AFRIQUE AUSTRALE. 13S
tance est opiniâtre, il s’ensuit un combat de corps à corps ; et dans cette mêlée on fait usage des massues .jusqu'à ce que l’un des deux partis plie, et soit contraint d'abandonner le champ de bataille. Cependant, il arrive plus souvent que le parti le plus faible prend la fuite avant d'en venir aux mains de si près. Dès que l'ennemi est en déroute, on s’empresse de le poursuivre, surtout dans la vue d’enlever le bétail , les femmes et les enfants; la poursuite terminée, le chef victorieux fait tuer sur-le-champ une partie des bestiaux pour en régaler sa troupe. S'il arrive que la nuit séparé les combattants avant que la bataille soit décidée, on crie, d'une armée à l’autre, qu’on désire suspendre le combat jusqu’au lendemain. Alors les deux partisse retirent à la distance de quelque mille as l’un de l’autre, et l’on détache des eux côtés des postes avancés , pour ne pas être exposé, pendant la nuit, à quelque surprise, quoique, même en pareil cas, toute attaque inopinée soit interdite ar les lois de la guerre. Quelquefois les eux partis prolitent de cette suspension d'armes pour faire des propositions d’accommodement; du moins les chefs subalternes tâchent de ramener leurs su-
Îiérieurs à des sentiments de paix , en cur mettant sous les yeux les désavantages de la guerre , et les suites désastreuses qu’elle pourrait avoir pour leurs sujets. Si l’un des chefs prête l'oreille à ces remontrances, il envoie à son adversaire des hérauts avec des propositions d’accommodement. En cas que les négociations soient infructueuses, le parti qui s’obstine à la guerre ne peut néanmoins recommencer les hostilités le lendemain qu’après l’avoir fait annoncer dans les formes prescrites.
Lors de la conclusion d’une paix définitive, la première condition du traité est toujours que le vaincu reconnaisse le vainqueur pour son chef. suprême, et lui jurera foi et hommage. Là-dessus on remet en liberté les femmes et les enfants pris à la guerre; le vainqueur rend au vaincu une partie, mais très-petite , du bétail qui a été enlevé, et distribue le reste du butin à ses guerriers. La restitution d’une partie dn bétail à celui ui a été vaincu découle, chez les Cafres, ’un principe de générosité naturelle,
ainsi formulé : « On ne doit pas laisser
fiérir son ennemi de faim. » Après que es partis réconciliés sont retournés dans leurs habitations respectives , le vaincu envoie quelques bœufs au vainqueur, comme une marque de la sincérité de ses engagements, et celui-ci régale de nouveau son monde, comme il l’avait fait avant d’aller au combat.
Dans les batailles, les deux armees ne font pas d’aussi grandes pertes qu’on semblerait devoir l’attendre de leur manière de combattre. Un ennemi désarmé , saisi avec la main et fait prisonnier, ne peut être mis à mort; à la conclusion de la paix , on lui rend sa liberté sans rançon. Les femmes et les enfants pris à la guerre n’ont absolument rien . a craindre pour leurs jours, et même les femmes et les enfants des colons qui , dans leurs guerres avec les Cafres, tombent au pouvoir de ces derniers, sont traités avec assez de ménagement. Il est vrai qu’on n’est pas si généreux à l'égard des colons eux-mêmes; mais aussi ces derniers n’out pas droit de s’ai tendre à un meilleur traitement, puisqu'ils n’épargnent la vie d'aucun Cafre qui se trouve à portée de leur fusil. Il est défendu de mettre à mort les hérauts envoyés par le parti ennemi ; si cependant l'acharnement mutuel est tel qu’on croie devoir redouter une pareille action, on envoie des femmes comme parlementaires, persuade qu'on n’a aucun mauvais traitement à craindre pour clics. Ces députations de femmes comme parlementaires ont particulièrement lieu pendant la suspension d'armes. Lorsqu’un chef ne 6e croit pas assez puissant pour soutenir ses prétentions ou défendre ses droits par lui-même, il tâche de-su procurer un allié; dans ce cas, celui dont on demande le secours pèse attentivement le sujet de la querelle avant de s’engager. Si la victoire favorise, les alliés, le chef qui a fourni du secours obtient, pour sa part, la moitié du butin fait sur l’ennemi.
Cérémonies Junèbres. Les nations sauvages , comme les peuples civilises, ont de tout temps adopté la coutume d’ensevelir les morts avec plus ou moins de solennité, suivant l’esprit dominant du siècle ou l’opinion de la génération actuelle. On leur fait le* derniers adieux
iQogle
L’UNIVERS
par quelque cérémonie funèbre , ou bien on les abandonne aux bétes sauvages pour en être dévorés. Ce dernier usage est celui qui se pratique le plus communément cnez les Cafres à l’égard des défunts qui ont appartenu à la classe du peuple. Quant aux chefs , on les enterre apres leur mort; et cet enterrement est accompagné de plusieurs cérémonies.
Quand une personne du peuple est malade, on la porte hors de sa hutte et à quelque distance du hameau, dans un endroit ombragé par des buissons. On couche le malade sur un lit de gazon , on allume du feu auprès de lui, et on lui met entre les mains un vase rempli d’eau. Dans ces derniers moments le mari assiste sa femme mourante , ou la femme son époux mourant, et quelques-uns de leurs proches leur tiennent compagnie.
Voit-on les marques d'une mort prochaine , on arrose d’eau le visage de l’agonisant, pour le rappeler à la vie s’il est possible; si ce remede n’opère pas, et qu’on soit convaincu que le malade a rendu le dernier soupir, on s'éloigne aussitôt du cadavre, et on l’abandonne aux loups, sans y toucher et sans rien enlever de ses habits ou de ses ornements. Il ne reste ordinairement, auprès du moribond que le mari ou la femme; toutes les autres personnes qui l’entouraient dans sa maladie s’eu eloignent à quelque distance, et demandent de temps en temps, en criant de loin, des nouvelles du malade à celui qui est resté auprès de lui. Mais celui des deux époux qui a assisté à la mort de l’autre est considéré comme plus souillé, et doit s’assujettir en conséquence à certaines pratiques funéraires. La femme dont le mari vient de mourir prend quelques tisons du feu qu’elle a entretenu autour de lui, et se rend en pleine campagne dans l’endroit qui lui paraît le plus convenable, pour y séjourner. Là elle allume de nouveau du feu, et doit prendre garde qu’il ne s’éteigne; tout le temps qu’elle reste là, il n’est permis à personne de s’approcher d’elle. Dès la première nuit, la veuve revient secrètement à son hameau , met le feu à la hutte qu'elle habitait avec le défunt, et retourne ensuite dans la solitude; elle y passe un mois entier, et ne se nourrit pendant ce temps-là que de plantes sau-
vages. Le mois de deuil écoulé, la veuve jette ses habits, se lave tout le corps, se meurtrit la poitrine, les bras et les jambes en les frottant avec des cailloux rudes, s’enveloppe les hanches d’un tablier d’herbes tressées , et revient au hameau au coucher du soleil. Là on lui donne , à sa prière , de nouveaux tisons pour allumer du feu auprès de l’endroit où était sa hutte; on lui fournit aussi du lait frais pour se rincer la bouche, et se puriGer ainsi de sa souillure. Ce sont de jeunes garçons. non circoncis qui remettent ces tisons et ce lait à la veuve; d’autres personnes ne pourraient le faire sans encourir la même souillure qu’elle. On ne trait plus après cela la vache dont on a tiré ce lait, parce qu’elle est devenue souillée; on ne la tue pas même pour en manger la chair, mais on la laisse vivre jusqu'à ce qu’elle meure de mort naturelle. Le lendemain de son retour, la veuve obtient une hutte pour s’y retirer d'abord ; ses plus roches parents tuent une pièce de étail, la mangent avec elle, et lui en donnent la peau pour s’en faire, un manteau. Dèsqu’elleestainsihabillée deneuf, elle se construit, avec le secours de ses parents , une hutte nouvelle et solide, et à compter de ce moment elle est réintégrée dans tous les droits de la société.
C’est de la même manière qu’un mari prend le deuil après la monde sa femme; il y a néanmoins quelque différence.
Par exemple, le mari veuf ne passe en rase campagne que la moitié d’un mois ; il revient ensuite dans la même hutte qu’il habitait avec la défunte, tue, après les purifications ordinaires, une pièce de bétail, dont il se régale avec sa famille, et se fait de la peau de l'animal un manteau neuf, qu’il est obligé de porter jusqu’à ce qu’il soit usé : ce n’est qu’alors seulement qu’il lui est permis de se faire un grand manteau comme à l’ordinaire. 11 détache en outre quelques poils de la queue d’un bœuf, y enfile des anneaux de cuivre, et les porte en guise de collier jusqu’àcequeles poils soient usés. Le bœuf sur lequel ces poils ont été pris est souillé : on ne peut le tuer; on le laisse mourir de mort naturelle. S’il arrive qu’un adulte meure inopinément dans sa hutte, le hameau entier est considéré