‹ Afrique australe, Cap de bonne-espérance, Congo, etcChapitre 16 sur 65 · AFRIQUE AUSTRALE. U · texte numérisé non relu

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rasion d’en faire usage. La partie du corps où s’est faite l’opération ne reste pas sans appareil : on y applique des simples qu’on assujettit au moyen d’une large feuille. Les nouveaux circoncis sont obligés de se peindre aussitôt tout le corps avec une lessive de cliaux, et de répéter la même chose chaque jour, jusqu’au moment de l’entière guérison.

Pendant ce temps ils ne sont assujettis à aucun travail ; ils cueillent sans opposition lesfruitset le mais dans les jardins et les champs cultivés; ils tueraient même un bœuf qu’on ne les punirait point. Ils. passent le temps de ce noviciat, qui est de trois mois, à jouer et à danser avec ceux qui ont subi la même opération.

Us dorment à terre sans nattes, sur une couche de cendres dont on a couvert le sol de la hutte. Chaque matin ils sont visités par celui qui a fait l’opération , et qui leur apportedes herbes fraîches, dont ils doivent faire usage en sa présence; il est accompagné d’un oflicier de la suite du chef, etiargé d'examiner s’ils se sont blanchis cejour-là avec de la chaux ; si les plaies sont pansées avec propreté; et surtout s’ils n’y laissent pas se former de croûte : on insiste particulièrement sur ce dernier point, et c’est pour cela qu’il se passe quelquefois deux mois entiers avant que lagqérison soit entièrement achevée. Si l’ofücier en trouve qui ne se soient pas fraldiement lessivés, ou qui aient laissé se former quelque incrustation sur la plaie, il les punit sur-le-champ, en leur donnant des coups de baguette sur les bouts des doigts réunis.

Quand tous les nouveaux circoncis sont entièrement guéris, on rassemble tous les manteaux qu’ils portaient avant leur circoncision, ainsi que les outres et les corbeilles à lait dont ils s’étaient servis pendant leur réclusion du reste de la horde; on en fait un tas dans la hutte qu’ils ont habitée, et on les brûle, ainsi que la hutte elle-même. Les nouveaux circoncis se lavent ensuite pour enlever la couche de chaux qui les couvre, et l’officier qui les a visités les conduit devant le chef Là, chacun reçoit de ses parents un manteau neuf, avec le revers en guise de collet, et qui est la marque distinctive de la virilité. Sur des nattes étendues sont étalées deux rangées de corbeil-

les, dont les unes sont remplies de millet bouilli et les autres de lait; les jeunes hommes se rangent à l’entour, et il est d’usage , dans ce repas de cérémonie, d’observer la plus rigoureuse sobriété.

Après le repas, ils reçoivent de leurs pères et de leurs oncles des javelines et des massues. Leurs parents, ainsi que les officiers du chef, leur déclarent en même temps « qu’ils devront dorénavant se comporter en hommes; qu’on leur met ces armes entre les mains pour s’en servir à la défense du chef, à qui ils doivent fidélité et obéissance, etc.* Là-dessus, ils sont tenus de donner des

fireuves de leur agilité à la course et do eur adresse à manier les armes ; enfin , la fête se termine par une danse.

Après avoir subi la circoncision , les jeunes gens restent encore quelque temps attachés au service particulier du chef; mais alors ils reçoivent un salaire. Ce service, dans lequel ils se relèvent tour à tour, consiste à traire les vaches, à tenir en ordre les parcs pourle bétail, etc. Ils se marient enfin, soignent leur propre maison , et ne sont plus , après cela, tenus de servir le chef, sinon à la guerre.

A l’égard des filles , c’est aussi la nature qui détermine l’époque à laquelle elles sont admises au rang des femmes.

A la première apparition des marques de la puberté, une fille est conduite à quelque distance de l’endroit qu'habite la horde , dans une hutte construite tout exprès , et elle doit y rester aussi longtemps que dure sou indisposition. En même temps on rassemble pour lui tenir compagnie et la servir toutes les jeunes filles de la horde qui n’ont pas encore atteint cette époque ; elles chantent, dansent, et se nourrissent de la cliair du bétail qu’on a tué exprès pour elles; car le lait leur est interdit pendant tout ce temps-là, ainsi qu’au principal personnage de la fête. Quand le temps de la retraite est passé, la jeune fille se lave et se frotte tout le corps d’ocre rouge et de graisse; après quoi, on lui fait présent de grains de corail, d'anneaux et d’autres ornements de ce genre. • Ces premières cérémonies achevées , elle sort de la hutte en répandant devant elle de la poussière d’ocre. A quelque distance de là se tiennent toutes les femmes et les filles nubiles de la horde : dès

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qu’elle paraît une de celles-ci va à sa rencontre , la prend par la main , et la ramène, en courant à toutes jambes, au milieu de la troupe qui l’attend; on tue une pièce de bétail , et on en prépare un repas auquel toutela horde prend part. •.Après le repas, la jeune fille se rince la bouche avec du lait nouvellement trait; et dès ce moment elle est initiée dans la société des filles nubiles.

Ces filles sont, ainsi que les autres et jusqu’à ce qu'elles se marient , obligées de servir le chef, ou plutôt ses femmes , sans recevoir aucun salaire ; tout ce qu’elles obtiennent alors du premier, c’est une peau de vache pour s’en faire un manteau.

Jusqu’à l’âge de puberté les enfants des deux sexes sont exclus de la table de leurs parents et d’autres personnes d’un âge mûr ; ils prennent leurs repas à part, parce que jusqu’à cette époque ils sont réputés souilles. Les enfants en bas âge couchent dans la même hutte avec leurs parents , ceux d’un âge plus avancé n’y sont pas admis, surtout quand le père et la mere y passent la nuit ensemble.

Maladies, remèdes, durée vraisemblable de la vie des Ca/res. Le Cafre, modéré dans ses appétits, ne vivant que d’aliments simples, menant une vie suffisamment active, satisfaisant sans contrainte ses désirs naturels, ne connaissant pas lès passions qui naissent d’une imagination maladive, ne peut manquer d’être exempt d’une foule de maladies qu’occasionne chez d'autres peuples un genre de vie opposé; aussi les symptômes ordinairesqui annopcentune indisposition de la poitrine ou de l’estomac sont- ils extrêmement rares chez les Cafres. Quant aux maladies de la peau, elles y sont totalement inconnues. Une espèce de fièvre est presque la seule maladie sérieuse connue chez ce peuple; elle y devient même quelquefois épidémique, et cause alors de grands ravages. La petite vérole n’est pas non plus une maladie ordinaire chez eux; ils la connaissent néanmoins , et on rencontre un assez grand nombre de Cafres qui en portent les marques. Cette maladie leur a été vraisemblablement apportée , il y a quelques années , par l’equipage d’un vaisseau naufragé , et doit , suivant leur propre récit , avoir enlevé alors beau-

coup de monde. La démence et la frénésie semblent leur être absolument inconnues ; ils ne connaissent point les maladies vénériennes. Un homme qui apporta une maladie de ce genre de la colonie , où il avait travaillé , fut chassé sur-le-champ par les Cafres. Lichtenstein cite comme une singularité, qu’il n’a jamais vu un homme de cette nation éternuer , bâiller ou tousser ; d'où il conclut qu’ils n’ont ni ennui , ni rhume , ni catarrhe pulmonaire.

Pour la guérison des plaies les Cafres emploient avec succès des feuilles, des racines, etc. «J’en ai vu, dit Alberti, plusieurs qui portaient les marques de coups de feu, dont la guérison eût fait honneur au meilleur chirurgien. Il est problable, néanmoins, que la bonté du tempérament n’y avait pas peu contribué. Ce sont les femmes qui appliquentees remèdes, comme ce sont elles, en général, qui administrent tous les secours relatifs à la guérison des maladies. Quant aux maux intérieurs, ils les attribuent communément à quelque cause surnaturelle , et tâchent de les expulser par des moyens prétendus magiques. »

Dans le traitement des maladies topiques les Cafres ont ordinairement recours à la saignée ; le moyen dont ils se servent pour tirer du sang ressemble assez à nos ventouses, et se pratique de la manière suivante : L’opérateur emploie deux instruments; le premier esl une petit pièce de fer, aplatie et amincie par le bout, et exactement semblable à un bistouri de chirurgien ; l’autre consiste dans la partie supérieure d’une corne de vache, tronquée et percée à l’extrémité. Après qu’on a ouvert la peau avec le bistouri à l’endroit où le malade ressent des douleurs, on y passe la plus large ouverture de la corne ; on la fait tourner, jusqu’à ce qu’elle s’adapte assez bien à la peau pour intercepter le passage de l'air extérieur; on l’assujettit ensuite avec la main, et, en appliquant la bouche à l’ouverture opposée, on tire de l’incision une certaine quantité de sang. Cette opération se réitère autant de fois que le cas l’exige.

La fièvre paraît être la seule maladie intérieure que les Cafres n’attribuent pas à l’influence de la magie, surtout quand

elle devient épidémique. Pour la guérir

ils emploient aussi la saignée, et font prendre à leurs malades des remèdes à l’intérieur. En cas de faiblesse des muscles de la main ou des doigts ils ont coutume de se couper la dernière phalange du petit doigt.

Il n’est guère possible d’assigner précisément le maximum d’âge auquel les Cafres parviennent d’ordinaire , ni de dire s’il y a à cet égard beaucoup de différences parmi eux. Une telle recherche exigerait d’abord des idées de calcul et de combinaison chronologique dont ce peuple manque absolument. La plus grande mesure de temps qu’ils connaissent est le mois . et leur arithmétique tst si bornée, qu’ils ne sauraient addi- Jionner autant ae ces unités qu’il en faudrait pour exprimer même un nombre médiocre d’années. Us ne savent désigner l'âge d’un enfant absent qu’en indi-

?uant la hauteur de sa taille, ce qui se ait communément en posant l'une des deux mains plat à terre , et en élevant l’autre à la hauteur qu’on veut donner à connaître. Une femme indique son âge en disant qu’elle est âgée d’un, de deux , de trois ou d’autant d’enfants u’elle en a mis au monde. On voit comien sont insuffisantes ces manières de désigner un nombre d’années, outre u’elles ne peuvent s’appliquer qu’à l’âge es femmes ou des enfants ; cependant les Cafres n'en ont pas d’autres qui puissent donner une évaluation précise pour une plus longue période. Au reste, a en juger par le simple aspect , il semble que le plus long terme de la vie se borne, pour les Cafres, à cinquante ou soixante ans; il est du moins extrêmement rare de trouver parmi eux des vieillards qui paraissent avoir atteint l’âge de soixantedix ans.

On ne trouve parmi les Cafres aucune trace de peinture ni de dessin, soit comme simple amusement, soit comme un moyen de transmettre l’image et le souvenir des objets. L’écriture, ou l’art de représenter les choses et les idées par des caractères de convention, leur est également inconnue. Le seul moyen qu’ils emploient pour transmettre le souvenir de quelque événement est la tradition orale ; encore ne remontet-elle qu’à des temps peu reculés.

Quant à leur arithmétique , elle se

borne à l'addition. Ils emploient pour cela une méthode très-naturelle ; c’est celle qui parmi les nations civilisées a été 1 origine du calcul décimal , c’està-dire qu’ils comptent sur leurs doigts. Le Cafre opère en appuyant tour à tour sur chaque doigt, et compte ainsi jusqu’à dix; il lève ensuite tous les doigts à la fois , pour indiquer une dizaine d'unités , et recommence à compter par un : mais comme il manque de signes pour indiquer le nombre des dizaines, ce calcul est souvent sujet à erreur. La manière de compter des Cafres est, comme on voit, plutôt faite pour les yeux que pour l’oreille. Au reste, ils font peu d’usage du calcul : il est rare, par exemple, qu’un Cafre soit en état de désigner le nombre de bêtes que contient son troupeau ; mais en revanche, il les connaît si bien à la vue, que s’il man-

ue un seul individu dans un troupeau

e quatre à cinq cents pièces de bétail, il s'en aperçoit sur-le-cnamp.

Cette ignorance du calcul rend, comme nous l’avons déjà dit, la chronologie des Cafres à peu près nulle. Ils sont hors d’état de déterminer, pour le passé comme pour l’avenir, une étendue de temps un peu considérable : toutse borne à l’espace de quelques mois. Us réussissent mieux à indiquer avec précision une heure de la journée : c’est en étendant lebras vers rendroit où le soleil se trouve alorssur l’horizon . Veulent-ils, par exemple, assigner un rendez-vous pour le lendemain à deux heures après midi, ils disent eu montrant la région du ciel où le soleil se trouve à deux heures : « Demain, quand le soleil sera là, nous nous trouverons à tel endroit. » En tout autre cas les Cafres n’ont pour déterminer l’époque d’un événement quelconque d’autre moyen que de le rapporter , quand cela peut se faire, à l’époque d’un événement plus notable.

C’est à cette absence de chronologie qu’on doit surtout attribuer le défaut de renseignements que les Cafres eux-mêmes sont en état de donner sur leur origine et l’histoire de leur nation. Tout ce qu’il serait intéressant de connaître àcet égard, ainsi que sur les émigrations de ce peuplequi, très-vraisemblablement, ont eu lieu dans des temps antérieurs, sur les guerres de leurs ancêtres avec

d’autres peuples, guerres qui ont pu être la cause ou l’effet de grandes émigrations, et en général sur tous les événements capables de répandre quelque jour sur leur histoire, ou du moins propres à faire naître des conjectures, est enseveli pour toujours dans les ténèbres de l’oubli. Ce qu'Alberti a pu recueillir se borne à un conte populaire , et évidemment fabuleux , que nous allons rapporter néanmoins, tel qu’Alberti le tient des Cafres eux-mêmes :

« Dans le pays où le soleil se lève était un antre , d’où sont sortis les premiers Cafres, et en général tous les peuples et les premiers animaux de toutes les espèces. En même temps parurent le soleil et la lune pour éclairer ; les arbres, l’herbe et les autres végétaux, pour la nourriture des hommes et des betes. » Tous les efforts d’Alberti pour acquérir quelques détails sur leur histoire ont été inutiles : elle est ensevelie jusqu’à l’époque de la génération actuelle dans les plus profondes ténèbres, et pour peu qu’on rétrogradé dans les temps antérieurs, on se trouve ramené à la même fable.

Les organes de l’ouïe et de la vue sont très-exercés chez les Cafres, et portés à un degré de perfection étonnant :

ils doivent apparemment l’exercice de ces organes à la chasse , à la guerre et aux alarmes continuelles que donne le voisinage des bêtes féroces. Dans un endroit où la vue ne peut s’étendre au loin, un Cafre, au moindre bruit, indiquera, avec la plus grande exactitude, s’il est causé par un homme qui passe, par un chien ou par quelque autre animal.

De même, par un temps couvert, et dans un éloignement où l’œil d’un Européen ne pourrait rien apercevoir, les Cafres sont en état de découvrir les objets avec la plus grande précision : c’est en quoi ils excellent particulièrement. Alberti n’a vu chez eux aucun exemple de surdité ou de cécité.

Une qualité de l’esprit non moins remarquable que cette perfection dans les organes rst l’attention prompte et soutenue dont les Cafres sont doués en général ; et comme cette qualité se trouve étroitement liée à la mémoire, ils ont celle-ci extraordinairement fidèle et tenace. Le Cafre se rappelle jusqu’aux

moindres circonstances d’un événement peu intérêssant.par lui-même, et qui a eu lieu depuis plusieurs années ; il reconnaît sur le champ une pièce de bétail, un chien, etc., qu’il a vu il y a longtemps : on pourrait en citer des exemples sans nombre.

Religion, sortilèges, souillure morale.

Les Cafres reconnaissent un Être suprême, qu’ils nomment Oulhanga (souverain ), ou Utiko (très-beau ) ; mais ils ne le représentent par aucune image (Lichtenstein ). Ils croient aussi à l’immortalité de l’âme; et cependant ils n’ont aucune idée des peines ou des récompenses dans l’autre vie. En guerre, et dans les grandes occasions , ils invoquent souvent les âmes de leurs parents ou amis décédés , et les appellent à leur aide. Ils nomment ces esprits sckouluga. Ils croient que te tonnerre est lancé par ladivinité;et si quelqu’un est frappé, ils disent que l’Oulnanga est desceudu parmi eux. Dans ces occasions ils changent de place, et sacrifient à Dieu un bœuf ou une génisse. Si un animal du troupeau- est tué par le tonnerre, on l’enterre avec soin. Quelquefois ils font des sacrifices aux rivières dans les temps de sécheresse ; on tue alors un bœuf, et on en jette une partie dans leur lit. Si quoiqu’un est tué accidentellement par un éléphant, on fait aussi un sacrifiée , comme pour conjurer le démon dont l’animal est possédé. Si quelqu'un tue par accident un mahun (espèce de grue que les coions nomment bramvogel), il doit, en expiation, sacrifier un veau ou un jeune bœuf. Les Cafres s’imaginent aussi quelquefois que l’esprit ou le scbouluga réside dans un bœuf particulier, etils cherchent à se le rendre favorable par des prières. lien estdemémede certaines personnes qu’ils croient avoir le pouvoir de favoriser leurs entreprises, ou à l'influence desquelles ils attribuent leurs heureux succès. Ils n’ont ni prêtres ni aucune pratique religieuse.

Quelquefois, à la vérité, ils paraissent attribuer un événement désastreux à l’influence de je ne sais quelle puissance invisible , irritée contre eux ; alors ils tâchent d’apaiser sa colère par des soumissions , ou de la détourner par des marques de respect ; mais il ne paraît pas qu'ils admettent une cause

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universelle , comme il ne paraît pas non plus qu’ils personnifient cette puissance obscure, ni qu’ils se la représentent comme une substance corporelle ou spirituelle. Quelquefois, par exemple, ils regardent une maladie comme la suite d’une offense faite à une rivière dans laquelle la horde a coutume d'aller puiser ac l’eau ; dans ce cas, ils s'imaginent pouvoir apaiser la rivière en y jetant les entrailles d’une béte de leur troupeau ou une certaine quantité de millet. Lorsqu’après bien des peines ils sont parvenus à tuer un éléphant, ils s’empressent de s’excuser auprès du cadavre, en alléguant que sa mort n'a pas été préméditée, mais qu’elle est reflet d’un accident; ils enterrent ensuite sa trompe avec soin , pour lui ôter le pouvoir imaginaire de leur nuire et de venger sa mort, pouvoir que lesCafres expriment en disant: « L’éléphant est un seigneur puissant , sa trompe est son bras. » Pour attester la vérité ils emploient un serment, dans lequel ils invoquent le nom d’un de leurs chefs, mort ou vivant.

Les Cafres croient généralement aux sortilèges. Us en admettent de deux espèces , les uns favorables , les autres nuisibles , et s’imaginent que les premiers put le pouvoir d’anéantir l’influence des autres. Ordinairement ce sont des femmes âgées qui prétendent exercer la magie bénigne, et qui font tourner cette fraude pieuse à leur profit. Quand une maladie est causée par quelques sortilèges, on appelle la bonne magicienne; elle applique sur le ventre du malade, regardé comme le siège de toutes les maladies intérieures, un certain nombre de boules faites de bouse , les remue et les retourne à plusieurs reprises en accompagnant ce manège de grimaces et de contorsions , et finit par désigner une tortue , un serpent ou quelque autre animal , comme la cause de la maladie, en assurant que cet animal a été envoyé contre le malade par un sortilège. Avant d’entreprendre la guérison du malade, la magicienne a soin de se faire payer sa cure; et c’est en général l’usage parmi les Catres d'exiger d’avance son salaire pour les services que l’on rend. Dans le cas de sortilège, l’honoraire consiste en une pièce de bétail. Si

le désenchantement n’opère pas , et que le malade vienne à mourir-, la magicienne se tire ordinairement d’affaire eu disant que le terme de la vie était arrivé, et qu’il serait mort à la même époque, quand même il n'aurait nas été ensorcelé; quelquefois aussi elle s’excuse en disant quele mauvais sorcier l’asurpassé en adresse; mais, dans l’un comme dans l’autre cas, elle est tenue de restituer le salaire qu’elle avait reçu , sans qu’il en résulte neanmoins le moindre détriment pour sa renommée. Cependant, on ne se contente pas d’avoir découvert et éloigné l'objet dont le mauvais sorcier s’est servi pour causer la maladie; maison veut le découvrir luimême et le voir punir. Dans cette vue , la horde entière se rassemble, et la magicienne se rend seule dans une hutte, où elle fait semblant de dormir , pour voir les sorciers en songe. Ce sommeil dure une heure , et pendant ee temps la borde entière chante, danse et bat des mains. Après celte première cérémonie, les hommes se détachent de la troupe, s’avancent jusque devant la hutte où se tient la magicienne, et l’invitent à eu sortir. Elle refuse d'abord ; mais après qu’on lui a fait présent de quelques sagaies , elle se peint de blanc le contour de l’œil, le bras et la jambe gauche, et de noir les mêmes parties du côté droit ; elle se passe ensuite une espèce de tablier autour des hanches, et paraît sans autre vêtement, à l’entrée de la hutte, tenant les sagaies qu’elle a reçues. Aussitôt ou la couvre de manteaux , la troupe assemblée se presse autour d’elle , et on la sollicite de nommer le sorcier.

Pendant quelque temps elle fait semblant d'éluder cette demande en alléguant son peu d'habileté dans l'art de deviner; mais enfin elle se dépouille des manteaux dontelle était affublée, court à travers la foule assemblée en décochant des sagaies pour s’ouvrir un passage, et frappe, en courant, l’un ou l'autre du bois d’une de ces sagaies; celui que le coup atteint est reconnu pour le sorcier auteur du mal. Aussitôt il est saisi ; mais avant de procéder au jugement de. l’accusé on exige de la magicienne qu’elle indique le lieu où il a déposé les matières dont il fait usage pour ses sortilèges. Alors elle se rend , accompagnée de la troupe, dans un

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endroit où elle déterre un erâne, un morceau de chair, qu’elle dit être de la chair humaine, ou quelque autre chose de ce genre ; après quoi le délit est regardé comme incontestablement prouvé, et l’accusé tenu pour convaincu. Là-dessus le chef de la horde délibère avec ses officiers sur le châtiment qu’il convient d'infliger au coupable. Le supplice le plus ordinaire consiste, après qu'on a couché le malfaiteur sur le dos, et qu’on lui a lié les bras et les jambes à des piquets enfoncés dans la terre, à lui secouer sur les yeux , sous les aisselles , sur les côtés et sur le bas- ventre, de grosses fourmis noires , rassemblées en grande quantité dans un sac; les fourmis s'attachent à ces parties , qu’on a préalablement humectées d’eau, et leur piqûre fait enfler tout le corps , et cause des douleurs insupportables. Un autre genre de supplice consiste à mettre sur la poitrine et sur le ventre du coupable des pierres qu’on a fait rougir au feu. Ces deux genres de châtiment sont ordinairement suivis de mort; si lesupplicié ne succombe pas il est banni de la horde. Quelquefois l’accusé est condamné directement au dernier supplice ; dans ce cas on l’assomme à coups de massue. Quel que soit, au reste, le châtiment qu’on inflige à celui qui est condamné pour cause a’ensorceliement, on met toujours le feu à sa cabane, et son bétail, avec tout ce qui lui appartenait , est confisqué au profit du chef de la horde , qui en distribue une partie à ses officiers ; aussi n’est-il pas rare qu’un particulier possesseur d’un nombreux troupeau soit injustement accusé de sorcellerie, et condamné, à l’instigation du chef ou de ses employés. Souvent la magicienne se contente du salaire qu’elle a reçu pour la guérison du malade , sans indiquer le prétendu sorcier; il suffit, pour cela, qu'elle s’en tienne à l’assertion que celui-ci la surpasse en sagacité et se tient caché pour elle. Il arrive aussi quelquefois que celui ui a eu le malheur d’être accusé tâche e se disculper, en alléguant que le véritable auteur du sortilège a su le rendre suspect par son art pour éviter lui- même d’êtredécouvert.Si la magicienne se rend à cet argument, l’accusé est déclaré innocent.

Un autre objet important qui parmi

les Cafres est du ressort de la magie, c’est la pluie. Dans le cas d’une longue sécheresse on a recours à des sorciers; c’est quelquefois un Cafre, mais plus souvent un Hottentot, qui se charge de faire tomber la pluie : on lui paye pour cela, d'avance, plusieurs pièces de bétail. On commence par tuer un boeuf ou une vache; le prétendu magicien trempe une baguette dans le sang de la victime, et en arrose la foule; il se promène ensuite au milieu de l’assemblée , ou il se retire seul dans une hutte en chantant, tandis que la horde réunie danse et chante aussi. On attend sans murmurer l’effet du sortilège jusques environ un mois après la prédiction; mais si passé ce terme elle ne s’est pas accomplie, on va à la recherche du magicien, qui d’ordinaire a eu la précaution de s'évader avec le salaire de sa friponnerie. S’il a le malheur de tomber entre les mains de ceux qui le poursuivent il est assommé sans miséricorde.

Ces sorciers ont en quelque sorte une autorité sacerdotale; les missionnaires passent inévitablement pour des sorciers étrangers. Au rapport de Lichtenstein, Van-der-Kemp fut très-embarrassé un jour que la mere de Gaïka lui ordonna de faire venir de la pluie , sous peine d'être traité en ennemi ; heureusement la pluie vint à tomber; mais dans d’autres occasions il ne fut pas si heureux, et c’est là ce qui détermina ce missionnaire à quitter la Cafrerie. I.e roi Gaïka pensa à cet égard plus raisonnablement que ses sujets; mais il conseilla lui-même à Van-der-Kemp d’éviter leur ressentiment.

Les Cafres ont, comme les anciens Israélites, l’idée d’une souillure morale, qu’on encourt dans certains cas. La personne ainsi souillée est exclue , pour un temps déterminé , du commerce des autres , et il y a des règles prescrites à observer pour sa purification. D’abord il ne lui est pas permis de se laver ou de se peindre le corps pendant tout le temps de sa souillure ; on lui interdit de même l’usage du lait, et tout commerce avec l’autre sexe ; après que le temps de la souillure est écoulé, elle se purifie en se lavant de nouveau , en se peignant la peau, et en se rinçant la bouche avec du lait. Tous les enfants sont considérés comme

souillés jusqu’à l’âge de la puberté. On regarde de même les femmes comme souillées pendant leur indisposition périodique ; les nouvelles accouchées , jus-

?ues un mois après leurs couches ; toute emme qui a eu commerce avec un homme , jusqu’à ce qu’elle se soit lavée. La souillure a lieu, pendant la moitié d’un mois lunaire, pour le mari dont la femme est morte , et pendant un mois entier pour la femme devenue veuve. La mère dont l’enfant vient à mourir est souillée pendant deux jours; et en général quiconque s’est trouvé dans le voisinage d'une personne au moment où elle a rendu le dernier soupir est censé souillé, quoique dans ce dernier cas la souillure ne dure que jusqu’à ce qu’on se soit lavé. Par la même raison , tous les hommes sont réputés souillés au retour d’une bataille, et doivent se laver avant de rentrer dans leurs cabanes. Si pendant un orage la foudre vient à tomber dans l’enceinte où habite une horde, la horde entière est souillée; on abandonne ce lieu, on se purifie en immolant quelques pièces de bétail , et dans l’intervalle tout commerce est interrompu entre la horde souillée et les autres hordes.

Occupations domestiques; agriculture. Les Cafres observent l’ordre et la régularité dans leur ménage. Dans chaque maison les travaux sont régulièrement partagés entre les membres de la famille, et surveillés par le père, qui en est le chef. L’habitation de chaque famille consiste en une cabane de forme circulaire, ayant envirou trois mètres de diamètre. Les huttes n’ont pas assez d’élévation pour qu’on puisse s’y tenir debout ; l’entrée a environ un mètre et demi de haut, et la porte est faite de joncs entrelacés Pour construire une telle cabane on commence par ficher en terre , autour de l’emplacement qu’on veut lui donner, des pieux minces d’un bois souple; on les courbe les uns vers les autres , et on les réunit par le sommet, ce qui compose une carcasse de forme conique , qu’on recouvre ensuite de joncs et qu’on enduit , en dedans et en dehors, d’un mortier composé de terre glaise et de boue. A une plus grande distance des limites de la colonie , où les hordes cafres sont moins sujettes à quitter ou à changer leurs de-

meures, ces habitations sont doubles; c’est-à-dire qu’on construit deux huttes vis-à-vis l’une de l’autre, et qu’on en clôt l’intervalle qui les sépare; cet enclos tient lieu de chambre à coucher pour les enfants, et de magasin pour les ustensiles du ménage. La construction de la hutte, les travaux du ménage et de la cuisine, la confection des corbeilles à lait et toutes les occupations de ce genre sont, dans chaque maison , l'ouvrage de la mère et de ses filles.

Les Cafres subsistent principalement du produit de leur bétail. Pour qu’une famille soit a son aise, il faut qu'elle possède un nombre suffisant de bestiaux. C’est au père et à ses fils qu’est exclusivement confié le soin du troupeau. Le bétail tient lieu de tout au Cafre ; il est , pour ainsi dire, l’unique objet de ses pensées et de ses affections. Aussi le Caire fait-il consister son bonheur dans la possession de son troupeau; c'est lui qui le matin le conduit au pâturage, et ui le soir le ramène auprès de sa hutte, ans un enclos formé d’épines entrelacées ; il trait lui-méme ses vaches , et se charge , en un mot , de tout ce qui a rapport a l’entretien de son bétail. Les cornes des boeufs qu’il chérit le plus sont diversement façonnées. A cet effet, il les chauffe avec un fer rouge jusqu'à ce que la chaleur les ait amollies assez pour se prêter à la direction qu’ils veulent leur donner.

Parmi leurs bêtes à cornes, Barrow en remarqua une espèce différente de toutes celles qu'il avait encore vues dans la colonie. « Les individus avaient, dit-il, les jambes et le cou courts; leur couleur était généralement noire et blanche; leurs cornes avaient tout au plus huit pouces, courbées intérieurement, presque partout de la même grosseur, à la pointe comme à la base, et l’extrémité dirigée vers les oreilles. Les cornes ne sont point attachées au crâne ; elles ne tiennent qu’à la peau , et sont si peu fermes , qu’on les tourne dans toutes les directions; c’est au point que lorsqu’elles ont acquis leur plus grande dimension, elles retombent sur la face de l'animal , qu’elles frappent lorsqu’il marçhe. On regarde ces boeufs comme excellents pour la charge et pour la course; cette variété n'a point la bosse que l'on dit

être un des caractères de la race à cornes lâches d’Abyssinie. »

Le chien le mieux dressé n’obéit pas plus ponctuellement à son maître, que les bêtes à cornes n’obéissent chez les Cafres à la voix de leur conducteur. Un coup de sifflet arrête tout à coup un nombreux troupeau de boeufs; un autre coup de sifflet suffit pour le remettre en mouvement ; tantôt il se rassemble autour du berger, tantôt il le suit à la file et en tous sens , quelque direction que celui-ci donne à sa marche. Les Cafres élèvent beaucoup de chiens , tant pour la chasse que pour la garde de leurs troupeaux. Ces animaux sont, en général , mal entretenus et très-laids. Dans les hameaux plus éloignés de la colonie, on nourrit des poules, parfaitement semblables pour la forme à celles d’Europe , mais beaucoup plus petites ; elles ont , ainsi que les coqs , la tête unie et sans crête , comme les perdrix.

Outre le bétail , l’agriculture fournit aussi aux Cafres une partie de leur subsistance; mais ils s’en occupent avec moins de soin. Ce sont les femmes qui sont chargées de ce qui concerne la culture des terres : les nommes forment , avec des amas d’épines , un enclos de forme irrégulière, et tel que le permettent les arbres , les buissons et les bancs de rochers; c’est à quoi se borne toute leur besogne. Les plantes cultivées particulièrement en Cafrerie sont une espèce de millet ( llolcus Ca/rorum ) , le maïs, les melons d’eau et le tabac ; on a aussi vu des champs de pommes de terre, mais épars et en petit nombre. L’espèce de millet que récoltent les Cafres et leurs melons d’eau (différents des autres espèces par leur goût amer ) ne sont point cultivés dans la colonie; d’où l’on peut conclure que ce n'est pas des Européens qu’ils ont reçu ces productions. On ne peut douter d’ailleurs que les Cafres ne se soient occupés d’agriculture longtemps avant l’établissement des Européens au cap de Bonne- Espérance.

Pour labourer leurs terres les femmes s’y prennent d’une manière différente do la nôtre. Elles commencent par semer, et remuent ensuite le sol avec une bêche de forme particulière : c’est un instrument de bois d’une seule pièce,

aplati aux deux extrémités, etcylindrlque dans le milieu, ressemblant à un aviron à deux pattes; le milieu , qui sert de manche , a environ deux pouces de diamètre; les extrémités aplaties ont à peu près quatre pouces de large et dix pouces de long. Quand l’un des bouts est émoussé, a force de s’en servir, on renverse l’instrument, et on bêche la terre avec l’autre bout ; cette coutume de ne remuer la terre qu’après l’avoir ensemencée vient peut-être de ce qu’on n’a pas d’abord connu l’usage de la herse ou de quelque instrument de ce genre.

Mais elle a un avantage dans ce pays où l’ardeur du soleil ferait souvent périr les jeunes plantes au sortir de la terre; les mauvaises herbes arrachées par le labour recouvrent la semence, et on les laisse sur le sol , jusqu’à ce que les germes aient acquis assez de force pour résister à ia chaleur. On enlève ensuite ces mauvaises herbes desséchées, et on sarcle de temps en temps le champ, pour détruire celles qui poussent de nouveau. Quand le millet est mûri , on en coupe les épis avec des sagaies , et on en fait un tas, que l’on recouvre d’herbe sèche et de broussailles. Quelque temps après on bat ces épis avec des baguettes; et au lieu de vanner le grain on le jette en l’air avec les mains pour en séparer la balle. Pour conserver le millet on creuse dans l’enclos des vacltes un trou circulaire, donnant au foud plus d’étendue qu’à l’embouchure , et ou en durcit les parois en y tenant du feu allumé pendant quelque temps. On y dépose ensuite le millet; on bouche l’orifice du trou , d’abord ayec de l’herbe sèche, puis avec une large pierre plate; enfin, on recouvre le tout avec du fumier, pour empêciier l'air extérieur de pénétrer dans ce magasin. Quant au maïs et aux plantes de tabao, on les suspend dans la hutte après la récolte, pour les sécher et les conserver. On sème ordinairement vers le milieu d’août, et la moisson est finie en novembre, ils déterminent l’époque des travaux par la position des pléiades et d’autres constellations. Si la saison est favorable le maïs est mûr en janvier et le millet vers le milieu d'avril.

Conditions et moeurs des femmes chez les Cafres. Dans les occasions pu*

bliques les femmes se tiennent , en général, entièrement séparées des hommes et rassemblées dans un endroit particulier, à quelque distance, du lieu où se traitent les affaires. Dans l’intérieur du ménage, au contraire, la femme exerce une influence et une autorité manifeste : par exemple, elle participe au droit d'aliénation de tout ce qui est possédé en commun par elle et son mari; et il arrive souvent, en pareil cas, que son avis décide; le mari ne troque pas la moindre bagatelle sans s’étre assuré du consentement de sa femme. Les femmes cafres sont parfaitement en sûreté contre tout acte de violence. Lorsque l’une d’elles se trouve engagée dans une contestation , son mari ne s’en mêle ordinairement pas tant que la dispute se borne à des paroles; mais il prend sa défense aussitôt qu’on en vient contre elle à des voies de fait. En temps de guerre, ' lorsqu’on veut entrer en négociation avec l’ennemi, et qu’on craint pour la vie des ambassadeurs , on députe des femmes pour transmettre à la horde ennemie les propositions d’accommodement, bien persuadé qu’on ne leur fera aucun mal, et surtout qu’on n’attentera pas à leur vie.

Le sentiment de la pudeur se montre chez les femmes cafres, surtout dans le soin tout particulier qu’elles prennent de se couvrir et la retenue qu’elles observent en toute occasion. Quand une (,’afre veut prendre son enfant sur son dos , et qu’elle est par conséquent obligée d’ouvrir son manteau pour l’envelopper, elle le fait avec une adresse admirable, qui Délaissé rien apercevoir de ce que la pudeur ordonne de cacher.

« Toutes les fois que j’ai vu, dit Alberti, des femmes traverser une rivière à gué, j’ai admiré le soin qu’elles prenaient pour tenir leurs manteaux secs, sans irop se découvrir ; dans la nécessité du choix , elles préféraient constamment l’inconvénient d’un manteau mouillé. »

Il arrive même très-rarement qu’une femme se découvre la tête en présence d’un étranger; et se trouve-t-elle obligée de le faire pour rétablir quelque désordre survenu à sa coiffure, elle s’en acquitte toujours avec la plus grande célérité. Barrow prétend qu’une jeune fille cafre à qui l’on demande si elle est ma-

riée ne se contenté pas de répondre que non, mais qu’elle ouvre aussitôt son manteau pour montrer sa gorge, et qu’il lui arrive souvent de mettre en même temps d’autres appas à découvert. « Je n’ai trouvé nulle part, reprend Alberti, cette assertion fondée ; au contraire, je puis assurer que c’est une calomnie manifeste contre, la pudeur des femmes ca fres. Si M. Barrow avait voulu nous faire part des circonstances particulières dans lesquelles son observation a été faite, il se trouverait peut-être qu'une Européenne aurait fait tout aussi peu de scrupule de se montrer à ses yeux , sans même avoir voulu prouver par-là qu’elle était encore fille. Ce genre de preuve a plutôt lieu parmi les Hottentotes; peut-être est-il aussi connudequelques femmes cafres qui fréquentent la société de ces dernières; maison aurait tort de le regarder comme un usage qui leur soit ordinaire. • Quelque scrupuleuses néanmoins que soient les femmes cafres a observer les règles extérieures de la pudeur, il s’en faut de beaucoup qu’elles soient sourdes aux agaceries des nommes, sans cependant pousser l’impudeur jusqu'à faire les premières avances. En général , les Cafres ont sur le commerce entre les deux sexes hors de l’état de mariage des idées toutes différentes des nôtres. Les femmes mariées sont astreintes à la fidélité conjugale; l’adultère de la part d’une femme est considéré comme un crime et puni comme tel, quoique le châtiment tombe en grande partie sur son complice; cependant le mari offensé se laisse apaiser au moyen d’une certaine rétribution.

Une personne libre, fille ou veuve, n’est pas deshonorée pour avoir eu un commerce de galanterie avec un homme, pas même lorsqu’il y en a des preuves naturel les et évidentes ; et un accident de cette nature ne l’empêche pas de trouver un autre mari. Tout voyageur qui sans avoir sa femme avec lui s’arrête quelque temps chez une horde étrangère, est sûr d’y trouver quelque personne non mariée à sa disposition; c’est même un devoir de l’hospitalité parmi ces peuples, de prévenir, en pareil cas, les désirs de l’etranger. Les faveurs d’une telle personne se payent au moyen d’un présent modique; mais si ce commerce in-

L’UNIVERS

time a des suites, celui qui en a été favorisé est obligé d’épouser, à moins

qu’il ne s’arrange avec les parents ou les proches de la femme qui a été mise à sa disposition.

Mariage chez les Cafres. Le tendre sentiment de l’amour et cette chaste union des coeurs qui naît de la sympathie et de l'estime mutuelle sont inconnus aux Cafres; l’instinct qui porte l’homme à la reproduction de son espèce et le besoin de secours mutuels dans les soins et les travaux domestiques paraissent être les seuls motifs qui engagent deux jeunes gens à s’unir; après le mariage, l'habitude de vivre ensemble et l’intérêt commun consolident et maintiennent cette union.

A cela près, le beau sexe est, en quelque sorte , un objet de trafic : le jeune homme qui choisit unelille pour en faire son épouse doit en payer l’acquisition à ses parents; il s’arrange avec eux sur le prix, qui consiste en quelques vaches, et le marché se conclut, sans qu’il soit nécessaire d’obtenir le consentement de la jeune fille, qui dans ce cas est absolument passive et dépend uniquement de la volonté de ses parents. Cependant il arrive souvent que le jeune homme tâche de gagner l’atfection de sa maîtresse avant de s’adresser à ses parents. S’il parvient à toucher le cœur de sa belle, elle ne le fait point languir, et il en obtient sur-le-champ les dernières faveurs ; cependant, comme le consentement de la fille n’est pas absolument requis pour qu’il parvienne à sou but, et qu’d lui suffit pour obtenir sa main du consentement de ses parents , il met ordinairement peu d’empressement dans scs amours; et s’il essuie un refus de sa maîtresse, son âme n’en est pas troublée le moins du monde ; il est ordinairement beaucoup plus occupé d’obtenir sa femme à bon marché, que de gagner son cœur.

Lorsqu’un Cafre a choisi une épouse il s’adresse aux parents de celle-ci, soit qu’il ait réussi, ou non, dans les démarches qu’il a faitesaupres d’elle-même. Les trouve-t-il disposés à lui accorder sa demande, il leuramèned'abord quelques pièces de bétail. Lui témoigne-t-on que le présent n’est pas assez considérable , il en amène d’autres, jusqu'à ce qu’on soit convenu du prix de part et d’autre,

et que le nombre suffisant de vaches ait été délivré. Comme ohacun de son côté marchande autant qu’il est possible, ces négociations se prolongent nécessairement plusieurs jours. Le nombre des vaches que comporte un tel marché ne va pas ordinairement au delà de dix; cependant on a égard à l’état du prétendu, et l’on exige de lui plus ou moins de bestiaux, suivant ses moyens. Au bout de quelques jours , les parents , les prochesde la fiancée, et la fiancée elle-mcuie, accompagnée de ses jeunes amies, se rendentau hameau habité par le futur, où se trouvent rassemblés en même temps le chef de la horde avec sa suite, la famille du jeune homme, et tout le voisinage. Là la fiancée est obligée de subir, dans un lieu écarté, en présence de tous les parents de son futur époux, un examen rigoureux de toutes les parties de son corps; on tue ensuite une quantité de bétail proportionnée au nombre des assistants; on s’en régale, on chante, on danse, et l’on passe de cette manière quatre jours dans l’allégresse. Au quatrième jour, les compagnes de l’épousée lui peinent tout le corps d’ocre rouge ; deux 'entre elles, qui sont assises à ses côtés, la dépouillent de tous ses vêtements , à l’exception d’un tablier qui enveloppe les hanches , et lui font faire en cet état le tour de l’assemblée, pour convaincre les assitants qu’elle n'a aucun défaut de conformation; enfin on la conduit devant le chef, qui sur ces entrefaites est allé prendre place avec sa suite dans l'enclus des vaches. Après avoir témoigné à l’épousée sa satisfaction il l’avertit - qu’elle devra dorénavant soigner avec zèle et activité le ménage de son époux ; il l’exhorte particulièrement à s’appliquer à la culture de la terre et en général à se conduire comme il convient à une honnête femme de ménage, afin qu’on n’ait pas à se plaindre d’elle. ■> Après cette exhortation, la fiancée remercie le chef de ses sages avis, et va rejoindre la compagnie. Alors l’époux comparaît en présence du chef, qui lui adresse le discours suivant : « Maintenant que tu quittes la cabane de ton père pour te mettre à la tête de ta propre maison, gouverne-la eu homme; comporte-toi de manière que non-seulement la viande et le lait ne manquent point pour la nourriture de

ta femme et de tes enfants, mais que tu puisses aussi recevoir convenablement le chef ainsi que tout autre hôte qui se résenterait chez toi, et que tu sois en tat de payer au chef la taxe qui lui est due. » Pour terminer la noce, les hommes qui se trouvent présents offrent à l’épousée une corbeille remplie de lait, en lui disant qu'il provient des vaches' appartenants la famille de son époux :deuis lejour de ses fiançailles j usqu’à cette eureil ne lui avait pas été permis d’en goûter. L’épousée prend la corbeille et la porte à sa bouche, tandis que toute l’assemblée fait éclater sa joie par des sauts et des gestes, en répétant : « Elle boit le lait! » Cette cérémonie est regardée comme le sceau de l’alliance entre la fiancée et la famille de son époux. Après les noces, quelques-unes des proches de la nouvellemariée restent quelque temps avec elle, pour l’aider à se construire une hutte et à monter son ménage.

Lorsque l’amant n'a pu gagner l’affection de sa maîtresse, et qu’il est néanmoins parvenu à obtenir le consentement de ses parents, il arrive quelquefois que la jeune fille témoigne son aversion pour lui, en chassant du parc le bétail qu’il leur a amené. Cependant, cette mesure ne lui sert à rien lorsque ses parents se trouvent intéressés à conclure le marché ; et si elle s’obstine à refuser sa main, elle doit s’attendre à y être contrainte même par un châtiment corporel. Il arrive aussi quelquefois que les parents d’une fille à marier ont pour elle des vues particulières sur quelque jeune homme de la horde, et la lui offrent eux-mêmes en mariage. Quand cela a lieu, la jeune fille qu’on veut marier se rend , avec quelques-unes de ses jeunes compagnes , au lieu qu'habite celui qu’on veut lui faire épouser; c’est l’usage de n’y arriver qu’à la brune. Là, les jeunes filles s’asseyent à côté de la hutte où logent les parents du jeune homme qu’on a en vue , et se mettent à tousser. Alors quelqu’un sort de la hutte et demande : •< Qui va là? » On lui répond que «ce sont des étrangers qui viennent d'une contrée lointaine ; » c'est la formuleordinaire par laquelle on s’annonce en pareil cas, après avoir prévenu d'avance ceux à qui l'on rend cette visite. Aussitôt on indique aux pèlerines une hutte vide, pour leur

servir de logement, et on leur fournit du bois et du feu ; mais elles sont obligées d’apporter avec elles les choses nécessaires à leur subsistance , pour ne pas faire naître quelque soupçon d’indigence qui nuirait a leur projet. Le lendemain les parents du jeune homme se rassemblent et procèdent, comme nous l’avons indiqué plus haut, à l’examen de la jeune fille qu’on veut introduire dans leur famille. Ils font ensuite leur rapport à toute la parenté, et l’on demande au jeune homme s’il éprouve de l’inclination pour la personne qu’on vient lui offrir en mariage, en lui rappelant qu’il doit surtout prendre garde que sa future soit assez forte pour pouvoir s’acquitter des travaux du ménage.

Ordinairement cette question est suivie d'une réponse affirmative de la part du jeune homme, en se réservant néanmoins le droit de faire connaissance de plus près avec celle qu’on lui présente. Ce dernier article s’exécute dès la nuit suivante : les compagnes de la jeune fille la lui amènent, et la laissent seule avec lui. Si cette première entrevue s’est passée au gré du jeune homme , on entre en négociation sur le prix à payer aux parents de la fille, enez qui celle-ci retourne en attendant la conclusion du marché; dès qu’on est d’accord sur ce point, la célébration des noces a lieu, comme nous venons de le décrire. Si le père d’une fille à marier est mort, son fils aîné le représente en cette occasion ; c’est lui qui reçoit le nombre de bestiaux déterminé par le contrat de mariage ; et s’il a d’autres frères , il leur en cede une partie. Si une veuve vient à se remarier, c’est un nouveau gain pour sa famille ; quoiqu’on ne la paye pas aussi cher qu’une jeune fille. En général on pratique moins de cérémonies et l’on fait moins de régal à l’occasion de secondes noces que pour la célébration d’un premier mariage; on y observe néanmoins l’essentiel, qui consiste, pour la mariée , à scéler l’alliance en buvant du lait trait des vaches de la famille dans laquelle elle va être admise.

Jusqu’à ce qu’une femme ait mis son premier enfant au monde , ses parents ne font point usage du lait des vaches qu’ils ont reçues pour sa dot ; mais après ses premières couches, ils font, à leur

tour, présent d’une pièce de bétail aux parents de leur gendre, et celui-ci distribue des présents de moindre valeur aux frères et aux sœurs de sa femme.

En général les familles unies par des mariages ne laissent passer aucune occasion de se donner mutuellement des marques d’affection, et de se témoigner combien elles se trouvent heureuses des liens qui les unissent. Si une femme vient à mourir sans laisser d’enfants, ses parents sont obligés de restituer au mari le bétail qu’ils en ont reçu. Mais il y a peu d’exemples d’une stérilité absolue.

Jamais un oncle n’épouse sa nièce , ni une tante son neveu ; le mariage n’a pas lieu non plus entre cousins germains :

les personnes apparentées à un degré si proche ne se permettent pas même un commerce secret entre elles, fussentelles assurées que les suites en resteront cachées. Cette réserve des Cafres sur le mariage semble plutôt commandée par l'opinion , que prescrite par une loi expresse. Dès que le mariage aété confirmé par le chefde la horde, il n'est plus permis au beau-père et à sa bru de se trouver ensemble, si ce n’est en présence d’autres personnes; s’ils se rencontrent par hasard, la bru est obligée de prendre la fuite, il ne lui est pas même permis de se découvrir la tête en présence de son beau-père. La même chose a lieu entre le gendre et sa belle-mère ; on peut juger par-là combien l’inceste est en horreur à cette nation. Pendant la durée de son indisposition périodique une femme vit séparée de son mari ; au lieu de partager sa couche, comme à l’ordinaire, elle dort sur une natte à part. Quand une femme est accouchée son mari la quitte

nr un mois entier ; durant cet intervalle abstient’du lait de quelques-unes de ses vaches , exclusivement destinées à l’usage de l’accouchée; ils ne boivent ni ne mangent dans la même vaisselle.

Le mois écoulé, le mari revient habiter la hutte de sa femme , et partage de nouveau ses repas avec elle; niais il ne prend pas encore de lait dans la même corbeille ou dans la même outre : cela n’a lieu qu’après que l’enfant est naturellement sevré. Jusqu’à cette époque le mari et la femme couchent séparément ; mais il est libre au premier d'aller chercher compagnie ailleurs , sans que son

épouse ait le droit de lui en faire le moindre reproche.

I,a polygamie est en usage chez les Cafres. On peut la regarder comme une suite de la continence que se prescrivent les femmes et à laquelle leurs maris ne sont pas assujettis. Cette circonstance rend la possession légale de plusieurs femmes à la fois moins nuisible à la société. Le nombre d’épouses permis à un Cafre n’est pas déterminé par la loi; il peut en prendre autant que bon lui semble, ou plutôt autant que ses moyens lui permettent d’en nourrir.

Un homme d’une fortune bornée est réduit à se contenter d’une seule femme; ceux qui sont plus à leur aise en prennent aeux , rarement davantage ; il n’y a que les chefs à qui leur opulence permette d’en entretenir un plus grand nombre, et il s’en trouve parmi eux qui ont jusqu’à sept ou huit femmes. I.a pluralité des femmes, chez les Cafres, ne nuit aucunement à la paix du ménage. Ordinairement deux épouses habitent la même hutte avec leur mari commun ; elles s’acquittent, avec un égal intérêt, des travaux qui leur sont imposés, et s’entr’aident comme des sœurs dans leurs maladies , ainsi que dans toute autre occasion. Lorsqu’une des deux épouses vient à mourir, l’autre se charge du soin d’élever ses enfants. Le péri* , de son côté , ne met jamais de différence entre les enfants nés de ses différentes femmes. S’il arrive cependant que deux femmes ne puissent vivre en bonne intelligence, la plus jeune est obligée de céder; alors elle abandonne la hutte commune, et va s’en construire une à part. En général, celle des femmes qui a vécu le plus longtemps avec le mari commun jouit de certains privilèges, dont lui-même n’a pas le droit de la priver pour favoriser uneépouse moins ancienne. Les femmes cafres sont en général très-fécondes; cependanton trouve le plus d’enfants chez celles qui ne partagent pas la possession de leur mari avec une autre. Ces dernières mettent au monde jusqu’à huit et dix enfants, tandis que celles dont les maris ont plusieurs femmes , et qui vivent par conséquent dans une plus grande continence, en ont beaucoup moins. Fin général, la polygamie chez les Cafres ne

favorise pas la population autant qu'on pourrait le croire. La séparation entre époux a rarement lieu, le divorce encore moins. Si une femme s’enfuit de chez son mari , le chef de la horde emploie son autorité pour la faire rentrer dans le devoir; le mari n’a pas non plus le droit de quitter arbitrairementsa femme.

Il paraît , au reste , qu’on a rarement besoin de recourir à l’intervention du chef pour maintenir l’inviolabilité des mariages. L’adultère, suivant l’opinion des Cafrea, ne peut être commis que par la femme ; le mari n’est pas obligé à la fidélité conjugale. Ils ont coutume de dire ; « L’homme est fait pour toutes les femmes; la femme, au contraire, n’est faite que pour son époux. » Conformément à ce principe, on sévit contre la femme infidèle, quoiqu’on la regarde comme moins coupable que son complice, et que le châtiment , par conséquent, retombe principalement sur celui-ci. Si un homme surprend sa femme en flagrant délit, il lui est permis de tuer sur-le-champ son rival ; mais un mari offensé a rarement recours à cette vengeance ; il trouve mieux son compte à se plaindre au chef de la horde , qui condamne le coupable à payer une amende de quelques vaches , dont la moitié retourne au profit du plaignant. Dans le cas où un mari découvre l’infidélité de sa femme au moyen d’une grossesse survenue à son insu , elle est obligée de nommer son complice au chef de la horde; et en cas de refus opiniâtre elie est condamnée elle-même a une peine corporelle. En pareille circonstance, c’est-à-dire quandle commerce illégitime a des suites, l’offenseur est puni plus sévèrement, quoique toujours du même genre de punition, et alors aussi la moitié de l’amende retourne au profit de l’époux offensé. A cela près, la femme adultère a peu de chose à craindre : on la considère comme une victime des ruses ou de la violence d’un séducteur, et on lui pardonne sa faute; le mari même n'en prend aucune vengeance, et, après avoir reçu sa part de la réparation imposée à son rival, il finit par adopter le fruit de l’adultère.

Penchant pour la chasse, et manière de chasser. Tous les Cafres aiment passionnément la chasse , et y

vont par troupes nombreuses. Une horde entière, souvent même plusieurs hordes à la fois quittent leurs hameaux, emmenant un nombre suffisant de vaches à lait, et se rendent, sous la conduite de leurs chefs , dans un endroit qui leur promet une chasse abondante. Quelques femmes même font partie de ces caravanes; mais la plupart restent dans les hameaux, avec tes enfants, les vieillards et le reste du bétail. Ces parties dechasse durent quelquefois deux ou trois mois.

Superstitieux en tout, les Cafres ont introduit une pratique bizarre jusque dans la guerre qu’ils font aux animaux. Avant rouverture de la chasse , l’un d’eux prend une poignée d’herbe, qu’il tient devant sa bouche, figurant ainsi une bête fauve ; la troupe entière le poursuit en poussant de grands cris ; ranimai, relancé, se laisse tomber, comme s’il était blessé; on se presse autour de lui, en criant hi! hi! hi! et on fait semblant de l’achever à coups de sagaies. Cette cérémonie est regardée comme indispensable pour le succès de la chasse. Les Cafres aiment surtout à faire la chasse forcée aux chevrotins, aux chamois et à toutes les petites espèces d’antilopes. lis clmisissent pour cette chasse une plaine dans laquelle les chasseurs forment d'abord une vaste enceinte, en se tenant éloignés les uns des autres; ils poussent ensuite des cris, qui retentissent au loin et qui forcent le gibier effrayé à se réunir au centre; alors ils se rapprochent lentement, serrant leurs rangs de plus en plus, jusqu'à ce que le gibier soit complètement cerné ; après quoi ils i’assailleut de toutes parts , et tuent à coups de sagaies tout ce qu’ils peuvent atteindre. Comme il ne peut échapper qu’un petit nombre d’animaux, cette chasse détruit beaucoup de gibier à la fois. Chaque bête appartient à celui qui l’a tuée ; mais il est d’usage qu’il en fasse part aux autres chasseurs, se réservant un pied de l’animal avec un lambeau de la peau, qu’il passe autour de son bras gauche : le nombre de ces pieds indique celui des animaux que le chasseur a tués. Si l'herbe de la plaine est sèche, on y met le feu avant de se retirer, pour retrouver les fers des sagaies.

On prend aussi plusieurs espèces

L’UNIVERS

d'antilopes au piège, ce qui se fait de la manière suivante. On forme autour d’un taillis une haie de broussailles , qui a quelquefois plus d’une lieûede circuit, et on y laisse , de distance en distance, des intervalles, où l’on dresse les pièges. Le gibier, qui erre en paix dans cette enceinte, ne s’avise pas de franchir la haie pour en sortir; il la côtoie tranquillement jusqu’à ce qu’il arrive à l’une de ces ouvertures, où il est pris au passage. Pour faire la chasse aux hippopotames on choisit le temps de la nuit, parce qu’alors ces animaux sortent de l’eau pour aller paître. Dans les sentiers u’ils se sont frayés àtraversles roseaux pais qui bordent la rivière, on enfonce des pieus pointus et durcis au feu ; on donne ensuite l’alarme aux hippopotames, qui, reprenant en hâte le chemin de la rivière , s’enfoncent ces pieus dans la poitrine , et tombent ainsi au pouvoir des chasseurs. Dans les endroits où les bétes sauvages ont coutume d’errer par troupes , et surtout dans les lieux battus qui aboutissent à quelque source d’eau , on creuse des fosses profondes , dans chacune desquelles on enfonce un pieu pointu et qu’on recouvre ensuite de broussailles et d’herbe r ces pièges servent particulièrement à prendre les buffles et les plus grosses espèces d’antilopes. Pour prendre les léopards on enfonce au pied d’un arbre un pieu armé à h pointe d’un fer de sagaie ; on suspend à l’une des branches, au-dessus du pieu, une grosse pièce de viande, et on en répand de menus morceaux autour de l’arbre. Le léopard , après avoir dévoré ceux-ci , finit par sauter obliquement pour saisir la viandesuspendue à l’arbre, et retombe droit sur l’armure du pieu.

La chasse aux éléphants est la plus pénible. Il arrive rarement que les Cafres viennent à bout d’en terrasser un avec leurs sagaies ; surtout quand ils vont par troupe, il est dangereux de s’en approcher, et on ne peut les atteindre qu’avec des armes à feu. Ce n’est que quand l’un d’eux s’écarte de la troupe et que les Cafres le rencontrent dans un lieu favorable à leur manière de chasser, qu’ils peuvent réussir à le tuer. Voici la manière dont ils s’y prennent : sachant par expérience que l’elephant , quand il se voit entouré de flammes, ne bouge pas, au moins pen-

dant le jour, ils mettent le feu tout autour a l’herbe scche et aux buissons : ils s’approchent ensuite de l’animal ainsi cerné, et lui décochent une multitude de traits; mais il est difficile, à cause de l’épaisseur de sa peau , de le percer assez profondément, même aux endroits du corps où la blessure pourrait être mortelle; de sorte que l’éléphant s’échappe pendant la nuit , et les chasseurs sont obligés de le poursuivre souvent pendant plusieurs jours. Les défenses d’un éléphant tué sont remises, ainsi que ses oreilles et sa queue, au chef de la horde, qui suspend la dernière à l’entrée de son parc, comme un trophée.

Pour forcer un lion les Cafres commencent par former un cercle autour de lui, et se rapprochent peu à peu du centre, jusqu’à ce qu’ils soient à portée d’atteindre l’animal ; alors ils lui lancent leurs flèches. L’animal, blessé, ne manque pas de se précipiter sur l'un des chasseurs , qui l’évite en se jetant subitement à terre et en se couvrant de son bouclier; aussitôt les autres s’approchent , et percent l’animal de leurs sagaies. Cette chasse est danereuse : il arrive quelquefois que l’un es chasseurs y est blessé ou tué; mais elle est glorieuse, surtout pour celui qui a tué un lion ou qui lui a porté le premier coup. Au retour de la chasse , toute la horde se rend à l’entrée du hameau pour attendre le vainqueur; on forme un cercle autour de lui , et tandis que ses compagnons de chasse lui tiennent leurs boucliers devant les yeux, l’un d’eux s’avance au milieu de l’assemblée, et fait à haute voix l’éloge du héros, accompagnant son discours de gestes et de sauts; il reprend ensuite sa place , et un second orateur vient faire la même cérémonie , tandis que les assistants applaudissent par des cris répétés de h i ! hi ! ht! en frappant leurs boucliers de leurs massues. Ce charivari dure jusqu’à ce que la troupe ait ramené le chasseur triomphant au hameau. Quelque glorieux qu’il soit d’avoir tué un lion, cette action n’en emporte pas moins avec elle lasouillure intérieure; toute communication avec la horde est interdite au vainqueur pendant quatre jours ; on lui construit hors du hameau une méchante cabane , où l’accompagnent de jeunes gar-

AFRIQUE

çons non circoncis , et par conséquent souilléscommelui;iIsemmènentavFceux un veau gras pour sa nourriture, et lui rendent dans sa retraite tous les services dont il a besoin. Les jours de purification écoulés, il se peint de nouveau tout le corps d’ocre rouge, et un officier du chef de la horde vient le prendre pour le ramener au hameau. Alors on tue un second veau , dont il est permis à tout le monde de se régaler avec le vainqueur, considéré comme lavé de sa souillure.

Hospitalité ; divertissements. L’alfection et l’attachement mutuels ne se bornent pas parmi les Cafres aux membres d’une même famille : un sentiment universel de bienveillance les unit tous; et pour peu qu’on observe leu rs moeu rs sociales , il est aisé dese convaincre qu’ils sont profondément pénétrés de ce sentiment naturel à l’homme. Si un Cafre réduit à la pauvreté ne trouve dans sa propre horde personne qui puisse le secourir, et qu’il ait recours à une autre horde , elle commence par donner sans délai des aliments à l’étranger, et celui-ci renouvelle chaque jour sa demande. Au bout de quelques jours, on croit pouvoir ajouter foi a sa détresse , persuadé que s’il n’était pas réellement malheureux il ne s’abaisserait pas à supplier si longtemps. Alors quelques particuliers se cotisent volontairement pour le mettre en état de rétablir ses affaires et de soutenir sa famille. Quelqu’un n’a-t-il pas assez de bestiaux pour l’entretien de son ménage , un autre lui en prête sans difficulté pour deux ou trois années. On stipule ordinairement , en faisant ces sortes de prêts , que la moitié des veaux nés dans l’intervalle reviendront au prêteur; quelquefois cependant celui-ci a la générosité de ne rien exiger pour prix du service qu’il rend.

Si une pièce de bétail vient à être dérobée , celui à qui elle a été enlevée peut compter sur le secours de ses voisins pour aller aussitôt à la recherche des voleurs ; on tes poursuit avec ardeur et on tâche de leur arracher leur proie, sans se laisser arrêter par la crainte d’être blessé, ou, ce qui arrive quelquefois, de perdre la vie. Des services de ce genre se rendent gratuitement; on les regarde comme l’acquit d’un simple devoir. En généra), chaque individu considère le

SH Livraison. (Afrique Austbale

tort fait à un autre comme s’il était fait à lui-même , et prend souvent plus de peine pour le réparer que ne ferait l’offensé lui-même, de peur d’être soupçonné d’avoir manqué à sou devoir.

L’hospitalité est aux yeux des Cafres un devoir sacré, dont ils s’acquittent avec zèle et désintéressement. Tout étranger est bien accueilli, et le voyageur,

Îiarvenu à un endroit habité par'des Gares, peut en toute sûreté compter sur un asile et des aliments; on fait plus, on lui offre une compagne pour la nuit ; car cet usage fait pour eux partie de l’hospitalité. Si le voyageur est étranger à la famille chez laquelle il vient chercher un asile, on lui donne, outre du laitage , sa part du repas de ses hôtes ; si c’est un parent, on tue un veau gras tout exprès pour le régaler, à moins que la famille ne soit pas assez opulente, en quel cas on lui témoigne son regret de ne pouvoir le traiter d’une manière plus convenable; y manquer quand on en a les moyens ce serait s’exposer au mépris de la horde entière. Tout économes que sont les Cafres, ils regardent comme un devoir de partager leurs aliments avec quiconque les vient visiter. Nous avons dit plus haut que le Cafre ne tue jamais une pièce de son bétail uniquement pour le plaisir de maoger de la viande ; mais s’il arrive qu’il y soit force, parce qu’il a besoin de la peau pour se faire un habit , parce qu’un de ses bœufs s’est blessé , ou parce qu’une de ses vaches n’est plus bonne à traire , il invite alors non-seulement ses proches, mais encore tous ses voisins à venir s'en régaler avec luj. « J’ai , dit Alberti , constamment vu celui qui se trouvait en possession d’un morceau de viande ou de pain le partager avec tous ceux qui étaient présents, quoique les parts fussent quelquefois si petites, qu’il y avait à peine de quoi les savourer. Quelquefois aussi j’ai vu des Cafres s’affliger de ce qu’on ne leur donnait pas d’un morceau de viande , parce qu’il était en effet trop petit pour le partager : ils imitaient alors le hurlement des loups, pour donner à connaître la gloutonnerie de celui qui mangeait seul. »

Le divertissement qu’ils prennent le plus souvent entre eux est une danse extrêmement uniforme. Un nombre d boni-

L’UNIVERS

mes , ordinairement nus , se rangent sur une ligne; chacun d’eux passe son bras droit élevé et armé d’une massue dans le bras gauche de son voisin ; les femmes se rangent sur une seconde ligne immédiatement derrière les hommes, mais sans se donner le bras. Tandis que les hommes sautent , toujours à pieds joints et sans changer de place , on remarque dans les femmes un mouvement convulsif de presque tous les membres et surtout des épaules, qu’elles poussent alternativement en avant et en arrière, en remuant la tête en mesure; chaque femme fait ensuite un demi-tour sur elle-même ; elles se mettent en marche d’un pas lent , font à la tile le tour de la ligne des hommes, et vont reprendre la place qu’elles occupaient d’abord. Cette marche s’exécute de l’air le plus sérieux , et aussi longtemps qu’elle dure les femmes tiennent constamment les yeux baissés. Pendant la danse les hommes et les femmes chantent en chœur; au reste, ce chant ne consiste que dans la répétition uniforme de quelques sons sans harmonie et sans paroles. On continue à danser jusqu’à ce qu’on soit couvert de sueur et épuisé de fatigue; de temps en temps quelques danseurs se détachent de la troupe et d’autres prennent leur place , jusqu’à ce que la compagnie entière renonce par lassitude au divertissement.

On ne trouve chez les Cafres aucun instrument de musique qui annonce de l’invention. - Le seul instrument particulier que j’aie vu chez eux, dit Alberti, consistait en une baguette sur laquelle était tendue une corue de boyau, ce qui formait une espèce d’archet. A l’une des extrémités de la corde est attaché un tuyau de plume, fendu sur toute sa longueur , et que la corde traverse au moyeu de deux trous; on tient ce tuyau de plume devant les dents fermées, et en expirant l’air avec force on produit des sons assez semblables a ceux d’une trompe, mais plus obtus et plus sourds ; encore n’ai-je entendu que rarement des Cafres jouer de cet instrument; il est plus particulier auxGonaquas , anciens habitants du promontoire méridional de l’Afrique, qui depuis que la colonie européenne a etendu ses possessions ont cessé de faire un peu-

ple particulier, et se trouvent actuellement en grande partie épars dans le pays des Cafres , dont ils ét aient voisins. Il me paraît vraisemblable que ce sont eux qui ont appris aux Cafres à jouer de l’instrument que je viens de décrire. Hormis le chant qui s'exécute en chœur, et qui n’a lieu que pour accompagner la danse, on n’entend guère les Cafres chanter, si ce nVst dans la solitude , si l’on peutdonner le nom de chant à des sons sans mélodie. »

Forme de gouvernement; impôts.

Chaque horde a sou chef, dont le rang et le pouvoir, comparés à ceux des autres chefs, dépendent du nombre des familles soumises à son autorité. Quelquefois la horde n’habite pas tout entière en un même lieu ; elle peut être composée de deux ou trois sections qui habitent des cantons séparés; dans ce cas les sections qui sont privées de la présence du chef sont gouvernées ar des officier* délégués. Le chef d’une orde s’appelle inkoosie, titre qui répond évidemment à celui de seigneur ou chef. Si , au contraire, plusieurs hordes avec leurs chefs se trouvent rassemblées dans un même canton , elles ont à leur tête un chef suprême, considéré comme le souverain du canton. Chaque chef de horde nomme, à son choix, un nombre d’officiers proportionné à celui de ses sujets. Cette ciiarge n’est ordinairement accordée qu’à des hommes d’un âge mûr et qui ont de l’expérience ; souvent aussi le prince ne choisit ses officiers que parmi les familles les plus aisées. Ils composent le conseil du chef, qui preud rarement une résolution sans leur avig; ce sont eux qui proclament ses ordres , qui exécutent ses sentences et tout ce qui concerne Tadministratiou ; en temps de guerre, ils rassemblent les hommes en état de porter les armes , et les conduisent à l’ennemi sous le commandement du chef suprême. Quant au conseil decelui-«i, il est composé en grande partie des autres chefs subordonnés à son autorité.

Chaque chef exerce sur sa horde un pouvoir presque absolu ; il crée et abroge les lois ; il exerce le droit de vie et de mort sur ses sujets ; et pourvu que ses sentences soient équitables, on les voit exécuter sans murmure. Mais il doit s’abste-

nir de commettre des injustices ou d’usurper des droits nouveaux; en cas d’injustice ou d'usurpation , son conseil lui fait des remontrances au nom du peuple, et sait quelquefois, quand il le faut, réprimer efficacement des abus d’autorité qui , sans cela , dégénéreraient en despotisme. Si le chef d une horde particulière a commisquelque grave délit, le chef suprême peut aussitôt le dépouiller de sa dignité pour la donner à un autre; cependant il n’use que rarement de ce droit, parce que ces sortes de destitutions sont regardées moins comme des actes dejustice,que comme des coups d’autorite arbitraire tendant à usurper le domaine du chef déposé. Celui des chefs actuels dont les États sont limitrophes de la colonie s’étant déclaré seul héritier de tous les biens de ses sujets, les chefs subordonnés à son autorité, après lui avoir fait des remontrances inutiles , ont pris le parti de le quitter avec leurs hordes, et d’aller s’établir ailleurs; de sorle qu’il s’est vu contraint de rétracter sa nouvelle loi. Les honneurs qu’on rend au chef répondent à l'autorité dont il jouit parmi ses sujets.

Quoiqu’il ne soit pas d'usage parmi les Cafres de se saluer mutuellement quand on se rencontre, on n’omet jamais le salut à l’égard du chef; ce qui se fait en le nommant simplement par son nom.

Quand un chef arrive dans un hameau, soit qu’il appartienne à sa horde ou à une autre, on lui offre une pièce de Irétail, qu’il fait aussitôt tuer par les officiers de sa suite; car il ne voyage jamais sans eux , et il la mange ensuite avec ceux-ci et avec ceux qui la lui out offerte. On observe les mêmes égards envers les femmes des chefs. Le chef mène à sa suite, outre ses officiers, un nombre de personnes du peuple chargées de ce qui regarde son service. Les femmes des chefs jouissent également de prérogatives considérables : on les honore encore davantage si elles-mêmes descendent de quelque famille distinguée de chefs.

Toutes les femmes du peuple sont tenues à servir la femme de leur chef; elles y sont requises à tour de rôle; elles lui tiennent compagnie , et se chargent pour elle de la culture des terres et des travaux du ménage : leur salaire consiste , outre la nourriture, en peaux de vaches

qu’on leur ilonne pour se faire des habits.

Les Cafres sont aussi soumis à des taxes envers leurs chefs. Au temps de la moisson , chaque famille doit céder au chef de la horde une partie de sa récolte ; on lui paye aussi chaque année une rétrihution en bétail. Chaque père de famille qui marie une de ses filles est obligé de céder au chef une partie de la dot qu’on lui a payée pour elle en compensation de l’instruction qu’elle a reçue étant au service de ses femmes. La poitrine de tout bœuf qu’on a tué dans le lieu de la résidence du chef lui appartient de droit. Il en est de même des antilopes qu’on a prises : la poitrine en est envoyée au chef, dût-elle, à cause de l’éloignement de sa résidence, n’y arriver que toute gâtée. Enfin les dents d’éléphants, les peaux de léopards, les queues des autruches prises à la chasse, appartiennent au chef. Les peaux de léopards que le chef n'emploie pas à son propre usage sont distribuées à ses officiers favoris; les plumes d’autruche sont une marque distinctive à la guerre. Eu cas de retard ou de refus pour l’acquit des contributions qui consistent en fruits ou en bétail, le chef les enlève de force; le recel de la part du gibier qui doit lui être réservée est puni avee sévérité.

Tous les fils du chef héritent de la dignité de leur père Le rang est héréditaire même aux filles , qui a leur tour le transmettent à leurs descendants.

Cette distinction de rang, héréditaire par les femmes, est le fondement du droit à la dignité de chef suprême. Dès le vivant au chef ses sujets et ses troupeaux sont partagés en autant de portions qu'il a de femmes , et chaque portion de bétail est distinguée par une marque particulière. Après sa mort, les (ils de chaque femme partagent avec elle, en portions égalés, les sujets et les bestiaux qui constituent leur part de la succession, et chacun d’eux est ainsi le chef-néde cette portion de la horde de son père qui lui est échueenparLagetcepeudantl’uiuédesüls, issu de la plus noble des femmes du défunt. obtient le rang sur tous ses frères et beaux-frères, qui par là deviennent autant de chefs subordonnés à son autorité. Cet ordre de succession rend raison du grand nombre de chefs suprêmes qu on trouve chez les Cafres ,

L’UNIVERS

et de la diversité de rangs qui existe parmi eux.

Si un chef en mourant ne laisse que des fils en bas âge, la régence et la tutelle passent, jusqu’à la majorité de l’aîné, entre les mains de la plus distinguée de scs femmes, assistée des officiers du défunt et quelquefois de l’un de ses frères ou de quelque autre parent. L’éducation des fils mineurs est confiée aux officiers de la portion de la horde échue en partage à leur mère ; quelquefois ces officiers ont pour adjoint un oncle ou un autre membre de la famille pour diriger et surveiller l’éducation des jeunes princes. La mcre d’un chef conserve toute sa vie quelque influence sur l’administration dp sa horde; son fils la consulte dans toutes les occasions importantes, et ne

Ïirend aucune résolution sans avoir probablement obtenu son approbation.

Manière de rendre la justice chez les Cafres. L’exercice injuste et barbare du droit du plus fort n'est pas toléré chez les Cafres; il n’est permis à personne d’étre son propre juge : tous les démêlés doivent être portés devant le chef de la horde à laquelle appartient l’accusé. L’intérêt et la partialité exercent quelquefois une influence évidente sur les jugements parmi les Cafres, comme cela n'a que trop souvent lieu dans l’administration de la justice chez des nations plus civilisées. Ceux qui prétendent que l’homme est naturellement méchant , et qui , par conséquent , ne regardent le sentiment intime du juste et de l’injuste que comme une suite de l’éducation, croiront peut-être trouver en ceci une preuve en faveur de leur opinion; quoiqu’il soit à souhaiter, pour l’honneur de l’humanité, que ce penchant à l’injustice aitété transmis aux Cafres par les Européens qui sont leurs voisins. « Je suis, dit Alberti , d’autant plus porté à le croire, que les hordes de cette nation établies à une grande distance de la colonie montrent beaucoup plus d’attachement à l’équité que celles qui en sont voisines. Suivant la loi , le meurtre volontaire doit être puni par la mort du coupable. C’est rarement le chef lui-même, ce sont plus souvent ses officiers , qui jugent et condamnent en pareil cas. Le bétail et tout ce qui appartenait au coupable condamné est con-

fisqué au profit du chef. Cependant la rigueur des jugements dépend beaucoup de l’affection du chef pour la victime du meurtre, ou pour celui qui l’a commis; de sorte qu’il arrive quelquefois que celui-ci se tire d’affaire en payant un certain nombre de bestiaux, qui retournent toujours au profit du chef. Si l’on a dérobé du bétail à quelqu’un, et que le propriétaire, en dénonçant le voleur, puisse donner des preuves évidentes du larcin , surtout en produisant, comme corps de délit, une partie reconnaissable de ta peau , de la queue ou de la tête de l’animal dérobé, que les voleurs ont soin , pour cette raison , de couper en morceaux qui les rendent méconnaissables, et de cacher dans les lieux les plus écartés , non-seulement l’auteur du vol est condamné à une amende arbitraire, qui consiste toujours en bétail , mais encore tous ceux qui y ont participé, sans excepter même les enfants qui ont goûte de l’animal dérobé, sont obligés de payer chacun une pièce de bétail au chef, qui dédommage du produit de ces amendes celui à qui le bétail a été enlevé. Celui qui a dérobé des fruits, ou dont le bétail errant à l’abandon a foulé le champ d’un autre, est condamné de même, par forme de restitution ou d’indemnité, à une amende consistant en bétail , et proportionnée au dommage. Lorsqu’un créancier accuse devant le chef son débiteur de négligence à acquitter sa dette, le chef fait sommer celui-ci par un de ses officiers de remplir ses obligations. Si le débiteur obéit à la première sommation, le plaignant est obligé, au cas que sa créance se monte â plusieurs pièces de bétail, de payer au chef, pour fraisée justice , un nombre de bestiaux proportionné au total de la dette, et, de plus, ce qui est dû à l’officier pour son exploit. Celui-ci reçoit, en outre, une pièce de bétail de la part du chef, ou, si l’honoraire de celui-ci n’a pas été assez considérable pour cela, une ou plusieurs javelines; quand la dette ne consiste qu’en une pièce de bétail, on ne paye rien pour frais de justice. Le débiteur qui obéit à la première sommation du chef en est quitte pour payer simplement sa dette; mais en cas de désobéissance , il y est contraint parla force, et, en outre, condamné à une peine arbitraire »

Manière de faire la guerre et de guerre sont offensives ou défensives : conclure la paix. Les Cafres ne sont pas les armes offensives sont la sagaie ou une nation exclusivement belliqueuse; hassagaie et la massue ; l’arme défensive ils montrent , au contraire , un penchant est le bouclier. La sagaie a ordinairement décidé pour la tranquillité et le repos de près de deux mètres de long , y compris la vie pastorale. Ils ne balanoent cepcn- l’armure de fer. Le manche est d’envidant pas à prendre les armes quand il ron deux centimètres de diamètre a s’agit de défendre ou de faire valoir cer- l’origine du fer, et va toujours en dimitains droits, réels ou imaginaires; ils nuant jusqu’à l’autre bout, où il n’a plus montrent même alors du courage et de gue quatre millimètres d’épaisseur. Les l’intrépidité. Ce n’est qu’avec leurs voi- fers de javelines, à deux tranchants, et sins du nord, les Boschjesmans, que qui se terminent en pointe, varient soûles Cafres sont en guerre perpétuelle, vent pour la forme; la plupart sont, à cause du brigandage que ceux-là exer- dans toute la longueur, comme le devant cent continuellement sur leurs trou- d’une lame d'épee; d'autres n’ont cette peaux. Cette guerre ne donne cependant forme que vers le milieu du fer, tandis pas lieu à des batailles rangées : les Ca- que le reste est cylindrique. Quelquefres traitent ces brigands comme des fois cette partie, au lieu d’être ronde, est bêtes féroces, les suivent à la piste quand taillée en arêtes et garnie d’aiguillons qui ils ont dérobé du bétail, et massacrent se croisent. On voit aussi des fers de tous ceux qui tombent entre leurs mains, sagaies arrondis en grande partie, et Quelquefois aussi ils tâchent de décou- terminés par une pointe triangulaire vrir les repaires de ces bandes de voleurs, mais cette dernière forme est moins en les y surprennent la nuit, et massacrent usage que les autres. Pour monter une tout, sans distinction d’âge ni de sexe, sagaie on introduit l’extrémité infé- L’acharnement des Cafres contre les rieure du fer, terminée en pointe, dans Boschjesmans est tel , que partout où on le gros bout de la flèche, eu y versant de les rencontre, et sans qu’ils aient com- la poix fondue, et on les entortille avec mis la moindre offense, ces malheureux une corde. La portée ordinaire d’une sasont exposés à être massacrés. A leurs, gaie, projetée en ligne courbe, estd’enyeux, les Boschjesmans sont comme des viron vingt-cinq métrés. Alberti a fait bêtes féroces qu’il faut exterminer par- souvent tirer des Cafres au blanc : il tout où on les trouve. Lichtenstein cite faisait tendre un mouchoir de couleur à un exemple frappant de cette animosité, la distance de quarante-cinq à cinquante En 1804, le député d’une horde cafre pas, et le proposait pour prix à celui qui ayant été accueilli dans la maison du l’atteindrait ae sa sagaie; mais , quelque gouverneur du Cap, aperçut par hasard, ardeur qu’ils témoignassent pour l’ob-

fiarini les domestiques du général hol- tenir, ils ne l’atteignaient, le plus souandais, un garçon boschjesnian, âgé de vent, qu’au bout d’une vingtaine de onze ans. Malgré la ressemblance entre coups. « Cela prouve qu’une sagaie n’est ce Boschjesnian et les autres Hottentots, pas fort à craindre , surtout parce qu’on il le distingue aussitôt comme étant issu ta voit venir, et qu'on peut l’éviter ou la d'une race odieuse , et court sur lui pour détourner, soit avec une massue , telle le percer de sa hassagaie. On accourut qu’en ont les Cafres, ou avec un bâton; aux cris de l’enfant, et on demanda au elles sont plus à craindre lorsqu’il en Cafre la cause de sa fureur. « Comment , tombe plusieurs à la fois dans le lieu où s’écria-t-il encore tout agité, un Bosch jes- l’on se trouve. Cette arme n’est jamais man dans eette maison. J’ai voulu (féli- plus dangereuse qu’entre les mains d’un vrer le général d’un être malfaisant! » nomme déterminé, qui attaque son en- L'orgueil et l’ambition sont les causes nemi à outrance; il tient dans la main ordinaires des guerres entre les Cafres ; gauche un faisceau de sagaies , qu'il dél’intérêt se joint communément à ces coche l’une après l’autre ae la droite, en guerres , et l'on tâche, de part et d’au- courant sur son adversaire, et empoigne tre , d’enlever à l’ennemi autant de bé- ta dernière pour l’en percer au moment tail qu’il est possible. où il l'atteindra. »

Les armes que les Cafres portent à la L’arme des Cafres à laquelle on a

donné le nom de massue consiste en un bâton long d'environ un mètre sur deux centimètres d'épaisseur, et terminé par un nœud de la grosseur du poing; au défaut de massues naturelles, les Cafres savent en façonner ; ils se servent de cette arme, dans les combats particuliers, avec une adresse étonnante, portant d’une main des coups avec leur massue , et parant de l’autre ceux de leur adversaire avec leur bouclier. Ces boucliers sont faits de peau de bœuf. Pour préparer la peau on commence par la tendre pour la faire sécher ; on la frotte ensuite avec un caillou de forme arrondie , qu’on dirige dans tous les sens , en appuyant fortement sur le milieu de la panne, jusqu’à ce qu’elle ait pris une forme concave; on la façonne en la taillant tout autour, de manière qu’elle représente un ovale assez large pour couvrir le corps ; enfin , on attache avec des courroies, sur le côté concave, et dans sa longueur, un bâton de moyenne grosseur. de manière qu’il dépasse le bord du bouclier de quelques pouces pour l’appuyer dessus , et qu’il puisse être saisi et soutenu avec la main par le milieu. Tout homme en état de porter les armes est obligé de se faire lut-même son bouclier, et de le remettre au chef de sa horde , qui le fait déposer dans une hutte construite tout exprès pour servir d’arsenal.

Attaquer son ennemi à l’improviste , et sans l’avoir prévenu par une déclaration de guerre, est considéré par les Cafres comme une lâcheté. L’agresseur doitdoncpnvoyer à son adversaire, avant de commencer les hostilités , des hérauts d’armes portant devant eux une queue de lion ou de léopard, qui indique leur qualité et la nature du message dont ils sont porteurs ; en même temps, on avertit tous les guerriers de se rendre auprès de leur chef. Quand les guerriers sont rassemblés, on tue d u bétail en abondance pour les régaler, on danse, et, jusqu’au moment du départ général , on se livre à la joie et à toutes sortes de divertissements. Quand un chef suprême entreprend la guerre, il n’y a ordinairement que les chefs subordonnés à son autorité et les officiers qui soient instruits du but de l’expédition ; le reste du peuple est obligé d’obéir aveuglément. Cependant, il n'est permis à personne, sous peine de

confiscation de tous ses biens , de désobéir ou de se soustraire à cet appel aux armes. Après que tous les guerriers , munis de leurs armes, se sont rassemblés, on procède aux préparatifs ultérieurs requis pour l’ouverture de la campagne.

Le chef suprême distribue aux autres chefs, à leurs officiers, et même à des particuliers dont la bravoure est reconnue, des plumes d’autruche, que ceuxci portent sur la tête , et qui sont la marque distinctive des chefs de division.

Cette distinction est regardée comme très-honorable; aussi, celui qui en est décoré doit-il s'en montrer digne. Dans les combats, il doit être constamment à la tête de sa troupe , et donner l’exem-

Ïile de la valeur; s’il a la lâcheté de recuer, il est condamné à la mort. La même eine est réservée pour tout autre comattant qui abandonne son capitaine.

Quand tous les préparatifs sont achevés, l’armée se met en marche , emmenant avec elle autant de bestiaux qu’on juge nécessaire pour l’expédition. Aussitôt que l’armée de celui qui a déclaré la guerre est arrivée à proximité du camp de l’ennemi, elle fait halte, et envoie de nouveau des hérauts pour l’avertir de son approche, et lui repéter les motifs de la déclaration de guerre ; si celui-ci n’a pas encore rassemblé toutes ses forces , il en informe son adversaire, ui est obligé, pour livrer l’attaque, 'attendre que l’autre ail complété son monde, et soit prêt à le recevoir.

On choisit pour champ de bataille une plaine unie et sans buissons où rien ne puisse gêner la vue ui favoriser les surprises; là, les deux partis ennemis s’avancent l'un contre l’autre, en jetant de grands cris, jusqu’à la distance d’environ vingt-cinq métrés. On commence à se lancer des sagaies, qu’on ramasse de part et d’autre à mesure qu’elles tombent, pour s’en servir de nouveau. Pendant le combat , le général en chef se tient constamment au centre de sa ligne , sur laquelle une partie des chefs subalternes et des officiers ont aussi leur place, tandis que les autres se tiennent sur les derrières de la ligne , pour surveiller les soldats et prévenir la fuite ou la désertion. On continue à combattre dans cet ordre, les deux partis tâchant de se rapprocher de plus en plus. Si la résis-

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