VII. ÉTAT ACTUEL DE LA COLONIE DU CAP
1. Administration de la colonie ; finances, commerce , etc. (I).
Administration politique. — Si; s la domination hollandaise, la colonie
(r) La plupart des détails qui suivent sont tirés d’un dominent officiel, imprimé en 1827 et 1808 par ordre du parlement anglais : Reports of the commissioncrs of enquiry tipon
du Cap était administrée par la compagnie des Indes. Un gouverneur, assisté d’un conseil, rendait compte de son administration aux directeurs de cette compagnie. Il promulguait des lois, levait des impôts , nommait aux fonctions civiles, et accordait des terres à perpétuité ou temporairement; seulement pour l’administration de la justice et la police générale, il recevait des ordres des états généraux de Hollande.
Quand la colonie fut prise pour la première fois par les Anglais, en 1795, le gouverneur anglais fut investi de pouvoirs à peu près aussi illimités. Mais lorsque, conformément au traité d’Amiens , le Cap fut rendu, en 1803 , à la république batave, le commissaire hollandais qui y fut envoyé déclara qu’à l’avenir la colonie serait régie par les mêmes lois que la république. Le commissaire promulgua des lois provisoires ; Je gouverneur et un conseil de neuf membres eurent le pouvoir exécutif. En 1806 les Anglais reprirent définitivement possession de la colonie ; et depuis lors le gouverneur seul fut investi de tous les pouvoirs; il pouvait faire des lois et ordonnances, modifier ou annuler les anciennes ; lever des impôts, fixer les baux des terres, faire des concessions de terrains, et émettre du papier-monnaie; il avait la juridiction d’appel dans toutes les causes où il s’agissait d’une somme de 200 livres sterling, ou 1,000 dollars, et dans tous les procès criminels, susceptibles d’appel, et qui ressortissaient auparavant de la haute justice de Batavia. Il réglait la procédure et contrôlait la conduite des juges dans le cas de plaintes. Il eut plus tard aussi le pouvoir de mitiger les punitions décernées par les juges ; et à l’exemple des gouverneurs hollandais, il usait delà faculté de renvoyer de la colonie ceux qui avaient provoqué son ressentiment ; en sorte que, malgré le changement de gouvernement, les colons étaient aussi arbitrairement régis par les Anglais qu’ils l’avaient été par les Hollandais. Le seul changement important qui eut lieu en 1812, ce fut l’abandon que l’autorité fit
the administration, of the Government and upon the finances at the Cape of Good-Uope; London, 1807-1818, in fol.
des terres à ceux qui , sous le régime hollandais, n’avaient été considérés que comme les fermiers du gouvernement.
Ce n’est que depuis lors que les pro-
Îiriétaires eurent un intérêt à améliorer eurs possessions. On permit aux colons d’exporter leurs denrées, le grain excepté, pour les places commerçantes de la Grande-Bretagne, avantage qui fut sensible, surtout lorsque l'Angleterre mit à Sainte-Hélène une garnison considérable , à cause de la captivité de l'empereur Napoléon. A cette époque, le Cap fournit une grande partie des approvisionnements.
Pour mettre les colons en sûreté contre les Cafres, la Hollande av ait prohibé à ceux-ci l’entrée dans la colonie. Les Anglais mirent une force militaire assez considérable à Uitenhage, expulsèrent les Cafres de Zuureveld , et les rejetèrent sur la rive septentrionale de la grande rivière des Poissons , qui avait été désignée ou prise pour la limite de la colonie du coté de la Cafrerie.
L’exécution des ordres du gouverneur est confiée au secrétaire colonial, qui signe tous les actes du gouvernement. Quelquefois il est remplacé par un sous-secrétaire. Ses bureaux contiennent les archives administratives et le registre de toutes les demandes adressées au gouvernement. Ce secrétaire est un ministre au petit pied, et beaucoup de colons le regardent comme aussi puissant que le gouverneur même. Il exerce, en effet , une grande influence sur l’administration, et il est souvent plus important d’être protégé par lui que par le chef.
Dans les districts , la police , la justice et l’administration civile sont entre les mains des landdrosts et des heemrnden , ou conseillers intimes. Suivant la population, le nombre de ces conseillers varie de quatre à huit. I .a grande étendue de quelques districts a forcé récemment d’établir des landdrosties subsidiaires, qui dépendent des landdrosties principales. A Simons-Town, l’officier qui a le commandement militaire exerce les fonctions de résident du gouvernement ; c’est un landdrost sous un autre nom. C’est le gouverneur qui nomme les heemraden. Les deux plus anciens sortent annuellement du conseil de chaque
SI
landdrostie. Pour les remplacer, le landdrost et les autres heemradcu désignent quatre candidats, parmi lesqurls le gouverneur choisit deux heemraden nouveaux. Toutefois, les conseillers sortants sont rééligibles. Pour être apte à ces fonctions il faut être âgé de trente ans au moins, avoir résidé dans le district pendant trois ans , y posséder une terre en propre ou en bail , ou avoir des biens fonciers dans le chef-lieu. Sous la présidence du landdrost, les heemraden s'assemblent mensuellement pour expédier les affaires civiles et les procès criminels, pour contrôler les recettes et dépenses, dont les comptes passent dans lès bureaux du secrétaire colonial à la lin de l'année. Chaque semaine , le landdrost et les heemraden siègent comme juges. Les administrations de district sont chargées , entre autres affaires, de donner leur avis sur les demandes adressées au gouvernement , et tendant à obtenir des concessions de terrain , ou à convertir les baux en titres de propriété, moyennant une somme une fois payée.
Cet avis se donne ordinairement après une inspection du terrain faite par le landdrost , un des heemraden et un arpenteur juré du district.
Le conseil des landdrosts et heemraden a un secrétaire nommé par le gouverneur. Ce secrétaire unit fréquemment à sa charge celle de commissaire priseur, pour toutes les ventes à l’enchère qui ont lieu dans le district. Tous les secrétaires ont le privilège exclusif du notariat , et reçoivent en dépôt les actes civils des particuliers. Enfin , sous le rapport de la police, le landdrost est secondé par les veldcornets , que l’on prend parmi les notables de chaque district, et que le gouverneur nomme sur la présentation des landdrosts.
Depuis que la population de la colonie s’est accrue, surtout par l'émigration des Anglais à qui on a assigné des terres à cultiver, ou a senti la nécessité de surveiller l’administration des landdrosts, dont quelques-uns sont à sept cents milles anglais du siège du gouvernement , et pourraient impunément enfreindre leurs devoirs.
Toute la colonie a été divisée en deux provinces : celle de l’Ouest , comprenant les districts .du Cap, de Stellenbosch,
L’UNIVERS
Zwellendam , Worcester et Clanwilliam ; et la province de l'Est, composée des districts de Graaff-Reynett, Beaufort, Somerset, Albany, Uitenhage et George.
Chacune de ces provinces a son chef; elles sont à peu près égales en étendue; en 1826, on comptait dans la province Occidentale quarante-cinq mille quatorze individus libres , et vingt-huit mille neuf cent trente-quatre esclaves ; et dans la province de l’Est , trente-neuf mille cinq cent treize individus libres, et six mille cinq cent soixante-quinze esclaves. La première de ces provinces produit surtout d> s grains et du vin. La seconde est riche en pâturages , et convient essentiellement pour élever des bestiaux et des moutons. La ville du Cap, quoique fort éloignée de plusieurs districts, continue d’être le chef-lieu delà province occidentale, parce que c’est le lieu de débarquement et l’entrepôt des productions de la colonie. Pour le chef-lieu de la province Orientale on a désigné Uitenhage , ou bien Grabam’s-Town, qui, comme position militaire et étant dans le voisinage de la Cafrerie , mérite peut-être la préférence.
Le gouverneur de la colonie est assisté, comme nous l’avons dit, par un conseil composé des principaux fonctionnaires publics. Les anciens colons , habitués , depuis le régime hollandais, à cette forme de gouvernement, ne demandent pas autre chose. Mais il s’est élevé une génératiou plus exigeante : ce sont les fils des colons anglais qui se sont établis sous les auspices du gouvernement actuel : ils reçoivent de l’éducation, connaissent les avantages du régime constitutionnel, et désirent voir introduire la forme représentative dans le gouvernement de leur colonie. Ces vœux ne peuvent manquer de se fortifier de plus en plus , et méritent des égards. Aussi, a-t-il déjà été proposé de créer dans chacune des deux provinces une assemblée législative, l’une de vingt, et l’autre de huit membres. Ce ne peut être qu’un simulacre de représentation; maison prétend qu’on trouve jusuu’à présent trop peu de personnes capables de siéger dans de pareilles assemblées, et qu’il faut attendre que l’éducation devienne plus générale; c’est à quoi tendront les écoles qui ont été fondées dans les derniers
temps. Le gouverneur a des pouvoirs trop étendus relativement à l’assiette des impôts, à la faculté de faire grâce des peines et amendes encourues, de renvoyer des individus de la colonie, de nommer aux emplois.
La province ae l’Ouest se compose , comme nous l’avons vu, de quatre districts ou landdrosties, dont l’un a une sous-drostie. Ces districts diffèrent en grandeur et en population. Le district du Cap, qui produit principalement du rain , a une population concentrée de uit mille neuf cent soixante-neuf âmes, dont trois mille six cent quatre-vingtdix-neuf esclaves. Il a des fermes bien tenues; le landdrost siège au chef-lieu. Le district de Stellenbosch , bien plus étendu, compte seize mille quatre cent quarante-six âmes, dont huit mille six cent quatre-vingt-dix-neuf esclaves. Il produit beaucoup de vin de très-bonne qualité. Le chef-lieu, Stellenbosch, est trop reculé , et communique trop difficilement avec la ville du Cap; toutefois , une population considérable habite ce chef-iieu et les environs , et on ne pourrait, sans inconvénients, transférer ailleurs le siège de l’administration. Dans le district de Zwellendam, on compte treize mille sept cent quarante-six âmes, parmi lesquelles trois mille quarante et un esclaves.
Le sous-drosty de Caledon, qui dépendait auparavant du district, a maintenant un magistrat particulier. Dans le district de Worcester, qui comprend le sous-drosty de Clanwilliam etlasous-magistrature de Tülbagh , il y a onze mille six cent vingt-trois habitants , y compris quatre mille sept cent onze esclaves. Le siège du landdrost était d’abord à Tülbagh; mais il a été transféré à Worcester, au grand mécontentement d es paysans du Nieuweveld, du Roggeveld et au Bokkeveld , qui se trouvent maintenant trop éloignés du chef-iieu; Tülbagh même est à trois ou quatre journées du nord et de l’est de ces contrées. Les paysans, allant toujours chercher de nouveaux pâturages pour leur bétail, finissent par étendre peu à peu les limites de la colonie; c’est ainsi qu’ils regardent déjà comme en faisant partie les bords du Sak- Rivier, où erraient encore il n’y a pas longtemps les malheureux Bosehjesmans et
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quelques peuplades ou familles de la race mêlée des Hottentots bâtards. Le gouvernement ne gagne rien à cette usur-
ftation; au contraire, en étendant la cooiiie sur des terrains peu productifs , on la force à augmenter les moyens de défense et les frais d'administration, d’autant plus que les paysans errants, qui commettent de graves injustices envers les sauvages indigènes, exigent une surveillance spéciale. Si nous nous tournons maintenant vers la Drovince Orientale, nous y trouvons d'abord, le plus près du district de Worcester, celui de Graafï-Reynett, qui présente à peu près le même aspect et le même climat. Avec le sous-droste de Beaufort et une partie de Cradock , ce vaste district a une population de vingt-sept mille six cent quarante-sept individus , dont seulement trois mille cent vingt-quatre esclaves.
C’est dans les montagnes de Graaff- Reynett que s'engraissent les bestiaux et les moutons destinés à l’approvisionnement de la ville du Cap.
Les herbagers ont fini par longer le cours de la rivière d’Hippopotame jusqu’à son confluent avec la rivière a’Orange; il a fallu tracer une nouvelle limite de ce côté : elle comprend maintenant le territoire qui s’étend depuis la chaîne de Winterberg jusqu’au nord de la rivière de Sak , sur la frontière de l’ouest. Beaucoup d’herbagers , au lieu de se contenter d’élever des bestiaux ' sur les terrains qui leur ont été alloués , profitent du voisinage de la frontière pour vendre illicitement des armes et de la poudre aux tribus des Griquas et Betjouanas. Cette contrebande est d’autant plus condamnable, que les tribus u’on vient de nommer tendent à gagner e l’ascendant sur les tribus plus éloignées, et font une guerre d'extermination aux pauvres Bosehjesmans , qui ne tiennent à aucun sol. C’est à ees guerres acharnées qu’il faut attribuer l’état de détresse auquel sont réduites plusieurs tribus, et qui a forcé un grana nombre de ces indigènes à se réfugier dans la colonie , où ils se sont mis au service des colons. Comme le chef-lieu est à six journées de ces contrées limitrophes , le gouvernement n’est guère capable de surveiller la conduite des paysans envers les peuplades sauvages et envers les in-
dividus qui se mettent à leur service.
Le sous-drosty de Beaufort a été établi sur la lisière des plninesdu Karrou, pour servir de communication entre le nord et le sud du district , et pour surveiller les esclaves et les Hottentots fugitifs qui se livrent quelquefois au brigandage avant de dépasser la frontière , et se joindre aux tribus sauvages. Le gouvernement a laissé pénétrer les missionnaires de ce côté plus loin qu’ailleurs. On ne remarque pas que les missions aient fait de grands progrès dans la civilisation des sauvages, ni que la colonie fasse plus de commerce qu’auparavant avec les tribus du dehors ; seulement les missions ont produit cet avantage qu’elles ont répandu le nom européen, qir elles rendent les blancs respectables aux yeux des nations barbares , et qu’elles aplanissent la voie pour des relations amicales à la place des mesures de sûreté militaires qu'on a été jusqu’à présent obligé de prendre contre elles.
Le district de Somerset, contigu à la partie de la Cafrerie où les tribus sauvages sont animées de l’esprit le plus hostile, a été composé d’une partie de Graaff-Reynett, du sous-drosty de Cradock, et d’une partie d’Albany. Ce district n'est ni très-étendu ni bien peuplé. Le but qu’on s’est proposé en le formant a été d’établir une autorité pour surveiller les colons qui , dans une partie de cette contrée , ont des habitudes blâmables et n’obéissent guère aux lois. 11 ne reste au district d’Albany qu’une population de deux mille sept cent soixante- sept individus, dont quatre cents esclaves.
Outre le landdrost établi à Graham’s- Town, on a cru devoir envoyer un magistrat à l'embouchure de la rivière Kousie, également pour surveiller la conduitedes colons. Ûitenhage estun district peuplé de huit mille trois cent quatrevingt-dix-neuf habitants , parmi lesquels onze cent trente-deux sont esclaves.
L’officier qui commande le fort de la baie d’Algoa a été chargé provisoirement des fonctions de magistrat dans la contrée voisine de cette baie. Enfin , dans le district de George , la population est de six mille sept cent trente-sept individus, y compris dix-neuf cent dixneuf esclaves. Le sol y est en général
L’UJNIVERS.
pauvre; les communications y sont difficiles. Le village de George , qui en est le cbef-lieu , s'est peu accru depuis qu'il est fondé. Dans le voisinage de George il y a un village hottentotplus peuplé que ce cheMieu.
Une especede conseil municipal existe, dans la ville du Cap, sous le nom de sénat bourgeois ( Hürgersenat ); son origine date de l'an 1057, lorsque le commissaire du gouvernement hollandais ou de la compagnie, Van Goes, désigna deux magistrats pour juger en malicre criminelle les hommes libres, c’est-à-dire ceux qui u’étaient pas au service de la compagnie de l’Inde. L'année suivante on doubla leur nombre, et on étendit leur juridiction sur les affaires civiles. Ils continuèrent d’exercer ces fonctions jusqu’en (784; dans la même année une cour de justice fut établie ; elle se composait d’un président et de douze juges, dont la moitié était prise parmi les fonctionnai res de la compagnie ; l’autre moitié consistait dans le sénat bourgeois , qui fut porté alors à six membres permanents. Us continuèrent ainsi d’exercer des fonctions judiciaires jusqu’en 1792, lors de la réforme de la justice au Cap. Ce sénat administrait et réglait en outre les affaires de la ville, et même du district entier du Cap, avant que celui-ci fût placé sous une juridiction particulière; ce qui eut lieu en 1809.
(.ors de la reprise de la colonie , en 1804, le commissaire du gouvernement hollandais proposa d’accorder à la bourgeoisie du Cap la faculté d’élire les membres du sénat, à limitation des municipalités dans tous les Etats libres; cependant le gouverneur général Janssens maintint le vieux système colonial; les six membres du sénat furent même réduits à cinq. Les Anglais n’accordèrent pos à ce corps plus de franchise municipale que les Hollandais; lord Caiedon le réduisit à un président et quatre membres qui devaient exercer chacun à son tour, et pendant deux ans, la présidence, a laquelle on attache un salaire île 3,500 rixdollars; ils sont chargés de l’administration des terres appartenant à la ville , de la grande et petite voirie , des conduits d’eau, de la taxation de la viande et des grains, de l’inspection des poids et mesures , enfin des pompes à feu. Ils
ont le pouvoir de faire des règlements et de condamner à des amendes. Avant qu’il y eût un surintendant, le sénat bourgeois exerçait aussi la police sur les gardes de nuit et sur les étrangers. Actuellement il exerce une police vexatoire sur les noirs libres, qui qe peuvent s’éloigner de la ville, même pour quelues heures, sans un laisser-passer du irecteur des pompes à feu. En cas de contravention , on les arrête, et on les conduit en prison. Le sénat bourgeois est autorisé aussi d’empêcher la mendicité et de prendre soin des indigents infirmes. A cet effet, l'hospice Somerset, acheté aux frais delà ville, a été confié à sa surveillance ; c’est lui qui nomme les officiers et les employés de cet établissement. Ce qui lui donnait encore plus d’importance, c’est qu’il était chargé de la surveillance des écoles, qui est maintenant presque en entier entre les mains de la commission biblique et scolaire.
D’après ses instructions , le sénat devait surveiller la moralité des habitants, et faire au gouverneur un rapport sur les excès et débauches des individus qui exerçaient de i’iniluence sur d’autres.
En dernier lieu, la perception des revenus publics et la gestion des fonds provenant des impôts payés par les habitants de la ville, sont entre ses mains ; il dresse le budget du chef-lieu de iacolonie.
Finances de la colonie. Dans l’origine , la colonie du Cap ne devait servir qu’à fournir des vivres aux vaisseaux do la compagnie de l’Inde; elle ne s’étendait que jusqu’au Sait-Rivier, et l’on ne cultivait que quelques terres en grains et en tabac. La compagnie fournissait les outils de labourage et les bestiaux ; elle accordait ces terres avec exemption de taxes pour trois ans; mais passé ce terme, elle exigeait des fermiers une rente consistant dans le dixième du produit des terres. Ils étaient obligés de vendre le produit entier à la compagnie, ui prélevait aussi le dixième du produit ont elle leur abandonnait i’usage. Elle leur accordait le droit de pêche pour leur consommation, et la libre disposition d’une partie du produit. Mais il leur était défendu de tenir des tavernes , de commercer en bestiaux avec les indigènes. La compagnie leur fournissait à
crédit des marchandises, eu prenant hypothèque sur leurs terres.
Quand la colonie s’accrut, il fallut bien se relâcher ua peu de ce régime de tutelle. Les bourgeois francs de la ville du Cap obtinrent des facilites pour commercer avec les paysans; ceux-ci furent aussi moins restreints dans leurs relations commerciales; mais le système des revenus fut maintenu. En reléguant peu à peu les indigènes, on disposa de leurs terres en faveur des fermiers, qui furent obligés de payer à la compagnie une dime en bétail. On fit des concessions de terrains arrosés de sources, en les abandonnant, moyennant une somme fixe, pour plusieurs années. Un collecteur faisait rentrer dans les magasins de la compagnie , avant la moisson , cequi lui étaitdü en rentes; et pour tenir tout le monde dans l’ordre , il était défendu de cuire du pain sans une licence, sous peine d’amende et de travaux forcés pendant six mois. La compagnie poursuivait les boulangers qui achetaient du grain sans licence, ou qui faisaient moudre ailleurs que dans ses moulins.
En 1711, l’esprit de fiscalité comprit aussi les vignes dans les dîmes. Outre le droit sur les bestiaux, qui équivalait à vingt-quatre rixdollars pour trois mille arpents de pâturages, la compagnie, sous prétexte de reparer les routes et de détruire les bêtes féroces, leva encore une taxe payable en bestiaux et en brebis. On voit , par un rapport d'un comité en 1792, que depuis 1751 jusqu'eu 1791 on avait levé sur les colons , en taxes directes , la somme de 2,652,898 florins ( 176,889 livres sterling). Le produit de leurs terres était trop éventuel pour permettre une surcharge de taxes.
La compagnie, au lieu de percevoir la dîme en nature, avait fini par accepter une somme d’argent; elle revint à 1 ancien mode de perception des productions en nature ; et ses magasins fournirent aux boulangers le grain nécessaire. Cependant la nécessité ne tarda pas à la faire renoncer au monopole des grains. Des greniers de prévoyance furent établis pour l’approvisionnement du chef-lieu , mais toujours sous l’obligation de payer une aime à la compagnie. Le gouvernement batave eut soin aussi d’imposer des taxes sur le vin et
sur l’eau-de-vie introduits du dehors; ii s’attribua le monopole du vin en détail, et afferma à quatre personnes le droit du débit dans toute ia colonie. Ces débitants privilégiés ont le nom de fermiers. Le monopole n’a été aboli en 1823 que dans la ville du Cap et dans le district d’Albany.
Outre les taxes sur les propriétés et les productions, on lève une taxe personnelle, ou une capitation, sur tous les individus; les hommes commencent à la payer à l’âge de seize ans, et les femmes a l'âge de vingt. Avant l’année 1813, on mettait en réquisition, pour le service public, les chevaux et les chariots des habitants, sans aucune rétribution; depuis lors, il a été ordonné de payer les relais. Il en est résulté des dépenses considérables dans les districts de l’est, où passe la route assez fréquentée de la Cafrerie. Il a fallu , dans ce pays , lever des taxes extraordinaires pour défrayer les voyages des fonctionnaires.
Eu 1812 on a établi une nouvelle taxesous le nom de commando-lax ; en voici le motif. De tout temps les habitants mâles de la colonie ont étéobligés, depuis l’âge de seize ans, au service militaire, quand il s'est agi de défendre les frontières contre les tribus vagabondes. Cependant, comme ce service était très-onéreux pour les districts de l’ouest, dont les habitants étaient forcés de s’absenter très-loin et pour longtemps de leurs demeures, ils firent la proposition de se cotiser, afin de fournir de quoi défrayer un corps soldé pour la défense des frontières. Le gouvernement u’eut garde de refuser. Une somme de 61,000 dollars fut imposée et répartie sur la ville du Cap et sur les cinq districts les plus éloignés des frontières.
La ville seule fut imposée à la somme de 15,000dollars , c’est-à-dire à un quart à peu près.
En 1813 , le gouverneur sif J. Cradock s'occupa d'assurer aux colons un droit de propriété, afin de les engager ainsi a mieux cultiver les terres , et à augmenter les revenus du gouvernement. On leur accorda la faculté de demeurer fermiers ou d’acquérir des titres do propriété; pour cela, il fallait faire lever les terrains par les arpenteurs, entendre les avis des land-
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drosts et leurs heemraden, examiner les réclamations des colons, etc. C’était beaucoup d’embarras pour le gouvernement. Les colons se plaignaient de payer toujours, et le gouvernement prétendait qu’il ne retirait pas d’avantage d'une mesure qui devait accroître ses finances. Quand les fermiers apportent leurs denrées au marché de la ville, leurs chariots subissent à l’octroi des visites longues et minutieuses; il en résulte des délais ajoutés à ceux que cause un voyage long et pénible, à cause des attelages de bœufs qu’on prend ordinairement. On lève un rixdollar pour jauger les barils de vin et d’eau-de-vie :cet impôt est destiné à faire un fonds pour l’entretien d’une bibliothèque publique.
En 1824 il a rapporté 16,181 rixdoilars; aussi le gouvernement a-t-il trouvé bon de joindre cet impôt aux autres, et de prendre la bibliothèque à sa charge. Au marché du Cap, il n’y a pas une seule denrée qui ne paye un impôt. Dans l’origine, c’était uniquement pour la construction d’un marché neuf, mais actuellement ces impôts servent à faire face à beaucoup de dépenses. Les bouchers ne peuvent abattre ou vendre, au Cap, une pièce de bétail sans payer à l’État deux rixdoilars. En 1825, ils ont payé de cette manière 33,193 rixdoilars. D’un autre côté, les boulangers payent un rixdollar d'impôt pour chaque double boisseau de farine qu’ils emploient. Cette taxe est appliquée à l’entretien des greniers publics, qui ont reçu ainsi, en 1825, la somme de 25,554 rixdoilars.
Pour lever plus facilement ces impôts, on ne laisse travailler d’autres bouchers ni d'autres boulangers que ceux qui ont obtenu des licences. Il parait que dans les districts les landdrosts imitent ce système , qui détruit la concurrence et gêne l’industrie. On ne peut pas dire que les vivres soient chers au Cap; cependant ils seraient à meilleur marché si l’on ôtait les entraves du débit. Les anciens colons, qui sont généralement d’un caractère indolent, trouvent fort commode de faire faire tous les travaux des champs par des esclaves ou par des Hottentots qu’ils louent à leur prix. On espère que les colons anglais récemment arrivés répandront des habitudes plus laborieuses , et feront disparaître cette
paresse, cause de la lenteur des progrès de la colonie dans l'agriculture et dans les arts mécaniques.
Il se fait dans la colonie une grande consommation de poudre, tant pour la destruction du gros gibier que pour la défense des fermes isolées. Le gouvernement s’était attribué le monopole de la poudre, surtout avec l’intention d’en surveiller la distribution et d’empêcher que les colons n’en vendissent avec des armes à feu aux tribus sauvages sur les frontières de la colonie. Cette précaution a été inutile. On a vendu sans cesse de la poudre et des armes par contrebande. Comme il faut nécessairement que les paysans, surtout vers les frontières, soient armés, on a conseillé au gouvernement de renoncer au monopole , et de laisser les paysans se munir d’armes comme ils voudraient.
Les douanes sont, dans la colonie, d’une institution récente. Dansl’origine, la colonie n’existait que pour la commodité de la compagnie de l'Inde; ceux qui s’y établissaient en cultivateurs étaient exclus du privilège de commercer avec le dehors; ils devaient -se trouver heureux si , par leur propre travail ou par celui de leurs esclaves , ils produisaient assez de denrées pour pouvoir les échanger contre quelques articles de première nécessité. Pendant tout le temps du régime hollandais, le commerce avec le dehors ne fut jamais encouragé : ce n'es t que depuis que les Anglais ont pris pour la seconde fois possession du Cap, que ce pays maritime a commencé d’avoir part aux affaires du monde commercial. Une nouvelle espèce de colons est venue s’y établir rc’étaient des consommateurs qui savaient subsister à l’aide de leur industrie, et qui avaient plus d’activité que les colons de l'ancienne race. En mettant en circulation un papier-monnaie soutenu par son crédit, legouvernement facilita les transactions commerciales. Le commerce augmenta; on prit le godt de la vie aisée des Européens. La prohibition de la traite des noirs engagea les colons du Cap à tirer parti de leurs esclaves , en les louant pour un certain temps à ceux qui avaient besoin de leurs services. Ce qui avait surtout contribué à la prospérité de la colonie, c'étaient les approvisionnements de la
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flotte anglaise dans le temps de guerre. Mais la paix vint enfin ; la flotte fut ré duite ainsi que la garnison; le papiermonnaie perdit de sa valeur; de mauvaises récoltes et des spéculations manquées sur les vins du Cap produisirent de la gène dans le commerce. Le gouvernement anglais avait d’ailleurs pris des mesures pour forcer la colonie à ne commercerqu’aveclaGrande-Bretagne. Dix pour cent d’impôt sur l’introduction des marchandises étrangères mirent presque fin aux relations avecledehors ,surtoutavee les ports de l’est, d’où le Cap tirait des vivres dans les mauvaises années, notamment du blé et du riz. En revanche, le Cap fut inondé de marchandises anglaises à bon compte. Il n’a point de marine pour faire un commerce important avec les Indes occidentales ou avec l'Amérique du Sud ; il ne lui vient plus que peu de navires de l’Europe, si l’on excepte l’Angleterre; ceux qui arrivent apportent quelques articles de fabrique hollandaise, pour lesquels les colons de l’ancienne race marquent de la prédilection , et quelques marchandises françaises. Le gouvernement anglais , fidèfe à son système colonial, persiste a maintenir l’impôtde dix pour cent sur les marchandises étrangères , et sur toutes les denrées quelconques des contrées orientales, tandis qu’il ne prend que trois et un quart pour cent sur toutes les productions et marchandises venant d’Angleterre sur des bâtiments nationaux. Ceux qui connaissent bien le Cap sont d’avis que la principale. ressource de cette colonie consistera toujours dans l’approvisionnement des vaisseaux qui vont dans la mer des Indes ou qui en viennent.
La poste , au lieu de rapporter des bénéfices au gouvernement, n’a été jusqu’à présent qu’un sujet de dépenses. On expédie les malles aux lettres dans la colonie par le moyen de postillons holtentots, ou esclaves des paysans qui demeurent auprès des grandes routes, et qui sont désignés comme maîtres ou teneurs de postes. Us reçoivent une indemnité calculée sur le nombre d’heures employées pour transporter les lettres au prochain relai. Sur les routes du nord et de l’ouest, c’est 3 rixdollars; sur la route de l’est, c’est jusqu’à 9 rixdollars qu’on paye par
heure. Le bureau général des postes au Cap expédie et reçoit une malle par semaine. Quand le service public l’exige , on fait partir aussi des postes extraordinaires sur la route de l’est, où demeurent les colons anglais, et où s’expédient beaucoup de feuilles publiques. Il faut pour le transport de la malle deux et quelquefois trois chevaux. Ce sont les landarostes qui désignent les teneurs de postes, et quelquefois les paysans retiennent le salaire, et n’en donnent qu’une faible part aux Hottentots qui se chargent du transport. La dépense annuelle du bureau des postes au Cap a été jusqu’à présent d’environ 4,875liv.sterl.
par an , et les postes n’ont rapporté que 1,950 liv. sterl.
Anciennement legouvernement pourvoyait à tout; il avait donc aussi une imprimerie. Maintenant il existe au Cap des imprimeries particulières , et l’imprimerie du gouvernement n’est plus d’une grande utilité.
Depuis 1793 on a une lombardbank ou caisse hypothécaire, où l’on prête sur les propriétés, et qui est dirigée par trois commissaires. Le trésor avança à cet établissement des fonds pour qu’on pùt les prêter en détail , à raison de cinq pour cent, à ceux qui possédaient des biens-fonds ou des effets en or ou en argent , des meubles, etc.
Siuand les Anglais prirent possession e la colonie, en 180-1, on ne prêta plus que. des sommes modiques et pour un court terme à raison de dix pour cent d’intérêt. On créa un fonds d'un million de rixdollars en papier, indépendamment de celui dont la caisse était saisie; elle fut autorisée à escompter les billets de vente ou vendu-rolls. Cet établissement a été très-utile à la classe agricole et au commerce : c’est à cette institution qu’on attrihue les perfectionnements et les améliorations qu’on a remarqués dès lors dans les constructions de la ville , dans les ateliers et dans les fermes.
Commerce. Depuis 1815 jusqu’en 1826 la valeur des importations a été, pour chaque année, de 3 millions et demi à 5 millions de rixdollars, dont le tiers et même la moitié consistait en marchandises anglaises importées par des navires de la même nation;
quant au reste, une petite quantité seulement avait été introduite par des navires étrangers. Les exportations pour la même époque se sont montées chaque année à 1 million et demi jusqu’à 3 millions uu quart, dont la plus grande partie consistait en productions de la colonie. On verra , par le tableau suivant, le mouvement du commerce maritime du Cap dans les années 1827 et 1828 (1) :
fa leur des importations.
En 1827. En 1828.
llv. St. liv. St.
De la Grande- Bretagne. . . . 214.157 200,933
Des colonies anglaises 61,792 40,904
Des pays étrangers ...... 10,103 19,125
280,052 259,962 Valeur des exportations .
Pour la Grande-Bretagne. . . 145,521 134.156 Pour les colonies anglaises. . 48,^20 90,9o2
Pour les pays étrangers. . . . 18,058 2s,782
Valeur des produetions seules de la colonie , exportées en 1828.
ilv. 8t.
Pour la Grande-Bretagne. . . . 132,300 Pour les colonies anglaises. . . 75,465 Pour les pays étrangers. .... 26,082
En 1829 il y a eu, comparativement à l’année précédente, une augmentation de la valeur de 25,086 livres sterling pour les exportations, et de 96,618 pour les importations. C'est surtout en vins (pour 20,000 livres sterling en plus), en froment, peaux et cornes , que les exportations ont haussé de valeur.
Les importations diminueront en proportion des progrès de l’agriculture et de l’industrie. Déjà on a essayé de propager la culture de l’indigo et des mûriers; on commence à feutrer la grosse laine pour la chapellerie en usage chez les Hottentots ; d'autres objets d’industrie seront introduits successivement. La Grande-Bretagne est pour plus de la moitié dans les importations , et reçoit plus des trois quarts des objets exportés. L’île Maurice et l’Inde entrent pour environ un quart dans les importations, et reçoivent très-peu du Cap; les Pays-Bas envoient divers objets manufacturés; l’Amérique méridionale , les Indes occidentales, Sainte-Hélène, en reçoivent des
(i) South-African Adverlüer, *ept. i8»g.
approvisionnements; la France introduit ses produits, ainsi que 111e de Java et les États-Unis; la Nouvelle-Galles méridionale en reçoit des vivres ; Madère, le Danemark, le Portugal, en introduisent; quelquefois la Suède, l'Espagne et Malte en envoient aussi un peu; enfin le Cap expédie quelques productions pour Plie Bourbon, Mozambique, et pour la Méditerranée.
Depuis 1820jusqu'en 1826, le Cap n’a exporté en grains que pour la valeur de 758,125 rixdollars, et il en a reçu pour la valeur de 2,153,850; ce qui n'est pas propre à favoriser le commerce des colons. Ceux-ci sont encore peu versés dans les spéculations maritimes. On a essayé d’attirer sur les côtes, particulièrement à l’embouchure des grandes rivières, une population de marins. Ces essais n'ont pas encore donné de résultats. La pêche n’est pas florissante ; faute de capitaux, et par suite de la disparition des baleines, la pêche de ces cétacés est tombée. En 1820, on ex porta encore pour 143,376 rixdollars d’huile de baleine; et six ans après, l’exportation ne fut plus que de 13,386 rixdollars. Au total, il y a eu, depuis 1816jusqu’en 1824, un excédant d’importations sur les productions exportées de 15,000,000 rixdollars; à la longue, la colonie pourrait se ruiner, si elle ne fournissait pas de quoi payer les marchandises qu’elle reçoit. Cependant, il faut remarquer que fe commerce de terre la dédommage en partie de l’infériorité de son commerce maritime.
Le gouvernement hollandais, loin de favoriser les relations mercantiles entre les colons et les Cafres, les avait prohibées. Sous ce rapport, la colonie a gagné depuis le régime anglais. Quand les Cafres eurent été repoussés, en 1819, un de leurs chefs, témoignant le désir d’entretenir des relations amicales avec la colonie, donna lieu à l’établissement d’une foire annuelle sur la frontière; on prit des mesures semblables à l’égard des Griquas et d’autres tribus de la frontière occidentale. Ces foires ont réussi , et déjà elles donnent lieu à un commerce qui n’est pas sans importance. Un seul marchand de Grnham’s-Town a débité, depuis août jusqu’en décembre 1824, pour 32,700 rixdollars en verroterie, fils de cuivre et boutons, objets de pré-
agle
dilection chez les Cafres. Cependant, depuis ce temps , ce peuple a acquis des notions plus exactes sur la valeur des objets qu'il aime, et qu’il payait très-cher aux marchands de la colonie. En 1826, les succès de l’établissement des foires sur la frontière de l’est ont engagé le gouvernement à autoriser l’établissement de foires semblables sur toute la ligne des frontières ; mais on y a mis des restrictions : on ne laisse partir pour ces foires limitrophes que des marchands munis de licences qui doivent être renouvelées tous les ans; on a prohibé aussi le débit des armes, des munitions de guerre et les liqueurs spiritueuses.
On se promet de ces foires des résultats très-utiles pour la civilisation des sauvages, et pour la paix de la colonie.
On s’est cotisé au Cap pour fouder un collège; il est ouvert a la jeunesse depuis le mois d’octobre 1 829. Une société littéraire a commencé ses séances dans la même année ; une société philanthropique, qui existe depuis 1828, a obtenu la faculté de racheter des enfants d’esclaves, pour leur faire enseigner des métiers et les mettre à même de gagner, dans la suite, leur vie dans une condition libre. Puisque la traite des esclaves est prohibée, il faut espérer que l’esclavage s’éteindra peuàpeu. On s >st occupé aussi de rendre aux Hottentots un peu de ce qu’on leur a pris autrefois.
En 1829, le gouvernement a fait choisir un certain nombre de Hottentots, pour leur assigner des terres aux environs de la riviere de Kat (1) et du Winterberg. A la fin de la même année, on comptait déjà sur la rivière de Kat huit cent quatre-vingt-un colons de cette nation qui possédaient trois cent soixantedeux chevaux , sept cent quatre-vingtdouze bœufs d'attelage, dix-huit cent vingt-deux pièces de bétail, et iiuit mille deux cent vingt-sept chèvres et brebis.
En colonisant ainsi les Hottentots , on les place entre les Cafres et les colons; les postes militaires seront portés au delà des établissements Hottentots, et la colonie se trouvera agrandie et fortifiée. Malheureusement, il est difficile
(i) Il a été fondé en 1829, prés de Beaufort, un village sous le nom de New-Edinburg. Vu y. South- African Advertiser, I H'jy.
d’inspirer aux Hottentots le goût de la vie sédentaire : ils préfèrent courir à l’aventure; et il faudra peut-être beaucoup de temps avant qu’ils deviennent des colons utiles, et su rtoutdes colons civilisés.
Tels sont les renseignements fournis par le rapport de la commission d’enquête ( Reports 0/ the commissioners 0/ en-
n, etc. ) publié en 1828. Depuis lors , onie du Cap a été visitée par des personnes attachées au gouvernement britannique, etqui nous ont communique des documents encore plus récents. Il résulte de ces documents (1) que la colonie du Cap est loin d'être prospère.
Les uns l’attribuent à l’émancipation des esclaves, les autres à l’état provisoire dans lequel se trouve la législation coloniale, d’autres enfin à i’émigration des fermiers de la colonie. A cela, il faut ajouter que les denrées y sont si chères, que les navires qui font le commerce des Indes aiment aujourd'hui mieux s'approvisionner à Sainte-Hélène qu'au Cap, où ils relâchaient autrefois. Celte cherté porte sur les denrées de première nécessité. Ainsi, le prix des pommes de terre n’est accessible qu’à un petit nombre de familles aisées; la farine, dont le muid de deux cents livres se vendait jadis 12 dollars, se vend maintenant 35 dollars. Les navires qui y achetaient annuellement pour environ 100,000 livres sterling ( plus de deux millions et demi defranes)deprovisions, n’en achètent plus au Cap que pour le quart de cette somme.
Les ouvriers et les domestiques demandent des salaires très-élevés. 3G dollars par mois (environ 180 francs) sont les gages ordinairesd’un cuisinier nègre; un laquais se paye 35 dollars. • C’est un miracle, dit M. AlcxaDder, de garder un domestique plus de six mois. Les vins et les eaux-de-vie du Cap exercent sur les ouvriers un pouvoir si attractif, qu’il n'y en a pas un sur vingt qui y résiste. Ils vivent, pendant un petit nombre d’années, dans un état d’excitation alcoolique permanent, et passent de l’hôpital au ri-
(1) An expédition of discovery into the interior of Africa, by sir J. C. Alexander, captain in thebritish service 1 » vol.; Loudon, 1 838, in-8»; vol. Il, p. a 80.
L’UNIVERS
CO
metière; les bons ouvriers sont donc rares, et la main-d’œuvre est chère. »
Fermiers ou colons du Cap. Les voyageurs nous ont transmis des renseignements contradictoires sur le caractère des fermiers du Gap. Selon les uns, ce sont des hommes cupides, grossiers envers les étrangers et cruels envers les sauvages ; selon d’autres, au contraire, ce sont des hommes polis, à mœurs paisibles et pastorales. Presque tous enfin diffèrent d’opinion, suivant qu’ils jugent les choses , comme les missionnaires, au point de vue religieux, ou qu’ils les jugent, comme les marchands , au point de vue des intérêts exclusivement matériels.
La vérité semble être entre ces deux opinions opposées, ainsi que Thompson l’a parfaitement démontre (1). En effet, les colons du Cap ne sont ni aussi grossiers que Barrow les dépeint, ni aussi polis que M. Lichtenstein les montre.
La classe pauvre des cultivateurs voisins du cap des Aiguilles et d’autres cantons du district de Caledon, est généralement plus brutale, plus méchante et plus incommode que celle des fermiers nomades de la frontière du nord.
Au rapport de Thompson, la condition des colons du Cap a, depuis vingt ans, subi plus de changements que leurs mœurs. Il y a vingt ans, les vignerons étaient les plus riches; puis venaient les laboureurs ; enfin , les éleveurs de bestiaux. Cette gradation a été singulièrement modifiée. L’abolition de la traite des nègres a fait hausser considérablement le prix du travail des esclaves, exclusivement employés à la culture de la vigne; l’augmentation des impôts; la variabilité de la législation anglaise concernant l’admission des vins du Cap dans la métropole, et d’autres causesont singulièrement réduit les profits des propriétaires de vignobles; ils sont souvent très-gênés, et s’ils n’entament pas leur capital, ce n’est qu’en usant d’une économie extrême, ou en recourant à de petits profits auxquels d’autres ne songent pas.
(i) Travels and adventurcs in Southern Africa , cight years a résident at the Cape ; London, 1837, a vol. iu-8°.
Les profits des laboureurs à quelque distance du marché du Cap, si leurs récoltes n’ont pas souffert de la rouille, fréquente depuis plusieurs années, sont peut-être un peu plus considérables que ceux des vignerons; mais la différence ne doit pas être très-grande.
Les colons qui élèvent du bétail sur les frontières, n'étant pas assujettis aux impôts indirects, et pouvant étendre leurs pâturages à leur gré, augmentent rapidement leurs capitaux.
Les fermiers des districts intermédiaires, empêchés parla distance du marché du Cap, par de vieilles habitudes, et par les prohibitions d’exporter directement leurs productions par les ports les plus voisins , ne s’occupent pas de cultiver du blé, et dépendent entièrement de la vente du produit de leurs troupeaux , ou de leur travail, et de celui de leurs esclaves pour couper du bois , extraire du suc d’aloès , et se procurer d’autres objets qui sont vendus au Cap ; ils fournissent aussi aux fermiers, éleveurs de bestiaux , des chariots, du vin, des liqueurs spiritueuses, des fruits et diverses marchandises venant du Cap ; et plusieurs d’entre eux sont plutôt des charretiers que des fermiers.
Les causes qui retardent la prospérité de la colonie se trouvent, suivant Thompson, dans les lois hollandaises relatives aux successions , qui admettent tous les enfants à un partage égal des biens, et dans l’extension progressive des limites de la colonie. Les enfants des fermiers apprennent rarement un metier , et ceux qui ont embrassé une profession mécanique, ou se sont livrés au commerce, quittent ces carrières aussitôt qu’ils ont acquis le moyen d’établir une ferme. Les lois anglaises de la primogeniture ne remédieraient pas aux mauvais effets de ce système, tant que les frontières de la colonie ne seront pas fixées, parce que la population cherchera toujours à s'étendre comme elle le fait à présent. La vie errante et à moitié sauvage d’un fermier de canton reculé aura toujours, pour tes hommes paresseux et aventureux, plus de charmes que celle de l’artisan, qui est moins pénible mais plus laborieuse.
Il ne faut pas un grand capital pour devenir fermier à pâturages; avec une
somme équivalente à 3,225 francs, un homme achète un vieux chariot, un attelage de dix bœufs, un cheval et deux juments, cinquante vaches et bœufs, cinquante chèvres et moutons; il y ajoute un grand fusil, une hache, une doloire et un marteau , une couple de coffres, une baratte, un grand pot de fer pour cuire du savon , et un ou deux plus petits pour faire la cuisine : le voilà en état de commencer son entreprise; il se marie, prend à son service une famille de Hottentots, et s’enfonce dans le désert. Il cherche d’abord de l’eau et des pâturages ; il campe près d’une mare, d'une source ou d'une rivière qui ne soit pas occupée, et change de station suivant que la nécessité ou son inclination l’exige, jusqu'à ce qu’il ait trouvé un lieu où il juge qu’il peut se fixer avec avantage. Quelquefois il convient avec un autre aventurier qu’ils demeureront près l’un de l’autre, afin de se secourir mutuellement, et ils se partagent le pays ; on a déjà vu comment il parvient à obtenir la concession du terrain pour lui et ses héritiers, moyennant une faible redevance à perpétuité. Une fois établi, s'il ne lui arrive pas de calamité , s’il n'est pas trop indolent ou trop adonné à l’ivrognerie, l’augmentation progressive de son bétail au delà de ce qu’exige la consommation de sa famille et de ses domestiques, le rendra possesseur de troupeaux considérables. Le savon et le beurre, faits par les femmes , sont envoyés une ou deux fois l’an au chef-lieu; et deux à trois cents rixdotlars que l’on obtient par là sont employés à acheter des habits pour la famille et à payer les impôts. Rarement ces fermiers cultivent du blé ou man gent du pain ; mais l’eau-de-vie, le seul objet de luxe que les plus pauvres se permettent indépendamment du tabac, s’obtient des revendeurs qui parcourent Icscantonsde la colonie les plus reculés avec des chariots chargés de ce breuvage détestable.
Tandis que les colons nomades passent la moitié de leur vie à lutter contre une sorte d’indigence , vivant dans leurs chariots ou dans de misérables cabanes de roseaux, sans meubles , sans pain, sans aucune des commodités de la vie , chassant aux bétes sauvages pour épargner
les troupeaux , et nourrissant leurs serviteurs hottentots ou boschjesmans de la chair des quaggas, et que les fermiers à pâturages pauvres mènent ainsi une vie errante et pénible, les fermiers qui demeurent dans les districts anciennement habités (Sneeuwberg, Tarka, Buntjes-Hoogte ; ont généralement des maisons bien bâties, commodes, bien meublées suivant le goût du pays , des jardins etdes vignobles en bon état. Thompson les regarde comme les plus riches habitants ae la colonie.
L'hospitalité, pour laquelle les fermiers africains ont toujours été célèbres, existeencore sans réservedans le Sneeuwberg. Toutes les familles que Thompson visita dans ce canton refusèrent toute espèce de dédommagement pour le logement ou les vivres , et plusieurs lui firent des présents de pain excellent , de fruits secs , de confitures , etc.
Quant aux habitants d'origine hollandaise de la ville du Cap et des environs, ils deviennent de jour en jour plus anglais, et par conséquent moins ressemblants au portrait qu'en ont fait les voyageursqui ont précédéThoiupson; mais celui-ci pense que, s'ils changeaient au point de perdre les traits caractéristiques qui les distinguent , ce serait un sujet de regret. Us sont francs, hospitaliers, et en même temps prudents et économes. Quelque vulgaire que puisse être l’habitude de vendre et d'acheter, elle est néanmoins plus propre à favoriser le progrès d’une société nouvelle, et par conséquent moins sujette au ridicule, qu'une affectation présomptueuse des airs d’un homme de qualité qui souvent cache , sous des dehors séduisants, autant d’avarice et de bassesse qu'on en peut trouver dans le brocanteur le plus sordide de la colonie. La colonie du Cap possède d'amples moyens de fournir une subsistance assurée et abondante à une population cinq fois plus nombreuse que celle qu’elle a présentement; mais près des deux tiers de la surface du terrain consistent en chaînes de montagnes stériles et en déserts arides qu’aucun travail humain ne peut rendre propres à satisfaire aux besoins de l’homme civilisé. Il est donc évident que la population ne pourra jamaisêtre compacte dans l’intérieur. Les terres les plus convena-
L’UIHVERS.
blés au labourage sont toutes contiguës à la côte maritime; elles forment une ceinture qui s’étenddu Hottentotech-Hollantl aux rives du Keyskamma , sur une longueur de six cents milles, et dont à peine la centième partie a été jusqu’à présent exploitée par la charrue; presque partout on se contente d’élever du bétail ; et ce n’est guère que dans le voisinage immédiat de la ville du Cap et de la baie d’Algoa que les fermiers cultivent du blé au delà de leurs besoins.
En 1836 il arriva un événement qui mit la colonie à deux doigts de sa ruine : plus de six mille colons, descendants en grande partie d’anciennes familles hollandaises, abandonnèrent leurs possessions dans la province Orientale , pour chercher dans des régions inconnues une nouvelle patrie. Ils alléguaient comme principal grief l’émancipation des noirs; ils accusaient les magistrats de protéger l’esclave contre le maître, et ne voulaient plus d'un gouvernement qui faisait delà phi lanth ropie aux dépens des colons. «Tout cela, disait un colon à M. Alexander, est fort déplorable. Si je donne à un esclave une tape, il court aussitôt se plaindre chez le magistrat; je reçois, au milieu de mes champs, une assignation qui m’oblige d’interrompre mon travail, de monter à cheval, et de faire trente à quarante lieues pour comparaître devant le juge , et m’entendre condamner à une amende de cinq livres ( environ 125 francs). Arrivé chez moi, je ne saurais m’empécher de donner au même Hottentot une nouvelle tape; puis, on double l’amende. Enfin , pour se débarrasser des esclaves noirs, les Anglais réduisent en servitude leurs propres enfants , et nous les envoient ici (1). Quels mauvais chrétiens ! Jequitterai ma ferme, et j’irai m’établir à Natal. »
Les fermiers se plaignaient, en outre, que les contrées fussent infestées de vagabonds de couleur, vivant de rapines , et que le gouvernement ne fît rien pour remédier à cet état de choses. Enfin , ils
(i) A celle époque, il s’était formé en Angleterre une société dans le but d’aider à l’émigration d’enfants pauvres et orphelins.
Cinqrcnt quatre-vingt-dix jeunes garçons et quatre-vingt-quinze jeûnes filles furent alors recueillis dans les rues de Londres et envoyés au cap de Bonne-Espérance.
' prétendaient que la ligne militaire, occupée par les Hottentots sur les bords de la rivière des Poissons, ne les protégeait pas suffisamment contre les incursions des Cafres, qui avaient déjàdétruit tant d’établissements.
Telles sont les principales Taisons qui déterminèrent plusieurs centaines de familles à émigrer de la colonie, du Cap. On pourrait y joindre aussi le récit de quelques paysans qui avaient visité les environs de Natal et y avaient rencontré des Européens faisant un commerce lucratif de peaux de buffles. Frappés de l'abondance des pâturages, du bois et du gibier, ces paysans vantèrent outre mesure les charmes de ia nouvelle contrée. Bien que le climat du Cap soit excellent et parfaitement sain, les pluies y sont cependant quelquefois rares , et les pâturages ne sont pas, en général, aussi riches qu’à Natal. Ce parallèle devait ôter toute indécision à des esprits déjà mécontents.
Effrayés de traverser en petit nombre les tribus sauvages et guerrières des Zoulas, iis essayèrent, par un système de protection mutuelle , d’établir l’émigration sur une grande échelle. En conséquence, des émissaires parcouraient toute la colonie, excitant les fermiers contre le ouvernement anglais , et faisant le taleau le plus séduisant des contrées du nord-est. « Là, disaient-ils, se trouve le paradis terrestre; on y rencontre tous les animaux, et les arbres sont chargés des plus beaux fruits. Les patates, entre autres , y sont si grosses , qu’il faut une pairedebœufs poureu emporter une(l). »
La manie d’émigration aevint alors générale. Des fermes de six mille acres , avec jardins et dépendances, se vendaient à vil prix , pour la somme de 200 à 250 livres sterling; elles furent achetées par des marchands et des spéculateurs de Grahain’s-Town. Les colons jeunes et vieux , robustes et infirmes , s’enfoncèrent avec leurs troupeaux dans des régions sauvages.
L’avant-garde, composée d’une trentaine de familles, se mit en route sous la conduite de Louis Triehard, fermier d’Albany. Pour éviter les tribus des Ca-
(i) Alexander, Expédition qf diteorety, etc. , vol. II, p. 3oo.
fres, elle se dirigea vers le nord-est, en longeant la chaîne des montagnes qui séparent la Cafrerie du pays des Betjouanas. Les émigrantsdev aient ensuite tourner à l’est et gagner le voisinage de Port- Natal ; mais ils s’égarèrent dans leur course et dépassèrent la hauteur de Port- Natal, de manière à se trouver, vers la lin de mai 1 836, dans une plaine fertile, mais inhabitée, entre les 26" à 27* latitude australe, sur les rives orientales du Vaal-River ou Ky-Gariep (1). Ce premier corps fut bientôt suivi d’autres qui se perdirent dans l’intérieur du continent, tombèrent entre les mains des guerriers zoulas, commandés par Moselekatsi, et furent impitoyablement massacrés le 29 octobre 1836. Un petit nombre parvint à se réfugier à Thabu-Unchu, station du missionnaire Archbell.
Cependant l’émigration continua. Les débris s’étant ralliés, et ayant été rejoints par de nouveaux arrivants , les colons résolurent, sous la conduite de Moritx, de tirer vengeance des Zoulas , et de reprendre ce qu’ils avaient perdu. Ils surprirent leurs ennemis à Mosega , en tuèrent trois ou quatre cents , détruisirent la ville de Mosega , et recouvrèrent sept mille têtes de bétail ( le 17 janvier 1837). Lorsque la nouvelle de cette victoire parvint dans la colonie, elle détermina les indécis à se mettre en marche et à rejoindre leurs amis. L’émigration , un moment suspendue , recommença avec une nouvelle fureur; et c’est en vain que le gouvernement fit intervenir son autorité pour l’arrêter. Le 1" avril 1837 on compta environ vingt mille blancs , y compris les femmes et les enfants, qui avaient quitté pour toujours leurs anciennes demeures. Ce fut là une grande perte pour la colonie, dont la population s’élevait en tout à cent cinquante mille âmes.
Les derniers arrivants ne furent guère plus heureux que les premiers. Après avoir été maltraités par les Zoulas de Moselekatsi , ils devaient devenir les victimes des tribus de Dingaan, antre chef des Zoulas. Au mois de février 1838, une grande partie des fermiers fut lâchement assassinée par ordre de Dingaan. Voici
(i) On l’appelle aussi Likwa ou Lekoua-
River.
à quelle occasion. Rétief,l’un des chefs émigrants , avait pris à un chefsauvage, ennemi de Dingaan , sept cents têtes de bétail et quelques chevaux. Pour gagner les bonnes grâces de Dingaan, il lui offrit ces dépouilles, et stipula, en échange, une cession de territoire. Il se rendit auprès de ce chef, avec une suite de soixante fermiers et quarante Hottentots. Il fut bien accueilli , et invité avec sa suite à boire du lait et à assister à une fête, mais sans armes. Les fermiers acceptèrent sansdéfiance l’invitationde Dingaan.
Pour ajouter à la splendeur de la fête , deux mille Zoulas exécutèrent devant eux la danse guerrière, lorsque, sur un signal donné, ils se formèrent en demicercle, se précipitèrent avec rage sur les fermiers, et leur brisèrent le crâne avec des bâtons noueux (1). Un missionnaire, M. Owen, fut seul épargné; il apporta à Natal la nouvelle du massacre. Pour profiter du premier moment de confusion , Dingaan envahit le camp même des fermiers, et en tua plus de trois cents, sans compter les femmes et les enfants.
Dès que ce désastre fut connu à Port- Natal , tous les blancs, Anglais et Hollandais, se réunirent et formèrent une armée de mille hommes qui se mit en marche pour châtier Dingaan. Mais ce ehef s’était enfui avec ses hordes, et l’armée revint à Natal sans avoir réussi dans son entreprise.
Tels furent les tristes résultats de cette émigration, dont le passage est marqué de sang inutilement verse de part et d’autre.
« On ne comprend pas en Angleterre, remarque ici M. Alexander, le caractère des colons de l’Afrique australe ; on les regarde tous comme les oppresseurs impitoyables des sauvages indigènes, qui ne feraient alors qu’user du droit de talion. Mais ce jugement est trop exclusif; pour être dans le vrai , il faut diviser les colons en trois classes distinctes : la première classe comprend les fermiers hollandais, éleveurs de bestiaux , occupant les frontières nord et nord-est : ils sont sans cesse en contact avec lis indigènes , et particulièrement avec les Boschjesmans ; là , des cruautés exercées
(i) Alexander , Expédition oj tfitcovery , etc. , a' vol., p. 3o3.
L’UNIVERS
de part et d’autre sont inévitables. La deuxième classe renferme les habitants des villes et les fermiers hollandais, éloiués des frontières ; ils sont fort paisiles et ne lèvent la main que pour châtier leurs domestiques. Dans la troisième classe se trouvent les colons anglais d'Albany, qui sont séparés des Cafrcs par une ligne militaire; ils s’occupent principalement d’agriculture , et commercent avec les Cafres. C’est de ce point de contact ue dépendra , en grande partie , l’avenir e la colonie du cap de Bonne-Espérance.