III. POPULATION INDIGÈNE DB MOZAM- BIQUE
Les voyageurs, et particulièrement Sait, mentionnent les Makouas et les Monjous comme indigènes du pays de Mozambique, et étendant des ramifications jusque dans l’intérieur du continent africain.
Makouas.
Les Makouas , ou les Makouanas , sont un peuple qui consiste en un certain nombre de tribus très-puissantes, et dont le pays s’étend derrière Mozambique jusqu’à Melinde au nord , et jusqu’à l’embouchure de la rivière de Zambèze au sud. Des hordes de la même nation se trouvent aussi dans la direction du sud-ouest, jusqu’à peu de distance du pays des Cafres.
Les Makouas sont très-robustes et ont des formes d’athlètes. Ils sont trèsredoutables, et font constamment des incursions sur le petit territoire que les Portugais possèdent syr la côte. La liaine qu’ils portent à ceux-ci est invétérée, et on avoue qu’elle est due aux pratiques honteuses des marchands qui sont allés dans leur pays pour acheter des esclaves. Ils combattent principalement avec des lances, des dards et des flèches empoisonnées. Mais ils ont aussi un assez grand nombre de mousquets que les Arabes leur vendent dans les districts septentrionaux.
Ces dangereux voisins s’avancèrent, dans leur dernière irruption, jusqu’à la péninsule de Cabaceiro, et forcèrent les Portugais à quitter la campagne. Ils
détruisirent les plantations, brûlèrent les huttes des esclaves, et tuèrent ou emmenèrent en captivité toutes les personnes qui étaient tombées entre leurs mains. Ils pénétrèrent même dans le fort de Mesuril , renversèrent l’image de saint Jean qui était dans la chapelle, convertirent la chasuble du prêtre en habit de cérémonie pour leur chef, et pillèrent la maison du gouverneur.
Cette irruption fit ressortir encore davantage la situation précaire de la colonie de Mozambique.
Ce que les Portugais peuvent opposer de plus efficace à ces maraudeurs, c’est l’alliance qu’ils ont contractée avec certaines tribus qui habitent la côte, et qui parlent la même langue que les Makouas, mais qui sont tombées de bonne heure sous la domination des Arabes. Elles ont été conquises par les Portugais , qui les ont soumises au service militaire et au payement d’un tribut en nature, qui souvent est changé en un présent de quelques limons. Ces tribus sont gouvernées par des chefs ue nomme le gouvernement de Mozamique. Plusieurs de ces chefs sont trèsuissants et ont une juridiction fort tendue; mais il ne faut pas trop compter sur leur appui , car ils sont rarement d’accord entre eux. Les principaux sont les cheiks de.Quintangone, de Saint-Cûl, et le souverain de Sereima. Le cheik de Quintangone est assez puissant; son district est situé au nord de Mozambique , et l’on dit qu’il peut fournir quatre ou cinq mille hommes en état de porter les armes. Son prédécesseur a été longtemps ennemi déclaré des Portugais, et a commis de grands ravages dans la péninsule de Cabaceiro , où il entrait par la voie de Soué-Souâli. A la fin, il tomba entre les mains d’un détachement de troupes portugaises , et le gouvernement le fit mettre à la bouche d’un canon , comme un exemple nécessaire pour tenir en respect tous les chefs voisins. Le district de Saint-Cûl , qui est situé au nord de Mozambique, fournit environ trois mille combattants. Les forces réunies de ces chefs leur suffisent à peine pour résister aux attaques des Makouas.
A la force corporelle des Makouas on peut ajouter la difformitéde leurs traits, qui accroît infiniment la férocité de leur
L’UNIVERS
aspect. Ils aiment beaucoup à se tatouer, et ils font l'opération si rudement, qu’ils en portent les marques à un huitième de pouce au-dessus de la surface de la
Seau. Ils aiment surtout à faire descenre une ligne depuis le sommet du front jusqu’au bas du menton, et le long du nez. Us coupent cette ligne à angles droits par une autre qui va d’une oreille à l’autre. Ils dentellent ces lignes de telle sorte, que la peau de leur visage paraît former quatre parties cousues ensemble.
Ils taillent leurs dents en pointes, de façon que tout le râtelier a l’air d’une scie grossièrement faite; et ce qui est très-surprenant , c’est que cette opération ne nuit ni à la blancheur ni à la durée des dents. Les Makouas sont aussi fort capricieux dans la manière d’arranger leurs cheveux. Les uns les rasent d’un côté seulement, les autres des deux côtés; ceux-ci laissent une sorte de crête qui va depuis le sommet de la tête jusqu’à la nuque; ceux-là se bornent à conserver une touffe de cheveux au sommet. Tous se percent le cartilage du nez pour y suspendre des ornements en cuivre ou en os. Les femmes croient que c’est une marque de beauté ; et elles ont soin de se l’allonger en introduisant au milieu une petite pièce ronde d’ivoire, de bois ou de fer. La tournure des femmes approche de celle des Hottentotes; car elles ont l’épine du dos courbée et les fesses fort saillantes.
Tout indomptables que les Makouas se montrent dans leur état sauvage , ils deviennent dociles lorsqu’ils sont réduits en esclavage; et même lorsqu’on leur a rendu en partie la liberté en les enrôlant comme soldats, ils font des progrès rapides dans le maniement des armes, et l’on peut se reposer sur leur fidélité. Ils n’ont que des notions vagues d’un être suprême, qu’ils désinent par le mot IVherimb, qui signie le ciel. C'est ainsi que les Monjous se servent du mot Molungo , ciel, pour exprimer la divinité.
Les Makouas aiment passionnément la musique et la danse : le son du tamtam suffit pour les égayer. Ils ont un instrument favori nommé ambira , qui rend des sons assez harmonieux. Lorsqu’il est joué par des mains habiles, on •roirait entendre des variations exécu-
tées sur des cloches. Il est formé par un certain nombre de barres de fer fortement trempées, minces, de longueur inégale , et mises sur le même rang dans un morceau de bois creux , sur lequel on joue généralement avec un tuyau de plume. Un de ces instruments que Sait a rapporté en Angleterre a vingt barres.
Purchas en décrit un qui n’a que neuf barres:'» Us ont, dit-il, un autre instrument, appelé ambira, entièrement compose de verges de fer, plates et étroites , longues d’une palme, et trempées dans le feu , de façon à rendre differents sons.
Elles sont au nombre de neuf, et disposées sur un seul rang dans un morceau de bois creux, comme dans le manche d’une viole. Ils jouent dessus avec les ongles de leurs pouces, qu’ils laissent croître en conséquence, et ils s’en acquittent avec autant de légèreté que nos joueurs d’épinette. »
Monjous.
On ne sait rien de positif sur la véritable patrie des Monjous. On la place généralement, sur les cartes, entre l’équateur et 5° latitude australe, et les 30“ et 35° longitude orientale de Paris. Une partie de cette peuplade s’est fixée dans l’État de Mozambique, au delà des montagnes d’Angoxa. Les Monjous sont les nègres de l’espèce la plus laide. Ils ont les pommettes des ioues saillantes, les lèvres épaisses, les cheveux comme de la laine et souvent en petits noeuds comme des graines de poivre, et enfin la peau très-luisante et d’un noir de jais. Leurs armes sont des arcs et des flèches, et de très-courtes lances avec une pointe de fer. La construction de leurs arcs est très-simple : ils sont forts, unis, et faits d’un bâton. Leurs flèches sont longues, barbelées et empoisonnées. Chaque homme , outre son arc et son carquois , porte un petit appareil pour allumer du feu, et consistant en deux morceaux de bois de couleur foncée. Un de ces morceaux est plat et l’autre arrondi comme un pinceau. Celui-ci , tenu droit au centre au premier, est frotté vivement entre les paumes des mains, jusqu’à ce qu’il produise une flamme, ce qui ordinairement ne demande qu’une minute. Bruce fait mention d’une pareille méthode d’allumer du feu, qui est
pratiquée par une tribu de Nubas, qu’il a rencontrée dans le voisinage deSennaar.
Toute sa description de cette tribu s’accorde tellement avec le portrait des Monjous, qu’il n’est pas absurde d’admettre quelque relation entre ces peuples.
CÔTE DE ZaNGÜEBAB. SOMAULIS. SOwaülis. Galbas.
La côte qui s’étend depuis le cap Delado jusqu’à Magadoxo a reçu le nom e Zanquebar. Les anciens géographes arabes i’appellent Zanguig. Les Portugais comptent 550 legoas de Mozambique au cap Guardafui-, ils comparent la sinuosité de la côte du continent à la courbure de la côte d’un animal, et ajoutent que tout le littoral est plan, rempli d’eaux stagnantes et d’émanations pestilentielles (de Barros). C’est ce pays, ravagé par les fièvres putrides, qu’on pourrait appeler le Botany-Bay des Portugais ; car c’est là qu’ils déportaient leurs criminels.
Au huitième siècle de notre ère, les Arabes de la tribu des Émozaydis se séparèrent des successeursde Mahomet, etsui virent Zaïde, petit-fils d’Ali, dans des contrées lointaines, afin d’échapper aux persécutions des autres interprètes du Koran; ils vinrent ainsi s'établir sur les côtes de Zanguebar, ety fondèrent Brava et Magadoxo. Une autre secte, celle des Irméens, venue de Baharein, dans le golfe Persique, les suivit, et se fixa aux environs de Magadoxo. Ces partisans de la secte des Schiites étendaient de là leur commerce jusqu’à Sofala, et acquirent bientôt la domination de toute la côte orientale ; cependant ils ne paraissent pas avoir dépassé, au sud, le cap de Corrientes.
Du mélange de ces Arabes avec les indigènes naquit une population bâtarde, qui s’éparpilla tout le long du littoral, probablement jusqu’au pays des Cafres; cette population devait s’éloigner de plus en plus du type primitif à mesure que les tribus soumises venaient s’y mêler. Telle est l’origine de cesMauresqui existaient à Mélinde, à Mombaza, à Quiloa, etc., lorsque Vasco de Gama, ouvrant aux Portugais la route des Indes par le cap de Bonne- Espérance, vint relâcher dans ces parages. On sait que les Portugais
y trouvèrent un commerce actif avec l’Arabie et l’Inde, et comment, devenus maîtres de la côte, ils dirigèrent sur les marchés d’Europe, par une voie nouvelle, des produits dont l’origine n’y était que très- vaguement connue. Les roduits particuliers à Mozambique et
Zanguebar étaient confondus avec ceux desautres possessions, et arrivaient dans les ports d’Europe sous la dénomination généra le de prodi/i'Lsrfe l’Inde. L’importance commerciale de la côte orientale d’Afrique ne fut alors qu’à peine entrevue par les Européens , et même aujourd'hui elle n’est encore que très-imparfaitement appréciée.
Patté avait des manufactures en soie et en coton. L’île de Zanzibar avait une petite marine, et dominait par sa position fa navigation des côtes. Les historiens portugais ne disent pas que leg rois ou cheiks arabes de cette cote aient été vassaux d’aucun iman de l’Arabie; mais les géographes arabes, extraits par M. Étienne Quatremère (Mémoire sur les Zindges ), en donnant à un prince qu’ils appellent le roi des Zindges le surnom de wakl-iman, c’est-à-dire vicaire de l’iman, nous autorisent a supposer que l'iman, soit d’Yémen, soit plutôt d'Oman, ait de bonne heure exercé sur les petits États de Zanguebar une espèce de suzeraineté.
Les nations africaines de cette côte, dont les géographes arabes décrivent la condition misérable et les mœurs barbares, ne parurent guère plus civilisées aux Portugais; mais ceux-ci distinguèrent ici plusieurs races d’hommes différentes des nègres proprement dits. Ainsi, les Macacatos, quoique, noirs, avaient les cheveux lisses et la physionomie européenne. Les Massegucyos, qui buvaient le lait de leurs vaches mêlé avec du sang, et chez qui les adolescents devaient porter un bonnet pesant, en signe d’humiliation , jusqu’à ce qu'ils eussent tué un ennemi, étaient, selon les Portugais, une race de Cafres. Les Muzimbes ou Zimbes qui, avec une armée formidable, vinrent détruire Quiloa, étaient nègres.
Encore aujourd’hui, d’après les observations de Sait , la côte de. Zanguebar offre ce mélange singulier de trois races africaines distinctes. La comparaison des mots de la langue du Congo avec les noms
12' Livraison. (Afbioub Orientale.)
L’UNIVERS
géographiques de Zanguebar prouvé que les Npgres de cette dernière côte sont de la même race que les (,'ongos. Pemba, qui Ogure comme le nom d’une province au Congo, se présente ici deux fois comme nom d’une île et d’une ville. Qui, syllabe qui en congo signifie petit, Commence également les noms de lieux du Congo et ceux du Zanguebar. Le mot misa ou mési paraît signifier fleuve ou eau dans l’une et dans l’autre langue. Si cette observation de Malle-Brun se trouve contirmée par des recherches ultérieures, la communication des peuples nègres à travers l’Asie centrale, ainsi que leur parenté, sera mise horsdedoute(l).
Les Portugais ne paraissent jamais avoir poussé au delà de la lisière maritime leur faible et tyrannique domination. Leurs historiens nous ont laissé un trait assez curieux de leur manière de se conduire. L’île de Pemba, par la douceur de sa température, la limpidité de ses eaux, les suaves odeurs qu’exhalent ses bosquets, avait attiré un grand nombre d’habitants portugais. Ils dominaient avec hauteur sur le roi et son peuple. Si un chrétien, en passant devant la porte d’un Maure, se heurtait contre une pierre ou tombait à terre, le Maure était obligé de lui payer une amende; si une poule ou une chèvre appartenant à un Maure entrait dans la cour ou dans l’enclos d’un chrétien, le propriétaire, en venant la réclamer, recevait pour toute réponse ; « Votre poule, votre chèvre a voulu se faire chrétienne (2). »
Après la destruction de leur puissance militaire et commerciale dans l’Inde, les Portugais u’etaient plus assez forts pour résister aux Maures : ils furent successivement chassés de tous leurs etablissements au nord de Mozambique (État de Zanguebar); et Magadoxo, Brava, Patté, l.uaino, Mombaza, Quiloa et Zanzibar recouvrèrent leur indépendance, ou plutôt rentrèrent sous la domination arabe.
A leur arrivée sur la côte de Zangüebar les Portugais y trouvèrent l’abondance et la richesse que procurent l’a-
(i) Malle-Brtm, dans les Nouvelles annales les voyages, tome VI, p. 334. (Année i8ao.)
(a) Ibid., p. 33$.
griculture et le commerce. Les campagnes étaient soigneusement cultivées ; on connaissait l’industrie et les arts , et l’esclavage n’était qu’un mot. La domination portugaise, qui ne sut s’établir que par le fer, le feu et le pillage, n’y laissa que des ruines, la misere et l’exécration du nom chrétien. Cet état de choses subsistajusqu’à l’époque où Zanzibar, Quiloa et Mombaza, en subissant un nouveau joug, furent rendus sinon à la prospérité, du moins à leurs anciennes relations avec l’Inde, l’Arabie et la Perse. Ce retour à la vie commerciale devait être lent : les imans de Mascate, occupés de luttes intestines, ne pouvaient pas d’abord songer sérieusement à y asseoir leur autorité. Achmed-ben-Saïd organisa enfin l'administration des colonies de la côte orientale, dont Zanzibar devint le chef-lieu. L’iman y entretenait un gouverneur et une garnison. Cette administration, malgré ses vices, était encore un véritable progrès, comparativement à la sauvage anarchie qu’elle remplaçait. L’iman lui-même faisait le commerce; quatre de ses vaisseaux de guerre étaient employés à porter de Quiloa et de Zanzibar à Mascate les esclaves, les dents d’éléphant, la poudre d’or, etc.; chacun, selon ses moyens, suivait l’exemple, et chaque année voyait s’accroître les exportations de ces colonies pour l’Arabie et l’Inde. Le souvenir des Portugais et la différence des religions entretenaient chez ces populations un sentiment de haine et des préjugés qui rendaient leurs ports inabordables aux navires européens. Plusieurs de ceux-ci, que le besoin d’eau et de rafraîchissements poussa à y relâcher, virent leurs canots enlevés, les équipages massacrés, et lurent obligés de prendre le large sans avoir pu se procurer ce qui leur manquait. Le commerce continua donc à y être fait par les Arabes seuls.
Le trafic des noirs, qui plus tard attira quelques navrres étrangers à Quiloa et Zanzibar, n’amena pas cependant l’exportation directe, pour l’Europe, des produits de la côte; les capitaines se souciaient peu d’autres marchand ises que de ce qu’ils appelaient, dans leur argot, « une cargaison de bois d’ébène. »
Puis, après 1822, la traite n’étant plus permise aux chrétiens dans les posses-
sions de l’iman, ces ports furent de nouveau désertés, et pendant les années qui suivirent on ne vit à Zanzibar que quelques caboteurs de Bourbon, de Maurice et des Séchelles, qui y portaient du girofle, et qui rendaient de plus en plus rares les exactions de tout genre exercées à leur égard parles autorités locales elles-mêmes. L’ivoire, la gomme, l’ambre, etc., continuaient donc d’être portés par des barques arabes à Maseate, Cqth, Surate, Bombay, d’où ces produits arrivaient en Europe comme originaires de l’Inde; et il en fut ainsi jusqu’en 1834. Aussi entend-on encore aujourd’hui , dans le commerce, désigner sous les noms d’ivoire de Goa ou de Lisbonne l’ivoire qui vient réellement de la cdte orientale de l’Afrique.
L’absence de toute relation avec les Européens depuis l’expulsion des Portugais explique suffisamment l'état de barbarie dans lequel sont encore plongés les habitants de cette côte; elle empêchera encore longtemps le commerce étranger d'y prendre de Fextension. M. Guillain , de qui nous tenons ces détails, donne un exposé intéressant des entreprises commerciales qui ont été faites, il y a quelques années, par les Américains et les Anglais (1). Cet
(r) Extrait d’un rapport de M. le lieutenant de vaisseau Guillain ; année <84 1 ( Annales maritales, décembre <843, p. 8x8):
« Les denrées d’exportation de la côte de Zangnebar sont les suivantes : Ivoire. Il est apporté de l'iutérieur à la cèle par les naturels du pays, de Moyaco , Mocamba, Mokami, Moussagara et Manamouczi , qui s’y rendent en juin , juillet et août ; celui de Manamouczi est le plus estimé : les dents sont des plus grandes dimensions.
« Résine copal. Elle se trouve sur divers points de la cote comprise entre le cap Delgado et Mombaza; celle du sud de Quito» est inférieure à celle de ce dernier endroit jusqu’à Pangani; au nord de Mombaza, on n'en trouve plus. Les indications pour choisir cette résine sont : couleur blanc jaunâtre ou jaune citron clair, transparence égale, grande dureté, cassure nette et vitreuse ; elle se vend environ 6 piastres les 38 livres. On s’imagine eu France ne cette résine est un produit de l’Inde et e Ceylau , et cela parce que nous le recevons de l’Angleterre ou quelquefois par des bâtiments de Bordeaux venant de Bombay.
C’est une erreur qu’il importe de signaler.
exposé n’est guère propre à encourager de semblables entreprises.
C’est à l’expédition hydrographique de M.le capitaine Owen , que la géographie, encore si obscure, de l’Afrique orientale est redevable de quelques renseignements précis sur la cote de Zanguebar.
Ce qui va suivre sur les points les plus éminents de cette côte est en partie empruntés l’ouvrage intitulé : Narrative
car l'exportation du vernis, qui prend chaque année plus d'extension en France, (ait de la résine copal un article inléressaut pour notre commerce.
« Sésame. Il se trouve sur toute la côte jusque vers Mombaza , mais principalement dam la province de Quiloa. En octobre et novembre, époque de la récolte, on eu fait une huile beaucoup plus délicate que l'huile de coco, et que les Arabes préfèrent pour la préparation des aliments à toute autre huile comestible. Le sésame est trois mois à lever pour donner sa graine; celle-ci rend z4 p. roo d’huile environ. Il y a le sésame noir et le sésame blanc; à Zanzibar, ce dernier est un peu plus estimé, et s’achète s piastre les ao mesures.
« Millet. Il est récolté sur toute la eûte , où l'on paye 5oà 6o mesure* r piastre-marchandise; il sert de nourriture aux équipages et à la partie 1a plus misérable de la population. A Zanzibar et sur toute la côte on l’emploie aussi comme monnaie dans les menues trausartions.
- Cornes de rhinocéros. Elles viennent de la côte par Quiloa et par Brava ; elles sont exportées pour l'Indr, et principalement pour Bombay.
« Cire. Celle qui entre à Zanzibar vient de la côte aux environs de Couéli , de l’ile de Monfia el de Joanna A la côle elle se paye de * à 3 piastres- marchandises le (razhéla; à Zanzibar on l’achète 5 à 6 piastres. La plus grande partie y est coulée en bougies, qui sont exportées à Maseate.
a Girofle, las diverses plantations de girofliers, dans l'ile de Zauzibar, ont donné, la dernière récolte, environ 9000 frazhélas de cette épice, vendus au prix moyen de 4 J piastres le frazhéla. l.es autres objets d'exportation sont l’ huile de coco , Yolibanum, la gomme arabique , la gomme-myrrhe , Valois et V écaille. Le marché aux esclaves est ouvert , à Zanzibar, en octobre et novembre, et dure environ quatre mois. Il n’y passe pas moins de 8 à 10,000 individus ; 45 piastres , prix moyen. Ce nombre est réparti entre la mer Rouge, la côte d'Arabie, Maseate et le golfe Arabique.,.
L’UNIVERS
of voyages to explore the shores of Africa, Arabia and Madagascar ; performed in H. M. ships Levert and Barraconta , under the direction of captain F. IV. Owen B. N., by command ofthe lords commissioners of the Admiralty; 2 vol. in-8°; London, 1833.
Zanzibar, chef- lieu de l'îledece nom, est aujourd’hui le point le plus important de la côte de Zanguebar. Il est situé à 6» 54' 2" latitude australe, et 39° 55' 5" longitude orientale de Greenwich(l).Son port peut contenir en sûreté et en tout temps un grand nombre de vaisseaux, avantage qu’il doit à une chaîne de bas-fonds qui ro mpt la force d es dots en toute direction . L’île est de difGcile approche, à cause d’un courant très-fort qui se trouve aux environs. La côte orientale est escarpée et boisée. Les habitants sont mahométans et d’origine arabe. Ils sont gouvernés par un cheïk que nomme l’iman de Mascate, souverain de l’île. On prétend qu’elle lui rapporte annuellement de trente à quarante mille piastres, provenant d’un commerce actif avec les îles de France, de Bourbon , de Madagascar et le golfe Arabique.
Au nord de Zanzibar est située l’île de Pemba ( à 5° lat. austr. ). Cette île est basse et assise sur un fond de corail ; le terrain en est cependant fertile, et produit surtout du riz de très-bonne qualité. Le cheïk de Pemba , pour se soustraire à la domination de l’iman, s’est mis récemment sous le protectoratde l’Angleterre.
L’île de Monha (2), au sud de 111e de Zanzibar, est peu connue. La petite île de Latham ou Shoal (6° 54' latitude austr., 39° 55' long. G. ) est également assise sur un fond de corail ; elle n’est accessible que du côté sud-ouest; sa surface est plane et entièrement formée d’excréments d’innombrables oiseaux qui s’y réfugient.
Dans quelques points la matière qui comble les interstices des branches de corail cède sous le pas de l’homme. Les oiseaux qu’on y trouve ne semblent pas
(i) Saulnier de Mnndevil ( Observations faites à la côte d'Afrique , dans les Nouvelles Annales des voyages, tome VI, p. 338) donne 5° 46' pour la latitude de Zanzibar, au mouillage.
(a) On écrit indifféremment Mousia, Moufia et Monsea.
avoir le moindre sentiment du danger ; ils ne se dérangent pas même de place quand on menace de marcher sur eux, et lorsqu’on veut les toucher ils essayent de se défendre avec leur bec. Ce sont des espèces de goélands , un peu moins gros qu’une oie. « Ces oiseaux, dit M. Owen, offraient un singulier aspect : présentant toutes les nuances, depuis le blanc de neige jusqu’au brun foncé, ils couvraient l’immense banc de madrépores qui borne la surface de l’île. Ils saluèrent notre approche par des cris aigus, et, sans se déranger, ils exprimèrent leur étonnement par la vivacité de leurs yeux d’un jaune a’or brillant, bordés d’un épais duvet blanc. La surface de 111e en était littéralement couverte. »
Cette observation explique, selon nous , l’origine de ces masses de guano qu’on découvre dans quelques îles voisines des côtes de l’Afrique et de l’Amérique.
Quiloa était avant l’arrivée des Portugais un des principaux établissements des Arabes. En 1505 François d’A\meida s’en empara , et y construisit un fort occupé aujourd’hui par une garnison arabe. Depuis une cinquantaine d’années Quiloa est au pouvoir de l’iman de Mascate. La ville est en partie tombée en ruines. Son port est un des plus beaux de la côte; les forêts environnantes sont remplies de bêtes féroces.
Mombas ou Mombaza paraît avoir été jadis une pjace importante. Les ruines et quelqucs'descriptions qu’on y trouve attestent l’ancienne domination des Portugais, du temps de Fr. d’Almeida.
La ville est aujourd’hui divisée en deux quartiers: l’un est habité parles Arabes, et l’autre par les Sowaulis ( Sowlrylese }. Elle tenait sous sa dépendance l’ile de Pemba et quelques autres districts , ainsi quele rappelle une inscription gravée sur la porte de Mombaza. Les Portugais étaient souvent en guerre contre les chefs de cette contrée, qui refusaient de paver tribut. Leur domination étant devenue odieuse, l’iman de Mascate n’eut pas beaucoup de peine à se rendre maître des possessions portugaises. Mais un des' généraux qu’il avait chargés de cette expédition usurpa le pouvoir souverain en se déclarant chef indépendant de Mombaza et de Pemba. Redoutant le
châtiment qui l’attendait, cet usurpateur se jeta dans les bras de l’Angleterre.
Repoussé par les habitants de Mombaza , Vasco de Gama , à son retour de l’Inde, fut accueilli amicalement par les habitants de Mélinde, ville située un peu plus près de l’équateur que Mombaza.
Sur un rocher escarpé, qui s’avance comme un promontoire, on voit encoro la colonne qui porte à son sommet les armes des rois du Portugal et de Mélinde. Le territoire de l’ancien royauinede Mélinde est aujourd'hui occupe par les Gallas, peuplade qui entrave singulièrement la navigation des Arabes sur cette côte.
Patta ou Patté, ville située sur l’ile qui forme la côte méridionale de la baie de Kwyhou , ne paraît pas avoir été longtemps sous le gouvernement des Portugais; plus tard, elle fut tour à tour indépendante et sous la domination de l’iman deMascate ou du cheik de Mombaza. Aujourd’hui la ville de Patta est occupée par une garnison de l’iman; elle est petite et composée de quelques misérables huttes bâties dans le style arabe. Lamou, non loin de là, est située au pied d’une rangée de collines sablonneuses, et contient environ cinq mille habitants, dont la plupart sont Arabes. Son gouverneur est également institué par l’iman de Mascate.
Magadoxo ou MugdaSho { 2»l'8"lat.
austr., et 45°19'5" long. G. ) est la seule ville de quelque importance sur toute cette partie de la côte. Ses maisons sont grandes et bâties en pierre. On la divise en deux quartiers bien distincts : l’un s’appelle Chamgany, et ne renferme que des tombeaux de très-belle apparence, l’autre se nomme Umarwine, et se compose d’environ cent cinquante édifices en pierre, construits dans le style espagnol. Les Arabes y entretiennent un commerce d’échange très-actif. Le port est commode et formé par un long récif.
Tels sont les points principaux de la côte de Zanguebar , dont la connaissance laisse, pour le répéter, encore beaucoup à désirer sous le rapport géographique et ethnographique.
Au nombre des causes qui font que les Européens fréquentent si peu la côte de Zanguebar, il faut placer l’insalubrité du climat. Tous les voyageurs sont d’accord sur ce point. La Topographie médi-
cale, publiée par M. Pommier, officier de santé de la marine , nous donne les renseignements les plus précis que nous avons sur l’état sanitaire des îles de Zanzibar et de Quiloa (I). Toutes les causes des fièvres intermittentes se réunissent dans ces contrées pour nuire à la salubrité de l’air : chaleur excessive, terrain vaseux sur le rivage, marécages dans l’intérieur, etc. • La ville de Zanzibar n’est qu’un amas irrégulier de pagodes . mosquées, et d’autres édifices construits à la mode orientale ; le défaut d’alignement des cabanes, la malpropretédesrues trop étroites , les amas d’ordures et de fumier entassés de tout côté, l’insouciance des naturels pour cequi parattexiger quelque travail; toutes ces causes réunies devaient faire de Zanzibar un foyer de maladies. Par une négligence complète de toutes les règles de l’hygiène , une exhalaison infecte frappe désagréablement l’odorat de celui qui parcourtces espèces de rues. U est cependant facile de les assainir. Les maisons sont la plupart en bois; quelques-unes sont en pierre; l’extérieur est recouvert d’un stuc blanchâtre. Devant la maison se trouve ordinairement une argamasse en pierre, sur laquelle les naturels restent couchés pendant la grande chaleur. L’intérieur est divisé pour le logement des hommes et celui des femmes; dans le logement des hommes, l’appartement le plus remarquable est celui du maître, qui est très-sale, peu meublé et livré à la discrétion des esclaves qui y entrent et en sortent continuellement... Si la structure de la peau rend les Nègres moins sujets aux maladies dans ces climats , il n’en est pas de même des Arabes et des Européens qui y viennent. Si le jour la chaleur est extrême, toute la nuit il règne une fraîcheur avec une rosée tellement abondante, que cette dernière remplace la pluie qui ne tombe qu’en novembre et en décembre. Ces variations de température, la chaleur humide, produisent des suppressions de transpiration qui déterminent des affections catarrhales très-graves. » ( Pommier. )
Indépendamment des fièvres intermittentes qui prennent d’ordinaire un ca-
(i) Annales maritimes, t. XII, p. 4*3 ( année i8»o).
L'UNIVERS
ractère fort grava, M. Pommier compte au nombre des maladies les plus fréquentes, à Quiloa et a Zanzibar, l’hydrocèle , la variole, la syphilis , les ulcères atoniques et les affections qu’entraînent les blessures faites par des armes empoisonnées.
Depuis Magadoxo jusqu’au cap Guardafui la côte ne présente pas la moindre apparence d’un lieu habité, bien que M. Owen y vit paître de nombreux troupeaux de bétail et de chameaux. Le commerce de cette contrée parait être exclusivement dirigé, à l’aide des caravanes, vers la mer Rouge.
La partie de la côte qui s’étend depuis la rivière Juba jusqu’à la mer Rouge est habitée par la tribu aborigène dès Somaulis ou Saumalis. C’est un peuple doux, de mœurs patriarcales, et entièrement relégué au littoral par la tribu féroce des Gallas, qui habitent l’intérieur du continent. On n’a pu jusqu’à présent recueillir que fort peu de renseignements sur ces Somaulis. Pauvres , ils n’ont eu rien à redouter de la cupidité des chrétienset des mahométans; ils continuent à vivre dans l’indépendance , car leur pays n’a encore tenté aucun conquérant.
C est par le pays des Somau I is que passe la principale route commerciale qui conduit de l’intérieur de l’Afrique à l’A-i rabie méridionale. Lorsque des navires échouent sur la côte, surtout prés du Ras-el-fil et de Zevla, ils ne manquent jamais de traiter hospitalièrement les naufragés; mais on dispose de la cargaison d’après le droit de varech. C’est presque toujours la faute des Européens, si, dans la plupart desendroits de la côte ils sont regardés par les indigènes comme leurs ennemis naturels. De" Berbereh et de Zeyla , les deux principaux marchés des Somaulis, les caravanes se rendent dans les contrées de l’intérieur et particulièrement dans le Hurrur; des relations commerciales s’étendent de là à l’ouest , avec le royaume de Choa et les peuples oui habitent les environs des montagnes de Kourri. C’est dans ces contrées qu 'on a cherché le pays des fabuleux Maerobiens. Ces relations paisibles paraissent exister depuis plus de mille ans. Déjà Ebn-Haukal (année 950) en parie d’une manière très-précise dans sa des-
cription de Zeyla (Zouilah). « Ce pays, dit-il . contient beaucoup de provinces ; il est tres-étendu, mais secet riche en toute espèce de productions , comme en général tous les pays mahométans; ce dontil a besoin lui vient de l’ouest , parce qu’il n’est pas facilement abordable d’un autre côté. La peau de ses habitants est plus lisse et plus noire que chez les autres nègres. » Au rapport de lord Valentia, les Somaulis ne sont pas de vrais nègres,
S’ils aieut les cheveux crépus , les rès-blanches et la peau très-noire.
Ils s’endistinguent par ladouceurde leur peau , le développement plus gracieux de leurs membres, et une physionomie absolument différente, surtout dans la conformation du nez, qui n’est nullement aplati.
Les Sowaulis ou Sowhylys paraissent être une tribu tout à fait differente des Somaulis. Avant l’arrivée des Européens, ils étaient la nation la plus puissante de la côte orientale d’Afrique; iis occupaient de nombreuses villes, et leurs possessions s’étendaient depuis Magadoxo jusqu’à Sofala , et peut-être au delà. C’étaient les Maures de Vasco de Gama et de François d’Almeida. La sultanie de Patté était un de leurs plus riches États; les ruines qu’on y voit témoignent de son ancienne splendeur. Leur langue se parle encore aujourd’hui depuis Patté jusqu’à Mozambique; et elle parait avoir quelque affinité avec les dialectes cafres. Les Sowaulis sont, d’après Sait, de la race des Nègres.
Gallas.
Ce que les Goths et les Vandales furent pour l’Europe, les Gallas le sont pour l’Afrique. On ignore encore la véritable patrie des Gallas ; selon leur tradition, iis habitaient le centre du continent quand ils en sortirent pour s’avancer vers le nord. La même tradition existait , du temps de Diodore de Sicile, à l’égard des Troglodytes. D’après les voyageurs modernes , les Gallas pénétrèrent du sud en Abyssinie, par Melinde et Patté, où ils forment encore aujourd’hui une chaîne non interrompue. Ils envahirent successivement plusieurs contrées de l’Afrique; comme les Goths et les Vaudales , ils se sont naturalisés en peu de temps sur le sol conquis, en
adoptant la langue, les coutumes et les mœurs des peuples vaincus.
Lesgéographesdu seizième siècle parlent pour la première fois d’un grand mouvement de hordes nomades qui s'ébranlèrent à la fois des steppes de l’Afrique centrale pour se répand re à l’ouest, à l'est et au nord. C’est la plus grande émigration connue des peuples africains, ui a sa cause, soit dans une révolution e la nature, soit dans une révolution politique. En 1637, des hordes de Gallas débordèrent delà province Bali en Abyssinie (1 ). D’autres hordes se précipitèrent, en 1562, dans les terres de Congo et d’Angola , avec une impétuosité féroce.
Bruce, Sait et d’autres voyageurs parlent des incursions répétées des Gallas dans les provinces de l’Abyssinie. Leurs incursions sont en quelque sorte périodiques comme les inondations du NiJ ; mais, au lieu d'apporter la fécondité et la vie, ils répandent la désolation et la mort. Ils forment, autour de l’Abyssinie, à l’est, au sud et à l’ouest, une ceinture terrible d’où chaque année leurs bandes pénètrent, à travers les défilés et les ravins, dans le pays d’Alpes, qui s’élève comme une presqu’île au milieu des flots menaçants des barbares.
Les Portugais proposèrent aux Abyssiniens d'élever des fortifications pour se mettre à l’abri de l’invasion des Gallas. Les Abyssiniens répondaient à cette proposition comme l’auraient fait les Spartiates. « Non, disaient-ils, nous avonsdes pierres pour bâtir des temples; mais pour détendre notre pays , nous avons nos bras. »
L’origine de ces peuplades, indifféremment désignées sous les noms de Gallas, A tj allas, Fagas , Agags, Giagags et Sc/iaggas, est fort obscure. Leurs mœurs, leur vie nomade, leurs brigandages, et la ressemblance de leurs dialectes, ont fait conjecturer qu’ils formaient un seul et même peuple. On leur a trouvé quelque analogie avec les Boscbjesmans et les Cafres. On les a fait descendre de la Guinée, où ( entre le cap Mesuradu et la côte de Poivre) habite une race nègre appelée Gallas; mais cette dernière supposition paraît dénuée de fondement.
D’après les documents les plus an-
(«) Ludolf , H ùt. Æthiop., iib. 1 , 16, 19.
ISS
ciens, le centre des Gallas semble être à Bizaino , pays situé entre le Nil et le Bahr-el-Abiad, où passe la route de Gondarà Narea. A partir de là, ils se divisent en de nombreuses iribus conduites par autant de chefs.
Ils diffèrent de noms suivant qu’ils se sont plus ou moins assimilés aux natioussubjuguées. Ceux qui ont embrassé l’islamisme sont parvenus à un certain degré decivilisation; tandis que ceux qui possèdent encore leur caractère primitif forment, au rapport de tous les voyageurs, une race cruelle et féroce. Ils ne construisent point de huttes, se réfugient dans les Dois, et vivent dans la condition la plus sauvage. En guerre avec tous les hommes , ils se conduisent et sont à leur tour traités comme des bêtes féroces. Semblables aux « peaux rouges >• de l’Amérique septentrionale, ils scalpent leurs ennemis , et en conservent le cuir chevelu, comme un trophée (Owen). Leur vêtement se compose d’une peau de chèvre ou d’un autre animal, attachée auiourdes reins; comme les Hottentots, ils enduisent leurs cheveux avec de la graisse , et s’entourent le corps de boyaux de bœuf. Le wanzey ( Cordia abyssinica, B. ) est un arbre qui leur sert dans des cérémonies religieuses (1). Comme les Hébreux et les Chaldéeus, ils regardent les nombres 7 et 3 comme sacrés. Ils passent a la nage les torrents les plus rapides. Une sorte de pâte faite avec du café grillé et du beurre est la seule provision qu’ils emportent avec eux. Ils supportent la faim et toutes les privations avec une patience étonnante. Leurs expéditions n’ont rien de régulier : ils tombent a l’improviste sur mie contrée et la ravagent; tout leur est permis dans ces invasions. Mais dans leurs pays ils se soumettent avec docilité à la discipline sévère de leurs chefs. Leurs femmes sont extrêmement fécondes.
Les Gallas de l’est et de l’ouest semblent tous parler la même langue. Leur taille est moyenne; ils ont les cheveux noirs, longs et crépus; dans les vallées, leur peau est plus foncée. Ceux qui pénétrèrent il y a quelque temps en Abys-
(1) Compam M. A. N. Desvergers, \'Ahyssinic , p. 39,
L’UNIVERS
sinie, ne se nourrissaient que de lait, de beurre et de v iande ; l’exemple des Abyssiniens leur apprit à cultiver la terre et a cuire le pain. Ils n’avaient pour armes que des lances de bois aiguisées, dont la pointe était durcie au leu, et empoisonnée avec le suc d’un arbre vénéneux.
En général, les Gallas redoutent beaucoup les armes à feu , et l’histoire suivante, rapportée par M. Owcn, n’a fait u’augmenter leur terreur. « Une troupe e Sowaulis, ayant entrepris une expédition commerciale dans l’intérieur, fut attaquée et pillée par des Gallas, en dépit de leurs stipulations réciproques.
Parmi les dépouilles se trouvait une arquebuse qui, paraissant un objet inutile, fut brisée pour en ôter les pièces de fer; mais, afin d’aller plus vite en besogne, on résolut de brûler tout ce qui était en bois. Mais à peine l’opération commencée, l’arquebuse, qui était chargée à balle, fit inopinément explosion et tua roide mort celui qui la tenait. Cet événement a, dit-on, mis fin aux attaques des Gallas contre les Sowaulis. » ( Owen. )
Voici comment un voyageur récent , M. Th. Lefebvre, trace la caractéristique des Gallas (1) :
« Visage rond , crâne allongé suivant le diamètre antéro- postérieur, occiput très-développé, yeux grands, cils longs, sourcils épais et arqués , nez court , légèrement épaté, mais droit, lèvres épaisses surtout dans la partie médiane , bouche moyennement grande, oreille petite , cheveux crépus et longs, hanches développées , buste long , creux des reins prononcé, fesses saillantes, jambes grêles , mains petites ; généralement peu musculeux.
« Les variations de ce type sont relatives à deux caractères :
« 1° Cheveux lisses, au lieu d’être crépus : ils se rencontrent avec le visage ovale, les lèvres minces , le creux des reins moins prononcé, les mollets plus saillants-,
« 2° Nez épaté et retroussé, qui entraîne les caractères principaux de la race nègre : la mâchoire inférieure avancée et proéminente , les cheveux tout à fait laineux.
(<) Voyage en Abyssinie, tome III.
« L’état de civilisation et les mœurs des Gallas les séparent encore plus nettement du reste des Abyssins que les caractères physiques. A l’égard des mœurs , ils pratiquent en principe le pur patriarcat, ou l’uniprédomiuance de la famille , ce qui, par le fait, a engendré le gouver» nement de la tribu par un seul chef. Les espèces de royaumes gallas qu’on trouve vers la frontière sud du Clioa , et qui révèlent une certaine constitution politique, sont de création chrétienne, et n’ont rien que ces hordes barbares puissent indiquer. L’islamisme est venu , il est vrai , qui a desséché dans leur germe les fruits semés à cet égard par le christianisme.
« Chez quelques tribus gallas les sacrifices humains sont encore en usage ; on m’a assuré que cette coutume subsiste chez les Djindgéro.
« Le caractère du Galla parait bien divers, suivant qu’on le voit livré aux inspirations de sa nature, ou bien aux suggestions de ses préjugés. Franc, humain, hospitalier dans un cas, il étonnera dans d'autres par les détours de la ruse la plus subtile et les excès odieux d’une froide cruauté.
« Habitué à combattre les bêtes féroces, et vivant avec ses voisins dans un état permanent d’hostilité , ce peuple estime la bravoure comme la première qualité de l’homme, et entretient chez ses enfants ce goût du sang, qui peut s’accorder ainsi avec une âme sensible.
Chez eux, non-seulement le lâche est honni et méprisé, mais même aucune considération ne peut s'attacher à un homme qui n'a pas à se prévaloir d’un de ces horribles trophées, preuve irrécusable de courage à leurs yeux. Lorsque les servantes gallas vont puiser de l’eau, celle qui a le pas est celle dont le maître a la plus grande renommée de valeur.
« Chez tous les peuples barbares, l’extrême surprise que leurcause le moindre objet inconnu tente outre mesure leur convoitise, et les efforts qu’ils font alors pour se l’approprier ne doivent pas être mis entièrement sur le compte d’une disposition native au vol. Les Gallas sont surtout cultivateurs et très-laborieux :
leurs terres en plaine sont extrêmement fertiles, et donnent de magnifiques pâturages. Les femmes gallas s’occupent
beaucoup de l'éducation des abeilles, ce ui, avec le ülagedu coton et les travaux u ménage, constitue à peu près leurs seules occupations.
« Au milieu de ces tribus gallas se sont intercalées d’autres peuplades, présentant les mêmes caractères , mais parlant des dialectes différents ; dans ce nombre, il faut citer le sidama, dont cependant on n’a encore aucun vocabulaire.
« Une vieille toile beurrée constitue souvent l’unique vêtement des hommes gallas : les plus aisés y ajoutent un caleçon et une jaquette, comme celle des Ecossais. Leurs cheveux sont disposés en longues tresses flottantsur leurs épaules, ou bien ils les laissent dans leur état naturel, sans en prendre autrement soin ue de les enduire d’une épaisse couche e beurre.
> Le costume des femmes est plus compliqué : elles s’enveloppent d’un cuir souple, en guise de jupe, et se couvrent le buste d’une espece de chemisette qui tombe jusqu’aux hanches , et par-dessus le tout, elles ont la même toile que les hommes. Dans les endroits qui sont en contact avec les chrétiens ou les musulmans, le costume subit quelques modifications : chez les Azebo-Gallas, les femmes ont une robe longue comme celle des Éthiopiennes; chez les Ouellos et les tribus voisines du Choa, elles por-
tent, par-dessus la robe longue, une chemisette, et se couvrent la tête d’un voile, dont l'étoffe est de l’espèce qu’on appelle
Kinée; elle est rouge ou bleue, suivant i endroits.
« Les hommes portent au bras des anneaux d’ivoire en nombre égal à celui des ennemis qu'ils ont vaincus; dans quelques tribus il est d'usage de se pendre un anneau d’argent à l’oreille. Les femmes ont des bracelets en cuivre ou en étain, et des colliers de verroterie à profusion, dont elles ne s’ornent pas seulement le cou, mais aussi les jambes et la ceinture. Leurs jupes de cuir sont garnies de cauris.
« Les armes ordinaires des Gallas sont la lance, le couteau à deux tranchants et le bouclier; les tribus voisines des chrétiens ont adopté le fusil, et quelques-unes ont acquis dans le maniement de cette arme une adresse consommée. »
Rien n’est plus propre que la linguistique à répandre quelque lumière sur les questions d’ethnographie les plus obscures. Nous croyons donc faire une chose utile, en communiquant ici un tableau comparatif de quelques mots gallas , somaulis, sowaulis (souhaïlis), monjous et makouas. On pourra comparer ces mots avec ceux de même signification donnée plus haut, page 162.