SOFALA, «ABU, MOZAMBIQUE
Au temps de leur plus grande puissance, les Portugais possédaient toute la côte orientale de l'Afrique , depuis 111e de Socotora au nord, jusqu’au cap de Lagoa au sud. Aujourd’hui la domination, purement nominale, des Portugais com-
Îirend un espace d’environ 18 degrés de atilude , depuis le cap Delgado jusqu’à Inhambana. Ce dernier poste est une espèce de comptoir ou dépôt où ils rassemblent des dents d’élépnants, que les grandes forêts de la cote fournissent en abondance. Sofala même n’est qu’un pauvre village ; mais le pays d’alentour est des plus fertiles, et produit des fruits de toutes espèces. La côte plane et marécageuse est recouverte, jusqu’à la mer, de bois d 'Avicennia tomentosa, qui sont habités par d’immenses troupeaux d’éléphants.
De Sofala jusqu'à Mozambique on ne rencontre plus que de petits etablissements , faibles traces de ce titre pompeux de Dominus Orienlalis Africse , que prenait le roi de Portugal. Ces possessions étaient autrefois importantes par la grande quantité d’or et d’ivoire qu'elles fournissaient au commerce de la métropole. Pendant les trois derniers siècles, les Portugais en ont tiré tous les esclaves dont ils avaient besoin pour leurs colonies d’Asie et d'Amérique.
Mais depuis l'abolition de la traite, et surtout depuis les guerres civiles et les désordres de la mere patrie, ces possessions ne présentent pas même l'ombre de leur ancienne splendeur : tout y indique le dépérissement et la misère; elles appartiennent d’avance à la première puissance maritime qui voudrait s’en emparer.
SOFALA. COURS DU SAMBtZE. MONOMOTAP*.
■ATOUCA. ABOUTTOCA.
Le pays situé sur la côte orientale de F Afrique, entre le caplnhambana, ausud, et l'État de Mozambique, comprend, depuis 23° 25' et 12° 13' latitude australe, Sabia, Sofala, Mouomotapa, Manica, Monga, Moearangua et larabara. Il est traversé, du nord au sud, par les monts Lupata ou Épine du monde. Ce pays était mieux connu , aux seizième et aix-septième siècles , qu’il ne l’est aujourd’hui. Les Portugais, qui y avaient formé quelques etablissements, s’en arrogeaient autrefois, en partie, la souveraineté. Actuellement, il est soumis à des chefs indigènes, indépendants les uns des autres et presque constamment en guerre entre eux. il est probable que toutes ces régions , sur lesquelles nous avons fort peu de renseignements certains, seront un jour absorbées par ta colonie naissante de Natal.
En 1500, les amiraux portugais Pedro Alvarez et AbriJius Fidalcus trouvèrent, dans un endroit appelé Zaphal ( Sofala ), deux vaisseaux maures chargés d’or, qui faisaient voile pour Méfinde. Soupçonnant quelle pouvait être ia source des richesses immenses des Maures de Mozambique , ils s’approchèrent des côtes. Un vaisseau naufragé, qu’ils rencontrèrent dans ces parages, ne tarda pas à confirmer les premières suppositions, et bientôt ia nouvelle se répandit qu’il y avait plus d’or dans ee pays que dans' tout le reste de la terre. De Barros, et, après lai, tous les Portugais appelèrent dès lors cette contrée le Pays de Cor ( Traclo do owro ).
Bruce s’efforce d’établir que Sofala est i’Opkir des Hébreux. Son principal argument est fondé sur « le temps qu’il fallait ^ilaflotte de Salomon pour l’aller et le retour » , temps qui, eomme il l’a dit, « était
L UNIVERS
précisément de trois ans, jamais plus ni moins , v et que d’après cette particularité le voyage ne pouvait avoir été fait « avec des vents variables, mais avec les moussons. » Cependant l’Écriture n’est pas si positive : « une fois en trois ans » et « tous les trois ans une fois » sont des phrases très-vagues, qui pourraient faire admettre toute différence raisonnable, quant à l’espacede temps employé dans ce voyage. Sait a essayé de réfuter tous les arguments de Bruce; mais la route que suivent depuis un temps immémorial les marchands pourse rendre à Madagascar, et que Sait cite, nous semble plutôt venir à l'appui de l’opinion de Bruce. « Voici , dit Sait, la route que tiennent les vaisseaux marchands arabes : ils quittent la mer Rouge au mois d’août , temps avant lequel il est dangereux de sortir du golfe Arabique. Ils vont ensuite à Mascate , et de Mascate ils se rendent à la côte de Malabar. En décembre, ils traversentl’Océan jusqu’à la côte d’Afrique; ils visitent Muèdasho , Marea , Brava , Lamo , Mélinde et les lies Querimbo. Ils vont ensuite , en ligne droite, aux lies Comores et aux ports de la partie septentrionale de Madagascar, ou quelquefois ilsdescendent vers le sud, jusqu’à Sofala ; cela les retient jusqu’au mois d’avril inclusivement. Ils remontent alors pour rentrer dans la mer Rouge, où ils arrivent à temps pour se réparer et pour qu’on puisse leur préparer une nouvelle cargaison pour l’annee suivante. Telle est régulièrement la marche des vaisseaux marchands (1). »
La rivière Je Sofala, qui a donné son nom au pays, et plusieurs autres rivières rapides , ont formé à leurs embouchures d’énormes bancs de sables qui s’étendent fort au loin dans la mer. Le banc de Sofala est connu de tous les navigateurs. Les bas fonds indiqués sur les cartes anciennes se sont augmentés , et il est probable que, pareils aux bancs de l’embouchure du Gange , ils sont sujets à changer de place, de sorte qu’on ne peut user de trop de précautions en longeant la côte. « Nul vaisseau, dit Sait, ne doit s’aventurer sur moins de douze brasses d’eau , profondeur sur la-
(l)Salt, Voyage en Akyssinie, etc., tome I, j>. i33.
quelle on peut traverser en toute sûreté. Les Portugais connaissent si bien le (langer d’en approcher de plus près, que jamais ils ne laissent leurs vaisseaux de haut bord le tenter, et qu’ils entretiennent toutes leurs communications avec Sofala par de petits vaisseaux côtiers de Mozambique. » Sofala n’est qu’un chétif village; mais les environs sont trèsfertiles et fournissent beaucoup de riz , d’oranges et d’autres fruits exquis. Le petit portd’Inhambana, quelques établissements de fort peu d’importance, situés à l’embouchure du Louabo , et sur d’autres points de la côte, sont sous la dépendance du gouvernement de Mozam bique.
L’intérieur a été visité par les Européens jusqu’à environ deux cents lieues de Sofala (1). Au delà de plusieurs chaînes de montagnes parallèles, du sudouest au nord-ouest, s'élève une terrassa vers l’intérieur de l’Afrique. D’Anville a le premier représenté cette terrasse dans sa carte de l’Éthiopie orientale , publiée en 1737. Suivant Ritter, a l’ouest de cette terrasse , se trouvent probablement de hautes plaines trèsfertiles, habitées par des peuples pasteurs, et qui furent, dans les siècles précédents , le théâtre des expéditions désastreuses des Dschaggas. Tout ce que nous en savons se lie étroitement à la connaissance du cours du Zambèze, qui prend sa source dans l’intérieur du plateau d’Afrique. C’est le Ion® de ce fleuve que les Portugais s’avancèrent jusqu’à cette terrasse, à la fin du quinzième et au commencement du seizième siècle.
Au rapport des indigènes, un lac étroit s’étend dans l’intérieur de l’Afrique, du nord au sud, et à peu près parallèlement à la côte de Mozambique; c’est un immense réservoir pour les eaux de pluies ; il s’appelle Maravi au sud ,Zambre ou Zambèze au nord. L’existence de ce lac est encore problématique ; ce n’est peut-être que le cours élargi du Zambèze. (Voyez plus loin, pag. 169.)
De Barros a été longtemps la plus grande autorité pour ce qui concerne la
(i) F. de Barros, Dot fectoi que ot Porluguetes fizeran no dcscotrimento y conquitta dos maret y terrât do Oriente; Lisboa, i55a, in-fol.
AFRIQUE ORIENTALE. ït»i
géographie , encore si obscure , de cette partie de l’Afrique. Voici , en résumé, les renseignements qu’i I donne et qui s’accordent avec ceux des géographes arabes :
« Le plus grand lac de l’Afrique est situé dans l’intérieur du pays , à l’ouest de Sofala. Le fleuve qui sort de ce lac se dirige vers Sofala et se sépare en deux bras, dont l’un ( celui qui se dirige vers Delagoa et qui portait autrefois le même nom ) s’appelle maintenant Spirito- Santo, tandis que l’autre, qui est le Cuama ou Zambère, se dirige dans l’intérieur du pays. Le Zambère a beaucoup plus d’eau que le Spirito-Santo : il est navigable jusqu’à deux cent cinquante legoas ( environ quatre cent cinquante lieues ) de la côte. Il reçoit les eaux de six grands fleuves : du Panhamas , du Luanguo , de l’Arruya, du Manjovo, de l’ Inaair et du Ruenia, qui tous appartiennent au domaine des souverains de Benemotapa ou Monomotapa, et contiennent de l’or; c’est entre le Cuama ou Zambère et le Spirito Santo qu’est situé, comme une île, le pays de Sofala. »
Le Zambère des Portugais est le Zambèze des géographes modernes. Les Portugais le prirent d’abord pour le lac de Ptolémée , prétendue source du Nil et de beaucoup d’autres fleuves, et crurent découvrir, dans les montagnes qui l'entourent, les montagnes de la Lune des anciens. André Battel (1) a le premier contredit cette hypothèse, en soutenant que le grand lac est beaucoup plus à l’ouest, et qu’il est séparé des montagnes de l’est par une immense plaine.
Suivant J. dos Santos (2), les sources de ce lac sont si avant dans l’intérieur, que jusqu’à présent on n’a pas encore pu les découvrir. Le Zambèze, qui trre son nom d’un peuple cafre, est navigable dans le pays de Chicowa. Les rochers à travers lesquels il se fraye sa route forment, selon Ritter, la pente orientale de la première haute terrasse de la Haute- Afrique. Cette pente porte le nom de plaine d’argent de Chicowa, et renferme aussi d’abondantes raines de cuivre et de fer , métaux que les tribus cafres savent très-bien travailler, ainsi que
(i) Dans Purchas, Pilgrimage, etc., t. II,
(a) Æihiopia or 'tentalis , dans Purchas, ibid.
nous l’avons vu plus haut. Les ancic ü voyageurs portugais mentionnent ici deux tribus anthropophages, les Moumbos et les Zimbas ( sans doute les mêmes
Î;ue les Mouzimbas ) : ils immolaient eurs esclaves et leurs prisonniers, et les dévoraient. Les Mouzimbas furent pour les Portugais de dangereux et terribles ennemis; depuis les invasions sur les côtes, en 1589 et 1592, ils leur livrèrent de rudes combats. Les Mouzimbas étaient alors aussi redoutables pour les Européens, que le sont aujourd'hui les Zoulas pour la colonie du Cap et de Natal. Si, comme le pense Sait, les Mouzimbas sont les mêmes que les Gallas qui envahirent, en 1625, l’Abyssinie, on pourra les comparer, avec Ritter, aux Huns qui vinrent de Test pour envahir l’Europe.
Au-dessous des cataractes de Chieoronga , le Zambèze s'échappe de la haute plaine de Chicowa; il parcourt, dans la direction de Test, une grande plaine où il devient de nouveau navigable , et continue son cours à travers un pays fertile, non loin de la ville portugaise Tete, jusqu'aux montagnes Lupata. En sortant de ces montagnes , le Zambèze, devenu * alors un grand fleuve , inonde le pays chaque année, au5c mois de murs et d'avril, et en fait un delta des plus fertiles. La terrasse littorale diffère par son aspect, des terrasses supérieures. La végétation y est luxuriante; le gibier, le bétail et les bêtes féroces s’y trouvent en abondance. Mais tout le long de la chaîne limitrophe le climat est malsain. Beaucoup d’étrangers, de Cafres, de Nègres et d’Européens en deviennent annuellement les victimes, dans la saison des débordements. Aussi cette côte estelle la plus redoutée de l’Afrique. Les éléphants sont rares dans les environs du littoral, mais on les rencontre par troupes dans les immenses forêts de l’intérieur.
Sait nous donne, sur l’état actuel du Zambèze et des possessions portugaises situées sur les bords de ce fleuve, les renseignements suivants, qui sont en partie tirés du manuscrit d’un savant portugais :
« Un vaisseau peut, en trois ou quatre jours , faire voile le long de la cote , depuis l’ile de Mozambique jusqu’au i port de Qitilimanci , à l'embouchure du Zam-
L’UNIVERS
bèze. Il est dangereux d'approcher de ce port sans un pilote , car on ne peut y entrer qu’à la haute marée, et durant la brise de mer , à cause de deux bancs de sablequi sont en avant du mouillage, forment une double barre , et rendent la navigation des plus périlleuses. L’ancrage est en face de la petite ville deQuilimanci, qui est située sur le continent, à quelques milles en remontant la rive septentrionale du fleuve. Les Portugais' y ont une faible garnison et un entrepôt de marchandises. Les cargaisons sont déposées dans des pinasses et des barques appelées pangayes, le Zambèze n’étant pas navigable pour des navires gui tirent beaucoup d’eau. Lorsqu’on a tait environ cinq lieues en remontant le fleuve , l’eau devient douce et le courant rapide. Fréquemment on rencontre à ce point des caïmans d’une grosseur considérable, et l’on trouve le cheval marin en dedans de la ligne de l’eau salée. A trente lieues de son embouchure, le fleuve s’élargit extrêmement, et il s’en détache une autre branche qui court vers le sud et est appelée Louabo ; mais celle-ci est peu suivie à présent , à cause de la difficulté de la navigation. Cette branche passe pour avoir été plus fréquentée anciennement que le Couama; mais de tels changements surviennent toujours dans les fleuves situés entre les tropiques.
« Depuis le confluent de la branche de Louabo jusqu'à Sena, il y a environ trente lieues : ce qui fait la distance de cette place, à partir de Quilimanci , d’environ deux cent quarante-sept milles anglais, que, dans là saison la plus favorable, on peut faire en dix ou douze jours. Tout le cours de cette partie du fleuve est obstrué par des lies dont quelques-unes sont habitées, et dont quelues autres Bont recouvertes par les eaux ans le temps des pluies , ce qui change leur configuration, comme cela arrive aux Iles du Gange , et offre de nouveaux passages au courant. La rive gauche est possédée par les Portugais , et la rive droite est habitée par des tribus d'indigènes indépendantes. Sena est une grosse bourgade qui est située sur la rive méridionale du fleuve, et contient environ deux mille habitants. Elle est défendue par une bonne forteresse et gouvernée
par un commandant qui aujourd’hui est nommé directement par la métropole.
Cet officier commande tous les petits établissements formés sur le bord du fleuve, mais il est subordonné au gouverneur de Mozambique.
« Le marché principal pour la vente de l’or, dans l’intérieur des terres, est Manika, qui se trouve à environ vingt jours de marche au sud-ouest de Sena , et où il se tient annuellement une foire à laquelle les trafiquants se rendent avec leurs marchandises. La première partie du voyage se fait dans un pays soumis à l’influence des Portugais ; puis on traverse des districts qui appartiennent à des tribus indigènes que les trafiquants sont obligés de se concilier par beaucoup de présents. On continue aussi à payer au chef un tribut pour la permission qu’il accorde de faire le commerce; et en conséquence il part tous les ans de Sena une députation pour se rendre àZimbaoa, sa capitale , ou le tribut est déposé aux pieds du prince, qui le reçoit dans le plus grand appareil.
« Les indigènes ont deux manières de recueillir l’or. La première consiste à fouiller la terre. Elle exige de grands travaux , ce qui est cause que rarement on la met en pratique aujourd’hui. De l’autre manière , on enlève le sable du lit des torrents, et l’on en détache l’or par le lavage , qu’on renouvelle souvent. On dit qu’on en amasse de la sorte une quantité considérable tous les ans , quoique cependant elle décroisse ; car en 1593, le gouverneur de Mozambique, Georges Mentiez, en recueillit, tant pour lui que pour le vice-roi de l’Inde, pour la valeur de 100,000 cruzades.
k Les environs de Manika sont extrêmement fertiles et fournissent en quantité du bétail et du grain. Le pays est fort montagneux ; et comme il est trèsfroid pour la latitude, on suppose que le sol en est fort élevé au-dessus du niveau de la mer. Il y éclate souvent de violents orages, ce que les Portugais attribuent à l’immense quantité de substances métalliques que renferme la terre. Le commerce se fait par échange, et les marchandises du meilleur débit sont les toiles , la verroterie , la soie écrue , et le fer. On prend en retour de l’or, de l’ivoire, au beurre fondu, et du cuivre,
' ît en petite quantité. Depuis Sena
E’à Teté, il y a environ soixante ; en remontant le fleuve ; mais la navigation est beaucoup plus dangereuse, plus fatigante que depuis Quilimanci jusu’à Sena. A peu près à mi-chemin est le éfllé de Lupata que forment deux montagnes de rocne noire qui semblent prêtes à s’écrouler sur le voyageur ; et le fleuve est si étroit dans ce passage qu’un enfant peutlancerunepierred’une rive à l’autre.
Au milieu ducourant, qui est très-rapide, il y a , à fleur d’eau , un grand rocher appelé Capucho, et sur lequel un grand nombre de barques ont échoué. La rive septentrionale et le pays qui s’étend depuis Sena jusqu’à Teté , appartiennent aux indigènes ; et les Portugais prétendent à la juridiction du pays méridional , quoiqu’ils reconnaissent qu’un peu àl’est ue Lupata il y a un grand royaume nomme Sambara , qui abonde en vivres, qui fournit quantité d’ivoire , et est régi par un puissant prince, qui méprise leur autorité. De plus, du côté ae l’ouest s’étendent les districts de Mussangaoi et de Tipoui, qui de même sont indépendants. Près de Tipoui se trouvent le village et le fort de Teté, où il y a un entrepôt de marchandises, et qui est considéré par les trafiquants comme l’établissement le mieux organisé qu’il y ait sur le Zambèze. Le gouverneur de Sena y fait sa résidence, et le territoire portugais comprend l’une et l’autre rire au fleuve.
« Le principal marché de l’intérieur qu’on fréquente depuis là est celui de Zambo, lieu où les habitants permettent aux Portugais d’avoir une petite factorerie. Il faut près d’un mois pour s’y rendre depuis Teté. On emploie la première quinzaine à gagner par terre, a cause de certaines cascades d’une rivière nommée Sacombe, un lieu appelé Chikowa , où l’on s’embarque dans de petits bateaux étroits. Ou parvient ensuite à Zambo, d'où les trafiquants envoient de divers côtés leurs agents , qui , en retour de leurs marchandises, leur rapportent de l’or, de l’ivoire, et d’autres objets précieux. Ou n’a pu obtenir aucune information sur le pays situé au delà de Zambo (1). »
Monomot apa. Ce nom (dérivé de l’arabe Banou-Motaba , mercenaire ) éveille l’idée vague d’un royaume mal défini, dans l’intérieurde l'Afrique. C'est qu’en effet c’est moins le nom d'un pays que celui d’une domination , d'un empire , dont le chef était connu sous le titre de quitève. Cet empire était autrefois compris entre Sofala et la grande courbure du Zambèze. Il fut l’objet des premières entreprises des Portugais comme nous l’avons dit. Les Boutouas, ainsi que les princes indigènes de la côte, étaient jadis tributaires du souverain de Monomotapa. Aujourd’hui la puissance du quitève est très-limitée :
il y a longtemps qu’il a cédé aux Portugais , pour un tribut annuel, tout le district ae Sena ; et il parait qu’il ne possède plus que le district de Mocaranga ; c’est là que se trouve sa fameuse résidence, construite de bambous et entourée d’une magnifique baie de dents d’éléphants.
C’est à de Barros et à J. dos Santos qu’on doit les premiers détails sur le souverain de Monomotapa et ses sujets.
Les mœurs de ce peuple paraissent ressembler à celles des Abyssiniens. Lu quitève , comme marque de distinction , porte sur le front une corne d'une espèce singulière. Si un prince a éprouvé la moindre mutilation, il est considéré comme incapable de régner. A la mort du monarque, on célèbre une fête appelée pemberar, qui ressemble beaucoup au toscar des Abyssiniens , et qui se termine de même par la débauche. Les naturels du Monomotapa ont également différents modes d'arranger leurs cheveux. Leur manière de chasser est la même. Ils sont gouvernés par des chefs ui ont une juridiction indépendante u roi.
Le pays de Monomotapa (terrasse moyenne de Ritter ) renferme beaucoup de dépôts de sel gemme, comme on en trouve dans la terrasse moyenne à l’est de l’Abvssinie ; il contient aussi beaucoup delacs salants, de fleuves et de sources salées. Les terrains qui renferment l’or ne sont pas très-profondément situés; un arbre caractéristique indique, dit-on , les endroits où il faut les chercher. On choisit, pour ramasser le sable d’or, la saison des pluies , parce
loogle
(i) Sait, tome I, p. 83 et suiv.
qu’alors seulement il y a assez d’eau pour le laver. Au rapport des anciens Portugais , l’or du Monomotapa est en paillettes ; cependant on en trouve aussi en grains, en masses et en pépites. L’or de Manica est entouré de beaucoup de gangues et passe, pour être d’une qualité inférieure; il s’appelle matouca , d’où le nom de tout le pays. Au delà de Manica, dans la direction du sud, on n’a encore trouvé aucune trace d’or , mais le fer y est très-commun , et les habitants en savent faire des haches trèstranchantes.
Le Monomotapa est borné à l’orient par les monts Lupata ou l'Épine du monde; leur prolongement au nord nous est inconnu. Au sud se trouve la mission portugaise de Zimbao , jadis résidence des rois (1), dans une vallée déserte. Le versant oriental de cette chaîne de montagnes était, en 1600, habité par la nation belliqueuse des Motigas, qui disputèrent aux Portugais l’entrée du pays.
Au sud , le Monomotapa avoisine le Matouca, comprenant la contrée de Manica. Ce pays est très-montueux et bien peuplé. Les montagnes élevées et couvertes de neiges y causent un froid trèsvif. Au printemps, l’air est si pur, le ciel si serein, qu’on y aperçoit, dit-on , la nouvelle lune en plein jour. C’est de là que les Portugais entreprirent, en 1570, la fameuse expédition sous le commandement de F. Barreto (2).
Abovtoua ou Boutoua. Au sud-ouest de Chikowa , tout à fait dans l’intérieur, est, suivant de Barres, situé le royaume d’Aboutoua, dont le chef, appelé Bourra, estvassal du souverain du Monomotapa. Ce que nous savons de plus curieux sur cette contrée se rapporte à des monuments antiques , dont de Barros nous a donné la description : « On aperçoit au milieu d’une plaine, dans le royaume de Boutoua, près des plus anciennes mines d’or, un fort (fortaleza) quadrilatère, ettrès bien construit à l'extérieur comme à l’intérieur. Les murailles, composées d’énormes pierres , sans ciment entre leurs assises, ont une épaisseur de vingt-
(t) Ce nom s’applique à toutes les résidences royales de cette partie de l'Afrique.
(a) Voyez plus loin, page 170.
cinq palmes ; leur hauteur n’est pas trèsconsidérable en comparaison de leur largeur. Au-dessus de la porte est une inscription que ne peuvent lire ni les marchands maures ni les autres interprètes qu’on consulta ; les caractères mêmes leur étaient inconnus. De semblables monuments se voient encore sur les hauteurs qui entourent le fort ; ils sont construits de grosses pierres sans ciment. On remarque entre autres une tour qui a plus de douze brasses ( environ 130 mètres) de hauteur. Tous ces édifices s’appellent, chez les indigènes, zymbao, nom qui est commun à toutes les demeures royales de Monomotapa.
La surveillance en est confiée à un gardien pris dans la noblesse : c’est le zymbacayo. Les habitants , ne sachant pas écrire, n’ont pu conserver aucun document qui pût indiquer quand et par qui tous ces édifices ont été élevés. Ils les regardent comme une œuvre du diable, parce que, disent-ils, les hommes n’en pourraient pas construire de pareils. *>
Ce récit , s’il est fondé , est propre à frapper toutes les imaginations ; de Barros croit voir dans le Zymbao (qu’il place entre le 20° et 21° latit. austr., à environ 250 lieues à l’ouest de Sofala), 1 ’Agyzymba de Ptolémée, et il le suppose fo ndé par un ancien souverain de ce pays d’or {Tracto do ouro), qui, par la suite, aurait étédans l’impossibilité de le défendre. Ces ruines rappelleraient les mêmes souvenirs que celles d’Axum, dans le pays du prêtre Jean (Abyssinie). Dans les traditions orientales , la reine de Saba est la personnification de la richesse. Or, le Zymbao fit songer à un palais de cette reine qui aurait descendu le Zambèze avec sa flotte pour emporter en Arabie les trésors de l’Ophir. La même histoire se retrouve dans les fastes d’Axum.
Suivant A. Batte), le pays des Aboutouas est situé au sud-ouest de Monomotapa. Il traverse, de l’est à l’ouest, toute l’Afrique, jusqu’à la limite orientale d’Angola , s’inclinant à l’est vers le Monomotapa, à l’ouest vers le Massapa.
Il occuperait ainsi une partie des hautes steppes du plateau d’Afrique, et ce serait à la pente orientale qu’il faudrait placer le fameux Zymbao. D’après dos Santos, les indigènes ne font aucun commerce avec les Portugais ; comme les Cafres,
ils s’occupent presque exclusivement de leurs troupeaux, qui suffisent a leurs besoins , et ne sont pas très-avides de l’or qui se trouve dans le sol qu’ils habitent. Dos Santos nous assure aussi qu’il existe une communication entre la pente orientale et la pente occidentale de la Haute-Afrique. Lui-mémevit àSofala des marchandises portugaises que les Cafres d’Aboutoua avaient transportées de la côte d'Angola, à travers l’Afrique, à Manica , où les Portugais les achetèrent de nouveau.
Toutes les tentatives des voyageurs européens pour traverser le continent africain d’une mer à l’autre ont jusqu’à présent échoué. Tout est donc encore mystère sur l’intérieur de ce continent.
La Maravi ou N’Yassi. Dès le commencement du seizième siècle on trouve rapporté, comme un fait recueilli de la bouche des habitants du Congo, que le fleuve Zaïre et d’autres rivières sortent d’un lacdel’intérieur. D’autres peuplesde l’Afrique australe parlent de l'existence d’uu grand lac central, source de plusieurs rivières considérables (I). M. Cooley a recueilli à cet égard un grand nombre de documents anciens et modernes, qu’il serait trop longde reproduire ici (2). Il résulte de ces documents : 1° qu’il existe au centre de l’Afrique australe (entre les 32° et 33“ longitude orientale de Paris, et 12° latitude australe) un lac d’une longueur très-considérable par rapport à sa largeur, et que l’on peut croire incliné du sud-est au nord-ouest; 2° que le nom de Maravi, sous lequel ce grand lac intérieur était autrefois connu, n’est pas une dénomination géographique : c’est un titre de chefs qui a pu servir à désignerun territoire voisin de la pointe australe du lac; 3° que ce lac porte, dans diverses parties de son étendue , beaucoup de désignations particulières , dont la plus générale paraît être celle de N’yassi, qui signifie la mer; 4° que certaines traditions indigènes placent dans ce lac l’origine du grand fleuve d’Abyssinie et d’Égypte; que des rapports
(i) F. dos Santos, Æthiopia, U, c. a, fol. 44, B.
(a) The Journal of thc royal gcographical Society of London, vol. XV , |> a. — Nouvelles Annales des 'voyages, décembre 1845.
beaucoup moins douteux lui donnent un écoulement dans la mer des Indes par la rivière Lafidfii, qui débouche vis-à-vis de l’île de Monna, au nord de Quiloa ; 5° enfin, qu'aucun Européen connu n’a jusqu’à présent vu le grand lac intérieur.