HABITENT
On donne te nom de Betjouanas aux nombreuses tribus de race cafre qui parlent la langue setchouana et habitent au nord et au nord-est de la rivière d'Orange jusqu’au delà du tropique du Capricorne. Les Hottentots leur ont appliqué la dénomination générale de Cafres.
Les Betjouanas ont de commun avec les Cafres ( Kousas ) un grand nombre de traits caractéristiques; de sorte que ce que nous avons dit plus haut des Cafres peut s’appliquer en partie aux Betjouanas. Le Cafre (Kousa) est plus belli-
(t) Ce nom s’écrit indifféremment Boutjouanas, Boutschouanas, Boutchouanaa, Beetjouonos , Bitjouanas, Biotutanas et Betjouanas. Nous adoptons la dernière orthographe. Le préfixe ba, hé, ou ma, signifie, suivant Burchell , homme , comme le suffixe qua dans la langue des Hottentots.
ueux , il a des manières plus rudes et
es mouvements plus passionnés; le Betjouana est plus persévérant , plus industrieux, et plus attaché à l’agriculture : cette différence s'exprime aussi dans leurs physionomies. Les Betjouanas se distinguent encore des Kousas par la solidité et la forme architecturale qu’ils donnent à leurs maisons , par l’art avec lequel ils fabriquent leurs armes et leurs oulils, et par leur constitution hiérarchique.
Les tribus des Betjouanas voisines l’une de l’autre sont souvent en guerre, ou alliéesentre elles contre unelroisième.
La principale de ces tribus c’est celle des Bachapins ou Matchappis. Ce que nous dirons de celle-ci s’appliquera en grande partie aux autres tribus moins connues , quisontles Nuakketsies ou JVanketzis , les Maroutzis ou Mouhourouzis , les Moqua inaam Macquinis, les Machaous, iesGohasou Koyas, les Morrimessanis, les Mampours , les Karriharrys , les Tammakas ou Batammakas , les Barolongs ou Morolongs, les Makwins ou Bamakwiins , les Bamurchars et les Mokarraquas (t).
Bachapins oc Matchapis (1); ville de Lrr-
TAXOU.
Les Bachapins ou Matchapis sont une tribu des Betjouanas, et appartiennent, par conséquent, à la race cafre. Ils vivent au nord des Korannas,dansune contrée ouverte, sablonneuse et assez bien arrosée. Ils doivent leur importance à la ville de Littakou, une des villes les plus considérables de l’Afrique australe, qu’ils habitent.
Leurs mœurs et leurs moyens de subsistance sont à peu près ceux des Betjouanas. L’autorité du chef passe du père au fils aîné ; les frères et les parents les plus proches partagent avec lui le pouvoir, mais en sous-ordre. Ce pouvoir est d’ail-
(1) L'orthographe de ces noms et de tant d’autres est estropiée de la manière la plus déplorable par les voyageurs et les géographes. Chaque au leur adopte à cet égard nue orthographe particulière. Il serait cependant bon de faire disparaître celte confusion de noms propres.
(a) Burchril écrit ce nom Bachapins; Campbell , Malcitaj/pis ; Thompson , Matchapis ; Kay, Malcllmpis.
leurs tempéré par l'influence des principaux propriétaires. Us sont souvent convoques par le chef pour donner leur avis : ces conseils s’appellent piicho.
Quand il s’agit d’une expédition guerrière, le chef ordonne une levée, et aussitôt tous les hommes ou ceux qui ont été désignés prennent les armes. Tous les Bachapins sont habitués, depuis leur enfance , a manier l’hassagaie , et ils ne quittent jamais leur demeure sans être munis de cette arme. Leurs guerres consistent plutôt en surprises et ruses, et en enlèvements de bestiaux , qu’en combats réglés. On cherche à envahir le pays de l’ennemi au moment où il s’y attend le moins, et à le surprendre au sommeil. C’est un honneur d'avoir tué un ennemi dans ces expéditions, n’importe de quelle manière; ils en conservent le souvenir glorieux en se faisant une incision à la caisse, et en rendant cette marque ineffaçable par le moyen de quelques cendres qu’ils frottent d'ans la plaie fraîchement faite. Burcheil et Lichtenstein ont vu des indigènes qui avaient une demi-douzaine de ces signes d’honneur.
Le but de leurs guerres est le pillage plutôt que la destruction de leurs ennemis : ils enlèvent des troupes considérables de bestiaux. Quelquefois ils font des prisonniers de guerre, qui deviennent leurs serviteurs; mais il ne paraît pas qu’ils les regardent tout à fait comme esclaves, ni qu’ils les vendent à une autre tribu. Us les rendent d’ailleurs contre une rançon.
Dans leurs alliances , les Bachapins sont un peuple inconstant et égoïste. Ils sont alternativement les amis et les ennemis des tribus voisines ; ils font alliance avec les uns pour piller les autres; mais ils ne sont jamais alliés avec les Boschjesmans, dont les brigandages leur inspirent une antipathie profonde.
Il y a dans cette tribu une classe misérable, qui n’a d’autres moyens de subsistance que la citasse et la recherche des racines sauvages; aussi est-elle d’une maigreur effrayante. Les serviteurs des riches n’ont qu'une portion de lait, et sont obligés de pourvoirait reste de leur subsistance comme ils peuvent. Le chef a droit au poitrail de tout animal tué par un de ses sujets. On prétend que la peine
iQogle
L’UNIVERS
de mort attend quiconque enfreint cette loi.
Les Bachapins n’ont point de religion.
Burchell n’a pu découvrir chez eux aucune notion d’un être suprême. Ceux qu’il interrogeait a ce sujet répondaient que chaque chose dans ce monde venait spontanément ; aussi ne pratiquent-ils aucune espèce de culte. Cependant ils redoutent un être malfaisant, auquel ils attribuent tout ce qui leur arrive de fâcheux : ils le nomment Mouliimo, ou diable. Afin de détourner les effets de sa malignité, ils se munissent d’amulettes, tels que des morceaux de cornes d'antilopes, arrangés d’une certaine façon.
ils ont des idées superstitieuses relativement aux moissons. Pendant tout le temps qui précède immédiatement les moissons, la loi défend de tuer certains animaux; on s’abstient aussi du commerce d’ivoire. Ils croient aux présages et à la sorcellerie. « A ce sujet, dit Burchell , ils tombent dans les plus randes absurdités. Moulihaban, chef es Bachapins, était mort quelques mois avant mon arrivée. Quoique cette mort fût l’effet des infirmités de son âge, ses sujets l’attribuaient aux sortilèges de Makrakki , chef des Nuakketzies , d’abord son ami, puis son adversaire. Mattivi et ses gens en étaient si fermement persuadés, qu’ils avaient résolu de se venger par des attaques et des pillages. En vain Makrakki, pour captiver la bienveillance de son ennemi, lui envoya-t-il des bœufs en présent : à Littakou on les déclara ensorcelés, et Mattivi s’en défit au plus vite. »
L’apparition des météores les alarme beaucoup ; si dans ce moment ils dansent, aussitôt ils se retirent dans leurs maisons. Ils attribuent à la saison des pluies tous les biens qu’ils éprouvent, et à un être surnaturel tous les maux , tels que les maladies, les mauvaises récoltes, la mort. On ne doit pas tuer d’éléphant pendant la croissance du blé, ni toucher aux défenses de cet animal avant qu’une certaine quantité de pluie soit tombée, parce qu’autrement celle qui est nécessaire ne rafraîchirait pas la terre. A l’apparition de la nouvelle lune tout travail doit cesser, et on observe une sorte de jour férié. Chez
tous les peuples qui n’ont ni lampes ni chandelles il n’est pas étonnant que le retour de la nouvelle lune soit hautement apprécié; un feu assez faible, qu’il faut sans cesse entretenir, ne supplée qu’imparfaitement à la clarté de la lune.
Quoique les Bachapins aiment beaucoup le sel, ils ne veulent ni entrer dans un lac salé, ni en prendre la moindre parcelle, parce que cela est contraire à leur loi ou coutume; mais si une autre personne leur apporte du sel, ils l’achètent, comme un objet de commerce.
Quand une femme accouche de jumeaux, l’un des enfants est mis à mort.
La même chose se pratique pour les vaches; l’un des veaux est égorgé. La première matinée qui suit les récoltes , on laisse les vaches sortir du kraal sans les traire; mais on les trait à midi. Dans cette même mati née on attache beaucoup de tiges de sorgho à l’enclos qui entoure la maison; c’est pour que le bétail les mange, et qu’il ne devienne pas malade en se nourrissant de la paille laissée dans les champs. Quand le bétail meurt de maladie, le propriétaire doit fixer un roseau à l’entrée de l’enclos; on observe la même pratique quand quelqu’un de la famille est malade, afin que personne n’entre , à moins d’être invité.
Les Bachapins ont de bonnes qualités : ils sont laborieux, vivent généralement d’accord entre eux, et se comportent en public avec beaucoup de décence. Burchell ne vit jamais de querelles parmi eux , ni des accès de colère. Leurs femmes passent pour fidèles ; il est vrai que le mari a un pouvoir terrible sur elles. Les Bachapins aiment la propreté dans leurs demeures; mais il ne faut pas la chercher sur leurs personnes. Des vices notables entachent aussi leur caractère : ils sont menteurs et rusés ; ils n’exercent aucune hospitalité, etn’ont aucune horreur du meurtre.
Quand la famille de la victime ne venge pas sa mort, le meurtrier peut demeurer impunément dans sa tribu ; personne ne lui reproche son crime.
Le défaut d’hospitalité a fait naître une coutume qui ressemble à celle des proxènes chez les anciens Grecs. Les Hottentots de Klaarwater qui vont à Littakou pour faire le trafic choisissent un correspondant, ou maat, chez
lequel ils logent , et qui leur fournit ce dont ils ont besoin. Ils l’indemnisent en lui donnant du tabac. Quand ce maat vient à Klaarwater, il loge à son tour chez le Hottentot qu’il reçoit habituellement.
Les Bachapins aiment la musique, quoiqu’ils n’aient pour tout instrument qu’une flûte de roseau. Leurs chants ne sont pas dépourvus de mélodie.
On habitue les Bachapins, dès leur enfance, à pratiquer les métiers qui doivent les faire vivre dans l’âge mûr : ce sont les jeunes garçons qui gardent les troupeaux dans les pâturages, sous la surveillance de quelques hommes âgés.
Les hommes se livrent à la chasse, vont au pillage, apprêtent le cuir et les vêtements, même ceux des femmes, qui, à la vérité, ne diffèrent guère de ceux des hommes; ils ont soin des bestiaux, et s’occupent à faire des outils et ustensiles de ménage, tandisque les femmes construisent des chaumières, sèment et moissonnent les grains , vont chercher de l’eau et du bois, et préparent les aliments. Les Bachapins ne montrent leur force physique que dans les longues marches qu'ils sont capables de faire, et dans la vigueur avec laquelle ils lancent leur hassagaye; dans d’autres exercices ils nesurpassent point les Européens. Ils ont les mains et les pieds plus gros que les Boschjesmans et les Hottentots. Les traits de leur visage manquent souvent de proportions comparativement à ceux de l’Europe. Quelques Bachapins ressemblent aux Nègres de la Guinée, et d’autres aux Hottentots ou auxKoras, avec lesquels ils s’allient fréquemment.
Les Bachapins n’ont pas en générai le nez épaté et les lèvres épaisses des Nègres ; leur menton n’est pas pointu , et le bas de leur figure n’est pas rétréci comme chez les Hottentots. Les femmes, étant d’une courte taille et sans grâce, offrent d’autant moins d'attraits qu 'elles s’afflublent au point de ressembler à des paquets de peaux : elles en portent une par-devant en forme de tablier, appelée makkoabi ou mateino , et une autre par-derrière, qu’elles nomment mouseisy. Leurs jambes sont entourées de gros anneaux de cuir, qui leur donnent un air lourd, mais qui les garantissent des épines dans les plaines. Elles
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ont de la vivacité dans leur jeunesse ; mais dans un âge mûr les soins du ménage et la subordination à leurs maris les rendent graves et soucieuses. Les maris les achètent de leurs parents, et ne les considèrent que comme des servantes qu’ils ont acquises pour bâtir leurs chaumières et préparer leurs repas. Dix bœufs sont considérés comme un prix élevé pour une femme; la plupart se donnent pour moins de cinq. Les pauvres, qui ne possèdent souvent qu’un manteau sur le dos, ont leurs femmes presque pour rien.
Les bracelets que les Bachapins reçoivent des Maroutzis et d’autres tribus sont faits en poil de girafes ou d’autres animaux , et entourés de Gis de cuivre. Quelquefois on fixe de petits anneaux, à distances égales , autour de ces fils (1 ). Il y a des femmes qui en entourent les coudes et les genoux. Leurs couleurs favorites sont le noir, le blanc et le bleuclair.
Les femmes mettent un soin particulier à leur coiffure. Il semble d’abord qu’une chevelure laineuse n’est pas susceptible de beaucoup de façons; cependant elles sont parvenues à diviser cette laine en petites mèches très-fines , qui partent du sommet et pendent de tous les côtés de la tête. La graisse et le sibilo donnent de la consistance à ces mèches. Un étranger a de la peine à se persuader quec’est une chevelure naturelle, et que ce n’est pas une coiffe particulière, appliquée sur la tête. Les femmes
Îiauvres ne donnent pas tant de soin à eurs cheveux.
Le costumeordi naire des hommes consiste en trois pièces : le kobo ou le manteau ( plusieurs peaux cousues ensemble ); 1 epukoje, ou le tablier, et les lichaaku., ou sandales de cuir de bœuf;
(1) Lichtenstein a fait analyser ce cuivre par Klaproth, qui l’a trouvé composé de quatrevingt-treize parties de cuivre pur et de sept parties d’étain ; c’est donc un alliage qui ressemble au bronze des ancieus. Or, comme on n’a pas encore trouvé dans l’Afrique méridionale de métal de celte composition, Lichtenstein présume que le cuivre de cette natiou leur vient du nord , et que c’est peutêtre un bronze ancien que les Calres auraient conserve dans leurs émigrations.
I ephurtt estone espèce decalottedecuir.
Ils y joignent, comme ornements, des anneau* d’ivoire portés autour du coude. Les personnes moins riches ont ces anneaux faits avec des boyaux d’animaux ou de l’écorce. On orne les bracelets de cuivre et de verroterie. Les plus superstitieux ont des amulettes suspendues au cou. l.elekaaka, ou boucle d’oreille, est une laine de cuivre assez épaisse et de deux à cinq pouces de longueur.
Quand les Bachapins peuvent se procurer des boutons de métal , ils ne manquent pas de s’en décorer. Sur la tête ils portent quelquefois des bouquets de poils, provenant de la crinière ou de la queue du kakung, du kaama , ou d’autres espèces d'antilopes. Ceux qui veulent y mettre quelque raffinement se font raser la tête par plaques, et sillonner, pour ainsi dire, leur chevelure touffue. Quelques-uns rasent toute la tête, à l’exception d’une mèche qu’ils laissent subsister sur le sommet, et qui pend par-derrière.
Les Bachapins ont leur peau tellement couverte d’ocre et de sibilo, qu’on en distingue rarement la véritable couleur. Ils portent suspendus au cou divers outils, tels que le tipa ou couteau, dont la gaine est en bois ou en corne, quelquefois sculpté, et une aiguille ou alêne ( thako ), renfermée aussi dans une gaine de cuir. A l’aide de cette alêne et du ftl fait de boyaux, ils cousent ensemble leurs cuirs et leurs peaux. Souvent ils portent au cou un petit sifflet dont le son leur sert de signal a la chasse. Quand le soleil est tres-ardent, ils portent quelquefois une espèce de parasol fait en plumes d’autruche, et d’une forme assez élégante. Ils emploient les petites plumes noires de l’autruche pour les attacher autour d’un bâton qu’ils emportent a lâchasse. Quand un animal féroce s’élance sur lechasseur, celui-ci liche le bâton en terre, et se sauve; l’animal se jette dessus, et l’homme a le temps nécessaire pour se mettre en sûreté, ou pour appeler ses compagnons.
Leurs connaissances métallurgiques sont très-imparfaites. Ils appellent le fer tsipi, et le cuivre tsipi e kubilu, c’est-àdire fer rouge; par le nom de tsipi e tseka ( fer jaune ) , ils désignent tout à la fois l’or et le laiton. Quant, à l’argent,
ils l'appellent tsipi e chu, ou fer blanc. D’après cette nomenclature, le fer tsipi serait la base des autres métaux : il n’y auraitdedifférencequedansla coloration.
C’était aussi la l’opinion des alchimistes.
Dans un climat aussi sec que celui de la plaine de Littakou, les maladies sont en petit nombre. La variole a fait une ou deux fois quelques ravages; beaucoup d’habitants en moururent ; d’autres en ont conservé les marques. Burchell n’y a vu aucune trace d'elèphantiasis ou de lèpre, quoique des tribus plus méridionales n'en soient pas exemptes.
On rencontre chez les Bachapins quelques cas d’ophthaimie; mais Burchell n'a vu qu’un seul cas de cécité. Ils ont des gens qui font métier de traiter les malades; mais leurs connaissances médicales se réduisent à quelques pratiques superstitieuses. Cependant, ils font usage de remèdes chirurgicaux ; ainsi , pour arrêter l’action du poison dans les plaies faites par les flèches empoisonnées des Boschjesmans, ils brûlent la chair tout à l’entour de ces plaies. Ils appliquent aux blessures faites par les hassagaies ordinaires un onguent composé de graisse et de charbon pulvérisé.
Leur agriculture est fort simple, et abandonnée aux femmes. Ils labourent les champs avec une espèce de houe, à la profondeur d’environ quatre pouces.
Ils sèment leur blé en août ou en septembre, suivant l'arrivée plus ou moins tardivedes pluies, et ils le moissonnent vers le mois d’avril. Ce blé ( Holcus Cafrorum) ressemble au maïs, avec la différence que les épis, au lieu d’être fusiformes, sont groupés en bouquets. Les Betjouanas l’appellent mabbile; ils en mâchent les tiges, qui renferment une quantité notable de sucre. Pour s’en nourrir, on fait ordinairement bouillir le grain; quelquefois, après l’avoir broyé, on y mêle du lait, et on en fait une pâte qui finit par s’aigrir et qu’on appelle boukobi. Iis cultivent aussi beaucoup une espèce de petite fève appelée lenowa ( Dolichoscatiangb.). Cette plante a environ un demi-mètre de haut et n’est pas grimpante ; les fleurs sont , suivant les variétés, d’un beau bleu; ou jaunes; les gousses sont droites et disposées par paires. Burchell se procura les graines de plusieurs végétaux que les Bachapins cul-
tiventdans leurs jardins; on y remarque surtout le melon d’eau, qu’ils appellent lekatoni. Ils distinguent les variétés à pépins jaunes, rouges, verts et noirs.
Ils ont aussi une espèce de melon d’eau appelé le chuatze, qu’ils mangent cuit , ainsi que le potiron ou le poutzi. La ealebasse( sik/two) est cultivée à cause de son fruit , qui leur sert de vase à boire et de pot au lait. Il est étonnant qu’étant si avides de tabac, ils ne cultivent point cette plante. Interrogés pourquoi ils ne cultivaient pas eux-mêmes le tabac, au lieu d’en mendier, ils répondirent que ce n’était pas la coutume. Ainsi , chez les Bachapins comme ailleurs, on est esclave de la routine. Cependant ils reçurent avec reconnaissance les pommes de terre et les noyaux de pêches que Burchell leur donna à planter.
La disette d'aliments se fait souvent sentir chez les Bachapins. Il n'y en a qu’un petit nombre qui vit dans l’abondance; les autres sont réellement tour»
mentés par la faim , et n'ont d’autre ressource que de parcourir la campagne pour déterrer des racines; car on ne trouve dans le pays d’autres fruits que les baies de quelquesbuissons rabougris. Les racines qu’on rencontre le plus fréquemment dans la plaine de Littakou appartiennent à des espèces particulières de Gladiolus ( Gladlolus edulis, B. ) et de Babiana ( Dabianahypogæa ). La racine que les indigènes appellent tama est remarquable par sa grosseur; elle appartient à la seule espèce de Bauhinia qu’on ait encore rencontrée dans l’Afrique méridionale. Cette plante a des branches longues et minces, se répandant sur le sol à une distance de deux à trois mètres ; les feuilles sont rondes et bifides , les Heurs jaunes , très-grandes ; les gousses, énormément longues, contiennent des graines brunes, semblables aux fèves. Elle ne croit que dans les plaines sablonneuses; sa racine atteint la longueur d’un demi-mètre sur un diamètre d’environ dix-sept centimètres. Séchée, elle a une couleur rougeâtre, et ressemble à la racine d’igname ( Dioscorea alata) ; mais le goût en est astringent : les i ndigènes corrigent cette âcreté en faisant cuire la racine dans du lait. On mange aussi les graines de la plante appelée tammani; ét on les enfile pour des colliers.
L’industrie des Bachapins ne se montre que dans la construction de leurs maisons et dans leur manière de coudre le cuir. Ils ne connaissent pas la tannerie, et c’est à force de frotter, gratter et tendre les peaux qu’ils les apprêtent. Leurs kobos ou manteaux sont composés quelquefois de soixante à quatre- vi ng ts peaux artistement cousues ensemble ; ces peaux proviennent de petits animaux, que les indigènes distinguent par les noms de inghè , kotokwi , kkaloui et nakeeri; la première espèce est la plus commune.
On prend aussi la peau d’une espèce de chat à fourrure tachetée; on le nomme kakikan : c’est le Felis nigripes de Burchell. Il est a peu près de la taille du chat domestique, de couleur rousse, et entièrement marqué de taches noires plutôt oblongues que rondes; le sommet de la tête est d’une couleur plus fondée que le corps. Les poils du corps ont environ un pouce de longueur. Pour garder leur lait , les Bachapins le mettent dans une peau de bœuf cousue en forme de sac, et munie d’une embouchure en bois.
Comme ce vase n’est presque jamais nettoyé, le lait s’y aigrit promptement. Ils font aussi des pots de terre en argile bien
Eétrie, mêlée à delà cendre et de l'herbe achée ; mais ils ne savent pas vernir cette poterie, faite à la main. Leurs cuillers, qu’ils appellent louchoua, sont taillées en bois dur de mokaala ou d’acaeia des girafes. Ils sculptent sur ces cuillers des arabesques qui ne sont pas dépourvues d’une certaine élégance ; ils relevent ces ornements en noircissant le fond à l’aide d’un fer chaud. (Voir la planche.) Au reste , les dessins par lesquels ils veulent imiter des objets naturels annoncent l’enfance de l’art. On montra des dessins d’animaux à Burchell , qui eut de la peine à reconnaître les animaux qu’on avait voulu représenter. On voit quelquefois entre leurs mains des couteaux et d’autres outils dont les manches ont des figures sculptées ; c’est l’ouvraae des tribus qui demeurent plus au nord, et qui savent très-bien travailler le fer, indice d’un degré de civilisation plus avancé.
La ville de Littakou (1) , qu’habitent
(i) Quelques-uns écrivent indifféreranieut Litakoun, Takoun , Lattakou.
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148 L’UNIVERS
les Bachapins, est, suivant Burchell , située a 27° 6' 44" latit. australe, et à 24° 39' 27" long, orient. (Greenwich); elle est éloignée du Cap d’environ neuf cent soixante-douze milles dans la direction du nord-est. C’est la ville la plus considérable de l’intérieur de l’Afrique australe; elle est le but de la plupart des voyages que les Européens ont entrepris pour visiter ce continent, en partant de la ville du Cap. La côte la plus proche est celle de Natal. On distingue l’ancien' et le nouveau Littakou. L’ancien chef-lieu étaitsitué sur le Kourouman, et avait été visité par Truter et Somerville en 1801, époque à laquelle il contenait environ douze mille habitants. La plupart émigrèrent dans la suite, en se portant au nord-est avec Makkraki, leur chef, qui avait eu une querelle avec Moulihaban, au sujSt d’une femme que l’un avait enlevée à l’autre. Le chef- lieu actuel (Nouveau-Littakou) est situé dans une plaine qui était autrefois couverte d’acacias.
Chaque kosi ou homme puissant a bâti sa maison à l’endroit qui lui a convenu, et ses parents, amis et serviteurs. ont groupé leurs demeures autour de la sienne. En 1812, Littakou se composait d’une quarantaine de groupes de maisons contenaut de cinq à six mille habitants. Chaque demeure occupe une aire circulaire de quarante à soixante pieds de diamètre, entourée d’une haie épaisse , impénétrable à une hassagaie et aux bêtes féroces; elle fournit un bon abri contre les vents violents. Une entrée étroite, qu’on ferme le soir par une porte treillée, conduit dans l’enclos, dont -la maison occupe le centre. La porte de la maison,' qui est de forme circulaire , est un trou ovale, assez grand pour qu’un homme puisse y passer. Quelques maisons ont des cloisons qui forment deux ou trois petites chambres, probablement
Îiour séparer les parents et les enfants; a chambre centrale a souvent la forme d’un cône ou d’une demi-ellipse. Les cloisons et l’aire de ces chambres sont en argile et très-lisses. Le toit est en chaume ou plutôt en gazon très-long que fournit la plaine d’alentour. Les habitants conservent leurs grains dans des espèces de jarres ovales , faites en branches d’arbres recouvertes d’argile. Chez les riches, toute la partie postérieure de leur habi-
tation est remplie de ces jarres plus ou moins grandes. Ce qu’il faut louer surtout dans les maisons des Bachapins , c’est l’ordre et la propreté : on n’y voit point de poussière ni d’ordure ; le sol est soigneusement nettoyé.
Les collines qui environnent Littakou sont de forme aplatie et garnies seulement de quelques arbrisseaux , parmi lesquels on distingue une espèce de Vanyueria, à laquelle Burchell a donné le nom d einfausla, probablement parce que les indigènes regardent cette plante comme ensorcelée (1). (Voir la planche.) Dans la plaine on trouve une demidouzaine d’espèces d’acacias , parmi lesquelleson remarque l’acacia Litakunensis de Burchell.
Littakou et Tombouctou sont les stations les plus importantes pour des voyages d’exploration qu’on pourrait tenter dans les régions inconnues de l’intérieur du continent africain.
Les Nuakketsies sont au nord des Bachapins. Leur chef-lieu est Mélitta , ville plus considérable queJLittakou. Ils se distinguent des autres tribus par leurs connaissances métallurgiques; grâce à l’industrie du fer et du cuivre, dans laquelle ils excellent, ils se rendent en
et des armes, parmi lesquelles on remarue surtout une espèce de hassagaie, ont le travail vraiment admirable ferait honneur au plus habile forgeron d’Europe. Suivant Campbell, les Nuakketsies ne fabriquent pas eux-mêmes les anneaux de cuivre qu’ils vendent aux Bachapins : ils les reçoivent d’une nation à l’est , ou lus voisine de l’océan indien. — LesNuaketsies portent aussi le nom de IV anketzens ou tVankitz, d’après un de leurs anciens chefs. Leur langue et leurs mœurs diffèrent peu de celles des autres Betjouanas. Mais les Nuakketsies ont, dit Campbell, des magasins plus consi-
(i) Celte plante est remarquable en ce que c’est la seule espèce de Vangueria (famille des Rubiacées) qu’on ait rencontrée dans l’Afrique australe. (J ne autre espèce existe à Madagascar. Burchell en donne la caractéristique suivante : Frutex 4-y pedalis. Folia lomentosa ovatO'Subrotunda , sape acumutnUi , decuina.
dérables pour conserver leurs denrées, et de plus grands vases de terre pour leurs rains ; ils cultivent plus de terre, et ont es pois, des feves et des melons plus abondamment que leurs voisins. Ils ne se peignent pas autant que les Bachapins, et sont très-propres dans leur ménage.
L’air de leur contrée est plus humide nue le long de la rivière d’Orange; l’herbe est plus aigre, et ressemble à celle qui croît près de la côte. Dans quelques endroits il y a de vastes forêts. Le chef a plus d’autorité que ceux des autres tribus brtjouanas.
Burchell nous apprend que les plantes de la famille des Protéacées , qui caractérisent la flore du Cap , reapparaissent dans le pays des Nuakketsies, après une interruption de sept degrés environ de latitude.
Les Maroutzis habitent, à l’est des Nuakketsies, une ville considérable, appelée Korritchané. Ils savent également travailler le fer. Ils fabriquent des pioches , des doloires , des haches de bataille , des couteaux, des sagaies, des rasoirs, des alênes , des tarières , des tenailles de forgeron , des marteaux , des anneaux ; en ivoire , ils font des manches de couteau , des sifflets , des anneaux pour les bras et les jambes; en cuivre, des anneaux pour le cou, les bras , les jambes, des pendants d’oreilles ; en jonc, des paniers et des bonnets ; en cuir, des manteaux, des bonnets; des sandales, des boucliers; en bois, toutes sortes de plats et de cuillers ; en pierre , des pipes. Leur fer équivaut à l’acier.
Ils cultiveut beaucoup de tabac , pour leur usage et pour le commerce ; ils en font cuire les feuilles , ce qui diminue beaucoup sa force, etle rend insipide pour les personnes accoutumées au tabac préaréd’une autre manière. — Us font de la ière avec du sorgho moulu ; elle est de la couleur du lait foncé, et aussi épaisse qu’une décoction de gruau. Son goût est à peu près celui de la bière anglaise, une heure après qu'elle a été brassée.
Les Maroutzis ont beaucoup de bétail ; et il y a dans leurs kraals un enclos ublic où l’on tue les moutons et les œufs. La tranquillité qui règne la nuit à Korritchané frappe un étranger : « Elle est si grande , dit Campbell , que lors-
que le temps est calme, si quelqu’un tousse fortement, aussitôt tous les chiens d’alentour aboient. Le silence est peutêtre prescrit, afin qu’on puisse mieux entendre l’approche de l ennemi. La loi défend de faire usage d'un sifflet après l’entrée de la nuit , probablement parce que c’est le sifflement qui donne l’alarme quand l’ennemi arrive. »
L’usage des proxènes existe à Korritchané comme a Littakou. Le signe par lequel on s’engage à une ho*pitalité mutuelle consiste a prendre son hôte
fiar le nez. Campbell remarqua que tous es enfants, de même que les adultes , avaientété vaccinés entre les deux sourcils. Le chef lui dit que les Maroutzis recevaient la matière de l’inoculation des Mahalasilas, nation du nord-est qui porte des habits, monte des éléphants, et se compose de dieux. Ils^fenent le vaccin aux Maroutzis, ma^Pe leur disent point comment ni d’où ils l'obtiennent. — Les Maroutzis pratiquent la saignée en faisant une incision depuis la partie inférieure de la cuisse jusqu’au milieu de la jambe. Ils font aussi des incisions aux tempes, pour se guérir des maux de tête. Ils causent ainsi souvent des anévrismes par la lésion des artères.
Les mœurs et les coutumes des Machdous ( Bamuchars de Burchell) diffèrent peu de celles des Bachapins. Leurs maisons sont bâties à peu près de la même manière, excepté qu’elles ont devant la façade une espèce de terrasse : c’est un espace large d'un inètre, élevé d’environ quinze centimètres au-dessus du sol, et dessiné en forme de croissant.
— - Les Machâous connaissent 1’moculation de la petite vérole, et font l'incision au front, ils disent que la connaissance de ce moyen préservatif leur vient d’hommes blancs, établisau nord-est de leur pays; ils croient qu’il ne prévient pas la maladie, mais qu’il en diminue la violence. — Ils n’ont pas la coutume de loger les étrangers ; ils les envoient dans un enclos particulier. Souvent il se passe ' un jour entier avant qu’on leur offre quelque chose à manger. Peut-être fautil chercher l’origine de cet usage dans la disette dont la contrée est souvent affligée. .Les Machâous habitent la ville de
L’UNIVERS
Potani, à l’ouest de Littakou , sur les bords du Kourouman. Campbell comptait en 1820 dans le territoire Patani trois cent vingt-trois mai.-ons, réparties dans huit quartiers séparés. A cinq individus par maison, on put estimer le nombre des habitants a mille six cent quinze.
Les Mokarraquas habitent, au nordouest des Machâous, une contrée sablonneuse, et manquent d'eau. Us sont peu nombreux.
Les Tammakas ou liatammakas habitent à l’est de Littakou. On les connaît aussi sous le nom de Cal'res rouges. Leurs maisons ressemblent à celles des Korannas. Le chef-lieu de cette tribu se trouve , sur la carte de Burchell , à 26° 56’ latitude australe, età25°48' lonaitrnlgjâent. (Greenwich).
l)a^P pays des Maroutzis , le vent, en hiver, souffle généralement du nordest; dans le pays des Machâous. du sudest; et dans celui des Tammakas , pendant le jour, du nord-est, et pendant la nuit, du sud-est.
Les Baroloiigs ou Morohngs vivent au nord-est de Littakou ; ils se divisent en deux sons-tribus, les Marrouwonnas et les Maibous.
Les Gohas ( Gokas ou Kolas) habitent, à l’ouest des Mantatis, sur les bords du Donkin , l’un des affluents de la rivière d’Orange. Leurroi actuelsenomme Sakanna. Il y a dons le pays un tel manque de bois, qu’on n’en a pas pour faire les clôtures des kraals à bétail. Ils font des cordes avec la queue des gnous.
Les tribus des flor/uoins, des Maqvins ( Maquainas ou Moquainas ), des Merre- Moulsans( Morrimessanis ) vivent entre le 26' et 24e degré latitude australe, à l’est des Maroutzis. Leurs demeures ne sont pas stables. Tous ces peuples paraissent avoir eH des relations avec les Portugais par la baie de Lagoa.
Les Mampours demeurent sur les bords du grand désert. Ils sont en guerre continuelle avec les lvallikarris. On n’a sur eux que des renseignements trèsvagues.
Les Kallikarris (Karrikarris, Makarrharis, Bakarrikarris , Kalliharrys) habitent , au nord-ouest de Littakou, sur la lisière du grand désert austral. Le
chemin qui conduit de Littakou à Kallikarri est parsemé de différentes espèces d’acacias, parmi lesquelles il y eu a d’entièrement inconnues. Le nom de Kalli karris signifie Betjouanas pauvres, parce qu’ils n’ont ni bœufs ni moutons. Quoiqu'ils aient un chef, ils se regardent comme indépendants. Ils se servent de la hassagaie , et , de même que les Boschjesrnans, ils creusentdes fossés pour prendre des animaux. Quand ils sont appelés pour une expédition de pillage contre leurs voisins, tout ce qu’ils gagnent doit être livré a leurs supérieurs , et il dépend de la générosité de ceux-ci de leur en donner une portion. Il leur est défendu de porter des manteaux de peau de cheval , ou tout autre vêtement qui indiqueun rang distingué: ils n’emploient que les peaux dont les riches ne font pas usage. Quoique nombreux, ils vivent éparpillés; un petit nombre seulement habite près du chef. Leurs pays est traversé par le Meloppoou Melop (Nosop), rivière large et rapide jusqu'aux environs de Setaabi ; coulant ensuite au milieu de cavités profondes, il diminue à un tel point, avant de se réunir au Kourouman, à Kuissy, qu’il est entièrement àsec , sauf dans la saison pluvieuse. Les rivières voisines du Meloppo , et toutes celles qui coulent entre Littakou et le Kourouman , se jettent dans ce dernier pendant la saison des pluies ; alors seulement le Kourouman arrive à la rivière d’Orange , mais à toute autre époque il ne lui apporte pas une goutte d eau.
Le plateau elevé et désert qui s’étend de 25" à 15" latitude australe , et probablement au delà, mérite le nom de grand Sahara méridional ■ L’horizon e-t borné par une plaine sablonneuse. Il n’y a pas (('Européen qui ait traversé cc désert en entier, de l’est à l’ouest, ou du sud au nord. Les premiers renseignements un peu précisqu’on aitde ce grand désert sont de Jean Hendric, instituteur griqua, dont parle Campbell. Hendric avait parcouru une partie de ce désert, dans l’ouest, parallèlement au pays des grands Namaquas; partout il l’a trouvé couvert de sable. La surface du sol est rarement unie : elle offre des renflements entre lesquels le terrain est couvert de touffes éparses d’herbe flétrie.
Il n’y a pas un seul arbre; çà et là se
montre un chétif arbuste. Mais Hendric y rencontra en abondance le melon d'eau sauvage, que l’on peut avec raison appeler l’ami du désert. Quoique d’un goût fade, c’est un mets précieux pour les habitants solitaires de ce Saliaradu Sud : la partie aqueuse etanche la soif, et les graines dont ce fruit est rempli servent de nourriture. On a coutume de l’ouvrir et d’en retirer les graines , que l’on fait rdtir et que l’on mange; puis on fait cuire ce qui reste ; on verse l’eau dans un vase; et après s’étre nourri de la pulpe restée dans le pot, on conserve l’eau et on la boit quand elle est refroidie. On a aussi recours à une autre méthode : on creuse un trou eu terre, on le remplit de ces fruits, on les recouvre de sable , et on allume un grand feu par-dessus. Lorsque les melons sont suffisamment cuits, on les retire; on verse d ans des coqui Iles d’oeu fs d’a utruche I Vau qu’ils contiennent, etl’on mange la pulpe. Ce fruit a été merveilleusement adapté parla Providence auxbesoinsdesindigèues; car ordinairement il conserve sa fraîcheur pendant deux ans ; de sorte que s’il ne tombait pas de pluie pendant cette période, les indigènes trouveraient dans cette production tout à la fois les moyens de se désaltérer et de se nourrir. Les habitants du désert font aussi la chasse aux éléphants , aux girafes et aux quaggas.
' Hendric n’avait pas vu d’eau courante dans ie grand Sahara austral ; mais après la saison des pluies il y a des mares dans les cavités du sol. il avait aussi entendu parler d’un lac salé. Les habitants sont éparpillés à la surface -de cette contrée; ils fuyaient généralement la troupe dont Hendric faisait partie. Il apprit également que le désert se orolonge au nord jusqu'au pays desQuabis, dont le nom signifie herbe au genou. Ses courses au nord et dans l’est du désert ne s’étaient pas étendues au delà de Quisé , qu’il comparait , pour les dimensions, à la ville de Littakou.
Hendric fournit aussi quelques renseignements sur plusieurs tribus trèspeu connues au nord-est de Littakou.
Près des .Moquainas vivent les Magalatzjnas (Mahalasilas), qui vendent aux autres tribus des objets d’habillement et des verroteries de manufacture euro-
péenne ; ils montent des éléphants , et se servent de buffles pour traîner les charrettes ; ils ont le teint brun et la chevelure longue. Après eux et au sud-est des Nuakkelsies, on trouve les Makluutuas ; ensuite vienuent successivement les Mounch uyanès, les Moukoubè » , les Makoanit , les Bora-Malizas, les Ijegoya.s, les Botchakapilès, les Bamoutslaatzas, les Borapou'zana* , les Bakotès , les Mapantuéi { 1).
colorie de Natal (Port-Natal).
Nous avons vu plus haut comment les fermiers de la colonie du Cap avaient, en masse, abandonné leurs anciennes possessions pour venir s’établir dans ta contrée de Natal. Le gouvernement chercha d’abord à opposer une digue à ces émigrations; mais, n’ayant puy réussir, il consentit a la fondation dp cette nouvelle colonie. L'adoption dé -cette nouvelle colonie fut notifiée, en 1843, au conseil legislatif du Cap par une déjiêche de lord Stanley , secrétaire d'Etat des colonies, tin remarque dans cette dépêche les articles suivants :
1° La loi ue reconnaîtra de supériorité ou d’înrapacité d'aucune sorle , fondée aur une simple distinction de couleur ou d’origine, ou sur une différence de cominuniou ou de langage.
2° Aucune agression contre les naturel»
qui vivent en dehors des limites de la colonie ne sera permise, sous quelque prétexte ou par quelque rassemblement de personnes que ce soit, à moins que ces personnes n'agissent sous la direction ou d 'apres les ordres du gouvernement.
3° L’esclavage , sous tuute espece de forme et de dénomination , est interdit cl illégat , comme dans les autre» parties de l'empire de sa majesté britannique (a).
La nouvellecolonie qui vient d'accroître encore la puissance britannique e§t située sur la côte orientale de l’Afrique du Sud, entre Ie29e et le 32e degré de latitude australe; elle a une étendue de 300 milles le long de la côte, sur une profondeur de 100 milles dans l’intérieur du conti-
(i) 11 est probable que ce sont là, en grande partie , les noms estropiés des tribus que nous avons déjà fait connaître.
(») Colonial Magazine , avril i843. — Annates maritimes, septembre i843.
lient. Cette colonie contient environ 18 millions d’acres de terres fertiles et bien arrosées. Le climat y est sain , et les produits y sont très-variés. On y récolte des céréales de toutes espèces ; le coton, la laine et l’ivoire y abondent. Sa position est extrêmement favorable pour le commerce. Le seul port qu’on y connaisse, le port Natal, est barré, et ne peut, à la vérité, recevoir des navires a voiles d’un tonnage supérieur à ISO tonneaux , mais il offrirait un abri sûr à des bâtiments à vapeur d’une grande capacité. Plusieurs tribus populeuses d’indigènes se sout fixées au sud-ouest et au nord-est de la nouvelle colonie.
Port-Natal est à deux ou trois jours de distance de la colonie du Cap ; à six jours de Madagascar,- à quatorze des îles de Maurice et de Bourbon, et à un jour et demi de la baie de Lagoa , avec de bons vents. La population blanche et noire s’élevait en 1843 à vingt mille âmes.
Avec de sages institutions, Natal pourra devenir pour des milliers de naturels et d’emigrants la source de progrès rapides. Négligée, cette nouvelle colonie ne présentera qu’une répétition des scènes qui ont si souvent déshonoré le nom d’Européens.
M. le professeur Krauss est le premier Européen qui ait donné des notions précises sur la flore de Natal, qui différé notablement de celle du Cap (1).
Presque toute la côte est garnie de bois touffus , où l’on ne peut pénétrer que par des sentiers frayés par les buffles et les éléphants. Il est impossible de se faire une idée des richesses de végétation que recèlent ces forêts. A l’époque delà floraison , les arbres tels que Calodendron ca pense, Thunb.; Phatlaria lucida, Hochst.; Anaphrenium longifolium, Bernch. ; Gardénia globosa, présentent de loin l’aspect d\tn immense bouquet. Mais ce n’est pas tant l’exubérance de la végétation , que plutôt la forme et le port des plantes, qui caractérisent cette contrée. Nous citerons ici, comme exemples, le magnifique et touffu
(i) Les détails qui suivent sont extraits de Beilrœge sur Flora dés Cap-und Natallandes ; v. Pi ot. Dr. Perd. Krauss ; Ratisbonne, i846, in-8».
Zyaia fastigiata, E. Mey; le Phœnix reclinata, Jacq., à tige élancée, couronnée d’un bouquet; le MiUetia cajfra , Meisner, à fleurs blanches en grappes; l’ Annularia natalensis, Hochst., à fleurs jaunes rosacées; le Tabernæmontana ventricosa, Hochst. ; enfin les nouveaux genres établis par Hochstetter : Monospora grandiflora, Xylotheca Kraussiana , Xatalitia lucens , Podiope/alum reticulatum, Bracteolaria racemosa, Candelabra mucronala.
En quittant les bois, on trouve çà et là , par groupes , le Slrychnos spinosa, Lam., dontles rameaux fléchissent sous le poids de gros fruits jaune d'or; VArduina grandiflora, E. Mey, qui porte pendant une grande partie de l’année tout à la fois des fleurs odoriférantes et des fruits rouge-carmin d’une saveur exquise; le magnifique Erylhrina coffra , dont la floraison est pour le Cafre l’époque des semailles du blé. Dans les prairies l’oeil s’arrête sur les belles fleurs des Polygala oppositifolia, L. ; Passerina anthyltoïdes, L.; latropha hirsuta, Hochst.; Thunbergia atriplicifolia , E. Mey; et différentes espèces de Gendarussa, Hedyotis, Ocymum, etc. Les plaines humides et les rives des fleuves sont ornées d’innombrables graminées.
Le Strelitzia angusta, si abondant autour du Pisang-Rivier de la colonié du Cap, tapisse les îles de la baie de Port- Natal ; le Musa paradisiaca, qui produit les bananes, forme ici la limite de sa végétation tropicale ; car on ne le rencontre pas plus loin au sud. M. Krauss n’a pu se procurer le fruit mûr de cette plante, parce que les Cafres le mangent vert et en font leurs délices.
A mesure qu’on s’éloigne des côtes, les bois disparaissent et on se trouve sur unlmmense plateau, dont la fertilité et les riches pâturages attirent de nombreuses familles d’émigrants. Les acacias, diverses espèces d’euphorbes et d’aloès rappellent en quelque sorte la végétation des Karrous. Les sommets des montagnes, surtout de celles qui se composent de grès bigarré, sont couvertes d’orchidées , de watsoniées , d’ixiées , d’hypoxidées et de cypéracées. Dans les fissures du grès on trouve le Chirocalyx mollissimus, Meisn., nouveau genre, à feuilles très-larges. Au bord d’une dés
VFRIQUE AUSTRALE.
rivières de cette contrée, M. Krauss découvrit la première espèce africaine d' E- Hocaulon, et un nouveau genre auquel M. Bischoff a donné le nom de Sphærothyleax algæ/ormis Malheureusement la guerre des Cafres et les troubles qui régnaient alors dans la colonie ( années 1838 — 1840 ) ne lui permirent pas de pousser plus loin ses explorations scientifiques (l).