‹ Afrique australe, Cap de bonne-espérance, Congo, etcChapitre 13 sur 65 · TBIBUS UE RACE HOTTENTOTE · texte numérisé non relu

TBIBUS UE RACE HOTTENTOTE

A. Boschjesmams.

Le nomdeBoschifsmans, qui s’écrit de différentes manières , est d’origine hollandaise, et signifie littéralement homme de buissons, c’est-à-dire sauvage vivant dans les bois (1). Ces sauvages déshérités et chassés de leurs anciennes possessions mènent aujourd’hui une misérable vie nomade : ils errent par troupes dans les contrées qui avoisinent la colonie , au nord et au nord-ouest. Il est difficile de déterminer avec précision l’éténdue du pays des Boschjesmans ; car ces hommes vivent séparés les uns des autres, et changent fréquemment de demeure. Le plus grandnombrehabitesur lesbordsduMalalarin , du Ky-Gariep et du Cradoek- Rivier. Ils sont de race hottentote, et s’appellent eux-mêmes Saquas. Traqués comme des bêtes fauves par les colons , ils ne font qu’user du aroit de talion lorsqu’ils pillent les fermes et qu’ils enlèvent les bestiaux ou qu’ils détruisent les récoltes.

La véritable patrie des Boschjesmans paraît être le pays situé entre la rivière d’Orange et les montagnes qui s’étendent du Roggeveld vers l’orient; c’est une contrée aride et inhospitalière. Le sol , couvert de cailloux roulés ou de débris de roches, ne produit qu’un petit nombre de plantes chétives. Il n’est arrosé ni par les pluies d'hiver qui contribuent tant à la fertilité du territoire de la colonie du Cap, ni par les averses d’orage qui fécondent la Cafrérie dans la saison chaude ; ce n’est qu’accidentellement que des nuages se déchargent dans le pays stérile des Boschjesmans. Il n’y est pas possible d’entretenir des bestiaux , et le nombre des quadrupèdes s’y réduit à peu d’espèces : ce sont le rhinocéros , l’antilope, et la frugale brebis. L’autruche habite également ces déserts. Le Boschjesman, ne pouvant subsister du bétail, vit de racines bulbeuses et d’œufs d’autruche que le hasard lui procure ; il se nourrit aussi de serpents, de lézards ,

(ij Ce nom t’écrit Boschismans , Sotchimont, Bosjetmans , Bushman ( anglais ).

Conformement à l’origine du mot, nous avons adopté l’orthographe hollandaise de Botclijetmant.

de fourmis et de sauterelles. Les fourmis dont ces sauvages font leur principale nourriture sont de deux espèces : l?une noire, l’autre blanche; ils regardent celle-ci comme la plus délicate : son extérieur l’a fait nommer par les colons riz des Boschjesmans. Cette substance a un goût acide, qui n’est pas désagréable; mais il en faut une quantité considérable pour rassasier un homme affamé. Afin de remplir leur estomac , et peut-être pour neutraliser la trop grande acidité de cette nourriture, les Bosclijesmans y joignent la gomme du mimosa.

La vie d'un Boschjesman ressemble à celle des animaux, ses compagnons dans les déserts qu’il habite. 11 n’est point attaché au sol , car ce sol n'a aucune valeur; aussi n’est-il pas sédentaire, et il ignore le droit de propriété. Il se fait une espèce de nid dans les buissons eu recourbant les branches au-dessus de lui ; de là son nom. Des familles entières se tiennent pendant la nuit blotties dans ces huttes improvisées. Chacun se courbe et se. plie pour ainsi dire en deux , en se couvrant d’une peau de mouton pour se garantir de la pluie.

La physionomie du Boschjesman a les traits caractéristiques de la race hottentote , mais les yeux sont beaucoup moins ouverts, plus vifs, et les gestes ont plus de prestesse. Grâce à son genre de vie, 4e Boschjesman est habitué aux plus dures privations; il supporte la faim, la chaleur et le froid, sans en être autrement affecté que par une maigreur de corps extrême. Il passe quatre à cinq jours sans manger; mais aussi quand il a de quoi satisfaire son appétit, il n’y met aucun frein : cinq Boschjesmans dévorent, dans l’espace d’une heure, une brebis grasse tout entière, et un quagga dans la moitié d’une nuit. Ainsi repus, ils se livrent à un repos absolu jusqu'à ce que la faim les force à chercher une nouvelle proie à dévorer; encore faut-il quela faim soit très-pressante , car ils aiment mieux se serrer le .ventre par une .courroie, que contrarier leur paresse naturelle.

Ce genre de vie . qui chez un Européen entraînerait des; maladies très-graves , n’a d’autre effet sur le Boschjesman que de le faire passer , pour ainsi dire à vue d’œil, d’un état d’extrême maigreur à une forte obésité. Le capitaine Stoc-

L’UNFVERS.

kenstrœm rapporte qu’il avait un jour rencontré dans un désert un Boschjesinan qui pendant quinze jours n’avait vécu que d’eau et de sel. Ce pauvre homme semblait être sur le point de rendre le dernier soupir; il n’avait que la peau et les os; on craignait d’abord qu’en le laissant manger à sa fantaisie , il ne se fît du mal; enlin on se décida à ne pas le gêner, et il dévora la moitié d'un mouton. Le lendemain il était complètement arrondi , et se portait à merveille.

Les maladies auxquelles ils sont le plus sujets sont les fièvres intermittentes et la consomption; ils n’emploient d’autre médicament qu’une certaine racine. Ils ont aussi un usage superstitieux qu’ils appellent « ronfler sur le malade»; Ils prétendent que par là ils lui retirent des animaux du corps. Si quelqu’un se casse un membre, ils cousent autour un morceau de (>eau. Quand quelqu’un est près de mourir, ils en sont singulièrement affectés, et poussent des lamentations qu’ils continuent pendant plusieurs jours. Les parents nu défunt accompagnent son corps; et quand ils l’ont mis dansla fosse, ils y placent son arc et ses flèches , et l’entourent d’une haie. Quelquefois ils envoient chercher pour un malade un individu qui a la réputation d’être un sorcier, qui danse autour d’eux, et exerce une influenceimaginaire. Ils croient que ces gens peuvent donner la mort, et que, s’il dépendait d’eux, personne ne mourrait.

Leurs armes sont, pour ainsi dire, leur seule propriété. L’arc dont ils se servent a d’ordinaire un mètre et demi de long; il est fait grossièrement en bois très-dur, et tendu par le moyen d’une corde de boyaux; les flèches ont généralement trois à quatre décimètres de longueur, et sont faites d’une tige de roseau , à laquelle on attache, d’une part, une plume, et de l’autre un os pointu (os du pied d’une autruche), et souvent aussi une petite plaque de fer triangulaire. Ils attachent cette pointe peu solidement, afin qu’en arrachant la flèche de la plaie on laisse la pointe, qui , étant empoisonnée, produit tout alentour un gonflement subit et souvent mortel. Ils reçoivent des contrées éloignées le bois employé à leurs arcs , ainsi que le fer dont ils

font les pointes de flèches ; ils achètent les sagaies ou hassagaies aux Cafres du voisinage. Pour travailler le fer ils ne connaissent point l’usage du feu, ils se bornent à marteler et à aiguiser les plaques à l’aide des pierres. La fabrication de ces flèches et la préparation du poison, dans lequel ils les trempent, forment la principale industrie des Boschjesmans (1). Les colons ont une confiance aveugle dans les médicaments que les Boschjesmans leur conseillent.

Une des choses dont ils font l’usage le plus fréquent à l’extérieur contre les morsures de serpent est l’urine, mêlée avec de la poudre à canon ; et l’on assure qu’il en résulte généralement un Ijon effet.

Le carquois estime tige d’aloès creusé»

et souvent recouverte de cuir, suspendu à une courroie sur l’épaule gauche. Pour décocher leurs flèches les Boschjesmans se placent ordinairement sur un plan incliné. Ils manquent souvent quant a la hauteur, mais jamais quant à la direction. Ainsi , quand ils tirent contre une haie élevée d’un mètre, leurs traits passent fréquemment par-dessus, taudis qu’ils manquent rarement un arbre dont la tige n’aurait que six pouces de diamètre. Ils tirent très-bien jusqu’à une distance de trente mètres ; au delà ils ne sont plus sûrs de leurs coups. Une seule fois Lichtenstein a vu un Boschjesman atteindre le but à une distance de quarante mètres. Un de leurs chefs procura à Burcliell le spectacle d’uu exercice au tir : « On attacha une peau d’antilope à une perche , et on ficha celleci eu terre à une distance de quarante yards. Le chasseur désigné par le chef

(i) I-v composition de ce poison est Ires-complexe. Selon la plupart des voyageurs, c’est mi mélange de venin de serpents, de suc d’euphorbiacées et d’une matière noire, résineuse, qu’on rencontre sur les rochers de certaines cavernes, et dont on ignore l’origine. (K oyez plus haut, p. 4o.) On lit dans le Voyage de Thompson que depuis quarante ans les Boschjesmans ont beaucoup perfectionné la préparation du poison dont ils enduisent leurs flèches; que ce poison subtil est composé d'ingrédients végétaux et minéraux très-délétères, que l’un fait bouillir soigneusement avec le veniu des serpents les plus venimeux.

se mit à ramper tout doucement par terre comme pour approcher ou surprendre le gibier ou l’ennemi, selon leur usage; nuis étant approché de vingt yards, il lança la (lèche ; cependant il manqua le but ; mais à un second essai, il fut plus heureux. » Burchell conclut de là que les rapports qu'on lui avait faits de l’adresse extraordinaire des Boschjesmans dans le tir étaient fort exagérés , ou bien que ces sauvages cachaient à dessein leur habileté.

A la chasse, ils suppléent par la ruse à l’imperfection deleurs armes, et ilssont passés .maîtres dans l’art de surprendre leur proie. Il faut, en effet, une grande adresse pour venir à bout de mettre le gibier à leur portée dans un pays uui et dégarni d’arbres, surtout lorsqu’il s’agit de surprendre des antilopes, qui s’effarouchent si aisément, et des autruches, qui voient le danger de si loin. Aussi les sauvages s’approchent tout doucement en se traînant sur le ventre ; ils mettent dans ces ruses une patience incroyable, et ne calculent jamais le temps; ils se couvrent le corps et le vêtement de terre, et cessent de bouger dès que l’animai qu’ils veulent poursuivre paraît attentif au danger qui le menace.

Pour s’emparer des hippopotames, qu’ils ne peuvent attaquer ouvertement, ils creusent des fossés le long de la rivière, et les recouvrent de broussai lies ; dans ces fossés, ils plantent un pieu pointu : l’animal dans sa lourde chute s'enfonce ce pieu dans le corps, et expire d’une mort lente et cruelle. Dans les plaines, ils recherchent les œufs d’autruches, et en emportent autant qu’ils peuvent. Ils tuent les lions plus facilement et plus promptement que les meilleurs tireurs du pays n’en viennent à bout avec leurs armes à feu. Ils choisissent le moment où ce terrible animal s’est endormi après s’ü tre gorgé de viande. Les Boschjesmans ont observé que c’est ordinairement vers le lever ou après le coucher du soleil que le lion dévore sa proie. En conséquence, quand ils en veulent tuer un, ils prennent garde à l’endroit où les spring-Dorks pâturent au lever du soleil; et s’ils les voient courir de côté et d’autre , l’air effrayé, ils en concluent qu’ils ont été attaqués par un lion. Alors ils remarquent attentivement ce point, y reviennent vers

onze heures, quand le soleil est dans toute sa force, parce qu’ils supposent que l’animal s’est livré au sommeil , et quand ils l’ont trouvé ils lui lancent une flèche empoisonnée qui lui perce le cœur. Aussitôt que le lion se sent blessé, il s’échappe en bondissant , et le Boschjesman sait que dans quelques heures il le trouvera mort ou à l’agonie.

Leur unique boisson est l’eau, qu’ils boivent en se couchant à plat ventre sur le bord d’une rivière. Ils peuvent se passer d’eau plusieurs jours de suite. Ils prennent du poisson à l'aide de paniers pointus, semblables à ceux dans lesquels on pêche des anguilles dans quelques contrées d’Europe.

Les Boschjesmans sont, comme nous l'avons dit, en guerre permanente avec les fermiers. Sur la frontière de la colonie, on redoute surtout leurs irruptions nocturnes pendant le dernier quartier de la lune, parce qu’ators l'obscurité leur garantit l’impunité. Ils aiment aussi à enlever les bestiaux en temps de pluies, sachant que les fusils des blancs sont peu à craindre quand il pleut. Quand ils se voient poursuivis et obligés de lâcher leur proie, ils préfèrent tuer les bestiaux ou leur couper les jarrets, que les laisser rentrer vivants dans la possession des propriétaires. Quelquefois ils surprennent un berger endormi dans une caverne , ils lui fracassent la tête d’un coup de pierre , et enlèvent les bestiaux qu’il est chargé de garder.

Leurs retraites sont faciles à découvrir ; mais généralement de difficile accès, et les approches en sont dangereuses. Les torrents,- en se précipitant du haut des flancs escarpés des montagnes stratifiées, forment des kloofs ou crevasses , dont les Boschjesmans choisissent les plus élevées, non-seulement parce que cette position les rassure davantage contre les dangers d’une surprise , mais encore parce qu’ils peuvent de là découvrir une plus grande étendue de pays. « On vit , dit Barrow , des traces très-récentes de leur séjour dans un de ces repaires; les feux étaient à peine éteints , et l'herbe sur laquelle iis s’étaient couchés était encore foulée.

On aperçut sur les lianes unis de la caverne des dessins de plusieurs ani-

L’UNIVERS

maux, exécutés en différents temps par ces sauvages. Plusieurs n’étaient que des cariratures, niais les autres étaient trop bien exécutés pour ne pas attirer l’attention. Lesdifferentes espèces d’antilopes étaient dessinées avec une telle précision, leurs caractères étaient si parfaitement saisis, qu’on reconnaissait immédiatement quelles étaient celles qu’on avait voulu représenter. On remarqua, entre autres, la figure d’un zèbre admirablement bien faite; toutes les raies, les caractères de cet animal, étaient fidèlement représentés , et les proportions en paraissaient correctes.

On ne pourrait exiger de pareils sauvages celte rigueur de dessin , ces touches hardies et judicieuses, ces effets de lumière que produit le pinceau d’un maître ; mais quant à la correction du trait, on a Fait graver des dessins inférieurs à celui de ce zèbre. Ils se servent, pour ces figures, de charbon, de terre à pipe et de différentes ocres. Les animaux dont ou vit les représentations étaient le zèbre, le quagga, le gemsbock, le spring-bock, le ree-bock, l'élan, le babouin et l'autruche. Toutes ces espèces, excepté le gems-bock , se trouvent sur les lieux mêmes. Des croix , des circonférences, des points, des lignes placées en longues files, paraissaient exprimer quelque chose ; mais aucun autre objet ne désignait l’intention de représenter des objets inanimés. »

Dans le cours de ses voyages, Barrow avait souvent entendu les paysans parler des dessins des Boschjesmans, renfermés dans les montagnes , derrière le Sneuwberg; mais il ne s’attendait à y trouver que des caricatures grossières’, semblables à cesmauvaises esquisses que les enfants tracent sur les murailles, et il fut bien agréablement surpris en voyant des ouvrages curieux. Quelques-uns de ces dessins paraissaient nouveaux, mais beaucoup d’autres étaient connus dès les premiers temps des établissements dans cette partie de la colonie. « Une partie, ajoute-t-il, de la surface supérieure et extérieure de la caverne était enduite d’une substance épaisse , noire, ressçmblant à du brai; sa consistance, sa ténacité et sa couleur, d'un brun foncé, lui donnaient l’apparence de jus de réglisse; l’odeur en était bitumineuse,

mais faible et un peu désagréable. Cette matière s’cnllammait à la lumière de la chandelle, et se liquéfiait en un fluide léger tirant sur le brun ; mais elle brûlait sans odeur. Le résidu était une substance noire, charbonneuse, réduite aux deux tiers de la première masse. Les parties de cette matière adhérentes au rocher étaient couvertes de myriades de petites mouches. » Barrow ÿ monta pour en détacher un morceau a l’aide d’un couteau; mais tous ses compagnons de voyage lui crièrent de n’en rien faire, en l’assurant que la plus légère particule qui entrerait dans un œil l’aveuglerait sans retour; que c’était un poison mortel dont les Boschjesmans seservaient pour tremper la pointe de leurs flèches. Tout le monde s’accorda sur les funestes propriétés de cette substance noire, dont ils connaissaient les effets par expérience; plusieurs de leurs camarades ayant subi la mort avec beaucoup de souffrances, pour avoir été blessés de flèches empoisonnées par le klip-gift, ou poison de pierre.

Le défaut d’invention et d’esprit que l’on remarque dans la langue des Boschjesmans montre l’état d’infériorité de ce peuple. Le soin de soutenir son existence semble avoir absorbé toutes ses facultés. Quelques kraals de Boschjesmans ont de petits troupeaux , ce qui prouve que ces nommes nesont pas aus-i dépourvus de prévoyance qu’on le dit communément. Burchell rencontra près de la rivière d’Orange un de ces kraals, qu'on peut considérer comme une rarete.

« Ce village (Kaabi’s Kraal), dit Burchell, consistait en une vingtaine de cabanes ou de huttes , rangées en cercle : il contenait environ cent vingt habitants, dont les deux tiers paraissaient se composer de femmes; c’est probablement un des plus forts kraals de Boschjesmans qu’il y ait au sud du Gariep.

Il était placé dans un lieu aride, sur un plateau. C’est la position que les Boschjesmans préfèrent jiour avoir moins de surprises à craindre. Il remarqua que toutes les cabanes avaient leur entrée en dedans du cercle où se tenait le bétail pendant la nuit. On ne pouvait entrer dans les huttes qu’en se baissant. La cabane du chef ne différait point des autres. Une peau servait de lit ; cha-

cun s’y couchait, enveloppé dans son kross , et roulé comme un paquet, ne laissant voir ni la tête ni les jambes. Les troupeaux se composaient de cinq à six bœufs, d’autant de brebis, et d’une centaine de chèvres. »

Burchell remarqua plusieurs individus qui paraissaient très-âgés : leur peau était comme tannée. La boue dont ils étaient couverts, et leurs cheveux collés par de la graisse, les rendaient dégoûtants. Quelques jeunes filles assez près de là pouvaient passer pour gentilles, à cause de leur jeunesse et de l’expression de leur physionomie; « mais, dit Burchell, peut-être n’y en avait-il pas une seule dans toute la nation que l’on trouvât jolie en Europe. Le matin , lorsqu’elles étaient venues pour avoir leur part dans la distribution du tabac , elles n’étaient pas encore parées; mais cette fois leurs charmes étaient rehaussés ou cachés par une bonne couche de buku et a’ocre rouge. Quelques femmes , à force de graisser et d’ocrer leurs cheveux de devant , les avaient en pelotes rouges , épaisses et dures. D’autres avaient le milieu de la tête rasé , en sorte qu’il ne leur restait qu’une couronne de cheveux comme aux moines ; et cette couronne était entourée d'une autre, composée déboutons. Toutes les femmes portaient des bracelets, soit de cuivre, soit de boyaux tordus , soit enfin de cuir. Beaucoup d’entre elles avaient aux oreilles des ornements semblables. Leur taille était très-petite, et généralement audessous de cinq pieds , et leurs traits étaient délicats. » Une circonstance qui frappa Burchell, ce fut de voir chez les femmes âgées les os des cuisses courbés en dehors d’une manière extraordinaire. — Quelques hommes qui passaient s’amusèrent a entendre le voyageur questionner leurs femmes : il demanda à celles-ci si leurs maris les battaient quelquefois. Les hommes se mirent à rire , et répondirent aussitôt :

« Non, non; » mais les femmes s’écrièrent: « Oui, oui; ils nous frappent sur la tête, comme ça! » En même temps elles imitaient par leurs gestes la brutalité de leurs maris. Burchell se leva pour visiter les cabanes. Dans l’une a’entre elles une famille était grou-

pée, buvant du lait de chèvre dans un vase de cuir. Pour puiser du lait chaque membre se servait alternativement d’une brosse à long poil, qu’il trempait dans le liquide, pour la sucer ensuite. Plus loin, une vieille femme ayant appris que le voyageur s'informait de toutes leurs coutumes, l’arrêta pour lui montrer ses mains , où il manquait deux articulations au petit doigt de la droite, et une au petit doigt de la gauche. Elle lui expliqua que ces mutilations avaient été faites , en guise de deuil, à l’occasion de la mort de ses trois filles. Thompson vit, parmi les Boschjesmans , un vieillard auquel manquait également une des phalanges du petit doigt; interrogé sur la cause de cette mutilation , le sauvage répondit que sa mère , ayant perdu peu de temps après leur naissance tous les enfants dont elle était accouchée avant lui , avait coupé cette phalange pour empêcher qu’un semblable malheur ne lui arrivât.

Un des instruments de musique les plus anciens , et qu’on rencontre cliez toutes les tribus de race hottentote , c’est le gorah. Il est en grande faveur chez les Boschjesmans , qui ne sont pas , en général , insensibles aux charmes de la musique. Le gorah a l’apparence d’un arc de violon, quoique ce soit en réalité une espèce d’instrument à vent. Il se compose d’un bâton ou arc, sur lequel est tendue une cordede boyau. A l'unedes extrémités de la corde est fixé un tuyau de plume d’autruche, dans une étendue de quatre à cinq centimètres. Par le moyen de ce tuyau, appliqué aux lèvres, et soumis au souffle du joueur , la corde se met à vibrer , de manière à produire l’octave, la quinte, et toutes les notes de l’accord parfait. Burchell a mis en musique un des airs nationaux des Boschjesmans. (Voir la planche qui représente un Boschjesman jouant du gorah.)

Burchell , pendant sa visite au kraal de Kaabi, près de la rivière d’Orange , a eu l’occasion d’observer et de décrire avec exactitude , entre autres , la danse des Boschjesmans.

« Leur danse est, dit-il, fort singulière, et je doute qu’on trouve rien de semblable parmi toutes les tribus sauvages du globe. Le danseur tient l’un

94 L’UNIVERS

des pieds immobile, pendant qu’il remue l’autre d’une façon étrange, changeant peu de place , quoique le genou et la jambe soient tournés de côté et d’autre, autant que l’attitude du corps le permet. Ses mouvements s’accordent avec ceux de la musique ; il se tord quelquefois le corps jusqu’à ce qu’il tombe comme épuisé par la violence de l’exercice. Mais, bien qu’étendu à terre, le danseur continue à chanter et à battre la mesure en accompagnant les voix des spectateurs.

Au bout de quelques secondes, il se relève et recommence ae plus belle. Autour des malléoles, le danseur porte une couple de grelots, faits d’oreille d’antilope cousus ensemble , et renfermant des fragments d’œufs d’autruche; chaque mouvement du pied produit un son de castagnettes qui n’est pas désagréable à l'oreille.

« Bien qu’il n’y eût qu’un seul danseur (à cause de l’étroitesse delà cabane ), tous les spectateurs prenaient part à cet exercice par leur accompanement, qui consiste à chanter et à attre le tambour. Chacun marquait la mesure en frappant dans ses mains. Le chant se composait des syllabes aye o, aye o, constamment répétées. Au son o, les spectateurs joignaient les mains, et le danseur ne faisait que répéter : IVawakou, wtnoakou. Hommes et femmes chantaient ensemble, sinon à l’unisson, du moins parfaitement en mesure; les voix des jeunes filles , d’une quinte ou d’une sixte plus élevées , pressaient cependant un peu la cadence. Une large tige de bambou, et recouverte d’un parchemin mouillé;, servait de tambour, u’une femme battait avec le doigt inicateur de la main droite, tandis qu’avec l’index et le pouce de la main gauche elle faisait varier le ton. Le son du tambour était exactement d’accord avec les voix de l’assemblée. »

Dans la langue des Boschjesmans , il n’y a point dé termes pour distinguer l’état de vierge d’avec celui de femme, Ou d’épouse; l’homme et la femme vivent en commun, et élèvent leurs enfants presque par le même instinct qui unit un couple d’animaux; la femme peut s’en aller s’il lui plaît, l’adultère n’est point un crime, et le plus fort enlève quelquefois la femme du plus faible.

Lorsqu’une femme commence à vieillir, le mari en prend une seconde, quelquefois il ajoute plus tard une troisième.

Ce sont les parents qui arrangent le mariage sans consulter la jeune fille.

Ils vivent en petites hordes dont quelques-unes seulement reconnaissent des chefs. Ces hordes sont nomades, et ont peu de communication entre elles.

Les Boschjesmans n’ont aucune connaissance de Dieu ou père commun des hommes; mais ils croient au diable, et assurent qu’il a tout fait avec sa main gauche. Ils pensent qu’ils ressusciteront après leur mort; car lorsqu'ils enterrent un corps ils placent une sagaie à cote, et couvrent le tout de pierres et de branchages. « Cette sagaie, disent-ils, servira au défunt pour se défendre et pour se procurer du gibier. » Une semblable croyance ne fappelle-t-elle pas la religion des Celtes? Ils supposent que quelque temps après la résurrection ds iront dans un pays où il y aura abondance de nourriture excellente. Cependant, ces notions paraissent être encore bien au-dessus de la portée delà plupart des Boschjesmans; elles se bornent à la partie du pays où ces sauvages ont eu des relations avec les colons (1).

Mnkoum, chef des Boschjesmans du Malalarin, raconta à M. Campbell que dans sa jeunesse sa tribu était beaucoup plus nombreuse qu’aetuellement, et qu’elle avait été diminuée par les meurtres et par les maladies. Interrogé sur Dieu, il répondit que les lîoschjesmans ne le connaissaient pas. Presse de questions, il parut éprouver de la répugnance à parler. Enfin il drt Les Boschjesmans donnent un nom à Dieu qui est au-dessus d’eux, et un autre à celui qui est au-dessous. Goba, le premier, est mâle; Ko, le second, est temelie; les Gonnassont ses serviteurs.

Lorsque les Boschjesmans dansent, Ko vient quelquefois leur annoncer où ils trouveront du gibier. Quand un animal est tué, certaines personnes peuvent seules en manger telle ou telle partie. Ko est grande, blanche, et si brillante qu’on a de la peine à en soutenir l’éclat quand elle se montre : tous la

(i) Campbell, Travch in tht Soulh-Ajrl • ca, etc. ; Lond., i8aa, a vol. ia-8°.

voient et l’entendent quand elle danse avec eux. » Interpellé pour savoir s’il l’avait vue, il répondit affirmativement, après avoir un peu hésité. 11 ajouta « qu’elle parlait la langue des Boschjesnians. • Il dit aussi que l’on ne pouvait pas la toucher; mais que lorsqu’un nomme en avait la permission, ce qui arrive rarement, elle souffle fortement sur son bras. Elle ne mange que des racines bulbeuses. Après être sortie de terre et avoir danse quelque temps avec les Boschjesmans , elle disparaît , et est remplacée par des nymphes, qui se joignent à leur dansé. — En ce moment Makoum remarqua que c’étaient de vieux contes , dont il se souciait fort peu. On luideinanda ensuite si les Boschjesmans croyaient à un autre monde après la mort. Il dit qu’il ignorait ce que d’autres pensaient à ce sujet; mais qu’il savait qiraprès sa mort il serait mangé

Ïiar un loup , et que tout serait fini pour ui. Il ajouta que l’on enterrait les morts le visage tourné vers le soleil levant, parce que si on les plaçait dans la direction opposée le soleil se lèverait plus tard le lendemain.

Jamais les Boschjesmans ne boivent l’eau de la source la plus proche de leur kraal , parce qu’ils laissent après eux une odeur forte que les animaux connaissent. Si donc ils fréquentaient une source , cette émanation écarterait le gibier , et les priverait des moyens de subsister : c’est pour remédier a cet inconvénient qu’ils creusent , à une certaine distance des sources, des trous où Ils vont chercher leur eau.

Ils aiment à l’excès le tabac ; mais , quoique plusieurs cantons de leur pays conviennent à cette plante, ils n’ont jamais eu l’idée de la cultiver. Lorsque ceux qui habitent dans le voisinage de la colonie aperçoivent de loin un chariot de paysan, ils ne s’en approchent que dans l’espérance d’obtenir un peu de tabac. Comme un voyageur n’en porte pas toujours avec lui , ils ont un singulier moyen de s’assurer du fait : ils suivent la piste du chariot, et constatent, par les crachats qu’ils voient à terre, ou

far l’odeur de la fumée de la pipe, si on a fait usage de tabac. Ils font des

æs en os qui conservent l’huile du c après qu’on a fumé. Quand leur

provision est finie, ils versent un peu de cette huile sur des feuilles d’arbrisseaux qu’ils fument.

Thompson et d’autres voyageurs impartiaux attribuent la principale cause de la condition misérable des noschjesmans aux empiétements successifs des blancs.

Le voyageur anglais entendit répéter, par beaucoup de colons, que ces malheureux étaient un peuple de brigands, qui, ne voulant ni cultiver la terre ni élever du bétail, ne peuvent occuper avec avantage le pays qu’ils habitent , qu’ils vivraient bien plus à leur aise en se mettant au service des chrétiens , comme bergers et domestiques, et qu’enfin tous les moyens qu’on a tenté pour les civiliser ont échoué.

Ces plaintes sont en partie fondées, en partie exagérées. Il est certain que les Boschjesmans sont moins disciplinaires que les Hottentots proprement dits; et ce trait moral distingue les Boschjesmans de la race hottentote pure, ù laquelle ils appartiennent pourtant par un ensemble de caractères physiques.

Mais, d'un autre côté, les colons traitant les Boschjesmans de brigands, ceux-ci ont bien le droit de traiter fes premiers de cupides envahisseurs. L’issue de ce conflit est facile à prévoir : dans moins d’un siècle peut-être il n’y aura plus de Boschjesmans.

B. Nauaqcas. Pays des Granbs et Petits Namaquas.

Les Namaquas sout de race hottentote; ils habitent au nord-ouest de la colonie du Cap, aux environs des bords de la rivière d’Orange. On les a divisés en Grands et en Petits Namaquas. Les premiers occupent le pays situé au delà de la rivière a’Orange ( Gréai Namaqualaïut), et les derniers vivent en deçà de cette rivière ( Utile Namaqualatùl). Il est impossible d’assigner à ces contrées de limites certaines. Quelque étendu qu’ait pu être daus l'origine le pays des Petits Namaquas, il est aujourd'hui restreint à l’augte compris entre la rive gauche du Ga riep ( ri vière d’Orange) et la côte maritime, et borné au sud et à l'est par le cours du Roussie (1) et par les monts

(i) Le nom de celle rivière s’écrit indifféremment Kotvsie, Koosi, Koussie , Kiui.

L’UNIVERS

Carliste. Le pays des Grands Namaquas est beaucoup plus vaste : il se prolonge au nord presque vers le 27' degré, latitude australe, et à l’est, depuis le 1 5' degréjusqu'à 1 9” longitude occidentale (Green w.). Il est séparé de la contrée des Betjouanas ar un désert immense, absolumentinhaitableà causedu manque d’eau. Au nord, il a pourlimiteslepaysdes Damaras.Une grande étendue du territoire consiste en une très-vaste plaine ou vallée dont les eaux sont reçues par la rivière des Poissons(Oup-Ri’ver).LeVail!antavait inexactement indiqué le cours de cette rivière. Thompson a reconnu que c’est un affluent du Gariep et l’a nommé Borradaile- River, d’après un de ses amis. Il se réunit au Gariep à environ vingt-cinq lieues de celui-ci. Comme la plupart des rivières de ces régions, il n’a qu’un cours temporaire, et ne présente souvent que des mares d’eau stagnante. Du reste , le cours du Borradaile ou rivière des Poissons, ainsi queles pays des environsne sont encore qu’imparfaitement connus, malgré le voyage assez récent de M. Alexander ( Expédition o/Discovery in the interior of Africa; 2 vol. in-8; Lond., 1838).

En général, le pays des Grands Namaquas est sec et stérile , vivifié seulement, çà et là par quelques sources permanentes quilournissentaux.besoins des tribus nomades et de leurs troupeaux dans les saisons de sécheresse. La grande vallée du Borradaile est séparée de la côte maritime par une chaîne de collines raboteuses d’une hauteur médiocre. Le terrain est sablonneux et couvert d’herbes qui croissent à vue d’œil immédiatement après les pluies, et fournissent des pâturages suffisants à des troupeaux nombreux.

Le climat de la côte occidentale, habitée par les Namaquas, est beaucoup plus chaud et plus sec que celui de la côte orientale. Sur les rives du Gariep la chaleur en été est excessive; alors le thermomètre indique fréquemment 39° centigrades, température que les indigènes, et encore moins les Européens, ne supportent pas aisément. « Si dans ces moments, dit Thompson, une vache ou une brebis met bas dans un endroit qui ne soit pas ombragé, son fruit meurt à l’instant. ■■ Les reptiles et les insectes, communs dans la colonie, deviennent

beaucoup plus gros dans cette contrée, et y sont plus dangereux.

Les Namaquas sont un peuple doux, paisible , menant une vie pastorale et nomade.' Les Grands Namaquas (qui ont été moins souvent en contact avec les Européens que les Petits-Namaquas) ont conservé la simplicité primitive de leurs mœurs. Ilsdésignent l’Etre suprême par le nom deSuiquap (genou blessé), mais n’en ont aucune notion; ils ignorent qu’ils ont une âme, et croient qu’ils meurent tout entiers comme les bêtes. Une éclipse de soleil ou de lune les alarme beaucoup, et leur faitsupposer qu’il s’ensuivra de grandes maladies. Quand certaines étoiles se montrent sur l’horizon, ils pensent que certaines racines dont ils se nourrissent sont mûres, et fouillent la terre pour se les procurer. Lorsqu’ils voient la planète de Jupiter, qu’ils nomment Koum-Koup (temps des agneaux), ils disent : Voici la saison de l’abondance. Ils appellent les trois étoiles du baudrier d’Orion, Kourekou (chevaux sauvages); le soleil, Souri; la lune, Kaap; toutes les étoiles, Kamerou. Unphénoraène lumineux, semblable à l’aurore boréale, leur parait de mauvais augure ; ils neconnaissent du monde que ce qui les entoure. Ils dansent au son de flûtes faites de roseaux et de racines d’un arbre épineux , et ont des tambours recouverts de peau. Ils fabriquent des gamelles, des jattes, des sagaies , des anneaux, des haches et des couteaux en fer; ils préparent des peaux et creusent des puits.

Ils ont beaucoup de bœufs, de chèvres et de moutons, dont la garde est la seule occupation qu’ils assignent à leurs enfants. Les femmes font des nattes en jonc pour couvrir les huttes , traient les vaches, construisent les cabanes, et creusent la terre pour en tirer les racines. Les jeux des enfants consistent à chevaucher sur des moutons , à se lancer mutuellement des flèches et de petites ierres. Souvent deux partis opposés se attent en règle; le vainqueur saisit les vaches de l’autre, boit leur lait, puis les restitue.

Pour tuer le gros gibier, tout un kraal entoure l’endroit où l’on suppose qu’il se tient ; puis le cercle se resserre jusqu’à ce qu’on puisse lancer les sagaies sur les animaux.

Les parents semblent avoir beaucoup d’affection pour leurs enfants, et les battent rarement, même quand ils le méritent ; mais souvent ceux-ci , en grandissant, les frappent. Si quelqu’un se casse un membre , on l’enveloppe d’éclisses, qui restent jusqu’à parfaite guérison.

Les Namaquas sont généralement soigneux pour les malades, et frottent avec de la graisse les parties où ceux-ci ressentent les plus vives douleurs. Ils sont effrayés de l’approche de la mort. Les uns traitent avec beaucoup de bonté leurs parents âgés et infirmes; d’autres, au contraire, en se transportant d'un canton à un autre , font un petit enclos avec des branchages, y placent leur père ou leur mère qui ne peuvent plus marcher, et leur laissent delà nourriture et de l’eau, quelquefois un mouton pour soutenir leur existence; ensuite ils s’en vont. Il y en a qui sont trop pauvres pour leur laisser quelque chose. Ils enterrent les morts dans un trou rond. Leur médecine est mêlée de pratiques superstitieuses : lorsque quelqu’un ressent de grandes douleurs, ils exécutent fréquemment des mouvements sur la partie souffrante; quelquefois ils y laissent tomber de leur nez un petit morceau de bois, et assurent qu’il est sorti de la chair du malade ; ou bien ils tuent un animal , font un emplâtre de sa graisse , et avec des contorsions bizarres l’appliquent sur le membre souffrant ; quelquefois ils y font une incision. Ils ont une grande frayeur des étoiles filantes : ils les regardent comme un présage de maladie pour leurs bestiaux, et pour y échapper ils émigrent dans un autre canton. Il est très-rare qu’un Namaqua quitte son pays pour aller, même temporairement, dans un autre. Des guerres au dehors et des divisions intestines ont diminué la population des Namaquas. Les guerres sont généralementcauséespar des disputes relatives au bétail, qui compose la fortune des chefs , et fréquemment par la forfanterie d’une tribu, qui se vante de sa supériorité sur une autre, ce qui provoque l’orgueil et la colère de celle-ci : alors on court aux armes pour décider laquelle est la plus forte. L’unique objet des guerres est de se voler mutuellement du bétail ; c’est ce qui donne lieu aux combats qui se livrent toujours près des en-

7' Livraison. ( Afrique Australe.)

clos. A la fin de la guerre , une partie des prisonniers est tuée, et l’autre mise en liberté. Quelques Namaquas sont allés jusqu’à la ville du Cap; ils ont été émerveillés de ce qu'ils y ont vu , mais aucun n’a essayé d’imiter la moindre chose de ce qui Ta frappé , car ils n’ont pas l'ambition de différer en rien des usages de leurs pères.

On voit parmi eux beaucoup de vieillards, dont quelques-uns sont si vieux qu’ils ne peuvent marcher. Le fils aîné hérite de tout le bien du père; si un frère obtient quelque chose , ce doit être par suite d’un combat; la veuve n’a rien. La seule liqueur qu'ils connaissent est l’hydromel.

Quand un garçon parvient à la puberté on construit un hangar, on tue un animal , et on attache sa graisse autour de la tête du jeune homme, qui doit la porter jusqu’à ce qu’elle se putréfie et tombe. On lui fait, avec un instrument tranchant, des entailles à la poitrine; ensuite le jeune homme reste huit jours sous le hangar, où il ne vit que de lait de vache: s’il goûtait d’une autre nourriture il faudrait recommencer toute la cérémonie ; enfin il y a une danse. Les entrailles de l’animal tué au commencement de la cérémonie étant desséchées et réduites en poudre, on la détrempe dans l’eau et on en frotte le jeune homme delà têteaux pieds, et il est déclaré homme en présence de tout le kraal. Quiconque ne subit pas cette épreuve ne peut manger qu’avec les femmes : il est méprisé. Un homme qui tue pour la première fois un éléphant, un fiippopotame ou un rhinocéros, entoure ses bras des entrailles de l’animal ; c'est une marque de distinction qu’il est fier de porter constamment.

Voici les noms des tribus du pays des Grands-Namaquas.

Kaminuquaas.

Karakakouis.

Okaîs, ou tribu de montagne.

Naumnknsiis.

Kaup, tribu nombreuse.

Kaïkaup.

Koumiss.

Koukauss.

La nation des Namaquas a, en grande partie, disparu. Déjà du temps de Le Vaillant fen 1785) elle ne se montait

L’UNIVERS

pas à plus de six raille âmes. C’est avec les petits Namaquas que la colonie a entretenu ses plus anciennes relations. En 1061, treize Hollandais, envoyés par le gouverneur pour chercher ae l’or et d’autres raretés, furent reçus de cette nation de la manière la plus amicale.

Elle leur fit présent d'un mouton. Les musiciens du pays, ranges en cercle, au nombre de cent, portaient à la main chacun un roseau (l’inégale grandeur, duquel ils tiraient un son semblable à celui de la trompette. Ils avaient au milieu d’eux leur directeur, qui battait la mesure. Après le concert, qui dura deux ou trois heures, les Hollandais furent invités par le roi à se rendre au palais, où ils furent traités avec du millet et du mouton. Ils présentèrent au roi quelques grains de cuivre, des grains de verre, de l’eau-de-vie, du tabac , dont il apprit bientôt l’usage (1).

Kolbe raconte qu’en 1708, à l’arrivée de L. van Assembourg, les Namaquas envoyèrent quelques-uns rie leurs chefs au Cap, pour complimenter le nouveau gouverneur. Ils lu* faisaient demander la même protection dont ils avaient joui sous ses prédécesseurs, et promettre unelidélitéexacte au traité d’alliance. Les députés chargés de cette commission s’en acquittèrent avec tant de discrétion et d’habileté, que le gouverneur et tous les assistants en furent surpris. On les traita fort libéralement pendant quelques jours aux frais de la compagnie hollandaise (2).

Brink, en 1762, donne {Journal d’un Voyage dans l'intérieur de l’Afriq . , etc.) sur les Petits Namaquas les détails suivants : « Ils habitent des cabanes faites de roseaux et de joncs. One de ces cabanes est ordinairement la demeure de deux ou trois familles seulement. Les chefs et les riches, qui ont deux ou trois femmes, ont à eux seuls plusieurs cabanes. Les femmes sont chargées de les construire, et de tout ce qu’il y a de plus rude dans le travail. Les hommes ne s’occupent qu’à fabriquer leurs armes, c’est-à-dire leurs sagaies et leurs flèches, qui sont en fer. Les Namaquas , comme les autres Hottentots, s’euriui-

(i) Dapper, p. 38o.

(a) Kolbe, I, p. 63.

sent tout le corps de graisse; ils s’enve-

Sent de peaux de brebis, de chacal blaireau. Ils rendent un culte à la lune : lorsqu’elle est en son croissant ils s’assemblent; les hommes s’asseyent en cercle, et se mettent à jouer sur des (lûtes de roseaux et autres instruments , ensuite les femmes commencent à danser autour des hommes, en frappant dans leurs mains et criant sans interruption « que la lune précédente les a fort bien conservés, eux et leur bétail; qu’ils espèrent que la nouvelle les conservera de même. » Quoique la religion des Namaquas semble ne consister que dans ces pratiques superstitieuses , on a pourtant reconnu qu’ils avaient quelque idée d’un être suprême , qu’ils appellent Chuyn, c’est-à-dirc grand et puissant.

Aussi quand iis veulent donner a connaître que quelque chose dépasse leur conception, ils disent que c’est un ouvrage de Chuyn. Pour les autres usages, ilsontles mêmes que chez les Hottentots. Celui qui, chez ces peuples, veut se marier prend huit ou dix bœufs, va chez le père de la fille, et les lui présente. Si le père les accepte tous, il perd à jamais le droit de redemander sa fille; mais s’il n’en retient que deux, alors il conserve le droit de reprendre sa fille, dans le cas où elle éprouverait de mauvais traitements de la part de son mari. Si le mari vient à mourir, et laisse une femme etdes enfants, le frère aîné du défunt est tenu de prendre la femme pour la sienne, et d’entretenir ses enfants comme les siens propres, à moins que la veuve n’ait des biens suffisants pour son entretienet celui de ses enfants ; alors le frère du défunt a le droit de l’épouser ou de la laisser. Quoiqu’on ait trouvé des mines de cuivre chez les Namaquas, ce qu’ils possèdent de ce métal n’est point tire de leurs pays, mais provient du commerce qu’ils font avec les Birimes. LesNamauas sont très-habiles dans l’art de fonre et de travailler le cuivre. Ils préparent pour cet effet un creuset d’argile, qu’ris placent sur une espèce de foyer, fait de fiente de vache et de terre glaise, de la hauteur d’un pied et demi, auquel ils donnent une forme ronde etd’un pied de diamètre. Après quoi ils placenta la base du foyer deux cornes percées , au bout de chacune desquelles sont atta-

,gk

ehéesdes peaux en forme de sacs à vent, qu’on emploie à souffler continuellement sur des charbons placés sur ce foyer, ce qui allume les charbons au point qu’en peu de temps le cuivre est en fusion. Alors on le verse dans de petits tuyaux delà longueur d’un doigt, pratiqués dans la Dente de vache ; ensuite ils donnent à ces petites barres de cuivre la forme qui leurconvient ; ils les façonnent en plaques, en bagues, en bracelets, et de toute autre manière, au moyen de deux pierres dures, dont l’une leur sert d’enclume , et l’autre de marteau. »

D’après Le Vaillant, le Petit Namaqua , quoique d’uue belle stature, est néanmoins inférieur au Cafre. A cette occasion, Le Vaillant observe que pour les qualités morales et physiques les peules de l’est sont de beaucoup supérieurs ceux de l’ouest, tandis que les animaux de cette dernière contrée remportent inflniment sur ceux de la première. Rarrow parait être du même sentiment.

« Les femmes , dit-il , sont d’une flgure très-agréable , et très-élégantes dans leurs formes; elles ont beaucoup de vivacité; elles ont les nymphes allongées comme les Hottentotes. Elles portent un petit tablier de cuir carré; c’est aussi l’ornement le plus essentiel de leur parure. Ce vêtement est bordé de grains et de coquilles; elles y suspendent de surplus six ou huit chaînes placées par nombre pair. Le haut de ces chaînes est de cuivre, et le bas est de fer bien poli. Elles ont la gorge énorme et pendante.

Elles portent leurs enfants sur le dos ; la manière ordinaire de leur donner à teter est de leur jeter la mamelle par-dessus l’épaule. »

Les Namaquas, ainsi que les Cafres , ont le plus grand soin ae leurs troupeaux, et, comme eux, ils donnent aux cornes de leurs bœufs des directions artificielles; mais en général ils les domptent en spirales, dans une forme à peu près pareille à celle de l’antilope Koudou. Ils paraissentconnaltre les poisons ; cependant ils n’en font aucun usage.

L’are et les flèches, leurs anciennes armes, sont devenues inutiles : tous les animaux qui vivent dans l’état de nature ont déserté leur pays, et la crainte des Boschjesmans les empêche d’aller au loin chercher du gibier.

Les kraals des Namaquas (Petits N'a* niaquas ) voisins de la colonie ont été dé ■ truits depuis longtemps , ou réduits en servitude par les fermiers. Les vastes plaines situées entre le Gariep et les monts Kamies étaient, au récit des anciens voyageurs, occupées par des tribus nombreuses, possédant de grands troupeaux de bœufs, de moutons, de chèvres, et vivant dans l’aisance et l’abondance. Il ne reste plus de toutes ces tribus que celle qui vit à Pella et dans le voisinage; on l’a nommée Obsesès, d’après une espèce d'abeille, probablement parce que cette horde s’est formée de l’agrégation de plusieurs bandes peu considérables.

Si, d’un côté, les Namaquas sont refoulés par les colons, d’un autre coté, ils ont sans cesse à se défendre contre les incursions des Boschjesmans. Il y a environ trente ans, ils furent attaqués par des ennemis plus formidables, sous la conduite d’Africauir, ce chef audacieux qui a fait pendant quelque temps trembler toute la colonie. Après sa conversion, cet homme devint le protecteur des Namaquas et des Korannas , qu’il avait d’abord poursuivis et pillés. Par malheur , cet état de tranquillité ne fut pas de longue durée; Africanir mourut, et bientôt son Dis et la plus

f;rande partie de ses partisans reprirent eur ancien train de vie.

Page 1