‹ Afrique, Asie, OcéanieChapitre 51 sur 82 · ANATOLIE QU ASIE NIN£UI\E · texte numérisé non relu

ANATOLIE QU ASIE NIN£UI\E

quences : d*abord que cette contree doit oiTrir les plus grands contrastes dans ses conditions climatologiques et dans sa \eg^tation; ensuite que rextr^me varidte de son relief ne pent manquer de lui fournir tous les elements du pittoresque et ^u beau^ »

Climat. — L'Asie Mineure, comme Flran, se partage en deux zones climat^riques bien trancbees : le pourtour ext^rieur qui appartient au climat raediterran^en et le plateau int^rieur. La c^te septentrionale est exposee en partie aux courants polaires, mais, a Test, elle est abritee par le Caucase. La zone meridionale, protegee par le rebord du Taurus, est plus chaude. Sur les cdtes de TArchipel, les lies et les promontoires modifient k Tinfini le regime des vents (extremes de temperature k Srayrne : —4° et -4-59®; moyenne de la cdte meridionale : -1-14® et -f-29'^; moyenne d'Erzeroum, k 1900 metres d'altitude : -h 24® et — 10®).

Le littoral revolt la plus grande partie de ses pluies pendant les mois d'hiver, de novembre k mars. Les mois de juin et juillet ne fournissent k Smyrne que 4 centimetres seulement. L'interieur. du plateau, garanti par les bordures montagneuses contre Tinfiuence maritime, est singuli^rementplus sec. Quelques steppes et deserts rappellent, par leur dSveloppement, certalnes contr^es du Turkestan. Tel est le desert sale au nord de Konieh« presque au centre de la peninsule. La depression centrale a du etre le bassin d'une mer interieure aujourd*hui dessechee. Les nombreuses. nappes d'eau salee qui couvrent I'Anatolie sont entourees de vastes etendues tristes et desoiees revStues d'efHorescences salines. De mSme, ce plateau subit des exc^s de chaud et de froid, de brusques changements de temperature que ne connait point la zone maritime.

Hydrographie. — En general, TAsie Mineure est pauvre en eau. Le debit total de ses fleuves represente seulement le tiers du debit des fleuves franc^ais. Ces fleuves sont caracterises par leur irregularite de regime. Torrents souvent impetueux pendant la saison des pluies, ils sont quelquefois presque compietement desseches pendant les mois d*ete. En outre, leur cours, comme celui de tous les fleuves de hautes plaines, dessine des contours capricieux et decrit des meandres soit dans les siUons du plateau lui-meme, soit k travers les bordures montagneuses

i. De Tchihatchcf. Asie Mineure^

5tO ASIE.

ou Teau a dO se frayer un passage. Ces gorges portent le nom de boghaz. Tels sont le Sakaria (600 kil.), le Kml-Yrmaky ancien Halys (800 kil.), et le Yeschil-Yrmak (400), qui d^bouchent dans la n>er Noire, le Djihoun et le Seihouriy tributaires du golfe d*Alexandrette. Mais les fleuves qui se jettent dans FArchipel ont un moindre trajet k accompHr sur le plateau et ne percent point de barriere montagneuse; teur cours est done moins heurt^, leur regime moins variable, leur allure plus paisible. A cette categoric apparliennent le Ghediz (ancien Hermus) et le Meri' deres (Meandre) aux eaux lentes et profondes, aux innombrables circuits.

Mais les fleuves d*AsieMineureseressemblent par leur aspect; ils charrient une assez grande quantity d'alluvions et forraent des deltas. Le Seihoun et le Djihoun n'ont cesse. d'errer dans la plaine d'alluvions de 100 kilometres qu'ils ont formee. Souvent ils se sont unis. Aujourd*hui ils sont k 72 kilometres Fun de I'autre. Le travail des fleuves de I'archipel a consid^rablement modifie le dessin de la edte, comblant les golfes, rattachant les Sles au continent, enfouissant les villes sous la vase< I)e Tancien golfe oil se jetait le Meandre dans Fantiquit6, il ne reste qu'un petit lac situe kil kilometres de la mer en ligne droite. On a calcuie que depuis vingt-trois sifecles il avait conquis sur la mer une superficie de 300 kilometres carres. De mfime les empietements du Ghediz ont k demi ferme I'entree du golfe de Smyrne.

L'Asie Mineure est tres riche en lacs et en marais. A peu de distance de la c6te occidentale se succedent le lac Sabandja^ aux eaux douces et potables que Pline le Jeune proposait d'unir k la mer de Marmara et au pont Euxin, le.lac de Nicee ou Imikgheulf le lac d^Apollonia, le Manyas-gheul, le lac d*Eguerdir et le plus considerable de tous, le Touz-gheul, au fond dune depression (950 metres d'altitude, superficie : 1 000 kilometres carres). C'est une immense nappe salee. La couche de sel atteint en certains endroits jusqu'i 2 metres.

Cdtes. — Les articulations littorales de TAsie Mineure sont en rapport avec le relief.

Au nord, sur la mer Noire, les decoupures ne sont point tres profondes. Les principales baies sont celles de Trebizondey au 3ud-est du cap Sacre, les baies d'Ounieh et de SansouHj de chaque c6te du Yeschil Irmak, le golfe de Sinope et la baie A'Eregli. — La pointe la plus saillante est «telle de Sinope, au

ANATOUE OU ASIE MINEURE. ZH

sommet de la convexite que la c6te, en son milieu, pr^sente k la mer Noire — Les iles sont rares et m6me font tout k fait defaut.

Le littoral mMdional, bordS ^galement de tres pr^s par les moDtagnes, offre des contours assez rectilignes. Les sommets du Taurus lycien et du Taurus cilicien d^terminent deux ^normes saillies. A I'ouest du premier se creuse la bale de Makri, k Test se d6veloppe le golfe largement ouvert d'Adalia ou de Satalieh, Au del^ du cap d'Anemour^ qui termine I'avanc^e des monts de la Gilicie, la cdte se recourbe au nord, jusqu'aux bouches mar6cageuses du Seihoun et du Djihoun ; puis vient le golfe d*Manderoun ou d' Alexandrette 06 commence la cote syrienne. — Ces rivages de la Garamanie presque deserts aujourd'hui rappellent peu le littoral populeux et florissant de Tancienne Pamphylie et de la Gilicie.

Tandis qu*au nord et au sud les chaines bordi^res du plateau anatolien courent paralUlement k la mer Noire et k la H^diterranee, au contraire, k Test, les rameaux orient^s perpendiculairement k Tarchipel et les valines qu*ils enserrent, ont produit, par leur contact avec la mer, une richesse extreme de formes. Par le nombre infini et la vari^t^ de ses indentations, cette c6te rappelle TEurope. Le developpement total entre les Dardanelles et le d^troit de Rhodes est le quadruple de la distance directe — D*ailleurs en deux endroits la cdte europ^enne et la c6te asiatique se rapprochent et ne ^ont s^par^es que par des d^troits. Le Bosphore asiatique s*^tend sur une longueur de 38 kilometres; la largeur varie entre 3 700 metres et 700 metres seulcment. Les Dardanelles sont comme un grand fleuve de 67 kilometres, large de 7500 k 1 260 metres — Entre les deux s^etalela mer de Marmara, oi!i s*enfoncent les bales d'Ismid et de Gemlik et ou s'avance le promontoire 61eve de Cyrique. — A la sortie des Dardanelles, la c6te prend brusquement la direction du sud. L*archipel offre les golfes d'Edremid, de Tchandarlyky de Smyme, de Scalanova, Cette articulation est compl^t^e ar les iles de Thaso, Samothrakij Imbro^ Limni, k Touest des Dardanelles, TenedOj Mytilini ou Lesbos^ ChiOy SamOy Kalymno^ Ko et Rhodes, qui prolongent les promontoires asiatiques dans la direction de TEurope.

Dans le vaste golfe form6 par la rencontre de la c6te d'Anatolie et de la c6te syrienne se trouve la grande ile de Chypre (9 000 kilom. car,) Sa longueur est de 220 kilometres, sa largeur

de 12 kilometres seulement dans la longue ar^te de Karpas qui s*avance h Test. Entre le sillon montagneux du nord et le massif meridional de I'Olympe (2 000 m.) s'elend la plaine du Pidias, qui arrose la capitale Levkosia. EUe appartient k TAngleterre depuis 1878.

Flore et faune. — Pour la flore, comme pour le climate TAnatolie se divise en deux grandes zones distinctes. Tandis que le plateau interieur appartient veritablement au domainc des steppes, la c6te depend de la zone des produits mediterraneens, et par consequent des cultures arborescentes. Les arbousiers, les lauriers y prennent ua developpement remarquable. Les montagnes du nord renferment de grandes forets. On n*y trouve pas moins de 50 esp^ces de chines. Les essences speciales k la contree sont les cypres (I'arbre de Chypre), le noyer etlc platane, I'arbre anatolien par excellence. Le Taurus cilicien appartient k la region subtropicale. Sur les premieres pentes croissent les palmiers. Au-dessus s^eievent les arbres a feuilles caduques, puis viennent les coniferes, les cadres jusqu'a 2 000 metres. Plus haut, c'est le domaine de la brousse.

Presque partout les anciennes forSts ont disparu et le deboig ment a eu pour consequence une diminution de la faune. Le lion ne se rencontre plus que dans les gorges de la Lycie* L'hyene a ete exterminee. Sur les plateaux vivent des troupeaux de chevres et de moutons sauvages. Les chevaux sont rares. On emploie.beaucoup le chameau, introduit en Asie Mineure au xii* siede et qui s*est merveilleusement acclimate.

Population. — La population de TAsie Mineure est de 6. millions d'habitants environ. La majorite est turque^ mais on designe sous le nom de Turcs tous les musulmans sedentaires, quelle que soit leur origine. Les villes maritimes de TArchipel comptent aujourd'hui, comme dans Tantiquite, de nombreuses et riches colonies grecques. Les hommes de race hellenujue dominent meme dans les iles. L*Asie Mineure re^oit chaque annee un fort contingent d*immigrants. C*est par centaines de mille que s*y sont refugies les Thessalieus, les Thraces,les Bulgares, les Cosaques, les Tcherkesses. Ceux-ci, fuyant la domination russe^ ont ete cantonnes dans la plaine par le gouvernement turc.

Les Armeniens sont environ 2 millions en Turquie. Ne pouvant porter les armes ni se livrer au negoce, ils sont livres sans defense aux violences des races barbares qui les entourent.

ANATOLIE OU ASIB UIKEUKB. 315

Tcherkesses, Lazes et Kurdes. Les Lazet habitenl sur les bords de la nier Noire, de Batoum 4 Trebizonde. Les Kurdes, b. la fois guerriers el nomades, se d^placrat sans cesse. lis sonl environ 5 millions dont 1 million de Kurdes ollomaos. Ceux-ci resident

(ft-f'j/ 7 li S S^d fo fe^ So ZoiSo

Fie- 13. — DensiU de la popalalinii «D Asie UiDenre.

dans les villayets d'Erzeroum, de Diarbekir et de Bagdad, lis sont gouvernte par des chefs h^r^ditaires.

Gdographie politique. — 1/Asie Mineure proprement dile, province de I'empire turc, est divis^e en neuf villayets. Mais certaines regions ont une condition politique privilegi^e. Tela sont le Zeiloun, habits par environ 5 000 Armeniens refugi^s dans les montagnesdu Taurus, le £osan, occupe par 50 000 Kurdes au nord-ouest du golfe d 'Alex and rette, enfin Tile de Samot (468 kilom. carr. ; 40 000 habitants). Ella forme une principaut^ tributaira gouvern^e par un prince de nationalite grecque qui est Donun6 par la Porte et place sous la garantie de la Fraucer de I'Angleterre et de la Russie.

La capitale Smyme (180000 hab.), la plus puissante des colonies grecques, est entouree de villages tr6s populeiix. Scutari (75 000 hab.) est une simple d^pendance asiatique de Constantinople. Brousse (60 000 hab.). Sivas (40000 hab.), au point de rencontre des routes de caravane entre la mer Noire, TEuphrate, la M^diterranee. Konieh (40 000 hab.) au croisement des routes de Syrie et de Constantinople. Kaisariek (60 000 hab.), rendezvous des caravanes venant de la valine de TEuphrate aux marches de la mer Noire, de la mer.de Marmara, et de TArehipel.

Ama$ia, sur le Tosanli ou Iris, ville universilaire et centre industriel, Kastamouni, sur la route de Constantinople k Sansoun, Sinope, bon port de la mer Noire, Angora (Ancyre) sur im affluent du Sakaria AfiouwrKara-Hmar, grande ville dlndustriet sur la t^oute de Constantinople k Alep, Aidin, k droite de la valine du M^andre, Adana sur une branche navigable du Seihoun, Chio, Kos et Rhodes.

De TArm^nie, la Turquie poss^de uixe region de 200 000 kilometres Carres avec plus de 2 millions d'habitants. C'est le pays des sources de TEuphrate, la haute plaine d'Erzeroum riche et fertile, les bords du grand lac de Van. Les deux villes principales sont Tre'bizonde, au d^bouch^ de TArmenie et de la Perse, et Erzeroum. Cette ville de 60 000 habitants a une grande importance commerciale et politique. C'est le carrefour des caravanes entre le golfe Persique, la mer Caspienne, la mer Noire. C'est la forteresset commandant la valine de TEuphrate. Mais les Russes se sont rapproch^s en s*emparant de Kars : par la haute valine de TAras ils peuvent marcher sur Erzeroum. Enfin le voisinage de la Perse, maitresse aussi d*une partie de rArm^nie, j)eut aggraver encore pour la Turquie ces menaces.

66ographie iconomique. — Agriculture. — L*AsieHineure, dans son ensemble, est un pays essentiellement agrjcole. Mais Tagriculture, autrefois si florissante, gvkce k un ensemble puissant de travaux de toute nature, est tout k fait d^chue.

Les cer€a/e« prosp^rent jusqu'i une altitude 61ev6e et sc r6eoltent d^s le commencement de juin. lloranger, Yoliviery le figuieir surtout, donnent des produits fameux. La culture de la t;ijrne pour la production du vin, desliqueurs, des raisins secs^ est particuli^rement en progr^s. Les vignobles de Brousse sont r^oipi^^s et le vin de Chypre 6tait d^j^ c^l^bre k T^poque des croisades.

Page 1