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I. LANGUES DES HOTTENTOTS

Pour tous les indigènes de l’Afrique Australe, il ne peut être question que de la langue parlée; car la langue écrite, qui suppose une littérature, n’existe pas chez ces peuples, qui sont encore dans l'enfance de la civilisation. C’est ce qui explique en partie l’embarras qu’ont éprouvé tous les voyageurs pour représenter par des lettres les sons souvent étranges auxquels l'oreille de l’Européen n’est point accoutumée. Si l’on ajoute à cela que les Anglais, les Français, les les Hollandais, Allemands, les Espagnols, les Portugais écrivent ces sons chacun d’une manière différente et conforme à l’orthographe de leur nation, on comprendra les difficultés qu’on rencontre en traitant un pareil sujet de linguistique.

Ce qui caractérise les sons articulés des Hottentots, c’est un claquement particulier de la langue. Les Européens le représentent généralement par T, placé au commencementd’un mot ou d’une syllabe. Cependant ce claquement n’est pas uniforme : il varie suivant les circonstances, sans jamais manquer dans aucun des nombreux dialectes hottentots.

Thunberg et Le Vaillant en ont signalé trois espèces : 1“ claquement dental :

c’est le plus usité , le plus doux et le plus facile à exécuter; on l'imite eu appuyant la langue contre les dents incisives, puis la détachant avec vitesse en même temps qu’on ouvre la bouche; c'est ce petit bruit qui nous est familier dans un accès d’impatience ou de mauvaise humeur (1); 2* claquement palatal: il est plus bruyant que le premier ; pour l’exécuter , il suffit de détacher la langue du milieu du palais , et d’imiter sans effort le moyen qu’emploie un écuyer pour faire partir les chevaux ou accélérer leur marche (2) ; 3“ claquement guttural :

c’est le plus difficile et le moins usité; il s’exécute par une contraction singulière de la langue qu’on retire brusquement du fond de la gorge pour la porter

(«) Le Vaillant le représente, dans son vocabulaire, par V.

(a) Le Vaillant le représente par V .

L’UTirVKRS.

vers la partie antérieure du palais. Ces différents claquements précèdent immédiatement la prononciation des mots ou syllabes. Il y a, en outre, plusieurs sons gutturaux dont on trouve les nuances chez les Arabes. « Quand une demi-douzaine de Hottentots, dit Thunberg, parlent ensemble , on croirait entendre caqueter des oies. » Ce langage parait être facile pour les enfants blancs, qui, suivant Sparmann, l’apprennent plus volontiers que le hollandais. Kolbe pense, au contraire, que la langue des Hottentots est fort difficile et peut-être impossible à apprendre pour un étranger, et que, de leur côté, les Hottentots prononcent si malle hollandais et le français, qu’ils ne parviennent jamais à se taire bien entendre. Quoi qu’il en soit, ces claquements de langue que nous venons dedécrire(l) sont absolument nécessaires à la prononciation: autrement on ne se ferait pas comprendre d’un Hottentot.

La langue des Hottentots sauvages se parle du creux de la poitrine, avec rudesse et une sorte d’enrouement ; elle a de fortes aspirations, dans lesquelles on entend prédominer des diphthongues prolongées et ouvertes, telles que oo, oou , aau , uu. La prononciation des voyelles et les diphthongues est graduée à l'infini. Les Hottentots n’ont point les lettres l,/,v et x ; ils n’ont pas non plus de sifflantes; ils confondent fréquemment le d et le g , le b et le d; enfin ils distinguent, par diverses aspirations , des mots qui pourraient nous sembler identiques.

Il n’y a point d’articles ni de déclinaisons; pour saisir les rapports des substantifs, il faut avoir égard au sens de la phrase , à l'intonation et aux gestes. Il n’y a pas non plus de verbes auxiliaires ni de conjugaisons; défaut auquel l’expression de la physionomie et la vivacité du geste ne suppléent qu’imparfnitement. La construction même paraît arbitraire, et M. Lichtenstein avoue qu’il n’a pu découvrir aucune règle à cet égard. On intercale fréquemment des particules qui ajoutent encore

(i) Van der Kt-mp , qui a composé el imprimé, en 1806, un catéchisme hottenlot, compte dix espèces de claquements, qu’il indique par les chiffres 1, a, 3, etc.

à la difficulté; ces intercalations sont surtout fréquentes dans les dialectes des Boschjesmans. Les substantifs , adjectifs et verbes qui expriment la même action ou le même état sont identiques; et on ne distingue point les pronoms personnels des pronoms possessifs. Le discours du Boschjesman se termine ordinairement par un son chantant prolongé pendant quelques secondes, et se perdant insensiblement dans un son plus grave.

L’idiome hottentot s'éteindra probablement; car il est parlé par des tribus sur lesquelles l’action civilisatrice des Européens se fait le plus sentir. Déjà les Hottentots du Cap ont, pour la plupart, oublié leur langue primitive : ils parlent une espèce de jargon hollandais. Les Boschjesmans parlent des dialectes très-différents, que les autres indigènes de même race entendent souvent difficilement ; ces dialectes varient, dit-on, d’un kraal à l’autre. Les claquements de langue y sont très-marqués, et produisent sur l’oreille d’un Européen un effet désagréable.

Les Koras ou Korannas paraissent avoir conservé l’ancien idiome hottentot dans sa pureté primitive.

La langue des NamaquaS est un dialecte éloigné de la langue des Hottentots proprement dits.

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