoup k Madere (0 m. 74 par an k Funchal).

GrKce k ce climat exceptionnel, a son relief et k ,sa proximite

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de deux continents, Madere a une flore magnifique. Elle compte des railliers de plantes europ6ennes et africaines; les esp6ces les plus differentes, le poirier, le bananier, le pin et le palmier, le laurier et le mimosa ont trouve place sur ses pentes. On distingue 3 zones superposees : 1" jusqu'i 750 metres les champs et vergers des esp^ces terap6r6es (les bananiers s'arrfitant dej& a 250 metres) ; 2* jusqu*^ 1 600 metres les lauriers et bruyferes ; 3° au-dessus de 1 600 metres, les gazons et plantes alpines d'Europe, myrtilles, etc.

La population est 6galement nombreuse. De 16000 habitants, au XVI® siecle, elle est mont^e k 140000, soit 165 par kilometre carr6. Madere regoit chaque annee la visite d*une foule d'6trangers, venus du nord pour y passer la mauvaise saison. Les fonctionnaires et residents de la c6te de Guinee viennent en masse y respirer Fair frais, et ce double afflux de visiteurs temporaires est, comme en Suisse, une des principales sources de richesse des habitants.

L'archipel de Madere forme une province du royatime de Portugal. La capitale administrative estFunchal (20000 habitants). Porto-Santo n a que 1 750 habitants en tout.

2<» Canaries. — L*archipel des Canaries, ^107 kilometres de la c6te saharienne, se compose de 7 iles et de quelques 6cueils^ r6unisen deux groupes : 1° & Test, Lanzarote et Fuerteventura; 2° la Grande Canarie, Tenerife, Gomeray Palma, et Tile de Fer. Toutes sont volcaniques, et trois d'entre elles ont eu des 6rup* tions dans les temps historiques : Lanzarote, Palma et Ten^rife (la derniere k Lanzarote en 1825). Les volcans sont 61ev6s en general; lePicode la Cruz k Palma aplusde 2350 metres, et le gigantesque pic de Teyde k T6nerife s'el6ve comme un phare k 3 715 metres au-dessus de la mer.

Le climat se rcssent de la proximite du Sahara. Les vents du desert soufflent souvent, dans les deux iles de Test surtout, et y causent, en fletrissant les recoltes, de terribles famines. Les iles de Touest sont plus temperees : pourtant T6nerife a encore une moyenne de 1 7®, 7 en Janvier, de 26® en octobre* : c'est Id une temperature d'6t6 malsaine pour les Europ^ens.

Les pluies sont rares dans ces parages ou Talize souffle plus de la moitie de Tann^e. Ce n*est qu*en novembre et d^cen^e que les vents d'ouest apportent des averses reguli^res (en tout environ 65 jours de pluie par an). Les monla^nes, plus froides.

sont plus arrosees. Tout lo monde a entendu parler du curieux aspect du pic de Teyde, constamrnent coupe par un anneau de nuages indiquant la zone de contact de Taliz^ et du contrealize. En ete, cet anneau est de 1 200 a 2 000 metres; en hiver, quand le soleil ramene vers le sud la zone de Talize, le contrealize s*abaisse et les nuages du pic descendent k 600 metres.

La flore se ressent des longues secheresses. Les deux lies de Test ont une vegetation saharienne : plantes grasses, arbustes ^pineux, etc. Les iles de Touest ont quelques for^ts sur leurs pentessuperieures; lauriers, chenes, pins, bruyeres, genets se. succfedent de 700 k 2000 metres. Au-dessous de 700 metres, on retrouve les plantes africaines : euphorbes ^normes» nopals, pal- . mierSy dragonniers, etc. La faunej tr^s pauvre au debut, est . maintenant presque europeenne dans les iles de Touest, tandis que le chameau est Tanimal caracteristique des deux iles orien^ tales : c*est une consequence de leur climat saharien.

La population est aus»i ancienne que celle de TAfrique. Des inscriptions decouvertes a Palma, k la Grande Canarie et h File de Fer, rappellent les inscriptions berb^res antiques du nord de TAfrique. Ces Berberes se sont du reste fondus dans la population europeenne, ou le sang andalou domine. Les Normands et Gascons amenes par Jean de Bethencourt, premier conquerant de rile, les emigrants irlandais et flamands ont et6 absorb^s de m^me par la masse espagnole et en ont pris la langue et les moeurs.

Les Canaries n'ont que 300000 habitants (environ 39 au ki- • loraetre carre). Elles forment une province de I'Espagne et envoient des deputes aux Cortes. Santa-Cruz de Tenerife est la residence du gouverneur; Las Palmas^ le chef-lieu judiciaire.

3*» Cap-Vert. — Les iles du Gap-Vert ne sont pas le prolongement du cap de ce nom : 465 kilometres et des profondeurs de 4000 metres les en separent. Ce sont des iles purement atlantiques. Elles sont reparties en 3 groupes : 4<» au nord-ouest, Scto Antao, Sao Vicente , Santa Lucia, Sao Nicolau se prolongent sur un meme haut-fond; 2^ File dxiSel, Boavista, itfato, Sao Thiago torment du nord au sud un second groupe separe par des fonds de 4 000 metres ; 3<* Fogo et Brava situees au sudouest. Elles ne sont pas purement volcaoiques : on y a trouv^ des roches anciennes et m^me des assises sedimentaires, peut-6lro les restesd*un^te(re plus vaste*

line seule lie, Fogo, dont le volcan a 2 960 metres, a eu des Eruptions dans les temps historiques.

Le climat denote le voisinage du continent par de plus grandes chaleurs et surtout de plus grands hearts de temperature : le thermom^tre a d6j& vari6 de 17 degr^s en un an (+ i6 degr^s en d6cembre et H- 53 degres en septembre). Le vent du desert, qui soufQe si souvent au Senegal, atteint aussi les lies du Cap- Vert, ou il est connu sous le nom de « leste » ou vent d*esl. Malgre tout, il fait moins chaud que sur le continent en face : In moyenne annuelle est d*environ 24 degr6s, gr^ce k rinfluenco de la mer. Les pluies de mousson du Senegal arrivent en ete jusqu*aux iles, maissont beaucoup moins r^guli^res; leur raret6 a dej^ cause d'horribles famines.

La florcy soumise k huit mois de s^cheresse, n*a pas Taspect tropical; il n*y a deforets qu*^ S3o Antdo et Sao Thiago, ou les monts s'el6vent k i 800 et 2 200 metres, et regoivent un peu plus d'eau. Les autres iles sont presque complfetement depourvues d'arbres. Comme aux Canaries, les plantes europeennes se refugient sur les hauteurs.

Les iles du Cap-Vert sont malsaines pour les Europeens par suite de la trop grande chaleur, et les plages mar^cageuses y entretiennent la fi^vre. Aussi la population est-elle clairsemee : 100000 habitants, 29 par kilometre carre. Des esclaves ouolofs et autres, mfiles aux raaitres portugais, ont forme la race de couleur qui seule peuple les iles : les blancs n'y sont qu'une inlime minorite. La plus peupl^e des ties est la plus montagneuse et la plus fertile : SSo Thiago ; on y trouve le chef-lieu de Tarchipel, Villa-Praia (4000 habitants). Les meilleurs ports sont dans deux iles presque arides, Boavista et SSo Vicente. Cette derniere est la grande station de charbon des lignes transatlantiques.

Decouvertes en 1456 par le Venitien Cadamosto au service de rinfant don Henri de Portugal, les iles du Cap- Vert sont portugaises. EUes forment 2 districts, les iles du Vent et les iles Sous le Vent, qui envoient deux deputes k Lisbonne.

Giographie 6conomiqne. — Lesol volcanique de Maderb est tr^s fecond et si les pluies sont peu abondantes dans la zone basse, ThumiditS constante dont sont mouill^s les flancs de la montagne rend ^irrigation facile. Tous les fruits de la terre, si varies, sont exquis et jotiissent-d^une reputation

AFRIQUE INSUUIRE. 229

universelle. Halheureusement des maladies ont parfois ruine les genres de culture les plus productifs, r^pandant la mis^re et provoquant Teinigration.

Le mais et quelques tubercules, pomraes de terre, palates, ignames, sont avec le poisson la nourriture pref^ree des habitants. Mad^re est celebre pour sesprimeurs expediees en Europe, fruits, legumes ; ses figues^ ses ananas sont particuli^rement succulents.

La canne h sucre^ dont on exportait jadis plus de 4 millions de kilogrammes, n'est plus cultivee que sur une surface restreinte, depuis que TAmerique fait concurrence. La culture de la vigne, la principale ressource de Tile, a pass6 elle-m^me par de nombreuses vicissitudes ; lorsque, apres 25 ans d^eiforts, la recolte, qui etait torabee h 5000 hectolitres, commen^ait k se relever sensiblement, Tinvasion du phylloxera est venue de nouveau detruire les esperances des cultivateurs. Toutefois, les plants d'Afrique et d'Am^rique ont bien r6ussi, et I'exportation se relive: elle a depasse 24000 hectolitres en 1888.

De riches pdturages nourrisseht au nord-ouest d*abondants troupeaux, et la cire et le miel de Madere sont tr6s estimes siir les marches anglais.

* Le mouvement des echanges atteint 10 a 12 millions de francs ; les importations depassent un peu les exportations, gr^ce a Tafllux des etrangers; les Anglais font plus de la moiti^ de ce commerce.

Le port de Funchal doit en outre a sa position sur le grand chemin des steamers une activity tr6s grande.

Le groupe des Canaries est moins riche. Outre les cer^ales, les legumes et les fruits d'Europe, on cultive aux Canaries la canne a Sucre et la vigne ^ mais sur une surface restreinte. Les plantations de cactus ont en revanche une veritable importance economique, grace a la cochenille, qu'on recolte sur leurs feuilles. Le tahac, peu repandu encore, donne de bonnes esp6- •3nces; les feuilles seraient appr6ci6es, dit-on, a Fegal de celles des Antilles. Le cafe^ le colon n'occupent que quelques champs.

La chevre est Tanimal domestique le plus commun. Les oiseaux aux riches plumages abondent, plusieurs esp6ces ont ete acclimatees en Europe, et Tune d'elles conserve encore le nom de son pays d'origine.

La peche est active sur la c6te du Sahara; on recueille surtout la morue (7000 tonnes par an).

Le commerce des Canaries ne depasse pas 20 millions de francs; les exportations ont une valeur superieure aux importations. Le port le plus frequente est Las Palmas, dans la Grande-Canarie.

Nous Savons qu*aux ties du Cap Vert la vegetation n*a pas I'aspect luxuriant des tropiques. Les indigenes cultivent le riz, le mats ct plusiieurs autres cereaies et legumes des pays chauds : manioc, ignames^ etc. Le§ vignes "soni rares et les cafeteries ne donnent en moyenne qu'un millier de quintaux. Leclimat est trop sec pour la carine a %ucre, mais convient mieux au tabac, Les plantations de cinchonas r^ussissent sur les flancs des montagnes les mieux arros^es.

Les animaux domestiques sont nombreux et servent k Tapprovisionnement des navires de passage. La pSche est une industrie lucrative chez les Caboverdiens ; mais on v recueille surtout le cor ail.

Le sel et le fer sont extr^mement abondants dans plusieurs lies.

Le commerce exterieur est tr^s restreint. Les exportations et importations reunies n*atteignent pas 5 millions de francs. €e commerce est au reste entre les mains des Anglais et des Americains; les Portugais n'y prennent qu*une part insignifiante.

! Porto-^rande, dans File Saint-Vincent, est un bon mouillage ou font escale la plupart des navires europeens k destination de rAraerique du Sud.

Mad^re, les Canaries, les iles du Cap-Vert ne couvrent en somme qu*une surface restreinte; et si le sol y est en majeure partie tres fertile, il n*est pas partout suffisamment arrose. Ces archipels sont en outre exposes k tons les fl^aux de TAfrique du Nord : secheresse, sauterelles, etc. ; des maladies d'un autre genre, phylloxera, oidium, ont attaque leurs cultures les plus productives et la concurrence de TAmerique leur peimet a peine de planter avec profit la canne k sucre ou'le caf6. Us ne meritent done plus au m6me degr^ qu*autrefois le nom <( dlles Fortun^es » que les anciens avaient donne k Tun d*entre eux; mais ils sont devenus par contre des points de reldche extrSmement importants.

AFRIQUB INSULAIRE. 231

11 faut ajottter que les Espagnols et les Portugais ^talent bien les peupies les moins int^resses au d^veloppement de Ja prosp^rit^ de ces colonies, puisqu*ils trouvent en abondance sur leur propre sol la plupart des produits qu*elles fournissent. Ce sont les peupies qui n ont pas ehez eux de « Midi », ce sont en particulier les Anglais et les Allemands qui exploitent et colonisent Maddre et les groupes voisins, qui en ach^ent les primeurs et les fruits, qui vont y passer la raauvaise saison. C*est grSce k eux. en definitive que quelques^unes.de ces Sles sont encore si piaosp^res.

DEUXifiME SECTION IkCS OU^ ftOLFE QC AUIN tt

Leg lies du golfe de Guin6e sont les seules vraiment africaines. Anoobon, SSo Thome, Tilha do Principe et Fernando-Po se succ^iicnt du sud-estauBord-esten uneseulechainevolcaniquequi continue sur le continent par le volcan de Kameroun.

Annoton est la moins elev^e et la plus petite de toutes : ^0 m^res d'altitude et 17 liilometres carres; mais c*est la plus ssaiubre par sa situation au milieu des eaux relativement fraiches ■du courant equatorial. La flore, tropicale sur la cdte, rappelle TEurope vers la cime. Sa population est de 3000 n^gres ou iniil&tres. Elle appartient k TEspagne.

Sao Thame, bien plus grande (929 kilometres carres), a plu- «ieurs jhcs de pkis de 2000 metres et est habitable pour les Ewoptens dans Tinterieur, tandis que les cdtes basses leur sont mortelles. Le climat est du reste tr6s humide, presque aussi pluvieux qu*au Gabon, que rappelle la vegetation des parlies basses. Les cinchonas et le cafeier reussissent par centre sur les penles moyennes de 600 a 1 400 metres de hauteur. La population a pass6 rapidement h 18 000 habitants, dont seulement 1 200 blancs et hommes de couleur. L*ile appartient au Portugal.

L*ile du Prince, ilha do Principe, n'di que 151 kilometres carres, el est plus insalubre que les pr^cedentes, car elle est en dehors du courant Equatorial, dans les eaux chaudes de Guin^e. Elle n'aque 2 200 habitants, presque tons n^gres. Elle appartient au Portugal.

FemandO'Po est la plus grande de toutes (2071 kilometres

carres) et la plus imposante d'aspect : son grand volcan, le Clarence-peak ou Pico de Santa Isabel, se dresse k pres de 5500 metres dans les airs. Mais le climat ne diff^re en rien de la c6te de Kameroun en face : il est aussi pluvieux (2 metres et demi a 5 metres par an), aussi chaud (moyenne annuelle de Santa Isabel H- 25®, 6) et aussi insalubre.

La vegetation varie selon Taltitude : les plantes europeennes s'acclimatent sur les pentes moyennes, et le naturaliste Mann a trouve sur les somraets des plantes alpines et abyssiniennes. La race noire r6siste seule au climat. II n'y a dans Tile que 90 a 100 blancs sur plus de 30 000 habitants. Fernando-Po est ^I'Espagne.

Dans les lies du golfe de Guinee, Thumidit^, tr^s abondante, convient k raeryeille k plusieurs cultures' tropicales. Les sommets sont cou verts de forits ^paisses, qui fournissent d'excellents bois de construction. Le riz, le mats, le manioc, les ignames, les bananes sont, comme sur le continent voisin, la nourriture principale des indigenes. La canne a mere y prospere, mais c'est le cafe et le cacao qui entrent pour la part la plus considerable dans la valeur des exportations. On compte aussi sur les pentes plusieurs millions de pieds de cinchonas,

Le commerce des lies du golfe de Guin^e, qui r^sulte de la vente de ces divers produits coloniaux, est encore peu considerable (10 a 12 millions); il pourrait prendre une bien autre extension si le sol etait enti^rement cultive et si les bras ^taient plus nombreux. Ce sont en partie les fleaux occasionnes par la secheresse qui font eraigrer les habitants des Canaries ou de& iles du Cap^Vert; cest en revanche Texageration de Thumidit^ qui ecarte les colons du golfe de Guin6e.

TROISlfeME SECTION . ILES DE L*ATLANTIQUE MERIDIONAL

Le seuil, dit du Challenger, qui s'etend du nord au sud de TAtlantique meridional entre des abimes de 4 000 metres, porle quatregroupesd'iles que leur position astronomique seule permet de rattacher a I'Afrique : TAscension, Sainte-Helene, Tristan da Cunha et Gon^alo Mvarez.

AFRIQUE IKSULAIRE. 23i^

V Ascension, d^couverte en 1502, et situ^e k 1 550 kilometres, du cap Palmas, est un ilot de 9840 hectares, enti^rement volcanique (860 metres d*altitude au centre]. Le climat, temper^ par le souHle egal de Taliz^ du sud-est, n'a qu*iine moyenne annuelle de 20 k 21 degr^s, et fait de Tile un sanatoire pour les Europ^ens de la c6te d'Afrique. Les pluies sont tr^s rares et la flore tres pau^Te : le roc est k nu dans la majeure partie de Tile, faute d'humidite suffisante. L'Ascension, d^pourvue d*arbresei> 1856, a pourtant maintenant 160 hectares de forSts sur les cimes (eucalyptus, acacias, etc.). Vu le manque d'eau, Tile n'a pas de population civile. Occup^e en 1815 par les Anglais pour surveiller Napoleon k Sainte-H^l^ne, elle est rest^e un poste militaire et un depdt de charbon.

Sainte-Helene, situee k 1 900 kilometres k Touest de Hossame* d^s, est entierement volcanique ^galement, et la moitie de son grand crat^re, situ6 sur la cdte m^ridionale, a disparu rong^e par la mer; Tautre moitie forme un haut amphitheatre de montagnes(picde Diane, 825 metres), veritable ossature de File. Sainte-Heiene est encore-dans le domaine de Taliz^ et le courant marin antarctique en abaisse encore la temperature : Tete n*y est pas plus chaud qu'en Angleterre (extremes annuels + 12 et + 29 degr^s). II tombe environ 1 m. 20 d'eau sur les montagnes et le brouillard est assez frequent sur le plateau de Longwood. Cette atmosphere humide favoriselesforfits. Sainte-Heiene, apr^s avoir eu une llore originale tr^s riche, nourrit maintenant une vegetation cosmopolite de chines, de cypres, de pins, de cotonniers, bananiers, pommiers, vignes, etc. On y a meme importe les animaux d'Europe. Sainte-Heiene a une population d*origine anglaise, hollandaise, negre et meme malaise. Longtemps gardee avec soin comme lieu d'exil de Napoleon, elle aaujourd'hui perdu son importance de point de rel^che, depuis le percement du canal de Suez, et sa population a diminue : 4100 habitants en 1891 au lieu de 6 800 en 1861. James-Town est le chef-lieu.

L*archipel de Tristan da Cunha, isoie k 2 550 kilometres de toute terre, est en dehors des alizes, dans la zone des vents d'ouest qui permettent de doubler le cap de Bonne-Esperance; aussi a-t-il ete decouvert relativement tdt, en 1506. II se compose de 5 lies volcaniques; le volcan de la plus grande s'eievea 2 500 metres dans les airs. La temperature moyenne, tres douce pour la latitude, oscille entre 14 et 20 degres; par centre les

yents d*otie&t y am^iteDt de grands orages : Tristan da Cuohaest un nid de teaip^tes. La (lore est pauvre, mais renferme des especes inconaues ailleurs; la population s*est alinientee surtout par des naufrages; elle est maintenant d'environ J 00 personnes 8ur la grande ile, qui reconnaissent pour la forme le protectorat de TAngleterre, laquelle du restene leur demande rien.

A 400 kilometres au sud-est de Tristan da Gunha, Tile deserte de Gough ou Gongalo Alvarez ne sert qud la pSche des ^niioaux marins.

QUATRl£:»E SECTION MADAGASCAR ET D^PENDANCES

G^ographie physique. — Madagascar est rile laplus importante de Toc^an Indien. Superieure k la France en supeiilcie (600000 kilometres carr^s), elle est constituee par une seri« de «haines montagneuses> orientees d peupr^s du nord au end, et entre lesquelles sont intercales, au centre, des plateaux. La premiere de ces chaines court le long de la c6te orientate, qu elle domine de 800 k 900 metres, k quelques lleues de distance. Une seconde chaine, plus haute {1 000 k 1 400 metres), n'est que le rebord d*un plateau herisse lui-mdme de montagnes, ou se Irouvent les plu& hautssommets de Tile (Tsifaiavona 2 650 metres). Ge.plateau (800 k 1 400 metres), qui porteles noms d'ltnerina au centre, de pays des BehtUes au sud, s*abaisse par une pente tres rapide vers Touest et surtout le nord-ouest, ou se tpouve la grande plaine Sakalave, sablonneuse et coupee de ravins (environ 200 metres au-dessus du niveau de la mer).

Le climat y est determine par lalternance des moussons ^saison seche, d<avril ou mai k novembre, saison des pluies, de novembre k avril). Mais le relief fait varier considerablementila quantite de pluie et la temperature. Des pluies tres abondantes tombent sur les chaines de Test, etla cdte orientale, avec sachaleur etouiTante et sa vegetation tropicale, rappelle la c6te orientale d'Afrique; elle a merite d'etre appeiee le cimetiere des Europeens. Sur les plateaux de Tinterieur, le climat est beau- €Oup plus sain. L*aUze du sud-est qui condense ses vapeurs sur lespentes orientales, souffle, froid et sec de Tautre c^te. Aussi la temperature est«^elle incomparablement phis supportable que

AFRIQUE INSVLAIRE. 335

sur la c6te orientale; et en m^me temps il tombe beaucoup moins de pluie. Les Europeens, et en particulier les Francis, iont faciiement souche dans cette partie deTile.

Les rivieres du versant oriental de Tile sont, par suite de I'abondance des pluies et de la d^clivit^ du sol, des torrents qui charrient les alluvions en quantites ^nomnes. Gelles du versant ouest, plus developp^, ont un cours plus considerable. Le Mangoka (environ iOO lieues) vers le sud^ouest, le Betsiboka et rikopa qui passe k Tananarive sont les principales. Quelques lacs pars^ment le plateau.

La cdte, bien ^chancree, a de bons ports dans le nord : Diego- Suarez^ ia baie la plus merveiUeusement articul^e que Ton connaisse; Voh^raar, Antongil/ Fenerife sur la c6te orientale, rile de Nossi-Be, les baies de Passandava, -^brindHia, Hajounga a Touest. La moitie m^ridionale de Tile est moins favoris^e : les cdtes sont presque droites, basses, et les alluvions des torrents ont donn^ naissance k des cordons, littoraux et deslagunes sur la c6te orientale. Ses ports sont mediocres et rares: Tamatave et la baie de Sainte-Luce m^ritent d'etre nommi^s sur la c6te est, et k Touest la baie de Saint-Augustin.

La flore, que M. Grandidier nous a revel^e dans son magistral ouvrage {Hhtoire naturelley physique et politiqttede Madagascar) ^ est d*une grandc richesse et renferme notamment un grand nombre d'esp^ces originales. Les bois en particulier sont d unc grande vari^te (^b^ne, palissandre, teck, carophrier, casuarina, pandanus, sandal, mimosa, etc.).

La faune de Madagascar est particuli^re : on n y voit pas les grands quadrup^des de TAfrique, sauf le sanglier et le zebu. Par contre, des singes 16mures et d'autres especes qu*on ne voit pas ailleurs rappellent que Tile n*est pas un morceau ddtache du continent africain. Plus de iOO esp6ces d*oiseaux sont originales. Enfin les ossements de grandes especes ^teintes [epyomis] rappellent la faune de certaines lies polyn^iennes.

Population, — Madagascar est faiblement peupl^e. M. Grandidier evalue. ia population a 4 millions, pour une superticie plus grande que la France. On distingue 5 races : i^ des n^gres aborigenesou venus d*Afrique, ressemblant auxCafresetconnus sous le nom de Sakalaves ou Malgaches ; ils sont agriculteurs, hospitaliers, mais en sont restes k la tribu en fait d'organisation sociale; 2^ des metis d'Arabes etde Malgaches ou ilntoi-

moYo^y dans le nord et le sud-esl de Tile; 3° lepeuple des ffova» (environ un million), de race malaise, qui porte k Madagascar par le courant equatorial, il y a environ 650 ans, s'est emparc du plateau central oti il s*est maintenu comme race dominante. Les Hovas sont intelligents et disciplines en comparaison des Malgaches; aussi forment-ils une nation; mais ils sont fourbes,. criiels et vantards.

Les CoMOREs (Mayotte, la grande Comore, Anjouan et Mahili) sont un groupe de volcans pouss^s au milieu du canal de Mozambique. Grace a la hauteur des montagnes, aucun mois de Tannee n'est d^pourvu de pluies, et le sol de laves et de cendres est d'une etonnante fertilite. Plusieurs iles sont encore couvertes de for^ts. Mayotte a des ports tr^s surs. L*archipel couvre 2 500 kilometres carr6s et compte 50000 habitants, metis d'Arabes et de n^gres. Le climat est en general malsain pour les Europ^ens.

Geographie politique. — Madagascar est nominalement un royaume hova ; en fait. Tile se divise en partie soumise aux Hovas (pays a Test du 44* degre de. longitude et au nord du 29® de latitude, sauf la c6te nord-ouest) et en partie ind^pen* dante (presque tout le sud et I'ouest). Le royaume hova est une monarchie feodale ou les castes sont rigoureusement ferraees. La capitale est Tananarive (150000 hab.); Tamatave a 20000 habitants, Fianarantsoa 16000. L'expedition de 1882- 1883, necessitee par la violation du traite de 1868 conclu entre les Hovas et la France, a abouti k la reconnaissance de notre proteclorat sur Tile de Madagascar, les relations exterieures du gouverneraent devant etre confiees k un resident fran^ais etabli a Tananarive. En revanche, la France a reconnu la reine Ranavalo comme souveraine de File enti6re. Enfin le meme trait6 nous a donne au nord la baie de Die'go-Suarez en toute propriete. Ce sera le premier centre dc noire colonisation dans I'lie, et notre grand arsenal dans la mer des hides. Nous poss6dion& depuis 1841 Nossi-Be'y ile de 29 000 hectares k Fentree de la baie de Passandava (capitale Hellville 1 000 hab.) et Sainte-Marie^ long ilot de J 5 000 hectares, marecageux et malsain, sur la c6te orientale. L*Angleterre, apres avoir sourdement combattu noire proteclorat par ses missionnaires methodistes, a fini par le reconnaitre en 1890, en echange de Fabandon du trait6 de 1862, ^ui garantissait Findependance de Zanzibar.

AFRIQUE INSILAIRE. 237

Nous occTipons Mayotte depuis 1841 et les autres Comores vrennent d*accepter notre protectorat.

G^ographie ^conomique. — En ce qui concerne les ressources 6conomiques, Madagascar n'est pas un Eldorado, mais eWe a toutefois une bonne valeur moycnne. A part certains cantons, ou le sol exclusivement compose de sable presente Taspect d*un desert, la terre est en general fertile et donne tous les produits.

La vegetation forestiere y est puissante; un cercle de for^ls <ie 40 kilometres de largeur enserre le plateau interieur; cette lisi^re ininterrompue de 4 000 kilometres est une des principales richesses de Tile. Les bois de construction sont remarquablement beaux ; les troncs droits et reguliers du « bois rouge » mesurent parfois plus de 18 a 20 metres de hauteur. Les bois d*ebenisterie et de teinture pourront ^galement Stre exploites avec profit.

Le riz fait le fond de Talimentation des Halgaches : mais la culture se fait encore suivant un mode primitif et le rendement ost mediocre. L*exportation ne depasse pas actuellement 4 ou h 000 tonnes. Lqs indigenes recoltent aussi en abondance manioc, patatesj ignameSj pommes de terrey poiSj bananes, oranges^ figuesy ananas, melons. La vigne, introduite d^j^ 11 y a un demisi^cle, et abandonn^e depuis, donnerait pourtant de bons produits; Texc^s d*humidite de la saison pluvieuse, qui est aussi <;elle de la maturite, rend seulement le fruit l^g^rement aqueux. La canne a sucre, rencontrerait d*excellentes conditions sur la «dte orientale, la mieux arros^e. Le tabac reussit partout et les indigenes en consomment une notable quantity.

Madagascar est un pays de pdturages : sur les plateaux :s*6tendent de vastes et luxuriantes prairies. L*ile nourrit une quantite enorme de boeufs et c'est elle qui fournit de betail la Reunion et Maurice surpeupl^es : Fexpoiiation annuelle h destination de ces deux iles porte sur plusieurs dizaines de milliers de t^tes. Qui ne voit toute Timportance que pourra prendre un jour ce commerce, en concurrence avec les produits des colonies australiennes et des Etats de la Plata, beaucoup plus ^loignes de TEurope? La race ovin^, qui reussit ^galement, n'est representee que par un nombre restreint d'animaux.

Mines. foDvsTRi^. — Lesress(mrcesmineraies>:ne sent peut-6tre pas aussi considerables qu'on Favait d'abord cru. t'or et V argent

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ne scmblent pas etre tres aboncbuats. Les gisements de houille n*auraient pas, d*apres ]es derniers reaseignements, toute Timportance qu*on leur avait attribute au ikebut. Ces mines qui s*^tendent surtout au. iiord-ouest de l*ile pourront neanmoins prendre une grande vaieur. Ce n*esi vraisemblaMement pas sans motif que les Anglais ont tente de bonne heure d*en di>t6nir la concession. Le fer et le cuivre abondent et sont de bonne qualite.

Vindustrie proprement dite est encore dans Tenfance. Mais les indigenes sont habiles et ing^nieux et les objets divers qu*ils fabriquent seront sans nul doute appr^ci^s sur les marches d'Europe.

CoMUERCE. — L absence de voiet de communication el la difficult^ d*en construire sont un des grands obstacles qui s*opposent au d^veloppement ^conomique de Madagascar. Les Maigaches sont syst^matiquement hostiles k F^tablissement de routes, qui ouvriraient leur pays aux Europ^ens. Us serefusent surtout k percer la ceinture de forMs, qui les protege de touted parts; il n*existe que de simples sentiers, que Ton ne pent suivre qu'^ pied ou en palanquin. On ne trouve pas au reste, k Madagascar, de b^tes de somme; tous les transports se font a dos d'hommes.

Rien d*^tonnant que dans des conditions semblables le commerce ne soit pas encore tr^s actif. Le mouvement des affaires est toutefois en progr^s; on peut T^ valuer ^15 millions de francs, dont la moitie revient a Timportation.

L*exportation consiste en bestiaux, riz, gomme, caoutchouc,, cire, graines oleagineuses, orseille, caf^, etc. Les cotonnadesjinglaises, le rhum de Maurice, les objets manufactures de quincaillerie, sont les principaux Elements des ventes op^rees en echange par les Strangers.

La France occupe une place fort honorable dans le trade de Madagascar; elle fait peut-^tre la moitie des affaires et participe m^me dans une proportion l^gerement superieure au mouvemen! du port de Tamatave. Les relations entre la c6te malgachc et rile de la Reunion sont en particulier tr^s actives. Ge sont les colons des Mascareignes qui coloniseront Madagascar.

VAnglelerre et VAmerique se disputent le second rang; la premi6re ne r^ussit pas;' maigre le voisinage^de Maurice^ k nous suppianter.

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Le port le plus fr6quent6 est actuellement Tamatave : une ligne telegrapkique Tunit k la capitale.

Le sol des Gohores, form^ de cendres et de debris volcaniquesy est d'une ^tonnante fertility. Plusieurs lies sont encore bois^es et donnent de bons bois de construction. La canne h suere fait la richesse des terres basses, notamment dans les lies Anjotmn et Mayotte, qui produisent aussi beaucoup de rhum, Cette Industrie est toutefois moins r6mun6ratrice depuis quelques annees et les planteurs onjt donn^ de preference leurs soins k d'autres cultures : cafe, riz, vanille, maU^ tabac. Mayotte tire aussi de gros revenus de la vente de YhuUe de cocotier,

Malheureusement les bras font d^faut et le commerce des Comores n*est pas trfes considerable. Mayotte poss^de pourtant d*excellents refuges et la rade de Tile Anjouan fut longtemps fr^quentee conmie point de rel&che entre le Cap et les Indes.

gimqui£:me section

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