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II. BTAT ACTUEL DB MOZAMBIQUE

La colonie de Mozambique est depuis longtemps en pleine décadence, ce qui tient, non pas tant peut-être à l’abolition delà traite des nègres, que plutôt au mauvais système financier jusqu'alors adopté, ainsi qu’à des causes politiques, La ville de Mozambique ( 14° 49' latitude australe, et 40" 45’ longitude orientalede Greenwich) est située dansune petite lie du même nom , à l’entrée d’une baie profonde. Cette Ile, d’environ deux milles et demi de longueur, sur un quart de mille de largeur, a la formed’un croissant dont les cornes regardent la mer.

Les habitants présentent un bizarre mélange des costumes indien, arabe et européen. La place de débarquement est à une portée de fusil du mouillage. Des degrés construits de chaque côté d’un mole élevé sur des arches, et qui autrefois se prolongeait au loin dans la mer, la rendent fort commode. Le fort, de forme octogone , défendu par quelques vieilles pièces de canon, esten trèsmauvais état. Parmi ces pièces il y en a ui paraissent être d’origine turque; 'autres portent le nom du roi Alonzoll, avec le millésime de 1660. L’emplacement du fort est judicieusement choisi, et si l’artillerie était bien servie, elle interdirait l’entrée du port. La garnison se compose d’un très-petit nombre d’hommes. On pourvoyait mieux autrefois à la défense de ce fort; car en 1608 il soutint vigoureusement l’attaque de* Hollandais, qui , après avoir débarqué sur Pile des forces considérables , furent

(i) Jean dos Sanlos assure que « durant les quatre années qu’il fit sa résidence à Sofala , il baptisa 1,694 personnes, » et les dominicains ont, dit-on, administré le baptême à 16,000 dans les lies Querimbo , et à ao.aoo sur les bords du Couama ou Zambèze. Les jésuites se vantent d’en avoir baptisé trois fois autant au Japon.

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vigoureusement repoussés et obligés de se rembarquer. Ce siège fut signalé par des atrocités dont nous allons rapporter un exemple: «Le 17 août 1608 (la veille du rembarquement des Hollandais ) on lia tous les prisonniers , on les conduisit à la trancnée, et l’on cria aux assiégés que s’ils ne rendaient à l'instant le déserteur ( c’était un soldat qui avait déserté la veille ) on les massacrerait tous à leur vue. La réponse fut que les Hollandais en useraient comme il leur plairait, et que s’ils maltraitaient leurs prisonniers , le vice-roi userait de représailles sur tous leurs gens qui pourraient être pris le long de la côte; que quand ils auraient cent Portugais, au lieu qu’ils n’en avaient que trente-quatre, il les laisserait périr plutôt que d’abandonner un homme qui s’était venu jeter entre leurs bras , et à qui ils avaient promis protection. Sur cette réponse on cassa la têteaux prisonniers à coups d’arquebuse.

Le 18 l’armée fut rangée en ordre de bataille , et en même temps on brûla la ville, puis cm marcha vers le bout occidental de nie en pillant et ruinant tout ce qu’on rencontrait (1). »

La colonie de Mozambique tire presque toutes ses subsistances de la péninsule deCabaceiro. Cette péninsule a environ onze milles de long sur quatre de large , et elle est jointe au continent par une bande de terre d’environ un mille de largeur, et appelée Soué-Souah (2).

Si l’eau était profonde de chaque côté de l’isthme , il serait facile de le mettre à l’abri de toute attaque du côté de la terre; mais il y a du côté du sud une large crique dont le sable reste à découvert à la marée basse , ce qui rend une attaque facile. Pour défendre le terrain on a construit sur une langue de terre, près du village deMesuril, un fort qui couvre un emplacement considérable, et renferme une chapelle sous l’invocation de saint Jean , et au-dessus de laquelle

(i) Recueil des voyages de la compagnie des Indes Orientales, formée dans les Provinccs-Unies. Amsterdam, 1705, vol. IV, p. a3-07.

(a) C’est l’expression arabe d’istlime , et signifie littéralement qui a la mer des deux côtés. Suez, mot corrompu, est synonyme d'isthme.

s’élève une tour pour protéger les ouvrages. Ceux-ci sont dans le plus mauvais état et garnis de quelques pièces de canon rouillées, qui ne pourraient être d’aucune utilité.

Le village de Mesuril est la résidence favorite des colons, qui y ont construit un grand nombre de belles maisons. Les villages de Mapeita , de Cabaceiro et de Soué-Souah , qui se trouvent dans le voisinage de Mesuril, sontélevés surun emplacement moins vaste. L’agriculture est à peu près nulle ; les terres restent presque toujours en friche; mais elles offrent des pâturages à de nombreux troupeaux de bétail et à une multitude de porcs, dont on favorise la multiplication.

La nourriture habituelle des planteurs est extrêmement grossière , et c’est en grande partie à cela qu’on doit attribuer les maladies qui régnent parmi eux. On couvre la table d’une profusion de viandes bouillies, principalement de bœuf et de porc. Ces viandes sont servies pêle-mêle avec des légumes sur le même plat; les autres mets nagent dans de t’huile qui n’est pas remarquable par sa pureté. Les rafraîchissements qu’on trouve toujours prêts sont le lait de coco et le manioc rôti, qui a la saveur de l’igname.

Le rivage , du côté de la baie, est plat et entrecoupé d’un grand nombre de criques et d’échancrures, dont le fond de sable demeure à sec, à la mer basse. Les astéries, les madrépores, les crustacés et les mollusques y abondent. Ces derniers ne peuvent, pour la plupart, se conserver ; car ils sedissolvent aussitôt qu'ils sont exposés au soleil ou qu’on les plonge dans de l’alcool. On voit toujours , à la mer basse , une foule d’hommes, femmes et enfants, occupés à chercher des coquillages ; et le produit de leur peine constitue leur principal moyen d’existence. « Le tableau nouveau, dit Sait, que formaient ces figures , errant le soir sur la grève, à la lueur des flambeaux, était des plus singuliers; et lorsque la lune paraissait entre les arbres , et que les masses de lumières produites par les torches qu’on portait çà et là étaient réfléchies par les eaux, l’illusion était des plus extraordinaires et presque magique. »

Quelques pêcheurs se servent de paniers d’osier qui ressemblent à ceux avec lesquels nous prenons des anguilles : on les pose un peu au-dessous de la ligne qui marque la basse mer; le Ilot les couvre ensuite , et lorsqu’il s’est retiré, il est rare qu’on ne les trouve pas remplis de petits poissons. Il est à remarquer que le Périple fait mention de cette manière de pêcher , comme étant en usage àRhapta. L’espèce d’huîtres appelée marteau , qu’on pêche sur la même côte , passe pour contenir des perles de grand prix. Ces huîtres margariti/ères paraissent cependant être trèsrares. Le rivage est couvert de troupes d’oiseaux aquatiques; les forêts fourmillent de gibier. Entre la ville de Mozambique et Cabaceiro le pays est trèspittoresque, et rappelle les cotes de Plie de Ceylan. Sait y trouva plusieurs malumpaoas (espèce d ’adansonia ), arbres curieux, qui, a raison de leur grosseur, pourraient être appelés arbres éléhants; car il y en a dont le tronc, semlable à un énorme tonneau, n’a pas moins de vingt-cinq mètres de circonférence. Partout on voit des plantations de cocotiers. Au sortir des bois , la vue s’étend sur un canton couvert de manioc ( Jatropha manihoc , L.), et divisé en compartiments par des rangées de pommiers d’acajou et de manguiers dont les fleurs embaument l’air. Ces bois servent de refuge à de nombreuses espèces d’oiseaux à plumage éclatant , parmi lesquels Sait nomme le Merops chrysopterus et le M. super ciliçsus; le Certhias famosa et le C. senegalensis ; l’ Or iolus monachaet l'O. galbula. Les orangers et les papayers attirent des volées de Colins striatus et de Coriacius bengalensis.

La culture du manioc est une grande ressource alimentaire. 11 est intéressant d’observer que la fécule contenue dans les racines est comme suspendue dans un suc très- vénéneux. Il importe donc de s’en débarrasser. Voici comment on y parvient : d’abord on nettoie les racines avec de grandes coquilles qui se trouvent en quantité sur la côte ; ensuite , on les expose au soleil ; lorsqu’elles sont sèches , on les broie avec une roue à bras armée de pointes; on met la pulpe dans de grands sacs, puis on la presse pour en faire écouler le suc. Enfin on brise le

tourteau qui reste, et on le fait sécher sur des plaques de cuivre chaudes, ce qui le réduit eu farine. Délayée dansdel’eau, cette farine forme un aliment très-sain.

Près de Mesuril , le gouverneur a une maison de plaisance dont la vue est trèsbelle, prise du côté de l’eau; elle est bâtie sur une côte élevée, et précédée d’un petit jardin en terrasse, d'où un double rang d’escaliers conduit à un bosquet de limoniers, d’orangers, de citronniers et de papayers. Du côté de l’est , et derrière la maison , s’élève une épaisse forêt de cocotiers, de manguiers, de pommiers d’acajou {Anacardium occidentale) et d’autres grands arbres. Du côté de l’ouest est un escalier (jui, depuis le bord de la mer, conduit a la villa. Celle-ci n’est pas très-vaste; elle ne consiste qu’en un rez-de-chaussée, dont la plupart des pièces n’ont point de meubles.

Le gouverneur porte le titre Aegovernador e capitâo general do eslado de Mosambique , rios de Sena et Sofala. Lorsqu'il est en habit de cérémonie , il porte une chaîne d’or fort riche et parfaitement travaillée; il est suivi de deux ou trois cents esclaves noirs, qui semblent accablés sous le poids des ornements en or dont ils sont surchargés. Ce sont les derniers vestiges de la pompe et de l’éclat dont s’entouraient jadis les vicerois de l’Afrique orientale. Le gouverneur est assisté d’un conseil composé de l’évêque ministre et du commandant des troupes. Les appointements de ces officiers et de leurs subalternes sont des plus médiocres. Le gouverneur reçoit un traitement annuel de ) 2,000 cruzailes royales (environ 18,800 francs).

La population de la colonie, formée de Portugais européens et de planteurs issus des anciens colons , peut se composer d’environ quinze cents familles.

Après ces deux classes d’habitants, viennent les descendants des colons arabes et les Banians. Les premiers sont, la plupart, marins; les autres , petits commerçants ou sim pies artisans . Ils forment un total d’environ huit cents individus. Le reste de la population se compose de Nègres libres et de soldats indigènes.

La nécessité d’employer ces derniers provient du peu de fond qu’on peut faire sur les Européens , que leur vie débau-

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chée, jointe à l’insalubrité du climat, rend incapables d’aucun effort physique.

On rapporte que sur cent soldats il n’en reste pas cinq de vivants après cinq ans de service , et qu’il en est ainsi de presque toutes les personnes venues d'Europe.

Il est aisé de concevoir que cette population mélangée doit être insuffisante pour l’augmentation et même pour la défense de la colonie. Quant aux tribus voisines qui reconnaissent la domi nation portugaise, on ne sait si elles ajoutent

f>lus à sa sûreté qu’à ses dangers. D'aileurs , les Portugais reconnaissent euxmêmes que c’est uniquement à l’ignorance de leurs ennemis qu’ils sont redevables de leur sûreté; et encore ne doivent-ils pas s’y fier. Un ennemi trèsdangereux encore à la colonie, c’est un peuple de pirates qui habite la pointe nord-est ae Madagascar, et que les Portugais nomment Sekelaves, mais dont le nom véritable parait être Maralis. On fait de ces pirates un portrait affreux. Us portent des crics comme les Malais, de qui ils paraissent descendre , et ils montrent dans leurs attaques une férocité épouvantable. Leur système est la guerre universelle. Les Portugais ne sont pas les seuls objets de leur haine.

Lacoloniede Mozambique n’entretient plus aujourd’hui qu’un commerce fort restre int avec l’Inde et le Brésil ; ce commerce consiste principalement en ivoire et en poudre d'or.

Depuis l’abolition de la traite des Nègres la station anglaise exerce une surveillance très-sévère dans les parages de Mozambique, où l’on embarquait autrefois le plus grand nombre d’esclaves pour le Cap de Bonne-Espérance, Batavia, les îles de France et de Bourbon, et les vastes possessions du continent américain. Malgré cette surveillance, la traite y a continué jusque dans ces derniers temps.

En 1844 les agents du gouvernement portugais la favorisaient encore presue ouvertement, lorsque, vers la lin e la même année, le gouverneur de Mozambique fut révoqué, probablement à l’instigation de l'Angleterre. Depuis ce moment tout est changé à cet égard , d'après ce que nous apprennent les docu-

ments les plus récents (1). Le nouveau

Gouverneur a tout d’abord manifesté la erme résolution de réprimer la traite.

Pour mieux réussir dans l’exécution de son dessein il a, par une lettre datée de Mozambique le 7 novembre 1844, donné au commandant de la station anglaise l’autorisation de visiter toutes les baies , de naviguer dans toutes les rivières faisant partie des possessions du Portugal dans ces parages , à l’effet de poursuivre la répression de la traite, en arrêtant tous les navires employés au transport et au commerce des esclaves.

Cette conduite deM. Rodrigo Luciano d’Abreu de Lima a été imitee par les commandants des établissements secondaires relevant du gouvernement de Mozambique.

Depuis 1845 on n’a entendu parler que de deux négriers arrêtés , l’un dans la baie d’inhambana, et l’autre aux environs de l’îlelbo. Le premier, poursuivi par les embarcations du croiseur anglais , se jeta à la côte. La mer déferla toute la nuit sur le pont. Au matin il était échoué. Lorsqu’on l’eut abordé, on reconnut que l’équipage l’avait abandonné en traversant les brisants, au milieu desquels toutes les embarcations avaient chaviré, et où quatre hommes avaient péri. Il ne restait plus que quatre cents esclaves sur huit cents que ce navire avait contenus. Ces malheureux, enfermés sous le panneau qui avait été cloué à poste fixe au moment de l’abandon du navire, couraient le plus grand risque d’être noyés. Après les avoir délivrés, on fut obligé de les laisser gagner la côte à la nage , car les brisants ne permettaient pas de l’aborder autrement. Le second navire était un boutre arabe. La saisie de ce boutre n’a pu être effectuée sans un échange de coups de fusil , qui a eu pour résultat de blesser dangereusement un des Arabes. Aussitôt qu’ils l’eurent vu tomber, la plupart de ceux qui composaient l'équipage du boutre ont sauté à la mer. On a trouvé à bord quatre-vingttrois esclaves ( soixante-un hommes et vingt-deux femmes). Le boutre n’avait ni papiers ni pavillon. Il était parti de

(i) Annales maritimes (Hevue coloniale), mari 1847 » p- Î08.

la rivière de Masimba, et se rendait dans les États de l'iman de Mascate.

C'est vers le nord des possessions portugaises que la traite des noirs parait devoir conserver encore une assez grande activité. Les boutres arabes viennent en grand nombre pour embarquer des esclaves, principalement sur le territoire qui avoisine la frontière et qui n’est point colonisé. Aussi est-ce particulièrement pour réprimer leur trafic que l’autorisation de visiter les criques, les baies , les rivières, etc., a été donnée par le gouverneur général de Mozambique au chef de la station anglaise.

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