I. APERÇU HISTORIQUE
Avant la découverte du cap de Bonne- Espérance et l’arrivée des Portugais dans l’océan Indien, on n’avait en Europe ue des notions fort vagues sur la cote e Mozambique. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’œil sur les cartes publiées au moyen âge (1).
Au commencement du seizième siècle les Portugais trouvèrent presque toute la côte soumise aux Arabes. Mais ils parvinrent bientôt à se substituer à ces premiers colons. En 1505-1506 ils obtinrent la permission de construire le fort de Sofala. Vers le même temps ils firent la conquête de Quiloa, et y élevèrent un fort ; et en 1508 ils en fondèrent un autre sur l’ile de Mozambique. Ils se mirent ainsi à envahir successivement les possessions musulmanes de la rivière de Zambèze, qui conduit aux marchés où se vend l’or, dans l’intérieur des terres; et vers 1570 ils assassinèrent tous les Arabes qui étaient restés. Les moyens employés dans l'Orient par les Portugais ne le cédèrent pas en atrocité à ceux que les Espagnols ont mis en usage dans l’Occident. Le succès cependant ne fut pas le même. Les naturels de l’Afrique n’étaient pas d’un caractère assez pacifique pour abandonner leurs pays sans combat, comme les faibles habitants de l’Amérique méridionale. Depuis la première tentative d’envahissement, ils entretenaient un état de guerre funeste aux projets des Européens. Ils combattaient, puis se retiraient; ils abandonnaient
(1) H. Sait ( a Voyage to Abyssinia and travels into thc interior of that eountry , executed under thc orders of the British government , en 1809-1810; London, 1814, in-8°.) cite ici le fragment d’un manuscrit arabe de Zeïn eddyn Omar, qui contient la description très-succincte de la cèle de Mozambique et Sofala. Malheureusement l’âge de ce manuscrit n’est pas indiqué.
L’UNIVERS
leurs villages et leurs champs au* ravages de l'ennemi; mais à l’instant où celui-ci cessait la poursuite ils revenaient à l’attaque, et lui faisaient souvent cruellement expier les dégâts qu’il avait commis. Par ce système de défense ils empêchaient leur pays d’être totalement subjugué, et firent échouer toutes les expéditions des Portugais pour parvenir aux mines d’or de l’intérieur.
La plus audacieuse de ces entreprises fut faite en 1570, du commandement exprès de Sébastien I,r, parBaretto, qui, à cet effet, fut nommé gouverneur général de Mozambique. Il partit de Sofala, à la tête d’un puissant armement, dans le dessein de pénétrer dans le pays de Chikanga, et de s'emparer des mines de Manika. Pour y parvenir il fallait traverser les États et passer près de la capitale du quitève, ou chef principal du pays, dont le pouvoir s’étendait depuis Sofala jusqu’à l’angle fait par la courbure de la rivière de Zambèze. Ce pays est, comme nous venons de le voir, le Monomotapa ; les auteurs en ont parlé d’une manière fort obscure, parce qu’ils ont confondu les noms des districts avec les titres des souverains, appelant indistinctement ceux-ci quitève, monomotapa , benematapa, benemotasha, chikanga, manika, bokaranga, mokaranya, etc.
Le quitève rassembla sur-le-champ des forces pour s’opposer à la marche de Baretto, et surtout l’empêcher de gagner Chikanga, de peur que le roi de ce district, qui était son ennemi déclaré, ne se joignît aux Portugais. Ayant reconnu dans deux ou trois escarmouches l’infériorité de ses troupes, il prit la résolution plus sage de se replier devant l’ennemi, de le harceler dans sa marche, et de détruire les plantations pour lui couper les vivres. Les Portugais s'étant approchés de Zimbao , sa capitale , le quitève se retira dans une forêt voisine, et en même temps ses sujets tuèrent un grand nombre de traîneurs. Baretto, fort contrarié par ce système de guerre et par l’évacuation totale de Zimbao, brûla cette ville, et marcha vers Chikanga , dont le roi était musulman. Ce prince accueillit favorablement, en apparence, les Portugais, qui ne commettaient aucun acte d’hostilité envers lui, et qui se disaient ses amis. Cependant,
quoiqu'il leur eût promis de les recevoir dans ses États, pour y trafiquer, il les satisfit peu relativement aux mines , ce
?[ui est évident d’après cette déclaration aite pour couvrir leur mécontentement, « que les risques à courir pour se procurer de l’or, et les travaux nécessaires pour le purifier, n’étaient pas suffisamment compensés par le produit. » Ayant manquéae la sorte l’omet de leur entreprise, et perdu un grand: nombre d’hommes, ils songèrent à faire retraite, et ils eurent le bonheur d’y parvenir, en concluant avec le quitève un traité par lequel ils s'engagèrent à lui payer, à tavenir, un tribut annuel de cent pièces de toile, pour obtenir le passage à travers ses Etats. Telle fut la fin de ce que J. dos Santos appelle « la glorieuse expédition du grand Baretto, dont les hauts faits excitent au plus haut degré l’envia des autres nations. »
La seconde expédition se termina d’une manière bien plus fâcheuse encore. Elle partit de Sena sur la rivière de Zambèze, et elle était dirigée contre les Mongas. Après un combat sanglant, les Mongas furent défaits , à cause de leur confiance dans les promesses d'une vieille femme qui se disait sorcière, et qui à la
firemière décharge fut tuée par un bouet de canon , mort dont le général portugais fut si enchanté qu'il détacha de son cou une chaîne d’or, et qu’il la donna au canonnier. Le résultat de cette victoire fut une trêve, en vertu de laquelle les Portugais furent admis dans le pays. Ils purent alors en examiner jusqu'à un certain point l’intérieur, et pour la première fois ils traversèrent les monts Lupata, qu’ils nommèrent fastueusement t Épine du monde , * à cause des hauts et terribles rochers dont ils sont entourés, et qui paraissent, aussi bien que les arbres, cacher leurs cimes dans les nuages.- Cette description , probablement exagérée, est ce qui a enfanté cette formidable chaîne de montagnes qui, depuis, a fait l’ornement de toutes les cartes d’Afrique.
Des monts Lupata les Portugais s’avancèrent vers l’est, dans l’espoir de parvenir aux mines d’argent de Chikowa; et comme ils longèrent dans leur marche la rivière de Zambèze, ils rencontrèrent peu d'obstacles , les indigènes s’étant retirés dans les forêts. Cependant toutes leurs re-
cherches furent infructueuses, et leur chef fut, à la Ün, dit-on, trompé ingénieusement par un des naturels, qui enfouit de l’argent dans la terre, et persuada aux Portugais que c'était une mine. Bientôt, 11e pouvant plus maintenir dans le pars des troupes en nombre assez considérable, ils se retirèrent à Sena, laissant, dans un fort construit à Teté, deux cents hommes, qui eurentordre de poursuivre indéfiniment les recherches. Ce fut vainement; car tout le détachement, avec son chef Antoine Cardosa d'Almcïda, fut attiré dans une embuscade, et périt avec toute sa troupe.
Depuis ce temps les Portugais ont presque toujours été réduits à se tenir sur la défensive , à se contenter, comme les Arabes, leurs prédécesseurs, de faire le commerce d’une manière plus pacifique, et de maintenir leur influence en opposant les unes aux autres les puissances naturelles du pays, et en se bornant à la possession de la côte et de la ligne formée par le Zambèze. Pour conserver ces avantages , ils eurent même plusieurs luttes à soutenir, principalement dans les années 1589 et 1592 : ils furent attaqués sur les bords du Zambèze par la tribu errante et féroce des Muzimhas, qui, à ce qu'il parait, venait du sud-ouest. Le portrait de ce peuple et le tableau de plusieurs de ses coutumes, de son activité, de sa vie errante, de sa manière de faire la guerre, et particulièrement de la direction qu’il a suivie, portent à conclure qu’il se composait de tribus de Gallas; car la dernière fois qu’il est question des Muzimbas, c’est-à-dire lorsqu’en 1593 ils parvinrent à Quiloa , et qu'ils poussèrent ensuite jusqu’à Méiinde, et la première fois qtpon entend parler des Gallas , c’est en 1625, époque où Jérôme Lu ho les vit à Patté. Enfin, c’est environ vers ce même temps que les Gallas firent leur première irruption en Abyssinie.
Les efforts des Portugais pour introduire le christianisme dans le pays ont été tout aussi vains que leurs projets de conquête ; car, quoique , par le moyen d’un fanatique nommé Pierre Gonsalve de Svlva , ils aient obtenu , en 1571 , l’accès à la cour du quiteve , et qu'ils aient acquis de l’influence sur l’es-
prit de ce souverain, bientôt les trafiquants arabes reprirent de l’ascendant, et Svlva lui-même fut martyr de la cause qu’il avait embrassée. Quant au nombre des indigènes qu’on dit avoir reçu le baptême, il est probablement fort exagéré : les prêtres portugais auront fait jplus de conversions nominales que de conversions réelles (l).