‹ Afrique australe, Cap de bonne-espérance, Congo, etcChapitre 14 sur 65 · C. Korannas ou Koraü · texte numérisé non relu

C. Korannas ou Koraü

Les Korannas sont également de race hottentote. Le nom de Koras ou Koranas, qu'ils se donnent eux-mêmes, signifie , dit- on, porteurs de soutiers. Ils ne diffèrent pas beaucoup des Namaquas par l’extérieur et leurs mœurs ; de même qu’eux, ils portent l’ancien manteau en peau de mouton , que Kolbe a décrit, mais que les Hottentots de la colonie ont depuis longtemps oublié ou abandonné.

Les Korannas l’emportent par leur taille sur les autres tribus de race hottentote; plusieurs d’entre eux ont la tête bien faite , des traits saillants et un air de douceur et de bonne humeur qui prévient en leur faveur. Ils mènent une vie paisible et pastorale, subsistent principalement du lait de leurs troupeaux , et s’écartent rarement de la rivière d’O-

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range , à laquelle ils donnent le nom de Guripp. Le large désert, ou Karrou , qui est entre eux et la colonie les a protégés en partie contre les exactions des fermiers. Leur supériorité peut être jusqu’à un certain point attribuée aux avantages de leur situation locale. Un fleuve qui coule sans interruption est dans le midi de l’Afrique quelque cliose de très-rare. On peut attribuer au manue d’eau la coutume qu’ont les peuples e ce pays de s’oindre le corps , ce que la grande rivière dont les Korannas habitent surtout les bords septentrionaux rend inutile. En conséquence, ils n’ont point cetteapparence sale qui caractérise les autres tribus ; leurs figures ont aussi quelque chose de plus distingué; enfin ils semblent être dans la partie septentrionale ce que les Gonaquas sont sur la côte orientale , une race qui tient le milieu entre le Hottentot et le Cafre.

Leurs habitations, déformé hémisphérique, ont environ deux mètres de hauteur; elles sont construites de la même manière que celles de Namaquas , et couvertes de plusieurs couches de nattes faites avec du jonc et d'autres graminées. Ils conservent le lait et l’eau dans des vases de bois ou dans des troncs de saule creusés. Toute connaissance d’agriculture paraît étrangère à ces hommes; mais ils possèdent de nombreux troupeaux de bêtes à cornes , de mou • tons , de chèvres ; ils ont aussi beaucoup de chiens. Ils se nourrissent, comme les Cafres, en grande partie, de lait caillé, de fruits sauvages et de racines; comme eux aussi , ils donnent une attention particulière à leurs troupeaux , qu’ils accoutument à obéir à leur commandement. Quand ils croient qu’une vache ne veut pas donner son lait, ils se servent de la même méthode qu’employaient autrefois les Scythes, au rapport d’Hérodote, pour faire sortir de force le lait des tetines de leurs juments.

Leurs armes sont semblables à celles des Boschjesmans, seulement les flèches des Korannas sont plus grandes et mieux façonnées. Les seules choses qu'ils fabriquent, indépendamment de leurs nattes, de leurs vêtements et de leurs armes , sont des pots grossiers en terre , et des gamelles, qu'ils taillent avec beaucoup de travail dans de gros blocs de bois. Us

achètent leurs haches et leurs couteaux soit des Betjouanas, soit des colons, car ils ne travaillent pas le fer.

L’idiome des Korannas ressemble beaucoup au dialecte des Hottentots de la colonie et à celui des Namaquas. Ils sont bienveillants envers les étrangers , et enclins à vivre en paix avec toutes les hordes qui les entourent, excepté avec les Boschjesmans, contre lesquels ils nourrissent une haine implacable, à cause des déprédations continuelles que ceux-ci commettent sur leurs troupeaux.

Le ressentiment dans ces guerres est poussé à un tel point, que de part et d'autre on n’épargne ni le sexe ni l’âge.

Les Korannas sont divisés en un grand nombre de hordes ou de kraals ; on en compte, suivantThompson.plusde trente ui , dans leur langue, sont désignés par iverses dénominations, marquant quelues particularités relatives à la matière e leur vêtement ou à leur manière de vivre. Au nord on les trouve répandus

K’à Littakou ; et à l’est ils ont un puissant et nombreux, appelé le Hort. Beaucoup de leurs villages mobiles se voient le long de la grande rivière , et du Ky-Gariep, un des affluents du Gariep. D’un côté les kraals des Korannas touchent ou se mêlent à ceux des Bachapins, de l’autre à ceux des Griquas, et au milieu ils se confondent avec les kraals hottentots de Klaarwater; partout ils se trouvent voisins des Bosclijesmans.

Il y a dans chaque kraal un chef, dont le pouvoir n’est que nominal ; car on ne lui montre pas beaucoup de déférence ou de respect. Ce chef porte le nom de gougou; son emploi est héréditaire , mais l’homme le plus riche , ou celui qui possède le plus de bétail, exerce toujours le plus d’influence dans la communauté. Il ne se tient pas d’assemblée publique pour discuter les affaires, soit publiques, soit privées. Quand les Korannas transportent leur village plus haut ou plus bas le long du fleuve, c’est uniquement parce que quelqu’un en a eu ridée : les autres le suivent.

Les petits garçons gardent le bétail pendant le jour, a moins que l’on ne redoute une attaque de l’ennemi ; alors les jeunes gens doivent les aider. Le bétail est tellement regardé comme la propriété

commune de l’homme et de la femme , que l’un ne peut disposer d’aucun animal sans le consentement de l’autre. Les femmes s’occupent de traire les vaches ; quelques bœufs sont exclusivement à leur usage. 11 est rare que les hommes et les femmes mangent de la même béte.

Ce sont les femmes,au rapport deCampbell , qui construisent les habitations et tressent les nattes de jonc dont les toits sont couverts ; les hommes font les enclos où le bétail est enfermé pendant la nuit. Ils vont à la chasse, et préparent les manteaux de peau pour eux et pour les femmes.

Les Korannas ne pratiquent pas la circoncision, comme les Ëetjouanas; maisquand un garçon arrives la puberté on célèbre une fête appelée doro. Cette fête est plus ou moins splendide, suivant les facultés du père. Quelquefois huit à dix boeufs sont tués dans cette occasion. On en égorge un avant la naissance d’un enfant : il est entièrement réservé à l’usage de la mère ; elle fait avec les tendons de l’animal des anneaux dont elle orne ses bras et ses jambes. Après la naissance de l'enfant, la mère n’a plus que la nourriture commune. Lorsqu’une femme est sur le point d’accoucher on enlève tout ce qui se trouve dans la maison, et on la place sur la terre nue ; plus tard , on rapporte tous les objets.

Quand un entant guérit d’une maladie dangereuse, on creuse une tranchée profonde , et on place au milieu une arcade, sur laquelle on fait tenir un bœuf ; ensuite on amène l’enfant sous l'arcade. Cette cérémonie terminée, l’animal est tué, et mangé par les gens mariés qui ont des enfants-, nul autre ne peut participer aù régal. Si quelqu’un tombe malade on conduit un bœuf à l’endroit où il est couché ; puis on fait à une des jambes de l’animal une entaille de haut en bas. La peau de la partie moyenne ayant été soulevée, l’opérateur y enfonce la main , pour frayer le passage à celle du malade , dont tout le corps est ensuite frotté avec le sang du bœuf.

La manière de tuer le bétail semble très-cruelle : on ouvre le ventre de l'animal, et on y plonge la main afin de saisir un viscère voisin du cœur, et en l’arrachant on cause immédiatement la mort.

Si un jeune homme a de l’attachement pour une femme et qu’il désire l’épouser, U va avec ses compagnons prendre un bœuf pour le placer devant sa maison.

Si elle laisse tuer le bœuf elle est supposée avoir consenti à l’union , et les deux personnes sont regardées comme mariées. Quelquefois le bœuf est amené à plusieurs reprises avant que l’approbation de la jeune fille soit obtenue.

Un chef qui meurt est enterré dans le kraal à bétail , la tête tournée à l'est ; quand la fosse a été remplie on amène les bœufs, pour qu’ils foulent la terre sous les pieds, afin que le lieu de la sépulture ne soit pas reconnu. Les gens du commun sont enterrés dans les champs, et des pierres sont entassées sur leurs tombes.

La polygamie est permise parmi les Korannas. Les femmes ont rarement plus de quatre à cinq enfants; si elles accouchent de jumeaux, ce qui n’arrive pas souvent, l’un d’eux est sacrifié, comme chez les Boschjesmans. La dégoûtante cérémonie du mariage dont Kolbe a parlé comme étant pratiquée jadis chez les Hottentots de la colonie, n’a pas lieu chez les Korannas ; mais on fait une sorte d’aspersion d’urine à l’époque où les jeunes gens atteignent l’âge de puberté.

Les Korannas aiment beaucoup le chant et la danse ; et le soir, assis autour du feu , ils se plaisent à raconter des aventures et des légendes. De même que les autres indigènes de l’Afrique australe , ils possèdent l’art de faire une espèce d’nydromel très-enivrant, en laissant fermenter le miel avec le suc de quelques racines.

De même que toutes les tribus hottentotes, les Korannas sont très-sujets à la phthisie pulmonaire. Les uns l'attribuent à leurs fréquentes et brusques immersions dans les eaux du Gariep quand, ils reviennent de la chasse trempés de sueur; et les autres pensent que cette maladie est due a la qualité insalubre de l’eau dans certaines saisons.

Ils sont aussi sujets à une espèce de fièvre appelée sanguine. « En général, elle se manifeste, dit Thompson, par des bubons dans quelques parties du corps; dans ce cas ils font une incision tout autour, et y appliquent avec succès le

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fiel et la graisse de certains animaux ; mais si le mal se porte dans l’intérieur il n’y a pas de remède, et le malade succombe. » Cette singulière fièvre, qui a de l'analogie avec l’anthrax, est limitée aux rives du Gariep ; ses ravages ont lieu principalement dans les mois de février et de mars.

Plusieurs voyageurs ont remarqué parmi les Kornnnas des individus n’ayant qu’un testicule. On ignore si cette mutilation est le résultat de quelque opération subie dans l’enfance par un rit superstitieux , ou si c’est l’effet d’un accident ou d’une bizarrerie de la nature.

Les Korannas sonttrès-adonnés à une espèce de sorcellerie malfaisante , par le moyen de laquelle ils se tourmentent cruellement les uns les autres ; ils paraissent même avoir quelquefois recours à des pratiques pires que des empoisonnements imaginaires, et qu’ils se servent réellement de poison.

Comme les Boschjesmans, ils exposent les gens âgés pour être dévorés par les bêtes sauvages. Afin de justifier cet usage cruel , ils disent que les vieillards ne sont bons à rien , et consomment la nourriture qui profiterait aux autres.

Ils ne pratiquent pas de cérémonies religieuses, et ils n’ont qu’une idée confuse d’un état futur. Quelques-uns disent que, suivant une tradition de leurs ancêtres , les esprits des hommes montent, par les nuages, dans un autre monde où ils continuent d’exister; mais bien peu ont confiance en cette tradition.

« Les missionnaires, dit Campbell, n’ont pas encore trouvé de nation eu Afrique plus indifférente que les Korannas à toute espèce d’instruction; s’il en arrive un dans un de leurs kraals, ils écoutent son discours; il peut rester si cela lui convient ; quand il s’en va ils ne montrent nul désir de le retenir. Tout effort de l’esprit ou du corps paraît les contrarier. Si l’on demande à l’un d'eux combien il a d'enfants, il réfléchit un moment, en regardant à terre; puis, relevant la tête, il a l’air de compter sur ses doigts; cependant il finit par prier ses voisins de l’aider à résoudre la difficulté, calcule de nouveau sur ses doigts, regarde le questionneur en face , et dit qu’il a trois

enfants. Il y en a beaucoup qui , pour ne pas déranger leur sommeil en se levant de bonne heure, ne veulent pa3 traire leurs vaches le matin. Après avcii' passé une longue nuit à dormir, ils allument leurs pipes aux cendres ardentes du feu, et fument pendant quelques minutes; puis, lorsque le chaleur du soleil augmente, ils gagnent en rampant le lieu ombragé le plus proche, et s’endorment de nouveau ; si les rayons puissants de cet astre les réveillent, ils se traînent à un coin plus ombragé. Vers midi le bétail revient des champs pour boire; alors ils font un grand effort pour se lever et pour le traire ; ils boivent autant de lait qu’ils peuvent, fument, et se rendorment jusqu’à ce que la fraîcheur du soir semble les exciter un peu. Telle est leur manière ordinaire de vivre , excepté lorsqu’ils sont en voyage.

Us s’y préparent en tuant un mouton, et en' mangent autant qu’ils peuvent; ensuite ils se mettent en route, et sont quelquefois absents cinq à six jours sans rien prendre. De même que la plupart des tribus sauvages , s’ils sont privés de nourriture, ils nouent une corde autour de leur corps, qu’ils serrent de plus en plus à mesure qu’ils se sentent pressés par la faim. »

Les Korannas qui habitent immédiatement les rives au Gariep emploient une singulière machine pour traverser le fleuve à la nage, et pour transporter à l’autre bord leurs troupeaux et leurs meubles. Ils prennent un tronc d’arbre, long d’environ deux-mètres, dans lequel est enfoncée , près d’un des bouts , une cheville solide; la personne qui veut passer la rivière s'étendre tout son long sur le tronc , et tient, fortement la cheville d’une main, pendant que de l’autre, et même quelquefois avec les pieds, elle raine de manière à tenir toujours l’extrémité inférieure de la souche dans une certaine direction, qui forme avec In rivière un angle de quarante-cinq degrés. L’obliquité de la souche opposée au courant fait qu’en descendant elle est poussée graduellement à la rive opposée , en décrivant une ligne qui est l’hypoténuse du triangle , dont la largeur de la rivière est la base.

Toutes les tribus des Korannas de la partie supérieure du Gariep et de ses

AFRIQUE AUSTRALE. tOî

affluents , vivent en amitié et en alliance avec les Griquas, et se liguent avec eux contre les Boschjesmans. C’est par ces relations que plusieurs d’entre elles se sont procuré des armes à feu. Il y a des hordes alliées avec celles des Bachapins. Celles du cours inférieur du Gariep ont eu beaucoup à souffrir des déprédations des troupes de bandits qui infestent les bords de ce fleuve.

Les Koraunasdes bords du Hartebeest- Rivier n’ont pas du tout de bétail , et vivent absolument comme les Boschjesitians. Quand ils ne peuvent ni tuer du ibier ni trouver des racines comestiles , ils ont recours aux fourmis, à la

fomme , et aux jeunes branches des arrisseaux.. Ils ont généralement la taille plus grande que les Boschjesmans, et en diffèrent également par le langage, ainsi que par diverses particularités. Il

Ïiaraît que , comme les autres tribus de etir nation, ils ont jadis possédé du bétail , et qu’ils ont été réduits à leur existence précaire par des hordes voisines, qui les ont pillés. Leur état actuel indique la marche des causes qui ont réduit les Boschjesmans, autrefois pasteurs, à devenir chasseurs et voleurs.

D. Chiquas.

Les Griquas sont les alliés naturels des Korannas; comme eux ils habitent les rives du Gariep ( rivière d’Orange ). C’est dans cette alliance qu'ils puisent leur sûreté mutuelle. Thompson estimait eu 1824 le nombre des Griquas à cinq mille. Depuis lors ce nombre est probablement allé en diminuant.

Us ont de grands troupeaux de moutons et de chèvres. Ceux qui habitent Griqua-Town, poste de missionnaires, au delà de la rivière d’Orange, se livrent à l’agriculture et au jardinage. Ce sont les habitants de Griqua-Town qui, en 1824, sauvèrent les Bachapins de leur ruine totale. Ils reconnaissent que depuis qu’ils ont, grâce au zèle des missionnaires , embrassé la vie sédentaire, leur bétail et d’autres choses qu’ils possèdent se sont considérablement accrus.

L’industrie existe à peine dans le pays des Griquas ; quelques-uns fabriquent des vases de bois pour contenir le lait Ou l’eau ; d’autres entendent un peu le métier de forgeron pour raccommoder les

chariots. — L’aridité des terrains des enviions de Griqua-Town et l’irrégu larité des saisons apporteront toujours de grands obstacles aux progrès de l’agriculture et de la civilisation, qui en est fa conséquence. Au rapport de Thompson, les pluies y tombent , non à des

f époques Axes , mais seulement en été rendant les orages. Leur absence proongée détruit non-seulement les productions des champs et des jardins, mais brûle aussi les pâturages , de sorte que les Griquas sont obligés de se transporter, avec la plus grande partie de leurs bestiaux, à des sources lointaines où il y a de l’herbe. Le pays manque aussi de bois. Il y a cependant de gros mimosas dans le voisinage, mais le trois en est trop dur pour les usages ordinaires; on ne peut le façonner qu’avec beaucoup de difficulté, et souvent les outils se brisent. Les Griquas sont donc obligés d’aller chercher sur les bords du Gariep le bois de charpente dont ils ont besoin, quoiqu’il ne soit pas de la meilleure qualité , car il est fourni par le saule.

Les Griquas paraissent être provenus d’une race mêlée ; ils portaient autrefois le nom d’Hottentots bâtards. « Mais lorsqu’on eut , dit Campbell , représenté aux principaux personnages que ce num était choquant pour l'oreille d’un An-

âlais ou d’un Hollandais, iis résolurent 'en adopter un autre. Ils tinrent une consultation entre eux, et ayant reconnu que la plupart descendaient d’un nommé Griqua , ils choisirent cette dénomination. »

TBIBU8 DB BAC B CAFBB.

Les nombreuses tribus d’indigènes qui habitent à l’est et au nord de la colonie du Cap de Bonne-Espérance ne sont que des subdivisions d’une grande nation , à laquelle les voyageurs ont donné le nom général de" Cafres. La grande extension de cettefamille remarquable du genre humain est aujourd’hui un fait acquis à l’ethnographie. D’après divers témoignages concordants, on peut admettre comme suffisamment prouvé que les Kousas, les Tamboukkis, les Amapondas, les Amazizis, les indigènes de Natal et de la baie de Lagoa ,

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lesDamaras, sur la côte occidentale, les nombreuses tribus de Betjouanas qui habitent l’intérieur du continent, les habitants de Sofala, rie Mozambique, etc., sont sortis d’unesouche commune , et qu’ils se ressemblent tellement par la langue , les mœurs et les usages, qu’il est facile de les reconnaître comme des subdivisions d’une même race. C’est surtout par leur langue qu’on découvre leur parenté,

Sur les cartes anciennes on a représenté sous le nom de Cafrerie une des plus grandes parties du vaste continent d’Afrique. Au nord elle avait pour limites la Nigritie et l’Abyssinie, à l’ouest la Guinée et le Congo , à l’est l’océan Indien, et au suri le Cap de Bonne-Espérance. Aujourd’hui on donne à la Cafrerie une étendue beaucoup moius considérable. Le pays des Cafres, dont parlent Barrow, Patterson, Le Vaillant, Lichtenstein, Alberti,Brownlee, Kay, et tant d’autres voyageurs, est situé entre le 32° et le 34° de latitude méridionale , et le 25°et le 27° delongitude orientale (de Paris ) j il est borné à l’ouest par le Keyskamma, au suri et à l’est par l’océan Austral , et au nord par une grande chaîne de montagnes qui s’étend d’occident en orient. Les peuples qui habitent cette contrée , désignés vulgairement par le nom de Cafres, se nomment eux-mêmes . imakosas , Amakosinas ou Kousas (I).

C’est de ceux-là dont il sera ici particulièrement question , parce que leurs mœurs et léurs usages semblent avoir en quelque sorte servi de modèle aux autres tribus.

Kousas, ou Cafres proprekent dits.

Le pays des Kousas est arrosé par des ruisseaux et des rivières assez nombreux. Toutes ces eaux courantes prennent leur source dans la chaîne de montagnes au nord. La grande rivière des Poissons, le Keyskamma (2) etle Buffelrivier en reçoivent la plupart, et vont eux-mêmes se jeter dans la mer. En plusieurs endroits de la plaine, et principalement sur les montagnes , la nature a

(i) Ce nom s’écrit indifféremment Koosas, Koausas, Koossas, Ko tsas, Amaxosns.

(a) Knnmia. dans fa. langue indigène, signifie rivière.

formé des réservoirs où l’eau de pluie se rassemble et se conserve longtemps; la rivière des Buffles, et plus encore les ruisseaux qui s’y rendent des deux côtés, au nombre de douze, fournissent de très-bonne eau ; aussi trouve-t-on dans cette contrée beaucoup plus de hordes cafres qu’nilleurs. Toutes les autres eaux sont plus ou moins saumâtres en proportion inverse de l’eau de pluie qui s’y trouve mêlée.

Les montagnes qui bornent au nord le pays des Kousas , ou la Cafrerie proprement dite, sont les chaînes du Boschberg et du Winterberg. Au delà de ces montagnes il n’y a pas de descente raide : on y voit un large plateau, formant

e vastes plaines dépourvues de bois , mais ayant des sources et des flaques d’eau eu abondance. Ces plaines sont occasionnellement et partiellement habitées par les Tamboukies et Boschjesmans, oui y trouvent une grande abondance de gibier de diverses sortes. Au sud les montagnes ont une inclinaison très- rapide, et leurs flancs sont garnis de bois. Le sol sur les limites de ces bois est une argile compacte , débris de la décomposition des couches des hautes terres. A mesure que l’on descend vers la mer le pays s’aplanit , et l’on ne voit d’autres chaînes que celles qui sont à la source de la rivière des Buffles. Il n’y a pas dans la Cafrerie une grande variété de minéraux ; les hautes montagnes sont presque toujours composées de trapps, les collines et les monticules de grès et d’argile. Le trapp globulaire, la serpentine , le schiste alumineux et la pyrite sont communs partout. On trouve de la pierre calcaire sur la côte , mais elle n’y est pas commune. L’eau près de la montagne est bonne et pure , mais dans le milieu du pays les sources sont saumâtres et quelquefois sulfureuses.

A vingt railles de la côte l’aspect du pays change , et le sol est plus inégal, et garni de collines couvertes de buissons. Presque toujours les ruisseaux sont bordés par des terrains plats et élevés audessus de leur lit, sur lesquels croissent de grands arbres , le bois jaune , le bois de fer, C Erythrina cafra (arbre corail).

Les rivières abondent en poissons, richesse inutile aux Cafres , qui les dédaignent comme impurs. Les hippopo-

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