SIBERIE
au-dessus de zero, cequi fait un ecart de pr6s de 100 degr^s entre les temperatures extremes d'hiver et d'et6. Pendant cette saison, la Sib^rie occidentale aun regime climat^rique plus variable. Les moussons ne s'y font pas sentir. La pression est plus basse encore qu*^ Test, k cause des fordts, qui emp^chent la di- ' latation de Tair, et du voisinage des steppes, ou se trouve alors le centre des plus basses pressions de la plaine septentrionale.
L'annee siberienne se partage done entre deux saisons extremes qui sesuccedent presquesans transition et sont d*in6gale dur^e. D^s le mois de juillet la neige se montre, et d^s le milieu d'aoi]it les feuilles commencent k tomber. La decouverte d*ossements de mammouths, de rhinoceros et d autres esp^ces animales disparues, atteste que le climat de la Sib^rie n*a pas toujours ei6 aussi froid. L'abaissement de la temperature s*estfait sentir parle nord, sous Tinfluence des glaces polaires et, par le sud, en raison des neiges accumulees sur les inontagnes ; il a du se produire subitement, car on a retrouv^ des cadavres entiers de mammouths enfouis dans les toundras dont la chair a pu dire d^voree par les chiens.
La Sib^rie doit Tabondance de ses pluies a la mousson d'^t^. En hiver, les vents dominants de la Sib^rie orientale sont des vents du nord-ouest. Soufflant vers les regions plus chaudes et plus basses du Pacifique, ils s*6loignent du point de condensation. Dans la Transbaikalie, des hivers entiers se passent sans neige et frequemment Temploi des traineaux est impossible. Au contraire, les moussons d'et^, venues de la mer, se refroidissent k la rencontre des hautes terres et foumissent beaucoup d'humidite. La Siberie orientale est done favorisee pendant cette saison. La pluie tombe quelquefois pendant quarante-cinq jours cons^cutifs dans le bassin de I'Oussouri. La moyenne annuelle est de 37 centimetres a Vladivostock, de 39 a Nertchinsk, de 14 k Irkoutsk.
Hydrographie. — La Sib6rie est arros^e par les fleuves les
plus longs et les plus puissants de TAsie, apres ceux de la
Chine.
Ob ou Obi (longueur du cours, 4 350 kilometres , superficie du
territoire draine, 3 millions et demi de kilometres carres). La
branche maitresse est VIrtichy issu de la depression comprise
entre TAltai et le Tarbagatai. G'est d*abord VIrtich noir qui se de--
verse dans le Saisan-nor (3 fois le lac Leman). 11 en ressort sous
le nom dlrtich Wane, parcourt la slepipe de Baraba, puis s'unit k Vlchim et au Tobolj ce dernier descendu des pentes ouraliennes. VObi proprement dit est form6 de deux rivifercs n6es dans les glaciers de TAltai. A Barnaoul il n*est d^j^ plus qu*^ 100 metres d*altitude. II s'engage alors dans les steppes, et d6crit une grande course vers le nord-ouest k la rencontre de rirtich dent il continue la direction. Sa largeur moyenne est de 800 metres. 11 se jette dans la mer par un estuaire long de 800 kilometres et large de 50.
liNissEi (environ 4 500 kilometres de long). 11 est originaire des montagnes de Sajan et de la chatne du Tannou-^la, qui leur correspond au sud. II s'^chappe de la region montagneuse par des cluses profondes qui le r6tr6cissent jusqu*& 50 metres de largeur. Mais, a Krasnoi'arsk, k 2 000 kilometres de la mer, il n'est plus qu'k 160 metres d*altitudc, et, k Yenisseisk, k 65 metres seulement. Son principal affluent, k droite, la Tongouska superieure, suite de VAngaray lui'amene les eaux du lac Baikal. Ce lac, long de 600 kilometres, large de 100, d'une superficie de plus de 50000 kilometres carr6s, est une veritable mer interieure, encadree de montagnes alpestres. II estalimente surtout par la Selenga^ venue d*un plateau lacustre de la Mongolie et qui pent etre consid^ree conune la source la plus lointaine de lienissei. Ce fleuve finit dans une embouchure qui est un veritable fiord, large de 60 kilometres dans la partie centrale et de 20 k Tentree. Les eaux marines remontent jusqu'ft 500 kilometres.
Lena (longueur 4850 kilometres, etendue du bassin 2500000 kilometres carres). Ala difference des fleuves precedents, la Lena commence sur le versant nord des montagiies de la Siberie meridionale. Les sources se trouvent k 50 kilometres seulement du lac Baikal, k Faltitude de 1000 metres environ. EUe traverse des assises de gres rouge decoupees en falaises, hautes de 100 metres et, k 160 kilometres de son origine, devient dejSi navigable. Elle decrit une courbe vers le nord-est entre les hautes terres de la Siberie centrale k gauche et les murailles de gres des plateaux de Yitim et d* Aldan, k droite. Les affluents venus de ce c6te, drainant une region abondamment arrosee, lui apportent un fort contingent d'eau. Au confluent du Yitim, la largeur de la Lena est de 600 metres. A partir de Yakoutsk, le fleuve se rejetle au nord-ouest et se termine par un delta de
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2Q000 kilometres carrSs. L'ensemble des voies Aavigables du baBsin forme une ligne d*eau de 10 000 kilometres.
Le caractere commun a ces trois fleuves est qulls ont la plus grande partie de leur cours en plaine. Tous trois parcourent, avec une direction sensibiement parallele, le versant septentrional qui s'infl^chit vers la mer Glaciale. Grdce k Thorizontalite du sol, leurs rdseaux fluviaux communiquent facilement par des canaux et des portages. Le debit moyen de chaque fleuve est de 10 000 metres cubes k la seconde, soit environ 4 fois le Rhin. Les eaux s*etalent librement et, en temps de crue, debordent sur des kilometres de largeur. On a constate que ces fleuves se deplacent sans cesse k droite, ou la rive est presque toujours plus eievee qu*^ gauche. Beaucoup de villes ont dii etre partiellement reconstruites,
AuouR. — Le bassin de YAmour (4 fois grand conune la France) est tout entier contenu dans la region montagneuse de la Siberie orientale qui est en meme temps la partie la mieux arrosee.
L*Amour (environ 5000 kilometres de long) est un fleuve briseur d'obstacles. II doit son origine k deux grandes rivieres, la Chilka et VArgoun, prolongement du Keroulen, qui se developpent sur le plateau mongol k la base meridionale des monts lablonoi. L* Amour perce par une succession de defiles la chaine orientale du plateau ou Chingan et descend vers le sud-est en une plaine que limite k Forient la rangee du petit Chingan ou Altin-Khan. II se fraye 1^ un passage etroit, long de 130 kilometres, puis, ayant re^u k (koite le Soungari et YOussouri, il s'epanche au nord dans une plaine basse, bornee k droite par la chaine littorale du Sikota-AUn, L'Amour franchit cette derniere barriere et va finir dans Tocean Pacifique, en face des rivages septentrionaux de Tile Saghalien.
L* ocean Pacifique re^oit encore Y Anadir (240 kilom.). C'est un fleuve au cours lent, embarrasse d'ilots et de bancs de sable ; il est extremement poissonneux.
Les fleuves siberiens, coulant lentement dans de larges lits, sont tres tavorables k la navigation. Aussi sont-ils siUonnes, en ete, par des flottilles de navires k vapeur, comme la Volga, leur soeur de la plate Russie. En cette saison, leurs embouchures sont libres, grftce aux courants chauds venus de TAtlantique. Hais rete dure peu. L*Amour n*est navigable que pendant
quatre mois, la L^na pendant deux mois seulement. Les fleuves gelent sur 1 metre k 2 m. 40 de profondeur. Le gel commence par la surface, qui se soul^ve en forme de voiite, sous reifort des sources demeurees liquides. L'eau solidifiee finit par s^accumuler k une hauteur de phisieurs metres. Quand survient la d^bAcle, c'est par Tamont que les fleuves siberiens recommencent k couler, k cause de Forientation du sud au nord. Les glaces amoncelees forment des amas qui ont quelquefois pr^s de 100 metres de long sur 20 de large et 3 metres d epaisseur. Ces banquises labourent le sol et y creusentde profonds sillons. Les fleuves siberiens d^truisent ainsi leurs rives et entrainent a la mer jusqu*a des lambeaux de for^ts.
Cdtes. — La connaissance complete des rivages siberiens date du voyage de Nordenskiold en 1878-1879. Les cdtes de Tocean Glacial arctique, situees sous une tres haute latitude, sont inhospitalieres pendant la plus grande partie de Tannic. Leurs articulations sont d'ailleurs tr6s mediocres ; les contours en sont arrondis; les caps comme le Tcheliouskinej peu saillants en general, les golfes mal ramifies, sauf les estuaires fluviaux tels que ceux de I'Obi et de Tlenissei. Les iles, comme la Nouvelle Siberie et la terre de Wrangel ne cdrrigent en rieq cette pauvret^ des decoupures du littoral.
La cdte du Pacifique ou sevit le climat continental est aussi bloquee par les glaces pendant les mois d'hiver, et le port de Yladivostock, citadelle navale des Russes, devra etre remplac6 et complete un jour ou Tautre par une station plus m6ridionale et mieux accessible.
Presque parall61ement a la rangee littorale du Sikota-Alin et separ6e du continent par le d6troit peu profond de Tartaric, reconvert chaque hiver de glace, s*allonge la grande ile Sagha-lien ou Sakhalin (63 000 kilometres carres). La population n'est que de 15000 habitants.
La c6te siberienne est en voie de soulevement. On a relrouve des coquilles arctiques incorporees a la vase qui occupe le fond des toundras. Sur certains points, I'^mersion du rivage a soiilev6, jusqu'i plus de 100 metres d^altitude, les amas de bois charries par les fleuves et qui garnissent les c6tes de la mer glaciale dune frange noire. Ces amas de bois qu*on rencontre atissi bien avant dans I'interieur sont designes sous le nom de « bois d'Adam » ou « bois de Noe » .
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Flore et faune. — Aux differentes zones climat^riques correspondent des zones de v^g^tation tr^s marquees. On en compte quatrc, qui sont du sud au nord :
1® La zone des steppes ou la p^riode des pluies et, par suite celle de la vegetation, se borne a quelques mois. Le sol ne produit que des mousses et une herbe rare;
2« La zone des terre& cultivables, large de 150 & 400 kilometres;
3^ La for^t marecageuse ou taiga. Les pentes septentrionales de I'Altai et des mont*^ Sajan, expos6es aux vents du nord-est, sont revetues d'une riche frondaison de pins, de cadres, de bouleaux. Vers le 60® parall61e cessent les arbres k feuilles caduques et se montrent les forSts de r^sineux, pins et sapins. La limite de la vegetation forestiere d^passe au nord le 72** degre, mais la brievete de I'ete, la s6cheresse du climat, les froids excessifs de rhiver ne permettent pas k la s^ve de circuler librement et aux arbres de prendre les proportions convenables. Dans la partie septentrionale, ils n'ont plus que 5^6 pieds de haut et 25 k 30 centimetres d'epaisseur. Dans le voisinage du Pacifique, au contraire, I'abondance des precipitations aniene une recrudescence de la vegetation forestiere. Meme on rencontre la vigne sauvage sur les bords de TOussouri ;
A^ Au dela du 70* et du 72® degre de latitude, Tabsence de chaleur determine une nouvelle region infertile. Ce sont les toundraSj vastes etendues oii la terre, profondement geiee, se couvre, quelques semaines seulement, de mousses et de lichens. Dans les endroits abrites se montrent quelques plantes k fleurs, quelques broussailles de sorbiers ou de bouleaux nains.
La Siberic est naturellement tres riche en especes animales des regions arctiques. On y trouve toutes les varietes des animaux k fourrures, ours, renards de toutes couleurs, marlres, zibelines, etc. Parmi les especes domestiques, I'animal le plus utile est le renne. Dans le voisinage des Mongols et des Khirgiz, on utilise le chameau et le yak. Le tigre se rencontre dans 1' Altai par 50^ de latitude.
Populations. — La Siberie, plus grande que I'Europe, a une population inferieure k celle de la HoUande (4300000 hab., soit 0,4 par kilometre carre. Quatre millions et demi appartiennent k la race slave. Les races primitives, connues sous le nom de Tchoudes, qu*on suppose d'origine finnoise, ont en
grande partie disparu. Les rameaux subsistants de cette population indigene sont les Vogoules, habitant le versant oriental de rOural, les Ostiaks, places k Testuaire de TObi, sur les rives de riftich et de la basse Tongouska, les Samoyedes, r^pandus dans toute la zone maritime^ etc. La race conquerante est celle des Mongols, k laquelle appartiennent les Tongomes qui dominent dans' la Sib^rie orientale, les Bouriates du Baikal, les KcUmoukSf etc. Les Vakoiites de la Lena se rattachent k la race torque ainsi que les Tchouvaches, les Ouriankhes^ etc. Dans les regions circumpolaires habitentles Tchouktchis. La plupart de ces peupies ont adopts le christianisme, mais ils sont demeur^s au fond» idol^tres.
Cr^ographie politiCiae. — La cpnqu^te de la Sib^rie par les Russes a conunence au xvi» si6cle par Texp^dition du Cosaque Yermak. Tobolsk fut fondee en 1587, Yakoutsk en 1632, Au milieu du xvii* si6cle, les colons, attires par I'appdt de Tor, atteignirent le littoral du Pacifique., L'Amour fut conquis une premiere fois en 1689. Depuis le milieu du xvui^ si^cle, la Sib^rie a re^u environ 1 million de formats ou exiles des deux sexes. Aujourd'hui, le nombre des d^port^s envoy^s en Sib^rie est d*environ 20 000 par an. La colonisation se d^veloppa au XIX® si^cle, grAce k Tabolition du servage. En 1876 fut cr^ee la province maritime de la Siberie orientale. Les trait^s de Tientsin (1858) et de P^kin (1860) ont donn6 aux Russes la rive droite. de rOussouri jusqu a rOc6an. D6s lors, la creation du port Yladivostock devint une base d'attaque contre la Coree.
La Siberie est divisee politiquement en deux grands gouvernements g^n^raux : Siberie occidentale, chef-lieu Omsk^ et Siberie orientale, chef-lieu IrkoulsL Les gouvernements generaux se subdivisent en gouvernements particuliers et en provinces. La province de V Amour est soumise k un regime militaire special et subdivis^e en regiments et bataiilons de cosaques.
La region oil les colons se pressent en plus grand nombre est la Transbaikalie, sur les confins mongols, si^ge d*un conunerce actif avec la Chine. Le gouvernement le plus peupld est celui de Tomsk (1,4 par kilom. carr^).
La plus grande ville est Irkoutsk (40000 hab.), qui doit sa prosp^rit^ aux relations commerciales avec Fempire chinois. L*ancienne capitale Tobolsk (20 000 hab.), au confluei^t de