‹ Afrique australe, Cap de bonne-espérance, Congo, etcChapitre 12 sur 65 · A. — HOTTENTOTS · texte numérisé non relu

A. — HOTTENTOTS

Les habitants primitifs du cap de Bonne-Espérance, connus sous le nom de Hottentots, ont peu à peu perdu leurs mœurs et leurs coutumes anciennes par le contact avec les Européens dont ils sont devenus les esclaves. Pour avoir quelques renseignements sur les anciens Hottentots il faut consulter le récit des

voyageurs anciens, tels que Ten Rhyne, Kolbe, Thunberg, Sparrniann et d’autres. C’est ce que nous nous proposons de faire.

Ten Rhyne (1) distingue sept nations différentes, comprises sous le uom général de Hottentots. » LesEssequas, ditil , réclament le premier rang par leur nombre, leur haute stature, leur force.

Ils vivent à cent cinquante lieues dans l’intérieur. Le gouverneur hollandais du Cap leur envoie annuellement du tabac et divers objets en cuivre, pour lesquels ils donnent du bétail en échange. Ils sont toujours en guerre avec les Namaquas, leurs voisins. Ceux-ci se distinguent de tous les peuples hottentots, en ce qu’ils couvrent leurs parties naturelles avec des paniers faits avec de l’ivoire de dents d’élephant, tandis que les autres emploient à cet usage des peaux de renards ou de chèvres. La troisième nation est celle des Sousvas, qui ne diffère pas par les mœurs et les habitudes des Hottentots soumis à la juridiction des Hollandais.

La quairième nation est celle des Souquas, qui ayant été, par d’injustes motifs , dépouillée de ses troupeaux par les Hollandais . est réduite à vivre dans les bois, et subsiste de la chasse. Ils ont pour voisins les Grégoriques, qui confinent aux Honnimas , avec qui les Hollandais sont perpétuellement en guerre.

La septième nation est celle des Hottentots proprement dits , qui habitent près de l’établissement hollandais, et dont ceux-ci se serventcomme auxiliaires dans leurs guerres contre les peuplades ennemies. Leur chef, qui se nomme Claes, et son lieutenant Cuyper, sont très-braves.»

Ten Rhyne décrit ainsi les Hottentots :

« Ils sont bruns ; quelques-uns ont même une peau assez blanche; mais c’est chez ces peuples une difformité; ils regardent une peau noire comme un des caractères de la beauté ; ils enduisent leurs cheveux de graisse mêlée avec certaines terres di-

{ x ) Ten Khyne , Schediasma de promontorio Bonte Spei 'jusque tractus incolts Hottentotis , accuranle brevesque notas ndjîccnte Henrico Secrete ; Schaffouse, (68C, in-S°. — Ten Rhyne, natif de Deventry, élail médecin cl membre du conseil de jiisliec dans la Compagnie Hollandaise des Indes-Orientales. Il arriva à la baie de Saldanha en 1673.

versement colorées; ils ont la taille grande et élancée, les membres bien musclés, les jointures très-grosses, le nez plat , le front courbé , et les cheveux laineux, qu’ils coupent ou rasent de diverses manières ; ils sont presque entièrement nus, et portent seulement par-devant un tablier de cuir. Les femmes sont plus laides que les hommes, et ont des épaules très-arrondies ; mais un caractère trèsparticulier dans la conformation deleurs parties naturelles les distingue de toutes cellesde leur sexe chez les autres nations. Ce sont deux languettes ou appendices charnus, semblables à deux portions de membre viril ou à l’allongement du clitoris que l’on remarque chez plusieurs femmes européennes (1). Elles sont si

florieuses de cette marque distinctive e leur race, que si un etranger entre dans leur kraal ou cabane , elles lèvent aussitôt leur tablier de peau pour la leur montrer. »

Kolbe (2), astronome allemand, séjourna douze ans (1705-1718) au cap de Bonne-Espérance; il s’attacha particulièrement à connaître les mœurs des Hottentots; il recueillit toutes les relations que voulurent lui fournir ceux qui se trouvaient dans le pays , et qui avaient sur lui l’avantage d’avoir pu observer les Hottentots à uneépoque où ilsétaient plus voisins des Européens, et mêlés avec

(i) Ces deux languettes ( tablier des Hottentotes) consistent dans un développement exagéré des nymphes ou petites lèvres. Ce caractère n’est pas général ; c’est ce qui explique pourquoi Degrandpré et d'autres voyageurs en ont contesté l'existence. Quant à ces prolongements charnus, Degrandpré prétend que les Hottentotes ont cela de commun avec beaucoup d’Eurojiéennes, et que la différence n’est que du plus au moins. Suivant Le Vaillant, le tablier des Hottentoles est le résultat d’un tiraillement produit par des poids suspendus. Ce serait un goût particulier, un caprice de la mode, un raffinement de coquetterie. Enfin, il résulte des recherches exactes faites à cet égard par Pérou ( V oyage aux terres australes, partie historique; 1816, in-4°, tome II, p. 3o6) que ces prolongements des nymphes sont un caractère de race; qu’ils sont naturels, et non pas produits artificiellement.

(a) Reise an das Afrikanische Vorgebirge der Guten Hoffnunglÿoyageau cap de lîonne- Espérance); Nüremberg, 1719; 3 vol. in-fol.

eux, sans crainte comme sans défiance.

Hottentot parait être l'ancien nom des indigènes qui occupaient autrefois le territoire proprement dit de la colonie du Cap, c’est-à-dire la pointe de l’Afrique australe. Leur origine est fort obscure et fort incertaine. Ils raconlent que leurs premiers pères sont entrés dans leur pays par une porte ou par une fenêtre; que le nom de l’homme était Noh, et celui de lafemme Hingnofi ; qu’ils furent envoyés parTicquaa, c’est-à-dire par Dieu même, et qu’ils communiquèrent à leurs enfants l’art d’élever des bestiaux, ainsi que beaucoup d’autres connaissances. Ce qu’il ya de certain, c’estqu'ils constituent une race à part, qui n’a rien de commun avec les autres races du monde, et dont l’origine est encore enveloppée d’obscurité (1).

11 y a peu de peuples dont on ait fait des peintures aussi différentes que des Hottentots. Quelques-uns les représentent comme Nègres, d’autres prétendent qu’en naissant ils sont aussi blancs que les Européens. Tachard parle de quelques Hottentots blancs; mais Kolbe assure que les enfants des Hottentots apportent au monde une couleur d’olive luisante , qui se ternit dans la suite par l’habitude qu’ils ont de se graisser, mais qui ne laisse pas de s’apercevoir, avec quelque soin qu’ils la déguisent. La plupart des hommes ont de cinq à six pieds ae hauteur. Ils sont en général plus minces que les Européens. Ils ressemblent aux Nègres par la grandeur des yeux, l’aplatissement du nez et l'épaisseur des lèvres. La racine du nez est fort basse , ce qui fait que la distance d’un œil à l’autre paraît plus grande que dans les visages européens. L’iris de leurs yeux est rarement clair; il est généralement d’un brun foncé (2). Leur chevelure est semblable à celle des Nè-

res , c’est-à-dire courte et laineuse. Les

ommes ont les pieds gros et larges; ils ont la pommette de leurs joues si saillante, qu’ils paraissent toujours maigres. Les femmes ont les mamelles et les fesses souvent d’un volume extra-

(1) Burchell, Travels in the interior of Southern Africa; London, i8»4; tome H, p. 549.

;a) Sparrmann, Reise, etc., 1. 1, p. 19a.

6* Livraison. (Afrique Australe.)

ordinaire. L’usage de se couper les ongles, soit des pieds, soit des mains, n’est connu ni de l’un ni de l'autre sexe. On voit fort peu de Hottentots difformes; ils sont agiles, et d’une légèreté surprenante. Tbunberg a observé que l’épine de leur dos est extrêmement courbée. « Quelques-uns, dit-il, sont si voûtés, ils ont une croupe si large, que deux personnes pourraients’yasseoir.Un cavalier bien monté suit à peine le pas d’un Hottentot. C’est par cette raison quelesgouverneurshollandaisduCapentretiennent constamment une troupe de cavalerie, pour les occasions où la nécessité oblige de les poursuivre. »

Ils sont bons chasseurs, et d’une habiletési singulière dans l’usage de leurs sagaies et de leurs bâtons de kirris et de rakkum, qu’avec ces armes ils parent une flèche ou une pierre. A l’égard des qualités de leur esprit , quoiqu’ils aient été représentés par quelques écrivains comme une race d’hommes livrés à toutes sortes de vices, des voyageurs moins anciens et mieux informés nous assurent que ce reprocheest une exagération, si ce n’est pas tout à fait une calomnie. Le vice favori des Hottentots est la paresse. Cette passion do mi ne également leur corps et leur esprit. Le raisonnement est pour eux un travail, et le travail leur parait le plus grand de tous les maux (i). Quoiqu’ils aient sans cesse devant les yeux le plaisir et l’avantage qu’on tire de l’industrie, il n’y a que l’extrême nécessité qui puisse les réduire au travail. La contrainte ne leur cause pas moins d’horreur, c’est-àdire que si la nécessité les force à travailler, ils sont dociles, soumis et fidèles;

(i) Tous les voyageurs, tant anciens que modernes, sont d’accord là-dessus. Voici comment s’exprime Barrovr : « L’indolence d’un Hottentot es) vraiment une maladie dont rieu ne peut le guérir, excepté la peur. La faim ne suffit pas pour les arracher à leur apathie; ils se passeront tout un jour de manger, pourvu qu’ils puissent dormir, plutôt que d aller à la chasse ou de fouiller la terre pour y cueillir des racines propres à leur subsistance. Pour eux 'il n’est jamais question que de deux choses , manger et dormir ; quand ils ne peuvent le satisfaire d’un côté, ils se consolent immédiatement de l’autre. » (Collection de Voyages en Afrique, par M. Walckenaer, t. XVII, p. ag6 .)

mais lorsqu'ils croient avoir assez fait ponrsatisiaire à leurs besoins pressants , ils deviennent sourds à toutes sortes de prières et d’instances , et rien ne peut leur faire surmonter leur indolence naturelle. Un autre vice des Hottentots, c’est l’ivrognerie. Qu’on leur donne de l’eau-de-vie et du tabac, ils boivent jusqu’à ne pouvoir se soutenir; ils fumeront jusqtra ce qu’ils ne puissent plus voir, ils hurleront jusqu’à ce qu’ils aient perdu la voix. Les femmes ne sont pas moins livrées que les hommes à cet excès d’intempérance ; mais elles sont plus longtemps à s’enivrer; et dans les vaeurs de l’ivresse, elles poussent la foejusquedanssesdernièreslimites. Cette passion désordonnée pour les liqueurs n’empêche pas qu'on ne puisse en confier à leur garde; car elles n’y toucheront jamais sans une permission formelle; exemple de fidélité qu'on ne trouvera guère dans tout autre pays. Leurs vertus et la partie la plus distinguée de leur caractère sont la bienveillance, l’amitié et l’hospitalité. Les Hottentots ne respirent que la bonté et l’envie de s’obliger mutuellement. Ils en cherchent continuellement l’occasion. Implore-t-on leur assistance, ils Courent pour l’accorder; leur demande-t-on un avis, ils le donnent sincèrement ; voient-ils quelqu’un dans le besoin , ils se retranchent tout pour le secourir. Un plaisir des plus sensibles pour les Hottentots est celui de donner (1).

A l’égard de l’hospitalité, ils étendent cette vertu jusqu’aux Européens étrangers. En voyageant autour du Cap, on est sûr d’un accueil ouvert et caressant

(i)Cet éloge est encore vrxi aujourd'hui, n Un Hottentot, dit B«rrow( Travels, 1. 1), partage son dernier morceau avec ses compagnons. Ils sont doux, tranquilles, timides, parfaitement honnêtes, et ont bien peu de cette adresse qui caractérise les sauvages en général. S'ils sont accusés d'uu crime , et qu'ils l’aient réellement commis, ils l'avouent avec candeur; rarement ils se querellent ou s’insulteut; quoique naturellement timides et poltrons, ils affrontent le danger lorsqu’ils sont conduits par leurs chefs, et ils savent souffrir avec patience. Ils ne manquent pas de talent, mais ils ont rarement lieu de l’exercer ; et c’est là principalement la cause de leur destruction. »

datw tous les villages où l'on se présente. avec les vieux gants de peau qu’ils obr.unn , la bonté des Hottentots , leur in- tiennent des Européens. Ils portent gétegrite, leur amour pour la justice, et néraleinent au bras gauchetrois anneaux leur chasteté, sont des vertus que peu d'ivoire, qui sont tournésavec beaucoup de nations possèdent au même degré, d’art et de justesse. Ces anneaux sont Une simplicité charmante accompagne une sorte d’arme défensive, et servent toutes leurs actions. On en voit beaucoup d’ailleurs à soutenir le sac dans lequel qui refusent d embrasser le christianisme, ils portent leurs provisions de voyage, parla seule raison qu’ils voient régner Comme leurs krosses sont le plus P,?™1 *es chrétiens I avarice, l’envie, souvent ouverts , on leur voit l’estomac 1 injustice et la luxure. et le ventre nus jusqu’aux parties natu-

relles, qu’ils couvrent ordinairement Habits , aliments, maisons, meubles d’une peau de chat dont le poil est extédes Hottentots.-- L’habillement des Hot- rieur. Ils ont les jambes nues, excepte tentots est très-simple : une peau d’ani- lorsqu'ils gardent leurs bestiaux ; car mal leur couvre les épaules et le dos jus- ils couvrent alors leurs jambes d’une esqu aux cuisses. C’est, comme le fait ob- pèce de bas ou de bottes de cuir. S'ils ont server Burchell, la toge des Romains, une rivière à passer, ils portent des espèmoins l'élégance de la draperie. Ce ces de sandales de cuir de boeuf ou d’élé- ■vêtement , qu’ils appellent krosse ou ka- phant taillées d’une seule pièce, et liées ross, est compose, pour les riches, de avec des courroies, peaux de tigres ou de chats sauvages; Dansleurs voyages, les Hottentots porctux du peuple ne sont que de peaux de tent deux bâtons de bois ou de fer, qu’ils mouton, dont le côté laineux se tourne nomment kirris et bakkum. La longueur en deliorspendant l’été : elles leurservent du kirri est d’environ un mètre, et sou do matelas pendant la nuit, et de drap épaisseur de trois centimètres. Il est sans mortuaire dans leur sépulture. Ces kros- pointe par les deux bouts : c’est leur arses sont de différentes formes; quelques- me défensive; mais le bakkum est pointu uns les portent jusqu’aux genoux ; ceux d’un côté , et peut passer pour une sorte de la nation des Attaquas descendent de dard, qu’ils lancent avec une adresse jusqu’aux talons ; mais les Hottentots admirable. Jamais ils ne manquent leur du Cap 11e les laissent pas tomber au but. C’est l’arme qu’ils emploient à la delà des hanches. chasse. Dans la main gauche ils ont or-

Pendant les chaleurs, tous les Hotten- dinairement un petit bâton de la lontots vont tête nue, ou du moins sans gueurd’un pied, auquel ils attachent une autre couverture qu’un enduit de suif queue de chat sauvage onde renard, ou et de graisse. Ils eu chargent tous les quelque autre queue velue, qui leur sert jours leur chevelure, sans prendre jamais de mouchoir. Lorsqu’ils la trouvent sale, soin de la nettoyer; ce qui forme une ils ont soin delà laver dans la première croûte ou un bonnet de mortier noir. Ils eau qui se présente , et la font sécher au prétendent que ce mastic leur rafraîchit soleil en un instant. Ils nomment cette la tête. En hiver, ils portent une calotte espece de mouchoir schjoo. de chat sauvage ou de mouton, soutenue La différence de l'habillement pour par deux cordons, dont l’un fait deux les femmes consiste dans l’habitude fois le tour de la tête, et vient se lier avec qu’elles ont de porter des bonnets qui l’autre sous le menton. Ils se servent s’élèvent spiralement en pointe sur le aussi de ces calottes dans les temps de haut de la tête, nu lieu que ceux des pluies. hommes sontcontigus à la peau, comme

Les Hottentots ont toujours le visage une véritable calotte. Les femmes poret le cou nus. Ils suspendent à leur cou tent aussi des krosses , qui ne sont jann petit sac qui contient leur couteau, mais fermés par-devant, ae sorte qu’elles leur pipe, leur tabac ou leur dacha, n’ont la peau cachée que par un sac de et un ouza, petit bâton brûlé par les cuir qu’elles ne quittent ni dans l’intédeux bouts, qu’ils portent comme un rieur de leurs maisons ni dehors, et préservatif contre les sortilèges. Ces qui leur sert à renfermer leurs aliments, petits sacs, ou ces bourses, sont faits leurdacha, leur tabac et leur pipe. Elles

L’UNIVERS

se couvrent les parties sexuelles d’une espèce de tablier nommé kut-krosse , qui est toujours de peau de mouton, sans laine, et beaucoup plus grand que le kut-krosse des hommes, mais lie de la même manière ; elles en ont un plus petit, qui leur couvre le derrière. Les jeunes filles, depuis l’enfance jusqu’à l’âge de douze ans , portent des cercles de jonc tressés autour de leurs jambes. Lorsqu’elles ont passé cet âge, elles changent la matière de ces cercles; au lieu de joncs, elles portent des courroies de peau de mouton ou de veau, de l'épaisseur du petit doigt; mais elles en otent le poil, et tournent en dedans le côté par lequel il tenait à la peau. On voit à la jambe de quelques femmes plus de cent de ces cercles, si proprement rangés qu’on les croirait d’une seule pièce. La longueur du temps leur donne la dureté du bois. Ils sont soutenus à la cheville du pied par un autre grand cercle de cuir ou de jonc (I).

(i) Celle partie de la toilette a été modifiée avec le temps. « Semblables aux femmes de toutes les nations, dit Barrow, les Hottentotos ont pour la parure une passion immodérée, à laquelle leurs maris sont redevables de leur ruine , qu’ils ont au surplus accélérée par leur amour aussi violent pour le tabac et les liqueurs spiritueuses : ces deux articles et quelques grains de verre ont payé leurs nombreux troupeaux. Ils ont troqué contre de telles bagatelles les seules ressources qui pussent soutenir leur existence. I es courroies qui jadis entouraient leurs jambes depuis la cheville j usqu’aux genoux, pour les préserver de la morsure des animaux venimeux, ont été rejetées avec mépris pour faire place à des perles de verroterie; ainsi, cette partie de leur vêtement, imaginée par la nécessité et la prudence , est devenue une affaire de mode. Leur cou, leurs bras, leurs jambes , furent bientôt chargés de grains de verre ; mais ils réservèrent les plus gros et les plus brillants pour orner un petit tablier d’environ sept ou huit pouces de large , qui leur pend depuis la ceinture jusqu’à la moitié de la cuisse. Les femmes paraissent prendre un soin particulier pour attirer l'attention sur cette partie de leur personne. Fdles attachent autour de ce petit tablier de grands boulons de métal, des ratiris avec l’ouverture tournée en dehors, ou toute autre chose qui ait beaucoup d’apparence. Celles qui ne peuvent faire les frais d’une parure aussi recherchée, ou qui n’ont pas de goût pour les mo-

Les Hottentots sont passionnés pour les ornements de tête; ils ont un go fit prononcé pour les boutons de cuivre et pour les petites plaques du même métal, qui étaient du temps de Kolbe fort à la mode au Cap. Un petit fragment de glace de miroir est ici aussi estimé que les diamants en Europe.

Les pendants d'oreilles etlescolliersde verre ou de cuivre sont des distinctions ui n’appartiennent qu’aux persounes u premier rang; mais leur mode est de les porter suspendus à leur chevelure.

Ils donnent volontiers leurs bestiaux en échange pour toutes les bagatelles de cette espèce. Quelques-uns portent aux cheveux les vessies enflées des bœufs qu’ils tuent pour leur nourriture. Mais la principale parure des Hottentots, celle dont les hommes , les femmes et les enfants sont également avides , c'est l’usage des’oindrelecorpsavecdu beurre ou de la graisse de mouton, mêlée avec la suie de leurs chaudrons. Ils renouvellent autant de fois cette onction qu’elle se sèche au soleil. Comme le peuple n’a pas toujours du beurre frais ou de la graisse nouvelle , on sent de fort loin un Hottentot à son approche ; mais les personnes riches sont plus délicates , et n’emploient que le meilleur beurre. 11 n’y a point de partie du corps qui soit exceptée; et ceux qui sont assez riches pour ne pas manquer de graisse en frottent jusqu’à leurs krosses ou leurs vête-

des, portent un tablier différent et d'une façon assez originale : c’est la peau d'un animal , coupée par petits filaments , pendant comme un faisceau entre les cuisses, à la moitié desquelles il descend. Le reste de la cuisse est entièrement nu. Les fils de ces tabliers sont souvent trop usés ou en trop petite quantité pour ne rien dérober à la vue. Au lieu de la queue que portent les hommes, les femmes ajustent sur leurs reins une peau de mouton qui descend jusqu'au gras de la jambe, et tout juste assez large pour atteindre la partie extérieure des cuisses. Le bruit et le froissement de cette peau roide et sèche annoncent une petite mailresse hottentote longtemps avant quelle paraisse. Le reste de leur corps est nu ; quelques-unes cependant portent des bonnets de peau de différentes formes, et ornés suivant leur caprice. Dans l’hiver, les deux sexes s'enveloppent d'un manteau de peau. -

inents de peau. Les différences de cette graisse font la principale disti nction entre les riches et les pauvres. Suivant Sparrinann, ils se parfument la tête et le corps avec une poudre composée de certaines herbes dont l’odeur est forte et aromatique ; elle approche de celle du pavot mêlé avec des épices. Les plantes dont ils se servent pour la composer sont différentes espèces de Diosma, appelées par eux flucku, et auxquelles ils attribuent des vertus médicinales.

Kolbe est persuadé que l’usage de s’oindre le corps a pour but de se garantir contre les ardeurs excessives du soleil (1).

Les Hottentots ne tuent guère leurs bestiaux que dans le cas d'une pressante nécessité; mais ils ne font pas difficulté de manger ceux qui meurent naturellement, ou de quelque maladie, et cette nourriture leur paraît fort saine. Les hommes qui ne se contentent point des fruits, des racines et du lait que les femmes leur préparent, ont pour ressource la chasse ou la pèche. Ils chassent toujours en troupes nombreuses.

(i) C’est aussi l’opinion de Barrow. « Dam un climat brûlant , dit-il, où l'eau est extrêmement rare, il est naturel d'oindre le corps de quelque matière grasse, pour le garantir et empêcher la peau de se dessécher et de se rider par l’action des rayons brûlants du soleil. Presque toutes les nations situées dansjun pays auprès de la zone torride ont adopté cet usage. L’huile qui, suivant l’Écriture sainte, ruisselait si abondamment sur la barbe d’Aaron et jusque sur le bord de ses vêtements, n’était probablement autre chose que la graisse de quelque animal ; car pendant quarante ans que ce grand prêtre et Moïse occupèrent dans le désert les enfants d'Israël de l'espoir d’une terre promise , il n’est pas vraisemblable qu'ils eussent de l’huile végétale, et quoique certains peintres d'histoire aient habillé ces chefs du peuple saint de vêtements éclatants, bordés de franges ou de galons, il est trèsdouteux qu’ils aient pu se couvrir d’autre chose que des toisons de leurs troupeaux. Si l’usage de s’enduire le corps de graisse était adopte dans l’Amé/ique méridionale, il est robable qu’on n’y verrait pas autant de maleureux attaqués d’un mal aussi dégoûtant que terrible, l’éléphantiasis. Les Hottentots ne le connaissent point ; et on n’a jamais vu que chez eux les maladies de peau fussent communes. •

Les entrailles des animaux sauvages ou de leurs bestiaux sont pour eux un mets fort exquis. Ils les fout bouillir ordinairement dans le sang des mêmes animaux, en y mêlant du lait; et quelquefois ils les mangent grillées ; mais, avec l’une ou l’autre préparation , ils les avalent à demi crues , ou plutôt il les dévorent avec une avidité extrême et sans aucune sorte de décence (1). Les femmes sont chargées de la cuisine, excepté dans le temps ae leurs infirmités périodiques; les hommes vivent alors chez leurs voisins, ou se préparent eux-mêmes leurs aliments. Ils lesfontcuireà l’eau comme en Europe ; mais au lieu de broche pour les rôtir , ils emploient deux pierres plates, entre lesquelles ils placentla viande. Les heures de leurs repas ne sont jamais réglées : ils suivent leur caprice ou leur appétit, sans aucune distinction de la nuit ou du jour. Dans le beau temps, ils mangent en plein air. Pendant le vent ou

(i) La voracité des Hottentots a été reconnue par tous les voyageurs. Mais ils ne se régalent plus, comme leurs ancêtres, des boyaux d’animaux. « Pour leurs repas, ils commencent, dit Barrow, par couper un animal en grandes et larges tranches plates ; ensuite, les découpant en spirale de la circonférence au centre , ils en forment ainsi des lanières de deux ou trois aunes de longueur : en un instant toute la bête est coupée en semblables morceaux; et tandis que quelquesuns s’occupent à en suspendre aux branches voisines , d autres en font griller sur la braise. A peine sont-ils chauds que, les saisissant à deux mains, ils en portent uu bout à la bouche, et dans un instant une lanière de viande longue d’une aune se trouve engloutie. Les cendres sur lesquelles ils les ont lait cuire les assaisonnent en guise de sel; aussitôt que leurs mains sont vides , ils les nettoient en les frottant sur leur corps; cette onction, renouvelée de temps en temps, accumule au bout d’une année une quantité de graisse qui , venant à se fondre accidentellement auprès du feu , se charge de toute la poussière et de la malpropreté qui peut s’y attacher , et les couvre enfin sur tout le corps d’une cuirasse épaisse et noire , qui dérobe entièrement la couleur de leur peau. On ne peut plus la distinguer que sur la figure et sur les mains ,’ parties qu’ils tiennent un peu plus propres que les autres en les frottant de bouse de vache; elle a la vertu d’enlever cette graisse, que l’eau ne saurait ni dissoudre ni détacher. >»

L’UNIVERS

la pluie , ils se tiennent renfermés dans leurs huttes. D’anciennes traditions les obligent de s’abstenir de certains mets, tels gué la chair de porc et celle du poisson sans écaille, qui sont également défendus aux deux sexes. Les lièvres et les lapins sont défendus aux hommes et permis aux femmes. Le sang pur des animaux et la chair de taupe sont permis aux hommes et défendus atix femmes.

La malpropreté des Hottentots les expose à toutes sortes de vermines , surtout aux poux, qui sont d’une grosseur extraordinaire; mais s’ils en sont mangés , ils les mangent aussi ; et lorsqu’on leur demande comment ils peuvent s’accommoder d'un mets si détestable , ils allèguent la loi du talion , et prétendent qu’il n’y a point de honte à dévorer des animaux qui les dévorent eux-mémes.

Ils ne paraissent point embarrassés, lorsqu’on les surprend à la chasse des poux , avec des tas de cette vermine autour d’eux.

Mue les Hottentots n’aient l’usage ni d’aucune sorte d’épices pour assaisonner leurs mets, ils aiment beaucoup les assaisonnements de l’Europe, etmaugent avidement toutes les viandes de haut goût; quand ils ont soif, ils se désaltèrent au bord d’une rivière (1).

Kolbe observe que ceux qui s’accoutument à nosaliments ne vivent pas si longtemps, et ne jouissent pasdunesi bonne santé que leurs compatriotes.

Les hommes et les femmes ont une passion désordonnée pour le tabac. Un Hottentot, dit Kolbe, aimerait mieux perdre une dent que la moindre partie de cette précieuse plante. Ils jugent mieux de sa bouté que i Européen ic plus délicat. Le tabac fait toujours une partie de leurs gages lorsqu’ils se louent au service d'un blanc. S’ils manquent de tabac, iis se servent d’une autre plante nommée dacha. Quelquefois ils les mêlent

(i) Iiurchell ( T rave! s in llie interior of Africa, t. II, p. 3 1 4 ) nous apprend que les Hollenlols ainsi que les Boschjesmans boivent au bord d’une rivière, non pas en puisant l'eau dans le creux de'lcurs mains, comme on pourrait le supposer , mais en tenant la bouche onvcric pendant qu’ils y jettent l’eau avec leurs mains.

ensemble, et ce mélange se nomme buspach.

Les Hottentots demeurent dans des villages mobiles qu’ils appellent kraal.

Ces habitations ne contiennent jamais moins de vingt huttes, bâties fort près l’une de l’autre , et le kraal qui n*a (tas

Ïilus de cent Habitants passe pour un ieu peu considérable. On trouve dans la plupart trois ou quatre cents personnes, et quelquefois cinq cents. Chaque kraal n’a qu’une entrée fort étroite. Les huttes sont rangées en cercle, sur le bord de quelque rivière , dans une situation commode, et ressemblent à des fours ou à de grandes ruches d’abeilles ; elles sont composées de bâtons et de nattes. Ces bâtons ne sont pas plus gros que les manches ordinaires de nos râteaux ou de nos pelles , mais ils sont beaucoup plus longs. Les nattes , qui sont l’ouvrage des femmes , ne sont qu’un tissu de joncs desséchés au soleil, mais si serré que la pluie n’y peut pénétrer. La forme de ces huttes est ovale. Dans leur plus long diamètre, elles ont environ cinq mètres. Sur ie plus court , qui n’en a guère que trois et demi, on fixe en forme d’arc une gaule qui est enfoncée dans la terre par les deux bouts, et dont le haut fait le sommet de l’édifice. Trois de ces arcs parallèles en forment l’entrée. La partie postérieure en a cinq. Ils sont couverts de nattes , dont les bords se touchent de si près, qu’ils laissent aussi peu de passage au vent qu a la pluie. Les Hottentots plus riches y joignent une seconde enveloppe de peau. L’entrée de ces huttes n’a qu’environ un mètre de haut , sur deux tiers de large, de sorte que les habitants n'y peuvent pénétrer qu’en rampant sur les genoux et les mains. Une peau de bête, attachée en dedans et audessus de la porte, s’ouvre et se ferme comme un rideau, pour arrêter le vent.

Comme il est impossible de se tenir deboutdans un lieu si bas, les hommes et les femmes y sont accroupis sur les jarrets, et l’habitude leur rend cette posture aisée. Dans les grandes huttes, comme dans les petites , on ne voit jamais résider plus d’une famille, qui est ordinairement composée de dix ou douze personnes de tout âge. Le centre de la hutte est occupé par un grand trou, d'un

demi-mètre de profondeur, qui sert de cheminée ou de foyer ; il est environné de trous plus petits , qui servent de place aux habitants pour s’asseoir , et ac lit pour dormir. Chacun a son trou séparé, hommes et femmes, dans lequel ils reposent tranquillement , avec leurs krosses ou leurs manteaux étendus sous eux. Les krosses de réserve, les arcs et les (lèches sont suspendus aux murs. Deux ou trois pots pour les usages de la cuisine , un ou deux pour boire, et quelques vaisseaux de terre pour le beurre et le lait, composent tout le reste de l'ameublement. La fumée ne pouvant sortir que par la porte , il n’y a point d’Européen qui soit capable de demeurer dans ces huttes lorsque le feu est allumé. En considérant leurs dimensions , on est surpris que des matériaux si combustibles puissent échapper aux flammes. Chaque hutte est gardée par un chien , qui veille à la sûreté de la famille et du bétail.

Aussitôt que le pâturage leur manque . ou lorsqu’ils perdent un de leurs habitants par une mort naturelle ou violente, ils changent d’habitation. En quittant un canton pour s’établir dans un autre, ils ont la coutume de tuer une brebis et de célébrer une fête.

Réjouissancespubliques, amusements et musique. Il n’arrive aucun changement dans la demeure ou la condition des Hottentots, aucun événement signalé dans leur vie , qui ne soit célébré par des offrandes et des fêtes. Pour exprimer ces solennités, ils ont emprunté de la langue hollandaise le terme d 'andersmaken , qui signifie, changer pour le mieux. Ils élèvent au centre de leurs villages une salle de branches d’arbres, assez grande pour contenir tous les hommes. Les matériaux en doivent être neufs. Les femmes prennent soin de les orner de fleurs et de verdure. Ensuite on tue le plus grand bœuf de l’habitation , dont on fait rôtir une partie et bouillir l’autre. Cette viande est servie aux hommes dans leur salle; le partage des femmes est le bouillon.

La nuit suivante se passe en concerts de musique et en danses , pour lesquelles la passion est égale chez les deux sexes. Leur principal instrument de musique est le gomgom, qui est commun à toutes les nations dé Nègres sur cette côte de

l’Afrique. On en distingue deux sortes ; le grand et le petit. C’est un arc de bois d’olivier tendu d’une corde de boyau ou de nerf de mouton . qu’on a fait sécher an soleil pour la rendre propre à cet usage. A l’extrémité de l'arc, on attache d’un côté le tuyau d'uue plume fendue, en faisant passer la corde dans la fentg. Le joueur tient cette plume dans la bouche lorsqu’il manie l'instrument; et les différents tons du gomgom viennent des différents modulations de son souffle.

Un autre instrument des Hottentots est un pot de terre couvert d’une peau de mouton bien passée. Mais c’est une espèce d’instrument qui n’est pas susceptihlede beaucoup de variété dans lessous.

La musique vocale des Hottentots consiste dans te monosyllabe ho, répété plusieurs fois, et dans deux ou trois chansons en mineur. Celle qui est particulière aux cérémonies religieuses consiste danB un petit cercle de notes. Mais, en général, toute leur musique est fort désagréable aux oreilles d’un Européen.

Leur manière de danser n’esl pas de meilleur goût. Les hommes s’accroupissent en cercle, et laissent entre eux queiquedistance pour le passage des femmes.

Aussitôt que les gomgoms commencent à se taire entendre, les femmes bat tent des doigts sur leurs tambours. Tout; l’assemblée chante ho, ho, ho, et frappe des mains; alors il se présente plusieurs couples pour danser; mais on n en laisse entrer que deux à la fois dans le eercle. Leur situation est face à face; l’homme danse avec l'hompie, la femme avec la femme. En commençant, ils sont éloignés entre eux d’environ dix pas , et cinq ou six minutes se passent avant qu’ils se rencontrent. Quelquefois ils dansent dos à dos, mais jamais ils ne se prennent par les mains (1). Chaque danse ne dure guère moins d’une heure. Leur agilité est surprenante, et leurs pas nets et dégagés. Pendant ce temps-là toutes les femmes se tiennent debout, les yeux baissés, et chantent ho, ko, ho, en battant des mains Lorsqu’elles ont besoin d’hommes pour la danse, elles lèvent la tête et secouent les anneaux qu’elles

(i) C’est, comme on voit, une espèce de contredanse.

L’UNIVERS

portent aux jambes. Le bruit qu’elles font en frappant du pied ressemble à celui d’un cheval qui se secoue suus le harnais. Les danseurs fatiguent ordinairement les musiciens; car il faut que chacun danse à son tour.

La chasse est un autre amusement crue les Hottentots aiment beaucoup.

Ils y font éclater une adresse surprenante, soit dans le maniement de leurs armes, soit dans la vitesse et la légèreté de leur course. Kolbe s’étonne qu’ils ne fassent pas plus souvent un mauvais usage de leur agilité, quoiqu’il leur arrive quelquefois, dit-il, d’en abuser. Il en rapporte un exemple. Un matelot hollandais, en débarquant au Cap, chargea un Hottentot de porter à la ville un rouleau de tabac d’environ vingt livres. Lorsqu’ils furent tous deux à quelque distance de la troupe, le Hottentot demanda au blanc s’il savait courir. Courir ? répondit le Hollandais : oui , fort bien . Essayons, reprit l’Africain; et se mettant à courir avec le tabac, il disparut presque aussitôt. Le matelot hollandais, confondu de cette merveilleuse vitesse, ne pansa point à le poursuivre, et ne revit jamais ni son tabac ni son porteur. On aurait peine à s’imaginer quelle est l’adresse de ces hommes à tirer leurs flèc' ies, ou à lancer leurs sagaies et leurs rahkums. Ils ont la vue si prompte et la main si certaine, que les Européens n’en approchent point. En poursuivant un daim, une chèvre sauvage ou un lièvre, s’ils peuvent s’avancer à la portée de leur rakkum, ils ne manquent presque jamais leur coup. A cent pas ils toucheront d’un coup de pierre une marque de la grandeur d’un sou; et ce qu’il y a de plus étonnant, c’est qu’au lieu de fixer, comme nous, les yeux sur le but, ils font des mouvements et des contorsions continuelles. Il semble que leur pierre soit portée par une main invisible. Ils remarquent avec plaisir l’admiration des Européens, et sont toujours prêts à recommencer la même expérience.

Kolbe assure qu’ils n’excellent pas moins à tirer l’arc ou à lancer la sagaie.

Un Hottentot qui va seul à la chasse, ou qui ne prend avec lui que deux ou trois compagnons, se borne ordinairement à quelques pièces de gibier pour la subsistance de sa famille; et dans ces

occasions il n’emploie point d’autres armes que le rakkum. Mais les grandes chasses sont celles où tous les habitants d’un village sortent ensemble, soit pour attaquer quelque bête féroce qui ravage leurs troupeaux, soit pour leur seul amusement. S’ils veulent tuer un éléphant, un rhinocéros, un élan ou un âne sauvage, ils l’environnent et l'attaquent avec leurs sagaies. Leur adresse consiste à ménager si bien leurs coups, que l’un ou l’autre frappe toujours l’animal par derrière ; tandis qu’il se tourne vers celui ui l’a frappé, ils le font tomber couvert e blessures avant qu’il ait pu distinguer ceux qui le blessent. Ils réussissent de même à tuer les lions et les léopards, en se garantissant de la fureur de ces animaux par leur agilité. Le monstre s’élance quelquefois si impétueusement, et le coup de sa griffe paraît si sûr, qu’on tremble pour ie chasseur, et qu’on s’attend à le voir aussitôt en pièces ; mais on se trompe : en un clin d’œil il échappe au danger, et l’animal décharge toute sa rage contre la terre. Au meme instant il est couvert de blessures par derrière : il se tourne, il se précipite sur un autre ennemi , mais toujours en vain ; il rugit, il écume, il se roule de fureur. La promptitude des chasseurs est égale à se garantir de ses griffes et à s’entr’aider par de nouveaux coups, avec autant de vitesse que de résolution. C’est un spectacle dont on ne trouve d’exemple dans aucun autre pays, et qu’on ne saurait voir sans admiration.

Si l’animal ne perd pas bientôt la vie , il prend enfin la fuite, en s’apercevant qu’il n’a rien à gagner contre de tels adversaires. Alors les Hottentots lui laissent la liberté de se retirer ; mais ils le suivent à quelque distance, parce que, leurs flèches étant empoisonnées, ils sont sûrs de le voir tomber devant eux, et d’emporter sa peau pour fruit de leur victoire.

Ils ont une autre méthode pour attaquer les éléphants, mais moins pénible et moins dangereuse. Comme ces animaux s’approchent des rivières en troupe, et qu’ils marchent l’un après l’autre sur une même ligne, la trace de leurs pas est toujours facile à reconnaître.

Les nottentbts ouvrent dans cette route une fosse de deux à trois mètres de pro-

fondeur et d’environ un mètre et demi de diamètre, au milieu de laquelle ils enfoncent un pieu pointu. Ils couvrent cette ouverture de petites branches d’arbres , de feuillages , d’herbe et de terre, avec tant d’art, que les yeux même d’un homme y seraient trompés. L’éléphant, ui avance sans crainte, tombe à demi ans la fosse; c’est-à-dire que le trou n’étant poiut assez grand pour le contenir tout entier, il n’y entre que les pieds de devant; mais dans cette chute il ne manque point de rencontrer le pieu, qui lui perce la poitrine ou le cou, et qui l’arrête assez pour donner le temps aux chasseurs de Fachever à coups de sagaies. Ils le portent alors en triomphe dans le village, et leur victoire est célébrée par une grande fête. Le rhinocéros et l’élan se prennent souvent dans le même piège.

Les Hottentots ont institué un ordre fort honorable, composé de ceux qui ont tué, dans un combat particulier, un lion, un tigre, un léopard, un éléphant, un rhinocéros ou un élan. L’installation du héros se fait avec beaucoup de cérémonie. Après son exploit, il se retire dans sa hutte. Les habitants du village lui députent bientôt un vieillard, pour l’inviter à se rendre au centre du kraal , où il est attendu par tous les honneurs dus à sa victoire. 11 se laisse conduire par son guide. Toute l’assemblée le reçoit avec des acclamations. 11 s’accroupit au milieu d’une hutte qu’on a préparée pour lui, et tous les habitants se placent autour de lui dans la même posture. Alors le vieux député s’approche, et pisse sur lui depuis la tête jusqu’aux pieds, en prononçant certaines paroles. Si le député est de ses amis, il l’inonde d’un déluge d’eau, et l’honneur augmente à proportion de la quantité de liquide. Le champion n’a pas manqué de se faire d’avance, avec les ongles, des sillons sur la graisse dont il a le corps enduit, pour recevoir plus immédiatement cette aspersion. Il s’en frotte soigneusement le visage et tout le corps.

Koibe a cru devoir donner à cette institution lenom d 'ordre de l’Urine, parce qu’elle n’cn porte aucun dans la nation. Après la ceremonie, le député allume sa pipe et la fait circuler dans rassemblée, jusqu’à ce que le tabac ou le dacba soit

réduit en cendres. Ensuite prenant les cendres , il en parsème le nouveau chevalier, qui reçoit en même temps les félicitations de l’assemblée sur l'honneur qu’il a fait au kraal, et sur le service qu’il a rendu à sa patrie. Ce graud jour est suivi pour lui de trois jours de repos, pendant lesquels il est défendu à sa propre femme d’approcher de lui. Le troisième jour, au soir, il tue un mouton, il reçoit sa femme, et se réjouit avec ses amis et ses voisines. Le monument de sa gloire est la vessie de l’animal qu’il a tué. Il la porte suspendue à sa chevelure comme une marque insigne d’honneur.

Kolbe ajoute que la mort d’un tigre cause plus de joie aux Hottentots que celle de toute autre bête.

Ils entendent beaucoup mieux la pêche que les Européens du Cap. Leur adresse est égale au filet, à l’hameçon et au dard, dans les anses comme dans les rivières. Ils ne prennent pas moins habilement le poisson à la main. Ils sont d'une adresse incomparable à la nage. Leur manière de nager a quelque chose de surprenant et qui leur est tout à fait propre. Ils nagent le cou droit et les mains hors de l’eau; de sorte qu’ils paraissent marcher sur terre. Dans la plus grande agitation de la mer, et lorsque les Ilots forment autant de montagnes, ils dansent en quelque sorte sur le dos des vagues, montant et descendant comme un morceau de liège. Les pécheurs enveloppent dans leurs krosses ou dans des sacs de cuir le poisson qu'ils ont pris, et nagent ainsi avec leur fardeau sur la tête.

Lorsqu’un jeune homme est âgé d’environ dix-huit ans, il se rend avec son père dans la famille où il se propose d’entrer, et son unique soin est de préparer du tabac ou du dacha, qu’il présente à la compagnie. Tous les assistants se mettent à fumer, sans qu’il soit question du sujet qui les assemble, jusqu'à ce qu’ils aient la tête étourdie de fumée. Alors le père commence à s’expliquer.

11 demande au père de la fille s’il veut sc défaire d’elle en faveur de son fils. L’autre sort aussitôt de la chambre pour aller consulter sa femme, et revient

Eromptement avec une réponse favorale. Il est rare que cette demande soit refusée, à moins qu’une famille ne soit

74 L’UNIVERS

déjà liée par quelque autreengagement.

Si la jeune fille n’a point de goilt pour le mari qu’on lui propose, il ne lui reste qu’uneressource pour éviter d’être àlui : c’est de passer avec lui une nuit entière, qui est employée, suivant Kolbe, à se pincer, à se chatouiller, à se fouetter.

Elle devient libre si elle résiste à cette dangereuse épreuve; niais si le jeune homme l’emporte, comme il arrive presque toujours, elle est obligée de l’épouser.

Après cette formalité , le jeune mari , accompagné de tous ses parents et de tous ses amis de l’un et de l’autre sexe , et précédé d’un ou de plusieurs bœufs , suivant le degré de ses richesses, retourne au kraal de sa femme , quelque éloigné qu’il puisse être du sien. Il y est reçu avec de grands témoignages de joie. Le bœuf est tué. Chacun se frotte largement de sa graisse et se poudre de buku. Les femmes se peignent le front, les joues et le menton avec de l’ocre rouge. Ensuite le mariage s’achève avec des cérémonies fort bizarres. Les hommes de l’assemblée commencent par s’accroupir en cercle. Le mari se place au centre dans la même posture, et à quelque distance; les femmes s’arrangent de même autour de la mariée. Ensuite le prêtre ou le surri entre dans le cercle des hommes , et pisse un peu sur le marié , qui emploie ses grands ongles à faire des sillons sur sa graisse pour ne rien perdre de cette sale liqueur. Le prêtre fait la même faveur à la mariée , et retourne de l’un à l’autre jusqu’à ce que le pouvoir iui manque pour cet office. Il prononce en même temps diverses bénédictions : « Puissiez-vous vivre heureusement dans votre mariage ! Puissiez-vous obtenir un fils avant la fin de l’année! Puisse-t-il devenir bon chasseur ou bon guerrier! » Tous les assistants sejoignent ensuite pour travailler aux préparatifs de la fête. On coupe le bœuf en pièces, on en fait cuire une partie à l’eau et rôtir l’autre. Kolbe explique ici plus clairement leur manière de rôtir. Ils font un grand feu sur une pierre , et la nettoient proprement lorsqu’elle est chauffée. Ils y mettent leur viande , et placent dessus une autre pierre , autour et sur laquelle ils renouvellent le feu, qui achève bientôt l’opération. Tous les mets paraissent daus des pots luisants de graisse. Quel-

ques-uns des convives se serventde couteaux, les autres déchirent la viande avec leurs doigts , et tous mangent avec une voracité extrême. Le bout de leurs krosses leur sert d’assiette. Leurs cuillers sont diverses coquilles de mer. Us boivent du lait ou de l’eau; car il ne paraît presque jamais de liqueurs fortes dans ces rejouissances publiques. Après le festin, ifs fument du tabac. Chaque cercle n'a qu'une seule pipe. Celui qui est chargé de la remplir la donne à son voisin après s’en être servi. Elle fait ainsi suc cessivement le tour du cercle. Quelquesuns avalent la fumée , et les discours s’échauffent à mesure que les vapeurs leur montent au cerveau. Toute la nui!

se passe dans le même exercice , et le matin vient séparer l’assemblée. On recommence la fête pendant deux ou trois jours, c’est-à-direjusqu’à ce que les provisions soientépuisées. Maigre la passion que les Hottentots ont pour la musique et la danse, ils ne les emploient jamais dans leurs fêtes nuptiales.

Ils ont l’usage de la polygamie; mais il est rare, même entre les riches, qu’on leur voie plus de trois femmes. Ils ne permettent ni le mariage ni la fornication entre les cousins au premier et au second degré. Ceux qui sont convaincus d’avoir violé cette loi reçoivent une mortelle bastonnade, sans aucun égard pour le rang et les richesses. Un père en mariant son fils lui donne une couple de vaches et le même nombre de brebis. Les filles se marient ordinairement sans dot, ou si leur famille leur fait présent d’une vache ou d’une couple de brebis, le mari est obligé de les restituer lorsque sa femme meurt sans lui laisser d’enfants. Les Hottentots, dit Kolbe, ne cherchent dans leurs femmes que l’esprit, la beauté et les agréments. Ainsi, la fille d’un pauvre habitant se trouve souvent mariée au chef de son kraal ou de la nation.

L’adultère est toujours puni de mort ; mais le divorce est permis, lorsque le mari peut |e justifier par de bonnes raisons. Alors il alalibertéde cljoisiruneautre femme ; tandis que celle qu’il a répudiée n’obtient pas toujours la liberté d’en épouser un autre pendant la vie du mari qui l’a quittée ; d’ailleurs , une veuve qui se remarie est obligée de se couper

la jointure du petit doigt , et de continuer la même opération aux doigts suivants chaque fois qu’elle rentre dans les chaînes du mariage.

Chaque kraal est fourni d’une sagefemme , que son expérience et son habileté font choisir pour le service public; niais son salaire se réduit à la nourriture , avec quelques petits présents qui doivent être volontaires. Les femmes accouchent a terre , sur un simple krosse dans l’absence du mari , qui est obligé de quitter sa hutte jusqu’à la fin du travail , sous peine de payer une brebis au kraal. Si le travail est lent, on fait bouillir du laitet du tabac, doutou compose une liqueur, qu’on laisse refroidir et qu’on fait avaler a la femme. Elle est délivrée immédiatement. Aussitôt que l’enfant est né, on lui frotte doucement toutes les parties du corps avec de la fiente fraîche de vache. On laisse sécher cette onction, pour en recommencer une autre avec le jus de la tige de figuier. Celle-ci venant aussi à sécher, on en fait une troisième avec de la graisse de mouton ou du beurre fondu. Enfin , lorsque le corps est bien imbibé de toutes ces onctions, on le saupoudre de buku,qui forme une sorte de croûte.

Si l’enfant naît mort ou meurt en naissant, surtout lorsqu'il est mâle, le village est transporté dans un autre lieu. On fai t des réjouissances extraordinaires à la naissance de deux jumeaux mâles. Si ce sont deux filles, rosage est de tuer la plus laide. Si c’est une fille et un garçun , la fille est exposée sur une branche d’arbre , ou ensevelie vive avec la participation et le consentement de tout le kraal. On a trouvé plusieurs de ces enfants abandonnés, que les Européens du Cap ont eu l'humanité de faire élever.

Le krosse , ou le manteau qui sert aux femmes dans leur accouchement, est enterré aussitôt , à cause d’une aucienne tradition qui fait craindre quelque sortilège pour la mère ou sou fruit. On lie le nombril de feulant avec un nerf de mouton, qui lui pend au ventre jusqu'à cequ’il tombe. Après les onctions, le droit de le nommer appartient à sa mère ; elle lui donne ordinairement le nom de quelque animal favori , tel que ejamnan , lion ; hacqua , cheval ; (jhuuda , mouton , etc.

Il est défendu aux hommes de s’approcher de leurs femmes, après l’accouchement, jusuu’à ce qu'elles soient entièrement rétablies. L'infraction à cette loi les fait regarder comme impurs, et les oblige de présenter un bœuf gras au kraal pour se purifier. La purification des femmes après leurs couches se fait avec de la fiente de vache, dont elles se frottent le corps; ensuite elles se font une onction de graisse , qu’elles saupoudrent de buku , et, dans cet état, elles attendent leur mari , qui doit avoir fait les mêmes préparatifs. Alors ils s’accroupissent ensemble, ils s’entretiennent, ils se disent des choses tendres; ils fument jusqu'à ce que les vapeurs du tabac les fassent tomber endormis. Les réjouissances sont beaucoup plus vives pour un premier enfant que pour ceux àui le suivent. Aussi, le fils aîné jouit-il d’une autorité presque absolue sur ses frères et ses sœurs.

On s’est, dit Kolbe, persuadé mal à propos en Europe que les Hottentots naissent avec le nez plat. La plupart, au contraire , apportent en naissant un nez de la forme des nôtres; mais il passe dans la nation pour une si grande difformité , que le premier soin des mères est de l’aplatir avèc le pouce.

C’est encore un usage général d'ôter un testicule aux garçons, vers l'âge de huit ou neuf ans; mais dans les familles pauvres on attend, pour cette cérémonie, l’occasion de pouvoir subvenir à la dépense. Kolbe a vu opérer de cette maniéré un jeune homme de dix-huit ans. Lejeune homme, après avoir été frotté de graisse fratche de. mouton , est étendu à terre sur le dos , les pieds et les mains liés ; ses amis se couchent sur lui pour le rendre immobile. Dans cette situation, l’opérateur lui fait, avec un couteau de table, une ouverture, au scrotum d’environ quatre centimètres de longueur. 11 fait sortir le testicule, et met à la place une petite boule de même grosseur composée de graisse de mouton et d’un mélange d’herbes pulvérisées; ensuite il rccout la plaie avec un petit os d’oiseau, aussi pointu qu’une alêne; une artère de mouton sert de fil. Cette opération se fait avec une adresse qui surprendrait nos plus habiles chirurgiens, et jamais elle n’a de

L’UNIVERS

fâcheuses suites. Lorsqu’elle est achevée, l’opérateur recommence les onctions avec de la graisse de mouton qu'on a tué pour la fête. Il tourne le patient sur le dos et sur le ventre, comme un cochon de lait, dit IColbe, qu’on se disposerait à rôtir. Enfin, il pisse sur toutes les parties du corps , et le frotte soigneusement de son urine. Après cette monstrueuse cérémonie, le jeune homme se traîne dans une petite hutte , bâtie exprès pour cet usage. Il y passe deux ou trois jours, au bout desquels il sort parfaitement rétabli (1).

LesjeunesHottentotssupportentcette opération avec une patience et une résolution surprenantes. Mais ceux qui n’ont point encore passé par les mains de l’opérateur n’ont pas la liberté d’v assister. Les spectateurs se rendent à la maison des parents , et mangent la chair du mouton, qu’ils trouvent préparée. Le bouillon est distribué aux femmes; mais le malade n’a point de part au festin. Le reste du jour et la nuit suivante sont employés à la danse. Si la famille est riche , le salaire del’opérateur est un veau ou un mouton. Les enfants, parmi les Hottentots, sont confiés à la garde des mères jusqu’à l’âge de dix-huit ans. On reçoit alors les garçons au rang des hommes , avec lesquels ils n’ont point auparavant la hardiesse de converser, sans en excepter leur propre père. Tous les habitants s’assemblent, et les hommes s’accroupissent en cercle. Le candidat reçoit ordre de se mettre dans la même posture, mais hors du cercle. Il doit être assis sur ses jarrets , de manière qu’il reste au moins trois pouces de distance jusqu’à terre. Alors le plus vieux de l’assemblée se lève, demande le consentement des autres pour recevoir le candidat, s’approche de lui, et lui déclare qu’à l’avenir il doit abandonner sa mère, renoncer à la compagnie des femmes et aux amusements de l’enfance ; en un mot , que dans ses actions et ses discours il doit se conduire en homme.

Le candidat, qui n’est pas venu sans s’être bien frotté de graisse et de suie , reçoit immédiatement une inondation

(i) La coutume de ccttc castration partielle et les cérémonies dont elle est accompagnée ou suivie ont été niées par plusieurs voyageurs.

d’urine par le ministère de l’orateur.

Aussitôt les hommes du cercle l’admettent dans leur société, et le félicitent sur l’honneur qu’il vient d’obtenir. Ils ajoutent des bénédictions à ce compliment.

Kolbe en rapporte jusqu’aux termes :

Tkamma, c’est-à-dire, que le bonheur l’accompagne; dida, vis longtemps; quoaatzequa, crois et multiplie; t'kumi,

Sue la barbe croisse promptement. Un iottentot qui est ainsi délivré de l’empire de sa mère a la liberté de l’insulter, et de la battre même, lorsqu’il lui plaît.

Ils n’ont pas de hutte séparée avant le temps du mariage. Les deux parties travaillent alors à s’en bâtir une , et doivent se fournir de meubles neufs. Après cet établissement, l’homme a le droit de s'abandonner à la paresse, et se repose sur sa femme de toutes les affaires domestiques. Outre l’éducation des enfants, elle est condamnée à tous les soins du ménage, tels que de chercher des racines, d’apporter du bois , de traire les vaches et de préparer les aliments. Sa seule récompense pour tant de travaux est d’avoir un lit séparé ; car les deux époux ne couchent jamais ensemble, et ne paraissent passe mêler des affaires l’un de l’autre. Ils se parlent rarement, et ne se donnent presque aucun signe de tendresse. Leurs secrets conjugaux sont impénétrables; et leur modestie n’est pas moindre à l’égard de toutes les actions que nous nommons indécentes.

Maladies , remèdes et funérailles des Hottentots. — Les Hottentots sont sujets à peu de maladies ; et ceux qui se soumettent à la diète du pays s’en ressentent rarement. Kolbe en vit un au Cap qui n’avait pas beaucoup moins de cent ans, et qui se vantait de n’avoir jamais été attaqué de la moindre incommodité. Mais ceux qui font U9age des liqueurs alcooliques abrègent leurs jours, et gagnent des maladies qui n’avaient jamais été connues dans leur nation. Les aliments mêmes, assaisonnés à la manière de l’Europe, sont pernicieux pour les Hottentots.

La médecine et la chirurgie sont deux arts qu’ils exercent conjointement. On leur voit faire des cures merveilleuses. Us sont versés dans la botanique de leur pays. Us ont quelques notions de la saignée , des ventouses , et des opérations

plus difficiles, telles que l'amputation et l’art de remettre un membre luxé.

Leur adresse est d’autant plus admirable , qu’ils n'ont pour instruments que des cornes , des couteaux , et l’os pointu dont on a déjà parlé. Pour les coliques et les maux d'estomac, leur remède ordinaire est l’application des ventouses.

Pour guérir la blessure d’une flèche empoisonnée , ils mêlent le venin de quelque serpent avec leur propre salive , et frottent ce mélange entre deux pierres.

Ensuite , après s’ctre gratté le creux de l’estomac jusqu’à ce qu’il en sorte du sang , ils appliquent la moitié de la composition sur la partie qu’ils ont grattée. Ils avalent l’autre; et lorsqu’ils se croient délivrés du poison par ce remède, ils nettoient la blessure et la pansent avec des fenilles de tabac et de diosma. Pour ce qui concerne les fractures, ils ignorent entièrement la manière de les traiter, parce qu’ils sont peu sujets à cette sorte d'acciaent. Mais leur méthode pour traiter les luxations est de frotter beaucoup la partie avec de la graisse de mouton , et de remuer vivement le membre en pressant la jointure. Cette opération ne se fait pas sans de vives douleurs.

Dans les violents maux de tête, ils rasent une partie de la chevelure avec un couteau tranchant. La graisse leur sert de savon; cependant ils laissent autant de cheveux qu’ils en coupent, et leur manière de les couper est en sillons.

Pour se purger, les Hottentots emploient ordinairement le jus d’aloèsdans un peu de bouillon chaud, et redoublent la dose jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent de l’effet qu'ils désirent.

Les poudres et les infusions qu’ils emploient pour d’autres maux intérieurs sont très-simples et en petit nombre; ils emploient, à cet effet, des figues sauvages , des feuilles de figuier, de diosma, de l’ail, du fenouil, et quelques autres plantes.

Mais ils ont recours aussi à la divination pour savoir si les malades doivent guérir. Ils prennent un mouton et l’écorchent vif , avec de grandes précautions pour empêcher qu'il ne perde du sang dans cette opération. Si l’animal, après avoir perdu sa peau, se lève et court librement, c’est un présage favorable. Mais s'il demeure sans mouve-

ment , on interrompt l’usage des remèdes, et le malade est abandonné aux forces de la nature. Un Hottentot qui s'est rétabli d’une maladie dangereuse célèbre son andersmaken, c’est-à-dire la fête de sa convalescence , en tuant un bœuf ou une brebis, suivant ses facultés, pour traiter ses amis et ses voisins. Si c’est un homme, la chair est pour les hommes et le bouillon pour les femmes.

Au contraire, les femmes mangent la chair, si la fête se fait pour une femme, et le partage des hommes est le bouillon.

Le médecin est ici la troisième personne de l’État. Les grands kraals en ont deux. On les choisit parmi les plus sages habitants pour veiller à la santé du public; mais ils ne reçoivent jamais de récompenses ni d’appointements, comme s’ils étaient assez récompensés par la distinction de leur office. Il ne manque rien à la confiance et au respect qu’on a pour eux. Dans chaque kraal, il se trouve de vieilles femmes qui s’attribuent de profondes connaissances en médecine. Elles ne sont pas fort aimées des docteurs; et comme en Europe, ajoute Kolbe, elles ne trouvent de crédit que dans leur propre sexe. Les notions obscures qu’ils ont de l'immortalité de l’âme ne vont pas jusqu’à leur faire implorer les faveurs du ciel pour un malade, ni jusqu’à le faire souvenir d’un autre état dans lequel il doit passer. Aussitôt qu’il a rendu le dernier soupir on l’enveloppe dans son krosse, les jambes repliées vers la tête comme un fœtus humain , et si bien couvert , qu’on n’aperçoit aucune partie du corps. On cherche ensuite un lieu pour l’enterrer. Tous les habitants du kraal s’assemblent et le conduisent à sa sépulture. C’est ordinairement quelque fente dans un rocher, ou quelque caverne ; car les Hottentots ne se donnent pas la peine de creuser une fosse pour leurs morts , lorsque le hasard leur en offre une. Ils les enterrent ordinairement six heures après qu’ils sont expirés , à moins qu’étant morts le soir on ne soit obligé, par l’obscurité de la nuit , de les garder jusqu’au lendemain. Kolbe compare cet usage à celui des Juifs, et ne doute pas qu’une infinité de Hottentots ne soient enterrés vivants. Pour conduire le corps à la fosse, les hommes et les femmes s’as-

semblent devant la porte de la hutte, accroupis en differents cercles, frappant des mains et criant : Bo , bo, bo, jusqu’à s’épuiser. Au lieu de faire sortir le corps par la porte, ils ouvrent les nattes qui servent de mur, du côté le plus proche du mort , et le transportent par ce passage. Les porteurs le prennent dans leurs bras. Ils sont suivis d'hommes etdc femmes, mais sans autreordre quela séparation des deux sexes. La marche est accompagnée de hurlements et de grimaces qui seraient capables, dit l’auteur, de faire mourir un Européen de rire. Lorsnue le corps est enterré , ils remplissent la fosse avec de la terre de nids de fourmis, et la couvrent de pièces de bois croisées et de pierres , pour la défendre des bêtes féroces. Au retour du convoi funèbre, les deux sexes reprennent leur posture devant la hutte, dans des cercles séparés, et continuent leurs exclamations.

Enfin , l’heure du silence arrive. Deux vieillards, qui en donnent le signal , amis des parents du mort, entrent dans chaque cercle , et pissent sur toute l’assemblée. Ils vont prendre ensuite chacun une poignée de cendres dans le foyer, qui est au milieu de la hutte, et reviennent gravement les jeter par pincées sur les assistants, qui s’en frottent le corps avec beaucoup de soin. Si le mort a été riche , la même cérémonie se renouvelle pendant sept ou huit jours. Après les lamentations , l’usage est de tuer une brebis , pour terminer la cérémonie par un andersmaken. On suspend au cou de l’héritier la coiffe du ventre de la victime bien saupoudrée de buku , et cette parure doit être portée jusqu’à ce qu’elle tombe en pourriture. Telles sont les cérémonies de deuil pour les Hottentots riches. Le deuil des pauvres ne consiste qu ’à se raser la tête.

Un Hottentot dont les affaires sont en désordre, ou qui ne trouve point de secours dans sa famille et ses amis, prend le parti de louer ses services à quelque riche habitant du même pays , ou à quelque Européen. C’est ordinairement pour la seconde de ces deux conditions qu’il se détermine, parce que les avantages en sont plus considérables. Il demande d’abord une ration journalière de tabac et de dacha comme une partie de ses gages, qui consistent toujours en bestiaux ,

et dans les meilleurs, car il n’accepterait pas une vache ou une brebis stérile. D’un coup d’oeil , un Hottentot connaît les bonnes qualités ou les défauts d’un animal. Après avoir acquis, par cette voie, quelques vaches et quelques brebis , il en achète d'autres de ses épargnes de tabac, et s’établit enfin sur ses propres fonds parmi ses compatriotes.

Les femmes des Hottentots n’ont pas d’autre méthode que la nôtre pour traire leurs brebis et leurs vaches. Le lait de vache sert d’aliment aux deux sexes; mais l’usage du lait de brebis est réservé aux femmes, et même aux plus pauvres.

Au lieu de baratte, ils se servent d’une peau de bête, cousue en forme de sac, avec le poil au dehors. Lorsqu’elle est à demi-pleine de lait, ils la lient soigneusement; et deux personnes, la prenant par les deux bouts, ne cessent pas de l’agiter fortement jusqu’à ce que le beurre soit formé. Ils le mettent alors dans des pots, soit pour s’en frotter le corps, soit pour le vendre aux Européens; car ils n’en mangent jamais. Mais, comme ils n’ont pas l'usage de le passer, il est ordinairement d’une saleté fort dégoûtante. Cependant les Européens l’achètent; et, prenant la peine de le nettoyer, ils le revendent avec beaucoup d’avantage aux vaisseaux qui relâchent sur la côte, ou le font manger à leurs domestiques.

La multitude d’animaux carnassiers qui infestent le pays oblige les Hottentots à des précautions continuelles pour la sûreté ac leurs troupeaux pendant la nuit. Leur méthode ordinaire est de lacer les vaches et les veaux au centre du raal. Les vieux boeufs sontattachés en dehors contre les huttes , et liés deux à deux par les pieds pour empêcher toute mutinerie. Dans cette situation , ils n’ont pas besoin de sentinelle. L’approche du moindre danger leur fait pousser de longs mugissements, qui répandent aussitôt l'alarme dans lekraal. Chaque habitation entretient une hutte vide, où les agneaux sont gardés jour et nuit, jusqu’au temps où l’usage est de les mener au pâturage après les avoir sevrés. D’ailleurs, lesHottentots ont des chiens pour ia garde ordinaire de leurs troupeaux. Ces animaux sont vigilants, fidèles , et d’une intrépidité sans égale.

Chaque kraal a ses vétérinaires. Quoi-

AFRIQUE AtîSTRALE. 79

que épizooties soient rares , on eu voit souvent régner une fatale espèce , qu’on attribue, ait Kolbe, à l’abondance des pluies, et dont on ne peut trouver le moyen de garantir les bestiaux. Dans toutes sortes de maladies , les Hottentots leur tirent du sang , et leur font prendre de l’ail sauvage. Pour les rétentions d’urine, ils font infuser de l’ail dans leur eau. I,a guérison d’une bête est célébrée avec beaucoup dejoie. Lorsque l'animal meurt, ils s’en dédommagent en faisant de sa carcasse un grand festin, auquel tous les habitants peuvent prendre part. Ils esti ment beaucoup plus cette chair que celle des animaux qu’ils tuent volontairement.

L’adresse des Hottentots dans l'exercice de quelques métiers est une preuve assez claire de leur i ndustrie, et du progrès qu’ils seraient capables de faire dans les arts, s’ils n’étaient arrêtés par l’excès de leur indolence. Les bouchers de l'Europe ne manient point le couteau avec plus d'habileté qu’eux. Leur méthode est singulière pcqirtuerun mouton. Après lui avoir lié les pieds, deux hommes l’étendent sur le dos, et le tiennent des deux côtés dans cette posture. Un autre lui ouvre le ventre avec un couteau et met les entrailles à découvert. Ensuite il tire d’une main les boyaux et les viscères nobles, tandis que de l’autre il remue le sang pour l’empêcher de s’épaissir. Il se garde soigneusement de briser les vaisseaux sanguins autour du cœur ; de sorte que l’animal est au moins un quart J’heure à mourir, et laisse aux assistants le spectacle de tous les mouvements de l’agonie. Les médecins du kraal, et les femmes qui se mêlent de médecine, sont toujours présents à ces exécutions. Ils en prennent les parties, et les conservent soigneusement. Les intestins sont lavés. On en fait griller une portion, qui est mangée sur-le-champ, avant que l’animal soit mort. Le reste est haché fort menu , pour le faire étuver dans le sang, que le boucher met dans un pot, avec la main ou quelque coquille. Lorsque l’intérieur du corps est vide et nettoyé, trois hommes se joignent pour l’écorcher. Ils mettent la carcasse sur la peau , et commencent à diviser les parties. C’est alors qu’on voit dans un instant la chair, les os, la membrane , les muscles, les veines, les artères , et tous les autres organes

séparées avec une adresse si surpré* nante , qu’elle devrait faire donner aux bouchers hottentots le nom d’anatomistes. Leur méthode est à peu près la même pour tous les autres bestiaux. Ils n’eu jettent que les excréments , les sabots et les cornes. Les os sont bouillis pour en tirer la moelle, qu’ils emploient a se frotter le corps. Les peaux de moutons servent à faire leurs krosses , ou des courroies pour les jambes des femmes.

Avec les peaux de bœuf, i Is font des nattes pour couvrir leurs maisons. S’ils n'en ont pas besoin pour ces usages, ils les emploient à leur nourriture. Leur manière de préparer les peaux ou les cuirs n’est pas moins propre à leur nation. Ils prennent une peau de mouton toute fraîche, et la frottent de graisse, pour la rendre tout à la fois dure et unie, et pour empêcher que le poil ou la laine ne tombe.,Mais s’ils la destinent à l’usage de leur pays, ils ajoutent à la graisse une coction’de fiente de vache, qu’ils laissent sécher au soleil. Cette operation se renouvelle jusqu’à ce que fa peau ait pris une couleur noire , avec l’odeur de fiente qui est nécessaire à sa perfection. Les peaux de vache ou de bœufs demandent une autre préparation. Le pelletier hottentot frotte le poil avec de la cendre de bois , et , l’ayant arrosé d’eau , il roule le cuir, pour le faire sécher pendant quelques jours au soleil. Cette pratique renouvelée ne manque point de faire tomber entièrement le poil. On frotte ensuite la peau avec de la graisse. C'est à quoi se réduit l’art de tanner chez les Hottentots.

Leurs pelletiers exercent aussi le métier de tailleur, et ne manquent point d’adresse dans cette profession. Un os d’oiseau leur sert d’aiguille. Ils emploient moins de temps à faire leurs krosses, et les font peut-être mieux que nos plus habiles tailleurs. C’est encore un office du pelletier de couper les cuirs en courroies larges de deux pouces, pour les faire servir à lier les matériaux de leurs huttes et tous leurs ustensiles, lorsqu’ils changent d’habitation. Il exécute cet ouvrage avec une promptitude et une dextérité merveilleuses , sans autre règle que ses yeux, en étendant le cuir à terre par le moyen de quelques chevilles.

Les Hottentots ont des ouvriers en

L’UNIVERS

ivoire, qui font les bracelets et les anneaux dont ils composent leur parure.

Ouoique ce travail soit fort ennuyeux , parce qu’ils n'ont pas d’autre instrument qu’uncouteau, ils donnentaleur ouvrage une rondeur, un luisant, un poli , qui feraient honneur au plus habile tourneur de l’Europe.

Leurs nattes sont composées de roseaux et de joncs séchés au soleil. Cet ouvrage appartient aux femmes, sans autre secours que leurs doigts, elles font des tissus si sénés , que le vent , la lumière et la pluie ne peuvent les pénétrer; mais ils durent peu. Leurs cordes, qui sont de la même matière que leurs nattes , ont autant de force et durent aussi longtemps que nos cordes de chanvre. Ils leur donnent rarement ■ plus d un mètre et demi de longueur, s ils n y sont obligés pour les vendre aux Européens du Cap. On peut joindre à cet article les cordes qu’ils font pour leurs arcs etpour leurs instruments de musique. Celles de leurs instruments sont composées de nerfs de mouton séchés au soleil; mais pour leurs arcs ils n’emploient que des boyaux. Deux hommes prennent un boyau, chacun par un bout, et le tordent jusqu’à lui donner la rondeur et la solidité de nos cordes à violon; ensuite, l’étendant entre deux chevilles , ils le font sécher au soleil. Lorsqu il est sec, ils le frottent de graisse de mouton, et laissent à cette onction le temps de s étendre. Cette préparation suffit pour le rendre propre à leurs usages.

Tous les Hottentots sont potiers de profession; car chaque famille fait sa poterie et ses autres ustensiles de terre. Leur matière est une sorte de terre glaise, dont les fourmis composent leurs habitations. Après l’avoir biennettoyee, ils la pétrissent soigneusement, en y mêlant les œufs des fourmis qu’ils y trouvent dispersés ; ensuite ils la tournent sur une pierre, ils unissent parfaitement le dedans et le dehors avec la main , et donnent à leur vase la forme de 1 urne romaine, qui est celle de tous les pots de la nation. Deux jours d’exposition au soleil suffisent pour le secher. L ouvrier le sépare alors de la pierre, avec un tendon sec qu il passe entre deux , et qui fait l’office d’une scie. Il ne reste qu’a le faire cuire au feu , dans un trou

qu’on creuse sous terre. Cette dernière opération lui donne une dureté surprenante, avec une couleur de jais qui se conserve merveilleusement , et que les Hottentots attribuent au mélange des œufs de fourmis.

Leurs forgerons sont’ d’autant plus admirables, qu’ils forgent le fer tel qu’il sort des mines , sans y employer d’autre secours que des pierres. Ils ouvrent un grand trou sur un terrain élevé. Un demimètre plus bas, ils en font un autre pour recevoir le métal fondu , qui passe de l’un dans l’autre par un canal de communication. Avant de mettre le minerai dans le grand trou , ils font autour de l’ouverture un feu capable de le chauffer dans toutes ses parties ; ensuite ils y jettent le minerai , sur lequel ils continuent d’entretenir le feu jusqu’à ce qu’il descende en fusion. Aussitôt qu’il est refroidi , ils le brisent en pièces avec des pierres fort dures , et remettent ces pièces au feu. Ils n’emploient que des pierres , au lieu de marteaux , pour en forger des armes et d’autres ustensiles. Ils fondent quelquefois le cuivre par la même méthode; mais l’usage qu’ils en font est borné à quelques bijoux pour leur parure. Ils le mettent en œuvre et le polissent avec une industrie surprenante.

Le commerce des Hottentots ne consiste qu’en échanges. Leur échange ordinaire avec les Européens se compose de bestiaux , de quelques dents d’éléphant, d’œufs d’autruche, de peaux de bêtes , surtout de chevaux et d’ânes sauvages , pour lesquels ils reçoivent du vin, de l'eau-de-vie , du tabac , du dacha , du corail , des grains de verre , des pipes , de petits miroirs, des couteaux, du fer, de petites pièces de cuivre, et des racines de kanna.

Religion et gouvernement des Hottentots. — Ce n’est point une entreprise aisée que celle d’approfondir les notions des Hottentots sur l’Être suprême et leurs véritables principes de religion.

Ils évitent soigneusement toutes sortes d'explications sur ce sujet ; et leurs réponses , comme à toutes les questions qui regardent leurs usages, sont pleines de réticences et de subterfuges. Quelques voyageurs ont douté s’ils ont, en effet, quelques idées de religion. Mais

Kolbe assure formellement qu’ils re- vert . et son ventre tacheté de blanc et connaissent un Dieu créateur de tout de rouge. Il a deux ailes et deux corcc qui existe; ils l’appellent Gounja ou nés. Dans quelque lieu qu’ils puissent Gounja ticcjuoa, c’est-à-dire Dieu des l’apercevoir, ils lui adressent les plus dieux. Ils disent de lui, » que c’est un grandes marques de respect et d’honexcellent être, qui ne fait aucun mal à neur. Lorsqu’il paraîtdans un kraal, tous personne, de qui l’on n’en doit jamais les habitants s’assemblent pour le rececraindre , et qui demeure fort loin au voir, comme si c’était un Dieu descendu delà de la lune. » Mais il ne paraît pas du ciel (1). Ils tuent, par reconnaissance, qu’ils aient aucune espèce de culte ins- une ou deux brebis en son honneur, et titué pour l’honorer. Quand les questions prennent sa visite pour le plus heureux qu'on leur fait sont pressantes , ils ap- présage de bonheur et d'abondance; ils portent pour excuse une tradition qui sont persuadés qu’elle les puritie de leur apprend, disent-ils, que leurs pre- toutes leurs fautes. Un Hottentot sur miers parentsayant offense ce Dieu , ont lequel l’insecte viendrait se reposer seété condamnés, avec toute leur posté- rait regardé comme un saint, et traité rité, à l’endurcissement du cœur; de dans la suite avec une vénération extraorsorte que, s’ils le connaissent peu, ils dinaire. Pour répondre à cette faveur, confessent qu’ils n’ont pas beaucoup on tue le bœuf le plus gras du kraal , on d’inclination à le connaîtrez à le servir saupoudre de buku la coiffe du ventre , mieux. on la suspend au cou de l’habitant favo-

lls rendent des adorations à la lune risé , qui est obligé de la porter dans cet dans les assemblées qu’ils font la nuit état jusqu’à ce qu’elle tombe en pourrien plein champ. Ils lui sacrifient des ture.

bestiaux , et lui offrent de la chair et du Les Hottentots rendent une espèce lait. Ces sacrifices se renouvellent cons- de culte ou de vénération religieuse à tamment aux pleines lunes. Ils félicitent leurs saints, c’est-à-dire aux hommes cet astre de son retour. Ils lui deman- qui ont acquis de la réputation par leurs dent un temps favorable, des pâturages vertus et leurs bonnes œuvres. Ils n’ont pour leurstroupeaux, et beaucoup delait. pas l’usage des statues, des tombes et des Ils le regardent comme un Gounja infé- inscriptions; mais ils consacrent à la rieur, qui représente le grand (1). Leurs mémoire de leurs héros, es bois , des adorations consistent dans des grimaces montagnes , des champs et des rivières, et des contorsions de corps , dans des Ils ne passent jamais dans ces lieux sans cris, des sauts, des chants et des dan- s’y arrêter. Us y marquent leur respect ses. Ils se prosternent à terre; ils répè- pàr'un profond silence, par des danses et tent des mots inintelligibles. Ces dévo- quelquefois par des battements de mains. t:ons durent toute la nuit , mais avec des Ils reconnaissent aussi une divinité maintervalles et comme par accès; elles ligne, qu’ils appellent tonouûa, et qu’ils continuent souvent pendant une partie représentent petite, courbée, de maudu jour. Les intervalles sont courts. Ils vais naturel, ennemie des Hottentots, et se tiennent alors accroupis , la tête entre source de tout ce qui arrivede mal dans le . leursmainsetlescoudessurleursgenoux. monde, au delà duquel ils ne lui attrills honorent aussi, comme une divinité buent aucun pouvoir. Ils lui offrent des favorable , certain insecte de l’espèce honneurs et des sacrifices, pour l’adoudes cerfs-volants, qui est particulier à cir en faveur de leur nation. Les doucette région. Sa grosseur est à peu près leurs, les maladies et les accidents celle du doigt d’un enfant ; son dos est

(i) Lacaille dit, au contraire, que cet in- (i)Lacaille nie que les Hottentots adorent secte, qu’on appelle le dieu des Holtenlots, la lune; leurs danses ne seraient qu’un usage est regardé par eux comme un animal de et non un culte. Une grande partie des nations mauvais augure. Il est asseï rare au Cap, et d’Afrique, de Madagascar, et même d’Asie, fort commun aux îles de France et de Rourqtioique idolâtres ou mahométanes, dansent lion. Le Vaillant nous apprend , dans une note au clair de la lune lorsqu'elle est pleine. (Jour- manuscrite , que cet insecte est une mante, nal historique, p. 330.) et que les Hottentots ne l’adorent pas.

6' Livraison. ( Afrique Australe.) ®

L’UNIVERS

sa

qui surpassent la pénétration des Hottentots sont regardés comme l’effet de quelque sortilège. Aussi les enchantements et les amulettes sont-ils fort respectés.

Quoiqu’on ne leur ait point reconnu de notions d’un état futur, et bien moins encore l’espérance d’une résurrection, cependant quelques raisons portent à croire qu’ils sont persuadés de l’immortalité de l'âme. Ils adressent des prières et rendent des honneurs aux hommes vertueux, après leur mort; ils craignent les revenants ou les esprits des morts, et cette crainte leur fait changer de kraat lorsqu'ils ont perdu quelque habitant : ils croient que les sorciers et les sorcières ont le pouvoir d’attirer ces esprits; mais ils paraissent persuadés que les âmes des morts établissent leur domicile autour des lieux où leurs corps sont enterrés. Il ne paraît pas qu’ils redoutent un enfer, ou qu’ils espèrent des récompenses dans un état plus heureux.

Tel est le fond de la religion des Hottentots; ils y sont attaches avec beaucoup d'opiniâtreté.

Lorsqu’ils ontà passer quelque rivière dontlecours est rapide , ils s’arrosent d'abord dequelquesgoutlesd’eau , et, se frottant le iront d’un peu de vase , ils prononcent certaines paroles mystérieuses.

Si vous leur demandez la raison de cet usage, ils répondent : « Ne voyez-vous pas que le courant est dangereux? »

Kolbe pense que cette superstition a sa source dans quelque idée religieuse.

Leur prêtre, ou leur maître des cérémonies, porte le nom de suri , qui signifie maître. Cet office est électif. Il ne consiste pas à réciter des prières, ni à donner des instructions au peuple sur des matières dont les Hottentots n’ont aucune notion , mais uniquement à présider aux offrandes et aux sacrifices , à diriger les cérémonies religieuses , les mariages, les enterrements, et a châtrer les jeunes Hottentots. Toutes ces fonctions lui donnent le quatrième rang dans le kraal. Cependant il n’a point d’autre revenu ni a’autre avantage que d’être invité à toutes les fêtes, et de recevoir quelquefois un veau ou un agneau dont on lui fait présent.

Les Hottentots ne vivent point sans gouvernement et sans règles de justice.

Chaque tribu particulière a son chef, qui se nomme kouque, et dont l’emploi consiste à commander dans les guerres , à négocier la paix , avec le droit de présider aux assemblées publiques , au milieu d’un cercle que tous les capitaines forment autour de lui. Leur office est héréditaire; mais il n’en a pas plus de ressemblance avec la royauté. L’autorité d’un kouque se réduit au gouvernement de son propre kraal. Il n'a point de revenu établi pour le maintien de sa dignité, ni la moindre distinction personnelle. En prenant possession de son emploi, il s’engage à ne rien tenter contre les prérogatives des capitaines du kraal, et contre les privilèges du peuple. On tue un bœuf gras et deux brebis pour le festin , et son installation se fait avec beaucoup de solennité.

Le second officier du gouvernement hottentot est le capitaine du kraal, dont l’emploi consiste à maintenir la paix et la justice dans l’étendue de sa juridiction. Cet office esthéréditaire, mais il ne peut rien changer dans les lois et les anciennes coutumes du kraal. Pendant la guerre, il commande les troupes de son propre village, sous l’autorité du kouque ouduchefdelanation. Il reçoit les plaintes du peuple, et iuge, avec les hommes du kraal, toutes les disputes qui regardent les droits de la propriété. C’est à lui qu’appartient aussi le jugement du vol, du meurtre, de l’adultere et des autres crimes qui se commettent dans son territoire ; mais les criminels d'État sont jugés par le kouque, assisté des capitaines de tous les kraals. Ces officiers sont distingués, non-seulement par de belles peaux de tigres ou de chats sauvages, qui leur couvrent les épaules , mais encore par une canne à pomme de enivre, dont les Hollandais leur ont fait présent. On peut les considérer commela noblesse des Hottentots, qui gouverne chaque nation sous l’autorité de son chef. Mais cette noblesse ne tire aucun profit de ses soins : les affaires se décident à la pluralité des voix, qui sont recueillies par le kouque. Il est rare que les Hottentots entreprennent une chasse ou quelque expédition d’importance , sans avoir consulté leur capitaine. Cependant il arrive quelquefois ues désordres, que toute son autorité ne peut apaiser : le peuple en

Vient au* mains, et se bat furieusement, au mépris du capitaine. Dans ces occasions, pour sauver la bienséance de son emploi , il feint d’ignorer ce qui se passe; à moins qu’on n’aille jusqu’au meurtre, ou que la sédition ne devienne générale. Alors il ne balance point à se présenter; et le peuple, qui se reproche d’avoir été trop loin , ne manque jamais de rentrer, comme de concert, dans les bornes de la soumission.

Chaque kraal a son tribunal pour les affaires civiles et criminelles, formé', comme on l’a dit, du capitaine et des habitants, qui s’assemblent dans un champ libre et ouvert. Parmi eux , la justice n’a rien à souffrir, comme en Europe, de la corruption et du délai. Ils ne sont point exposés à la mauvaise foi des procureurs. Les deux parties plaident leur propre cause. La cour se rend attentive à leurs raisons, et juge à la pluralité des voix , sans appel et sans aucune sorte d’obstacle. Dans les matières criminelles, un coupable ne trouve aucun appui dans ses richesses et dans son rang. Le capitaine même n’obtient pas plus de faveur que le moindre habitant du kraal. Quelqu'un est-il soupçonné d’un crime , oïl en donne aussitôt connaissance à tous les habitants , qui, se regardant comme autant de ministres de la justice, cherchent le coupable et s’en saisissent. S’il prévoit qu’il ne saurait éviter une condamnation, il se retire ordinairement parmi les Boschjesmans; car il passerait pour un espion dans un autre village où il voudrait choisir un asile, et sur le moindre avis il serait remis entre les mains de ceux qui le cherchent ; mais s’il est arrêté, on commence par l’enfermer sous une garde sûre, pour avoir le temps de convoquer l’assemblée. Il est placé au centre du cercle, comme au lieu le plus favorable pour écouter et se faire entendre. Ses accusateurs exposent le crime; on appelle les témoins. Il a la liberté de se défendre, et le tribunal écoute patiemment jusqu’au dernier mot qu’on allègue en sa faveur. Si l’accusation paraît injuste, les juges condamnent l’accusateur a des dédommagements, qui sont pris sur ses troupeaux ; mais si le crime est avéré, ils prononcent aussitôt la sentence, qui s’exécute sur-le-champ. Le capitaine du kraal se charge de l’exécution.

11 fond sur le coupable avec un transport furieux, et l’étend à ses pieds d’un coup de kirri qui lui casse ordinairement la tête. Toute l’assemblée s’unit pour l’achever, et son corps est enterré au même instant; mais sa famille n’en reçoit aucune tache. Le châtiment efface le crime , et la mémoire même du coupable ne reçoit aucun reproche. Au contraire, ses funérailles sont célébrées avec autant de respect que s’il était mort vertueux.

Lorsqu'il s’élève -quelque différend entre deux villages de la même nation, la cause est portée devant la cour nationale , qui n’a pas moins d’autorité qu’un sénat romain pour l’exécution de ses décrets. Les Européens, ajoute Kolbe, peuvent vanter leurs sciences , leurs arts et leur politesse; mais où montrerontils l’exemple d'un gouvernement si sage , basé sur la parfaite liberté du peuple ?

Pour ce qui concerne les héritages , tous les biens d’un père reviennent à l’atné des fils, ou passent dans la même famille au plus proche des mâles. Jamais ils ne sont divisés. Jamais les femmes ne sont appelées à la succession. Tout legsen faveur d’unefemme est illégitime, sans le consentement du plus proche héritier. Un père qui veut pourvoir à la condition de ses cadets doit penser pendantsa vie àleurfaireun établissement; sans quoi il laisse leur liberté et leur fortune a la disposition du frère aîné. Mais si l’héritier accorde une fois la liberté à ses frères, il n’est plus le maître de rétracter cette faveur. Son pouvoir est le même sur ses sœurs ; elles ne peuvent ni le quitter ni se marier sans son consentement. Il leur donne la part qu’il lui plaît de sa fortune. La loi l’oblige seulement de prendre soin des femmes de son père jusqu’à leur mariage ou leur mort. Malgré tous ces avantages, s’il se marie avant la mort de son père il n’a pas plus de droit que ses autres frères à l’héritage paternel.

Les Hottentots ne sont point insensibles aux injures, surtout lorsqu’elles regardent toute la nation. Leur fureur s’allume au moindre tort qu’on fait à leurs droits. Ils courent aux armes, et marchent contre l’ennemi commun. Mais la guerre n’est jamais un fardeau pour le peuple. Us ne connaissent ni caisse ni mu-

L’UNIVERS

nitions, Di magasin, ni taxes, parce qu’ils n’ont jamais à compter plus d’une campagne. Une bataille décide ordinairement de la querelle; mais les deux partis combattent avec acharnement, ils n’ont d’ailleurs aucune idée de discipline. Ils vont à la charge avec la dernière confusion; mais ils ont soin de ne jamais serrer assez leurs rangs pour s’ôter la liberté de manier leur sagaie et de voltiger d’un côté à l’autre pour diriger sûrement leurs coups. Ils commencent leur attaque avec des cris terribles. Aussitôt que les premiers pnt fait leur décharge, ils se retirent derrière ceux qui les suivent, pour se remettre en état de reprendre leur place. La victoire dépend presque toujours de l’habileté du chef à découvrir l’endroit faible de l’armée ennemie, pour y porter le désordre avec ses meilleures troupes. Les causes de la guerre entre les Hottentots sont ordinairement le vol de quelques bestiaux , l’enlèvement d’une femme, ou l’usurpation des pâturages. De ces trois motifs, c’est le dernier qui trouble le plus souvent la paix; car, sans avoir des limites réglées , ils ont cependant quelques notions de l’étendue de leur territoire. L’insulte ne consiste pas toujours à mettre des bestiaux dans le pâturage d’autrui; mais, à l’époque de la sécheresse, il arrive quelquefois qu’une nation mécontente ou jalouse emploie le feu pour détruire l’herbe de ses voisins. L’enlèvement des bestiaux ou des femmes ne commence guère qu'après la résolution déjà formée de déclarer la guerre. Alors la nation offensée fait entendre ses plaintes, et demande des réparations par ses députés. Si la justice qu’elle exige est trop lente, on prend les armes, et on se vengeaussitôt par des représailles.

Jamais les Hottentots ne dépouillent ou n’insultent les morts. Ils laissent leurs habits, leurs armes et tout ce qui leur appartient à la disposition de leur propre parti ; mais ils tuent sur-le-champ leurs prisonniers. Les déserteurs et les espions n’obtiennent pas plus de grâce ; ou si la vie leur est conservée, c’est

fiour essuyer le mépris de ceux dont eur lâcheté ou leur perfidie leur a fait rechercher la protection. A peine obtiennent-ils de quoi vivre après la guerre.

Dans tous les traités de paix, ons’obliga de part et d’autre à les rendre, et le châtiment de leur infidélité est toujours la mort.

Outre le kirri et le rakkum , les armes des Hottentots sont la sagaie et les flèches. Leurs arcs sont de bois, de fer ou d’olivier; les cordes, de nerfs ou de boyaux de bêtes , attachées aux deux bouts avec un crochet de fer ou de bois. Leurs flèches sont de bois ou de corne, d’un mètre de longueur, armées d’un petit croissant de fer, dont les deux pointes forment un petit angle et sont toujours empoisonnées. Au milieu du croissant passe une autre pointe de fer, longue d’environ deux pouces, qui sert de sommet au bois. Le carquois est une sorte de sac, long et étroit, composé de peau de ..bœuf , d’élan ou d’élephant, qu’ils se passent sur l’épaule avec une courroie liée aux deux bouts. Un crochet , qui est à l’extrémité de ce sac, leur sert à porter l’arc suspendu. Ou a déjà dit avec quelle adresse ils tirent leurs flèches; ils n’en ont pas moins à lancer la sagaie , qui est la meilleure de leurs armes. En visant, ils la secouent et l’agitent de tant de manières , qu’on ne s’imaginerait pas qu’ils se proposent un but; cependant le point vers lequel ils tirent doit être extrêmement petit s’ils manquent d’y toucher.

La sagaie est une espèce de demi-pique, delà longueur et de l'épaisseur ordinaire d’un manche de râteau. Le plus épais des deux bouts est revêtu d’une petite plaque de fer , d’où part une pointe fort aiguë et tranchante des deux côtés, que les Hottentots entretiennent fort luisante, et qu’ils empoisonnent pour la guerre et la chasse.

Le kirri et le rakkum sont aussi des armes guerrières. Ils lancent le rakkum sur l’ennemi dans un combat, comme à la chasse sur les animaux féroces. A la portée de cette arme, ils sont sûrs d’en percer l’homme ou la bête. Le kirri leur sert à parer les coups de flèches , de sagaie et de rakkum , et même les pierres auxquelles ils ont recours dans les batailles, lorsque leurs autres armes sont épuisées. Ils emploient le kirri avec une adresse admirable. Pendant la paix, ils s’exercent souvent à des combats simulés.

L’engagement commence par des cris affreux et par une grêle de rakkums; ensuite on passe aux pierres, dont ils ont amassé des tas de part et d’autre. Un Hottentot qui se voit menacé d’être touché d’une pierre, d’un rakkum ou d'une sagaie, se met à couvert sous son kirri, c’est-à-dire qu’il se sert de ce bâton avec tant d’adresse pou* arrêter le coup, qu’il y manque rarement, du moins dans ces combats d’exercice. Lorsqu’ils se lassent de combattre à coups de pierres, ils en viennent aux mains, comme ils font quelquefois dans les batailles; ils s’entre-eboquent ; ils se frappent à coups de rakkum, et leur habileté est toujours surprenante à parer. C’est par des exercices semblables que les anciens s’entretenaient dans la pratique des armes, et qu'ils formaient la jeunesse aux exercices militaires.

Les détails qu’on vient de lire sur les Hottentots s’appliquent aux indigènes du Cap d’il y a environ cent cinquante ans , et dont on peut aujourd'hui considérer la race primitive comme à peu près éteinte , soit par la destruction directe , soit par leur mélange avec les Européens. C’est ce qui explique le reproche mal fondé d’inexactitude que les voyageurs modernes ont fait à Kolbe et à d’autres voyageurs anciens.

Les enfants naturels provenus du mélange des blancs avec les femmes hottentotes , et de ces mêmes femmes avec les Nègres, sont connus sous le nom d’Hottentots-Basters ( Hottentots-Bâtards ), Cette dénomination néanmoins appartient plus particulièrement aux premiers, arce que les seconds sont moins nomreux. Les Hottentotes se livrent difficilement aux Nègres, pour lesquels elles ont une sorte-de répugnance, au lieu qu’elles se regardent comme honorées d’avoir eu commerce avec les blancs, et de porter le titre de leur maîtresse. Le Baster blanc est bien fait, robuste ; sa peau, d’un jaune plus clair que celle du Hottentot, a la couleur d’une écorce de citrou desséchée ; la vue en est désagréable ; ses cheveux sont noirs, plus longs et moins crépus. De la communication des femmes de cette nouvelle race provient, comme il est naturel de le croire, une espèce encore plus blanche, dont la

chevelure est bien moins frisée; et, quoiqu’en allant toujours graduellement il n’y ait plus, à la fin, de différence sensible pour les cheveux et la blancheur de la peau , la proéminence de la pommette des Joues se fait toujours remarquer ; c’est un caractère qui subsiste jusqu’à la troisième ou quatrième génération. Cette race mixte est plus courageuse, plus active que la race hottentote pure. Elle s’est rapidement multipliée, car déjà du temps de Le Vaillant, en 1783, elle formait environ le sixième de tous les Hottentots. Les Basterset en général les Hottentots de la colonie affectent du mépris pour les autres sauvages , et les traitent en ennemis; il est vrai que ces derniers les <»yent de retour. Voilà comment une race primitive peut, indépendamment des accidents de la guerre, disparaître par suite d’un contact prolongé avec des étrangers. Déjà en 1775 , on ne rencontrait plus que de faibles débris des nations hottentotes qui autrefois occupaient de vastes provinces.

Pour compléter ce tableau rétrospectif, nous allons indiquer ici quelquesunes de ces nations aborigènes dont le souvenir s’efface de plus en plus.

Les Hottentots qui habitaient le plus près du Cap étaient les Gungemans, ou, comme les appelle Thunberg , les Gouiemans. En 1086 ils vendirent, dit-on, leur territoire aux Hollandais, avec lesquels ils sont depuis longtemps mêlés.

Le territoire des Gungemans ou Gouiemans s’étendait depuis le Cap et la False- Bay jusqu’à Stellenbosch.

Les Kokoquas ou Kohaquas (1) (Saldanhaters de Dapper) bordaient les Gungemans au nord. Leur territoire consistait en belles prairies; ils en furent dépossédés par les Européens chargés de fournir des provisions aux navires de la compagnie des Indes. Thunberg eut pour guides dans son voyage (en 1775) deux individus de cette nation. Les Kokoquas menaient , comme presque toutes les tribus hottentotes, une vie exclusivement pastorale. « Ils brillent , dit Kolbe (en 1705), l’herbe jusqu'à la racine et changent de canton , pour changer dans un autre temps qui n’est

(i) Qua est uo mot d’origiue boltenlote, et signifie homme.

L’UNIVERS

jamais fort éloigné; car les cendres engraissent beaucoup la terre , et les pluies ne manquent pas pour la rafraîchir L’usage de briller les herbes est suivi par les Hollandais du Cap; ils creusent un fosse autour de l'espace qu’ils veulent brûler , pour arrêter la communication des flammes (1)» n

Les Soussiquas ou Soussaquas habitaieut dans le voisinage de la baie de Saldanha. Cette nation, jadis nombreuse et riche en bestiaux, fut de bonne heure ravagée et dispersée par les flibustiers hollaudais. Au commencement du dixseptieme siècle, le territoire des Soussiquas était mal peuplé; les villages y étaient rares et les troupeaux peu nombreux. Cependant le pays, quoique montagneux, produisait de l’herbe en abondance ; au sommet des montagnes comme dans les vallées, on voyait des tapis naturels de plantes odoriférantes Les Soussiquas avaient pour voisins

lesOudiquas ou Odiquas, avec lesquels ils

entretenaient une alliance contre les Chi-

rigriquas. Ces trois nations ont été longtemps en guerre entre elles. Les Chirigriquas, puissants et nombreux, habitaient les bords de la baie Sainte-

m, rn9..et»de la rWière de éléphant (Olifant s-Rivier). « Leurs terres, dit Kolbe, I emportent beaucoup, pour la bonté , sur celles des Soussiquas et des Odiquas. Les vallées sont ornées d’une grande variété de fleurs d’une beauté et d une odeur extraordinaires; mais elles servent de retraite à quantité de serpents entre lesquels on trouve lecéraste ou serpent cornu. Les habitants de ce canton persécutés par les flibustiers hollandais’ qui leur enlevaient leurs bestiaux et qui ne ménageaient pas plus leur vie, cherchaient à se venger par la destruction de tous les Européens qui tombaient entre leurs mains. »

Les Koopmans habitaient au sud-est des Gungemans, au delà des montagnes de Hottentotsch- Holland. Leur territoire s etendait beaucoup vers l’est Les Européens s’y étaient établis de bonne heure, enchâssant devant eux les anciens habitants. LePalmiet-Rivier qui prend sa source dans les montagnes

(i) Collection de., Voyage, en Afrique, par

Walekeuaer, t. XV, p.a4o. ' 1

de Drakenslein , reçoit, entre autres ruisseaux , le Zwart-Rivier ( Rivière- Noire), qui parcourt la vallée du pays des anciens Koopmans.

Les Hessaquas ou Hassiquas , voisins des Koopmans, étaient renommés pour labeauteet la richesse de leurs bestiaux. L était une nation peu belliqueuse, qui avait le goût du commerce ; elle entra une des premières au servioe des colons. Leur pays était rempli de gibier et de magnifiques pâturages. Kolbe a été ici témoin d un incident qui a quelque valeur historique. « En 1707, dit Kolbe quelques députés des Hessaquas ayant tait au gouverneur Van-der-Stell un présent de plusieurs boeufs, il leur donna à son tour du tabac, de l'arack et du corail Aussitôt qu’ils l’eurent reçu, ils s’assirent avec une troupe de Gungemans pour taire 1 essai de leur arack. Les flacons passaient de main en main ; mais à la un, ei peut-être parcequeles Gungemans désiraient quelques bouteilles de plus et qu’elles leur étaient refusées, ils in sulterent les Hessaquas , qui se disposaient à partir; les deux partis en vinrent aux mains près du port. Leurs poings leurs bâtons et quelques pierres étaient leurs seules armes ; mais le bruit et la chaleur du combat ne faisant qu’augmenter, l’alarme se répandit dans la ville, et lit sortir les habitants. Le fiscal hollandais, quoique extrêmement respecté des Hottentots, entremit inutilement son autorité, et se vit même exposé à quelque danger. Enfin, pour rétablir la paix par la terreur, le gouvern.*‘lur.f‘t amener une grosse pièce d'artillerie Tjui fut chargée à leurs yeux l>tte vue même n’ayant produit aucun effet , il fit tirer le coup par-dessus leurs têtes; alors, effrayés par le bruit, ils se retirèrent chacun de leur côté sans prononcer un seul mot. »

A l’est des Koopmans se trouvaient les Sonquas. C’était une tribu pauvre qui habitait les montagnes le long des côtes et vivait principalement de la chasse. Ils vendaient du miel sauvage aux colons, qui en faisaient une liqueur fermentée, llsl apportaientauCap, dans des sacs de peau, et l'échangeaient pour la moindre bagatelle.

Le pays des Sonquas était suivi, plus a I est, de celui des Dunquas. Il com-

Digltt

mençait aux environs de la rivière de Zonner-End, et était arrosé par les affluents du Palmiet-Rivier. Le territoire des Dunquas abondait en gibier, ainsi que celui des Damaquas leurs voisins.

Après les Damaquas, on rencontrait les Gauros ou les Gauriquas, au delà desquels Tachard a placé les Cafres du Monomotapa. Les Gauros habitaient les bords de la rivière Gauritè ou Rio-Hermoso, près de Vleesch-Bav. Leur pays abondait en bestiaux et en bois.

Plus loin, le long des edtes de l’Océan, on arrivait chez les Houteniquas ou Outeniquas(l). Les Européens les ont laissés longtemps tranquilles dans leur pays froid et boisé. Le Vaillant (en 17821 fait un tableau enchanteur du pays des Houteniquas ( Auteniquois) : « On ne peut, dit-il , y faire un pas sans rencontrer mille essaims d'abeilles; les fleurs naissent par myriades ; les parfums mélangés qui s’en échappent y viennent délicieusement frapper l'odorat; leurs couleurs, leur variété, l’air pur et froid qu’on respire , tout vous arrête et suspend vos pas; la nature a fait de ces beaux lieux un séjour de féerie. » Du côté du nord , non loin du grand défilé qu'il faut passer pour arriver à Lange-Kloof ( vallée longue), vivaient les Âtaquas ou Attaquas , dans un territoire montagneux et riche en pâturages.

A l’est des Houteniquas, en longeant la côte, on rencontrait la nation des Chamtouers (2), qui possédaient un beau territoire, abondant en bois et en pâturages, sur les bords de la rivière Cnamtoos. Plus loin, au nord-est , existaient les Heykoms; ils habitaient un pays fort montagneux, qui n’avait de fertile que les vallées. Enfin, au delà des Heykoms se trouvent les Cafres , qui , plus fiers et plus indépendants que les Hottentots, n’ont pas encore plié et ne plieront probablement jamais sous le joug des Européens.

Les Gonaquois forment, pour ainsi dire, le passage des Cafres aux Hottentots. Ils partagent les caractères des uns et des autres. LabelleNarinadc Le Vail-

(i) Ce nom k prononce eu hollandais Aoutenitjuas ; c’est ce qui explique l'orthographe d 'Auteniquas adoptée par quelques auteurs.

(a) Thunberg écrit Kamtours ( Camtoort).

iant était de la nation des Gonaquois.

Voici le portrait que Le Vaillant a tracé de cette nation (1). « Les Hottentots-Gonaquois diffèrent des Hottentots proprement dits par la teinte de leur peau plus foncée, par leur nez moins camus, leur taille plus haute , mieux prononcée , par un air et des formes plus nobles. Lorsqu'ils abordent quelqu’un , ils présentent la main en disant tabe ( je vous salue). Ce mot et cette cérémonie sont aussi d’usage chez les Cafres , et n’ont oint lieu parmi les Hottentots. L’haillement des Gonaquois est le même que celui des Hottentots; seulement, comme ils sont d’une stature plus élevée , ce n’est point avec des peaux de mouton, mais de veau, qu'ils se font des manteaux ; et ils les nomment également krosses. Mais ils en ont pour l’hiver et pour l’été; les premiers ont des poils , et les seconds en sont dépourvus, et sont plus amples. Tous les Gonaquois font usage de sandales , et les fixent avec des courroies. »

Le Vaillant conclut de toutes ses observations, et des renseignements qu’il a obtenus , que la race des Gonaquois est le produit du mélange des Cafres avec les Hottentots. « Les huttes des Gonaquois, continue-t-il, semblables pour la forme à celles des Hottentots de la colonie, ont tout au plus huit à neuf ieds de diamètre sur cinq à six pieds de auteur; elles sont couvertes de peaux de bœuf ou de mouton, mais plus ordinairement de nattes; elles n’ont qu’une seule ouverture, fort étroite et fort bosse. Quand les nuits sont trop fraîches , on se sert pour couverture d’une peau pareille à celle sur laquelle on couche ; dès que le jour est venu , tous ces lits sont roulés et placés dans un coin de la hutte. Si le temps est pur, on les expose à l’air et au soleil; on bat l’un après l’autée tous ces meubles pour en faire tomber non pas les punaises, comme en Europe , mais les insectes et une autre vermine non moins incommode, à laquelle la chaleur excessive du climat rend fort sujets ces sauvages, et dont ils ne sont pas maîtres , avec tous leurs soins, d’arrêter la foison. Lorsqu’ils

(i) Le Vaillant, Premier Voyage, tome. II,

L’UNIVERS

n’ont pas pour l'instant d’occupations plus pressées, ils font une recherche plus exacte et plus scrupuleuse de celte vermine : un coup de dent les délivre l’un après l’autre de ces petits animaux malfaisants. Ils emploient cette méthode comme plus facile et plus prompte ; mais il est faux que ce soit pour eux une nourriture, et qu’ils y trouvent du plaisir. L’habillement dés Gonaquoises ne diffère de celui des Hottentotes proprement dites, que par le tablier de pudeur, qui est chez elles plus large, et descend presque aux genoux. Elles chargent ce tablier de broderie, de rasades, et de toutes sortes d’ornements. Leurs bonnets sont de peau de zèbre, et leurs bras, leur cou , leur corps , sont entoures de bracelets, de colliers, de ceintures en verre, en ivoire, en métal. Du reste, elles ont l’horrible coutume de se barbouiller le visage de rouge et de noir, de se graisser la peau , et de se saupoudrer avec de la poussière de buku. On graisse de même le corps des enfants dès ie plus jeune â»e; ce qui contribue beaucoup à les rendre souples et agiles. Les hommes ne peignent jamais leur visage; mais souvent ils se servent de la préparation des deux couleurs mélangées pour peindre leur lèvre supérieure jusqu’aux narines, et jouir de l’avantage d’en respirer incessamment l'odeur. Les jeunes filles accordent quelquefois à leurs amants la faveur de leur en appliquer sous le nez. Les Gonaquois sont trèsadonnés à la chasse; ils y sont très-habiles, et tuent le gibier avec leurs sagaies et leurs flèches empoisonnées. Ces flèches sont faites de roseaux , et n’ont que dix-huit pouces ou deux pieds de longueur, bien différentes de celles des Caraïbes d’Amérique, qui portent six pieds. Les arcs des Gonaquois sont proportionnés aux flèches, et n’ont que deux pieds et demi , ou tout au plus trois pieds de hauteur; la corde en est faite avec des boyaux. Du reste, les moeurs et les coutumes des Gonaquois ressemblent à celles des autres Hottentots. »

Les Gonaquois ont à peu près tous disparu; ceux qui ne s’étaient pas mis sous la protection du gouvernement du Cap furent extermines par les Cafres , avec lesquels ils étaient constamment en guerre.

Le même sort était réservé aux Houzouauas dontparle Le Vaillant. Ces indigènes habitaient primitivement les montagnes Neigeuses qui séparaient la colonie de laCafrerie. De toutes les races de sauvages que Le Vaillant a connues, nulle ne lui a paru douée d'une intelligence aussi act iveet d’une constitution aussi infatigable. « Ils sont, dit-il, beaucoup moins noirs que les Hottentots, et ont la couleur plombée des Malais. Pour le nez, il est encore plus écrasé que celui des Hottentots, ou plutôt ils mont point de nez, et le leur consiste en deux narines épatées, qui ont tout au plus cinq ou six lignes de saillie. De cette nullité de nez il résulte que, vu de profil, i’Houzouana est laid et ressemble au singe.

Mais une chose qui distingue la race des Houzouanas , c’est cette énorme croupe naturelle que portent les femmes, masse énorme et charnue qui, à chaque mouvement du corps , contracte une oscillation et une ondulation fort singulières. » Le voyageur français était porté à considérer i’Houzouana comme la souche primitive des nations qui peuplent l’Afrique méridionale. Il est probable <jue les Houzouanas de Le Vaillant n'etaient qu’une tribu de Boschjesmans.

Les G ossiquas ou Gheyssiquois étaient la dernière nation vers le nord qu’a vue Le Vaillant. Par les traits de leur physionomie et le claquement de leur langage, ils se rapprochaient des Hottentots ; ils pratiquaient, suivant Le Vaillant, la demicastration pour se distinguer des tribus voisines.

En résumé, les Hottentots du Cap ont peu à peu perdu leur caractère primitif. Pressés entre les Cafres et les Européens, ils ont été détruits par les uns et absorbés par les autres. Tel a été aussi le sort des aborigènes qui ont anciennement peuplé les Gaules et la Germanie. C’est le sort de tous les peuples incapables de former des États indépendants et de défendre leur liberté contre des conquérants soit sauvages soit civilisés.

Les tribus qui se sont en partie soustraites au joug des colons, et qui appartiennent à la race hottentote, sont les Boschjesmans, les Namaquas et les K.Oranas. En voici la description.

Page 1