DAMA RAS
Les Damaras sont la seule tribu de race cafre qui habite la côte occidentale de l’Afrique : toutes les autres tribus de cette race occupent, ainsi que nous venons de le voir, la côte orientale.
Campbell, en 1814, et Thompson, en 1824, sont les premiers voyageurs qui nous aient donné quelques vagues détails sur les Damaras ; et encore n’en parlentils guère que par ouï-dire. M. Alexander est jusqu'à présent le seul qui ait visité cette nation. Pendant son voyage, entrepris en 1836 , il a pénétré , sur la côte occidentale , jusqu’au 22” latit. australe; il donne ainsi les premières notions sur des pays qui étaient jusqu’alors à peu près inconnus.
Les Damaras sont partagés en Damaras des collines ( Hill-Damaras ) et en Damaras des plaines ( Damaras of the plains ). Les premières forment une nation nombreuse, entre le 23° et 24° latit. australe. Au sud, ilsont pour voisins quelques hordes errantes de Boschjesmans qui les séparent des grands Nainaquas; au nord, ils ont pour voisins les Damaras des plaines. Ils vivent en petites communautés, sous l’ordre d’un chef qui n’a qu’uneautorité nominale. Les Namaquas, qui sont souvent en guerre avec eux , les appellent Koup-Damaps ou Dung-Datnaras. M. Alexander propose de leur conserver les noms de 'Humis ou Hill- Damaras ( Damaras des collines ).
Les Hill-Damaras ne cultivent pas de blé; ils mènent une existence misérable, et sont souvent, à défaut de gibier, réduits à se nourrir de lézards , de souris, de racines , de bulbes sauvages, et quelquefois de feuilles. Leurs coutumes sont aussi simplesque leur nourriture. « Lorsu’un homme veut épouser, dit Alexaner, il va trouver le père de sa future, et lui offre , comme cadeau de noces , des bulbes et des souris dépouillées; s’il est agréé comme gendre, il joint aux oignons et aux souris une ou deux hassagaies, des arcs , des flèches , une couple de ka-
ross et de peaux d’antilope. Puis ils dansent un peu, et le nouveau marié emmène sa femme avec lui dans sa hutte. » La danse des Damaras ressemble à celle des Boschjesmans: les femmes se tiennent au milieu du cercle, claquant des mainset chantant :Hey,heheyo, hey hehey ! ho hou ! pendant que les hommes, leurs sandales à la main et coiffés de cornes d’antilope ( ce qui leur donne un aspect satanique), exécutent lentement leur danse et répondent en chœur. Leur instrument de musique est le gogab.
Les Hill-Damaras ne pratiquent pas la circoncision comme les autres tribus cafres , ce qui les rapproche des Namaquas. Ils prennent autant de femmes qu’ils en peuvent entretenir. La contrée qu’ils occupent est très-sablonneuse; elle est arrosée par des rivières dont le cours est encore peu connu , et qui restent à sec ou se perdent dans les sables pendant une grande partie de” l’année.
La principale de ces rivières est te Kuisip. Niais est la capitale des Hill-Damaras ; elle est située à 23° 5' latitude australe, et 17° 55' longitude orientale de Greenwich , dans une espèce d’oasis où paissent de nombreux troupeaux; au nord elle est bordée par une chaîne de montagnes élevées, à laquelle M. Alexander a donné le nom de Beaufort , hydrographe de l’amirauté britannique; à l’est coule le Keikarup, dont les nombreux affluents se perdent dans le sable.
Les Damaras des plaines ou Kamaka- Damaras habitent au nord des Hill-Damaras; ils en sont sépares par la rivière de Swakop ou Bowel, dont le cours n’a pas encore été exactement déterminé, ainsi que par des chaînes de montagnes où aucun Européen n’a encore pénétré.
M. Alexander n’a pas lui-méme visité les Kamaka-Damaras; mais il a eu l’occasion d’en voir plusieurs à Niais, ou ils étaient retenus comme prisonniers de guerre.
A en juger d’après ces prisonniers, les Kamaka-Damaras sont d’un noir d’ébène, ayant les membres bien proportionnes et bien musclés. Ils regardent comme une marque distinctive de leur nation de s’arracher les dents incisives supérieures. C est un peuple pasteur, souvent en guerre avec les Namaquas et les Boschjesmans, à l’occasion des pillages et des vols de bestiaux. Leur langue est douce.
chargée de voyelles, et exempte de ces claquements qui caractérisent la langue des Hottentots. Ils se donnent eux-mêmes le nom d'Oketenba ou d'Omotorondou. Les Kamaka-Damaras ont plus de ressemblance avec les Cafres que les Hill-Damaras. Ils croient à un grand Esprit, qu’ils redoutent beaucoup.
Ces tribus de la côte occidentale entretiennent-ellesdes relations avec celles de la côte orientale? en d’autres termes, existe-t-il des voies de communication directe de la côte ouest à la côte est, du pays des Damaras àSofala ou à la baiede Ln’goa? C’est ce que.M. Alexander essaya d’éclaircir. 11 voulut d’abord lui-même entreprendre ce voyage périlleux ; mais il recula devant les renseignements que lui fournit Aramap, un des indigènes qui l'avaient accompagné dans son expédition. Il résulte de ces renseignements qu’un immense désert « où il n’y a pas une goutte d’eau, » sépare le pays des Damaras de celui des Betjouanas. et que pour allerde Niais à Littakouil faut faire un détour, en passant d’abord au midi, et suivant le cours du Nosop, l’un des affluents de la rivière d’Orange (1). Ce désert est le même que celui dont nous avons déjà parlé. ( Voyez plus haut, p. 150.)
zoouas ( Zoulous . )
La nation des Zoulas, de race cafre, s’est rendue, dans ces derniers temps, fort redoutable à la colonie du Cap de Bonne-Espérance. Chaka et son successeur Dingaan ou Dingarn , chefs des Zoulas, ont déployé, dans l’organisation de leurs troupes et dans leur gouvernement, une persévérance et une adresse que les Européens n’étaient pas habitués à rencontrer chez des sauvages. Ils sont parvenus, tantôt par la séduction, tantôt par la force, a soumettre à leur puissance presque toutes les autres tribus cafres, et à réaliser en grande partie ce que partout les colons ont le plus à craindre , une. alliance offensive et défensive des indigènes entre eux. C’est particulièrement aux environs de Port- Natal que les Zoulas ont signalé leur présence par des actes de déprédation et de cruauté, actes que les missionnaires re-
(i) Expédition of discoverr into the inte riorof Africa, vol. II, p. i58. (Londres, (Sis.)
gardent comme de justes représailles ; plus d’une fois ils ont ainsi mis la colonie naissante de Natal à deux doigts de sa ruine (1).
Dingaan , dont la puissance subsiste encore actuellement, semble avoir juré la perte des Européens dans la contrée de ses ancêtres ; la paix n’est qu’un ajournement de ses desseins. Cependant il fait une exception à l’égard aes missionnaires, auxquels il accorde volontiers sa protection en échange des présents qu'il en reçoit. Les missionnaires, d’aflleurs, prennent en toute occasion la défense des indigènes contre les colons; c’est ce que les indigènes eux-mêmes n’ignorent pas : et comme ils ne sont pas etrangers aux sentiments de reconnaissance, ils regardent les missionnaires comme leurs véritables amis. Nulle part l’intérêt religieux ne présente un contraste plus saisissant avec l’intérêt matériel. L’action du gouvernement devient souvent ici fort difficile. Au premier abord , il semble tout naturel que l’administration se range ouvertement du parti des colons, etqu'il défende formellement aux missionnaires de se mêler aux querelles des indigènes et des colons. Mais, on oublie que les missionnaires relèvent de la métropole, où l’élément religieux prédomine ; et un gouverneur qui se déclarerait d’une manière trop absolue en faveur des colons au détriment des missionnaires , courrait risque d’être désavoué, sinon destitué par le ministère.
Voilà la véritable pierre d’achoppement de la politique du cabinet anglais.
Parmi les missionnaires qui nous ont donné, dans ces derniers temps, les renseignements les plus détaillés sur les Zoulas, je citerai N. Isaacs (2) et F. Gardiner (8).
Les Zoulas habitent au nord-ouest de la nouvelle colonie de Port-Natal. Cette contrée peut être considérée comme un camp permanent; tous les individus môles sont soldats et divisés en trois or-
(<) Comparez plus haut, pag. 65.
(a) Travels and adventures in caitrm AJ rica , descriptive of tlie Zoolas, thair manners , cusloms, etc.,by Nalhaiiiel Isaaes; a vol.in-8*, London, i836.
(3) Narrative of a journey to the Zoolus country, in South-Africa, by Allen F. Gardiner ; i vol. in-8®, London, 18ÎR.
L’UNIVERS
lires : les umpuyatis ou vétérans, les isimporthlos ou jeunes guerriers , et les amaboutos ou conscrits. Les deux premiers se distinguent par des anneaux autour de la tête. Tout le pays est couvert d te bandas ou villes à baraques, où sont logés les régiments, composés chacun de six cents à mille hommes. On compte ainsi quatorze à seize ekandas, capables, à ce que l'on rapporte, de mettre sur pied une armée de cinquante mille hommes. Chaque régiment est commandé par deux à dix officiers principaux, appelés Indounas, dont l’un a le rang de colonel ; ceux-ci ont sous leurs ordres les officiers subalternes ( sergents, fourriers, caporaux), qui sont particulièrement chargés de la distribution des vivres, des boucliers, etc. La danse est le principal exercice militaire. Pendant le règne de Chacka , il n’était permis à aucun soldat de se marier, à moins qu’il ne se fût distingué dans la guerre. Ce règlement a été depuis modifié. Cependant tout guerrier qui veut se marier doit obtenir auparavant le consentement du roi, qui ne l’accorde guère qu’aux vétérans.
Unkunginglove est la résidence actuelle du roi ; c’est à proprement parler un ekanda, mais le plus grand de tous. Les ofliciers qui y résident ont autorité sur tous les autres qui demeurent dans les villages plus éloignés de la résidence. Le roi surveille ainsi lui-même ses ofGciers supérieurs , et il envoie dans toutes les directions des espions pour surveiller la conduite de ses subordonnés. Il est ainsi au courant de tout ce qui se passe, et les moindres sujets de conversation lui sont Gdelement rapportés. Chaque colonel ou indouna en chef a le pouvoir de punition et de récompense : il tient toujours en réserve une multitude de bracelets et de colliers pour décorer lesguerriers qui se sont distingués. Du temps de Chacka, chaque indouna en chef ( colonel) avait droit de vie et de mort sur ses soldats; mais le roi actuel, Dingaan, s’est seul réservé ce droit , et il le confère, dansquelques occasions, à ses trois ministres, Umthlella, Tambouza et Eoto. Ce dernier est le commandant de Congella , ville située sur les bords de l’Umthlatousi.
Les mœurs et coutumes des Zoulas
rappellent, sous quelques rapports, celles des Juifs. La circoncision , usage autrefois de rigueur, est aujourd’hui tombée en désuétude. Le frère puîné est obligé d'épouser la femme de son frère décédé. Quand on redoute l’invasion d’une épidémie, l’un des egeerkhas ou docteurs parcourt la ville, et asperge la porte de chaque maison avec une sorte, de goupillon fait en branches d’arbres qu’il trempe de temps en temps dans une large coupe d’eau . C’est une cérémonie de pu rifleation, qui était en usage chez beaucoup de peuples de l’antiquité. L’époque delà moisson du blé est une grande fête; on offre au roi les prémices de la récolté. C’est aussi le moment de la danse et des exercices militaires. On célèbre aussi une fête en l’honneur de l’esprit de l’ancêtre i mmédiat du roi ; à cette occasion on sacrifie un taureau. M. Gardiner remarque ici que le nom Hham ( qui paraît être d’origine hébraïque, de on, noir) est très-commun parmi lesZoulas, et qu’il s’applique surtout aux hommes d’un appétit vorace.
Les cérémonies et les conditions du mariage rappellent celles qui sont eu usage chez les autres tribus cafres. La polygamie est permise. Une femme non mariée s’appelle intomebi, une femme mariée mais sans enfants um/az, et une femme mariée ayant des enfants, eneea. Le roi n’avoue jamais ses enfants; tout individu qui attribuerait des enfants au roi serait immédiatement mis à mort. Un jour on présenta à Chacka un jeune homme comme étant son Gis; il l'assomma d’un coup d’hassagaie, et en Gt autant à la mère. Trois crimes sont puuis de mort : l’adultère, la sorcellerie et la médisance contre le roi. La maison du malfaiteur est démolie ; les bâtons avec lesquels il a été tué, ainsi que les vêtements qu’il portait, sont jetés et déclarés impropres à aucun usage.
Les Zoulas, étant un mélange de plusieurs tribus conquises, présentent de grandes différences relativement à leurs costumes et vêtements. I>eurpeau même n'est pas chez tous d’une couleur uniforme. Ainsi, les uns ont le teint cuivré des BosGhjesmans des frontières de la colonie du Cap, tandis que d’autres ont la peau d’un noir de jais, comme les habitants voisins de la baie de Lagoa. En général, le brun chocolat est la couleur
dominante. Ils sont, pour la plupart, d’une taille moyenne, actifs, bien proportionnés, et excellents à la course.
1 Quoiqu’ils ne soient pas d’une grande propreté, ils aiment cependant à se baigner souventdans les rivières. L’agricul- I ture et l’élève des bestiaux fournissent leurs principaux moyens de subsistance.
Us savent très-bien forger le fer et le cuivre. L’habillement des guerriers consiste, autour des reins, d’une rangée de queues de chats descendant presque jusqu’aux genoux; les épaules et lapartie supérieure du corps sont ornées de poils de queues de bœufs , et la tête est couverte d’un bonnet de peau de loutre; tout cet accoutrement leur donne un air vraiment martial.
Histoire des rois des Zoulas. Le roi actuel, Dingaan, est âgé aujourd'hui ( en 1847 ) d’environ cinquante-deux ans.
Ses prédécesseurs étaient Jama , Senzanakona et Chacka ou Charka. Ce dernier avait été élevé par Tingaswao , roi des Umtetwas, qui passe pour l’auteur de l’organisation militaire adoptée plus tard par Chacka. Les Umtetwas étaient alors une nation plus puissante encore ; que les Zoulas ; Chacka commandait leur i armée. A cette époque , les Umtetwas ; étaient engagés dans une expédition i lointaine contre Sotchangau, souverain j puissant d’une contrée située au nordi ouest de la baie de Lagoa ; cette expédi- ■; tion échoua. En 1829, Dingaan et Unii thlangan, assistés de Sataï, principal officier, conspirèrent contre la vie de leur frère Chacka. Celui-ci reçut, à un jour de marché, un coupd'hassagaic dans le dos ; il essaya de se relever et de jeter son manteau ; mais ses forces le trahirent. Ses dernières paroles étaient :
« Que vous ai-je fait, fils de mon père ! ■> Sataï avait ourdi cette trame sanglante en faveur du plus jeune des frères, Umtfalangan. Dingaan en conçut de l'ombrage; il tua son frère de sa propre main. Sataï s’échappa et vint vivre quelque temps dans le village d’Umthlatusi ; mais il fut plus tard mis à mort par ordre de Dingaan. La royauté est héréditaire dans la ligne masculine directe.
Un frère encore vivant de Dingaan est l’héritier présomptif. Il n’y a pas de souverain plus absolu et plus despotique que le roi des Zoulas.