‹ Afrique australe, Cap de bonne-espérance, Congo, etcChapitre 18 sur 65 · AFRIQUE AUSTRALE. U · texte numérisé non relu

AFRIQUE AUSTRALE. U

comme souillé ; on l’abandonne absolument, sans même emporter les fruits, fussent-ils parvenus à maturité. On transporte même hors du hameau les enfants malades qui ont l’âge de cinq à six ans, quand on croit que leur maladie est mortelle; il n’y a que les enfants audessous de cet âge qu'on laisse mourir dans la hutte; quand cela arrive, on se contentede la fermer et de l’abandonner, sans que la souillure s’étende au reste du hameau. Par suite de ces superstitions, il leur arrive souvent de transporter dans les bois ou d’enterrer comme morts des individus qui sont encore vivants. Brownlee rapporte que , pendant son séjour parmi les Cafres, une femme, après avoir été mise dans la tombe, y appela sa mère, et qu’un Cafre reparut devant la sienne, et fuicausa une grande frayeur, après quatre jours de résidence dans les bois, où il avait été transporté comme mort. Un chef malade reste dans sa hutte jusqu’à ce qu’il ait rendu le dernier soupir. Quand il est mort , on enveloppe le corps dans son manteau, et ses officiers vont l'enterrer au milieu d’un des parcs ou kraals aux bestiaux. On introduit ensuite dans le parc un certain nombre de bœufs, auxquels on fait fouler le sol à l’endroit de la tombe , jusqu'à ce qu’il ne soit plus possible de le distinguer du reste de la surface. Ces bœufs, comme ils sont souillés, on ne les tue pas , mais on les laisse mourir de mort naturelle. Les femmes du chef défunt se rendent, comme les autres veuves , en pleine campagne et y allument du feu ; mais dès le troisième jour elles quittent leur habillement, se ceignent les hanches d’un tablier d’herbes tressées, et reviennent au lieu de leur habitation. Là elles pratiquent les cérémonies ordinaires de la purification. On tue ensuite autant de bœufs qu’il y a de veuves , on en mange la chair, et chacune d’elles obtient une des peaux pour s’en faire un manteau. On reuouvelle en même temps tout le mobilier qui a servi en commun à l’usage du chef et de ses femmes, et qu’on a brûlé après sa mort, tels que corbeilles pour le laitage, cuillers et autres ustensiles. Après que tout cela est achevé, ce qui dure plusieurs semaines, on quitte généralement, et pour

toujours, le lieu où le chef a terminé sa vie, sans que ce lieu puisse être dorénavant habité par des familles appartenant à la même horde ni à quelque autre horde de Cafres. Avant de partir, on ferme la hutte où le chef est mort , et onia couvre entièrementd’épines ; jusqu’à ce jour, on garde continuellement fendroit où il a été enterré, et même après le départ, on s’assure encore de temps en temps si les restes du défunt n’ont pas été troublés ; une crainte superstitieuse semble dicter cette pratique. Les officiers seuls héritent des armes et des ornements du défunt. Le chef observe, après la mort d’une de ses femmes, les mêmes cérémonies que les hommes du peuple, avec cette différence que son séjour dans la solitude ne dure que trois jours. C’est l'unique cas où un chef se trouve seul, et c’est apparemment pour cette raison que le temps du deuil est plus court pour lui que pour les hommes de la classe du peuple.

Rapports de la colonie avec les Cafres. Les indigènes auraient probablement vécu en paix avec les Européens si ces derniers les avaient toujours traités avec humanité et loyauté. Les Cafres, formant un peuple pasteur, devaient aimer naturellement la paix; mais la conduite tenue à leur égard par les colons établis dans leur voisinage n’était guère propre à maintenir la bonne intelligence : des fraudes commises dans le traGc du bétail, des débats sur des limites de territoire, enfin les instigations de quelques coloos eux-mêmes, ont occasionné des guerres dont les suites désastreuses se font encore sentir.

Pour se former une juste idée de la position actuelle où se trouve la colonie au Cap de Bonne-Espérance par rapport à la nation des Cafres, il est nécessaire de remonter plus haut dans l'histoire de celle-ci, et de jeter un coup d’œil sur ses anciennes divisions intestines. On verra, en même temps, que l’histoire des peu-

les sauvages ressemble en tout point

celle des peuples dits civilisés.

Palo dominait comme chef suprême sur une partie considérable de la nation cafre établie à l’est de la rivière Key, qui formait la limite entre la Cafrerie proprement dite et les terres de la co-

ionie. Voici le tableau généalogique des descendants mâles de ce chef :

Paio.

Kaleka. Chachabé. -

Khaata. Umlao. Slambie. Jalusa.

Hinza. Buchu. Galka (Chaka).

Après la mort de Palo , ses deux fils se disputèrent le titre de chef suprême. Kaleka et Chachabé n’étaient pas nés de la même mère; celle de Kaleka était d’une extraction plus noble, et par conséquent c’était à son fils qu’appartenait )e droit de succéder à son père. Cependant Chachabé entreprit de se rendre maître du gouvernement , et souleva une partie du peuple contre son frère, prétendant que celui-ci lui avait fait tort dans le partage du bétail laissé par la mort de leur père. Tout le peuple embrassa cette querelle; et il se forma deux partis , dont l’un soutenait les intérêts de Kaleka , et l’autre ceuxdeChachabé.Onen vint à une guerre ouverte, dans laquelle les deux frères triomphèrent et furent vaincus tour à tour, jusqu’à ce qu’enfin Chachabé fût contraint d’abandonner le pays avec son parti, et de se retirer sur la rive occidentale du fleuve Key , ce qui le rapprochait des terres de la colonie. Le territoire dont il s’empara avait anciennement appartenu aux Gonaquas; il s’y trouvait même encore quelques hordes de cette nation, qui se réunirent aux Cafres. Les deux factions, ainsi séparées l’une de l’autre, firent la paix ; chacune eut son chef indépendant de l’autre , et Chachabé considéra comme son domaine et sa propriété le territoire situé entre la rivière Key et la grande rivière des Poissons.

Umlao, fils et successeur deChachabé, mourut jeune , et laissa pour successeur son fils Gaika, encore enfant. La minorité du jeune prince exigeait une régence ; elle fut confiée à Slambie , l’aîné des frères dTJmlao et oncle de Gaïka , conjointement avec la mère de celui-ci.

Gansa, parvenu à l'âge de majorité, voulut prendre en mains les rênes du gouvernement; mais son oncle refusa de les lui remettre , et sut même se faire un parti considérable parmi le peuple.

De là naquirent encore une fois deux

factions , et il s’alluma entre elles une guerre dont les suites furent très-préiudiciables à la colonie. Dans un combat qui se livra entre Gaïka et Slambie . celui-ci fut battu et fait prisonnier. Ceux de son parti prirent la fuite, pénétrèrent sur le territoire de la colonie , et s’établirent à l’ouest de la grande rivière des Poissons, le long de la côte, dans la campagne appelée Zuurveld ( Plaines aigrès).

Gaïka, mis par le sort des armes en possession de l’autorité suprême, retint pendant deux ans son oncle prisonnier dans son hameau. Depuis il lui rendit la liberté , mais sans cesser de le surveiller, parce qu’il le craignait toujours. Cependant, malgré les précautions de Gaïka , Slambie trouva enfin moyen de s’enfuir avec ses femmes et son bétail, et il fut rejoindre ses partisans, avec lesquels il continua d’habiter sur le territoire de la colonie. Depuis cette époque, les hordes émigrées et celles qui sont restées fidèles à Gaïka n'ont cessé de s’enlever réciproquement leur bétail.

Tel est le récit d’Alberti. Brownlce nousalaissé la suite de cette histoire (t). Vers le même temps, ou un peu auparavant, il y eut une grande émigration cafre; quelques hordes s’avancèrent au nord de la rivière d’Orange ; d’autres se dirigèrent à l’ouest, et envahirent le Zuurveld et le pays qu’arrose Zwartkops-Rivier. Plusieurs de ces Cafres vivaient d’abord en bonne intelligence avec les colons européens ; mais bientôt la discorde se mit entre ces deux races d’hommes si différentes; et en 1810 les Cafres , d’après les ordres du gouvernement, furent expulsésdu territoire qu’ils occupaient, et furent tous torcés de se retirer au delà de la rivière des Poissons. On établit sur les bords de cette rivière des postes militaires , pour se mettre à l’abri de leurs incursions. Mais, ne pouvant envahir ouvertement le pays, ils continuèrent à faire de fréquentes incursions, à voler le bétail , a incendier et à détruire les habitations des colons. En 1817, le gouverneur du Cap eut une entrevue avec Gaïka, et prit avec lui des arrangements pour empêcher les hosti-

(t) Dans Thompson, Travtls , tome U, p. 336.

lités. GaTka fut fidèle aux conventions stipulées; mais Slambie et quelques autres chefs ne voulurent point se soumettre à son autorité , ce qui renouvela les haines et les inimitiés qui avaient existé entre eux. Cefutalors qu'un Cafre intelligent , nommé Makanna ( connu des colons sous le surnom de Lynx), s’acquit un grand crédit parmi les Cafres, en se faisant considérer comme prophète ; et Gaïka perdit beaucoup de sa popularité en essayant de s’opposer à son influence. Ces circonstances, et d'autres moins importantes, amenèrent une guerre entre Slambie et un chef nommé Hinza , d'une part, et Gaika, de l’autre. Ce dernier fut défaitdans une bataille entre les rivières Buffalo et Debé. Gaïka, après sa défaite , s’enfuit à l’ouest, vers les sources de la rivière Kannap , et demanda du secours aux autorités européennes situées sur la frontière. On envoya aussitôt des forces pour châtier Slambie et ses partisans.

En peu de temps on leur prit une quantité prodigieuse de troupeaux. Neuf mille têtes de bétail lurent livrées à Gaïka, en compensation des pertes qu'il avait éprou\ées. Les chefs confédérés tournèrent alors toute leur furie contre les colons européens : tout le pays entre les rivièresdes Poissons et Zwartkops fut envahi par les Cafres. On fut obligé d’évacuer plusieurs des postes militaires qu’on avait établis. Enhardies par ces succès, les tribus cafres, conduites par Dufaui, fils de Slambie, et par Makanna, cherchèrent à s’emparer de la ville de Graliam; mais elles furent repoussées, et obligées de faire retraite au delà de la rivière aux Poissons.

En 1819, le gouvernement du Cap ordonna une expédition guerrière sur le territoire cafre. On pénétra dans le district de Tanka et aux sources de la rivière Kat , puis le long de la côte jusqu’à l’embouchure de la rivière Key.

Makanna se constitua prisonnier, fut envoyé à l’île de Robben , et se noya en voulant s’échapper. On s’avança ainsi le long des montagnes et à travers les bois jusqu’aux sources des rivières Kcyskannna et Buffalo. On exaspéra les Cafres contre les Européens, en tirant indistinctement sur les femmes et les enfants, que ces peuples, que nous nommons barbares, respectent toujours dans

leurs guerres les plus acharnées. On s’empara, dans cette expédition, de plus de trente mille têtes de bétail , qui furent prises principalement à Slambie et à ses partisans. Lorsque les hostilités eurent cessé, le commandant de l’expédition eut une entrevue avec Gaïka, et il fut convenu que tout le pays entre les rivières Keyskamma et des Poissons serait évacué, considéré comme terrain neutre, et occupé seulement par des ostes militaires. Slambie fut déclaré ors la loi , et devait être livré par les Cafres eux-mêmes. Mais, malgré cet arrangement conclu entre Gaïka et le gouvernement colonial , Slambie , nonseulement n’a point été livré, mais il n’a pas été abandonné de ses amis, et il ne perdit rien de son influeneedans le pays. C’est l’histoire d’Abd-el-Kader.

En exécution de la convention conclue, les troupes de cette expédition furent employées à bâtir un fort et des baraques sur les bords du Keyskamma. Ce fort a reçu le nom de Willshire. Gaïka, obligé d’évacuer avec sa tribu le terrain déclaré neulre , ne put s’empêcher de remarquer ue ses allies et scs Bienfaiteurs étaient evenus ses oppresseurs.

Tels sont les principaux événements auxquels se réduit l’histoire des Cafres (Kousas), qu’il ne faut pas confondre avec les Zoulas, dont nous parlerons plus loin, et qui sont aujourd’hui des ennemis très-dangereux pour la colonie naissante de Port-Natal.

Tambouïkis; Amapondas; horde d’ouicine eiropéenhe; Amazizir; Mastatis.

Suivant une tradition cafre, il existe tout au nord de l’Amakosie une nation à longs cheveux plats et qui n’a rien de commun avec les Cafres; elle s’appelle Mathola. Sur la côte orientale, la tradition d’un peuple à longuechevelure s’était propagée depuis longtemps , lorsque Van-Iteenen trouva chez les Hambouas quelques vieux Européens qui avaient aonné lieu à cette croyance. Ce qui rend quelquefois les assertions difficiles à vérifier dans ce pays, c’est le changement de demeure et les émigrations des petites hordes , qui tantôt se réunissent, et tantôt s’éloignent les unes des autres ; en sorte qu’au bout de quelques généra-

MU

L’UNIVERS

tions elles n’en ont plus qu’un souvenir confus, ou sont devenues complètement étrangères les unes aux autres.

Les Tamboukkis, connus également sous les noms de Mathimbas ou Amalymbas , ne diffèrent pas beaucoup des Cafres (Kousas) leurs voisins. Les deux peuples ont la même langue, les mêmes usages, et sont depuis longtemps alliés entre eux. Les Tamboukkis ont dans leur langage moins de ces sons claquants, particuliers aux Hottentots, et que les Cafres paraissent avoir imités depuis qu’ils sont établis dans le pays qu’occupaient autrefois les Hottentots, entre les montagnes Neigeuses, la eôteet la rivière de Keyskamma.

Autrefois les Tamboukkis habitaient lus vers le nord-est au delà du Wittay ; ils étaient alors plus riches et plus puissants qu’actuellement. Il y a quelques années, les Tamboukkis furent surpris, battus et dépouillés par une horde de Fetchannas, dont l’origine est encore inconnue. Thompson en parle comme d'une troupe de brigands, et les appelle Ficanis. Chassés de leur sol natal, les Tamboukkis se retirèrent vers les frontières de la colonie ; et après le départ des Fetchannas ou Ficanis leur pays fut occupé par une tribu de Cafres sous le commandement d’un chef appelé Boukhou, Gis de Hinza. L’arrivée des Tamboukkis dans leurs demeures actuelles, entre les montagnes Neigeuses et les rivières Wittkay et Zwartkay , déplut d’abord aux colons blancs, voisins de la frontière, parce que ce pays désert leur avait servi comme pâturage à leur bétail et pour leurs chasses ; et ils étaient assez disposés à repousser les nouveaux occuants. Cependant le landdrost leur t sentir qu’ils n’avaient aucun droit aux terres hors de la colonie, et il les engagea, dans leur propre intérêt, à entrer en relations amicales avec les Tamboukkis. Les colons suivirent ce conseil, et s'en trouvèrent bien ; car il s’est établi depuis entre les colons et les Tamboukkis des relations qui ont tourné au profit de l’un et l’autre peuple. Les sauvages viennent librement dans la colonie, et les paysaus étendent leurs chasses jusque chez les Tamboukkis. Ceux-ci , loin de voler chez les colons,, ont plusieurs fois contribué à la restitution des bes-

tiaux dérobés par les Cafres et lesBoschjesmans. Par reconnaissance, le district de Somerset fit présent à Bouana de trente pièces de moutons et de cent brebis et chèvres. Bouana demanda, soit spontanément, soit d’après l’avis des colons, au landdrost de Somerset, que des blancs vinssent s'établir sur son territoire, pour lui enseigner l’agriculture et le protéger contre les Fetchannas. Cette demande ne fut pas accueillie; mais on lui insinua qu’il fallait solliciter l'établissement d’une mission , ce qui serait pour lui un gain à la fois sous le rapport de l'instruction et de la sûreté. Toute la contrée habitée par les Tamboukkis qui sont gouvernés par Bouana n’offre, pour ainsi dire, qu’un seul tapis de verdure; car la plupart des collines mêmes sont couvertes de plantes en hiver; les troupeaux y trouvent de l’herbe en abondance. Partout jaillissent des sources considérables; la contrée, surtout au nord-est du séjour de Bouana, où les missionnaires se sont établis, est bien arrosée : deux rivières la traversent, l’Oskraal et Ve Klipplaet. Cependant le bois y manque ; on n’a d’autre combustible que les saules le long des rivières, et les buissons d’épines dispersés dans la contrée. Pour trouver du bois de charpente il faut aller jusqu’au Zuurberg, qui fait partie des montagnes où la riviere d’Orange prend sa source.

Le climat du pays des Tamboukkis est plus froid en hiver que celui de la plus grande partie de la colonie du Cap ; cependant il y fait moins froid qu’aux environs de la rivière des Baviaans, du Groenberg et des montagnes Neigeuses.

Pendant le séjour du missionnaire Halîbeck au pays des Tamboukkis en 1827, dans la saison hivernale, le thermomètre n’y baissa jamais jusqu’au point de congélation. En été, la chaleur est assez modérée, grâce à l’élévation du terrain.

C’est dans le voisinage de ce plateau que naissent plusieurs des principaux fleuves de l’Afrique méridionale, tels que la rivière d'Orange, le Wittkay, la grande rivière des Poissons ; et, d’après pl usieurs observations hypsométriques, les sommités les plus élevées des montagnes Neigeuses se trouvent également dans le voisinage. On ressent ici , comme dans la partie adjacente de la colonie et dans

la Cafrerie, des vents violents; c’est là probablement la cause qui empêche les arbres d’y croître , et ce qui rendra difficile l’établissement des plantations.

C’est peut-être aussi pour cela que les cabanes rondes de Tamboukkis sont ordinairement appuyées contre un ou plusieurs troncs de mimosas, qu’on entrelace dans les roseaux de ces chaumières. Il pleut rarement en hiver ; mais il tombe un peu de neige, comme dans l’intérieur de la colonie du Cou. Au printemps et en été, des pluies d'orage viennent rafraîchir la terre. Il paraît que ces pluies ne manquent jamais ; du moins les Tamboukkis n’ont pas encore eu l’idée de pratiquer des irrigations.

Le pays abondait autrefois en gibier, tel que springbocks, couaggas, hartebeests, gnous, élans, etc.; alors il était infesté aussi de lions et d’autres bêtes féroces. Aujourd’hui les chasses ont réduit considérablement les diverses espèces de gibier et de bêtes féroces. Toutefois, le gibier n’y manque pas encore, et les lions causent quelquefois des ravages.

En s’avançant au nord-est le long de la côte, on trouve les Amapondas ou les Hambonas , qui sont également de race cafre. Les Amapondas sont d’une taille pluspetite,maismieux prise que les autres Cafres. 11 V a aussi quelque différence dans leur manière de s’habiller : tandis que la femme cafre s’enveloppe de la tête aux pieds dans un ample manteau plissé de peau de bœuf, sur lequel pend une triple rangée de boutons, et tandis qu’elle porte pour coiffure un bonnet haut comme celui d’un grenadier, et chargé d'une verroterie qui coûte quelquefois au mari plusieurs pièces de bétail , la femme amaponda, moins riche, ne porte qu’un manteau chétif, sans ornement , et n’a d’autre coiffure que ses cheveux. Il y a environ une vingtaine d’années, le pays des Amapondas fut envahi par une partie de la nation des Zoulas, qui après la mort deChaka (Tchaka) s’était divisée en deux tribus, dont l’une, commandée par Takou, fut chassée deson pays, et se jeta dès lors sur les Amapondas. Mais ceux-ci, aidés de quelques tribus cafres, les repoussèrent, et les forcèrent de rétrograder vers le nord.

Les Amapondas sont séparés des Tamboukkis par l’Umzoumvobo ou rivière

desHippopotames,quiest,selonM.Bain, la rivière de Saint-Jean du commodore Owen. C’est une belle rivière, qui abonde en hippopotames, et ses bords escarpés sont ombragés de beaux arbres de diverses espèces, dont plusieurs sont inconnues dans d’autres parties de la contrée. Le sol arrosé par l’Umzoumvobo est peut-être le plus riche de l’Afrique méridionale : tous les végétaux

? atteignent une hauteur prodigieuse; herbe s’élève en beaucoup d’endroits à trois ou quatre mètres, et présente de magnifiques pâturages ; les arbres atteignent jusqu’à trente mètres de hauteur, et les forêts qu’ils forment sont le repaire de nombreux troupeaux d’éléphants.

Les champs produisent des cannes à sucre, du millet et du maïs; rien ne surpasse leur fertilité. Tel est du moins le tableau que MM. Bain , Cowie et Green nous font de ce pays.

Il y a dans le pays des Amapondas, aux environs de l’Umzoumvobo , une horde qui excite un vif intérêt. Elle descend d’Européens naufragés qui se marièrent avec les femmes du pays. Ce fait, qui avait d’abord été révoqué en doute, paraît aujourd’hui bien démontré. On sait que le Grosvenor, vaisseau de la Compagnie anglaise des Indes, périt en 1782 sur les côtes de la Cafrerie. Une expédition qui, neuf ans après, partit pour s’enquérir du sort des naufragés , arriva dans le territoire des Amapondas; elle rencontra dans le voisinage du lieu de l’accident une horde d’environ quatre cents individus, issus du mariage d’Européens avec les indigènes, et trouva encore parmi eux trois vieilles femmes blanchesqui avaient entièrement oublié leur langue maternelle. La horde de mulâtres à laquelle elles appartenaient possédait des bestiaux, et avait de grands jardins plantés en sorgho, maïs, cannes à sucre, patates, bananes et haricots. « Elle devait, ditThompson, évidemment son origine à l’équipage de quelque navire jeté sur cette côte longtemps avantla catastrophe du Grosvenor ».

M. Bain signale les Amaclasabies et les Mujalies , comme habitants au nord de l’Umzoumvobo. Mais on n’a pas

L’UNIVERS

d'autres renseignements sur ces deux tribus de race cafre.

T .es Amaziiis (Barapoutsas?) sont une tribu qui vit au nord des Zoulas , sur les bords du Mapouta (Amazizi), Le capitaine Owen , occupé de travaux hydrographiques relatifs à cette région, donne les renseignements suivants sur cette rivière, qui se jette dans la baie de Lagoa. « Le cours du Mapouta est à peu près de quatre-vingts à quatre-vingtdix milles; il a son embouchure dans le coin méridional de la baie de Lagoa, vient du sud-ouest, et prend sa source vers le 27“ de latit. australe, et 31° lonit.orient.de Greenwich, dans un groupe e montagnes du pays des Vatouas ou Votouas (Zoulas). »

Les Amazizis ont beaucoup de gros bétail , de moutons , de chèvres et de volaille ; ils ne connaissent pas les chevaux. Ils savent fondre le cuivre etle fer; leurs forgerons fabriquent des houes, des sagaies , des haches et des aiguilles. Les hommes et les femmes fouillent la terre avec des houes. Les femmes coupent les tigesdu bléet les hommesbattentlegrain; on ne l’enterre pas comme chez les Cafres, on l’entasse sur la terre, et on le couvre avec de l’herbe. On cultive le sorgho, le maïs , les haricots , les melons d’eau et les courges. On prépare une boisson spiritueuse avec le sorgho. Les animaux sauvages sont les loups, les chacals, quelques espèces d’antilopes; plusieurs ae ceux qui appartiennent à l’Afrique australe ne sont pas connus dans cette contrée.

Lorsque des indigènes sont privés de leur bétail , et réduits au désespoir, il faut qu’ils deviennent voleurs ou qu’ils meurent de faim. C’est ce qui est arrivé aux Mantatis. Incapables de résister aux Zoulas, qui les accablaient par le nombre, ils furent pillés et expulsés de leur pays , se joignirent à d’autres tribus qui avaient partagé le même sort, et se précipitèrent comme un torrent sur les tribus de l’intérieur , faibles et peu belliqueuses. Les Mantatis suivirent le cours delà branche principale du Gariep, subjuguant dans leur route plusieurs hordes de Kousas; ensuite, ils marchèrent au nord, pillaut et dispersant toutes les tribus betjouanas avec lesquelles ils eurent quelque point de contact. Korrichané ,

capitale des Maroutzis , fut du nombre des villes saccagées et brûlées. Mais Makkaba, chef des Nuakketsies , tombant à l’improviste sur les Mantatis pendant qu’ils s’étaient divisés en deux troupes, les délit, et sauva ainsi son territoire. Après cet échec, les Mantatis dirigèrent brusquement leur marche au sud , et tombèrent avec furie sur une division des Barolongs, qu’ils pillèrent etd ispersèrent sans opposition. Lesuceès leur ayant procuré du bétail et du grain en abondance, ils continuèrent leur route au sud, vainquirent aisément les Tanunahas, et s’avancèrent enfin contre les .Matchapis. Ceux-ci auraient succombé à leur tour sans le secours des Griuuas, armés à l’européenne. Le bruit de la mousqueterie et les blessures faites par des armes invisibles leur causaient une surprise extrême; néanmoins, ils soutinrent l’attaque avec une fermeté bien plus digne de remarque que leur défaite finale. Cet événement eut lieu en 1822. Les déprédations des Mantatis avaient commencé deux ans auparavant. — Thompson pense que les Mantatis ont la même origine que les Ficanis , et qu’on doit les réunir en une seule bande ou tribu. En effet, le nom de Mantati signifie, en betjouana, maraudeur , de même que ficani, en cafre, signifie pillard.

Betjooanas (1); Les diverses tribüs de

Page 1