‹ Afrique australe, Cap de bonne-espérance, Congo, etcChapitre 15 sur 65 · AFRIQUE AUSTRALE. IOS · texte numérisé non relu

AFRIQUE AUSTRALE. IOS

tames y sont aussi très-communs. Près de la rivière des Buffles de grands arbres croissent sur un sol fécond : disosés par groupes jusque sur les plus autes sommités, ils donnent au paysage un aspect riant et pittoresque. Près de son embouchure cette rivière a quarante verges environ de largeur; ses bords sont élevés , et ombragés par une grande variété d’arbres et de ouïssons.

Ail nord-est se déploient des paysages d’une grande beaute; lesplantesy offrent plus de variété ; on y observe plusieurs espèces d’acacias, le palmier sagou.

Sur la rivière Gounoubi Brownlee(l) trouva une espèce de Strelilzia qui surpasse toutes celles de ses congénères par la beauté de son feuillage. Par son port elle ressemble tellement au musa, qu’on peut à peine l’en distinguer; mais ses semences sont beaucoup plus grosses que celles du Strelilzia regina , et ont un bon goût lorsqu’on les mange rôties.

Les feuilles, en y comprenant leur pétale , ont environ un mètre de hauteur et plus d’un demi-mètre de largeur.

Entre la rivière Ikuku et la rivière K.ey tout le sol est couvert de larges blocs de roches trappéennes, parmi lesquels croissent des acacias. La terre végétale est un sédiment noir, évidemment formé par la décomposition des roches qui sont à sa surface. L’herbe y est très-abondante ; l’eau y est de la meilleure qualité , et tout le pays est trèspropre à la culture.

Sous le rapport zoologique, le Keys- K anima fait une ligne de démarcation : à l’ouest de ce fleuve errent de nombreuses troupes de petites antilopes et de couaggas ; des animaux féroces y infestent la contrée , tandis que les grandes espèces d’antilopes (surtout l’antilope orcas) n’habitent qu’à l’est duKeys- Kamma ainsi qu’une quantité énorme d’éléphants ; le fleuve même est rempli d’hippopotames. Alberti assure avoir vu une troupe d’éléphants qui devait contenir au moins trois cents de ces animaux; et quant aux hippopotames , il en tua , dans un de ses voyages, vingt-deux de suite dans une seule rivière. La diffé-

(i) Dans Thompson s Travcls, t. II, p, 336- 37a. Brownlee a résidé huit ans, comme missionnaire, chez les Cafres.

rence zoologique des deux rives vient de leur différence végétale : en deçà du Keys- Kamma les terres sont parsemées d’herbes, qui ne conviennent qu’à des animaux plus grossièrement organisés. (Lichtenstein).

Au nord-est de la rivière Key le pays est bien arrosé. Au fond de chaque vallée coule un ruisseau d’eau limpide et excellente à boire. Les lits de ces ruisseaux sont peu profonds et surchargés de plantes aquatiques, et à la source de chacun de ces ruisseaux sont des bosquets d’arbres élevés. A dix milles du kraal d’Hinza est une vaste carrière de minerai de fer que les Cafres exploitent pour se peindre le corps. Cette substance se trouve en masses noduleuses d’ocre jaune ou d'argile durcie; on les trouve près de la surface du sol , et en morceaux qui ne sont pas plus gros qu’un œuf de poule.

Le climat du pays des Cafres (Kousas) diffère essentiellement de celui du Cap; en effet, la saison hivernale, marquée au Cap par des averses fréquentes, est la plus sèche dans ce pays; depuis mai iusqu’en août, époque où la longueur des nuits et l’obliquité des rayons du soleil diminuent beaucoup la chaleur , il pleut rarement; pendant le jour le temps est frais et serein; la nuit il fait de la

elée blanche. En été , dès que les gran-

es chaleurs commencent on voit se former des orages; ceux-ci éclatent ordinairement vers trois heures après midi, et rafraîchissent l’atmosphère par des pluies abondantes. A peine se passe-t-il, danscette saison, une semaine sans deux orages au moins. Van-der-Kemp, pendant seize mois de séjour , n'en a vu éclater qu’un seul le matin. Les coups de tonnerre sont terribles , et les éclairs ressemblent à des torrents de feu. Au milieu de la saison hivernale la température des plaines est rarement au-dessous de cinquante degrés du thermomètre de Fahrenheit; en été elle est presque toujours entre soixante-dix degrés et quatrevingt-dix. Avant les orages on reçoit quelquefois des bouffées d’une chaleur insupportable , qui font monter le thermomètre F. un peu au delà de cent degrés. Pendant la saison chaude il s’élève quelquefois la nuit des brouillards épais qui ne se dissipent que vers midi , et hu-

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mectentla terre : ce phénomène, qui serait uu bienfait extrême dans la colonie du Cap, ne se manifeste avec quelque régularité qu'au delà du Keys-Kamma (Thompson).

Origine et caractères physiques des Cafres.

Les Cafres offrent un contraste frappant avec leurs voisins les Hottentots, qui sont inférieurs en vigueur corporelle et en beauté, n’ont qu’une langue pauvre, une intelligence bornée, point (l’organisation civile, etc. Pour expliquer ce contraste entre deux peuples voisins on est obligé de supposer que les Cafres sont un peuple venu du dehors.

Rélegué à l’extrémité de l’Afrique , ce peuple présente plus de ressemblance avec la race cancasique qu’avec la race de Cham. Plusieurs voyageurs n’ont pas hésité à le rapporter au type arabe.

« Très-certainement, ditBarrow, lesCafres ne sont point aborigènes de la pointe méridionale de l’Afrique. Environnés de tous côtés par des nations si différentes en tout point par leur couleur, leurs traits, leurs formes, par leurs dispositions, leurs manières et leur langage, il serait absurde de les regarder comme indigènes du petit pays qu’ils habitent maintenant. Si l’on voulait rechercher leur origine, peut-être serait-on bien près de la vérité en supposant qu’ils descendent de quelques tribus errantes d’Arabes, connus sous le nom de Bédouins.

On sait que ces peuples ont pénétré dans presque toute l’Afrique. La bguredes Cafres porte des caractères visiblement les mêmes que celle des Arabes ; et leur manière de vivre , leurs habitudes pastorales, leur caractère et leur hospitalité envers les étrangers achèvent de compléter leur ressemblance. Ces Bédouins ont porté des colonies jusque dans les lies du midi de l’Afrique; entreprise plus difficile à exécuter qu'un voyage par terre jusqu’au Cap de Bonne-Espérance. En marchant le long de la mer Rouge , et tournant immédiatement au midi sur la côte, ils auront évité le grand désert qui divise l’Afrique en deux, et le pays est alors praticable partout, du moins aussi loin qu 'on peut le connaître aujourd'hui. »

Mais Lichtenstein n’admet pas cette opinion , parce que dans ce cas ils au-

raient conservé quelques restes d’écriture et d’autres traces de la civilisation de leurs ancêtres. « La circoncision, que l’on cite comme preuve, se pratiquait aussi , dit-il , chez les Troglodytes de l’Ethiopie. » C’est dans ce pays que Lichtenstein cherche la patrie des Cafres; il présume quele midi de l’Afrique a été peuplé par les nations du nord de cette partie du monde, et que ces nations , en suivant les côtes , sont arrivées peu à peu , les unes à l'est du Cap , en donnant naissance à la race des Cafres ; les autres , à l’ouest en y laissant la race hottentote. « A l’est, les tribus émigrees trouvaient un sol fertile et un beau climat; la civilisation pouvait s’y conserver en partie. Sur le sol desséché de l’ouest, au contraire, les hommes furent obligés de vivre de la chasse , et de s’étendre davantage, vers le midi pour trouver quelque subsistance; en sorte que les Hottentots arrivèrent dans le midi quelques siècles avant les Cafres ; ils s’étendirent même sur toute la Cafrerie et au delà ; les rivières et les montagnes portent encore aujourd’hui des noms ottentots. Cependant , se trouvant enfin en contact avec les Cafres , qui arrivaient du nord de l’Afrique , ils furent repoussés, et durent se resserrer dans le coin de terre qu’on leur laissa. »

Lichtenstein fait remarquer, à l’appui de sa conjecture, qu’il y a une ressemblance frappante sous le rapport de la taille, des mœurs, etc., entre, les Cafres, les Mozambiquois, les Zanguebarois, les Abyssins, en un mot, entre tous les habitants de la côte orientale de l’Afrique.

Les Cafres ont la peau d’un gris noirâtre, qu'on pourrait comparera la couleur du fer quand il vient d’être forgé. Ils n’ont de commun avec les nègres que l’épaisseur des lèvres. Mais le Caire ne se contente pas de sa couleur naturelle : ilse

Îieint non-seulement le visage, mais tout e corps , en se frottant d’ocre rouge réduite en poudre, et délayée dans de l'eau. Quelquefois les hommes, et plus souvent les femmes, y ajoutent le suc de quelque plante odoriférante. Pour fixer ce premier enduit on applique par-dessus, après qu’il est séché , une couche de matière grasse, qui s’attacheintimementà la peau, et rend celle-ci plus souple. Selon Brown-

lee, les deux sexes se tatouent le corps, particulièrement aux épaules ; le rouge est la couleur favorite des Cafres : tout ce qui sert à leur vêtement est peint en rouge; ils u’aiinent rien tant que les graines de cette couleur, et chez eux le cuivre rouge équivaut à l’or; le jaune a moins de prix à leurs yeux.

Leurs cheveux sont noirs, courts, laineux, rudes au toucher, et réunis en petits flocons épars. Il est rare de voir un Cafreavecuue barbe bien garnie; ordinairement le menton seul est recouvert de légers llocons. Il en est de même des autres parties du corps où les deux sexes ont ordinairement des poils. On distingue aisément les hommes à leur taille noble : elle est ordinairement de cinq pieds six pouces , jusqu’à cinq pieds neuf pouces. Le Cafre a la tête bien conformée ; elle n’est point allongée, comme chez les Hottentots et les Nègres : le frontal et l’occipital forment presque un demi-cercle (Barrow ). Le front est haut et l’os du nez relevé comme chez les Européens (Lichtenstein); les bras et les cuisses annoncent 1a santé et la force; tous les membres sont parfaitement développés et dans la plus belle proportion; il porte le corps d’aplomb; son attitude indique la vigueur; sa démarche est ferme et assurée, et tout en lui annonce le courage et l’intrépidité.

Les femmes diffèrent beaucoup des hommes pour la hauteur de la taille; eu général elles atteignent rarement celle d’une Européenne bien faite; au reste, elles sont aussi bien conformées ue les hommes. Tous les membres ’unejeune Cafre ont ce contour arrondi et gracieux qui est le signe d’une santé arfaite; leur gorge, élastique, a les plus elles formes ; lecontentement, la gaieté, se peignent sur leur physionomie. Les deux sexes ont la peau unie et parfaitement saine.

On ne voit pas de Cafres nés difformes ; la manière simple et naturelle dont ils élèvent leurs entants les garantit de toute difformité. Le phénomène découvert d’abord chez les Hottentotes, et qui a donné naissance à tant de contes absurdes (tablier des Hottentotes), a de même lieu chez les femmes de la Cafreric; c’est un prolongement extraordinaire des nymphes. Au reste , ce pro-

longement est l’ouvrage de la nature; et il est faux qu’on le provoque au moyen de poids , comme on s’est plu à le débiter. Cet allongement, qui a jusqu’à quatre pouces chez les Hottentotes , est beaucoup moindre chez les Cafres.

Nourriture des Cafres. La bonne santé dont jouissent les Cafres est due sans contredit , en grande partie, à la simplicité de leurs aliments. De nombreux troupeaux de vaches leur fournissent, en abondance, du laitage, qui fait leur principale nourriture : leurs autres aliments sont la viande ordinairement rôtie , le millet , le maïs , et les melons d’eau , qu'ils apprêtent de plusieurs manières. L’eau est leur unique boisson. Les Cafres ne boivent pas le lait frais, mais ils le laissent cailler et s’aigrir; ce qui se lait en très-peu de temps , dans des corbeilles qui , ayant servi plus d’une fois à cet usage, sont imbibées d’acide lactique. Ces corbeilles, de forme arrondie, ont ordinairement dix jusqu’à seize pouces de diamètre à la partie supérieure , et un peu plus de profondeur; la paroi a une ou deux lignes d'épaisseur, rarement davantage. Ce sont les femmes qui s’occupent de leur construction ; elles y emploient une espèce de jonc très-délié, u’elles savent tresser avec tant d’aresse, qu’une corbeille ainsi faite, et enduite de graisse , est impénétrable à l’eau. Pour manger le lait caillé , les Cafres se servent d’une coquille de moule, ou plus communément de la tige d’une plante qui croît particulièrement dans leur pays. Quand la plante est entièrement desséchée, ils en coupent un morceau d’environ un pied de long, dont ils battent le bout avec un caillou poli jusqu’à ce que tous les filaments s’écartent et forment un pinceau, qui leur tient lieu de cuiller pour manger le laitage.

La viande est pour les Cafres un aliment moins indispensable que le lait; ils l’aiment à la vérité, mais ils s’en abstiennent par économie. La viande se mange bouillie ou rôtie; pour la bouillir ils se servent de pots de terre cuite au feu, auxquels ils savent donner une forme assez élégante; avant de la rôtir ils la coupent par morceaux , qu’ils appliquent immédiatement sur la braise, ou les mettent en broche : ils tiennent

iQogle

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cette broche de bois avec la main, ou la fichent en terre vis-à-vis du feu. Ils se passent entièrement de sel , sans le remplacer par quelque autre assaisonnement. Us aiment néanmoins le sel , car ils en demandent aux étrangers qui viennent les visiter.

Le Holcus Cafrorum (espèce de millet) (1) et le maïs sont des productions dont les Cafres sont redevables à leur propre industrie. Il en est de même des melons d’eau . qui ne viendraient pas sans culture. Ils ont différentes manières d’apprêter le millet et le maïs pour les manger : ils en font bouillir les graines entières , et les mangent sans aucun assaisonnement; d'autres fois ils les écrasent au moyen d’un caillou uni, et en font cuire la farine dans du lait nouvellement trait. Quelquefois aussi ils mettent cuire dans l’eau la tige du millet, qui est mucilagineuse et trèssucrée, et en font une espèce de bouillie, en y mêlant une certaine quantité de farine. Enfin, de ces deux espèces de farines délayées dans de l’eau ils pétrissent des pains pesant environ trois livres, qu’ils font cuire sous la cendre. — Leurs greniers sont des espèces de souterrains , semblables aux silos des Arabes et d’autres peuples anciens. Le pillage de ces greniers est un crime dont aucun Caire n’oserait se rendre coupable (2).

Les melons d’eau , qui croissent en abondance dans le pays des Cafres, ont un goût amer et désagréable; mais cette amertume se corrige par la cuisson. On peut manger ces melons bouillis, après les avoir pelés et coupés par morceaux; on en fait aussi une marmelade, à laquelle on mêle de l’une des deux espèces de farine dont nous avons parlé.

Outre ces aliments, le pays abonde eu miel d’abeilles sauvages. On en rencontre les ruches dans les fentesdes montagnes, dans les creux des arbres, dans les four-

(i) La culture de cette céréale, plus connue jous le nom de blé de Cafre , Kaffcr-com , a été récemment introduite dans les établissements de la colonie du Cap. (Kay, Travail and researches in Caffrana , etc. London , i833, in-8°.)

(a) Kay, Travail and reiearches in Caffralia, p. 145.

milières et les ravins. Un petit oiseau, connu sous le nom d’oiseau de miel, sert de guide pour découvrir ces ruches sauvages. La voix de cet oiseau est une es-

fièce de cri aigu, par lequel il attire 'attention du voyageur. Dès qu’on s’approche de lui il s’éloigne, va se percher a quelque distance, et recommence à crier jusqu’à ce qu’on l’ait rejoint. Il continue de la sorte jusqu’à ce qu’il se trouve dans le voisinage des abeilles, qu’il indique en criant plus fort qu’auparavant. Il laisse ensuite au voyageur le soin de découvrir lui-même la ruche ; ce qui n’est pas difficile, puisque les abeilles, en allant et venant sans cesse, se trahissent elles-mêmes. Quelquefois, avant d’arriver à la ruche on est obligé de suivre ce guide pendant une heure et davantage.

L’eau fraîche est la boisson ordinaire et presque unique des Cafres. Ce n’est que rarement et pour se régaler qu’ils font usage d’une boisson artificielle , u’ils préparent de la manière suivante : Is font cuire dans l’eau de la farine de juillet , jusqu’à ce qu'elle soit réduite en une bouillie épaisse ; ils versent ensuite cette bouillie dans des corbeilles à lait, et l'arrosent d’eau. Dans cet état, la liqueur fermente ; après quoi on la filtre à travers un nid d’oiseau , dont le tissu arrête au passage les particules de millet qui n’ont pas été dissoutes par la fermentation. Cette boisson est une espèce d’eau-de-vie.

Les Cafres sont loin de dédaigner les mets préparés à la manière d’Europe :

ils aiment surtout notre pain ; mais il n’est pas possible de les engager à mener la chair des cochons domestiques , es lièvres, des oies ou des canards, ni d’aucune espèce de poisson. Leur demande-t-on la raison de cette répugnance, ils répondent tous que les cochons se nourrissent de toutes sortes d’immondices , qu’après avoir mangé du lièvre on devient fou, que les oies et les canards ont un cri désagréable, et ressemblent aux crapauds , et que tous les poissons appartiennent à la race des serpents. Les Cafres en général ne sont pas de grands mangeurs , tels qu’on en trouve communément parmi les Hottentots; les femmes surtout sont très-sobres. La quantité journalière d’aliments dont se nour-

rit un Cafre est ordinairement proportionnée à sa taille. Quelques individus

fieuvent être taxés de gloutonnerie ; mais a nation, en général, se contente de peu d'aliments. Ils ne sont pas moins sobres de boisson : ils ne boivent qu’autant que la nature l’exige dans l’état de santé.

Quoique le tabac n’appartienne point aux aliments, nous pensons néanmoins que c’est ici le lieu de faire mention du goût passionné des Cafres pour cette plante narcotique. Hommes et femmes , mais surtout les premiers , fument du tabac de leur propre crû , mêlé avec la feuille d'une autre plante, que les Hottentots nomment dacha. Leurs pipes sont faites de bois; la tête est de la même forme que celle de nos pipes de terre, mais beaucoup plus grosse; ia tige en est droite, et a environ cinq à six pouces de long. Ils se servent aussi d'une autre espece de pipe , mais qui est moins généralement en usage : la tête et la tige, qui dans celle-ci est plus longue, ne sont pas immédiatement jointes ensemble, mais séparées par unccorne ( ordinairement d’élan ) adaptée à toutes deux , et remplie d'eau, dans laquelle la fumée perd son goût âcre. Dans les réunions de Cafres , la pipe fait le tour de la compagnie; chacun en tire avec force quelques bouffées de fumée, et la passe ensuite à son voisin. C’est ce qu’on voit aussi chez les peuplades sauvages de l’Amérique septentrionale.

Force physique; habillement. L’extérieur des Cafres ne permet pas de douter qu’ils ne soient doués de beaucoup de force ; mais leur genre de vie et le peu de besoins qu’ils éprouvent les mettent rarement dans le cas de les exercer. L’usage du javelot et de la massue développe chez le Cafre les muscles du bras droit ; des courses fréquentes l’exercent à marcher longtemps et à courir vite ; mais veut-on l’employer à charger un pesant fardeau sur une charrette, a relever une voiture versée , à écarter une grosse pierre, etc., il semble alors n’avoir plus de force; et un Hottentot, etit et décharné, mais accoutumé à e rudes travaux chez le maître qui le nourrit, le surpasse et lui fait honte.

Les Cafres ont trop de vivacité naturelle pour donner beaucoup d’heures au sommeil. La nuit est le seul temps qu’ils

destinent régulièrement au repos; il est rare de voir un Cafre s’y livrer pendant le jour, quelque fatigue qu’il ait supportée. Ils aiment la conversation, et lui consacrent souvent plusieurs heures encore après le coucher du soleil , quelquefois même jusqu’à minuit. Alors commence à régner dans toutes les huttes le plus profond silence , et ceux qui les habitent ne quittent ordinairement leur couche qu’après que le soleil a dissipé la rosée de la nuit. Le repos des Cafres est profond et tranquille; il ne paraît pas qu’il soit troublé par des songes effrayants. Si on les réveille ils n’éprouvent aucun étourdissement : leur réveil est serein , et leur sommeil en un instant dissipé. Appelle-t-on, par exemple, un Cafre pour l’envoyer faire une course, il se lève aussitôt , prend ses armes, et part, comme s’il n'avait pas sommeillé.

Une natte , d’environ six pieds de long sur trois ou quatre de large , faite de joncs déliés , et roulée au chevet, leur sert de lit. Ils se couvrent, pour dormir, de leur manteau de peau. Ils dorment communément le corps étendu : ce n’est que quand il fait froid qu’on leur voit ^accroupir les membres. Le matin, à peine le Cafre a-t-il quitté sa couche, qu'on le voit content et gai ; on entend partout chanter dans les hameaux ; une allégresse générale annonce les plus heureuses dispositions du corps et de l’esprit.

Les habits des Cafres sont faits de peaux , qu’ils savent préparer avec beaucoup d’art. La différence des sexes se remarque simplement à la forme des habits ; les femmes mettent dans la façon de leurs vêtements plus d’art et de lùxc que les hommes. Ceux-ci sont contents si leur vêtement les garantit du froid et de l’humidité. Ils se couvrent, en général , de peaux de bœufs ou de vaches; les femmes, du moins, n’en emploient jamais d’autres. Les chefs sont les seuls qui s’habillent de peaux de léopards, à moins qu’ils n’en distribuent à leurs favoris ; car celles de tous les léopards que l’on tue appartiennent de droit aux chefs.

La préparation des peaux se fait de la manière suivante : on étend la peau renversée sur des piquets flehés en terre , et on l’y laisse jusqu’à ce qu’elle soit entièrement séchée; ensuite on la suspend

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perpendiculairement entre deux perches, en la tendant aussi fortement que possible; on arrose avec de l’eau le côté qui a touché à la chair, et on le ratisse avec un fer de hache jusqu’à ce que la peau soit réduiteà l’épaisseur d’une étoffe de drap passablement mince; puis on l’étend de nouveau sur les piquets pour la laisser sécher. Cette première opération faite , on frotte eirculairement la peau, ainsi tendue, avec des feuilles d’aloès , ayant soin de l’arroser à plusieurs reprises : les pointes ou crochets dont ces feuilles sont pourvues font des égratignures sur la peau et en rendent la surface rude, d’unie qu’elle était. Ce frottement ne se fait que légèrement sur les peaux qui doivent servir pour les hommes; celles, au contraire, qu’on destine à l’habillement des femmes sont frottées au point qu’elles ressemblent à de la ratine. On laisse ensuite de nouveau sécher la peau; on l’enduit de moelle, de bœuf ou de graisse fondue, quelquefois aussi de beurre, et on la broie entre les mains jusqu’à ce qu’elle ait acquis la souplesse qu’on veut lui donner. Enfin on frotte encore une fois le côté extérieur de la peau avec les mêmes matières onctueuses, et l’intérieur avec une pâte d’ocre rouge, qui adhérant à la graisse dont la peau est imbibée , y forme un vernis durable.

Le principal habillement des Cafres consiste en un manteau de peau, dont le côté garni de poil est tourné en dessous, et dont la forme varie suivant le sexe. Le manteau d’un homme n’a précisément qu’autantde largeur qu'il en faut pour pouvoir le fermer par devant. Il descend jusqu’au gras de la jambe , et se ferme avec une courroie sur la poitrine. Un coin du manteau forme autour du cou une espèce de collet renversé, qui remonte sur la nuque et la couvre entièrement. On tient ce manteau fermé sur la poitrine quand il fait froid ou humide ; lorsque le temps est doux on le laisse ouvert, de manière que le ventre et les Cuisses restent nus. S’il fait trèschaud , le Cafre se dépouille entièrement de son manteau ; en voyage , il le porte sur une épaule, suspendu à un bâton.

On trouve , mais moins communément , des hommes vêtus d’une espèce de scapulaire , à la manière des religieux , qui

leur descend depuis la poitriue jusque sur les cuisses; ce scapulaire, fuit de peau de chamois, s’attache au moyen d’une courroie passée autour du cou.

Les hommes ont la tête entièrement nue. Dans les longues marches et les parties de chasse , ils portent aux pieds des sandales , ou des semelles de peau de bœuf attachées par des courroies qui passent autour du coude-pied et du gros orteil, ou par une seule pièce de peau qui couvre- le dessus du pied tout entier, à l’exception des orteils. Dès l’âge de puberté les jeunes hommes cachent certaines parties du corps dans une espèce de bourse , faite de la membrane qui enveloppe les intestins des animaux , et à laquelle iis suspendent des rains de verre rouge, ou des anneaux e cuivre enfilés à une courroie. Les manteaux des femmes sont de forme à peu près circulaire; iis leur descendent jusque sur le gras de la jambe, et sont assez amples pour leur couvrir entièrement le corps. Le long du dos, et jusqu’à l’extrémité du manteau , pend un revers assez semblable au scapulaire que portent quelquefois les hommes, avec cette différeuce que ce revers fait partie du manteau même, auquel il est attaché parle iiaut. Par-dessus ce revers, qui est coupé dans sa longueur par bandes d’environ deux pouces de large , recousues ensemble , pendent des deux côtes , le long des épaules, des peaux entières de chats sauvages; ces peaux, nouées à di s courroies, auxquelles sont enfilés des anneaux de métal, servent à essuyer la sueur du visage. Derrière l’épaule gauche, et à côté de la peau de chat , pend à une autre courroie une petite écaille de tortue, contenant de la poudre d’ecre rouge, et fermée d’un chiffon de peau tendre, qui sert en même temps à se farder. Enfin le manteiet, ou lerevers, lui-même, ui s’attache de manière que le côté garni e poil soit en dessus, est orné de plusieurs rangs de boutons de tontes sortes déformés et de couleurs, l.e manteau des femmes enveloppe le corps, de manière que l’un des bouts rentre sous l'autre et s’y trouve assujetti, sans qu’il soit nécessaire de l'attacher autrement. De cette manière la gorge se trouve aussi couverte , à moins qu’on n’aime mieux faire passer le manteau sous le sein. Quand

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ceci a lieu, les dames cafres portent par-dessus la gorge une espèce de voile ou de bavette, faite de membranes de bœuf, qu’elles attachent avec des courroies derrière le dos, et qu’elles ornent, suivant leur fantaisie, de grains de verre de différentes couleurs. Cette manière de se couvrir la gorge en conserve les formes bien mieux que quand c'est le manteau qui l’enveloppe : la pesanteur de celui-ci l’affaisse et rend les mamelles pendantes; au lieu que le voile particulier les soutieut, sans rien présenter d’indécent aux regards. Il est rare de rencontrer une Caire avec la gorge entièrement découverte : il n’y a que de très-jeunes Ulles ou des femmes âgées, qui n’y regardent pas de si près; mais alors cette nudité ne cause aucun scandale.

Outre le soin qu’ont les femmes de se couvrir le devant du corps avec leur manteau, elles portentencore par-devant une espèce de cotte de mailles , faite de lanières minces, et nouée au moyen d’une courroie plus forte, qui passe par-dessus les hanches. Ce dernier voile suffirait seul pour cacher aux regards ce que la nature et la pudeur défendent de montrer.

Les femmes ne vont pas , comme les hommes, la tête nue; elles se couvrent d’un bonnet fait de. la peau de quelque antilope , dont le poil est tourné en dehors. Le fond de cette coiffure est composé de plusieurs pièces taillées en forme de coin, qui en se réunissant au haut du bonnet lui donnent la forme d’un cône.

Au sommet de ce cône sont adaptées cinq à sept rangées d’anneaux de cuivre ou de fer, à côté les uns des autres ; comme cette partie de la coiffure se porte recourbée eu avant , les anneaux pendent presque jusque sur les paupières. Autour du bord sont attachées, à égale distance , quatre courroies qui servent à assujettir le bonnet autour ae la tête. Les femmes riches , pour renchérir sur l’élégance de cette coiffure , en recouvrent les coutures de grains de verre enfilés. Ce sont les femmes qui font les habits pour les deux sexes ; elles savent en joindre les pièces et en faire les coutures avec une adresse et une propreté ui feraient honneur à un bourrelier 'Europe. Au lieu de ül , elles se servent de tendons, partagés en filaments de la

AUSTRALE, tll

manière suivante : on fait d’abord sécher les tendons; on les écrase ensuite avec un caillou, jusqu'à ce que les (ils se partagent; apres quoi on les broie avec les mains, pour achever de les séparer.

Après l'habillement viennent les objets d’ornement. Un des principaux objets de luxe pour les hommes consiste en anneaux de dents d’éléphants; ils en portent quelquefois jusqu’à neuf ou dix autour du bras gauche. Toutes les dents d’éléphants appartenant de droit au chef de la horde; ces anneaux sont regardés comme autant de marques de la bienveillance du prince. On voit aussi des Cafres qui portent autour du bras gauche une courroie à laquelle sont enfilées des dents de léopard ou de sanglier; quelques-uns portent sur le front le bout de ia queue d'une antilope, suspendu à un bandeau de cuir; d’autres, en plus grand nombre, se décorent le devant de la jambe, un peu au-dessous du genou, de la touffe de poil qui termine ia queue du bœuf ou de l’espèce d’antilope que les colons appellent nartebeest. Beaucoup de Cafres portent autour du corps, en guise de ceinture, une courroie à laquelle son l enfilés de ces anneaux de cuivre ou de fer dont nous avons déjà fait mention.

Un certain nombre d’anneaux équivaut à une pièce de bétail; ils tiennent donc lieu de monnaie. Les personnes des deux sexes ont des colliers composés de coquillages appelés têtes de serpent, enfilés au moyen d’une tresse de poils enlevés de la queue d'un éléphant. Au lieu de poils , on tresse aussi , pour enfiler ces coquillages, des brins d’une herbe odoriférante > et on entre-mâle aux coquillages de petits morceaux de bois de senteur. Souvent aussi les Cafres portent autour du cou plusieurs tours de grains de corail. Les hommes suspendent à ce collier un petit poinçon de fer, enfermé dans un étui qui leur descend sur la poitrine; ce poinçon sert à divers usages : à coudre les h’abits, à tresser les corbeilles à lait, à s’arracher une épine du ied , etc. Les hommes et les femmes se écorent, en outre, de bracelets composés de coquillages ou d’anneaux qu’ils portent immédiatement au-dessus du poignet. Les pendants d’oreilles, pour les deux sexes, consistent en grains de verre de différente grosseur, enfilés de ma-

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nière que les plus petits touchent à l'oreille, et que les plus gros sont suspendus aux premiers. Ceux des Cafres à qui leurs moyens ne permettent pas de se procurer de ces grains se contentent de passer dans le trou dont l’oreille est percée, et qui est toujours fort grand, une courroie nouée par les deux bouts.

D’ailleurs il parait que le goût et la mode changent chez eux. Lors du séjour de Van-der-Kemp la vogue était pour de petits coraux qui venaient de la tribu des Imbas, et dont les Kousas étaient tellement épris, qu’ils donnaient une vache et un veau pour deux petites rangées; il paraît que ce n’était que de la verroterie. Lichtenstein présume qu’elle provient encore du temps de la domination Portugaise ; mais on sait qu’aujourd’hui la verroterie passe en quantitéael’Europe dans le Soudan et les autres pays du nord de l’Afrique, et de là dans l’intérieur. Ne serait-il pas possible que celle qui arrive des Imbas chez les Kousas ait traversé toute cette partie du monde, depuis le nord jusqu’au sud?

Toutes les femmes cafres ont le dos , les bras et la poitrine, entre les mamelles , sillonnés de lignes parallèles et à égale distance. Ce tatouage, qui dans l’opinion de ces peuples sert a relever la beauté, se fait en introduisant un poinon, en guise de bistouri, sous l’épierme, et en le déchirant à mesure qu’on ■ relève le poinçon.

Ni l’habit ni la parure ne servent à distinguer les rangs parmi les Cafres. Quoique les peaux des léopards tués à la chasse appartiennent toutes au chef de la horde, il ne s’en revêt pas moins d’un simple manteau de peau de bœuf, comme ceux que portent les Cafres de la plus basse classe; ceux-ci, de leur côte , n’ont rien qui les distingue , à cet égard, des classes supérieures. On laisse les enfants absolument nus , jusqu'à ce qu’ils commencent à marcher ; alors on les revêt de simples manteaux de peau d’antilope , que les deux sexes quittent d’ordinaire quand le temps est sec et chaud ; les filles seules ne se dépouillent jamais , même dans l’âge le plus tendre, de l’espèce de tablier dont nous avons parlé. A cela près, les jeunes filles vont tête nue jusqu'à l’âge de neuf ou dix ans : parvenues a cet âge, elles reçoivent de

leurs aïeules ou de leurs tantes de vieux bonnets. Dès qu’elles sont nubiles elles assistent aux parties de chasse , et reçoivent, dans ces occasions, de leurs ir'ères , de leurs oncles ou de quelques autres de leurs proches , des peaux d’antilope , pour s’en faire elles-mêmes des bonnets.

Les Cafres, en général, aiment à échaner leurs habits, etse revêtent volontiers es nôtres. Un mouchoir, pour se couvrir la tête ou la gorge , est considéré par les femmes comme un objet de trèsgrande valeur; le linge leur plaît surtout. « Pendant un voyage, ait Alberti, que lit en 1803 M. le lieutenant général Janssens , alors gouverneur du Cap de Bonne-Espérance, dans l’intérieur de la colonie et au pays des Cafres, et dans lequel j’eus l’honneur de l’accompagner, je fus témoin d’une scène qui prouve combien ce peuple aime l'ajustement.

On lit vêtir le chef de la horde , depuis les pieds jusqu’à la tête, à la manière des Européens; ce travestissement lui causa la plus grande joie , et l’engagea à nous demander encore d’autres habits de ce genre pour une autre occasion. Ce jourlà, la mère du prince avait aussi quitté ses habits ordinaires, pour s’affubler d’une robe de chambre d’homme , qui lui avait été envoyée du Cap, et dont elle paraissait toute fière. Une autre fois on m’apporta, par ordre de M, le gouverneur, pour le même chef des Cafres , un uniforme de hussard complet et richement garni en or, avec tout l’équipage nécessaire, et non moins brillant, pour un cheval de selle. Bientôt après je me rendis de nouveau à son hameau , pour avoir avec lui une conférence sur divers sujets. Après la conférence , à laquelle avaient assisté les officiers de sa suite, j’engageai ceux-ci à sortir de ma tente , et je fis revêtir le prince de ce nouvel habillement, dont la vue lui causa la plus agréablesurprise. Je le conduisis ensuite hors de la tente, où il trouva un cheval orné de la selle et de la housse que j’avais fait apporter. Dès qu’il fut monté a cheval, ce qu’il fit de la manière la plus leste, on lui présenta une glace de deux mètres de haut, queM. le gouverneur avait fait ajouter aux autres : rien ne peut être comparé à la surprise et à la joie qu’il témoigna à cette vue. Quand il fut un

peu revenu à lui-même, son trouble lit cas on se contente aussi de nourrir place à un air de satisfaction et de fierté, l’enfant de lait de vache, qui se répandit sur toute sa personne ; Il n’y a pas chez les Cafres d'accouil se montrait, tantôt à pied , tantôt à cheuseg de profession : les femmes s’encheval , à la troupe assemblée, qui con- tr'aident dans l’accouchement. D’ailsistait à peu près en trois cents person- leurs, chez ce peuple, où la nature a nés , et faisait retentir l’air de cris d’ad- conservé toute sa pureté primitive, les miration. Je remarquai qu’il s’arrêtait secours de l’art seraient superflus. Après de préférence auprès des groupes de l’accouchement, et jusqu’à ce que le corfemmes, et qu’il était particulièrement don ombilical de l’entant soit tombé, llatté de leurs applaudissements. » la nourriture de la mère consiste en une Les Cafres, en général, donnent la bouillie de millet. Ce temps écoulé, le préférence au costume européen , non- mari tue une pièce de bétail, dont il seulement parce qu’ils le jugent plus se régale, avec sa femme et ses voisins; commode pour se préserver de l'intem- c’est l’accouchée elle-même qui doit faire périe des saisons, mais auSsi parce qu’ils les apprêts de ce repas. Jusqu’à cette époy trouvent quelque chose de plusdistin- que la mère s’abstient de se peindre le gué et de plus industrieux que dans l’ha- corps; mafs alors elle prépare de noubillement de leur pays. veau de la pâte d’ocre rouge, en frotte

Éducation des enfants. Circonci- d’abord son enfant, et puis elle-même, sion chez les Cafres. L’éducation des en- comme avant ses couches, fants chez une nation non civilisée nous I.a mère place son enfant nouveau-né fait parfaitement comprendre le passage à côté d'elle, sur une couchette d'herbe successif de l’état sauvage à l’état de étendue sur le sol, et le couvre d’un bout civilisation. On y trouve quelquefois de son manteau. Une Cafre ne laisse jaaussi des indications hygiéniques que mais un enfant seul dans la hutte; si elle l’homme civilisé pourrait suivre avec est obligée de le quitter pour quelque avantage. Le plus ou le moins de soin temps , elle appelle auprès de lui un enavec lequel on élève les enfants indique fant plus âgé pour le surveiller. Dèsqu'un plus ou moins de culture ou de dispo- enfant est assez fort pour se tenir assis sitionà en acquérir. Ces considérations et se traîner dans la hutte, on lui donne nous ont engagé à traiter très au long pour nourriture , outre le sein de sa de l'éducation des Cafres , en profitant mère,dulaitdevachecaillé. Onn’observe des documents que nous ont fournis pas toujours le même temps pour sevrer Alherti et Brownlee. Dès qu’un enfant entièrement les enfants; cependant cela est né on le lave avec de l’eau tiède, et n’a lieu, d’ordinaire, qu’au bout de deux on lui en donne à boire, en la lui versant ans.

dans la bouche avec une écaille de moule. Des enfants nés de parents sains, et En même temps on lui frotte tout le élevés de la manière la plus simple, doicorps avec une poudre de coquillages vent être sujets à peu de maladies : c’est broyés et délayes dans de l’eau; cette ce qu’on observe, en effet, parmi les ' friction se réitère plusieurs fois, et forme Cafres. Le temps seul où les dents comsur la peau un vernis, qu’on y laisse jus- mencent à percer est pour eux une époqu’à ce que le cordon ombilical soit que douloureuse , et quelquefois fatale; tombé. Ce n’est qu’environ douze heures ils sont alors ordinairement sujets à la après l’accouchement que la mère pré- diarrhée et à des convulsions qui en ensente le sein au nouveau-né. Si au bout lèvent plusieurs. Pour calmer les doude quelque temps l'enfant vient à mai- leurs on met dans la bouche des enfants grir et à s’affaiblir, ce qui a rarement des feuilles pilées de la plante qui porte lieu, on attribue ce détériorement à la les figues des Hottentots; ces feuilles mauvaise qualité du lait de sa mère, et renfermentunsucacide.Lesenfantssont on le nourrit alors de lait de vache nou- aussi quelquefois sujets à de violentes veilement trait , qu’on lui verse dans la coliques, causées p ut-être par l'eau bouche. Jamais une Cafre n’allaite un saumâtre, qui dans ce pays est en bien enfant qui n’est pas le sien, pas même plusgrande quantité que l’eau douce. A quand la mère serait absente. Dans ce cela près , ils ont, en général l'air bien

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L'UNIVERS

portants, et beaucoup de vivacité dans la physionomie; une preuve de la bonne santé dont ils jouissent, c’est qu’on ne les entend presque jamais crier.

Le père ne se mêle aucunement des soins physiques qu’exige son enfant, ni de sa première éducation morale; il en abandonne entièrement le soin à sa femme, qui, de son côté, traite son nourrisson avec toutes les marques visibles de l’attachement maternel. On ne voit jamais un homme parmi les Cafres porter son enfant; c’est toujours la mère qui le porte sur le dos, enveloppé et soutenu par son manteau, et les jambes écartées autour de ses reins. C’est d’elle aussi que l’enfant apprend à prononcer les premiers sons.

Des que les enfants sont en état de faire quelque chose par eux-mêmes, on emploie les tilles à aller quérir du bois et ae l'eau pour le ménage; les garçons sont chargés de conduire les veaux au pâturage. C’est alors que le père commence à se mêler de l’éducation des derniers, tandis que les filles restent exclusivement sous la direction de leur mère. Les uns et les autres sont obligés d’exécuter ponctuellement les ordres de leurs parents : en cas de refus ou de désobéissance ils sont punis avec sévérité.

A l’âge de dix ou douze ans commence pour les enfants des deux sexes l’éducation- proprement dite, ou l'instruction directe dans ce qui a rapport à la vie domestique et sociale. C’est principalement en servant le chef et sa famille qu’ils reçoivent cette éducation :

on les partage en bandes, qui se relèvent à mesure que le service l’exige. Les garçons sont chargés de la garde des troupeaux , en même temps que les officiers du chef les exercent à lancer la javeline, en ne se servant d’abord que du bois; à combattre avec la masse, à courir, etc.

Les filles apprennent, sous les yeux des femmes du chef, à faire des habits, à préparer les aliments, et, en un mot, à s’acquitter de tous les travaux domestiques.

La circoncision est généralement en usage chez les Cafres; on la pratique à l’âge où le jeune homme approche de la puberté. Les Cafres méprisent les Hottentots, les Boschjesmans, les Malais » ot les autres peuples de couleur, parce

qu’ils ne sont pas circoncis ; et ils ne veulent pas leur permettre de siéger parmi eux ou de manger avec eux. Quant aux Européens , il les regardent comme étant d’une race supérieure. L’époque de la circoncision est, chez les Cafres, pour le jeune homme celle d’un grand changement dans son genre de vie; elle le place au rang des hommes faits; aussi les Cafres, pour dire que l’un d’eux a été circoncis, emploient-ils l’expression, il a été fait homme. C'est aussi au temps de la circoncision que le jeune Cafre est tenu de jurer solennellement fidélité à son chef. Voici la manière dont se pratique cette cérémonie solennelle ;

Lorsqu’il se trouve dans une horde un certain nombre de jeunes hommes qui ont atteint l’âge de puberté, ou qui sont près d’y arriver, on les rassemble pour subir la circoncision; ordinairement on choisit pour cela le temps qu’un fils du chef est parvenu à l’âge requis pour cette cérémonie. Alors on les conduit tous ensemble à quelque distance de l’habitation du chef, dans une hutte préparéeexprès pourieur servir dedemeure, et on leur remet un nombre suffisant de vaches pour leur fournir du lait : ce breuvage est -leur unique nourriture; ils doivent restertrois mois isolés dans cette demeure. Le chef parait ensuite avec un cortège nombreux, dont les femmes sont exclues; en même temps arrive celui qui est chargéde faire l’operation. Personne, sous aucun titre, n’est exclusivement privilégiépours’acquitterdecettefonction:

il suffit pour être admis à l’exercer d’avoir l’adresse nécessaire. Ceux qui en font profession voyagent d’une horde à l’autre, et trouvent dans cet état de quoi gagner leur vie. On couche le néophyte sur le dos, on lui tient les bras et les jambes étendues , et un homme robuste se couche en travers sur sa poitrine pour empêcher jusqu’au moindre mouvement , dont les suites pourraient être funestes. La circoncision s’opère avec la pointe acérée d’un petit fer de javeline, dont le manche n’a , pour plus de commodité, qu’un pied de long. L’opération faite , on plonge ce fer, qui ne sert qu’à cet usage , dans la terre, et on l’y laisse jusqu’à ce que tous les circoncis soient guéris ; l’opérateur l’en retire alors , et le garde, en attendant une nouvelle oe-

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