‹ Afrique, Asie, OcéanieChapitre 8 sur 82 · DIVISIONS ADMINISTRATIVES · texte numérisé non relu

DIVISIONS ADMINISTRATIVES

D6partement d' Alger. — Chef-lieu: Alger (81800 hab. en 1892> capitaie intellectuelle de TAfrique mineure (ficoles superieures df»s Sciences et des Lettres, ficole de Droit, Ecole preparatoire de medecine, Mddraga ou ^cole indigene de jurisprudence musulmane, archevech^, cour d'appel).

Arrondissements : Tizi-Ouzou sur un seiiil qui commande l*entree de la Kabylie par le Sebaoui

MMeah a 920 metres dans le massif du m^me nom ;

Milianah ;

OrUansville sur le Chelift.

Ddpartement d*Oran. — Chef-lieu : Oran (74200 hab.), position militaire Ires forte, premiere vilie commerciale de TAlgerie.

Arrondissements: Tlemcen (30 000 hab.) a 800 metres, dominant les vallees de Tlsser et de la Tafna ;

Sidi'hel-Ahhh (21 000 hab.) sur le Sig, fondee en 48i9 pour defendre la route de Tlemcen a Mascara ;

Mascara a 585 metres, sur le versant sud du massif du m6me nom; ancienne capitaie d'Abd el-Kader ;

Mostaganeniy ancienne cite au sud de Tembouchure du Chc^liff.

Departement de Gonstantine. — Chef-lieu : Constantine (4C 000 hab.) a 600 metres, a Tentr^e des monts du Tell, sur un rocher a pic de trois c6tes ; ancienne Cirla, capitaie des rois numides ; chef-lieu de province romaine, puis d*un beylik turc; prise en octobre 4837 apres deux sieges memorables.

Arrondissements : Bone (30000 hab.) a 2 kil. de Tancienne- Uippone, quatrieme ville de I'Algerie par la population ;

L'AFRIQUE MINEUHE. 45

PbilippevUle {22000hab.}, ancienne Rusicada, cr^^e en 1858 pour servir de port a Gonstantine ;

Bougie (12000 hab.), ancienne Saldae et capitale d'un empire berr b^re, d^bouch^ de la Kabylie et des plateaux de S^iif, forte position militaire ;

Sitiff ancienne Sitifis, h 1100 metres, sur le plateau ;

GuelmOy dans la vallee de la Seybouse ;

Batna a i020 metres, poste militaire qui a remplac^ le castnun romain de Lambese au nord de TAures.

Z"" TuNisiE. — La Tunisie est gouvern^e par un bey, sous le protectorat de la France, proclam^ k la suite de la campagne de 1881, devenue necessaire par suite de Tattitude hostile quale predecesseur du bey actuel, pousse par les Italiens de la R^gence, ijvait cm devoir prendre contre nous. Maintenant, le pouvoir 4iutrefois absolu du bey est limite par les deux traites du Bardo (1881) et de la Marsa (1883) : ils soumcttent les actes du souverain au contr61e du resident general de France, qui dirige 1 administration, et dont le visa est necessaire pour la promulgation des lois.

Le gouvernement, dont le si^ge est Tunis (135 000 hab.), s'exerce par des ministres, les uns indigenes (premier ministre dirigeant les catds ou gouverneurs, ministre de la justice et de ta plume), les autres fran^ais : ministre de la guerre qui est le general commandant les troupes, directeurs des finances, des Iravaux publics, de I'enseignement ; le resident general luim^me remplit les fonctions de ministre des affaires etrang^res.

La Tunisie est divisee en caidats ou outdn administres par des prefets indigenes ou caids, qui ne peuvent plus ^tre nomm^s sans Tassentiment du resident. De plus, six contr61eurs frangais, ^ la Gouletfe, k Neheul, k Soime, au Kef, k Gafsa et a Sfax, s'assurent de la faQon dont les caids administrent et pergoiyent rimpdt, en meme temps qu'ils remplissent les fonctions consulaires (etat civil, etc.) vis-a-vis de leurs nationaux.

Une justice fran^aise a 6te instituee par la creation d*un tribunal de premiere instance k Tunis et de six justices de paipt k Tunis, laGoulette, Sousse, Sfax, le Kefei Bizerte, Leur juridiction s'6tend sur les Fran^ais, les indigenes en contestation avec •des Europ^ens, et, depuis ^'abolition des juridictions cpnsulaires , .€^ 1881,.sur tous les strangers. Un corps d^occupationfraji^ais . paye par la France occupe les principaux points strat^gigues €t est charge en particulier defaire respecter la fronti^re sud

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de la Tunisie contre les pillards tripalilains toujours tenths de la franchir.

DEUXI£HE SECTlOri AUTRES PAYS D£ L'AFRIQUE MINEUKE : COTE TRIPOLITAINE, CYR^NAIQUr

Limites de la zone mediterranienne. — Lorsqu^on a depasse la region de TAtlas, on ne rencontre plus de soul6vement important sur la c6te de TAfrique du nord. Aucune grande chaine ne la separe du desert du Sahara au sud ; aussi Taction du desert se fait-elle sentir jusque dans son voisinage imm6diat, et une etroite bande de terrain le long de la me^ participe seule au climat m6diterraneen. Les plateaux qui s'elevent k quelque distance dans Finterieur, Hamada el-Eomra^ Barka appartiennent de]k completement au desert, et on peut consid^rer leur rebord, qui se redresse en falaises quand on vient de la cdte, comme la limite extreme ou s'exerce rinfluence bienfaisante de la Mediterran^e. Du reste, en bien des endroit& la transition est insensible entre les deux domaines climateriques, et il est difficile de dire, par exemple, si les rives de la grande Syrte, ou se confondent les plantes mediterraneennes et desertiques, appartiennent & la Mediterran^e plut6tqu*au Sahara.

Relief et cdtes. — La cdte tripolitaine qui s'etend a Test de la petite Syrte est d*abord un pays bas, sablonneux, ou Yon ne voit guere que des bancs de sable, des marais, des lagunes et des ecueils. G'est la zone des salines; Tune d*elles, la Sebkha el-- MekhbaSf a ^te exploit^e par les V^nitiens d^s le xni^' si^cle. Les campagnes plus fertiles de Tripoli lui succedent; \k s'ouvre 6galement le seul port de cette c6te, k Tabri d*une jet^e naturelle d'^cueils. II n*est pas comparable du reste aux ports de la Tunisie, car tant qu'on n'aura pas reli6 les recifs par un veritable mdle, les temp^tes du nord pourront jeter les navires k la cdte. La barre ne permet Tenlree qu'aux navires calant moina. de 5 metres. Dans toute cette partie de la Tripolitaine, les hauteurs se maintiennent loin de la c6te ; ce sont les croupes qui marquent la fin des plateaux sahariens : djebel DouiraU NefoUsa^ Yefren (600 a 800 met.) et djebel Ghouridn (675 ma.),^dont lesfalaises d^chiquetees s'avancent comme des p^dmontoifes dans, la plaine, h une distance de 60 a 100 kilometres de la c6te.

L'APBIQUE MINEURE. 47

Au deU dc Tripoli, les plateaux se rapprochent et la c(ite eUem^e devient rocheuse au cap el-Tadjoura : c'est la region des collines de Mesellata et de la haute plaine de Tarhana (300 m^t.) ; \k s*ouvrent aussi quelques anses sans profondeur, dont Tune abrita dans I'antiquit^ une ville florissante : Leptis Magna, dont on Yoit encore le in6le ensabl^. Le village de Lebda Ta remplacee.

Au dela, le rivage de la grande Syrte n*offre sur 500 kilometres ni une ville, ni un port. « La grande Syrte est comme le champ de bataille de la mer et du Sahara. Les vagues do Tune, pouss6es durant neuf moispar les vents du Nord, luttent ici avec les sables de Tautre, et le rivage n'offre qu'une alternative de dunes mouvantes, de marais salants et de plaines couvertes d'une couche de sel de trois k quatre pouces d'^paisseur. Le golfe n*est pas plus sOr pour les navires que la cdte pour les cara vanes; le courant qui porte les eaux ^ I'est se brise contrc le plateau de Barka, et est reil^chi en mille directions qui causent au milieu de ces bas-fonds une agitation extreme et dangereuse*.... »

La cdte arrondie du plateau de Barka vaut mieux que la prd^ cedente. Le rebord du plateau, qui en est en mSme temps le faite, le Djebel Akhdar, dont les cimes d^passent 1000 metres a Touest, se dresse dans le voisinage imm^diat de la cdte, ou ses derniers contreforts forment des caps escarp^s, et abritent quelques ports assez surs. Benghaziy k Fabri d*un de ces promontoires rocheux, s'est malheureusement ensabl^ depuis Tantiquite; les navires de plus de 2 m. 50 ne peuvent plus entrer dans leport. Tolmitah, Tancienne Ptolemais, est une crique bien abritee, mais egalement peu profonde; Marsa Sousa (autrefois Apollonia, le port de Cyrene) est un petit port bon seulement pour les petits navires; le golfe de Bomba est ouvert aux vents du large. Mais plus loin, aubas du plateau calcairede la itfarmarique (500 m6t. environ) dont les^. escarpements se prolongent paralieiement k la c6te jusqu'en Egypte, la baie de Tobrouk forme un vaste port de 3 kilometres, profond de plus de 40 metres et encore mieux abrite par la nature que Bougie, car il n*est ouvert absolument qu*au vent d*Est.

Climat. — A Tabaissement du relief correspond sur la cote

i. Victor Duruy, Bistoire des Bomaina,

Iripolilaine la diminution des pluies. On n'a pas encore inesure exactement la quantite annuelle qui tombe k Tripoli, mais il est certain qu^elle n*est pas bien differente de celle d'Alexandrie (22 cent.). Les djebel qui arr^tent les nuagcs venant du nord, 8ont mieux arroses que la cdte mSme : le versant nord du Ghourian par exemple a des eaux courantes et quelquefois des crues subites remplissent le lit des ou4di jusqu a la mer. Les pentes du Djebel Akhdar doivent de m^nie k leur altitude les ruisseaux et la verdure qui font de cette partie de la (]yrenaique une contr6e privilegiee de la cdte d'Afrique, celle ou les anciens avaient peut-^tre plac^ leur jardin des Hesperides.

La temperature augmente sur la cdte tripolitaine en proportion de la raret6 des pluies; en outre le sirocco ou vent du Sahara y apporte souvent une poussi^re et une chaleur insupportables.

Hydrographie. — Les ou^di de la Tripolitaine (oued So-

1 fedjiUy oued Zemzem, etc.) ne sont naturellement permanents qu'2i leur tSte dans le djebel, sous forme de petits ruisseaux. Leurs crues pourraient cependant dtre utilis^es pour Tirrigation, et 1^ encore les Romains nous ont donne I'exemple des barrages k Tissue des ravins du Ghourian et de la Gyr^naique.

Flore et fauna. — La flore et la faune de cette contree hybride sont un melange d'esp^ces mediterraneennes et d6sertiques. Volivier croit en for^ts sur le Ghourian et le Djebel Akhdar, tandis quun.vaste bois de datliers, entoure Tripoli. De mdme Vamandierj le grenadier^ le flguier, le lentisque et mille autres broussailles y rappellent TEurope meridionale, tandis que le palmier dounij Vacacia talha font penser au desert. Ija faune,

, tr6s pauvre du reste, offre le m^me contraste : le boeuf d'Europe y c6toie le chameau. Les animaux des steppes, gerboises,

, gazelles, lezards sont les plus communs.

Population et gdographie politique. — De m^me que dans le Maghreb, les Berb^res tripoli tains se sont maintenus surtout dans la montagne, tandis que les Arabes occupent les plaines. Les indigenes des djebel Yefren, Nefousa, Ghourian sont analogues aux Kabyle3 par T^nergie qu'ils apportent k d^fendre leur independance et k cultiver leur sol. Une partie d'entre eux est

,. troglodyte, c'est-k-dire habite des maisons creus^es dans, le roc.

Des tribus d'Arabes nomades, Orfellay Aoulad Slimdn, Aoulnd

Khris errent le long de la grande Syrte ; ils sont brigands par

gout et pasteurs par necessite : une de leurs tribus, les Bou' Saefi, est renommee pour la beauts de ses chameaux. Le Barka tout entier est peiiple d'Arabes (Zouya, Aouaghir, etc.).

La Tripolitaine, etat independant jusqu'en 1855, forme depuis un vilayet ou province turque, gouveriK^e par un valif assists d'un certain nombre de sous-gouverneurs ou moutoi-' sarif et de chefs de canton ou katmakam, distribues dans des cMteaux forts aux points strat^giques de la contr^e. Tels sont le Kasr-Yefrin et le Kasr-Ghouridny qni surveillent, perches sur les plus hautes crates, les populations remuantes du djebel. Mais Tautorite turque n'est que nominale sur les bords de la grande Syrte et le Barka. Les brigands Ourfella et autres n'ob^issent k personne, et les Arabes de la Cyr^naique sont k b d^YoUon du chef de la fameuse confr^rie religieuse des Senousi» qui leur envoie ses ordres du fond du Sahara.

TROISlfiME SECTION G^OfllRAPHIE iCONOMlQUE DE L'AFRIQUE ININEURE

De Tensemble des pays qui composent TAfrique Mineure, on peut dire ce qui est si vrai de TAlg^rie, k savoir qu'ils ne sont que le complement des pays europ^ens qui leur font face, lis fournissent en abondance tout ce que lescdtes septentrionales, a la lisi^re ^troite, ne sauraient donner en quantite suffisante. Ce sont d*admirables colonies, dont la valeur est encore rehauss^e par leur proximity meme. Ce n'est pas d*hier que toute cette region a pris de I'importance pour les diverses peninsules du continent. Cyr^ne fut deja, plusieurs si^cles avant Jesus-Christ, une colonie grecque prospere. Pius tard Carthage put un instant balancer la fortune de Rome, et tout le pays, de Gab6s jusqu'^ rOc^an, resta jusqu'^ la fin de la domination romaine le grenier de Tempire; des mines nombreuses attestent encore le souci que prenaient les Romains de sa prosp6rit6. Cette oeuvre remarquable de colonisation savante disparut bientdt sous les coups des barbares, et les Arabes ne firent rien dans la suite pour la restaurer. Ce n'est que depuis une cinquantaine d'ann^es que,

GjgOG. CL. 3*. ^

sur I'iniliative de la France, tous ces pays onl repris pour TEurope une r^elle valeur.

Agricalture, aptitude naturelle. — Noiis avons vii que cette contree appartient dans Tensemble k la zone mMiterran^enne. Toutefois la diversite du relief et les diffi^rences d exposition permettent d'^tablir certaines distinctions. L'ancienne Cyrenaique, le pays de Barka, forme une sorte d*ilot, riche en c^r^ales et en fruits. Le reste de la c6te tripolitaine touche presque au desert; les cultures proprement dites n'y ont pas d*importance. Les pays de T Atlas ont une bien autre \aleur, mais TAlgerie n*est pas la region la plus favoris^e. Dans le Tell, la zone la plus fertile, prosp^rent les cereales, les oliviers, la vigne. Les hauts plateaux, propres seulement k Televage et k la culture de Talfa, occupent dans notre colonic une surface d^mesuree.

Au dela des fronti^res alg^riennes, k Test et k Touest, les hauts plateaux plus d^meinbres, plus articul^s, plus ouverts aux vents humides, sont moins st6riles. En Tunisie et dans le Maroc, il n'y a veritablement que le Tell et le desert; ces deux pays, offrent relativement beaucoup plus d'espace k la culture que la region centrale : les travaux d'irrigation y sont plus faciles, les cours d*eau plus abondants. Le Maroc surtout, d'apr^s I'avis de la plupart des voyageurs, « ne saurait §tre trop Yant6 ». Tout le Tersant qui regarde TOc^an est d*une f^condite prodigieuse. Les prohibitions mises k Texportation par le gouvernement ont seules, jusqu'^ present, emp^che I'extension des cultures.

Dans ces divers pays, Vamenagement des eaux est une oeuvre de premiere n^cessit^. Dans la region cultivable de TAlg^rie et de la Tunisie, les Fran<^ais ont ^tabli de nonibreux barrages et construit de vastes reservoirs, dont plusieurs sont renouvel^s de I'epoque romaine. Dans le Maroc, certains fleuves, comme rOued Draa, sont captes entierement par I'irrigation et leurs eaux ne parviennent que rarement k la mer.

Un fleau, redoutable pour les regions de I'Atlas, c'est Tinvasion des bauterelles ou plut6t d une esp^ce particuli^re de criquets, dont les nuees epaisses ont souvent r^duit k la famine les regions les plus favoris6es.

Les pays de TAtlas, et surtout la Tripolitaine, ne sont pas fa- Yorables en g^n^ral k la vegetayion forestiere. G'est d'ailleurs, on je sait, un trait caracteristique de toute la zone de climat m^dir

L'AFRIQUE HINEURE. (1

terran^en ; bien des espaces ne sont en r^alit6 que des broussailles, des taillis peu eley6s» ce qu*on appelle en un mot le ma" quis. Ce n'est que dans les massifs montagneux, ou les eaux se d^versent avec plus d*abondance, que les arbres sont d'une belle venue. Ce sont les massifs les mieux articul^s, les mieux arros^s de Test et de I'ouest qui renferment les plus belles fordts : Haroc, province de Constantine, Tunisie.

Ces for^ts, si n^cessaires en ce pays plus qu'en tout autre comme reservoir d*bumidit6 et de fraicheur, ne sont encore d*autre part que faiblement exploit^es, mdme en Alg^rie. L*absence de moyens de communications faciles est la cause de cette situation encore precaire, non moins que les incendies auxquels la main de Thomme n*est pas ^trang^re. Actuellement il coiUte moins cher de faire venir en tel endroit d'AIg^rie des bois de Su^de que d'une fordt situ^e k quelques kilometres. Les plus beaux fOts de chSne ne sont utilises que pour le charbon.

Les principales essences sont les pins, le ch^ne vert, le ch^nelifege, i'olivier sauvage. Le ch^ne-li^ge couvre plus de 500000 hectares et pourrait foumir, tant k r£tat qu'aux particuliers, d'immenses ressources.

Les CULTURES ALiMENTAiRES out ^ih k T^poquo romaino la principale richesse de tout ce pays. C*est pour les d6velopper que les Remains ont ex^cut6 ces vastes travaux d'irrigation que nous admirons encore. D*immenses cargaisons de bl^ ^taient en effet transportees chaque ann^e en Italic.

Les cereales sont au premier rang de ces plantes alimentaires. Mais la terre ne les fournit plus en aussi grande quantity qu*autrefois. Les premiers colons qui se sont ^tablis en Alg6rie comme dans un Eldorado ont appris k leurs d^pens que la terre n*y produit pas sans travail. Les grandes plaines de la Tunisie et sur*tout du Maroc offrent d'ailleurs beaucoup plus d*espace encore que rAlg6rie k cette culture ; mais les r^coltes n'y atteignent pas le dixi^me de ce que le sol pent donner

Les cereales sont une des principales ressources d avenir des pays de TAtlas. La consommation de froment deviendra toujours plus grande en Europe, k mesure que les progr^s du bien-Stre le feront parlout substituer au seigle. Quelles que soient les ressources qu'offrent k cet 6gard la Russie, les Etats-Unis, Tlnde, il pent etre en tout cas tr6s avantageux pour divers pays d'Eurppe de trouver ainsi, k portee, les provisions de bl6 qui leur

sont n^cessaires. On a calculi qu'il suffirait de deux mauvaises r^coltes successives dans les pays producteurs pour amener la disette. La culture des cer6ales, qui seront toujours un objet de premiere necessity, peut done sans danger prendre une grande extension dans toute TAfrique septentrionale.

Le ble et Yorge sont les cereales les plus abondantes. Le ble dur, qui est indigene, est particuli^rement estim^ en Europe pour la fabrication des p^tes. Le mats^ le millet r^ussissent ^galement partout.

Les cultures maratcheres sont tr6s d^veloppees dans tous les Etats barbaresques. On sait le rdle que jouent les primeurs d*Alg6rie surnos marches fran^ais. Les legumes (pois, f^ves, etc.) sont au premier rang des exportations du Maroc.

Mais les cultores arboresgentes ont encore plus d'importance. Les fruits ont 6t6 de tout temps la principale richesse agricole de laTripolitaine; etles pays de 1' Atlas ne sont pas moins favorables ileur production que les cdtes europ6ennes, si celebres, quileur font face de Tautre cdt6 de la M^diterranee : Fet^ m^diterran^en, chaud et sec, est tres propice k la maturation.

Volivier vient partout k Tetat sauvage, et couvre de vastes ^tendues forestiferes depuis la Cyr6Haique jusqu'au d6troit de Gibraltar. Mais les arbres greffes sont encore en trop petit nombre, et les huiles, mal pr^par^es par les indigenes, ne sont encore employees qu*k la fabrication des savons. C'est de Marseille que, par une 6trange bizarrerie, I'Alg^rie re^oit les huiles comestibles n§cessaires a sa consommation. L'olivier exige peu d'humidite et sa culture peut s'6tendre utilement jusqu'a la lisiere du desert, tandis qu'en Europe la zone ou il reussit est relativement etroite.

Le figuier supporte encore mieux la s^cheresse et donne d'excellents fruits.

Voranger et le dtronnier demandent au contraire moins de chaleur et plus d'humidit6 ; ils sont nombreux surtout dans la zone ]ittorale.

Dans les possessions fran^aises, en Algerie et en Tunisie, c'est la vigne qui jouit actuellement de la plus grande faveur. Les plantations se sont surtout developpees k partir de 1878, k la suite des d^sastres qui frapp6rent la m^tropole ; les vignobles pro^ ductifs representent aujourd*huilOOOOO hectares, qui ont donn^^ en 1890, 3 millions d'hcclolitres. II est toutefois permis de se demander si la reconstitution tr^s rapide du vignoble de la m^tro-

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pole et raccFoissement tr^s remarquable de la production nd porteront pas un coup sensible aux vignes africaines. La consommation du vin n*est pas illimit^e, et les d^bouch^s sont en definitive assez restreints.

Parmi les cultures industrielles, le colon, n^est plus cultiv^ sur un espace considerable. Le sol et le climat sont pourtant tr^s propices k cette culture, de m^me que la Tunisie et le Maroc. Hais I'abondaDce de la laine, qui fournit largement aux besoins des indigenes, n'en a pas favorise Textension.

Le lin n'a pas beaucoup plus d'importance; la seule plante textile qui soit Tobjet d'un commerce actif est Yalfa; mais c'est une culture propre aux plateaux et qui n'est par consequent r6pandue qu*en Alg^rie. On Temploie surtout en Angleterre k la fabrication du papier.

La culture du tabac s etend de la Tripolitaine au Maroc, mais elle n*est vraiment induslrielle qu*en Algerie, d'ou TEtat fran^aia tire dejk de grosses cargaisons pour ses manufactures du continent.

Telles sont a peu pr^s toutes les cultures qui font jusqu'& present I'objet d'une exploitation serieuse, dans TAfrique septentrionale, mais il s'en faut qu'elles ^puisent la liste de ce que ce pays fortune pourrait fournir.

Edrisi nous assure que la region occidentale du Maroc recoltait de son temps le meilleur sucre de Tunivers entier. Les arachides pourraient 6galement y prosp6rer, de m^me que I'indigo, la garance, qui ne sont encore produits qu'en faibles quantites. Mais le climat et le sol seraient surtout favorables dans le Tell, en Tunisie, dans les plaines occidentals du Maroc h la culture du murier, qui pourrait recevoir utilement une grande extension.

On voit en resume de quelles sources de richesse nombreuses et abondantes dispose ce pays.

L'elkvage est aussi susceptible dun grand d^veloppement. Mais il faut faire une distinction. Dans toute la region tournee vers la Mediterranee et soumise au climat sec de cette mer, I'elevage du gros betail n*y rencontrera jamais des conditions coraparables k ceUes de nos provinces. du nord-ouest, des Pays-Bas ou de r Angleterre; mais les plaines du Maroc qui regardent vers rAtlantique, et que visitent plus frequemment les vents pluvieux, offrent deja des conditions meilleures On compte plus de 6 mil-

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lions de b^tes k cornes dans le Haroc, 1 million seulement en Alg^rie.

Les hauts plateaux, que leur climat extreme, leur secheresse estiyale rendent impropres k Televage du gros betail, conviennent mieux aux moutons et aux chevres, qui parcourent plus faciiement de grands espaces pour trouver leur nourriture. C'est toutefois le Maroc qui Temporle encore de beaucoup ; bien que Texportation des moutons y soit interdite, il en renferme plus de 40 millions de t6tes et 12 millions de ch^vres; TAlgdrie n*est riche k peine que de 10 millions de moutons et de 4 millions de ch^vres. Les chevaux, qui sont celfebres pour Ffl^gance de leurs formes, leur endurance et leur sobri6t6, ne sont pas nombreux et la race a beaucoup deg^n^r^. Les dues et les mulets, que le Maroc nourrit au nombre de plusieurs millions, rendent beaucoup plus de services aux indigenes; le chameau est Fanimal par excellence du desert et de la region des oasis : TAfrique Mineure en renferme peut-^tre un million.

Les volailles ne sont nombreuses en Alg^rie que depuis la colonisation frangaise, mais elles puUulent au Maroc, qui exporte chaque annee des oeufs pour plus d'un million d« francs. L'61evage des autruchesy qui sembie devoir r^ussir en Alg^rie, n*est pas encore sorti de la periode des debuts et des t^tonnements.

En somme la Tunisie, ou les animaux sont encore si rares, et le Maroc occidental deviendront faciiement de grands pays d'elevage, favorables a la fois au d6teloppement du gros et du petit b^ tail; TAlg^riegardera de preference la sp^cialite du mouton et de la ch^vre. Elle exp^die d^j^ dans la metropole chaque ann^e 800 000 t^tes d'animaux k viande; les cuirs, les peaux de chevre, les laines sont aussi parmi les articles d'exportation les plus importants du Maroc.

La chasse est une des grandes ressources alimentaires de TAlg6rie et de la Tunisie, mais la peche a une valeur beaucoup plus importante. Les cdtes, tr6s poissonneuses, donnent aux p^cheurs d'abondantes cargaisons de thons et de sardines; les Sponges sont r^coltees sur le littoral de la Tunisie m^ridionale et de la Tripolitaine ; le corail est extrait des rochers qni bordent la c6te d'Algerie depuis Tile de Tabarka jusqu'^ B6ne.

Les pays de TAfrique Mineure sont done riches en ressources agricoles de toute nature, mais ces ressources sont encore loin

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d'avoip atteint le developpcment qu'elles peuvent recevoir. Les campagnes si fertiles des pays de Barka sont presque inhabit^es, et les modes d*exploitation y sont rudimentaires; l*Algerie et la Tunisie, plus avancees, gr^ce k la colonisation fran^aise, peuvent encore augmenter leur richesse. Mais le Haroc surtout, qui est sans contredit, avec la Tunisie, la contr^e la plus favoris^e de TAfrique du Nord et qui a, de plus, sur ce dernier pays Tavantage d*une plus grande ^tendue, peut esp^rer un plus grand avenir.

Industrie. — La Tripolitaine, TAlg^rie-Tunisie, le Maroc sont des pays essentiellement agricoles. La condition premiere d*un grand d^yeloppement industriel, la houille, fait a peu pr^s defaut et les gisements qu*on a d^couverts ^k et 1^ ne donnent qu*un combustible mediocre et sont d'une exploitation difficile et codteuse.

Les autres minerais sont plus abondants et meilleurs, mais ils ne sont encore utilises qu'en Algerie, le gouvernement cheriffien s'est obstinement oppos6 jusqu*k ce jour k toute entreprise dont le premier r^sultat eut 6t6, pensait-il, de livrer sans defense le Maroc aux etrangars.

L'Algerie et la Tunisie sont particuliferement riches en fer; le massif de TEdough dans la province de Gonstantine en possede k Ain-Mokra des mines fameuses. d'ou on extrait en moyenne plus de 200000 tonnes. La compagnie de Mokta el-Hadid, qui est concessionnaire de ces mines, exploite egalement des gisements precieux en Tunisie, dans le pays Rhroumir, et aux environs du cap Serrat. Bien que les frais de transport accroissent sensiblement le prix de revient, les fers alg^riens et tunisiens, qui sont d'une qualite superieure, et particulierement propres k la fabrication des aciers, trouvent facilement acheleurs. Des mini^res nouvelles, ouvertes k Beni-Saf dans la province d'Oran, donnent d^j^ pr^s de 550000 tonnes.

L*Alg6rie possede Egalement de riches mines de cuivre, mais le Maroc semble k cet egard plus favoris^. Les depots qui existent dans rOued-Sous, au nord de Taroudant, sont connus de longue date et ils ont donne naissance k une branche d'industrie tres prosp6re (chaudronnerie).

Des mines de plomb argentiferCy de mercure, d'antimoine, de zinCy ont 6te reconhues en plusieurs endroits.

Le set gemme est commun dans le Maroc, et les Ghotts d'Alg6-

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rie et de Tunisie sont d'inepuisables reservoirs qui pourront donner lieu a un important commerce.

L* Atlas et les chaines du littoral sont riches en carrieres : le calcaire, le granit, le platre, le calcaire hydraulique sont facilement exploites. D'abondants d6p6ts dHargiles servent en Tunisie et dans le Maroc k une active industrie de poteries. Enfm les carrieres de marbre, exploit^es deja par les Romains en Numidie, fournissent encore d*6normes blocs estimes sur le marche europeen.

Vindustrie proprement dite est plut6t en decadence. L'influence europeenne ne lui a pas 6te favorable. Au Maroc toutefois, grace a I'isolement, les traditions originales se sont mieux maintenues. Mais la aussi, les marchandises europ^ennes penetrent de plus en plus, refoulant par leur bon march6 les produits du pays. II n'y a pas d ailleurs k proprement parler d'industries verilables, ce sont plutdt des corps de metiers, dont les artisans parfois tr^s babiles s'adonnent a la fabrication sp6ciale de telle QU telle categorie d'objets.

. La vieille industrie des tissus en laine et en poil de chfevre est la plus renommee; elle occupe peut-etre plus de 25000 ouvriers; les tapis du Mzab en Algerie, ceux de Rbat au Maroc, sont celfebres. On sait la vieille renommee des « maroquins » dont Maroc a deja perdu la specialite, transport^e k Fez. Le Maroc envoie chaque annee k Alexandrie et en Europe pour pres d*un million de babouches et d'objets travaillcs en cuir. La fabrication des poteries, la trempe des armes meritent aussi d'etre citees, mais ces diverses industries, tant en Algerie et Tunisie qu au Maroc, ne sont plus guere aliment^es que par la vente aux etrangers de curiosites locales.

Commerce. Voles de communication. — La question du commerce et des voies de communication est complexe dans les divers pays de I'Afrique septentrionale. Ces pays n'ont pas en effet seulement d'importance par eux-m^mes; ils servent en outre de debouches et de portes d*entr6e k toute une partie du Soudan.

A ne considerer d'abord que le commerce interieur, TAfrique du nord n'est pas favoris6e sous le rapport des voies de communication naturelles. Ce n'est que sur TOcean que, gr^ce k r^tendue plus considerable des plaines, les fleuves pourraient faciliter les echanges. Mais la plupart sont epuisespar la canali-

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sation agricole ; on ne peut guere en definitive citer comme voie navigable que TOued Sebou, que les grosses barques pourraient pendant la plus grande partie de I'annee remonter jusqu'^ Fez; mais jusqu'a present 11 n'est pas utilise.

Les routes sillonnent dej^ les colonies frangaises d*Alg^rie et de Tiinisie sur pres de 15 000 kilometres, raais au Maroc les chemins sont detestables, tous les transports se font k dos de chameau, ce qui en majore singulieremenl le coAt. Les routes seraient d^ailleurs difficiles d construire daus ce pays, ou les torrents, k sec pendant dix mois de Tann^e, prennent tout k coup d*enormes proportions et doivent ^tre par consequent franchis sur d'immenses ponts, solidement construits. La route de Fez a Mequinez, mal entretenue, est la seule que possfede encore le Maroc; il faut pr^s de deux semaines aux missions europeennes pour se rendre de Tanger k Fez. Le gouvernement du Sultan ne fait rien d'ailleurs pour ameliorer cctte situation; il craint d'ouvrir trop large la porte a I'influence des Europeens et on salt toutes les difficultes qu'il oppose k I'etablissement de phares, de lignes tel^graphiques, k la pose de cables sous-marins.

A plus forte raison les chemins de fer n*existent-ils que dans les possessions frangaises. On a d^']k eu Toccasion de marquer, dans un volume precedent, les lois g6n6rales de la construction du reseau algerien-tunisien et les besoins 6conomiques auxquels il r6pond; on n'insistera pas ici.

Les Etats barbaresques sont le debouch^ du Soudan, du c6t6 de I'Europe ; mais, k ce point de vue encore, ce n'est pas TAlgerie qui est le plus favorisee. Les ports de notre colonic sont en effet de tous ceux de TAfrique du nord les plus 61oignes du desert et ils en sont de plus s6pares par une large bande de plateaux eleves. II est vrai que la proximity g6om6trique n'est pas le seul fait a considerer, dans I'etude de la concurrence que se font les peuples mediterraneens pour Texploitation du Soudan. Ce ne sera pas dej^ trop des ressources de TAlgerie-Tunisie, pour amortir, par un supplement de convois, les frais d'une entreprise transsaharienne. Tant que TAlg^rie est rest6e sous la domination arabe, de nombreuses caravanes avaient encore Alger comme point d'attache ; mais, depuis que les Frangais se sont 6tablis dans le pays, elles ont enti^rement abandonne cette direction, pour obliqueri Test vers Tripoli, k I'ouest vers le Maroc. De ce

dernier cdt6 c'est Agadirj situe sur le versant sud de TAtlas, qui a ^U pendant des si^cles le point de depart de la route suivie par les caravanes. C'est aujourd'hui Mogador, en de^^ des montagnes, qui attire la plus grande partie des denr^es du Soudan dirigees vers le Maroc.

Mais c'est sans contredit la Tripolitaine qui offre, k ne considerer que le Soudan, pour les communications avec Tinterieur les facilit^s les plus grandes, etc*estle premier rdle economique de ce pays. En revanche les ports des Syrtes sont mauvais et dangereux. On a deiji emis I'id^e de la constiuction possible d'une voie ferree qui uuirait Tripoli ou plutdt le fond du golfe de Sydra au lac Tchad et se prolongerait jusqu'au golfe de Guin^e.

A ces rontes dirigees dans le sens du m6ridien, il convient d*aj outer le cherain tr6s frequents qui court trans versalement aux premieres et conduit les pelerins du Maroc k Alexandrie et au Gaire, puis de Ik k la Mecque. De nombreuses marchandises suivent annuelleraent cette voie.

Le commerce interieur est assez actif, mais surtout en Alg^rie, ou la delimitation tr6s nette entre les pays de plaine, les plateaux et le desert, n6cessite entre les populations qui habitent ces diverges regions des ^changes nombreux.

Le commerce exterieur des pays de TAfrique Mineure est sollicit6 et favoris6 tout k la fois par le voisinage de FEurope et par leur situation sur le passage des innombrables steamers qui sillonnent constamment la M^diterran^e. L'Algerie et la Tunisie, dont les forces productives se developpent rapidement, occupent d^}k une place importante dans le mouvement general du trafic et leurs relations avec les divers pays mediterraneens et surtout avec la France prennent de jour en jour une extension plus grande.

Mais le Maroc et la Tripolitaine sont rest6s jusqu*^ ce jour comme des pays perdus, peu connus et encore moins fr6quentes. 11 ne faut pas seulement chercher la cause de ce phenomene bizarre dans Tctat politique deplorable dont ils souffrent tous deux. II vient aussi de ce qu'ils sont places en face de deux p6ninsules europ^ennes, qui produisent en suffisance tout ce qu'ils donnent eux-m^mes. L'Espagne surtout, pays veritablement africain, peu peupl6 d'autre part et peu riche, n'est pas press^e de s'emparer d*un pays dont elle ne tirerait autre chose que ce que son sol lui

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donne dejk et Tltalie n'^prouve pas un besoin plus pressant dc demander k la Gyr^naique des bl^s ou des fruits. La France, qui ne poss^de sur la H^diterran^e qu'une bordure ^troite, etait pouss^e par des n^cessit^s ^conomiques bien autrement imperieuses k s*emparer de I'Alg^rie et dela Tunisie. Les pays au sol plus pauvre, k la population plus dense, du nord de I'Europe, TAngleterre et I'Allemagne ont encore de bien plus fortes raisons pour vouloir exploiter k leur profit les pays m^diterran^ens; la derni6re surtout, qui ne peut trouver dans ses colonies les ressources dont dispose sa rivale. Et voil^ pourquoi tant de convoitises s agitent actuellement autour du Maroc et k un moindre degre autour de la Tripolitaine.

Le commerce de la Tripolitaine atteint peut-^tre 20 k 25 mil* ' lions de francs, mais il est difHcile d'indiquer exactement la proportion des importations et des exportations. Les premieres consistent surtout en cotonnades, en m^taux, en quincaillerie et d*une fa^on g^n^rale en objets fabriqu^s de toute nature. Les a ^cus de Marie-Th^r^se » destines au commerce du Soudan, ou ils servent de monnaie, forment aussi un appoint considerable dans les importations. La Tripolitaine exporte de Talfa pour plusieurs millions de francs, des c^r^ales, du b^tail, des peaux etdes laines, du beurre, des fruits, des dattes, etc., du sel et de la sonde, des eponges. C'est enfin par le port de Tripoli que s* expedient en Europe les marchandises apportees du Soudan par les caraTanes : plumes d'autruche, poudre d'or, ivoire, encens. Ce commerce de transit a beaucoup perdu d'ailleurs de son importance. On evalue k environ 5 millions de francs la valeur des ^changes annuels qui s'effectuent entre la Tripolitaine et le Soudan.

C'est avec TAngleterre et plus specialement avec Tile de Malte que la Tripolitaine entretient les relations les plus actives. Lltalie, la France, la Turquie viennent ensuite, mais bien lorn derriere le pavilion britannique.

Les deux ports principaux sont Tripoli (450 000 tonnes) et Benghazi (300 000 tonnes). Ce dernier s'est developp6 rapidement depuis quelques ann^es. La valeur de son commerce a quadruple en huit ans.

Le commerce exterieur du Maroc se chiffre par une valeur de 85 ^ 90 millions de francs. Les importations sont leg^rement superieures aux exportations; elies comprennent les colonnades,

soieries, lainages, le sucre, le th^, les ^pices^ les m^taux et objets en fer, les boissons. Le Maroc exporte principalement des legumes, du mais, de I'huile d'olive, des peaux brutes et ouvr6es, des laines, des boeufs, des amandes, des oeufs.

C'est encore la Grande-Bretagne qui tient le premier rang dans ce commerce. EUe y participe pour la moiti^ des exportations et les deux tiers des importations. C'est sur le marche de Londres que sont envoy^s les legumes, les huiles, les fruits, les oeufs que produit ce pays. Les boeufs vont k Gibraltar. La France occupe honorablement la second e place, elle envoie dans le Maghreb des soieries, de la quincaillerie, des produits coloniaux (sucre, etc.) ; elle achete des peaux, des laines et d'innombrables objets de curiosity ou de luxe.

Les autres pays m^ritent k peine d'etre cit^s : les relations de TEspagne avec le Maroc ne depassent pas 5 millions. La Belgique y envoie des fers, la Su6de des bois; I'Allemagne ne fait que d^buter, mais si les exportations marocaines k destination de ce pays se soldent par 60 000 francs, les importations sont d^j^ dix fois plus fortes.

Le mouvement des ports marocains atteint pr^s de 900 000 tonnes k I'entr^e (1891), k peu pres 6galement reparties entre les pavilions frangais et anglais. Le port de Tanger, situe au seuil de la Mediterranee, k quelques kilometres de TEurope, est de beaucoup le plus important (285000 tonnes) • II faut citer ensuite, sur I'ocean, Casablanca, Mazagan, Asfi ou Safi, Mogador.

Le pavilion marocain ne flotte que sur quatre cents navires, jaugeant 20 000 tonnes. En somme, si on lvalue a 450 millions de francs le commerce general de TAlg^rie, a 50 millions celui de la Tunisie, on voit que le mouvement du trafic dans tpute TAfrique Mineure ne depasse pas 600 millions de francs. C*est un chifTre encore faible, surtout pour le Maroc, pays d'immenses ressources qui pent atteindre k une prosperite bien sup6rieure k celle de TAlgerie. Cette derniere colonic est encore elle-m^me en voie de developpement et la Tunisie promet de retrouver promptement son antique richesse. II n'est pas enfin jusqu'a la Tripolitaine qui ne soit susceptible de progres, lorsque les campagnes si fertiles de la Cyr6naique seront mises en exploitation.

Or, ce but ne pent ^tre atteint que par I'etablissement des Europeens. Le probl6me est resolu.pour FAlgerie et pour la

Tunisie. Un des homines qui cannaissent le mieux la regence de Tripoli, le voyageur G. Rohlfs, conseillait recemment aux Allemands de s*etablir dans Tancienne Qyrenaique. Mais 11 est douteux que les Italiens laissent d*autres colons que leurs natio^naux, fi!^t-ce m^me ceux d'une nation amie, s*^tablir dans un pays qu'ils surveillent jalousement. En attendant, c'est en Tonisie qu'ils 6migrent. Par un phenom^ne analogue, c'est sur I'Algerie occidentale que s*abattent les bandes nombreuses d*Espagnols qui quittent la m^re patrie, pr^f(^rant une colonic tout organis^e et en plein rapport k un pays encore barbare, ou tout est k cr6er. Nous n'avons garde de vouloir eloigner de nos possessions les ^l^ments strangers, mais il faut prendre soin de ne pas tirer pour eux les marrons du feu et de ne pas les laisser devenirun danger pour la prosperity commerciale de notre colonic en temps de paix, en temps de guerre pour sa s6curit6 et pour son ind^pendance.

Le Maroc, cet « empire qui croule », comme on Fa si bien denomm^, est k Theure actuelle le pays du monde le plus en butte aux convoitises des puissances. VEspagne^ qui en attend tranquillement la succession, semble r^solument d^cid^e k emp^cher tout autre ^tablissement d*une nation quelconque. EUe occupe, sur la cdte mediterran^enne, Ceuta, Melillay et plusieurs autres postes. Le port dlfni sur la cdte occidentale lui a ^t6 en outre conc6d6 par le sultan en 1885, apr^s de nombreuses et p^nibles negociations. L^Angleterre^ qui trouve au Maroc un excellent march6, ne se soucie pas davantage de voir une autre puissance s'emparer de cette region ; et c'est egalement pour se garantir centre toute Eventuality qu'elle a plants son drapeau au cap Juby. VAllemagne songe ouvertement a s'6tablir au Maroc. D6s I'ann^e 1876, elle n6gociait pour acqu6rir un dep6t de charbon; en 1880, elle faisait sender le cabinet de Madrid sur la cession du port d'Agadir, un des meilleurs de la c6te occidentale, et lan^ait Tid^e d'une alliance hispano-allemande pour Texploitation du Maroc. Les Espagnols, inspires peut-fitre par les Anglais, ne se sont pas laisses prendre au pi6ge; mais les Allemands ont continue d'entretenir avec le Maroc des negociations actives qui n'en sont pas moins dangereuses et mena^antes pour les puissances rivales. La France surtout ne saurait voir sans inquietude la realisation de ces plans. Nous n'avons pas k insister ici sur les consequences poli-

tiques et strat^giques qui en r^sulteraient pour nos colonies africaines ; mais au seul point de vuq commercial, nous devons desirer que le Maroc reste le plus longtemps possible ind^pendant, aussi bien que la Tripolitaine k Test. D^ailleurs, si au moment de la liquidation g^n^rale nous n'avons pas k intervenir comme puissance co-partageante, nous aurons du moins le droit d'exiger, comme compensation, quelques rectifications de fronti^res, qui accroitront k la fois la s^curit^ militaire et la yaleur ^conomique de TAlg^rie.

En attendant, c'est la France qui a rouvert TAfrique Mineure k la civilisation europ^enne et au commerce general, par la prise d*Alger, I'annexion de I'Algerie et Toccupation de la Tunisie. G'est elie qui a provoqu^ cette renaissance vigoureuse dont TEurope enti^re a profits ; c*est elle encore qui occupe sans conteste, dans cette region, la preponderance; il lui restera toujours le merite d'avoir eu Tinitiative du mouvement. D s'en faut d'ailleurs que cette gloire platonique soit le seul des avantages que nous ayons retires de nos conqu^tes, et il ne tient qu*^ nous d*en accroitre indefiniment la valeur.

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Sujets de devoirs

Zones naturelles de I'Alg^rie.

L'Atlas, etude g^n^raie.

La Tunisie, geographie physique, politique et ^conomique. Comparer la Tunisie et la Tripolitaine ; leur importance commerciale. Centres et voies de commerce de TAfrique Mineure ; les expliquer par la geographie physique (nature du sol, climat et produits, etc.)* Les e6tes de I'Algerie, geographic physique et economique. Le Maroc.

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